Orientation économique et croissance locale de l'emploi dans les bassins de vie des bourgs et petites villes

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L'examen de la façon dont se combinent localement les principales activités économiques met en évidence le poids croissant dans les emplois ruraux, des activités destinées à satisfaire les besoins des populations locales, activités qui constituent le socle d'une économie dite « résidentielle ». Parallèlement, l'agriculture et les secteurs qui lui sont directement liés, base traditionnelle des économies rurales, pèsent aujourd'hui peu et sont largement devancés par les secteurs industriels. Ainsi, alors qu'en 1990, seul un tiers des bassins de vie animés par un bourg ou une petite ville comptent plus d'emplois résidentiels que d'emplois agricoles et industriels, ils sont, en 1999, plus de la moitié à être dans ce cas. Au cours de la période, ces bassins à économie résidentielle ont connu un développement économique plus favorable que les bassins à caractère plus industriel ou agricole. En outre, toutes choses égales par ailleurs, la croissance de l'emploi a été plus marquée dans les bassins proches des grands pôles urbains et la dynamique démographique locale influence positivement le développement des activités économiques. Si, en parallèle, la croissance de la population a été favorisée par la croissance économique locale, cette dernière engendre plus de croissance démographique locale que la croissance démographique n'engendre de croissance économique locale.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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TERRITOIRE
Orientation économique et cr oissance
locale de l’emploi dans les bassins de vie
des bourgs et petites villes
Michel Blanc * et Bertrand Schmitt **
avec la collaboration de Éric Ambiaud ***

L ’examen de la façon dont se combinent localement les principales activités économi-
ques met en évidence le poids croissant dans les emplois ruraux, des activités destinées
à satisfaire les besoins des populations locales, activités qui constituent le socle d’une
économie dite « résidentielle ». Parallèlement, l’agriculture et les secteurs qui lui sont
directement liés, base traditionnelle des économies rurales, pèsent aujourd’hui peu et
sont largement devancés par les secteurs industriels. Ainsi, alors qu’en 1990, seul un
tiers des bassins de vie animés par un bourg ou une petite ville comptent plus d’emplois
résidentiels que d’emplois agricoles et industriels, ils sont, en 1999, plus de la moitié à
être dans ce cas. Au cours de la période, ces bassins à économie résidentielle ont connu
un développement économique plus favorable que les bassins à caractère plus industriel
ou agricole. En outre, toutes choses égales par ailleurs, la croissance de l’emploi a été
plus marquée dans les bassins proches des grands pôles urbains et la dynamique démo-
graphique locale infl uence positivement le développement des activités économiques.
Si, en parallèle, la croissance de la population a été favorisée par la croissance écono-
mique locale, cette dernière engendre plus de croissance démographique locale que la
croissance démographique n’engendre de croissance économique locale.


* Inra, ESR, Toulouse ; ** Inra, CESAER, Dijon ;*** Insee Midi-Pyrénées, Toulouse.
Ce travail a été, pour une large partie, réalisé dans le cadre du groupe de travail Insee-IFEN-Inra-Scees « Structuration
de l’espace rural : une approche par les bassins de vie », coordonné par le Pôle de services de l’action régionale
Analyse territoriale de la DR-Insee PACA, Marseille. Les auteurs tiennent à remercier les membres de ce groupe pour
leurs remarques et conseils, et plus particulièrement les animateurs effi caces du groupe de travail que furent Philippe
Julien et Michel Gaudey. Ils remercient également les deux relecteurs anonymes pour leurs judicieuses suggestions.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007 57 éfi nir l’espace rural n’est jamais opéra- l’emploi. Un tel découpage territorial permet D tion aisée. Dans la plupart des conventions de préciser ce qui différencie les espaces ruraux
statistiques, il est identifi é comme un reste : la entre eux. Cet angle d’attaque, complémentaire
partie du territoire qui n’est pas urbaine, la ville de l’examen des critères de différenciation entre
pouvant, quant à elle, être défi nie de différen- espaces ruraux, périurbains et urbains (Inra et
tes manières. Dans l’opposition ancienne entre Insee, 1998 ; Bessy-Pietri et al. , 2000 ; Morel
communes rurales et communes urbaines, elle et Redor, 2006), est celui qui est adopté ici pour
est conçue comme un espace caractérisé par la analyser la différenciation spatiale des orienta-
continuité du bâti et par le regroupement d’une tions économiques des territoires ruraux et de
population dépassant un certain seuil. Elle peut leur croissance.
aussi être vue comme un centre d’emploi polari-
sant, autour de lui, des espaces plus résidentiels Étant donnée la for te différenciation, notam-
dont les habitants travaillent en majorité dans ment intersectorielle, des évolutions de l’emploi
ce centre. C’est cette logique qui a présidé au (Doguet, 2004), on peut supposer que les dyna-
zonage en aires urbaines et en aires d’emploi miques économiques rurales sont particulière-
de l’espace rural (ZAUER) dans lequel les aires ment dépendantes des structures productives
urbaines sont constituées par des pôles urbains locales. Nombreux sont aujourd’hui les travaux
(unités urbaines offrant au moins 5 000 emplois) d’économie régionale ou urbaine qui révèlent le
entourés de leur couronne périurbaine principa- rôle-clé joué par la nature des structures éco-
lement peuplée de migrants alternants, le reste nomiques sur la croissance locale de l’emploi
du territoire constituant soit une frange périur- (Gaigné et al., 2005). Ainsi, bien que leurs
baine multipolarisée, soit l’espace à dominante résultats soient contrastés, Glaeser et al. (1992),
rurale (Vallès, 2002). Henderson et al. (1995) tout comme Combes
(2000) ou Combes et al. (2004) ont montré que
la nature plus ou moins spécialisée de la struc-Cependant, une enquête réalisée par le Credoc a
ture industrielle locale infl uence fortement la révélé que les Français avaient une conception
croissance économique des zones d’emploi et/beaucoup plus large du rural (Bigot et Hatchuel,
ou des zones urbaines.2002). Ainsi, l’immense majorité des résidents
des couronnes périurbaines considèrent qu’ils
vivent dans le rural. Il en va aussi de même
L ’impor tance de l’économie pour certains habitants des pôles urbains. Vivre
« résidentielle » parmi les emplois rurauxà la campagne consisterait donc à résider dans
des espaces de faible densité et en des lieux où
l’on est à proximité immédiate d’espaces natu- En complément à la classifi cation traditionnelle
rels ou cultivés. C’est à cette notion de rural des activités économiques en trois secteurs pro-
élargi, c’est-à-dire regroupant avec l’espace à posée par Clarke (1951) et en s’inspirant d’ap-
dominante rurale, l’ensemble des communes proches comme la théorie de la base exporta-
périurbaines et les pôles urbains de moins de trice, on doit aujourd’hui, et notamment quand
30 000 habitants, que se réfère le découpage en on s’intéresse aux bassins de vie des bourgs et
bassins de vie des bourgs et petites villes qui petites villes, considérer que l’économie de ces
a été réalisé pour le Comité interministériel de territoires est structurée par deux grands types
l’aménagement et du développement du terri- d’activités : celles essentiellement destinées à
toire (Insee, 2003). Ainsi délimité, le territoire satisfaire les besoins des populations locales
« rural » recouvre quasiment les quatre cinquiè- (qu’elles soient permanentes ou temporaires) et
mes (79 %) de la superfi cie du pays et abrite celles produisant ou contribuant à produire des
un peu plus du tiers de sa population (36 %). biens et services destinés à un marché plus vaste
La densité d’habitants y est faible (49 habitants que le seul marché local, que celui-là soit régio-
au kilomètre carré) comparée au reste du pays nal, national ou international. Les premières sont
(324 habitants au kilomètre carré). Au sein de beaucoup moins exposées que les secondes à la
ce territoire, 1 745 communes ou unités urbai- concurrence d’entreprises situées à l’extérieur de
nes constituant des centres de services ont été leur bassin de vie et leur dynamique est davan-
identifi ées. Chacune polarise autour d’elle tage affectée par les évolutions démographi-
d’autres communes avec lesquelles elle forme ques locales. Parmi les activités répondant aux
un « bassin de vie ». Ces bassins, dont on trou- demandes de marchés externes au bassin de vie,
vera une défi nition précise dans Julien (2007), il convient de distinguer tout d’abord celles qui
constituent la plus petite maille territoriale sur relèvent de la production agricole et de sa trans-
laquelle les habitants ont un accès aux princi- formation, qui, du fait de leur fort attachement
paux services et, dans une certaine mesure, à au sol, ont longtemps été considérées comme
58 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007l’élément structurant de l’économie des espaces peu plus de la moitié (51,6 %) des emplois dans
ruraux. Plus « footloose » (c’est-à-dire moins un bassin de vie sur deux ( cf. tab leau 1), plus
dépendantes, dans leur choix de localisation, de de 44 % dans trois quarts d’entre eux, et moins
la contrainte foncière), les activités relevant de de 25 % dans seulement dix des 1 745 bassins
la sphère industrielle ont toujours un poids non de vie. Cependant, eu égard à l’important déve-
loppement du tourisme, notamment rural, et à négligeable dans les économies rurales, bien que
celui-ci soit souvent passé sous silence. son rôle potentiel dans le développement local
(Vollet, 1998), on ne peut supposer que ces
Ainsi, pour anal yser l’orientation économi- emplois soient, dans tous les bassins de vie, à
l’usage exclusif des populations résidentes et il y que des bassins de vie et, donc, leur niveau
a lieu de repérer des bassins à plus ou moins fort de spécialisation, on a cherché à regrouper les
potentiel touristique. Cette spécialisation tou-secteurs d’activité économique de la nomen-
ristique ne concerne fi nalement qu’un nombre clature économique de synthèse (NES) en trois
grands ensembles : ceux relevant de l’écono- limité de bassins de vie, qui se trouveront ainsi
portés par des dynamiques particulières. Si on mie résidentielle, ceux relevant de l’économie
considère le nombre de lits d’accueil touristique agri-alimentaire et ceux relev
rapportés à la population résidente, la taille de la industrielle, prise au sens large, i.e. incluant
population concernée par les activités résiden-les services aux entreprises ( cf. encadré 1). En
tielles locales est susceptible d’augmenter de dépit de la diffi culté d’affectation de certains
40 %, en saison touristique, dans la moitié des secteurs, qui, notamment parmi les services,
bassins dont l’activité économique est dominée s’adressent autant aux ménages qu’aux entrepri-
par ces secteurs résidentiels (où l’emploi rési-ses et autant aux exploitations agricoles qu’aux
dentiel est supérieur à 50 %) et même de dou-autres entreprises (1) , ce découpage des activités
1bler dans un quart d’entre eux ( cf. tableau 1).économiques donne une image plus conforme
au fonctionnement économique contemporain
Les autres acti vités économiques, que l’on peut des territoires étudiés que les découpages plus
considérer comme « exportatrices », offrent des traditionnels.
La dynamique des acti vités essentiellement des- 1. C’est le cas, par exemple, des activités fi nancières ou des
transports ferroviaires dont on a considéré ici qu’ils desservaient tinées à satisfaire les besoins des populations
plus les ménages locaux que les entreprises locales. Étant donné locales est en bonne partie liée à l’intensité des leur faible poids dans les économies locales (respectivement
2,2 % et 0,7 % des emplois résidentiels des bassins de vie des fl ux migratoires. L’arrivée de nouveaux rési-
petites villes et des bourgs), leur affectation à tel ou tel type d’ac-dents stimule la demande qui leur est adressée.
tivité ne modifi erait que marginalement les résultats présentés
ici. De son côté, le regroupement de l’ensemble des services aux Inversement, une palette étendue et diversifi ée
entreprises avec les activités « industrielles » (dans les emplois de ces services constitue un atout pour attirer desquelles ils pèsent pour 21,2 %) peut masquer la possibilité
de nouvelles populations. Cette « économie de leur usage par les exploitations agricoles et leurs industries
d’aval. Au vu du type d’activités concernées, on fait cependant résidentielle » joue un rôle important dans les
l’hypothèse qu’ils sont principalement mobilisés par les fi rmes
territoires ruraux. En 1999, elle fournissait un industrielles.
Encadré 1
TROIS GRANDES CA TÉGORIES D’EMPLOI
Les emplois locaux, r epérés ici par les actifs du recen- Secteurs de la sphère agri-alimentaire : agriculture,
sement de population de 1999 comptés à leur lieu de sylviculture et pêche et industries agricoles et alimen-
travail, ont été répartis en trois grandes catégories à taires.
partir des regroupements suivants, effectués en uti-
Secteurs de l’industrie au sens large : tous les autres lisant la nomenclature économique de synthèse (en
secteurs, c’est-à-dire industries de biens de consom-36 secteurs voire 114 secteurs parfois).
mation, industrie automobile, industries des biens
Secteurs de l’économie résidentielle : commerce et d’équipement, industries des biens intermédiaires,
réparation automobile, commerce de détail, répa- énergie, commerce de gros, intermédiaires, travaux
rations, bâtiment, transports ferroviaires, transports publics, autres transports (transport routier de mar-
routiers de voyageurs, agences de voyage, activités chandise, transports par eau, transports aériens,
fi nancières, activités immobilières, services aux parti- transport spatial), manutention, entreposage, gestion
culiers, éducation, santé, action sociale et administra- d’infrastructures, organisation du transport de fret et
tion. services aux entreprises.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007 59biens et services qui, pour l’essentiel, sont écou- la mesure où un seul secteur industriel y procure
lés en dehors du bassin de vie où ils sont pro- plus 60 % des emplois industriels.
duits. Même s’il reste emblématique des terri-
toires ruraux, l’ensemble formé de l’agriculture
Une différenciation des bassins de vie et des industries agro-alimentaires occupe une
selon leur orientation économiquefaible fraction des actifs travaillant dans les bas-
sins de vie : un sixième en moyenne en 1999 et
Dans le prolongement de cette anal yse des même moins de 9 % dans un quart d’entre eux.
activités économiques présentes dans les bas-La sphère agri-alimentaire n’est donc plus l’élé-
sins de vie, l’examen de la façon dont ces dif-ment structurant de l’économie des territoires
férents types d’activité se combinent locale-ruraux. Elle fournit presque moitié moins d’em-
ment permet de proposer une typologie visant plois que l’industrie prise ici au sens large.
à décrire l’orientation économique des bassins
de vie (Ambiaud et al. , 2004). Cette dernière, En ef fet, la sphère industrielle occupe en
qui comporte onze catégories, s’appuie sur des moyenne près de 30 % de la main-d’œuvre
seuils défi nis de façon à mettre tout d’abord rurale. S’élevant à plus de 40 % des emplois
en exergue l’activité économique majoritaire, locaux dans le quart des bassins les plus marqués
c’est-à-dire celle qui concerne plus de la moitié par ces activités, cette proportion ne descend en
des emplois locaux, puis à déterminer la ou les dessous de 20 % que dans un autre quart des
activités complétant le tissu productif local.bassins de vie ( cf. tab leau 1). Mais, au-delà du
poids de l’industrie dans leur tissu économique
local, les bassins de vie se distinguent aussi par On a ainsi cherché à repérer , dans un premier
temps, les bassins où l’économie résidentielle la nature plus ou moins spécialisée de leur indus-
procure plus de la moitié des emplois. Ces bas-trie, celle-ci pouvant favoriser ou au contraire
sins à « économie résidentielle dominante » handicaper les évolutions locales de l’emploi.
ou « bassins résidentiels » ont été répartis Les tissus industriels ruraux apparaissent tout
en quatre types ( cf. tab leau 2). L’économie d’abord assez spécialisés, dans la mesure où,
locale du premier type est fortement tirée par en moyenne, un seul secteur industriel regroupe
le tourisme, ces bassins « résidentiels et tou-à lui seul plus de 40 % des emplois industriels
ristiques » étant caractérisés par une capacité locaux, cette proportion s’élevant à 48 % dans
d’accueil touristique qui, évaluée en nombre les bassins où l’industrie rassemble plus du
de lits, dépasse la population résidente de plus tiers des emplois locaux. Mais, la variabilité
de moitié. Parmi les autres bassins résidentiels, autour de cette moyenne est conséquente : si un
quart des bassins à forte prégnance industrielle des « bassins résidentiels et agri-alimentaires »
(emplois industriels supérieurs au tiers du total et des « bassins résidentiels et industriels »
des emplois) présente un degré de spécialisa- ont été identifi és. Dans les premiers, la sphère
tion industrielle modérée (inférieure à 30 %), agri-alimentaire occupe davantage la main-
un autre quart est très fortement spécialisé dans d’œuvre locale que les activités industrielles et
Tableau 1
L ’activité économique dans les bassins de vie
Nombre de V aleur Écart-type Premier Médiane Troisième
bassins moyenne quartile quartile
Poids des tr ois catégories d’emploi (en %)
Emplois « résidentiels » (E ) 1745 52,4 12,5 44,0 51,6 60,0
R
Emplois « agri-alimentair es » (E ) (1) 16,9 10,2 9,0 15,3 22,8 A
Emplois « industriels » (E ) (2) 1745 30,7 13,4 20,9 28,9 38,2 I
Nombre de lits d’accueil touristique (rap-
portés à la population résidente du bassin)
Dans l’ensemble des bassins 1745 0,86 1,91 0,16 0,31 0,67
Dans les seuls bassins où E > ½ 977 1,26 2,46 0,18 0,39 1,05 R
Poids du secteur industriel le plus impor -
tant dans les emplois industriels du bassin
(en %)
Dans l’ensemble des bassins 1745 43,5 17,7 29,6 40,1 53,4
Dans les seuls bassins où E > 1/3 642 47,7 18,6 32,9 43,7 60,5 I
1. Agricultur e-forêt-pêche et industries agricoles et alimentaires (IAA).
2. Y compris services aux entr eprises et hors IAA.
Sources : Recensement de la population de 1999, Insee et Insee (2003).
60 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007concerne plus du sixième des emplois locaux. De leur côté, les bassins ag ricoles et alimen-
Dans les seconds, les activités industrielles taires se caractérisent par un nombre d’emplois
procurent plus d’un tiers des emplois et donc dans la sphère agri-alimentaire supérieur à celui
des activités industrielles et donc, par construc-nécessairement davantage que les activités de
tion, représentant plus du quart de l’emploi production de biens agricoles et alimentaires.
total. Parmi ces bassins, deux types ont été dis-Enfi n, le dernier type de bassins résidentiels
tingués selon que l’agriculture fournissait plus, regroupe tous ceux qui ne rentrent dans aucune
ou moins, d’emplois que les industries agro-ali-des trois catégories précédentes.
mentaires. Enfi n, les bassins classés dans aucun
des types précédemment défi nis constituent une Une logique similaire a guidé le classement
catégorie résiduelle peu nombreuse : les bassins des bassins où l’économie résidentielle n’est
« diversifi és ».pas majoritaire. Les bassins à « tendance
industrielle » et dont l’économie est plus tour-
En 1999, plus de la moitié des 1 745 bassins née vers l’extérieur que vers leurs propres
de vie des bourgs et petites villes (56 %) sont à résidents se caractérisent par un nombre d’em-
orientation fortement résidentielle. Ils regrou-plois industriels supérieur à celui de la sphère
pent près de 62 % du territoire des bassins agri-alimentaire. Quatre catégories de bassins
de vie étudiés ici, sur lesquels vivent près de industriels ont été identifi ées. Les bassins
treize millions d’habitants et qui offrent près
« très industriels » sont ceux où les activités
de quatre millions d’emplois ( cf. tab leau 3).
industrielles, au sens large, occupent plus de
La répartition géographique de ces 977 bas-
la moitié de la main-d’œuvre locale. Au sein sins dépend, pour une part, de leur position
de cet ensemble, les bassins « mono-spéciali- dans l’armature urbaine française ( cf. anne x e).
sés », c’est-à-dire ceux où plus de la moitié des Ainsi, les bassins dont le pôle est une petite
emplois industriels (au sens « manufacturier » unité urbaine ou une commune périurbaine
de la catégorie) est fournie par un seul des sec- sont souvent à orientation exclusivement rési-
teurs industriels de la nomenclature économi- dentielle, les bassins « résidentiels et touristi-
que de synthèse en 36 secteurs (NES 36), ont ques » ou « résidentiels et agri-alimentaires »
été distingués des autres. Les bassins « plutôt étant ici exceptionnels et les bassins « résiden-
industriels » sont ceux où la part de l’emploi tiels et industriels » rares. Mais l’économie
industriel (au sens large) dans l’emploi total résidentielle structure également fortement les
est comprise entre un tiers et la moitié tout bassins de vie plus éloignés des centres urbains.
en étant supérieure à celle de la sphère agri- Elle fournit ainsi la majorité des emplois dans
alimentaire. En leur sein, les bassins mono- 525 des 1 050 bassins dont le pôle est situé
spécialisés sont distingués des autres selon la dans l’espace à dominante rurale. Ici, plus sou-
même règle que celle utilisée pour les bassins vent que dans l’espace à dominante urbaine,
très industriels. l’orientation résidentielle dominante se com-
Tableau 2
Répartition des 1 745 bassins de vie des bourgs et petites villes selon leur orientation
économique
977 bassins à « économie résidentielle 768 bassins plus tournés
dominante » (E > 50 %) vers l’« extérieur »(E ≤ 50 %)
R R
747 bassins au poids 463 bassins résidentiels 192 bassins résidentiels 92 bassins « diversifiés »
faible de l’industrie et et peu industriels ou et touristiques
de l’agri-alimentaire agri-alimentaires
643 bassins à 155 bassins résidentiels et industriels 319 bassins plutôt dont 201 non spécia-
« tendance industrielle » industriels lisés
(E ≥ 1/3 et E > E )
I I A dont 118 spécialisés
169 bassins dont 79 non spécialisés
très industriels
dont 90 spécialisés
355 bassins à 67 bassins résidentiels et agri-alimentaires 188 bassins dont 137 à dominante
« tendance agri-ali- agri-alimentaires agricole
mentaire » (E > E et A I dont 51 à dominante E ≥ 1/6) A
alimentaire
Lecture : E désigne les emplois résidentiels, E les emplois agricoles et E les emplois industriels. R A I
Sources : Recensement de la population de 1999, Insee et Insee (2003).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007 61
bine avec une activité agricole non négligeable lation moyenne avoisinant les 140 habitants
2ou s’appuie sur le tourisme. Et, sans surprise, par km . Ils sont plutôt sur -représentés à l’est
les bassins « résidentiels et touristiques » sont de la diagonale Cherbourg/Marseille (excepté
localisés dans les zones de montagne (comme en Provence-Alpes-Côte d’Azur) et notamment
c’est le cas de celui de Barcelonnette ou de présents en région Rhône-Alpes. On retrouve ici
l’Argentière-la-Bessée) mais aussi sur le litto- le tissu de petits pôles industriels qui a, histori-
ral (tel celui de Pont-Aven) et en Corse ainsi quement, animé le milieu rural, parmi lesquels
que dans quelques autres poches touristiques pourraient être cités les bassins de Nantua, de
comme le Morvan (avec, par exemple, le bas- Morez ou de Saint-Amarin. À cela, s’ajoute un
sin de Château-Chinon), le Massif Central ensemble de bassins localisés en périphérie de
(avec La Bourboule) ou le Périgord. pôles urbains qui témoignent du maintien ou du
développement d’activités productives là où les
Bien que peu nombreux (169 au total en infl uences urbaines s’estompent et, avec elles,
1999 pour 1,7 million d’habitants et 664 000 le poids de l’activité résidentielle. Les structu-
emplois), les bassins « très industriels » présen- res industrielles de ces bassins sont diverses.
tent la particularité de regrouper les bassins les Parfois, une seule fi rme fournit la majorité,
plus densément peuplés, leur densité de popu- voire la quasi-totalité, des emplois industriels,
Tableau 3
Caractéristiques en 1999 des bassins de vie des bourgs et petites villes selon leur orientation
économique de 1999
T ype de bassins Nombre Superfi - Population Emplois (en Densité Emplois / Popu- Nombr e
2de bassins cie (km ) (en milliers milliers) démogra- actifs lation moyen
d’habitants) phique moyenne d’emplois
Résidentiels et
touristiques 192 50 793 1 564,8 536,0 83,6 0,99 8 150 2 792
(188,1) (0,27) (6 139) (2 174)
Résidentiels
et industriels 155 40 840 2 770,6 883,1 112,4 0,75 17 875 5 698 (100,2) (0,21) (12 284) (4 759)
Résidentiels
et agri-alimentaires 167 42 356 1 516,7 430,4 49,7 0,76 9 082 2 577
(35,3) (0,18) (5 749) (2 022)
Résidentiels et peu
industriels ou agri-
alimentaires 463 130 984 6 953,0 2 110,4 97,4 0,74 15 017 4 558
(137,5) (0,24) (11 789) (4 694)
Très industriels mais
non spécialisés 79 9 103 887,7 314,8 135,8 0,88 11 237 3 985
(99,1) (0,29) (6 319) (2 435)
T rès industriels
et spécialisés 90 10 834 840,2 349,4 136,7 1,06 9 335 3 883 (164,1) (0,42) (5 005) (2 575)
Plutôt industriels
mais non spécialisés 201 52 154 2 997,5 1 040,2 81,4 0,83 14 913 5 175
(119,1) (0,16) (10 232) (4 330)
Plutôt industriels
et spécialisés 118 24 874 1 197,6 386,4 64,2 0,83 10 149 3 275 (45,6) (0,17) (5 075) (1 906)
Agri-alimentaires à
dominante agricole 137 32 992 1 032,0 334,3 39,3 0,86 7 533 2 440
(32,9) (0,14) (4 301) (1 647)
Agri-alimentair es à
dominante alimentaire 51 11 275 486,8 177,8 52,7 0,91 9 545 3 487
(38,5) (0,15) (6 085) (2 681)
Diversifi és 92 22 635 972,6 323,9 47,6 0,82 10 572 3 520
(28,6) (0,17) (8 466) (3 628)
Ensemble des 1 745 428 840 21 219,5 6 886,7 83,8 0,83 12 160 3 947
bassins de vie (120,1) (0,25) (9 582) (3 734)
en 1999
Lecture : écarts-types en italiques et entre parenthèses.
Source : Recensement de la population de 1999, Insee.
62 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007c’est notamment le cas dans les bassins où sont Entr e 1990 et 1999, forte chute du nombre
implantées des centrales nucléaires (Saint- de bassins agricoles ou industriels au
Ciers-sur-Gironde, Lagnieu, Saint-Paul-Trois- profi t d’une orientation résidentielle
Châteaux, Beaumont-Hague). Mais il peut qui devient majoritaire
aussi s’agir d’une entreprise privée comme à
Fleury-sur-Andelle avec un gros établissement Au cours de la décennie 1990, la distribution des
produisant des caoutchoucs pour l’automobile. bassins de vie selon leur orientation économique
On trouve plus rarement des confi gurations a enregistré d’importantes modifi cations ( cf. ta-
de système productif localisé comme dans le bleau 4). La poursuite, à un rythme soutenu, de
bassin de Malesherbes avec l’industrie gra- la baisse de l’emploi agricole se traduit par un
phique. Ailleurs, la relative proximité d’une effondrement du nombre de bassins « agri-ali-
grande métropole aura permis la venue de fi r- mentaires à tendance agricole » qui passe de
mes relevant de différents secteurs d’activité 397 à 137. Ceux qui ont changé de catégorie
comme dans le Bassin de Mouy dans l’Oise. ont, dans leur grande majorité, vu le nombre de
Les 319 bassins « plutôt industriels » (et peu leurs emplois résidentiels s’accroître et la part
résidentiels), qui regroupent quatre millions de ceux-ci franchir la barre des 50 %. 87 sont
d’habitants et concernent près d’un million devenus « résidentiels et agri-alimentaires » et
d’emplois, sont cependant moins densément 60 « résidentiels et sans dominante agri-alimen-
peuplés que les précédents. Assez uniformé- taire ou industrielle ». Dans ce dernier cas, la
ment répartis sur l’ensemble du territoire, ils part des emplois de l’agriculture et des indus-
sont néanmoins plus rares dans le sud du pays tries agricoles et alimentaires a chuté en dessous
et plus fréquents sur ses franges orientales (de du seuil des 16,6 %. À l’inverse, le nombre de
la région Rhône-Alpes à l’Alsace) et sur les bassins « agri-alimentaires à dominante alimen-
pourtours du Bassin Parisien (Picardie, nord de taire » s’est accru du fait principalement du
la région Centre et Pays de la Loire). Ils sont basculement dans cette catégorie d’anciens bas-
également deux fois plus nombreux dans l’es- sins « agri-alimentaires à dominante agricole »,
pace à dominante rurale que dans l’espace à notamment en Bretagne.
dominante urbaine ( cf. anne x e).
Le nombre des « bassins très industriels » est
Rares sont fi nalement les bassins à orienta- demeuré pratiquement stable, les 39 pertes en
tion strictement « agri-alimentaire », même si direction des « bassins industriels » ayant été
on adjoint aux 188 bassins classés dans cette compensées par 35 mouvements en sens inverse.
catégorie les 167 bassins qui, à côté d’une En revanche, les effectifs des « bassins indus-
orientation résidentielle dominante, maintien- triels » se sont réduits, essentiellement par le jeu
nent ou développent une activité agri-alimen- de la croissance de leur nombre d’emplois rési-
taire conséquente. Pris dans cette acception dentiels. 34 sont devenus « résidentiels et sans
très extensive, ils concernent trois millions dominante agri-alimentaire ou industrielle » et
d’habitants et moins d’un million d’emplois. 71 sont devenus « résidentiels et industriels ».
Ils représentent en outre les territoires les Si la part de l’emploi industriel a baissé dans
moins densément peuplés avec des densités les premiers, ce n’est pas nécessairement le cas
moyennes (pôles compris) n’excédant pas les de tous les seconds, car le changement de caté-
250 habitants par km . Exceptionnels autour gorie traduit une hausse de la part des emplois
des centres urbains, les bassins agri-alimen- résidentiels qui a pu se faire au seul détriment
taires sont plus particulièrement repérables à de celle des emplois « agri-alimentaires ». Les
l’ouest de la diagonale Cherbourg/Marseille. bassins spécialisés ont, dans l’ensemble, mieux
Les bassins « agri-alimentaires à dominante résisté à l’érosion de leur nombre que les bas-
alimentaire » sont principalement localisés en sins non spécialisés. La structuration de l’indus-
Bretagne (on y trouve, par exemple, Lamballe trie locale autour d’un secteur dominant semble
ou Landivisiau), alors que le Sud-Ouest et le avoir favorisé le maintien dans la catégorie des
Massif Central sont plutôt les terres d’élection bassins industriels alors que les confi gurations
des bassins « ag comportant une industrie plus diversifi ée appa-
agricole ». On a affaire, dans le premier cas, raissent plus fragiles.
à une région où les dynamiques économiques
rurales ont été portées par le développement Le déclin du nombre de bassins « agri-alimen-
d’une industrie agroalimentaire appuyée sur taires à dominante agricole » et « industriels et
l’agriculture locale, alors que le second cas non spécialisés » a eu pour contrepartie un fort
est plutôt emblématique des espaces ruraux accroissement du nombre de bassins résiden-
en déclin démographique et économique. tiels. On en comptait 649 en 1990 et 977 neuf ans
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007 63

plus tard. Cette augmentation, portée pour une sins de vie des bourgs et petites villes, alors que
large part par la croissance des emplois résiden- leur population a augmenté de 3,7 % ( cf. ta-
tiels et secondairement par le recul des emplois bleau 5). Cependant, la variabilité des évolu-
agri-alimentaires ou industriels, a concerné, au tions autour de ces moyennes est extrême, les
premier chef, les bassins « résidentiels et sans coeffi cients de variation (rapport de l’écart-type
dominante agri-alimentaire ou industrielle » sur la moyenne) étant respectivement de 460 %
dont le nombre a presque doublé, passant de et 226 %. Alors qu’un quart des bassins subit
250 à 463 ( cf. tableau 4). En revanche, l’effectif des pertes d’emplois de plus de 5 %, le quart des
des bassins « résidentiels et touristiques » n’a bassins ayant la plus forte croissance voit ceux-
connu qu’une faible progression. Ces territoires ci augmenter de plus de 9 %. Plus resserrées,
ruraux dont l’économie locale dépend fortement les évolutions démographiques sont inférieures
du tourisme demeurent pour l’essentiel localisés à - 1,7 % pour un quart des bassins et supérieu-
dans les zones montagneuses et sur le littoral. res à + 2,6 % pour le quartile supérieur.
L’essor du tourisme vert se traduit cependant
par l’apparition de quelques nouveaux bassins Ces dynamiques démo graphiques et écono-
« résidentiels et touristiques », notamment dans miques des bassins de vie sont en partie liées
le Limousin, l’Auvergne et le Périgord. à l’orientation économique qui était la leur en
début de période ( cf. tab leau 5). En moyenne,
les bassins agri-alimentaires enregistrent les
Des dynamiques démographiques et performances les plus médiocres. C’est particu-
économiques contrastées, souvent reliées à lièrement vrai de ceux qui étaient, en 1990, « à
l’orientation économique du bassin dominante agricole ». Ce sont les seuls à enre-
gistrer une baisse du nombre de leurs emplois,
Entre 1990 et 1999, le nombre d’emplois s’est alors que leur population n’augmente pratique-
accru en moyenne de près de 3 % dans les bas- ment pas. Toutefois, cette tendance moyenne
Tableau 4
Répartition des bassins de vie selon leur orientation économique de 1990 et de 1999
1990/ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Total
1999 1990
1 159 1 - 11 1 - - - - - - 172
2 - 48 30 4 4 87
3 6 - 76 53 - 1 2 2 140
4 3 18 1 225 - - 2 - - 1 250
5 1 3 - - 45 11 16 4 - 80
6 - 3 - 14 60 6 13 - 96
7 58 21 6 115 23 1 1 4 244
8 3 13 1 13 4 11 18 52 - 9 125
9 15 1 87 60 - 1 12 10 132 23 56 397
10 1 - 1 2 - 2 - 2 20 1 29
11 3 10 48 1 28 10 1 4 19 125
Total 192 155 167 463 79 90 201 118 137 51 92 1745
1999
1. Résidentiels et touristiques
2. Résidentiels et industriels
3. Résidentiels et agricoles
4. Résidentiels
5. T rès industriels non spécialisés
6. T rès industriels spécialisés
7. Industriels non spécialisés
8. Industriels spécialisés
9. Agri-alimentaires à dominante agricole
10. Agri-alimentaires à dominante alimentaire
11. Diversifi és
Lecture : sur les 172 bassins de vie qui étaient résidentiels et touristiques en 1990, 159 le sont restés en 1999, l’un d’entre eux est devenu
résidentiel et industriel, 11 se sont transformés en bassins résidentiels et un est devenu très industriel non spécialisé. De la même façon,
sur les 192 bassins résidentiels et touristiques en 1999, 159 l’étaient déjà en 1990 alors que 6 étaient résidentiels et agri-alimentaires, 3
simplement résidentiels.
Source : Recensements de la population de 1990 et 1999, Insee.
64 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007recouvre une très forte dispersion : la croissance Enfi n, dans ce paysage contrasté, les bassins
démographique et économique dépasse les 4 % plutôt industriels et très industriels occupent
dans un quart de ces bassins. une position intermédiaire dans la hiérarchie
des évolutions. Les bassins non spécialisés du
point de vue industriel ont tendance à obtenir de À l’inverse, les bassins résidentiels, à l’exception
meilleures performances que les bassins indus-toutefois de ceux où l’économie agri-alimentaire
triels spécialisés, la diversité de leurs activités joue un rôle signifi catif, ont connu un dynamisme
industrielles semblant les abriter davantage des économique et démographique important : on y
effets des crises sectorielles.observe une augmentation moyenne de l’emploi
et de la population avoisinant ou dépassant les
7 %. Là aussi, la dispersion de ces indicateurs est Néanmoins, si emploi et population év oluent
grande et de très fortes croissances côtoient des le plus souvent dans le même sens, cette rela-
décroissances, parfois importantes. Par exemple, tion n’est pas systématique ( cf. tab leau 6).
si, dans un quart des 320 bassins résidentiels, Ainsi, 104 bassins enregistrent une augmen-
l’emploi s’accroît de près de 12 %, il est en chute tation de l’emploi local en dépit d’une baisse
de plus de 0,5 % dans un autre quart. Seuls les démographique, alors que 262 d’entre eux
bassins résidentiels et touristiques enregistrent, sont dans une situation inverse, leur croissance
pour au moins les trois quarts d’entre eux, une démographique s’accompagnant d’un déclin
croissance tant de l’emploi que de la population. de leurs emplois.
Tableau 5
Dispersion des évolutions de l’emploi et de la population de 1990 à 1999des bassins de vie selon
leur orientation économique
A - Évolution de l’emploi de 1990 à 1999
En %
Type de bassin en 1990 Moyenne Écart- type Pr emier quar- Troisième
tile quartile
Résidentiel et Touristique 7,8 14,6 0,2 12,7
Résidentiel et Industriel 7,4 15,4 - 2,8 12,4
Résidentiel et Agricole 2,2 8,8 - 3,0 7,8
Résidentiel 7,4 14,0 - 0,7 11,9
T rès industriel non spécialisé 2,4 13,7 - 7,2 8,7
T rès industriel spécialisé 2,1 15,8 - 6,3 7,5
Industriel non spécialisé 4,0 16,7 - 4,9 8,9
Industriel spécialisé 0,2 11,3 - 6,3 5,8
Agri- alimentair e à dominante agricole - 1,4 10,6 - 8,7 4,2
Agri- alimentair e à dominante alimentaire 1,8 11,2 - 6,7 9,7
Diversifi é 1,3 10,2 - 5,0 5,1
T otal 3,0 13,5 - 5,0 8,7
B - Évolution de la population de 1990 à 1999
En %
Type de bassin en 1990 Moyenne Écart-type Premier Quar- T roisième
tile Quartile
Résidentiel et Touristique 7,1 9,6 0,2 13,2
Résidentiel et Industriel 7,4 13,6 0,7 10,8
Résidentiel et Agricole 2,6 6,9 - 1,5 5,9
Résidentiel 6,2 9,6 - 0,1 9,7
T rès industriel non spécialisé 5,6 7,1 0,4 9,7
Très industriel spécialisé 2,1 7,3 - 3,3 5,9
Industriel non spécialisé 4,7 7,2 - 0,6 8,1
Industriel spécialisé 2,6 7,2 - 2,1 6,6
Agri- alimentair e à dominante agricole 0,5 6,3 - 3,8 4,2
Agri- alimentair e à dominante alimentaire 1,6 6,0 - 1,9 3,6
Diversifi é 2,2 5,8 - 1,8 5,6
T otal 3,7 8,3 - 1,7 2,6
Lecture : dans les bassins de vie qui sont, en 1990, « résidentiels et touristiques », l’emploi a, entre 1990 et 1999, augmenté en moyenne
de 7,8 % et la population de 7,1 %. De plus, un quart de ces mêmes bassins de vie a une croissance de leur nombre d’emplois qui
n’excède pas 0,2 %, alors que, dans un autre quart, cette croissance est supérieure à 12,7 %. De même, le quartile inférieur (Q1) de la
croissance démographique s’établit à 0,2 % et le quartile supérieur (Q3) à 13,2 %.
Source : Recensements de la population de 1990 et 1999, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007 65 Ce type de situation se rencontre notamment en locale adressée aux secteurs résidentiels, et où
Île-de-France et dans les régions périphériques la dynamique locale de l’emploi agit en retour
( cf. g raphique). L ’affl ux de nouveaux arrivants sur l’évolution de la population, via l’attracti-
en provenance de la région parisienne dans ces vité résidentielle des territoires liée aux pos-
territoires ruraux n’a visiblement pas entraîné sibilités d’embauche, il y a lieu, pour dénouer
une hausse d’activité suffi sante dans le secteur l’écheveau de ces relations réciproques, d’avoir
résidentiel pour dynamiser l’économie locale. recours à une modélisation simultanée des
Les cas, moins nombreux, où l’augmentation dynamiques démographiques et d’emploi. Les
de l’emploi se conjugue avec une baisse de la ménages choisissent leur lieu de résidence en
démographie s’observent dans certains bassins prenant notamment en compte la possibilité
de la chaîne pyrénéenne et du Massif Central. de trouver un emploi à proximité et les entre-
Là, les activités liées au tourisme ont stimulé prises se localisent en prenant en considéra-
l’emploi, mais l’éloignement des grands centres tion les ressources du marché du travail local.
urbains semble avoir limité l’arrivée de nou- C’est pourquoi les modèles de développement
veaux résidents permanents. régional se présentent souvent sous la forme de
tels systèmes d’équations simultanées où l’em- Au total, si on obser v e bien une relation entre la
ploi dépend de la population et inversement. nature des activités économiques présentes sur
Carlino et Mills (1987) ont proposé une modé-le territoire et leurs dynamiques économiques et
lisation de ce type pour analyser l’évolution de démographiques, ces liens ne semblent ni systé-
l’emploi et de la population dans 3 140 comtés matiques, ni univoques.
des États-Unis. Boarnet (1994) a en outre pris
en compte le fait que les lieux de travail et de
Une modélisation des év olutions d’emplois résidence pouvaient être disjoints. Il introduit
et de population pour mieux cerner le rôle alors dans son modèle un « retard spatial » sur
de la structure économique locale dans la les termes croisés, c’est-à-dire la possibilité que
croissance locale de l’emploi l’aire de recrutement d’une fi rme et/ou la zone
de recherche d’emploi d’un individu débordent Év aluer l’effet de l’orientation économique sur le
les frontières du seul bassin de vie où la fi rme développement local (croissance démographique
ou le travailleur sont localisés. Ainsi, est inté-et d’emplois) nécessite de contrôler les impacts
gré l’impact, sur l’évolution de l’emploi local d’un ensemble d’autres facteurs, tels que les
(respectivement, de la population), des varia-infl uences réciproques des évolutions démogra-
tions de la population (respectivement, de l’em-phiques et d’emplois ou la position du bassin par
ploi) dans les zones environnant la zone étudiée rapport à l’armature urbaine (Hilal et Renaud-
( cf. encadré 2). Afi n de tester la robustesse de Hellier, 2003).
nos résultats, nous avons eu recours à ces deux
Ainsi, dans la mesure où la dynamique démo- types de modélisation, même si on peut penser
graphique locale infl uence la croissance locale a priori que le modèle de Boarnet est plus riche
de l’emploi, via l’accroissement de la demande que celui de Carlino et Mills.
T ableau 6
Répartition des bassins de vie selon leur évolution démographique et d’emploi entre 1990 et 1999
V ariation de la population en %
Variation de
< - 5 - 5 - 2,5 - 1,0 + 1,0 + 2,5 + 5,0 > + 10 T otal l’emploi en %
à - 2,5 à - 1,0 à + 1,0 à + 2,5 à + 5 à + 10
< -10 51 40 22 23 15 18 12 7 188
-10 à -5 51 50 28 37 18 27 27 10 248
-5 à -2,5 21 32 20 27 18 16 27 12 173
-2,5 à -1,0 11 19 6 15 6 19 21 9 106
-1,0 à + 1,0 9 19 24 21 15 26 15 14 143
+ 1,0 à + 2,5 7 11 5 14 13 12 19 10 91
+ 2,5 à + 5 2 12 5 22 20 26 40 25 152
+ 5,0 à + 10 7 20 16 33 26 52 67 57 278
+ 10 à + 15 4 2 5 13 5 24 56 40 149
> + 15 2 4 2 10 10 27 53 109 217
T otal 165 209 133 215 146 247 337 293 1 745
Lecture : sur les 188 bassins de vie dont le nombre d’emplois a chuté de plus de 10 % entre 1990 et 1999, 51 ont connu une baisse
de leur population de plus de 5 % alors que pour 7 d’entre eux, la croissance démographique a été supérieure à 10 %. De même, les
165 bassins de vie ayant eu une chute de population supérieure à 5 % au cours de la période se répartissent en 51 bassins ayant eu une
baisse d’emplois de - 10 %, 51 une baisse d’emplois comprise entre – 5 et – 10 %, etc.
Source : Recensements de la population de 1990 et 1999, Insee.
66 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 402, 2007

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