Mutations économiques des villes françaises depuis 1962 : retour sur le système des villes lorraines

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La disparition de spécialisations industrielles très marquées a généré une convergence des profils économiques des villes françaises. En Lorraine, plus que la tertiarisation, ce sont les crises des industries historiques qui ont caractérisé l'évolution du système des villes. Les villes lorraines se différencient par la nature des activités industrielles qu'elles accueillent et l'inégale diffusion des innovations économiques issues de la première révolution industrielle. La Lorraine conjugue encore une forte densité industrielle et la présence de grands groupes français et étrangers. L'emploi tertiaire s'y est fortement développé mais à un rythme plus faible que dans la plupart des régions françaises. Le tertiaire, essentiellement d'accompagnement de l'industrie (externalisation) reste peu positionné sur les services supérieurs. En un demi-siècle, la Lorraine est passée d'une économie à dominante industrielle à une économie de type industrialo-tertiaire diversifiée.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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°N 93-94 Mutations économiques des villes
françaises depuis 1962 :
La disparition de spécialisations industrielles très marquées a généré
une convergence des profils économiques des villes françaises.
En Lorraine, plus que la tertiarisation, ce sont les crises des industries
historiques qui ont caractérisé l’évolution du système des villes. Les villes
lorraines se différencient par la nature des activités industrielles
qu’elles accueillent et l’inégale diffusion des innovations économiques
issues de la première révolution industrielle. La Lorraine conjugue encore
une forte densité industrielle et la présence de grands groupes français
et étrangers. L’emploi tertiaire s’y est fortement développé mais
à un rythme plus faible que dans la plupart des régions françaises.
Le tertiaire, essentiellement d’accompagnement de l’industrie
(externalisation) reste peu positionné sur les services supérieurs.
En un demi-siècle, la Lorraine est passée d’une économie à dominante
industrielle à une économie de type industrialo-tertiaire diversifiée.
Les économistes expliquent les transfor- Ph. Aydalot, qui propose une analyse en ter-
mations des localisations des productions au mes de “division spatiale du travail” (1976).
cours de la période des “Trente Glorieuses” es- Cette période voit la mobilité des entreprises
sentiellement selon leur stade de maturité succéder à celle des hommes et remettre ain-
dans un processus d’innovation. Les activités si en cause un système productif fondé sur
les plus innovantes se localisent dans les cen- des régions industrielles attractives en
tres et partent en périphérie au fur et à me- main-d’œuvre (Nord-Est).
sure qu’elles se standardisent (théorie du cycle
de vie du produit de R. Vernon, 1966). Cette vision
Le facteur distinctif principal des spécialisa-
a été théorisée à l’échelle infrarégionale par
tions régionales, auparavant fondé sur la na-
ture des secteurs d’activité, devient le degré
de qualification de la main-d’œuvre. Le déve-Les auteurs tiennent à remercier Fabien Paulus,
Maître de conférences à la Faculté de géographie loppement de la production flexible inverse la
et d’aménagement de l’Université Louis Pasteur tendance à la déconcentration, notamment en
de Strasbourg pour sa collaboration. Il est l’au- favorisant le développement d’une nouvelle
teur de la thèse sur la “Coévolution dans les sys-
sous-traitance autour des grandes concentra-
tèmes de villes : croissance et spécialisation des
tions d’emplois industriels et fondée sur la mi-aires urbaines françaises de 1950 à 2000"
(2004) qui a largement inspiré cette étude. nimisation des coûts de transaction.
Vfortedansles grandesvillesque vèle relativement stable sur la pé-Système productif :
celle des autres activités écono- riode 1962-2003. Elle s’organisela rupture des années
miques, ainsi que le renforcement schématiquement selon deux
1990
de cette concentration depuis le grandes dimensions [voir figure :
La période qui s’ouvre avec la dé- milieu des années 1980 (Julien, Première et deuxième dimensions de
cennie 1990 marque une rupture 2002). la structure économique du système
avec les logiques précédentes et desvillesfrançaises].La période d’intensification de la
tend à manifester de nouvelles mondialisation ouvre la porte à de En 1962, neuf aires urbaines sur
concentrations induites par les nouvelles formes de concentra- dix ressortent comme plutôt in-
services plutôt que par les mou- tions géographiques de l’activité dustrielles alors que quarante ans
vements de l’industrie. Cette fois, économique, qui ne sont plus dé- plus tard, la situation est in-
ce ne sont plus quelques régions sormais expliquées par des res- versée, avec seules quelques peti-
qui sont concernées mais toutes sources naturelles ou par la taille tes villes qui conservent une part
les grandes villes. Ce sont princi- du marché, voire par la qualité de importante d’emplois industriels
palement les services aux entre- la main-d’œuvre, mais par des ré- [voir cartes : Coordonnées 1962 et
prises qui tirent la croissance du seaux favorables à l’innovation, 2003 des aires urbaines sur la pre-
tertiaire, services qui sont beau- soit du fait de leurs capacités de mière dimension]. L’analyse des
coup plus concentrés dans les création ou d’apprentissage (mi- moyennes des coordonnées dans
grandes villes que les autres acti-
lieux innovateurs, technopoles), soit le temps décrit un mouvement ré-
vités. L’explication est à recher- de leur insertion dans des ré- gulier.
cher dans l’internationalisation de seaux mondiaux de pouvoir et d’in-
l’économie, qui, en insérant les Les variations des positions desformation (villes globales, villes
villes dans des réseaux mondiaux, villes sur la première dimensioninformationnelles).
incite au développement de ces traduisent à la fois l’essor des ac-
activités spécialisées et des équi- tivités de services, qui tendent àStabilité de la structure
pements spécifiques qui leur sont se concentrer de plus en pluséconomique du système
liés (processus de métropolisation). dans les aires urbaines et la dé-des aires urbaines
En France, Ph. Julien a analysé la sindustrialisation qui se manifeste
concentration des fonctions mé- La structure économique du sys- après 1975, particulièrement en
tropolitaines supérieures, plus tème des villes françaises se ré- ce qui concerne les plus grandes
aires (+100 000 habitants). En
1962, les spécialisations régiona-
Première et deuxième dimensions de la structure économique lesdes airesurbainesselisent
du système des villes françaises, 1962-2003 encore clairement : Nord-Pas-de-
Calais, Lorraine, Rhône-Alpes,
etc. Ce schéma régional tend à
s’estomper et ne se retrouve que
Const. auto., nav., aéro.
dans les spécialisations des plus
petites aires urbaines en 2003.
Lesgrandes villesdu Nord-Pas-
de-Calais, de la vallée de la Mo-
selle ou encore de Rhône-Alpes
Habill.,cuir
ont toutes adopté un profil nette-
ment plus tertiaire, se différen-
ChimieServ. personnels
ciantàpeinedelaplupart desBois,papierInd. du foyer
Ind. éléctro.
ConstructionEdition Pharmacie autres. Il se dégage un mouve-
Ind. Agricoles Ind. Méca.
Télécommunication Comm. gros erComm. détail ment de diffusion de la tertiarisa-1 axe (23,3%)Finance Hôtel et Rest. Comm. auto.
Adm. publique Eau,gaz tion du système des villes, partiTransportsEducationAct. culturelles Act. associatives
Ind. minéraux du Sud le moins industrialisé,R&D ImmobilièresSanté
pour atteindre l’ensemble du
Conseil,ass. pays, via aussi un canal hiérar-
chique ; les plus grandes, et sin-
gulièrement Paris, sont tôt
initiatrices de cette mutation.
La deuxième dimension oppose
Métallurgie les villes selon que leur profil éco-
nomique est “traditionnel” (indus-
tries anciennes, villes d’État)oubien
“technopolitain” (services àlaper-
Source : Insee - recensements de la population 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 - sonne, construction automobile). La
2003 (estimé)
différenciation des aires urbaines
2
ème
2 axe (13,4%)Coordonnées 1962 des aires urbaines sur la première dimension
Industries
Tertiarisation
Coordonnées successives des aires urbaines
sur le 1er axe
Moyenne = 0,39
Ecart-type = 0,39
Source : Insee - recensements de la population 1962 à 1999, 2003 estimé
Fait avec Philcarto - http:// perso.club-internet.fr/philgeo
3
Copyright
:
Insee
-
IGN
2007Coordonnées 2003 des aires urbaines sur la première dimension
Industries
Tertiarisation
Coordonnées des aires urbaines
sur le 1er axe
Moyenne = - 0,09
Ecart-type = 0,26
Source : Insee - recensements de la population 1962 à 1999, 2003 estimé
Fait avec Philcarto - http:// perso.club-internet.fr/philgeo
4
Copyright
:
Insee
-
IGN
2007sur cette dimension est essentiel-
Trajectoires économiques des grandes aires urbaines, 1962-2003lement hiérarchique. Alors qu’en
1962, la répartition était égali-
taire entre ces deux types de pro-
Toulouse
fils quelque soit la taille, en 2003
ParisBordeauxles plus grandes villes accueillent
Lyon
préférentiellement les services à
Nice Lille
la personne et certaines indus-
Montpellier Strasbourg Tertiarisation
triesdehautetechnologie.Àl’op-
Grenoble
posé, les villes les plus petites ont
dans l’ensemble des activités plus
Nancy
traditionnelles.
03 Saint-
Étienne
99Similitude des trajectoires
économiques des villes 90 Valenciennes
françaises
L’analyse des trajectoires écono-
Metz
miques revient à déterminer si
les villes s’adaptent aux change- 82
ments au même rythme ou non.
On s’intéresse alors à la variation
Thionville
des positions relatives des villes
dans la structure économique et
75 62àlaquestiondelaforme des Moyenne des coordonnées
sur les deux premiers axestrajectoires des villes. 68de l'analyse factorielle
Quelle que soit la position initiale
Source : Insee - recensements de la population 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 -d’une aire urbaine, les coordon-
2003 (estimé)nées observées aux dates suivan-
tes n’ont aucun caractère
aléatoire, mais dessinent des tra-
jectoires très similaires, en rap-
port avec la transformation Trajectoires économiques moyennes par taille des aires urbaines,
1962-2003globale du système productif. Ain-
si le parcours de la droite vers la
gauche renvoie au degré de ter- 62
de 50 à 100
tiarisation du profil économique
des aires, celui du bas et du haut
68
vers le centre, au processus de plus de 200
substitution des activités indus-
75trielles en déclin [Voir figure : Tra-
jectoires économiques des grandes
aires urbaines].
82
Le résultat de cette représenta-
de 20 à 50tion superposée des différentes Tertiarisation
trajectoires est leur parallélisme
90et leur convergence : sur les deux
de 100 à 200
premières dimensions, l’ensemble
des aires urbaines, à l’exception
des plus industrielles, évoluent
dans la même direction, à un
rythme peu différencié. Valencien-
Classement des aires urbaines99nes, Saint-Etienne, Metz et
selon leur volume d'emplois
Thionville, aires urbaines les plus en 2003 (milliers)03
industrielles en 1962, connais- Paris
Moyenne des coordonnées
sent en fin de période une spécia- sur les deux premiers axes
de l'analyse factoriellelisation moins marquée.
Le parallélisme des trajectoires
explique le relatif maintien des Source : Insee - recensements de la population 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 -
inégalités observées dès 1962. 2003 (estimé)
5
Industries anciennes - nouvelles
Industries
anciennes - nouvellesTypologie des trajectoires des aires urbaines, 1962-2003
Source : Insee - recensements de la population, 2003 estimé
Fait avec Philcarto - http:// perso.club-internet.fr/philgeo
6
Copyright
:
Insee
-
IGN
2007
:
Insee
-
IGN
2007Aussi, la stabilité de la structure la tertiarisation. Des villes sente de notables fluctuations en
de différenciation économique du comme Valenciennes, Dun- ce qui concerne l’ampleur de son
système des villes n’est pas le ré- kerque, Saint-Étienne, Metz parcours d’une date à l’autre,
sultat d’une inertie des profils avaient des profils très indus- alors même qu’au final, sur l’en-
économiques de chaque ville. Au triels en 1962 par rapport aux semble de la période, les progres-
contraire, la rapidité de la diffu- autres villes mais un portefeuille sions semblent régulières. Ces
sion des innovations économiques d’activités plus diversifié ou cen- progressions expriment globale-
dans le système des villes con- tré sur d’autres industries que la ment des effets de rattrapage et
tribue au maintien des différences sidérurgie et la métallurgie ; el- desralentissementsdansl’adap-
acquises antérieurement et en les ont connu une évolu- tation à l’innovation économique.
cela témoigne du processus de tion moins brutale que les villes Aussi, compte-tenu de la très
“coévolution des villes”. du groupe A. grande régularité de ces trajectoi-
res sur la période 1962-1990, ilLes grandes aires urbaines (plus de Les groupes C et D sont ceux
serait possible de les prolonger,
200 000 emplois en 2003)ont qui comptent le plus d’aires ur-
afin d’estimer ce que pourraientconnu une tertiarisation en baines et se caractérisent par
être les positions relatives des vil-moyenne plus rapide que toutes une trajectoire moyenne très
les dans le futur.les autres aires. Plus la taille en proche du mouvement d’en-
nombre d’emplois en fin de période semble. On trouve dans le Sur la première dimension, celle
d’une aire urbaine est importante, groupe C une majorité de peti- quimarqueleprocessusdeter-
plus le processus de tertiarisation tes villes de moins 35 000 ha- tiarisation des profils économi-
apparaît rapide. Les petites villes, bitants essentiellement situées ques, 82,5% des aires urbaines
celles de moins de 50 000 em- dans la moitié nord du pays, ont des coordonnées corrélées li-
plois, restent en moyenne plus in- alors que le groupe D réunit la néairement avec le temps (coeffi-
dustrielles [voir figure : Trajectoires totalité des grandes aires ur-
cient de corrélation supérieur à
économiques moyennes par taille des baines.
0,80). Pour la deuxième dimen-
aires urbaines]. Les trajectoires dessinées par les sion, cette proportion diminue,
Si nous ne tenons plus compte aires urbaines sur chacune des mais la droite reste un bon résu-
des positions des aires urbaines dimensions de la différenciation mé de leurs trajectoires pour
au sein de la structure écono- économique du système ont le 53,4% des aires urbaines. Les ai-
mique mais nous intéressons à plus souvent une forme linéaire. res urbaines qui sont mal décri-
l’allure des parcours qu’elles sui- La trajectoiredechaqueville pré- tes par une droite ont souvent
vent au cours de la période,
c’est-à-dire à la direction, au Types de trajectoires des aires urbaines, 1962-2003
rythme et à l’ampleur du mouve-
ment de transformation des spé-
cialisations économiques, nous Groupe C (130) :Groupe D (169) :
aboutissons à une typologie des Creutzwald, Forbach, Saint-Avold, Saint-Dié,Nancy,
Sarreguemines, …Remiremont,trajectoires en quatre groupes
Toul, Verdun, …
Ensemble Tertiarisation[voir figure : Types de trajectoires des
aires urbaines et carte Typologie des
trajectoires].
Lesvillesdugroupe A sont celles Groupe B (46) :
Metz, Pont-à-Mousson, Sarrebourg, …qui ont perdu le plus d’emplois in-
dustriels et se sont tertiarisées,
même si elles restent encore pro-
fondément marquées par l’in- 03
99
dustrie en fin de période. Sans 90
surprise, toutes les villes miniè-
res et également la plupart des
82villes oùlasidérurgieetlamétal-
lurgie étaient très présentes, 68Groupe A (9) :
Thionville, Longwy, … 62comme dans les Vosges et la ré-
gion lyonnaise, sont regroupées
dans cette classe. Dans cet en-
semble, trois se trouvent en Lor-
75
raine (Thionville, Esch-sur-Alzette -
Villerupt, Longwy).
Le groupe B ne se différencie
Moyenne des coordonnées sur les deux premiers axes de l'analyse factorielle
des groupes C et D que par une
Source : Insee - recensements de la population 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 - 2003 (estimé)croissance un peu plus faible de
7
Industries
anciennes - nouvellesdes trajectoires en dents de scie
Types de trajectoires sur la première dimension (Lamballe, Roussillon, etc.)oudu
fait d’une stagnation de leurs co-
ordonnées sur une dimension, ce
qui traduit un renforcement relatif
Biens Intermédiaires Classe C (408) : Metz, Nancy, Épinal,
d’une spécialisation (ex. de
Thionville, Vandoeuvre-lès-Nancy, …
Fos-sur-Mer).
Années
03 La crise des industries
historiques façonne99
le système économiqueClasse B (38) : Saint-Avold,
Batilly, Jarny, Faulquemont, … lorrain
90 Le même type d’analyse que pré-
cédemment mais concernant les
Classe A (10) : Freyming-Merlebach,
villesdeLorrainemontreque lesForbach, Creutzwald, Petite Rosselle …
cinq premières dimensions sont
62
chacune très fortement structu-68
8275 rées par un secteur industriel
[voir tableau]. Les trois premières
dimensions traduisent la crise
des industries historiques.
Moyenne des coordonnées La première dimension oppose le
sur le premier axe secteur d’énergie au reste des
de l'analyse factorielle
Énergie activités, elle illustre le processus
de fermeture programmée dans
le charbon.
Source : Insee - recensements de la population 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 - 2003 (estimé)
Les deuxième et troisième dimen-
sions mettent en évidence cha-
cune les communes qui accueillent
préférentiellement les industries deTypes de trajectoires sur la deuxième dimension
biens intermédiaires ou de biens
de consommation, aux villes d’ÉtatBiens Intermédiaires
ou à dominante tertiaire.
68
La quatrième dimension traduitClasse A (28) : Lorquin, Fraize, Mattaincourt,
Saint-Etienne-lès-Remiremont, … la montée des industries de re-
62 Classe D (79) : Hambach, conversion. Les industries de
Phalsbourg, La Bresse, biens d’équipement, qui incluent
Gérardmer, Rambervillers, …
ici l’industrie automobile et les
industries d’équipements électri-
ques et électroniques, ont per-
Classe C (233) : Vandoeuvre-lès-Nancy,
mis une reconversion partielleBar-le-Duc, Freyming-Merlebach,
Sarreguemines, … de l’emploi industriel lorrain. La
progression d’emploi la plus im-
portante parmi les secteurs de
reconversion est sans contesteAnnées
liée àlaspécialisationdelaré-
gion dans la construction auto-
mobile et surtout la fabricationClasse B (116) : Metz,
Nancy, Thionville, Épinal, … d’équipements automobiles. Le
dynamisme de l’automobile est
tel que l’emploi y a crû à un99
0382 rythme largement supérieur à75 90Fonction publique
celui de l’emploi global en Lor-
raine. Cette croissance place
l’activité automobile lorraine par-Moyenne des coordonnées sur le deuxième axe de l'analyse factorielle
mi les spécialisations opportu-
Source : Insee - recensements de la population 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 - 2003 (estimé)
nes.
8deux une chute d’emploi dans ces faiblies par les fermetures desDiversité des trajectoires
secteurs, mais à des rythmes dif- usines textiles. La classe Déconomiques des villes
férents. Contrairement à la situa- connaît une évolution qui n’est
en Lorraine
tion précédente, les grandes pas conforme au mouvement gé-
L’analyse des types de trajectoi- communes ne sont pas épar- néral à partir des années 90. Elle
res (voir tableau et figures : Types gnées ici. À titre d’exemple la se différencie des autres classes
de trajectoires sur la première, zone d’emploi de Thionville et celle par une progression des emplois
deuxième, quatrième dimensions) de Nancy ont perdu plusieurs mil- de la fonction publique nettement
fait apparaître la classe C sur liers d’emplois lors de la crise si- moindre.
chaque graphique, classe qui dérurgique. La fermeture
présente une forme très régu- d’établissements de SACILOR et SI- Sans pour autant compenser les
lière au cours du temps. Cette DELOR à Hayange, Rombas et pertes d’emploi subies dans les
classe est celle qui compte le Longwy causait la perte de plus secteurs historiques, certains
plus de communes dans chaque de 30 000 emplois. Les zones secteurs industriels ont vu leurs
dimension et qui regroupe les d’emploi vosgiennes d’Épinal, de effectifs augmenter considérable-
plus grandes communes (àl’ex- Remiremont-Gérardmer sont af- ment. Le dynamisme le plus mar-
ème
ceptiondela2 dimension, où une
partie importante des grandes com-
munes sont regroupées dans la Types de trajectoires sur la quatrième dimension
classe B) ; communes qui sont
les moins touchées par le déclin Fonction publique Classe C (6) : Foug, Gorcy, Woustviller, …
des industries historiques.
La figure : Types de trajectoires Années
62
sur la première dimension et la 75
carte : Typologie des trajectoires,
traduisent le processus de ferme-
ture programmée dans le char-
Classe A (14) : Frouard,
68bon. Le déclin des effectifs fut Moncel-lès-Lunéville,
Ligny-en-Barrois, Ennery, …particulièrement important de la
fin des années 60 au début de la
crise pétrolière de 1974 (Classe
B). En 1975, le charbon lorrain
employait 22 300 personnes,
soit près de 2,6% de l’emploi to-
tal lorrain. La hausse du prix du
Classe B (2) : Batilly, Trémery.
pétrole a entraîné par la suite une
Classe D (434) : Metz,
forte augmentation des prix des Nancy, Thionville, Épinal, …
produits pétroliers et a dynamisé 99
la production de charbon, consi-
déré comme une énergie de
82substitution au pétrole. Dès 90
1983, on assiste à une réduction 03Biens d'équipement
des effectifs, causée par la
baisse des prix du pétrole et la
forte concurrence internationale. Moyenne des coordonnées sur le quatrième axe de l'analyse factorielle
La formedelaclasseAnous
Source : Insee - recensements de la population 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 - 2003 (estimé)
confirme cette évolution dans cer-
taines communes : Freyming-
Merlebach, Forbach, Petite-Ros-
Typologie des trajectoires des communes de Lorraineselle, Creutzwald, etc.
sur la période 1962-2003
La crise de la filière sidérurgique
Contribution* % d’inertie expliquéa frappé la Moselle et la Secteur d’activité dominantDimension
(%) par la dimension
Meurthe-et-Moselle tandis que la
ère 93,4 26,81 Énergiecrise de l’industrie du textile tou-
ème 77,3 23,2chait essentiellement les zones 2 Biens intermédiaires
èmed’emploi vosgiennes. 80,1 13,83 Biens de consommation
ème 86,2 12,3LesclassesAet B(voir figure : Ty- 4 Biens d’équipement
èmepes de trajectoires sur la deuxième di- 91,2 8,85 IAA
mension et carte : Typologie des
* Contribution relative à l’inertie expliquée par l’axe
trajectoires) connaissent toutes les
Source : Insee - recensements de la population, 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 - 2003 (estimé)
9L’emploi de base, moteur de la croissance urbaine
Plusieurs catégorisations ont été proposées pour identi- Ce qui revient implicitement à faire les hypothèses suivan-
fier et quantifier les activités motrices du développement tes :
urbain. Concernant les activités de services, Gotman - la croissance régionale est entièrement expliquée par la
(1970) et Corey (1982) ont proposé une distinction entre demande externe ; les autres facteurs (investissements,
activités “quaternaires” ou “transactionnelles” et autres. épargne, etc.) étant supposés jouer un rôle négligeable ;
La catégorisation de Noyelle et Stanback (1984) repose
- faire dépendre les activités “basiques”, des activités “non
elle sur la nature intermédiaire ou finale de la demande que
basiques”.
les services satisfont et sur le type d’institutions et d’entre-
prises qui fournissent les services. D’autres travaux dans Bien que remis en cause, certains auteurs (P.-Y. Leo et J.
la filiation de ceux de Galbraith, recourent aux concepts Philippe)considèrentquelemodèledelabaseéconomique
d’emplois ou de fonctions stratégiques supérieurs. Ces doit se comprendre dans une perspective de long terme.
travaux (B. Planque, 1983 et 1993 ; Julien, Pumain, Ils définissent trois catégories d’activités : les activités ba-
1996) constatent que, pour certaines “fonctions”, les ni- siques, les activités “intermédiaires communes” (services
veaux de qualification les plus élevés se concentrent dans aux entreprises) et les activités “urbaines”. Les activités
les villes de plus grande taille. “urbaines” se localisent d’abord près de leur demande, les
Autre modèle de référence, celui de la théorie de la base activités de base étant beaucoup plus indépendantes de
économique. La théorie de la base permet de connaître celle-ci. Les services aux entreprises jouent un rôle inter-
quels sont les moteurs de développement local, autrement médiaire ;ils dépendentenpartiedelaproximité de leur
dit quels sont les éléments qui déterminent le revenu d’un demande et s’appuient à la fois sur les besoins d’activités
territoire. Elle fait dépendre la croissance régionale de sa “basiques” et “urbaines” ; ils peuvent en outre (G. Gallouj,
capacité à exporter. La base économique est la partie des 1996), se comporter comme des éléments de la base éco-
activités économiques sur lesquelles repose le développe- nomique, surtout lorsqu’il s’agit de services supérieurs.
ment d’un territoire. L’hypothèse de cette théorie est que L’analyse sur la période 1962-2003 montre que c’est
l’économie non basique dépend de l’économie basique. En l’emploi d’une aire urbaine qui maintient ou attire une popu-
effet, les activités basiques font entrer des revenus dans le lation résidente plutôt que l’inverse [voir tableau
territoire. Chaque nouveau euro qui entre suscite d’autres ci-dessous]. Toutes choses égales par ailleurs, lorsque
activités, à condition qu’il soit dépensé localement : les ex- l’emploi est stable, la population des aires urbaines pro-
portations ont un effet multiplicateur. Le multiplicateur dé- gresse de 0,7% en moyenne par an. L’importance de la
signe donc la capacité de la région à retenir les nouveaux constante indique, par contre, que les variations de la po-
euros qui entrent sur son territoire. La théorie de la base pulation sont très amorties par rapport à celles de l’emploi
est un modèle d’inspiration keynésienne qui fait dépendre : un accroissement de 10% des emplois sur la période en-
les revenus du territoire de la demande extérieure. Elle traînerait une augmentation de 4,8% de la population.
permet d’estimer les effets induits de la base économique Inversement, une perte d’emplois du même ordre provo-
sur l’économie du territoire grâce au multiplicateur. Cette querait une diminution de la population de 3,4%. Cet amor-
théorie revient à énoncer que la principale source de crois- tissement peut provenir soit de l’importance croissante
sance régionale vient des exportations de la région. Cette des transferts sociaux, soit du vieillissement de la popula-
vision repose sur une représentation dichotomique d’une tion, soit de l’influence du marché du travail sur les taux
économie régionale : d’activité ou de variables omises dans l’équation.
* les activités “basiques” : activités qui répondent à une de- L’emploi des activités urbaines varie pour une bonne partie
2mande externe à la région ; (R = 0,51) en raison des variations de la population. L’ana-
* les activités “non basiques”, “urbaines” ou “induites” : ac- lyse de la relation selon la taille des aires urbaines indique
tivités qui satisfont la demande locale, autrement dit qui vi- que la qualité de la relation s’accroît avec la taille des aires
vent des dépenses des ménages résidents. urbaines [voir tableau ci-contre].
Population et emploi au sein des aires urbaines françaises entre 1962 et 2003
2Variable expliquée Constante Var.* Emploi total Var.* Emploi de base R Période
Var.* Population
0,41 0,57 1962-2003Coeff. 0,70
T Student 16,4 21,7
Var.* Emploi total
0,84 0,94 1962-1982Coeff. -0,19
T Student -2,6 74,0
0,51 0,69 1982-2003Coeff. 0,01
T Student 0,49 28,0
0,68 0,81 1962-2003Coeff. 0,04
T Student 0,81 38,5
* Var. = [(X /X)-1]/n*100
(t+n) t
Champ : 354 aires urbaines (1999)
Source : Insee - recensements de la population, 1962, 1968, 1975, 1982, 1990, 1999 - 2003 (estimé)
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