Mayotte 2002 : Population et conditions de vie. (dossier complet)

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Migrations : presqu' autant de départs que d'arrivées. Naissances nombreuses, mères souvent étrangères. Scolarisation presque générale, niveau encore faible. Logement et équipement face au défi démographique.

Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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dossier
MAYOTTE 2002
Population et conditions de vie
’île de Mayotte est devenue ans est scolarisé. Un gros effort a
la “Collectivité départemen- été fait depuis cinq ans pour déve-
MigrationsLtale de Mayotte” le 11 juillet lopper l’école maternelle et préparer
2001. Le recensement de la popula- ainsi les enfants à l’enseignement Une forte immigration en provenance des
tion 2002, qui désormais sera réali- primaire. Les retards scolaires res- Comores se conjugue
sé tous les cinq ans permet de dis- tent cependant importants et 80 % maintenant à une
poser d’une photographie de la des élèves de CM2 ont dépassé forte émigration vers
la France et La Réu-population ainsi que de mesurer les l’âge normal de dix ans. A la fin de
nion.évolutions intervenues depuis 1997 l’année 2001 la moitié des jeunes 1
date du précédent recensement. sortant de l’école l’ont fait sans
pages 12 et 13aucune qualification, après une classe
Ce recensement a révélé des mou-
du 1er cycle secondaire ou avant un
vements de population importants :
diplôme professionnel. Au final, enles immigrants comoriens sont en
2002, près de 15 % d’une généra-nombre croissant tandis que de plus
tion ont obtenu le baccalauréat. Naissancesen plus de Mahorais quittent leur
île. La population française stagne L’école maternelle n’a pas suivi le Avec plus de 7 000 nais-
ainsi un peu au-dessus de 100 000 rythme de l’immigration dans la sances en 2002 la fécondi-
personnes tandis que le nombre zone de Mamoudzou où environ té reste élevée. Près des
d’étrangers a dépassé 55 000 soit le deux tiers des mères sont40 % des enfants de trois à cinq ans
tiers de la population totale. Les étrangères. 2sont accueillis, au lieu de plus de
étrangers se sont surtout installés
80 % dans les autres communes. Deautour du pôle économique que cons- pages 14 à 16même, après 16 ans, les taux detitue la commune de Mamoudzou.
scolarisation chutent dans les com-
Les deux tiers des naissances sont munes urbaines, la population
issues de mères étrangères. Cela immigrée étant très peu scolarisée
s‘explique à la fois par leur nombre, après l’âge légal.
il y a presque autant de Comorien- Scolarisation
La construction de logements a éténes âgées de 20 à 39 ans que de
très importante depuis 1997, dépas-Françaises, et par leur taux de Actuellement l’ensemble des enfants de6à10
sant le rythme de la croissance démo-fécondité plus élevé : les femmes ans sont scolarisés. Le
graphique. Elle est surtout marquéenées à Mayotte ont en moyenne 3,5 retard scolaire a dimi- 3
enfants tandis que les autres en ont par l’expansion des cases en tôles nué mais 15 % seule-
5. De plus des Comoriennes vien- dont le nombre a doublé en cinq ment d’une classe d’âge
obtient le bac.nent accoucher à Mayotte et s’en ans. Elles constituent en 2002 le cin-
retournent ensuite dans leur pays. quième du parc de logements, for-
pages 17 à 19mant des zones de bidonvilles à la
En 2002 la direction des affaires
périphérie des villes et villages.
sanitaires et sociales a enregistré plus
Plus de la moitié de ces cases estde 7 000 naissances, dont près de
occupée par des immigrés d’origine
4 000 ont eu lieu à la maternité de
comorienne. LogementMamoudzou, ce qui en fait la
maternité la plus importante de L’électricité et l’eau courante des- Parmi les nombreux logementsFrance. La hausse du nombre de 4servent les trois quart des loge- construits près d’un tiers sontnaissances devrait se poursuivre
ments. Même incomplète l’électri- des cases en tôle. L’équipe-
dans les années à venir à cause de fication a permis la diffusion de ment en eau et en électricité
la jeunesse de la population et de ne concerne encore que troiscertains équipements ménagers,
comportements favorables à la logements sur quatre.notamment la télévision et le réfri-fécondité.
gérateur. Le téléphone a fait une
pages 20 à 22Plus de la moitié de la population a percée spectaculaire, sous la forme
moins de vingt ans. Actuellement du téléphone cellulaire, arrivé dans
l’ensemble des enfants de six à dix l’île en 2001.
économie1er trimestre 2004 11
DE LAREUNIONdossier Mayotte 2002
Presqu’autant de départs
Photo : Christian VAISSEa croissance de la population de
l’île de Mayotte reste rapide, elleLest alimentée à la fois par une
forte natalité et une forte immigration.
Cependant, depuis 1997, elle est tem-
pérée par une vague de départs.
Désormais une personne sur trois est
de nationalité étrangère à Mayotte.
Cette population se concentre princi-
palement autour du pôle économique
de l’île.
L’attraction de la France se mani-La pyramide des âges
Avec ses 160 265 habitants en 2002 l’île feste jusque dans la rue
de Mayotte manifeste un très fort dyna-La pyramide des âges de Mayotte est
misme démographique. En quarante-cinqpresque un cas d’école. Elle illustre à
ans, sa population a été presque mul-merveille la jeunesse de la population d’une moyenne annuelle de 675 person-1 tipliée par sept. La croissance démogra-de cette île où 53 % de la population
nes supplémentaires entre 1958 et 1966 à
a moins de vingt ans. Sa base est large phique était très forte entre 1978 et 1997
5 100 personnes entre 1997 et 2002.et son profil est bien celui d’une avec un taux annuel moyen supérieur à
pyramide. Ce n’est plus le cas, loin 5,5 %. Elle s’est infléchie depuis et La baisse du solde migratoire, autre
s’en faut, des pyramides des âges des affiche maintenant un taux de croissance composante de la croissance de la popu-pays occidentaux. Ainsi, en 2002,
annuel moyen de 4,1 %. lation, explique aussi ce ralentissement.seulement 4 % des Mahorais ont
Depuis 1958 le solde migratoire a tou-soixante ans et plus alors que ce Plusieurs phénomènes expliquent ce ralen-
jours contribué positivement à l’évolu-pourcentage était en 1999 de 10 % à tissement de la croissance démographique.
La Réunion et de 20 % en France tion de la population mahoraise. De 1966
Tout d’abord la natalité diminue : demétropolitaine. à 1997, sa contribution a été de plus en
près de 50 naissances pour 1 000 habi-
plus importante. Elle est passée de 2002 tants en moyenne annuelle entre 1958 et
personnes par an et en moyenne entre
1966, elle est passée à 40 entre 1997 et
1966 et 1978 à 2 000 entre 1991 et 1997.
2002. La natalité reste bien supérieure à
Depuis cette contribution a chuté à une
celle de La Réunion (20 %o en 2002) et
moyenne de 720 personnes par an.2002 90-94 plus encore à celle de la France métropo-
1997
80-84 litaine (13 %o en 2002). En parallèle, le
70-74 Une vague de départstaux de mortalité chute encore plus vite,
HOMMES FEMMES60-64 il est passé de 25 décès pour 1 000 habi-
50-54 L’immigration n’a pas diminué, au con-tants à 3,5 sur les mêmes périodes. Le
traire. Sur les vingt dernières années, lessolde naturel n’a par conséquent pas ces-40-44
arrivées sur le territoire ont plus que dou-sé de croître depuis 1958. Il est passé30-34
3 20-24
10-14 Evolution démographique à Mayotte de 1958 à 2002
0-4
15 000 10 000 5 000 0 5 000 10 000 15 000
Evolution
Années de Solde
Population annuelle Naissances Décès
recensement migratoire
(en %)
1958 23 364
4,2 11 000 3 8005 600
1966 32 607
3,1 23 200 1 2009 800
1978 47 2464
5,2 18 800 5 9004 700
1985 67 167
5,8 21 300 8 9003 000
1991 94 410
5,7 29 000 12 0004 000
1997 131 320
4,1 27 900 3 6002 555
2002 160 265
Source : Insee, recensements de la population.
12 économie 1er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier
que d’arrivées depuis 1997
blé, passant d’une moyenne annuelle de peine 3 500 élèves et étudiants boursiers leur taux de chômage, plus élevé que
2 000 personnes entre 1985 et 1991 à hors de Mayotte en 2002. Les départs de celui de la population active totale
plus de 4 300 entre 1997 et 2002. Mais Mayotte concernent donc une autre popu- (38 % contre 29 %), est peu fiable.
les départs ont augmenté plus rapidement lation que les élèves et les étudiants.
Les raisons de cette immigration de
encore. Si 520 personnes en moyenne Cette autre population est sans doute à
Comoriens sont multiples. La volontéquittaient Mayotte chaque année entre l’image de la population mahoraise
affichée des Mahorais de rester dans le1985 et 1991 elles étaient 3 600 entre recensée en 1999 à La Réunion. Elle
giron de la France a pour conséquence
1997 et 2002. Alors que les départs com- comptait beaucoup de jeunes et des fem-
un alignement sur les normes françaises
pensaient un quart des arrivées entre mes, avec un faible niveau scolaire et très
en termes d’infrastructures, de loge-1986 et 1991, ils en compensent plus des peu de diplômes. Presque 86 % des actifs
ments, d’accès à l’éducation et aux ser-quatre cinquièmes entre 1997 et 2002. Ce étaient au chômage. Loin de l’entraide
vices de santé… Ce rattrapage et le
phénomène surprend par son ampleur et qui a cours à Mayotte entre membres de
décalage qu’il engendre vis à vis des
ses conséquences sont multiples. la même famille, ces Mahorais de La
îles voisines sont à l’origine de l’attraitRéunion vivent principalement des aides
La première conséquence de ce mouve- qu’exerce Mayotte. En outre, l’accès auxsociales.
ment d’émigration est la stagnation de la soins est gratuit. Enfin les liens qui
population française à Mayotte. Celle-ci unissent les quatre îles de l’archipel des 1
Une personne sur troisest passée de plus 103 000 individus en Comores ne sont pas que géographi-
1997 à juste 105 000 en 2002. Pourtant les est étrangère ques, des liens de parenté existent entre
projections démographiques hors mouve- les habitants de ces îles.
ments migratoires en attendaient entre Si la population de nationalité française
13 000 et 15 000 de plus. Selon le stagne, la étrangère a presque Concentration des
vice-rectorat de Mayotte, il y avait à doublé entre 1997 et 2002. Désormais plus
étrangers autour du pôle
de 55 000 étrangers
économiquevivent à Mayotte, soit
une personne sur troisPopulation par nationalité et commune
La répartition territoriale des étrangerset 96 % d’entre eux
2n’est pas uniforme. Trois communes sursont comoriens. Cette
les dix-sept que comporte Mayottepopulation est légère-
M'Tsamboro (Mamoudzou, Koungou et Dembéni)ment plus âgée que la
accueillent presque les deux tiers despopulation totale deBandraboua
étrangers. La commune de MamoudzouMayotte, 44 % des
en accueille à elle seule plus de 44 %,étrangers ont moins de
Koungou elle est l’unique commune où plusvingt ans contre 53 %Acoua
d’une personne sur deux est étrangèrepour l’ensemble. Ils se
Dzaoudzi- (54 %). Koungou n’est pas très loindéclarent plus souvent
Labattoir
avec 48 % d’étrangers parmi ses habi-inactifs : entre 15 et 59
M'Tsangamouji tants. Le pôle économique de Mayotteans près de deux sur
3se révèle être très attractif pour la popu-trois se déclarent sans
Tsingoni lation étrangère. A contrario, les com-activité au lieu d’une
Mamoudzou munes de l’extrême sud (Bouéni,personne sur deux sur
Chiconi Pamandzi Kani-kéli) ou de nord (Acoua,l’ensemble de la popu-
M’Tsamboro, M’Tsangamouji) se trou-lation. Nombre d’entreOuangani
Dembeni vent être les moins attractives. La parteux sont en situation
de la population étrangère parmi lesirrégulière puisque se-
Sada habitants y est au plus égale à 10 %.lon la préfecture de
Sans la présence de ces étrangers, plusMayotte il y aurait
de la moitié des communes de Mayottemoins de 10 000 per-
46 000Chirongui auraient eu une baisse de leur popula-mis de séjour en cours 423 000 tion entre 1997 et 2002. Sada est lade validité en 2002. La
BandreleBoueni 4 600 seule commune dont la population amajorité des étrangers
diminué dans cette période. C’est aussià Mayotte ne pouvant
la commune qui connaît le taux de pro-prétendre à un emploiFrançaise
gression de sa population étrangère ledéclaré, il est vraisem-EtrangèreKani-Keli
plus faible:+3% alors que le tauxblable que tous n’ont
moyen est de + 96 %.© Insee pas déclaré une activité
alors qu’ils en avaientSource : INSEE - Recensement de la population 2002 Olivier FROUTÉ
une. Par conséquent
économie 131er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier Mayotte 2002
Naissances nombreuses,
a natalité reste très élevée à Plus de huit couples sur dix ont pu être
Mayotte où la direction des affai- identifiés dans les déclarations de nais-Lres sanitaires et sociales a enre- sance faites en 2002 dans les bureaux
gistré plus de 7 000 naissances en d’état-civil des mairies. Les couples
2002. Près des deux tiers des mères unissant des parents d’origine como-
sont d’origine comorienne, elles ont rienne représentent 40 % de l’ensemble ;
plus d’enfants que les Mahoraises : 5 les couples de parents mahorais sont
en moyenne au lieu de 3,5. La hausse deux fois moins nombreux ; les autres
du nombre de naissances devrait se couples sont mixtes. On peut remarquer
poursuivre, les comportements restant que les hommes nés à Mayotte qui ont
largement favorables à la fécondité eu un enfant en 2002 ont un peu plus
dans une population très jeune. souvent pour conjointe une ComorienneMamoudzou, principale
qu’une Mahoraise. L’écart d’âge moyen
Alors qu’en 1958, à peine 1 300 naissan-maternité de l’île dans les couples est fortement influencé
ces étaient enregistrées à Mayotte, on en par l’origine : plus de neuf ans d’écartet de France ! compte plus de 7 000 en 2002 selon les pour un couple unissant une femme
chiffres donnés par la direction des affai-
d’origine comorienne et un homme né à
A l’heure actuelle, Mayotte dispose de res sanitaires et sociales. Parmi les fem-
Mayotte contre cinq ans entre une femmeneuf maternités dont sept en milieu mes qui ont accouché, près de sept sur née à Mayotte et un homme d’originerural. Depuis 2001, plus de la moitié dix sont d’origine étrangère. La majorité comorienne.des naissances ont eu lieu à sont originaire des Comores. Plus de
Mamoudzou (54 % en 2002). Cette
15 % des mères comoriennes qui ontforte proportion s’explique par l’attrait Des mères jeunesaccouché à Mayotte s’en retournent auxque suscitent les moyens techniques
Comores.et humains dont dispose l’hôpital. La
L’âge moyen de la mère à l’accouche-maternité de Mamoudzou est de loin
ment était de 26,2 ans en 2002, contrele principal pôle d’accueil des
Lieu de naissance des femmes
femmes qui accouchent. Plus de 29,4 ans en métropole pour la mêmeayant accouché à Mayotte en 2002
2 3 800 naissances y ont été année. Plus que l’âge moyen, la réparti-
enregistrées en 2002, soit en moyenne tion par groupes d’âge met en évidence
onze accouchements par jour. Cette la différence de comportement des fem-
activité est nettement plus importante
mes entre Mayotte et la métropole. Ain-
que celle de l’hôpital de Saint-Pierre à
si, 44 % des femmes ayant accouché enLa Réunion, qui, avec 3 056
2002 à Mayotte avaient moins de 25 ansaccouchements en 2002, se place en
contre seulement 15 % en métropole entête des maternités de La Réunion et
même de France. 2000.
Malgré la prééminence de En fait l’âge moyen des femmes à
Mamoudzou le nombre de naissances
l’accouchement revêt de grandes dispari-ne fléchit pas dans les maternités
tés selon leur pays de naissance. Les3 rurales. Elles accueillent plus d’un
mères originaires des Comores sont lestiers des naissances du territoire en
plus jeunes avec 25 ans en moyenne. Les2002. Cependant en moyenne, une
Source : Etat civil de Mayotteseule naissance par jour a lieu dans plus âgées sont les Métropolitaines avec
leur enceinte. plus de 30 ans. Les femmes nées àPrès des deux tiers des mères sont
Mayotte se situent entre les deux.d’origine comorienne.
Répartition des couples selon l’origine des conjoints (en %)
origine du pèreNombre de naissances selon les maternités origine de
de Mayotte de 1999 à 2002 la mère4
Comores Mayotte Autres Total
Maternité 1999 2000 2001 2002
Comores 41,0 21,2 2,6 64,8
Mayotte 7,5 20,1 1,8 29,4Mamoudzou 3 028 3 274 3 466 3 866
Dzaoudzi 621 598 592 614 Autres 1,2 2,2 2,4 5,8
2 557 2 707 2 561 2 648Rurales
Total 49,7 43,5 6,8 100,0Total 6 206 6 579 6 619 7 128
Source : DASS. Source : Etat civil de Mayotte.
14 économie 1er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier
mères souvent étrangères
lentement le modèle français en reculant Taux de fécondité par groupe d’âge àRépartition des naissances vivantes
Mayotte et en métropoleselon l’âge de la mère l’âge de la première naissance et en limi-
tant le nombre de leurs enfants tandis que
les Comoriennes souhaitent une descen-
dance nombreuse. Dans ce contexte la
vie professionnelle et les études, qui inci-
tent à retarder les naissances, sont bien
moins prégnants. Les femmes actives
occupées représentent moins de 20 % des
femmes en âge de travailler et la diffu-
sion des techniques contraceptives est
encore limitée. En outre une descendance
Source : état-civil de Mayotte. nombreuse reste un signe de réussite
sociale.A Mayotte 44 % des femmes ayant
accouché en 2002 avaient moins de Source : Insee, état civil Mayotte.
Au-delà de la signification individuelle25 ans.
que représente l’arrivée d’un enfant, les A Mayotte les femmes ont beau-
coup d’enfants avant trente ans,comportements de reproduction sont un
mais il n’est pas rare d’avoir des
facteur essentiel dans l’évolution d’une enfants tardivement étant donnéDes comportements
population et son dynamisme. Ainsi une le nombre élevé d’enfant par
contrastés où une femme a en moyenne famille
cinq enfants, sera multipliée par plus de
Les taux de fécondité observés à Mayotte sept en l’espace de quatre générations, si férentes car les femmes en âge de pro-
sont très élevés avant trente ans, ils on suppose les migrations nulles. Dans le créer sont beaucoup plus jeunes àdécroissent ensuite mais restent très supé- même temps, une population où chaque
Mayotte. Les femmes de quinze à trenterieurs à ceux de la France métropolitaine. femme a en moyenne 1,5 enfant (cas de
ans y représentent 62 % de celles quiPour l’ensemble de la population de certains pays industriels), sera divisée par sont en âge d’avoir un enfant contre
Mayotte l’indicateur conjoncturel de 2trois. 40 % en métropole. Or la fécondité des
fécondité s’établit à 4,7 enfants par
femmes est d’autant plus élevée qu’ellesfemme. Ce taux moyen cache en fait une
Hausse des naissances sont plus jeunes. Les futures femmes enforte disparité de comportement selon
âge de procréer (les filles de0à14 ans)à prévoirl’origine de la mère : de 3,5 enfants pour
sont aussi bien plus nombreuses à
les femmes nées à Mayotte il passe à 5
Mayotte qu’en métropole. Elles repré-A Mayotte la hausse du nombre de nais-enfants pour les autres. Ces taux sont
sentent 42 % de l’ensemble des femmessances devrait se poursuivre dans lesbien au-dessus de ceux observés en métro-
pour seulement 18 % en métropole. Lesannées à venir ; les taux de féconditépole (1,9 en 2001) et même à La Réunion
potentiels de croissance démographiquedemeurant élevés alors que beaucoup de(2,5 en 2001).
n’ont par conséquent rien de compa-femmes sont en âge d’avoir des enfants.
La situation mahoraise traduit la coexis- rable entre ces deux populations.Parmi les femmes recensées, 51 % appar- 3
tence de comportements contrastés en tiennent aux groupes d’âge 15-49 ans
Johann BOCKLE etmatière de fécondité véhiculés par des contre 48 % en métropole en 2002. Olivier FROUTÉ
modes de vie différents selon l’origine. Même si ces pourcentages semblent pro-
Les femmes nées à Mayotte intègrent ches, ils masquent des structures très dif-
Age moyen à la maternité selon la nationalité et le pays de naissance
Le tableau indique une différence de comportement parmi les
femmes nées aux Comores selon qu’elles aient, ou non,Age moyen des
Pays de Age moyen à
acquis la nationalité française : l’âge moyen à l’accouchementNationalité femmes en âge
naissance la maternité 4
de procréer est de 25 ans pour les Comoriennes contre 30 ans pour celles
ayant acquis la nationalité française. Toutefois, l’accès tardif à
Comorienne 25,2 26,6
la nationalité française pour ces femmes peut expliquer enComores
Française 29,8 28,9
grande partie cet écart. De plus, les données fournies par l’Etat
Civil ne renseignent pas sur le rang de naissance de l’enfant etMayotte Française 28,0 27,7
ces femmes n’en sont probablement pas à leur premier enfant.
France Française 30,5 33,0 Ainsi, l’écart observé ne traduit pas forcément un comporte-
ment différent par rapport à leur fécondité.
Source : Etat civil de Mayotte.
économie 151er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier
Décalage entre les naissancesSources
recensées et déclarées à la DASSPour les naissances, l’INSEE a réalisé
une exploitation statistique des
données recueillies dans les registres
d’Etat Civil des mairies et celles Le nombre de naissances recensé en Calcul de l’indicateur de
obtenues par le recensement de 2002 pour l’année 2001 est inférieur fécondité
population 2002. Parallèlement,
de près de 20 % aux naissancescertaines informations ont été
déclarées par la Direction des affairesfournies par la DASS et le Centre L’indicateur conjoncturel de fécondité
Hospitalier de Mayotte. sanitaires et sociales (DASS). Ce phé- (ICF) donne le nombre moyen
nomène était peu marqué lors du d’enfants qu’aurait une femme si tout
recensement de 1997 : le nombre des au long de sa vie elle avait le même
naissances enregistrées par la DASS comportement que celui qui a étéLexique
était alors très voisin de celui du observé dans l’année pour les femmes
recensement. Depuis, les mouvements en âge de procréer. Son calcul impose Le taux de fécondité par âge (ou
migratoires se sont amplifiés à Mayotte de connaître le nombre de naissances,groupe d’âge) est le rapport entre le
nombre de naissances au cours et rendent inopérante l’utilisation du l’âge de la mère à la naissance et la
d’une période à la population de recensement surtout si on s’éloigne de structure par âge de la population
femmes fécondes en milieu de
la date de référence de celui-ci. féminine. Deux sources sont utiliséespériode. Les femmes réputées
pour cela en métropole : le recense-fécondes sont celles de 15 à 49
Pour l’année 2002 le nombre desans. ment et l’état-civil. Or l’état-civil existe
mères de nationalité française est pra-
L’indicateur conjoncturel de depuis peu à Mayotte et jusqu’à main-
tiquement identique quelle que soit lafécondité correspond à la somme tenant seules les données du recense-
source utilisée : recensement oudes taux de fécondité par âge
ment étaient utilisées pour calculer cetobservés une année donnée. Il DASS. L’écart ne porte que sur les
indicateurmesure le nombre moyen d’enfants mères comoriennes. En effet pour
qu’aurait une femme tout au long
bénéficier des structures sanitaires de Dans cette étude l’ICF est calculé àde sa vie féconde, si les taux de
qualité présentes à Mayotte et pourfécondité observés l’année partir du nouvel état-civil, après avoir
considérée restaient inchangés. donner un jour la possibilité à leur estimé le nombre de naissances qui2
enfant d’acquérir la nationalité fran- concernent les mères comoriennes qui
çaise, un certain nombre de Comorien- s’en retournent dans leur pays. Toute-
nes viennent accoucher à Mayotte et fois, on ne sait pas quelles sont les
s’en retournent ensuite dans leur pays. mères qui sont retournées aux Como-
Ces naissances enregistrées par la res. On suppose que leur structure par
DASS ne doivent pas être prises en âge est la même que celle des autres
compte dans le calcul de l’indicateur mères.
conjoncturel de fécondité propre à
Mayotte.
3
Nombre de naissances selon la source
1996 2001 2002
Naissances (1) (2) (3)5 210 5 312 4 017
recensées
Naissances déclarées (4)5 342 6 619 4 448
par la DASS4
Différence en % 2,5 19,7 9,7
(1) d’après le RP 1997
(2) le RP 2002
(3) d’après le RP 2002 (7 premiers mois de l’année)
(4) sept premiers mois de l’année
16 économie 1er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossierMayotte 2002
Les équipements scolaires
es trente dernières années ont vu tion du déficit de constructions
Organisation de l’enseignement secondaire
l’implantation progressive à avec comme objectif de disposer d’une à la rentrée 2003LMayotte d’un ensemble cohérent classe par unité pédagogique. Ce déficit
d’établissements scolaires. De moins s’établit encore à environ 12 % en 2002.
!de 3 000 en 1973 le nombre total d’élè- Quelques 270 divisions sont ainsi con-
ves est passé à près de 60 000 en 2002. traintes de travailler en rotation, deux divi-
!)
!
Cette marche forcée vers la scolarisa- sons alternant entre matin et après-midi
!
Circonscription Circonscription detion de masse a atteint peu à peu tous dans la même salle de classe. 3 Petite-Terre
!
les niveaux d’enseignement. !)
CirconscriptionLe premier établissement du secondaire ) !
B
!Une forte action de rattrapage scolaire remonte à 1963 avec la construction du Circonscription
1axée sur le primaire est engagée en 1976 collège de Dzaoudzi. Il faut attendre
)
quand Mayotte devient une collectivité 1986 pour que se construise le premier
) !!territoriale à caractère départemental. Avec collège en zone rurale à Tsimkoura.
la convention Etat-Mayotte 1986-1991 Depuis, les ouvertures de douze nou-
Circonscriptionun plan d’action cohérent en matière veaux collèges se sont succédées jusqu’à
2
d’éducation est défini pour la première la rentrée 2000. Les collèges de Koun-
!
fois. Il vise notamment à accompagner gou et Dembéni ont ouvert à la rentrée
!
une croissance démographique de près 2003 et trois autres collèges sont pro-
!
Collège
de 6 % par an sur cette période. Entre grammés d’ici 2008. Avec ces construc- Lycée
1973 et 2002, le nombre total d’élèves tions les effectifs des collèges sont pas-
est ainsi passé de 2 900 à plus de 56 500. sés de 741 élèves en 1980 à près de
12 000 en 2002. Source : Vice-rectorat de Mayotte.
Les effectifs des écoles élémentaires ont
été multipliés par cinq entre 1975 et Avec la construction du lycée de Sada,
La diversification et le développement2002. A la rentrée 2002 ce sont près de livré à la rentrée 1996 et du lycée de
de l’offre de formation professionnelle28 600 élèves qui ont été scolarisés dans Petite-Terre (rentrée 2000), la population
marquent particulièrement les annéesle primaire, répartis dans 111 écoles sur scolaire en lycée d’enseignement général
1990 avec l’ouverture de trois lycéestout le territoire. Les conditions d’accueil et technologique connaît les plus forts
professionnels et reste un des objectifsse sont nettement améliorées puisque le taux de croissance, elle est passée de
(1)majeurs du plan académique d’actionnombre moyen d’élèves par classe est quelques 50 élèves il y a vingt ans à
pour les années à venir. Ainsi, en finpassé de 34,6 en 1992 à 26,4 en 2002 (23 environ 4 000 actuellement. Le lycée du
d’année scolaire 2003, 27 % des élèvesen métropole dans le public). Un des Nord a ouvert à la rentrée 2003 et cinq
de 3ème ont été orientées en CAP etenjeux majeurs reste toutefois la résorp- autres lycées sont prévus jusqu’en 2008.
BEP contre 15 % l’année précédente.
L’enseignement préélémentaire est appa-Evolution de la population scolaire par catégorie d’établissement
ru plus tardivement. La première école
maternelle n’a été ouverte qu’en 1993.
3Cette année là, 15 écoles et une section
enfantine ont pu accueillir 1 971 élèves
dans 65 divisions. Depuis lors, les effec-
tifs scolarisés en maternelle ont augmen-
té au rythme annuel moyen de 20 %. On
comptait 9 606 élèves en 2002, 317 divi-
sions et 68 écoles. Le taux moyen
d’encadrement est passé de 34 élèves par
division en 1994 à 30 en 2002, preuve
d’une relative amélioration des condi-
tions d’accueil des écoliers (26 en métro- 4
pole).
Emmanuelle SOURISSEAU
(1) L’analyse du Vice-Rectorat à Mayotte et les
Source : Vice-rectorat de Mayotte.
propositions pour améliorer la gestion qualita-
tive du système éducatif à Mayotte sont déve-
Les différents niveaux du système scolaire ont été mis en place successivement loppées dans le plan académique d’action
depuis trente ans.
adopté en février 2003.
économie 171er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier Mayotte 2002
Scolarisation presque
’histoire de la scolarisation de Les filles sont maintenant aussi nom-
masse à Mayotte est relative- breuses que les garçons dans les établis-Lment récente. Actuellement sements scolaires. Il y a quinze ans elles
l’ensemble des enfants de six à dix ans ne formaient que 33 % des effectifs du
sont scolarisés. Le retard scolaire a secondaire et 17 % de ceux des
(1)sensiblement diminué et de plus en CETAM . A cette époque, l’échec à
plus de jeunes ont accès à l’enseigne- l’examen de 6ème marquait plus souvent
ment du second degré. Malgré ces la fin de la scolarité pour les filles que
avancées incontestables, on ne peut pour les garçons. Toutefois il persiste un
que constater le niveau encore insuffi- écart de deux points en défaveur des fil-
sant des élèves avec, au final, un échec les sur l’ensemble de la population en
scolaire qui reste trop important. Tout âge d’être scolarisée : 78 % des filles et
en continuant à augmenter sa capacité 80 % des garçons de3à19ans sont sco-
d’accueil, l’Education nationale larisés en 2002. En 1997 les taux étaient
concentre désormais ses efforts sur les de 70 % pour les filles et de 72 % pour
Sources et méthode aspects plus qualitatifs. les garçons.
L’accès de tous les enfants à l’école pri-Cette analyse est le résultat d’un Un accueil scolaire inégalmaire est maintenant quasiment réalisé àtravail de collecte statistique entrepris
Mayotte. En 2002 les enfants de six à dix selon les communesdepuis un an au Vice-Rectorat qui
s’est appuyé sur : ans sont scolarisés à 97 %, alors que ce
taux n’était encore que de 90 % cinq ans Malgré le remarquable effort de scolari- L’analyse de 1975 à 1990 présentée
auparavant. Le résultat le plus spectacu-par J.P. EYRARD dans “Mayotte et sation dans la zone Nord Est, les taux de
l’école, 145 ans d’une histoire laire concerne l’école maternelle. La pré-scolarisation y font apparaître un
singulière” ainsi que les rapports capacité de l’éducation nationale à pré- déficit en capacité d’accueil en mater-
d’activité annuels de la Direction de parer les jeunes enfants à l’enseignement nelle. A Koungou et Mamoudzou, seuls
l’Enseignement, devenu primaire s’est en effet fortement accrue respectivement 39 % et 43 % des enfants
Vice-Rectorat en 1999, et dont le
puisque le taux de scolarisation est passé de3à5ans et moins de 6 % des
plus ancien archivé remonte à
de 41%à64%au cours des cinq der- de trois ans sont scolarisés alors que les1982.
nières années. En revanche, entre onze et communes du nord et du sud présentent
Les données centralisées au service dix-neuf ans les taux de scolarisation ont des taux supérieurs à 80 % pour les 3-5informatique du Vice-Rectorat
peu progressé depuis 1997. Pour la ans. Pour la période de scolarisation(CATI) pour les années les plus
période de scolarité obligatoire (6-16 obligatoire (6 à 16 ans) les taux de scola-récentes (1997-2002). Ce service
ans) il s’établit à 92 % en 2002, en pro- risation sont peu différents selon less’occupe entre autres de la collecte
gression de 3 points par rapport à 1997.informatisée des informations à communes. Mais pour les plus âgés,
travers la mise en place de (17-19 ans) ils sont plus faibles dans les
procédures nationales et tend à se communes urbaines. L’explication ici ne
rapprocher chaque année un peu serait pas à chercher dans le déficit desTaux de scolarisation par âge3 plus des normes de fonctionnement
en 1997 et 2002 capacités d’accueil mais peut être plus
métropolitaines. Il constitue
dans les caractéristiques sociales desl’armature actuelle du système
populations de ces zones, qui accueillentd’information statistiques.
beaucoup d’immigrés d’origine étran-
La réflexion sur les orientations à
gère moins bien insérés dans le systèmemettre en place et les propositions
éducatif après 16 ans. En effet selon lesconcrètes présentées dans le plan
données du recensement, 78 % des per-académique par le Vice-Rectorat en
sonnes de nationalité étrangère n’ontfévrier 2003.
jamais été scolarisées contre à peine La mise en place d’une
18 % des personnes de nationalité fran-collaboration avec l’Insee visant à
rapprocher et analyser les données çaise.4
sur la population.
(1) Ouvert ou milieu des années 1980, les Cen-
Source : Vice-rectorat de Mayotte. tres d’Enseignement Technologique Approprié
à Mayotte proposait un CAP de Développe-
Depuis cinq ans l’effort a porté sur ment. La création du premier lycée d’enseigne-
la scolarisation des jeunes enfants.
ment professionnel en 1990 a entraîné la dispa-
rition de cette filière.
18 économie 1er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier
générale, niveau encore faible
(2)L’évaluation des compétences des élè- 54 % des élèves ont au moins trois ansTaux de scolarisation des 3-5 ans
par commune en 2002 ves de CE2 et de 6ème a été pour la pre- de retard en 2002 et l’âge moyen a
mière fois généralisée à Mayotte à la même légèrement augmenté, passant de
rentrée 2002. En CE2 les résultats font 19,6 ans à 19,8 ans.M'Tsamboro
apparaître un niveau global très en-des-
L’évolution des taux de redoublementBandraboua sous de celui observé en métropole ; les
permet d’éclairer les tendances du retarddifficultés étant plus marquées en fran-
Koungou
Acoua scolaire. Alors que le taux de redouble-çais. A l’entrée en 6ème on constate éga-
Dzaoudzi- ment en 3ème est passé de 23 à 15 % de
Labattoir lement un niveau global très inférieur au
1997 à 2002, il est passé de 24 à 36 % enM'Tsangamouji niveau métropolitain. Cette différence
MamoudzouTsingoni terminale. Il semblerait donc que les élè-est cependant beaucoup moins marquée
ves peinent pour une bonne part d’entre
Chiconi pour le français avec 29 points d’écartPamandzi
eux à obtenir leur baccalauréat.par rapport à la métropole contre 44 enOuangani
Dembeni CE2. En effet, seuls les meilleurs élèves
Sada sont passés en 6ème après l’évaluation du 15 % d’une génération
CM2. En revanche, l’écart des résultats obtient le baccalauréat
Chirongui en mathématique reste comparable et il
Bandrele Taux globalBoueni est même légèrement plus élevé qu’en
de 63 % Si l’histoire de l’éducation scolaire
CE2 car les compétences en lecture y80%et+ publique de masse est récente à Mayotte,entre 65 et 80 %
Kani-Keli sont plus sollicitées dans les énoncés ceentre 50 et 65 % celle des examens nationaux l’est encore
entre 35 et 50 % qui pénalise les élèves mahorais. Rappe-
© Insee plus. Alors que 1 247 candidats se sont
lons qu’il y a encore plus d’un tiers de présentés aux épreuves du baccalauréat
personnes âgées de plus de 15 ans qui ne en 2003, ils n’étaient que 47 en 1987. En
parlent pas le français à Mayotte et deux 2003, l’ensemble des résultats aux exa-
Source : Vice-rectorat de Mayotte. tiers qui n’ont aucun diplôme. mens nationaux fait apparaître un mini-
mum d’au moins 20 points d’écart parArrivés en classe de troisième, 46 % des
rapport aux résultats nationaux. Au final,élèves ont trois ans et plus de retard sco-Quatre enfants sur cinq
en 2002, près de 15 % des jeunes d’une
laire. Ils étaient 70 % en 1997. L’âgeen retard en CM2 génération ont obtenu le baccalauréat
moyen est ainsi passé de 17,2 ans à 16,4
contre 62 % en métropole.
ans ce qui témoigne d’une nette amélio-Dans le 1er degré, le retard scolaire est
ration à ce niveau. A titre de comparai- En fin d’année scolaire 2001, l’échecencore important malgré une améliora-
son, à la rentrée 2001 en France métro- scolaire a conduit un peu plus de 50 %tion notable depuis cinq ans. En 2002, il
politaine, on comptait 62 % des élèves de jeunes sortants à quitter l’école sansy a encore 31 % des élèves de CP qui ont
de 3ème en âge normal (14 ans) contre aucune qualification, ayant interrompudépassé l’âge normal de six ans (contre
10 % à Mayotte. La diminution du retard leur parcours soit avant la dernière année54 % en 1997). Le retard scolaire
scolaire constatée dans le primaire et du diplôme de niveau V (CAP-BEP) soits’accroît avec le niveau d’enseignement
dans le 1er cycle du second degré n’est après une classe de 1er cycle.et plus de 80 % des élèves de CM2 ont 3
pas aussi nette dans le cycle. Endépassé l’âge normal de dix ans (95 % La capacité d’un système éducatif à
seconde l’âge moyen passe de 17,6 ans àen 1997). En France métropolitaine en minimiser le nombre d’abandons cons-
17,2 ans de 1997 à 2002. En terminale1999 (dernière année disponible), on ne titue une forte indication de son efficaci-
comptait que 7 % d’élèves en retard en té à faire face à l’échec scolaire et àPhoto : Christian VAISSE
CP et 20 % en CM2. Le retard des élèves répondre aux besoins et aux défis du mar-
mahorais s’explique essentiellement par ché du travail. L’amélioration de cet
les redoublements qui s’accumulent tout indicateur constitue un des enjeux
au long du cycle primaire. Les princi- majeurs du plan académique d’action
paux paliers de redoublement sont le CP, adopté en février 2003.
le CE1, qui clôt le cycle d’apprentissage
Emmanuelle SOURISSEAU 4de la lecture et le CM2.
Les conditions de passage en 6ème sont
déterminées par l’évaluation territoriale A Mayotte la
effectuée en CM2 qui est propre à moitié des (2) Cette notion fait référence aux évaluations
jeunes aban- diagnostics qui ont lieu en France en débutMayotte. Les élèves éliminés à l’examen
donnent d’année scolaire depuis 1989. Elles offrent unde 6ème redoublent ou sont orientés vers
l’école avant outil professionnel qui aide les enseignants à
les classes Pré-Professionnelles, créées d’avoir une apprécier les acquis et les faiblesses en mathé-
au milieu des années 1980 pour leur per- qualifica- matiques et en français des élèves et permettent
tion. d’établir des références nationales.mettre de poursuivre leur scolarité.
économie 191er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier Mayotte 2002
Logement et équipement
a construction de logements a été Photo : Didier BENJAMIN
très importante depuis cinq ans,Ldépassant même le rythme de la
croissance démographique. Cepen-
dant elle se fait de plus en plus sous
forme de bidonvilles, souvent habités
par des immigrés comoriens. L’électri-
cité et l’adduction d’eau ne suivent
pas le rythme de la construction. Seu-
lement trois logements sur quatre en
disposent. L’électrification a toutefoisLes propriétaires sont
permis aux équipements ménagers de Constructions en dur à Sada.
mahorais se diffuser largement, surtout la télévi-
sion et le réfrigérateur.
Les trois quarts des chefs de ménages Sur les 37 000 logements recensés en
Depuis cinq ans le rythme de la cons-nés à Mayotte sont propriétaires de 2002 un tiers a été construit après le der-
truction de logements a dépassé celui deleur logement et du sol sur lequel il nier recensement de la population. Si le
est implanté. La propriété du sol l’accroissement de la population, pour-
nombre de logements en dur a augmenté
concerne peu les étrangers, les terres tant élevé. Le taux de croissance annuel de 4 700, ils ne représentent toujours quese transmettant à l’intérieur des moyen du parc de logements est de 57 % du parc, comme en 1997. Les mai-familles. Seulement 20 % des 5,4 % depuis 1997, soit 1 700 logements
sons en dur sont plus grandes queménages propriétaires du sol et du de plus par an. Cette augmentation
logement ne sont pas français. En l’ensemble des logements : 3 pièces en
annuelle est supérieure à celle de larevanche de nombreux ménages moyenne au lieu de 2,4, elles hébergent
population qui est de 4,1 %. Par consé-étrangers se déclarent propriétaires de aussi un peu plus de personnes : 4,5.
quent, le nombre moyen de personnesleur logement seulement. Ceci
s’explique par le fait que la par logement diminue. Il est de 4,3 per- Les dernières années sont surtout mar-
construction de leur logement se fait sonnes par logement en 2002, au lieu de quées par l’expansion des cases en tôle
illégalement sur des terrains ne leur 4,6 en 1997. Le nombre de personnes par dont le nombre a doublé depuis 1997 :
appartenant pas. ménage reste toutefois important par rap- elles représentent désormais 21 % du parc
Le nombre de ménages propriétaires port à La Réunion et à la France métro- de logements, au lieu de 12 % au précé-
de leur logement (avec ou sans le sol) politaine où il est respectivement de 3,3 dent recensement. La tôle permet une
a augmenté depuis cinq ans, mais leur et 2,4. construction moins onéreuse et plus
proportion a diminué : 59 % des
rapide. Elle est inhérente au développe-
ménages sont maintenant
ment des zones de bidonvilles, de plusPhoto : Didier BENJAMINpropriétaires de leur logement contre
en plus fréquentes aux périphéries des67 % en 1997.
villes et villages. Plus de la moitié de ces
La location de logement concerne
cases est occupée par des immigrés desurtout les étrangers. Plus de la moitié
nationalité comorienne. Si elles ont endes locataires sont nés aux Comores,
moyenne moins de pièces que l’ensembleles autres sont à parts égales des
des logements, 1,7 pièces, en revanchepersonnes nées à Mayotte ou en
métropole (environ 15 % pour chaque elles hébergent autant de personnes : 4,2
groupe). Parmi les chefs de ménages personnes.
nés en métropole, 80 % louent leur
logement.
Un quart des logements
n’a toujours pas
l’électricité
L’augmentation du nombre de logements4
est si rapide qu’il est difficile d’amélio-
rer le taux d’électrification. Il reste en
2002 un quart des logements qui n’a pas
l’électricité, comme en 1997. Au-delà de
l’extension du réseau se pose aussi un
problème de solvabilité. Les personnes
qui utilisent la tôle pour construire n’ont
souvent pas les moyens de payer l’élec-Cases en tôles dans la banlieue de
Mamoudzou. tricité. Ainsi une case en tôle sur trois
20 économie 1er trimestre 2004
DE LAREUNION

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