Structures industrielles locales et formes d'organisation économique

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L'organisation industrielle des territoires dépend de la densité industrielle mais aussi de la façon dont sont structurées les entreprises : leur taille, leur dépendance ou non à un groupe, la nationalité et la territorialité de l'éventuel groupe auquel l'entreprise appartient. On peut dresser une typologie synthétique de l'organisation industrielle des zones d'emploi françaises en fonction de la densité industrielle, du poids et du type de groupes présents localement (groupes étrangers, groupes français à déploiement national ou groupes français à déploiement régional) et la part représentée par les PME indépendantes ou les très petites entreprises indépendantes. Cette typologie s'articule en douze classes qui se regroupent en trois grandes catégories : les territoires à faible densité industrielle, les territoires à forte densité industrielle dominés par des groupes supra-régionaux et les territoires à densité industrielle importante avec implications d'unités à ancrage régional. Les territoires dominés à la fois par des groupes étrangers et des groupes nationaux, ainsi que les territoires denses et multiformes ont connu en moyenne une baisse importante de l'emploi industriel sur la période 1989-1996. Par contre les structures industrielles denses dominées par des groupes régionaux ont mieux résisté. Quant aux zones d'emploi à densité forte de PME indépendantes, elles souffrent d'un positionnement sectoriel défavorable tout en résistant mieux à la baisse de l'emploi industriel.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ANALYSES RÉGIONALES
Structures industrielles locales
et formes d’organisation
économique
Vincent L’organisation industrielle des territoires dépend de la densité industrielle mais
Hecquet aussi de la façon dont sont structurées les entreprises : leur taille, leur dépendance
et Frédéric ou non à un groupe, la nationalité et la territorialité de l’éventuel groupe auquel
Lainé* l’entreprise appartient.
On peut dresser une typologie synthétique de l’organisation industrielle des zones
d’emploi françaises en fonction de la densité industrielle, du poids et du type de
groupes présents localement (groupes étrangers, groupes français à déploiement
national ou groupes français à déploiement régional) et la part représentée par les
PME indépendantes ou les très petites entreprises indépendantes. Cette typologie
s’articule en douze classes qui se regroupent en trois grandes catégories : les territoires
à faible densité industrielle, les territoires à forte densité industrielle dominés par des
groupes supra-régionaux et les territoires à densité industrielle importante avec
implications d’unités à ancrage régional.
Les territoires dominés à la fois par des groupes étrangers et des groupes
nationaux, ainsi que les territoires denses et multiformes ont connu en moyenne
une baisse importante de l’emploi industriel sur la période 1989-1996. Par contre
les structures industrielles denses dominées par des groupes régionaux ont mieux
résisté. Quant aux zones d’emploi à densité forte de PME indépendantes, elles
souffrent d’un positionnement sectoriel défavorable tout en résistant mieux à la
baisse de l’emploi industriel.
En économie spatiale, la question des spécifici- sur le territoire français. Ces travaux relèvent*Vincent Hecquet, au
moment de la rédaction tés territoriales du système productif occupe de deux approches principales.
de cet article, appartenait une place majeure. Existe-t-il un « effet terri-
à la division Synthèse
toire » dans la structuration et le fonctionne- Il peut s’agir en premier lieu de constructionsdes statistiques d’entre-
prises de l’Insee, Frédéric ment de l’appareil productif ? Peut-on classer de typologies de territoires, à partir de nomen-
Lainé appartient à la les multiples formes locales que prend le sys- clatures donnant une représentation du système
division Études territo-
tème productif selon une taxinomie robuste ? productif ou du système d’emploi. Ces nomen-riales.
Quels liens peut-on établir entre la structure clatures peuvent être des nomenclatures « clas-
Les noms et dates entre productive et la dynamique d’un territoire ? De siques » déjà existantes ou des nomenclatures
parenthèses renvoient à nombreuses études statistiques ont cherché à ad hoc. Ainsi le découpage en trois sec-
la bibliographie en fin
repérer des organisations productives typiques teurs (agriculture / industrie / tertiaire) a étéd’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 205fréquemment utilisé, en allant parfois jusqu’au La répartition des établissements selon leur
niveau des zones d’emploi (Insee, 1997). Des taille est le critère le plus couramment utilisé
typologies de spécialisations industrielles loca- pour qualifier un tissu industriel local. Mais
les ont également été construites (Gip-Reclus, elle ne suffit pas à rendre compte des formes
1991 ; Saint-Julien, 1998). Dans la lignée des d’organisation économique auxquelles appar-
travaux sur la division spatiale du travail, les tiennent les unités productives locales, souvent
territoires ont également été classés selon un prises dans des relations financières de groupe.
découpage fonctionnel de l’organisation pro- Quatre raisons essentielles militent pour une
ductive (classement des régions chez Lipietz, prise en compte conjointe de la dimension en-
1977 ; classement des zones d’emploi chez treprise et de la dimension groupe pour quali-
Moatty et Valeyre, 1991a, 1991b). Enfin cer- fier un tissu industriel local :
tains travaux ont repris, tout en les adaptant,
certains acquis de l’école de la régulation, dans En premier lieu de nombreux travaux ont mon-
la perpective de la construction de typologies tré que le comportement d’une unité dépendait
des formes locales de rapport salarial et des for- certes de sa taille mais aussi de son apparte-
mes de production qui sont liées (Lainé, 1994). nance éventuelle à un groupe, et de l’échelle
d’implantation spatiale ou de la territorialité de
Une seconde série d’études regroupe des inves- celui-ci. Ceci peut concerner le comportement
tigations portant sur le repérage statistique d’un en matière d’évolution de l’emploi (Hecquet et
type particulier de système productif. Les tra- Roualdes, 1995 ; Boccara, 1998), de qualifica-
vaux les plus nombreux se rapportent aux systè- tions mobilisées (Creusat, 1994), la combinai-
mes localisés de production, appelés encore son capital/travail et la productivité apparente
« districts industriels », lorsqu’on fait référence du travail (Parent, 1995a) ou encore les com-
plus spécifiquement aux organisations denses portements d’exportation et d’importation
de PME. D’après les définitions proposées par (Boccara, 1997).
différents auteurs (1) les systèmes localisés de
production se caractérisent par une forte con- En second lieu, cette distinction renseigne sur
centration locale d’entreprises spécialisées au- le degré de dépendance des territoires par rap-
tour d’un métier industriel, avec des relations port à des structures extra-régionales. L’actua-
locales de coordination entre agents économi- lité économique illustre de façon permanente
ques (relations de partenariat industriel, diffu- l’intérêt d’apprécier le degré d’autonomie lo-
sion locale de l’innovation, existence d’un cale des territoires. De nombreux exemples at-
savoir-faire local au sein du collectif de tra- testent de l’importance qu’occupent, pour
vail). En reprenant des aspects de cette définition, certains territoires, de grands groupes français
certains auteurs ont entrepris un travail d’investi- ou étrangers qui dépassent largement leur cadre
gation statistique qui identifie les districts indus- géographique. Une région se mobilise pour
triels et en mesure le poids dans l’ensemble du obtenir l’implantation d’un grand groupe étran-
système productif national (Guégan et Rou- ger. Une autre redoute la fermeture d’installa-
sier,1989 ; Courlet et Pecqueur, 1993 pour la tions existantes. En dépit des actions menées
France ; Sforzi, 1990, 1995 pour l’Italie). par les acteurs locaux, le devenir des établisse-
ments résulte essentiellement de décisions prises
par des groupes extérieurs au territoire, et qui
Le type de contrôle financier des lui imposent leur stratégie. Le système écono-
entreprises caractérise les territoires mique local est ainsi dépendant de grandes uni-
tés productives, dont les enjeux dépassent
L’option prise dans cette étude est d’opérer une largement le cadre du territoire et dont les cen-
classification, sansapriori, des structures indus- tres de décision paraissent extrêmement éloi-
trielles locales, en fonction des formes d’orga- gnés. En prenant en compte les liaisons
nisation économique. Cinq formes sont financières et le déploiement géographique des
distinguées : les groupes étrangers, les groupes groupes, on peut faire apparaître la dépendance
à déploiement national, les groupes français à économique de certains territoires vis à vis des
déploiement régional, les PME indépendantes grandes organisations qui leur sont extérieures.
sur le plan financier et les très petites entrepri- Sur d’autres territoires, au contraire, les établis-
ses (cf. encadré 1). Il s’agit donc de mêler dans sements dépendent d’organisations économi-
une même analyse, la dimension entreprise, la ques dont le champ d’activité ou le centre de
dimension groupe et la dimension territorialité
de la forme d’organisation économique à 1. Pour une synthèse sur ce sujet, voir par exemple
laquelle l’établissement appartient. Courlet,1997 ; Maillat, 1996 ; Benko, Dunfort et Hurley, 1997.
206 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7décision sortent moins du cadre local. Il en est sement étranger prend une place de plus en plus
ainsi des très petites entreprises, et des PME indé- importante et constitue un déterminant impor-
pendantes qui échappent au contrôle financier tant des dynamiques industrielles locales.
des grands groupes, et des groupes dont l’acti-
vité s’exerce principalement sur le plan local. Enfin les relations entre les différentes unités
La reconnaissance de ces tissus productifs plus présentes sur un territoire sont également for-
autonomes et l’étude de leur développement inté- tement liées à leur forme d’organisation éco-
ressent particulièrement l’analyse spatiale. nomique. Qualifier le tissu industriel local à
partir de ces formes constitue un point fonda-
En troisième lieu, l’identification de la nationa- mental pour l’étude des articulations locales
lité des groupes est un moyen d’apprécier, via entre entreprises, comme par exemple les rela-
les groupes étrangers, la situation des territoires tions locales de partenariat industriel entre les
par rapport à l’investissement étranger. Dans groupes et les PME indépendantes sur le plan
un contexte d’internationalisation croissante financier ou encore les formes de coordination
des systèmes productifs nationaux, l’investis- locales entre PME.
Encadré 1.
MÉTHODOLOGIE DE L’ÉTUDE
Les sources utilisées Les variables de la typologie
Les données utilisées pour la typologie des structu- Plusieurs indicateurs sont utilisés pour la typologie.
res industrielles locales résultent de la confrontation
de plusieurs sources : l’enquête « Liaisons finan- Une première série d’indicateurs, est relative à la
cières », les données de la Direction du Trésor sur densité industrielle. Elle est mesurée par :
les participations étrangères en France, et le réper- – le nombre d’établissements (de 10 salariésetplus)
toire Sirene sur les entreprises et les établissements. contrôlés par des groupes, par kilomètre carré ;
La date de référence est le 31/12/1994. – le nombre d’é (de 10 salariéset
plus) des PME indépendantes (entreprises de 10 à
L’enquête sur les liaisons financières entre sociétés 499 salariés non contrôlées par les groupes), par
est réalisée par l’Insee. Elle recense annuellement kilomètre carré.
les participations financières des entreprises. Elle
permet d’identifier un très grand nombre de grou- Une deuxième série d’indicateurs partage l’emploi
pes, mais n’est pas exhaustive sur les groupes de salarié de la zone entre cinq types d’unités:
petite taille. – très petite entreprise indépendante = entreprise de
moinsde10salariés non contrôlée par les groupes ;
Les données de la Direction du Trésor permettent – PME indépendantes = entreprises de 10 à 499
de compléter l’estimation de l’influence étrangère salariés non contrôlées par les groupes ;
en France fournie par l’enquête « Liaisons financiè- – groupes français à déploiement régional (au
res ». La Direction du Trésor recense les moins 80 % des salariés dans une même région) ;
entreprises implantées en France dans lesquelles – groupe français à déploiement national (au moins
investissent des personnes physiques non résiden- 80 % des salariés dans plusieurs régions) ;
tes ou des groupes étrangers. – groupe étranger.
Une troisième série d’indicateurs, relative à la péné-
Champ de l’étude tration des groupes dans le tissu d’établissements,
est mesurée par :
L’étude se rapporte à l’ensemble des établisse- – la part des établissements de 10 salariés et plus con-
ments d’activité industrielle, additionné des trôlés par des groupes français à déploiement national ;
établissements de services aux entreprises appar- – la part des é de 10 salariésetplus
tenant à des entreprises classées en industrie, à contrôlés par des groupes étrangers.
l’exception des secteurs de la production et de la
distribution d’eau, gaz, électricité. La classification
La typologie a été réaliséeenopérant en premier
Choix du zonage lieu une classification hiérarchique ascendante. Au
regard des résultats, certaines classes ont été re-
Le cadre d’analyse choisi est celui de la zone d’em- groupées en fonction de leur pertinence d’un point
ploi. Les zones d’emploi sont une partition des de vue économique. Une analyse discriminante a
régions fondéesur les déplacements domicile-tra- enfin été réalisée sur la typologie, afin de bien con-
vail. L’ensemble de la France métropolitaine est trôler l’affectation de chaque zone d’emploi dans la
ainsi découpé en 348 zones d’emploi. classe qui lui correspond.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 207bien souvent par la création de quelques sitesLa prise en compte des PME
productifs dont la totalisation des effectifs neindépendantes et des groupes régionaux
dépasse pas 500 salariés, ou par le rachat deéclaire l’organisation économique locale
PME.
De nombreuses analyses, tant conceptuelles
qu’empiriques se contentent d’une séparation Par ailleurs, si la séparation entre groupes fran-
entre grandes et petites ou moyennes entrepri- çais et groupes étrangers est usuelle, la distinc-
ses pour analyser le tissu industriel. On suppose tion opérée ici entre les groupes français à
implicitement que cela suffit à distinguer les déploiement national et les français à
grandes organisations de type groupe qui con- déploiement régional est très utile. Le groupe
trôlent les grandes entreprises, et les organisa- est en effet le plus souvent considéré comme
tions non dépendantes du contrôle financier des une structure supra-régionale. Ce n’est pour au-
groupes. Ce genre d’approche repose sur un tant pas toujours le cas, certains groupes ont un
modèle de la PME indépendante qui est encore ancrage régional qui se manifeste notamment
très présent dans les esprits. Pourtant une part par un emploi situé dans sa très grande majorité
élevée de l’emploi des PME est maintenant dans une région.
sous le contrôle des groupes, contrôle qui est
croissant dans le temps (Parent,1995b ; Chaba- La catégorie « groupe régional » permet de dé-
nas et Vergeau, 1997 ; Boccara,1998). La part celer la présence de capitalisme financier de
de l’emploi industriel des PME sous le contrôle type régional, elle est utile également pour cer-
des groupes varie également d’une région à une ner la stratégie territoriale de certains groupes
autre (cf. graphique I), de telle sorte que la seule (2). Les groupes régionaux ont d’ailleurs des
prise en compte des PME, sans prendre en spécificités en matière de taille et de secteurs
compte le contrôle des groupes, biaise l’ana- d’activité. Ils sont de taille plus petite que les
lyse régionale des PMI. C’est dans les régions autres groupes (Hecquet, Lainé, 1997). Les
de la moitié nord-est de la France que l’emprise
des groupes sur les PMI est la plus forte, avec
une part culminante pour l’Alsace. La forte pé-
2. En revanche, on a renoncé à distinguer les groupes françaisnétration étrangère dans ces régions est un élé-
seulement implantés en France des groupes françaisayantune
ment explicatif majeur de cette situation : extension internationale (voir, par exemple, Hannoun, 1997),
l’implantation étrangère en France se réalise par souci de ne pas compliquer l’analyse.
Graphique I
Le contrôle des groupes sur l’emploi industriel des PME
(au 31 décembre 1994)
lecture : les groupes en Alsace contrôlent plus de 50 % de l’emploi industriel des PME.
Source : Sirene, Lifi, Trésor au 31.12.1994.
208 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7Tableau 1
Douze classes de zones d’emploi selon le type de structure industrielle (situation au 31.12.1994)
Classes de zone d’emploi Exemple de zones Nombre de zones Part dans l’emploi
d’emploi (1) d’emploi industriel national (en %)
Zones à faible densité industrielle 143 17,7
dont :
Classe 1 toute la Corse, 12 0,2
Structures industrielles à densité faible, domi- Bordeaux-Médoc
nante de très petites entreprises indépendantes
Classe 2 Chinon, Carcassonne, 38 3,7
Structures industrielles à densité faible, Lozère
dominante de PME indépendantes
Classe 3 Cahors, Figeac- 28 2,1
Structures industrielles à densité faible, Decazeville, Tulle,
dominante de groupes et de PME indépendantes Aurillac
Classe 4 Romorantin, Clermont- 30 4,6
Structures industrielles à densité faible, Ferrand, Lannemezan
dominante de groupes
Classe 5 Troyes, Epinal, Rodez, 35 7,1
Structures industrielles à densité faible à Limoges
moyenne et multiformes
Zones à forte densité industrielle et dominante de groupes supra-régionaux 127 50,5
dont :
Classe 6 Calaisis, 36 7,9
Structures industrielles denses, dominante de Wissembourg,
groupes étrangers Molsheim-Schirmeck
Classe 7 Nanterre, Amiens, 31 16,4
Structures industrielles denses, dominante de Sud-Oise, Rouen
groupes nationaux et étrangers
Classe 8 Versailles, Longwy, 26 14,6
Structures industrielles denses, avec groupes na- Dunkerque, Grenoble,
tionaux et nombreuses implantations étrangères Toulouse
Classe 9 Cherbourg, Douaisis, 34 11,6
Structures industrielles denses, dominante de Le Mans
groupes français à déploiement national
Zones à forte densité industrielle avec des unitésplusrégionales 78 31,8
dont :
Classe 10 Sud-Ouest 19 3,1
Structures industrielles denses, dominante de Champenois, Saint-
groupes français à déploiement régional Omer, Guingamp,
Quimper
Classe 11 Vimeu, Valléede 19 5,7
Structures industrielles denses, dominante de l’Arve, Saint-Claude,
PME indépendantes Oyonnax
Classe 12 Saint-Etienne, Annecy, 40 23,0
Structures industrielles denses et multiformes Lyon, Lille, Paris
1. On trouvera dans l’atlas des zones d’emploi (cédérom des zones d’emploi, produit par l’Insee et al., 1998) des cartes en couleur et
les données correspondantes à cette typologie.
Sources : Sirene, Lifi (Insee) et Trésor.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 209Tableau 2
Caractéristiques* des classes de zones d’emploi (situation au 31.12.1994)
Classes de zone %d’établis %d’établis
d’emploi sements sements %d’emploi
%d’emploi %d’emploi (10 (10 %d’emploi %d’emploi contrôlé
Densité
contrôlé contrôlé salariéset salariéset contrôlé contrôlé par des
PME Densité
par les par les plus) plus) par les par des très petites
indépendan groupes(1)
groupes groupes contrôlés contrôlés groupes PME indé entreprises
tes (1)
nationaux étrangers par les par les régionaux pendantes indépendan
groupes groupes tes
nationaux étrangers
Zones à faible densité industrielle
Classe 1
Densité faible,
6,1 2,4 5,1 4,5 2,9 37,1 47,7 0,06 0,03dominante de très
petites entreprises
Classe 2
Densité faible,
17,2 8,0 10,5 4,7 5,5 51,7 14,6 0,27 0,06dominante de PME
indépendantes
Classe 3
Densité faible,
35,9 7,8 14,7 7,8 4,7 39,7 9,8 2,0 0,5dominante de groupes
et PME indépendantes
Classe 4
Densité faible, 59,2 12,9 21,6 7,9 1,5 23,7 6,8 2,3 0,9
dominante de groupes
Classe 5
Densité faible à 27,1 17,5 14,6 7,8 6,3 37,8 8,0 4,5 1,6
moyenne, multiformes
Zones à forte densité industrielle et dominante de groupes supra-régionaux
Classe 6
Densité forte,
17,2 39,4 11,6 15,0 5,4 29,1 6,2 6,1 2,5dominante de groupes
étrangers
Classe 7
Densité forte,
34,2 28,2 17,3 13,6 4,4 25,7 5,2 6,3 3,5dominante de groupes
nationaux et étrangers
Classe 8
Densité forte,
dominante de groupes 49,6 16,0 19,6 12,4 4,9 21,7 5,9 10,1 5,5
nationaux et implanta-
tions étrangères
Classe 9
Densité forte, dominante
48,8 9,4 17,6 6,5 4,8 28,1 6,0 6,6 2,8de groupes français à
déploiement national
Zones à forte densité industrielle avec implications d’unité plus régionales
Classe 10
Densité forte,
15,8 7,0 12,6 4,3 32,9 33,1 7,6 4,0 1,7dominante de
groupes régionaux
Classe 11
Densité forte,
17,8 8,9 8,0 4,2 10,7 51,2 9,1 13,4 3,1dominante de PME
indépendantes
Classe 12
Densité forte, 23,7 18,6 13,3 10,3 8,1 36,2 10,4 13,8 6,0
multiformes
Ensemble des zones
30,1 16,2 14,4 8,5 6,9 34,4 9,7 0,5 0,2d’emploi
1. Densité : nombre d’établissements de 10 salariésetplus,d’entreprises indépendantes, d’une part, appartenant à des groupes,
2d’autre part, par 100 km .
*Les indicateurs sont des moyennes générales par classe de zones d’emploi hormis pour les densités où il s’agit de la médiane.
Sources : Sirene, Lifi (Insee) et Trésor.
210 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7secteurs industriels dans lesquels ils occupent intermédiaire entre le régional et le micro-lo-
une part importante se démarquent des secteurs cal.
plutôt pénétrés par les groupes étrangers ou les
groupes français à déploiement national. On Avec la prise en compte de l’ensemble des indi-
retrouve plus particulièrement les groupes cateurs décrits par zone d’emploi, trois dimen-
régionaux dans certaines industries agro- sions principales structurent la diversité des
alimentaires et dans la filière du textile- configurations industrielles : la densité du tissu
habillement ; ils sont également présents dans industriel, le contrôle plus ou moins approfondi
l’industrie du verre, le cuir et la chaussure, la de l’appareil productif local par les groupes, et
construction navale, la fonderie, quelques in- enfin l’envergure spatiale des groupes (groupes
dustries de biens d’équipement et l’édition-im- régionaux, français ou étrangers). Ces trois di-
primerie. Dans la plupart des cas, il s’agit de mensions conduisent à identifier trois catégo-
secteurs où les PME indépendantes occupent aus- ries principales de zones d’emploi : les
si une place importante (Hecquet et Lainé, 1998). territoires à faible densité industrielle, les terri-
toires à forte densité industrielle et à dominante
de groupes supra-régionaux, les territoires à
Douze classes de zones d’emploi rendent forte densité industrielle avec implication
compte des structures industrielles locales d’unités plus régionales. A l’intérieur de cha-
cune d’entre elles, une analyse plus fine permet
Identifier des catégories d’analyse pertinentes de distinguer plusieurs variantes, ce qui conduit
est une condition nécessaire mais non suffi- à distinguer au total douze classes de zones
sante pour qualifier un tissu industriel local. Il d’emploi (cf. tableaux 1 et 2).
reste à construire des mesures de la place de ces
catégories dans l’organisation industrielle lo-
Des territoires à faible densité industriellecale ; il convient également de choisir un zo-
nage d’étude approprié. dans la moitié sud de la France
Trois groupes de variables ont été utilisés pour Les territoires à faible densité industrielle sont
qualifier les tissus industriels locaux à partir principalement situés dans la moitié sud de la
des cinq formes d’organisation économique France, en dessous d’une diagonale joignant Le
identifiées (cf. encadré 1). Les premières varia- Havre à Valence (cf. carte 1). Cette césure suit à
bles sont des variables de part dans l’emploi in- peu de choses près la ligne de partage entre la
dustriel local : c’est la façon la plus immédiate France industrialisée ou anciennement indus-
pour mesurer chacune des formes dans l’espace trialisée, et la France peu industrialisée. Elle
considéré. À ce premier ensemble on a rajouté définit une pénétration plus forte du capita-
des variable de part occupée dans le parc des lisme industriel et financier dans la partie nord
établissements industriels. Par ce biais, on me- de la France. Les établissements peuvent être
sure ainsi la diffusion d’une forme économique contrôlés par des formes diverses d’unités éco-
dans le tissu industriel des établissements : est- nomiques. En fonction des organisations pro-
elle circonscrite à quelques unités locales, ou ductives qui y sont implantées, la typologie
au contraire est-elle très diffusée ? On a enfin partage les zones à faible densité industrielle en
introduit des variables de densité. La densité cinq classes.
des acteurs économiques présents sur le terri-
toire permet de mesurer la robustesse de leur Douze zones d’emploi du sud de la France sont
implantation locale et les possibilités de coor- pratiquement dépourvues d’établissements in-
dination entre acteurs économiques (par dustriels. L’industrie n’y est représentée que
exemple coordination de PME autour d’un par quelques très petites entreprises et les grou-
« métier »). pes y sont pratiquement absents (classe1).
Toute la Corse se trouve dans ce cas, plus deux
La dimension d’étude choisie est la zone d’em- zones au nord de Bordeaux, et trois zones médi-
ploi. Les zones d’emploi ont été conçues, avant terranéennes (Menton, Draguignan, Brigno-
tout, pour permettre une analyse locale de la re- les), (cf. carte 2.1).
lation emploi-chômage ; la zone d’emploi ne
correspond donc pas forcément à l’aire au sein Un autre ensemble de zones d’emploi à densité
de laquelle s’effectuent les échanges (mar- industrielle peu élevée, est marqué par la prédo-
chands ou non marchands) entre les firmes. minance des PME qui emploient plus de la moi-
Toutefois la zone d’emploi est souvent centrée tié des salariés (classe 2). Sont concernées près
sur un pôle économique et constitue un zonage de quarante zones d’emploi, dont la plupart se
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 211trouvent dans le sud de la France (cf. carte 2.2). 2.3 et 2.4). La présence isolée de quelques grands
Elles emploient au total 3,7 % des salariés in- établissements est souvent liée à des facteurs his-
dustriels. Dans ces structures industrielles, do- toriques ou à l’exploitation de ressources naturel-
minées par les petites ou moyennes entreprises, les locales. Il s’agit le plus souvent d’unités
la faible représentation des groupes peut être un appartenant à des groupes français. Les tissus in-
handicap, dans la mesure où il n’existe pas de dustriels peu denses et fortement contrôlée par les
« locomotive » capable d’impulser une dyna- groupes présentent un certain risque de fragilité :
mique locale. le désengagement éventuel des groupes présents
localement, peut conduire à l’effondrement du
Faible densité industrielle ne se conjugue pas tissu industriel local.
forcément avec absence des groupes. Dans un
tissu industriel clairsemé ceux-ci contrôlent Un dernier type de tissu industriel relativement
parfois l’emploi industriel avec les PME clairsemé concerne des zones d’emploi à densi-
(classe 3), voire contrôlent une grande part de té industrielle faible à moyenne, sans prédomi-
l’emploi industriel local (classe 4) de telle sorte nance relative d’une forme d’organisation
que l’emploi industriel est souvent très dépen- économique particulière. Les trente-cinq zones
dant de quelques établissements (Insee et de cette classe se répartissent de manière assez
al.,1998 ; Lainé et Rieu, 1999). Ces deux types équitable sur le territoire français (cf. carte
de configuration industrielle se retrouvent par- 2.5). Elles représentent au total 7 % de l’emploi
ticulièrement dans le Centre de la France, les industriel. La signification économique de cette
zones d’emplois rurales de Bourgogne et classe mériterait d’être approfondie. Dans cer-
Champagne-Ardenne et dans les régions mon- tains cas la faible densité industrielle est l’héri-
tagneuses des Alpes et des Pyrénées (cf. cartes tage d’une orientation sectorielle historiquement
Carte 1
Les grandes catégories d’organisations industrielles
212 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7Cartes 2
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 213tournée vers l’agriculture ou les services. Pour quatre se distinguent par une part de PME indé-
d’autres territoires la faible densité industrielle pendantes plus élevée que la moyenne natio-
semble davantage le reflet d’un affaiblissement nale : il s’agit des zones d’emploi de Calais,
du tissu local. Plusieurs zones sont en effet spé- Abbeville, Altkirch et Sélestat-Sainte-Marie-
cialisées autour d’industries hier florissantes, Aux-Mines.
mais confrontées depuis la fin des années 70 à
de fortes réductions d’effectifs. On trouve dans D’autres territoires sont marqués par une pré-
cette situation Troyes avec le textile et la con- sence concomitante des groupes français à dé-
fection, Limoges avec la porcelaine, ou une ploiement national et des groupes étrangers
partie de la vallée de la Meuse avec la fonderie. (classe 7). Absents de la moitié sud de la
France, ils sont concentrés dans le bassin pari-
sien (cf. carte 2.7). Celui-ci a bénéficié à la fois
Forte densité industrielle dominée par des décentralisations industrielles hors de l’Île-
des groupes supra-régionaux dans la de-France menées par les groupes français dans
les années 1950-1970, et de l’implantation ex-moitié nord
nihilo de groupes étrangers lors de la phase
Les territoires dont la structure industrielle est à d’internationalisation de l’après-guerre. Les
la fois dense et dominée par des groupes supra- groupes y bénéficient de la proximité de vastes
régionaux se situent pour la plupart dans la par- marchés, comme la métropole parisienne et les
tie nord de la France (cf. carte 1). Plus que toute pays d’Europe du nord. Ils sont également si-
autre région, le Nord-Pas-de-Calais et la Lor- tués près des centres de décision économique et
raine ont été façonnés par la Révolution Indus- politique. Les zones du bassin parisien possè-
trielle. La métropole parisienne a été le berceau dent également une solide tradition industrielle
de plusieurs activités industrielles, comme et un tissu dense de sous-traitants. Parmi les
l’automobile ou l’aéronautique. À partir des douze classes distinguées, cette classe regroupe
années 50, le bassin parisien et les régions de trente et une zones et représente 16,4 % des sa-
l’ouest ont, en outre, accueilli de nombreux éta- lariés de l’industrie.
blissements industriels, du fait des décentrali-
sations opérées par les groupes français et du Certaines agglomérations comme Bordeaux,
fait des implantations étrangères. En tout, les Toulouse et Grenoble ainsi qu’une partie de la
territoires concernés regroupent la moitié des Lorraine présentent la particularité d’avoir un
emplois industriels, leur contiguïté spatiale est emploi industriel plutôt contrôlé par des grou-
assez forte, ce qui tranche par exemple avec le pes français à déploiement national en associa-
type de pénétration spatiale des groupes dans tion avec des implantations étrangères
les services aux entreprises, plus concentrée nombreuses mais représentant une part beau-
sur l’Île-de-France et les grandes métropoles coup plus faible de l’emploi industriel (classe
régionales (Hecquet et Lainé, 1997 ; Insee, 8, cf. carte 2.8).Vingt-six zones d’emploi sont
1999). concernées, elles représentent 14,6 % de l’em-
ploi industriel. Initialement portée par les grou-
Selon la proportion des groupes français et pes nationaux, la Lorraine a bénéficié de
étrangers, cet ensemble de zones d’emploi se nombreuses localisations d’établissements
décline en quatre classes. Les groupes étran- étrangers depuis les années 80. Toulouse et
gers occupent une position dominante dans Grenoble ont historiquement bénéficié d’im-
trente-six zones d’emploi (classe 6), en contrô- plantations industrielles à forte valeur ajoutée
lant en moyenne 39 % des emplois industriels conduites par les grands groupes français et
et 15 % des établissements de 10 salariés et l’État. Les groupes étrangers ont également
plus. Onze de ces zones sont situées près des installé des établissements, ou ont pris le con-
frontières de l’est, en Alsace et dans le nord-est trôle d’entreprises existantes. Ils ont cherché à
de la Lorraine et de la Franche-Comté (cf. carte profiter de la croissance des marchés locaux, et
2.6). La proximité de l’Allemagne est un fac- de synergies industrielles.
teur explicatif de cette forte présence étrangère.
Plus généralement, le savoir-faire industriel Une dernière catégorie de zones d’emploi est
dont disposent ces territoires et la densité du tis- enfin marquée de façon importante par des
su industriel sont un facteur incitatif à la pré- groupes français à déploiement national, alors
sence étrangère. Quinze autres zones de cette que les groupes étrangers sont faiblement re-
classe sont situées dans un large bassin pari- présentés (classe 9). Trente-quatre zones d’em-
sien. Parmi les zones à forte densité industrielle plois sont concernées, qui représentent 11,6 %
et où les groupes étrangers sont bien implantés, de l’emploi industriel national. Comparée aux
214 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7

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