Pauvretés et Territoires en Nord-Pas-de-Calais : Affiner la connaissance territoriale de la pauvreté

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Les territoires du Nord-Pas-de-Calais ne sont pas confrontés avec la même intensité aux questions de la pauvreté. Des dynamiques socio-économiques conduisent en effet à des concentrations de foyers en difficulté sur des espaces particuliers, telles que les plus grandes villes, quand d'autres espaces au contraire sont très largement épargnés, comme certaines communes résidentielles dans le périurbain. En outre, chaque territoire fait face à des formes de pauvreté différentes, tantôt liées aux difficultés d'insertion professionnelle, tantôt liées à une taille plus grande des familles ou encore à une monoparentalité plus fréquente. Ces multiples dimensions invitent à construire une grille d'analyse, à un échelon géographique aussi fin que celui de la commune ou du quartier, qui pourrait aider à concevoir des actions différenciées selon le territoire.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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- CHAPITRE V -
Affiner la connaissance territoriale de la pauvreté
- CHAPITRE V -
Affiner la connaissance territoriale de la pauvreté
es territoires du Nord-Pas-de-Calais ne sont pas confrontés avec la même intensité aux questions de la pauv-reté. Des dynamiques socio-économiques conduisent en effet à des concentrations de foyers en difficulté sur mLent épargnés, comme certaines communes résidentielles dans le périurbain. En outre, chaque territoire fait face des espaces particuliers, telles que les plus grandes villes, quand d’autres espaces au contraire sont très large-à des formes de pauvreté différentes, tantôt liées aux difficultés d’insertion professionnelle, tantôt liées à une taille plus grande des familles ou encore à une monoparentalité plus fréquente. Ces multiples dimensions invitent à cons-truire une grille d’analyse, à un échelon géographique aussi fin que celui de la commune ou du quartier, qui pour-rait aider à concevoir des actions différenciées selon le territoire.
INSEE Nord-Pas-de-Calais
Dans une démarche statistique appuyée sur des données économiques, sociales et urbaines, huit grands groupes de communes apparaissent en Nord-Pas-de-Calais(cf. carte 1).
Le premier type de communes (groupe 1) se distingue par la relative absence de la pauvre-té : environ 8 % des habitants âgés de moins de 65 ans appartiennent à un ménage à bas reve-nus, quand pour la région prise dans son ensemble ce taux s’approche de 20 %. Les allocatai-res de minima sociaux y sont très peu nombreux : la population couverte par le RMI, l’AAH ou l’API regroupe environ 3 % des personnes âgées de moins de 65 ans. Le niveau des revenus est parmi les plus élevés de la région, et plus des quatre cinquièmes des habitants sont proprié-taires de leur logement. Ces territoires se situent dans le périurbain, principalement en deuxiè-me couronne autour de Lille, dans les communes résidentielles sur les axes Lille-Béthune d’une part, et Lille-Valenciennes d’autre part, autour d’Arras et autour de Saint-Omer. Ils sont aussi présents vers les monts de Flandre et sont ensuite disséminés sur le littoral. Ces communes cor-respondent en grande partie à un modèle « rurbain », avec une population travaillant dans les proches villes-centres, mais préférant résider dans un environnement suffisamment rural pour offrir un cadre de vie agréable, et suffisamment proche d’un pôle urbain pour proposer les services et loisirs. Ce groupe comprend 303 communes, où résident près de 12 % de la popu-lation régionale.
Les deux types suivants (groupes 2 et 3) se caractérisent par des situations de pauvreté éga-lement peu fréquentes : environ 12 % de leur population appartiennent à un ménage à bas revenus. L’accès à l’emploi ne pose pas de difficultés majeures, et près de 75 % des femmes en âge de travailler se portent sur le marché du travail. Si les ressources des ménages sont globa-lement élevées, une frange de la population dispose de moindres ressources financières. Ainsi, dans le groupe 2, lorsque pauvreté il y a, cette dernière correspond à des personnes isolées, sans travail, touchant le RMI ou l’AAH. Dans le groupe 3, les quelques situations de pauvreté concer-nent des familles nombreuses avec des revenus d’activité modestes pour le nombre de person-nes à charge. Ces territoires sont présents dans l’arrière-pays rural du Dunkerquois, du Calaisis et du Boulonnais, dans une couronne autour de Cambrai et dans une périphérie éloignée d’Arras. Avec une localisation plus éparse, une partie des communes de l’Artois s’inscrivent dans ces catégories. Les groupes 2 et 3 rassemblent 311 communes, dont le poids démographique est faible, puisqu’y résident près de 4 % de la population régionale.
Vient ensuite un groupe de communes (groupe 4) pour lesquelles les situations de pauvreté sont plus nombreuses, mais toujours en retrait par rapport à la moyenne régionale. L’accès à l’emploi y est plus difficile, et le chômage s’y conjugue avec une moindre activité féminine. Ce groupe se caractérise en particulier par un parc social relativement important pour des com-munes de petite taille, et une sur-représentation des familles nombreuses. Les 223 communes correspondantes sont surtout concentrées autour de Calais et de Saint-Omer, et rassemblent près de 7 % de la population régionale.
Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006 47
- Chapitre V -
Les deux groupes suivants (groupes 5 et 6) rassemblent des communes où le taux de foyers à bas revenus, autour de 18 %, est comparable à la moyenne régionale. Les logiques socio-éco-nomiques et territoriales y sont cependant très différentes.
Dans le groupe 5, le parc social est presque inexistant, et le taux de chômage reste relative-ment faible. Les personnes touchées par la pauvreté sont, proportionnellement, plus souvent qu’ailleurs des bénéficiaires de l’AAH. Ces communes se regroupent dans le sud du départe-ment du Nord entre Cambrai et Fourmies, et dans l’Artois. La part de résidences secondaires est significativement plus élevée qu’ailleurs : y sont en effet comprises certaines communes touris-tiques, comme par exemple Le Touquet-Paris-Plage, Cucq ou Merlimont, qui bénéficient pour-tant d’une image de villes aisées. Dans ces communes en effet, le niveau de vie de la popula-tion active y résidant à l’année est plus modeste que celui de la population y habitant de façon ponctuelle, ou que celui de la population retraitée. Le groupe 5 concerne 277 communes, soit 5,5 % de la population régionale.
Le groupe 6 identifie des communes souvent de taille plus grande, inscrites dans un conti-nuum urbain, et comprenant un parc social développé. Les personnes couvertes par le RMI représentent près de 5 % de la population âgée de moins de 65 ans. Le taux de chômage y atteint des niveaux élevés. Ces communes sont principalement localisées dans la première cou-ronne autour de grandes villes comme Lille, Dunkerque, Boulogne-sur-Mer, Arras et Valenciennes ; elles sont également situées dans l’axe de l’ancien bassin minier. Dans les plus grandes d’entre elles, apparaît une relative diversité sociale, avec des quartiers « aisés » jouxtant des quartiers « modestes » ou « pauvres ». Le groupe 6 a un poids démographique conséquent : près de 20% de la population régionale réside dans les 175 communes ici réunies.
Carte 1.Typologie des communes du Nord-Pas-de-Calais face aux situations de pauvreté
Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006 48
INSEE Nord-Pas-de-Calais
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Adapter les politiques sociales aux territoires : l’exemple du Pas-de-Calais
Michel Dagbert, président de la Commission des affaires sociales au conseil général du Pas-de-Calais, maire de Barlin,met en regard les pauvretés rencontrées dans les différents espaces du département.
Afin d’adapter l’ensemble de ses politiques publiques aux spécificités locales, le conseil général du Pas-de-Calais met en œuvre une nouvelle organisation territoriale de ses services. Offrant plus de proximité, ce nouveau maillage permet-tra de répondre aux difficultés particulières à chaque espace : celles des plus grandes villes, celles de l’ex-bassin minier, ou celles des espaces ruraux isolés.
Dans les communes de l’ex-bassin minier, se pose notamment la question de la (re-)qualification des actifs, de la muta-tion du tissu productif local, mais également de l’arrivée nouvelle de ménages pauvres. Je suis maire d’une commune de l’ex-bassin minier, une commune qui depuis trente ans, fait l’effort d’accomplir une reconversion majeure. Mais comment aujourd’hui faire face à l’arrivée continue de ménages pauvres - demandeurs d’emploi, RMIstes depuis cinq ans, familles monoparentales - qui quittent la métropole lilloise pour habiter le bassin minier, en particulier le parc de la Soginorpa ?
À l’inverse, dans les espaces ruraux du Montreuillois et du Ternois, la pauvreté pose d’autres questions, liées au déclin démographique, à l’isolement, à l’éloignement des centres urbains. Autant d’éléments auxquels répondent les actions du Département pour faciliter l’accès aux services publics et aux pôles d’emploi. Cette politique d’adaptation, il faut le dire, souffre cruellement des désengagements successifs et continus de l’État.
INSEE Nord-Pas-de-Calais
Les deux derniers groupes (groupe 7 et groupe 8) se composent de communes à pauvreté très importante : plus du quart de la population âgée de moins de 65 ans habite dans un foyer à bas revenus. Près de 10 % de la population âgée de moins de 65 ans vit avec le RMI. Les familles monoparentales en particulier y sont davantage présentes, résidant en majorité dans un parc locatif social qui représente le quart du parc de logements des communes.
D’une part, se distinguent les communes au cœur du bassin minier, autour de Maubeuge et à l’extrémité sud de l’Avesnois (groupe 7). Les difficultés économiques y sont les plus fortes, avec les taux de chômage les plus élevés de la région. Moins des deux tiers des femmes se portent sur le marché du travail. Les familles nombreuses y sont plus présentes qu’ailleurs, alors que les revenus d’activité sont soit absents, soit modestes. La mixité sociale est moindre qu’ailleurs.
D’autre part, se détachent les principales villes de la région (groupe 8), présentant des pola-rités marquées entre ménages aisés et ménages pauvres. Les couples y résidant sont relative-ment nombreux à bénéficier de deux revenus d’activité : dans ces communes, le taux d’activité des femmes est en effet assez élevé. La pauvreté touche ainsi en premier lieu les familles mono-parentales, et les personnes isolées. Les communes des groupes 7 et 8, quoique peu nombreuses, réunissent la moitié de la popu-lation régionale, et environ 70 % des personnes à bas revenus en Nord-Pas-de-Calais. Une telle géographie de la pauvreté conduit à formuler quatre remarques portant sur les espaces régionaux. • Face aux questions de la pauvreté, toutes les grandes villes du Nord-Pas-de-Calais ont plus de points communs que de différences - importance des allocataires de minima sociaux, poids des personnes isolées et des familles monoparentales parmi les plus modestes, enjeux posés par l’importance du parc social. Arras, Calais, Lens, Lille, Maubeuge ou encore Roubaix, villes qui pourtant ont chacune leur identité spécifique, figurent toutes dans un même ensemble. • À l’inverse, des territoires ayant une identité conjointe, peuvent en réalité se composer de communes aux situations distinctes. Dans le bassin minier où les situations de pauvreté sont globalement nombreuses, des nuances séparent les communes en différents groupes. Parfois des ruptures apparaissent : les communes appartenant historiquement au bassin minier, mais géographiquement à la lisière de ce dernier, accueillent désormais une population plus aisée travaillant le plus souvent sur Lille ou Arras. • La pauvreté n’est pas l’apanage des espaces urbains, et les espaces ruraux les plus éloignés des villes-centres comptent également une population aux ressources faibles, en lien principale-ment avec l’isolement et l’absence d’insertion professionnelle. • Il ne faut pas confondre l’image qu’a un territoire et sa réalité sociale. Les communes touris-tiques comptent souvent des ménages pauvres parmi leur population résidente, et des villes aisées n’ont pas toujours que de « beaux quartiers ».
Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006 49
5,2
18,3
Groupe 6
Groupe 7
Taux de résidences secondaires au recensement de 1999 3,2
Tableau 1.Principales caractéristiques des groupes de communes
INSEE Nord-Pas-de-Calais
Part du profil n°3 «Couples avec revenus modestes» parmi la population à bas revenus
Part du parc HLM dans le parc de logements au recensement de 1999
12,3
13,1
14 660
76,5
Part du profil n°2 «Familles monoparentales et API ou RMI» parmi la population à bas revenus
12,6
Groupe 3 Groupe 4
10,1
1,5
6,4
15,5
1,6
84,3
29,7
Part du profil n°1 «Isolés, RMI et AAH» parmi la population à bas revenus
9,3
53,2
Taux de chômage au recensement de 1999
9,5
Niveau médian des revenus imposables déclarés
Taux d’activité des femmes au recensement de 1999
8,3
Groupe 1
1,5
11,7
Groupe 2
2,3
Part de la population de moins de 65 ans vivant dans un foyer à bas revenus
Part de la population de moins de 65 ans couverte par le RMI
23,5
15,6
12 500
74,1
16,5
70,2
13 270
16,6
25,9
13 300
71,9
14,0
Héritages et dynamiques dans le bassin minier
De nombreuses communes minières restent ainsi confrontées aux problèmes récurrents de chômage de leurs populations déjà fragilisées, même si la répartition est inégale à l’échelle du bassin minier.
De fait, même si le solde en matière de création d’emplois est redevenu positif depuis une quinzaine d’années, le taux de chômage de la plupart des communes du bassin minier s’est maintenu à un niveau élevé. Les « nouveaux salariés » sur le bassin minier sont surtout des migrants en provenance de secteurs voisins plus attrayants et qui ne participent que très peu à l’économie locale du territoire (l’essentiel de leurs dépenses ayant lieu hors du bassin minier).
Profitant de la situation centrale au sein de la région, de nombreuses entreprises sont venues s’installer sur le territoire du bassin minier (cas des industries de l’automobile et de la logistique). Pourtant, les problèmes d’attractivité du territoire que signale le départ des populations for-mées, associés aux problèmes d’employabilité des populations restantes, nécessitent d’avoir recours aux compétences de salariés « extérieurs ».
1,4
Yves Dhau-Decuypere, directeur de la Mission Bassin Minier rage de l’arc minier.
Le bassin minier Nord-Pas-de-Calais doit encore composer aujourd’hui avec un héritage éco-nomique et social difficile, né de la présence passée de la mine et de la sidérurgie. Malgré les moyens engagés qui ont permis d’« enrayer » la crise, les dynamiques en cours sur le territoire ne profitent que très peu aux populations en place et des phénomènes de paupérisation se sont développés sur certains secteurs.
,précise les freins au redémar-
55,8
23,2
17,6
62,7
11 200
26,6
39,4
48,8
Source :Caf, MSA 2003-2004, Insee - Recensement de la population 1999, DGI - Revenus fiscaux 2002.
principales au recensement de 1999
Taux de propriétaires parmi les résidences
30,4
21,1
- Chapitre V -
2,7
81,1
5,2
Groupe 8
22,9
60,5
6,3
16,7
7,6
64,6
13,0
2,9
16 730
78,4
26,9
54,1
57,4
1,8
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83,2
9,5
26,7
10,8
76,2
77,6
27,7
14 620
15,1
2,9
74,6
au fisc en 2002, par UC
3,9
83,6
63,7
6,3
13,1
0,8
33,7
70,8
17,7
Groupe 5
10,7
5,8
Unités : %, euros par UC
20,8
13 490
2,5
59,6
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D « iversité sociale » ou « mixité sociale » ?
Une connaissance communale de la pauvreté n’est pas entièrement satisfaisante - elle ignore en effet les contrastes territoriaux qui se dessinent à des échelles plus fines. Dans les milieux les plus urbanisés, où la pression foncière est forte, les quartiers ont ainsi tendance à accueillir des ménages « qui se ressemblent » : là où le prix de l’habitat est cher s’installent les ménages plus aisés, tandis que les plus modestes se concentrent là où le coût du logement est moindre.
Donner un indice de pauvreté à la commune ne permet pas, dès lors, d’apprécier cette pola-risation. À la « diversité sociale » dont font preuve les grandes villes, correspond rarement une réelle « mixité sociale », c’est-à-dire la cohabitation de ménages aux revenus différents dans de mêmes quartiers. Au contraire, y apparaissent des difficultés urbaines très localisées, des poches de pauvreté.
La concentration des plus modestes dans un quartier n’est pas un phénomène neutre. D’ailleurs, lorsqu’un quartier vient à accueillir une majorité de ménages pauvres, nous sommes enclins à parler de « quartier pauvre », comme si l’espace était marqué à son tour.
Ce qui est effectivement le cas : l’installation de populations défavorisées peut appauvrir un quartier. La baisse du pouvoir d’achat moyen affecte les commerces de proximité ; la représen-tation qu’ont les habitants d’une commune sur ces quartiers se dégrade rapidement ; le prix des logements se dévalorise par rapport à celui des « beaux quartiers ». Plus grave, toutefois, un quartier défavorisé peut à son tour « appauvrir » les personnes qui y résident. Par exemple, obtenir un emploi peut y être plus laborieux : difficile en effet d’y construire un réseau de rela-tions susceptible d’ouvrir la porte d’une entreprise, difficile également de faire face aux effets négatifs sur les plus jeunes, à l’école avec l’absentéisme, dans la vie quotidienne avec le vanda-lisme et le développement d’une économie parallèle, etc.
La « politique de la ville » est née de la reconnaissance de ces mécanismes. Elle a pour objec-tif d’éviter que le quartier de résidence ne devienne un facteur de pauvreté. Complétant le dispositif d’aides à la personne (minima sociaux, allocations de logement, allocations familia-les), la politique de la ville est un mode de réponse territorial. Elle a pris une dimension particu-lière avec le pacte de relance pour la ville, défini par la loi du 14 novembre 1996, qui a permis de reconnaître des zones urbaines sensibles (ZUS), bénéficiant de dotations spécifiques, voire d’exonérations fiscales lorsque la gravité de la situation a conduit à les classer en zones de redy-namisation urbaine (ZRU) ou en zones franches urbaines (ZFU).
En 2005, le Nord-Pas-de-Calais comptait ainsi 73 zones urbaines sensibles, regroupant près de 440 000 personnes. Les difficultés économiques et sociales y sont importantes : avec 59 zones
Enjeux et écueils des contrats urbains de cohésion cociale
René Vandierendonck, vice-président en charge de l’Aménagement du territoire et de la politique de la ville, au conseil régional Nord-Pas-de-Calais, maire de Roubaix,souligne les changements introduits par les CUCS.
En Nord-Pas-de-Calais, 247 contrats de ville ont été signés pour la période 2000-2006, entre l’État, la Région et les collectivités locales. À travers ces contrats, les signataires se sont engagés à mettre en oeuvre des actions concertées pour « améliorer la vie quotidienne des habitants dans les quartiers et territoires urbains connaissant des difficultés ». Depuis, le ministère délégué à la Ville a souhaité que ces contrats soient « fortement renovés, afin d’être plus simples et plus lisi-bles ». Ce qui a donné naissance aux nouveaux contrats urbains de cohésion sociale (CUCS), qui doivent être mis en place à compter du 1er janvier 2007. Concrètement, qu’est-ce qui change ?
- Les partenaires : les CUCS sont élaborés directement entre l’État et les communes ou intercommunalités, sans concer-tation avec la Région et les Départements. Un choix qui me surprend, quand on sait la nécessité de coordonner les actions publiques, et d’oeuvrer à de multiples échelles (région et départements, bassins de vie, communes et quartiers, etc.).
- La durée : la contractualisation est signée pour trois ans ; ce qui s’explique par la volonté gouvernementale d’évaluer rigoureusement cette contractualisation, mais qui peut aussi être un obstacle de taille pour les actions de fond.
- Le périmètre d’intervention : le nombre de quartiers éligibles, en cours de discussion pendant le second semestre 2006, est à ce jour plus restreint ; avec l’idée d’éviter le « saupoudrage » des fonds publics, et le risque de laisser des quartiers survivre avec les seules ressources issues du droit commun.
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Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006 51
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de redynamisation urbaine, le Nord-Pas-de-Calais est la seule région à avoir plus de 80 % de ses ZUS intégrées dans ce dispositif complémentaire. La « politique de la ville » a depuis développé d’autres moyens d’action, qui résultent de l’ef-fort collectif de l’ensemble des acteurs publics, notamment à travers les programmes de réno-vation urbaine et les contrats de ville passés entre l’État et les collectivités locales. Aussi limitée soit-elle, l’analyse communale précédemment conduite a le mérite de signaler les espaces où il faut aller plus loin dans la construction d’une connaissance territoriale. Dans les villes et communes urbaines listées dans les groupes 6 et 8, les difficultés sociales sont très loca-lisées : une approche par quartier permet d’y détecter les poches de pauvreté. Ces communes regroupent d’ailleurs la quasi-totalité des ZUS de la région. À l’inverse, les communes listées dans le groupe 7 sont plutôt confrontées à des difficultés diffuses, généralisées à l’ensemble du terri-toire communal : une approche par quartier y perd de sa pertinence. C’est d’ailleurs l’un des pro-blèmes que rencontrent continûment les élus de l’arc minier pour mobiliser des fonds de la poli-tique de la ville : la spécificité des cités minières ne correspond pas aux critères d’éligibilité de programmes nationaux, initialement pensés pour les quartiers difficiles des grandes villes.
L a pauvreté se moque des limites administratives
L’identification précise des territoires concernés par la pauvreté nécessite de pouvoir mobi-liser des informations économiques et sociales sur une maille géographique la plus fine possi-ble. Le plus souvent, les données sont disponibles au niveau de « grands quartiers », regroupant une population suffisante pour garantir le secret statistique.
Une telle information fait prendre conscience des limites d’une observation de la pauvreté qui s’arrêterait à l’échelon communal. Outre les contrastes internes aux communes, elle met en évidence comment les espaces sociaux dépassent les limites administratives de communes voisi-nes. Bien souvent, les illustrations cartographiques invitent à une coordination à l’échelon inter-communal des politiques économiques, sociales et urbaines. Ainsi, sur l’exemple du Valenciennois(cf. carte 2), un regard limité aux données communa-les indique des situations de pauvreté particulièrement nombreuses sur Anzin, Bruay-sur-l’Escaut et Valenciennes, tandis que sur Marly, les difficultés sont moindres, et assez rares sur Saint-Saulve. Une approche par grands quartiers, quant à elle, dessine trois axes territoriaux de pauvreté ou de richesse à cheval sur les communes : • un ensemble continu d’espaces en difficulté, allant du sud-ouest de Valenciennes (quartiers de la Chasse Royale, de Saint-Waast) jusqu’au nord de Bruay-sur-l’Escaut (cité Thiers), en englo-bant Anzin ; • un ensemble également en difficulté rattachant le sud-est de Valenciennes (quartiers du Faubourg de Paris, du Faubourg de Sainte-Catherine) et le sud de Marly (quartier de la Briquette) ; • à l’inverse, s’ajoute à Saint-Saulve des quartiers aisés à l’est de Valenciennes (quartiers de Nungesser, du Roleur) et au nord de Marly, où la proportion de foyers à bas revenus est fai-ble. Dans l’Arrageois(cf. carte 3), un regard porté à l’échelle des communes fait ressortir des cas relativement nombreux de pauvreté sur les villes d’Arras et de Saint-Nicolas, et dans une moin-dre mesure sur Achicourt. Toutefois, les données par quartiers conduisent à distinguer trois ter-ritoires : • au nord et à l’est d’Arras, les quartiers de Saint-Pol et de Blancs Monts Baudimont, proches de Saint-Nicolas et où plus de 30% de la population est à bas revenus ; • au sud d’Arras, les quartiers Jean-Jaurès Cheminots et Vauban, qui jouxtent Achicourt et enre-gistrent également des situations de pauvreté nombreuses ; • dans les quartiers centraux d’Arras, comme le quartier de la Préfecture, et dans les quartiers résidentiels comme le Faubourg d’Amiens ou Saint-Sauveur, habitent des ménages globale-ment plus aisés.
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Carte 2.La population à bas revenus dans les quartiers du Valenciennois
Carte 3.La population à bas revenus dans les quartiers d’Arras
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Quelles données pour quels quartiers ?
Anne-Sophie Foucart, responsable du Pôle régional mutualisé des CAF du Nord-Pas-de-Calais,présente les données statistiques sur les allocataires qui peuvent aujourd’hui être mobi-lisées à l’échelle des quartiers.
L’Insee et les Caf de la région ont engagé un partenariat pour « géolocaliser » les données statistiques sur les allocataires des aides sociales. La géolocalisation permet de mobiliser des informations à l’échelle des quartiers, d’aller plus loin qu’un simple regard à l’échelle de la com-mune. Cette production statistique permet notamment aux acteurs de la politique de la ville d’ê-tre mieux armés pour le suivi économique et social des quartiers prioritaires.
Évidemment, une analyse aussi fine n’a pas de sens pour des communes de petite taille, pour lesquelles les chiffres communaux résument déjà bien les situations de pauvreté. C’est donc majoritairement sur des communes de plus de 10 000 habitants que les données font l’objet d’une géolocalisation.
Un tel travail demande du temps et de l’expertise. Afin de le finaliser sur l’ensemble des grandes villes de la région d’ici le début de l’année 2007, nous conduisons ce projet « à deux mains » : c’est ainsi tantôt l’Insee, tantôt la Caf concernée, qui produisent les informations. Pour accéder à ces données soumises au secret statistique, il faut prendre contact avec la Caf concer-née, qui proposera un cadre de diffusion adapté à la demande.
Les exemples pourraient être multipliés : seule la disponibilité des données restreint le champ possible de l’analyse. Pour l’instant du moins : d’importants efforts sont déployés pour améliorer au fil des ans l’analyse statistique des quartiers.
D es chiffres qui n’apprennent rien ?
« Tout cela est déjà connu », répondront toutefois les experts locaux. Les acteurs publics n’ont pas attendu d’avoir des statistiques pour identifier les poches de pauvreté. Les écarts entre les « beaux quartiers » et les « cités difficiles » sont connus de longue date des élus comme des habitants, sans qu’il y ait lieu de déployer une telle ingénierie de chiffres et de cartes. Vrai, tout cela est connu...
... mais rarement objectivé. Car comment savoir si le quartier de la Briquette à Valenciennes est plus en difficulté que celui de Blancs Monts Baudimont à Arras, ou que le quartier de Lille-Sud ? Les statistiques à l’échelle des quartiers ont la vertu de permettre les comparaisons, et de donner à voir, pour un élu local, un technicien de collectivité territoriale ou un travailleur social, des situations urbaines d’autres villes et communes qui pourront lui servir de référence.
Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006 54
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