Mayotte 2002 - Population et conditions de vie - Scolarisation presque générale, niveau encore faible

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L'histoire de la scolarisation de masse à Mayotte est relativement récente. Actuellement l'ensemble des enfants de six à dix ans sont scolarisés. Le retard scolaire a sensiblement diminué et de plus en plus de jeunes ont accès à l'enseignement du second degré. Malgré ces avancées incontestables, on ne peut que constater le niveau encore insuffisant des élèves avec, au final, un échec scolaire qui reste trop important. Tout en continuant à augmenter sa capacité d'accueil, l'Éducation nationale concentre désormais ses efforts sur les aspects plus qualitatifs.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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dossierMayotte 2002
Les équipements scolaires
es trente dernières années ont vu tion du déficit de constructions
Organisation de l’enseignement secondaire
l’implantation progressive à avec comme objectif de disposer d’une à la rentrée 2003LMayotte d’un ensemble cohérent classe par unité pédagogique. Ce déficit
d’établissements scolaires. De moins s’établit encore à environ 12 % en 2002.
!de 3 000 en 1973 le nombre total d’élè- Quelques 270 divisions sont ainsi con-
ves est passé à près de 60 000 en 2002. traintes de travailler en rotation, deux divi-
!)
!
Cette marche forcée vers la scolarisa- sons alternant entre matin et après-midi
!
Circonscription Circonscription detion de masse a atteint peu à peu tous dans la même salle de classe. 3 Petite-Terre
!
les niveaux d’enseignement. !)
CirconscriptionLe premier établissement du secondaire ) !
B
!Une forte action de rattrapage scolaire remonte à 1963 avec la construction du Circonscription
1axée sur le primaire est engagée en 1976 collège de Dzaoudzi. Il faut attendre
)
quand Mayotte devient une collectivité 1986 pour que se construise le premier
) !!territoriale à caractère départemental. Avec collège en zone rurale à Tsimkoura.
la convention Etat-Mayotte 1986-1991 Depuis, les ouvertures de douze nou-
Circonscriptionun plan d’action cohérent en matière veaux collèges se sont succédées jusqu’à
2
d’éducation est défini pour la première la rentrée 2000. Les collèges de Koun-
!
fois. Il vise notamment à accompagner gou et Dembéni ont ouvert à la rentrée
!
une croissance démographique de près 2003 et trois autres collèges sont pro-
!
Collège
de 6 % par an sur cette période. Entre grammés d’ici 2008. Avec ces construc- Lycée
1973 et 2002, le nombre total d’élèves tions les effectifs des collèges sont pas-
est ainsi passé de 2 900 à plus de 56 500. sés de 741 élèves en 1980 à près de
12 000 en 2002. Source : Vice-rectorat de Mayotte.
Les effectifs des écoles élémentaires ont
été multipliés par cinq entre 1975 et Avec la construction du lycée de Sada,
La diversification et le développement2002. A la rentrée 2002 ce sont près de livré à la rentrée 1996 et du lycée de
de l’offre de formation professionnelle28 600 élèves qui ont été scolarisés dans Petite-Terre (rentrée 2000), la population
marquent particulièrement les annéesle primaire, répartis dans 111 écoles sur scolaire en lycée d’enseignement général
1990 avec l’ouverture de trois lycéestout le territoire. Les conditions d’accueil et technologique connaît les plus forts
professionnels et reste un des objectifsse sont nettement améliorées puisque le taux de croissance, elle est passée de
(1)majeurs du plan académique d’actionnombre moyen d’élèves par classe est quelques 50 élèves il y a vingt ans à
pour les années à venir. Ainsi, en finpassé de 34,6 en 1992 à 26,4 en 2002 (23 environ 4 000 actuellement. Le lycée du
d’année scolaire 2003, 27 % des élèvesen métropole dans le public). Un des Nord a ouvert à la rentrée 2003 et cinq
de 3ème ont été orientées en CAP etenjeux majeurs reste toutefois la résorp- autres lycées sont prévus jusqu’en 2008.
BEP contre 15 % l’année précédente.
L’enseignement préélémentaire est appa-Evolution de la population scolaire par catégorie d’établissement
ru plus tardivement. La première école
maternelle n’a été ouverte qu’en 1993.
3Cette année là, 15 écoles et une section
enfantine ont pu accueillir 1 971 élèves
dans 65 divisions. Depuis lors, les effec-
tifs scolarisés en maternelle ont augmen-
té au rythme annuel moyen de 20 %. On
comptait 9 606 élèves en 2002, 317 divi-
sions et 68 écoles. Le taux moyen
d’encadrement est passé de 34 élèves par
division en 1994 à 30 en 2002, preuve
d’une relative amélioration des condi-
tions d’accueil des écoliers (26 en métro- 4
pole).
Emmanuelle SOURISSEAU
(1) L’analyse du Vice-Rectorat à Mayotte et les
Source : Vice-rectorat de Mayotte.
propositions pour améliorer la gestion qualita-
tive du système éducatif à Mayotte sont déve-
Les différents niveaux du système scolaire ont été mis en place successivement loppées dans le plan académique d’action
depuis trente ans.
adopté en février 2003.
économie 171er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier Mayotte 2002
Scolarisation presque
’histoire de la scolarisation de Les filles sont maintenant aussi nom-
masse à Mayotte est relative- breuses que les garçons dans les établis-Lment récente. Actuellement sements scolaires. Il y a quinze ans elles
l’ensemble des enfants de six à dix ans ne formaient que 33 % des effectifs du
sont scolarisés. Le retard scolaire a secondaire et 17 % de ceux des
(1)sensiblement diminué et de plus en CETAM . A cette époque, l’échec à
plus de jeunes ont accès à l’enseigne- l’examen de 6ème marquait plus souvent
ment du second degré. Malgré ces la fin de la scolarité pour les filles que
avancées incontestables, on ne peut pour les garçons. Toutefois il persiste un
que constater le niveau encore insuffi- écart de deux points en défaveur des fil-
sant des élèves avec, au final, un échec les sur l’ensemble de la population en
scolaire qui reste trop important. Tout âge d’être scolarisée : 78 % des filles et
en continuant à augmenter sa capacité 80 % des garçons de3à19ans sont sco-
d’accueil, l’Education nationale larisés en 2002. En 1997 les taux étaient
concentre désormais ses efforts sur les de 70 % pour les filles et de 72 % pour
Sources et méthode aspects plus qualitatifs. les garçons.
L’accès de tous les enfants à l’école pri-Cette analyse est le résultat d’un Un accueil scolaire inégalmaire est maintenant quasiment réalisé àtravail de collecte statistique entrepris
Mayotte. En 2002 les enfants de six à dix selon les communesdepuis un an au Vice-Rectorat qui
s’est appuyé sur : ans sont scolarisés à 97 %, alors que ce
taux n’était encore que de 90 % cinq ans Malgré le remarquable effort de scolari- L’analyse de 1975 à 1990 présentée
auparavant. Le résultat le plus spectacu-par J.P. EYRARD dans “Mayotte et sation dans la zone Nord Est, les taux de
l’école, 145 ans d’une histoire laire concerne l’école maternelle. La pré-scolarisation y font apparaître un
singulière” ainsi que les rapports capacité de l’éducation nationale à pré- déficit en capacité d’accueil en mater-
d’activité annuels de la Direction de parer les jeunes enfants à l’enseignement nelle. A Koungou et Mamoudzou, seuls
l’Enseignement, devenu primaire s’est en effet fortement accrue respectivement 39 % et 43 % des enfants
Vice-Rectorat en 1999, et dont le
puisque le taux de scolarisation est passé de3à5ans et moins de 6 % des
plus ancien archivé remonte à
de 41%à64%au cours des cinq der- de trois ans sont scolarisés alors que les1982.
nières années. En revanche, entre onze et communes du nord et du sud présentent
Les données centralisées au service dix-neuf ans les taux de scolarisation ont des taux supérieurs à 80 % pour les 3-5informatique du Vice-Rectorat
peu progressé depuis 1997. Pour la ans. Pour la période de scolarisation(CATI) pour les années les plus
période de scolarité obligatoire (6-16 obligatoire (6 à 16 ans) les taux de scola-récentes (1997-2002). Ce service
ans) il s’établit à 92 % en 2002, en pro- risation sont peu différents selon less’occupe entre autres de la collecte
gression de 3 points par rapport à 1997.informatisée des informations à communes. Mais pour les plus âgés,
travers la mise en place de (17-19 ans) ils sont plus faibles dans les
procédures nationales et tend à se communes urbaines. L’explication ici ne
rapprocher chaque année un peu serait pas à chercher dans le déficit desTaux de scolarisation par âge3 plus des normes de fonctionnement
en 1997 et 2002 capacités d’accueil mais peut être plus
métropolitaines. Il constitue
dans les caractéristiques sociales desl’armature actuelle du système
populations de ces zones, qui accueillentd’information statistiques.
beaucoup d’immigrés d’origine étran-
La réflexion sur les orientations à
gère moins bien insérés dans le systèmemettre en place et les propositions
éducatif après 16 ans. En effet selon lesconcrètes présentées dans le plan
données du recensement, 78 % des per-académique par le Vice-Rectorat en
sonnes de nationalité étrangère n’ontfévrier 2003.
jamais été scolarisées contre à peine La mise en place d’une
18 % des personnes de nationalité fran-collaboration avec l’Insee visant à
rapprocher et analyser les données çaise.4
sur la population.
(1) Ouvert ou milieu des années 1980, les Cen-
Source : Vice-rectorat de Mayotte. tres d’Enseignement Technologique Approprié
à Mayotte proposait un CAP de Développe-
Depuis cinq ans l’effort a porté sur ment. La création du premier lycée d’enseigne-
la scolarisation des jeunes enfants.
ment professionnel en 1990 a entraîné la dispa-
rition de cette filière.
18 économie 1er trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier
générale, niveau encore faible
(2)L’évaluation des compétences des élè- 54 % des élèves ont au moins trois ansTaux de scolarisation des 3-5 ans
par commune en 2002 ves de CE2 et de 6ème a été pour la pre- de retard en 2002 et l’âge moyen a
mière fois généralisée à Mayotte à la même légèrement augmenté, passant de
rentrée 2002. En CE2 les résultats font 19,6 ans à 19,8 ans.M'Tsamboro
apparaître un niveau global très en-des-
L’évolution des taux de redoublementBandraboua sous de celui observé en métropole ; les
permet d’éclairer les tendances du retarddifficultés étant plus marquées en fran-
Koungou
Acoua scolaire. Alors que le taux de redouble-çais. A l’entrée en 6ème on constate éga-
Dzaoudzi- ment en 3ème est passé de 23 à 15 % de
Labattoir lement un niveau global très inférieur au
1997 à 2002, il est passé de 24 à 36 % enM'Tsangamouji niveau métropolitain. Cette différence
MamoudzouTsingoni terminale. Il semblerait donc que les élè-est cependant beaucoup moins marquée
ves peinent pour une bonne part d’entre
Chiconi pour le français avec 29 points d’écartPamandzi
eux à obtenir leur baccalauréat.par rapport à la métropole contre 44 enOuangani
Dembeni CE2. En effet, seuls les meilleurs élèves
Sada sont passés en 6ème après l’évaluation du 15 % d’une génération
CM2. En revanche, l’écart des résultats obtient le baccalauréat
Chirongui en mathématique reste comparable et il
Bandrele Taux globalBoueni est même légèrement plus élevé qu’en
de 63 % Si l’histoire de l’éducation scolaire
CE2 car les compétences en lecture y80%et+ publique de masse est récente à Mayotte,entre 65 et 80 %
Kani-Keli sont plus sollicitées dans les énoncés ceentre 50 et 65 % celle des examens nationaux l’est encore
entre 35 et 50 % qui pénalise les élèves mahorais. Rappe-
© Insee plus. Alors que 1 247 candidats se sont
lons qu’il y a encore plus d’un tiers de présentés aux épreuves du baccalauréat
personnes âgées de plus de 15 ans qui ne en 2003, ils n’étaient que 47 en 1987. En
parlent pas le français à Mayotte et deux 2003, l’ensemble des résultats aux exa-
Source : Vice-rectorat de Mayotte. tiers qui n’ont aucun diplôme. mens nationaux fait apparaître un mini-
mum d’au moins 20 points d’écart parArrivés en classe de troisième, 46 % des
rapport aux résultats nationaux. Au final,élèves ont trois ans et plus de retard sco-Quatre enfants sur cinq
en 2002, près de 15 % des jeunes d’une
laire. Ils étaient 70 % en 1997. L’âgeen retard en CM2 génération ont obtenu le baccalauréat
moyen est ainsi passé de 17,2 ans à 16,4
contre 62 % en métropole.
ans ce qui témoigne d’une nette amélio-Dans le 1er degré, le retard scolaire est
ration à ce niveau. A titre de comparai- En fin d’année scolaire 2001, l’échecencore important malgré une améliora-
son, à la rentrée 2001 en France métro- scolaire a conduit un peu plus de 50 %tion notable depuis cinq ans. En 2002, il
politaine, on comptait 62 % des élèves de jeunes sortants à quitter l’école sansy a encore 31 % des élèves de CP qui ont
de 3ème en âge normal (14 ans) contre aucune qualification, ayant interrompudépassé l’âge normal de six ans (contre
10 % à Mayotte. La diminution du retard leur parcours soit avant la dernière année54 % en 1997). Le retard scolaire
scolaire constatée dans le primaire et du diplôme de niveau V (CAP-BEP) soits’accroît avec le niveau d’enseignement
dans le 1er cycle du second degré n’est après une classe de 1er cycle.et plus de 80 % des élèves de CM2 ont 3
pas aussi nette dans le cycle. Endépassé l’âge normal de dix ans (95 % La capacité d’un système éducatif à
seconde l’âge moyen passe de 17,6 ans àen 1997). En France métropolitaine en minimiser le nombre d’abandons cons-
17,2 ans de 1997 à 2002. En terminale1999 (dernière année disponible), on ne titue une forte indication de son efficaci-
comptait que 7 % d’élèves en retard en té à faire face à l’échec scolaire et àPhoto : Christian VAISSE
CP et 20 % en CM2. Le retard des élèves répondre aux besoins et aux défis du mar-
mahorais s’explique essentiellement par ché du travail. L’amélioration de cet
les redoublements qui s’accumulent tout indicateur constitue un des enjeux
au long du cycle primaire. Les princi- majeurs du plan académique d’action
paux paliers de redoublement sont le CP, adopté en février 2003.
le CE1, qui clôt le cycle d’apprentissage
Emmanuelle SOURISSEAU 4de la lecture et le CM2.
Les conditions de passage en 6ème sont
déterminées par l’évaluation territoriale A Mayotte la
effectuée en CM2 qui est propre à moitié des (2) Cette notion fait référence aux évaluations
jeunes aban- diagnostics qui ont lieu en France en débutMayotte. Les élèves éliminés à l’examen
donnent d’année scolaire depuis 1989. Elles offrent unde 6ème redoublent ou sont orientés vers
l’école avant outil professionnel qui aide les enseignants à
les classes Pré-Professionnelles, créées d’avoir une apprécier les acquis et les faiblesses en mathé-
au milieu des années 1980 pour leur per- qualifica- matiques et en français des élèves et permettent
tion. d’établir des références nationales.mettre de poursuivre leur scolarité.
économie 191er trimestre 2004
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