Treize Pays bas-normands face à leurs défis - Enjeux de tous Pays

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Les pays bas-normands sont confrontés à trois défis importants : faire face au vieillissement de la population, assurer un meilleur équilibre villes-campagne au sein de leur territoire, et enfin anticiper les éventuelles mutations économiques. Les multiples enjeux liés au vieillissement touchent tous les territoires mais leur degré d'acuité varie. Très fort dans les pays du Sud-Manche et du Bocage ornais, il est moindre autour de Caen et dans le Cotentin. Une forte diversification industrielle, une déconcentration des activités, offrent à l'économie locale une meilleure résistance aux mauvaises conjonctures. Parmi les plus aptes à amortir les turbulences économiques : les pays de Caen, du Saint-Lois, de la baie du Mont-Saint-Michel et d'Auge. La précarité est présente en Basse-Normandie sous ses diverses formes. Dans le nord-est de la région, ainsi que dans le pays du Sud-Calvados, précarités professionnelle et financière se conjuguent fortement.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Treize Pays bas-normands
face à leurs défis
Enjeux de tous Pays
repères
Les pays bas-normands sont
confrontés à trois défis impor- La Basse-Normandie évolue dans un engagée, puisqu’en janvier 2004, la
monde en perpétuel mouvement. Les région compte autant de personnestants : faire face au vieillissement de
mutations en cours dans la sphère éco- âgées de 60 ans et plus que de jeunesla population, assurer un meilleur
équilibre villes-campagne au sein de nomique et sociale modèlent pro- de moins de 20 ans. Ces deux classes
gressivement le visage de la région : d’âge regroupent chacune environ unleur territoire, et enfin anticiper les
vieillissement de la population, res- quart de la population. En effet, les gé-éventuelles mutations économiques.
tructuration des territoires, ouverture nérations nombreuses du baby-boom
de l'économie.. . Ces phénomènes, qui commencent à accroître les rangs desLes multiples enjeux liés au
vont se poursuivre et s'amplifier, 60 ans et plus, l’espérance de vievieillissement touchent tous les
territoires mais leur degré d'acuité concernent l’ensemble des pays gagne environ un an tous les quatre
bas-normands. Mais leur impact sera ans, et la Basse-Normandie, surtoutvarie. Très fort dans les pays du
variable selon le contexte local et les par son littoral, attire les retraités. ASud-Manche et du Bocage ornais, il
est moindre autour de Caen et dans caractéristiques des territoires. Quoi cela s’ajoutent des départs de jeunes
de commun en effet entre une capitale de la région plus nombreux que les ar-le Cotentin.
régionale attractive et un espace rural rivées. Ainsi en 2015, les personnes
Une forte diversification indus- en perte de vitesse ? Mobilisant leurs âgées représenteraient 28 % de la po-
forces, s’appuyant sur leurs nombreux pulation et les jeunes 23 % seulement.trielle, une déconcentration des
atouts, les pays bas-normands devrontactivités, offrent à l'économie lo-
cale une meilleure résistance aux conduire demain des projets de déve- La population ne va pas vieillir aussi ra-
loppement à la hauteur des enjeux quimauvaises conjonctures. Parmi les pidement dans tous les pays. Si les
les concernent.plus aptes à amortir les turbulen- tendances observées se poursuivent,
ces économiques:lespaysde le pays de Caen sera à l’horizon 2015
Caen, du Saint-Lois, de la baie du le seul pays qui restera “ jeune ” dans
Mont-Saint-Michel et d'Auge. Un vieillissement la région. La présence des structures
universitaires, le fait aussi que la capi-
à plusieurs vitessesLa précarité est présente en tale régionale soit un pôle économique
Basse-Normandie sous ses di- majeur, garantissent son fort attrait
verses formes. Dans le nord-est de Partout dans l’Hexagone, la part des pour des jeunes à la recherche d’une
la région, ainsi que dans le pays du personnes âgées dans la population formation et d’un emploi. En re-
Sud-Calvados, précarités profes- s’accentue. Ce vieillissement progres- vanche, toujours en tablant sur un
sionnelle et financière se conju- sif n’épargnera donc pas la Basse-Nor- maintien de la fécondité et des migra-
guent fortement. mandie et la dynamique est déjà tions, le Cotentin, pourtant le plus
cent pour cent - BASSE-NORMANDIE n° 164"jeune" pays aujourd’hui, compterait En revanche le pays du Bocage,qui a aux arrivées. De façon générale les
en 2015 davantage de seniors (26 %) déjà perdu des habitants entre 1990 jeunes quittent l'ensemble des territoi-
que de jeunes (21 %). Cependant, et 1999, le Saint-Lois et les pays res de la région. Le pays d’Alençon et
cette projection suppose que les mi- d’Argentan,d’Alençon et d’Ouche le pays d’Auge semblent toutefois un
grations défavorables au territoire au cumuleraient déficits migratoire et na- peu moins touchés par ces départs,
cours des années 90, imputables à une turel. D’une part, les femmes en âge grâce notamment aux formations pro-
conjoncture économique alors difficile, d’avoir des enfants sont d’ores et déjà posées sur les sites de Lisieux et
se poursuivent. Or, si la presqu’île re- de moins en moins nombreuses dans d’Alençon. Dans le Cotentin, les
trouve, avec la construction de l’EPR, ces pays, ce qui explique en partie la formations dispensées sur le pôle de
le souffle économique qu’elle connais- chute de la natalité entamée depuis le Cherbourg attirent des jeunes mais ne
sait au cours des années 80, la ten- milieu des années soixante-dix. D’autre suffisent à compenser les départs vers
dance pourrait être bien moins part, les décès augmentent en raison Caen, mais aussi vers l’Ille-et-Vilaine,
marquée. du vieillissement. Ces territoires per- en raison de l'attractivité exercée par
draient ainsi entre 3 et 5 % de leur po- l'université et les grandes écoles ren-
Déjà en 1990, le Coutançais et le
pulation entre 1999 et 2015. Le pays naises. Dans le Bessin-au-Virois,la
pays de la baie du Mont-Saint-Michel de la baie du Mont-Saint-Michel su- proximité avec le bassin caennais li-
comptaient un peu plus de personnes
birait la même évolution, les arrivées mite certainement les départs de sco-
âgées que de jeunes. Dans le Perche,
de nouveaux résidents ne compensant laires et d’étudiants qui peuvent plus
à l’extrémité sud-est de la région, ces plus le déficit naturel. Dans le Cotentin aisément demeurer au foyer. Les
deux classes d’âge s’équilibraient
enfin, si les tendances passées se pour- pays ornais, hormis donc celui
presque. En 1999, la balance a égale-
suivent, les naissances excéderont tou- d'Alençon, sont plus affectés par les
ment penché du côté des seniors dans jours les décès, mais de façon assez départs de jeunes, un quart d’entre
trois territoires ornais : le Bocage or-
ténue. L’excédent naturel deviendrait eux ayant quitté le territoire entre
nais, le pays d’Ouche et le pays
insuffisant pour contrebalancer le défi- 1990 et 1999. Le constat prévaut
d’Argentan. D’ici à 2015, le vieillisse- cit migratoire. aussi dans le pays de la baie du
ment s’accentuera encore dans les ter-
Mont-Saint-Michel.
ritoires du sud-ouest de la Manche, de
manière moins prononcée cependant Au-delà de 25 ans, la recherche d’unLes pays d'Auge etdans le pays de Coutances que dans le
emploi est le facteur essentiel motivant
pays de la baie du Mont-Saint-Michel d’Alençon moins touchés la mobilité. Attirer les jeunes actifs,
où les personnes âgées pourraient c’est l’assurance d’attirer aussi toute
alors représenter 30 % de la popula- par les départs de jeunes leur famille, donc des enfants. Sur ce
tion. Dans l'Orne, il devrait être plus
plan, le pays de Caen est moins ga-
modéré dans le Perche que dans le Le pays de Caen, grâce à ses infras- gnant. Les départs entre 25 et 35 ans
Bocage ou le pays d’Argentan. tructures de formation et son offre sont en effet plus nombreux que les ar-
d’emplois, attire les jeunes de 20 à 24 rivées. Une fois formés, les jeunes
ans. Lors de la dernière décennie, les quittent donc non seulement le pays deUn pays sur deux résiste effectifs de cette génération s’accrois- Caen mais aussi la Basse-Normandie,
saient d’un tiers sur le territoire grâce préférant des horizons plus lointainsau dépeuplement
Ce vieillissement va jouer naturelle-
ment sur la démographie, mais à un
rythme plutôt lent. Sous l’hypothèse
d’un prolongement des comporte-
ments démographiques passés, en
2015 la Basse-Normandie comptera
48 000 habitants de plus qu’en 1999
(+ 3,4 %). Si l’érosion progressive du
solde naturel inverse la tendance, la
population ne diminuera effectivement
qu’à partir de 2020.
Ce dynamisme démographique, il est
vrai fortement imprimé par les pays du
Calvados, concernera la moitié des
pays bas-normands. Ainsi l’accroisse-
ment de la population pourrait at-
teindre 8 % dans le pays de Caen,
avant tout sous l’effet de la primauté
des naissances sur les décès. La
concentration autour de la capitale ré-
gionale se renforcerait alors : 24 %
des Bas-Normands résideraient dans
le pays de Caen contre 22 % actuelle-
ment. Quant aux pays de Coutances,
du Perche,du Bessin-au-Virois et
d'Auge, ils compteraient tous les qua-
tre en 2015 entre 2 et 3 % d’habitants
de plus qu'en 1999, grâce surtout à
l’arrivée de nouveaux résidents. Le
Sud-Calvados maintiendrait, lui, sa
population.
cent pour cent - BASSE-NORMANDIE n° 164Un Pays sur deux devrait encore gagner des habitants d'ici à 2015
Évolution de la population Indicateur de vieillissement (1)
Pays Entre 1999 et 2015
Rang En 1999 Rang En 2015 Rang
(en %)
Pays d'Auge + 3,3 3 0,9 8 1,3 8
Pays du Bessin-au-Virois + 3,6 2 0,9 9 1,3 8
Calvados
Pays de Caen + 8,6 1 0,7 13 0,9 13
Pays du Sud-Calvados + 0,3 6 0,9 10 1,2 11
Pays de la baie du Mont-St-Michel - 1,1 8 1,3 1 1,7 1
Pays du Cotentin - 4,2 11 0,8 12 1,2 11
Manche
Pays de Coutances + 2,9 5 1,2 2 1,5 2
Pays Saint-Lois - 4,5 12 0,9 7 1,4 5
Pays d'Alençon - 1,0 7 0,9 11 1,4 5
Pays d'Argentan Pays d'Auge Ornais - 2,5 10 1,0 6 1,5 2
Orne Pays du Bocage - 5,5 13 1,1 4 1,5 2
Pays d'Ouche - 2,3 9 1,0 5 1,3 8
Pays du Perche Ornais + 3,0 4 1,1 3 1,4 5
Ensemble des pays + 3,4 0,9 1,2
(1) Part des 60 ans et plus rapportée à celle des moins de 20 ans dans la population totale Source : Omphale
tels l’Île-de-France ou les Pays de la tion âgée isolée à rejoindre des struc- - 20 % par rapport à 2003) que le
Loire. tures d’accueil spécialisées comme les Perche ou le Coutançais.
maisons de retraite. En Basse-Nor-
mandie, un senior sur dix vit ainsi en
Personnes âgées : La formation, un enjeucollectivité. Ce recours à la vie en col-
lectivité concerne 15 % des personnesun atout pour l'économie fort pour les pays ornais
âgées de plus de 75 ans dans le pays
du Sud-Calvados et 14 % dans lerésidentielle
Sur le marché de l’emploi, si l'évolutionpays d’Alençon alors qu’il touche
des taux d’activité des femmes et desmoins de 9 % de cette population dans
Aujourd’hui, 124 000 Bas-Normands jeunes se poursuivent, la populationles pays de Caen,d’Ouche et du Co-eont déjà fêté leur 75 anniversaire. Ils
active bas-normande se réduira légè-tentin.représentent près de 9 % de la popula-
rement, de 0,5 % par an à partir de
tion régionale. D’ici à 2015, l’effectif de 2007, perdant ainsi 29 000 personneseces “ seniors du 4 âge ” pourrait s’ac- Ajuster l'offre scolaire à l’horizon 2015. L’arrivée des jeunes
croître d’un tiers et ainsi représenter
sur le marché du travail ne compensera
plus d’un Bas-Normand sur dix (12 %). presque partout plus les départs à la retraite. De nom-
Leur présence, déjà marquée dans les
breux territoires devraient ainsi perdre
pays plus ruraux de la baie du Le vieillissement amplifiera inexorable- des actifs par le seul jeu du remplace-
Mont-St-Michel,de Coutances,mais ment le recul de la population des en- ment des générations et des effets mi-
aussi du Bocage,etd’Argentan, sus- fants sur tous les territoires. Les gratoires. Cela pourrait s’accompagner
cite et génèrera de nouveaux besoins effectifs des plus jeunes (3 à 10 ans), d’une baisse du chômage si les qualifi-
dont pourrait profiter l’économie locale scolarisables dans le primaire, pourrait cations des demandeurs d’emploi cor-
des services, du commerce et des loi- diminuer de plus de 10 000 enfants en respondent au profil des postes à
sirs. Les services déjà existants favori- Basse-Normandie entre 2003 et 2015, pourvoir. Cet enjeu d’adaptation, im-
sant le maintien à domicile des soit une baisse de près de 8 %. Ce phé- portant pour les prochaines années,
personnes tels le portage de repas, les nomène est aujourd’hui à l’origine de la renforce le rôle de la formation profes-
soins infirmiers, l’aide-ménagère ou fermeture de classes dans les écoles. sionnelle et de l’aide à l’insertion sur les
encore la téléalarme, seront de plus en Le repli serait sensible les pays du territoires.
plus sollicités. Les besoins supplémen- Cotentin,de Saint-Lô,d’Alençon et
taires en logements adaptés et en ha- Toutefois, cette projection reste trèsd’Argentan, et bien moins marqué et
bitats collectifs se feront également théorique, car les nouvelles disposi-plus tardif dans le Perche et le Bes-
pressants. Car si au-delà de 75 ans, les tions en matière d’accès à la retraite,sin-au-Virois. La région caennaise ré-
Bas-Normands vivent pour moitié en en vigueur depuis 2003, pourraientsisterait mieux à l'érosion des effectifs.
famille (en couple, avec ou sans en- modifier substantiellement les compor-
fants, ou en cohabitation), quatre se- La baisse de la population d’adoles- tements. L’allongement des carrières
niors sur dix habitent seuls sous leur et l’augmentation des taux d’activitécents et de jeunes adultes (11 à 18
-toit, notamment suite au décès de leur ans) risque d’affecter également des personnes proches de la soixan
conjoint. Apparaissant progressive- toute la région, sans exception cette taine pourraient contrecarrer de façon
ment, la perte d’autonomie tend à non négligeable la baisse du nombrefois. Mais elle toucherait davantage le
s’accentuer à mesure qu’ils vieillissent Cotentin,le Saint-Lois, le pays d’actifs. Dans l’hypothèse d’un taux
et contraint une partie de cette popula- d'Argentan et celui du Bocage (- 10 à d’activité des 55-60 ans qui rejoindrait
cent pour cent - BASSE-NORMANDIE n° 164celui, actuel, des 50-55 ans, la baisse résidentielles s’étendent de plus en confondent pour plus de quatre actifs
du nombre d’actifs en 2015 serait plus en périphérie. La Basse-Nor- sur dix, et, pour les autres actifs, les
même enrayée. L’importance de l’en- mandie est concernée par la transfor- temps de trajets sont plutôt réduits.
jeu du remplacement des départs s’en mation de ces espaces, puisque la C’est le cas dans la moitié sud de la
trouverait ainsi atténuée. majorité des pays sont partagés entre Manche (pays de Coutances et de la
villes et campagne, centrés sur des vil- baie du Mont-Saint-Michel), et dans
En théorie donc, à l’horizon 2015, seul les de taille plutôt moyenne entourées l’Ouest de l’Orne, dans les pays du Bo-
le pays de Caen verrait croître légère- d’espaces ruraux. Pour autant, la cage et d'Argentan. En fait, c’est au-
ment le nombre d’actifs potentiels. région demeure rurale dans son en- tour des grandes agglomérations de
Néanmoins, le Bessin-au-Virois et le semble. Les campagnes couvrent encore Caen et Cherbourg, aux couronnes pé-
Perche ornais seraient encore relati- plus de 60 % de la superficie régionale riurbaines plus étalées, que les dépla-
vement épargnés par la baisse de leur en 1999, et 35 % de la population cements quotidiens prennent le plus de
population en âge d’activité (20 à 59 bas-normande vit à l’heure du monde temps. Dans de nombreuses commu-
ans) qui interviendrait plus tardive- rural. nes du pays de Caen et du sud du Cal-
ment. Dans ce dernier pays, ce sont vados, de la moitié nord du pays du
alors les départs en retraite qui l'em- Bessin-au-Virois, du pays d’Auge,et
Les déplacementsporteraient sur le solde migratoire du nord du pays du Cotentin, les habi-
d’actifs encore positif. Le pays de Cou- tants mettent bien souvent plus de
quotidiens de plus entances continuerait d’attirer des actifs 17 mn, voire 25 mn pour aller travailler.
et verrait sa population en âge d’activi- Il en est de même pour les actifs rési-plus nombreux
té se maintenir. Le recul du nombre dant à la limite est du pays du Perche
d’actifs entre 1999 et 2015 serait en ornais, certains se déplaçant quotidien-
Les emplois sont en ville et les hommes
théorie supérieur à 7 % dans quatre pays nement sur Nogent-le-Rotrou et même
qui les occupent vivent en périphérie.
ornais (Bocage, Argentan, Ouche vers l’Île-de-France pour travailler.
Cette logique de plus en plus palpable
et Alençon)ainsi quedansle Saint-
provoque un accroissement des dépla-
Lois et dans le pays de la baie du
cements quotidiens entre centre et pé-
Mont-Saint-Michel. Valoriser et préserverriphérie. Leur nombre a augmenté de
22 % au cours des années quatre-vingt- le littoral
dix, et les distances moyennes parcou-
rues sont passées de 11,8 km (à vol
La Basse-Normandie bénéficie d’atoutsd’oiseau) à 13,2 km sur la période.Des territoires environnementaux indéniables tels que
Cependant, quand le trafic est fluide, le la qualité de ses sols, l’abondance deen mouvement
trajet domicile-lieu de travail ne prend l’eau, la qualité et la diversité des pay-
en moyenne que 15 minutes en voiture sages... Ces atouts demeurent fragiles.
L’étalement urbain, qui se poursuit en Basse-Normandie, contre 17 au ni-
depuis le milieu des années soixante, veau national. Les Bas-Normands bé- L’urbanisation, par la pression foncière
modifie peu à peu mais en profon- néficient donc globalement d’un accès qu’elle engendre, laisse ainsi de plus
deur les habitudes des citadins et le vi- plutôt rapide à leur lieu de travail. Dans en plus son empreinte sur les espaces
sage de nos campagnes. Les agglo- les campagnes proches des agglomé- situés à proximité des agglomérations.
mérations tendent à accentuer leur vo- rations moyennes, commune de rési- En Basse-Normandie, celle-ci est assez
cation économique, tandis que les zones dence et commune de travail se marquée sur des portions du littoral,
Seul le Pays de Caen attire les jeunes
Bilan migratoire 1990-1999 chez les jeunes (en % de la population)
Pays Étudiants
20-24 ans Rang 25-29 ans Rang 30-34 ans Rang Rang
et élèves
Pays d'Auge - 18,8 3 - 11,2 3 + 2,1 5 - 15,0 4
Pays du Bessin-au-Virois - 21,1 5 - 14,7 7 + 5,9 3 - 13,2 3
Calvados
Pays de Caen + 32,9 1 + 2,1 1 - 11,7 13 + 29,9 1
Pays du Sud-Calvados - 22,3 7 - 12,3 5 + 7,6 2 - 18,0 12
Pays de la baie du Mont-St-Michel - 23,3 9 - 16,6 9 - 1,1 10 - 15,5 5
Pays du Cotentin - 21,7 6 - 12,7 6 - 0,7 9 - 16,4 9
Manche
Pays de Coutances - 23,2 8 - 9,7 2 + 4,6 4 - 16,3 8
Pays Saint-Lois - 20,5 4 - 15,3 8 - 0,3 8 - 16,2 7
Pays d'Alençon - 18,3 2 - 17,0 10 - 4,0 12 - 11,6 2
Pays d'Argentan Pays d'Auge Ornais - 23,3 9 - 18,2 13 - 3,7 11 - 15,9 6
Orne Pays du Bocage - 26,6 13 - 17,0 10 - 0,2 7 - 17,0 11
Pays d'Ouche - 23,9 11 - 17,2 12 + 0,3 6 - 19,5 13
Pays du Perche Ornais - 24,1 12 - 11,9 4 + 13,6 1 - 16,6 10
Ensemble des pays - 8,7 - 10,4 - 2,1 - 4,0
Source : RP 99
cent pour cent - BASSE-NORMANDIE n° 164ZOOM
Un autre défi, construire la solidaritéTrois parcs naturels régionaux... entre les hommes, concerne surtout
les parcs les plus ruraux, à savoir celui
Depuis la création en 1998 de celui du Perche, la Basse-Normandie de Normandie-Maine et celui des Ma-
compte trois parcs naturels régionaux (PNR) : un au nord-ouest rais. Ils se distinguent en effet par une pré-
(MaraisduCotentinetduBessin),etdeuxausud-est de la région carité financière des habitants assez marquée. Le
(Normandie-Maine et Perche) qui s’étendent également sur les ré- revenu moyen est faible et plus de 60 % des foyers fis-
gionsPaysdelaLoirepourlepremieretCentrepourlesecond.Leur caux ne paient pas d'impôts. Dans ces territoires où les retraités re-
superficie (23 % du territoire régional) témoigne de la richesse du présentent près du tiers de la population, la précarité touche
patrimoine naturel et culturel de la Basse-Normandie. Les enjeux liés notamment les personnes âgées. L’agriculture y a offert par le pas-
à la protection de l’environnement trouvent sur ces territoires fragiles sé de nombreux emplois, souvent saisonniers, à une main d’œuvre
toute leur acuité. Mais chaque parc naturel possède sa propre identité aujourd’hui retraitée et possédant peu de ressources.
qui nuance l’importance des autres enjeux pour l’avenir.
... trois profils économiques différentsOutre un ancrage rural très marqué et une faible densité de popula-
2tion (de 40 à 50 habitants/km ), ces pays présentent d’autres ca-
Caractéristique commune aux trois parcs naturels, l’économie rési-
ractéristiques communes. Tous trois ont une population plutôt
dentielle (commerces, services, éducation, santé...) occupe uneâgée. Ils comptent aujourd’hui plus de personnes âgées de 60 ans
place bien moindre qu’en région. Elle génère tout juste un emploiet plus que de jeunes. Si les tendances démographiques passées se
sur deux dans le plus “ résidentiel ” d’entre eux, celui des Marais du
maintiennent, ce déséquilibre pourrait s’accentuer. Dans les trois
Bessin et du Cotentin, contre 57 % sur l’ensemble de la Basse-Nor-
parcs, les jeunes de 20 à 25 ans partent en effet massivement afin
mandie. Cependant les services non marchands, plutôt gages de
de poursuivre leurs études ou de trouver un premier emploi. Un
stabilité de l’emploi, sont particulièrement présents dans l’emploi
quart de cette génération quittait ainsi le territoire au cours de la
tertiaire. La place des autres secteurs économiques varie fortementdernière décennie. L’impact des migrations à des âges plus avancés
d’un parc à l’autre. Le parc des Marais affiche ainsi une orientationvarie ensuite selon les parcs. Le solde migratoire devient légère-
agricole et agro-alimentaire très marquée. Près de trois emplois sur
ment positif dès la génération des 35-40 ans dans les parcs du
dix dépendent de l’agriculture, de la pêche et des industries agro-ali-
Perche et de Normandie-Maine où s’installent quelques actifs et leur
mentaires, soit davantage encore que dans le pays voisin de Coutan-
famille, puis de plus en plus excédentaire au fil des âges. Mais dans
ces (24 %). L’agriculture conserve une place importante et alimente
les trois espaces, il est largement positif à l’âge de la retraite. Entre
largement les industries de transformation locales. Industries tradi-1990 et 1999, la population du Perche s’est accrue (+ 1,0 %) et cel-
tionnelles fortement liées au territoire et filières plus novatricesles des parcs des Marais et de Normandie-Maine se sont stabilisées
coexistent, témoins de la diversification de l’agro-industriel du parc.
grâce à l'installation de ces nouveaux résidents. Si les évolutions
A l’opposé, le parc du Perche, plus encore que le pays du Perche, af-passées perdurent d’ici à 2015, seul le parc du Perche conservera
firme une vocation industrielle très prégnante. Il symbolise un peuune population stable. Le recul sera marqué dans le parc des Marais
l’ancrage industriel en milieu rural, spécificité bas-normande. Do-et surtout dans le parc Normandie-Maine (- 2,7 et - 4,7 % respective-
minée par l’équipement automobile, l’imprimerie, la plasturgie et lament) où le bilan toujours positif des migrations ne compensera plus
fabrication de matériel médical, l’industrie non-alimentaire as-un solde naturel de plus en plus défavorable. Sur ces territoires fai-
sociée à ses services connexes induit 43 % des emplois alors que lablement peuplés et à l’évolution démographique incertaine pour
moyenne régionale s’élève à 31 %. La diversité du tissu industriel li-deux d’entre eux, maintenir les services à la personne et l’accès aux
mite l’exposition du territoire aux risques économiques.équipements nécessaires à la vie quotidienne, y compris au loge-
ment, constitue un enjeu fort pour l’avenir. Le plus vaste des trois, le parc Normandie-Maine, est lui aussi fort
industriel mais il se distingue du Perche par une présence marquée
Conséquence du vieillissement, la population active pourrait forte- de l’agro-alimentaire, industrie assez diversifiée et peu concentrée.
ment reculer au sein des PNR, notamment dans le parc Nor- Plus vulnérable, l’emploi dans le secteur caoutchouc-plastique,
mandie-Maine. deuxième pilier industriel, se concentre lui dans peu d’unités.
1où le taux d’artificialisation est plus plus largement les paysages (bocages, dent ainsi dans cet espace de vie en
élevé qu’ailleurs. Il en est ainsi sur la marais, forêts...), les nappes et cours dehors des grandes agglomérations.
façade littorale du pays de Caen et du d’eau à la biodiversité remarquable en Sur le plan démographique, ce maillage
pays d’Auge, entre Courseulles-sur-Mer Basse-Normandie. Elle concerne donc territorial a permis aux campagnes de
et Honfleur, sur le littoral bordant le tous les pays de la région. mieux résister en Basse-Normandie
pays de la baie du Mont-Saint-Michel que les autres régions rurales françai-
à Granville et ses environs, et aussi ses. Aujourd’hui cependant, la solidité
dans le nord du Cotentin de part et du réseau de bourgs et de petites villesUne offre d’emplois et
d’autre de Cherbourg-Octeville. Ce ne semble pas toujours pérenne. La
de services qui s’appuiesont d’ailleurs ces territoires ruraux qui "rétraction" du tissu industriel tradition-
ont gagné le plus de population en nel notamment a affaibli des bassins dedéjà sur un maillage
Basse-Normandie au cours de la se-
econde moitié du XX siècle. Cet essor solide de bourgs et
démographique du littoral à proximité 1 Part du territoire occupée par les zones ur-
des villes transforme donc les paysa- petites villes banisées industrielles ou commerciales et
ges. Le défi en terme de développe- les espaces verts artificialisés
ment durable pour ces territoires est
2Plus qu’ailleurs en métropole, la vie des Le plus petit territoire sur lequel les habi-donc d’établir un compromis entre ur-
tants peuvent accomplir la majorité des “ac-Bas-Normands s’articule autour debanisation, coexistence d’activités éco-
tes courants ”en matière d’accès auxbourgs ou de petites villes, qui organi-nomiques multiples et préservation de
services et à l’emploi ; le “bassin de vie” est2sent autour d’eux des bassins de vie .l’environnement et du patrimoine. le territoire le plus adapté aux études terri-
Cette constellation assez dense de bas- toriales sur l’accès aux services et à l’emploi
La préservation des ressources natu- sins de vie témoigne de l’importance (cf. “La Basse-Normandie entre villes et
relles ne se limite cependant pas au des villes de taille modeste dans la ré- campagnes ”Insee, SGAR, DRAF, DRE - avril
domaine littoral. Elle concerne bien 2005)gion.SeptBas-Normandssur dixrési-
cent pour cent - BASSE-NORMANDIE n° 164vie plutôt ruraux, fragilisant leur éco- pays du Bessin-au-Virois, du pays tivement isolées. Plus faiblement peu-
nomie assise sur cette activité. d’Ouche et du Bocage, ainsi que ceux plées et offrant moins de possibilités
du pays d’Argentan et du nord-est du d’emploi, elles se situent essentielle-
Aujourd’hui, près de la moitié des bas- pays d’Auge présentent un degré ment dans le sud du pays du Cotentin
sins de vie bas-normands (33 sur 74) d’autonomie élevé. A l’opposé, une qui échappe à l’influence économique
sont autonomes, c’est-à-dire qu’ils as- vingtaine de bassins, périurbains pour cherbourgeoise, et dans le nord du
surent une offre de services et d’em- la plupart (autour de l’agglomération pays de Coutances. Ces bassins de
plois suffisante pour répondre aux caennaise, mais aussi près de Lisieux vie, tels ceux de Sainte-Mère-Eglise,
besoins de leur population locale. Ces et de Cherbourg), dépendent des terri- des Pieux, de La Haye-du-Puits et de
territoires s’appuient en général sur un toires limitrophes tant en matière Périers, possèdent cependant une éco-
pôle d’emploi, qu’il soit urbain ou rural. d'emplois que de services. Néanmoins, nomie forte qui s’est tournée vers l’a-
3Les bassins de vie du Saint-Lois,du certaines campagnes demeurent rela- gri-alimentaire . Mais l’accès à l’emploi
et aux services y est globalement plus
difficile qu’ailleurs, ces territoires dis-
posant d’un niveau d’équipement et
d’emploi à peine suffisant pour satis-
faire les besoins de la population locale.
ZOOM
Une économie
RÉVISION DU SRADT DE LA BASSE-NORMANDIE
en mutationLes enjeux de la région à l'horizon 2025
Comme toutes les régions, la Basse-Nor-
Institué en 1995, le Schéma d’Aménagement et de Développement du Terri- mandie vit au rythme des mutations du
toire (SRADT) a trouvé toute sa mesure avec la loi “Voynet” de juin 1999 qui en monde économique : concentration des
a modifié le contenu, la procédure et la portée. En Basse-Normandie, la Région exploitations agricoles, restructurations in-
a élaboré son SRADT en 2000 et s’est engagée dans sa révision, comme le pré- dustrielles, tertiarisation... Derrière ces
voit la loi, cinq ans plus tard. événements, se joue une concurrence de
plus en plus nationale voire internationale,
avec des décisions qui dépassent les fron-Une stratégie de développement durable
tières bas-normandes et échappent ende la Basse-Normandie à l’horizon 2025
partie aux acteurs du développement local.
Ici, comme ailleurs, près de 45 % des em-
L’ambition du SRADT est de définir une stratégie d’aménagement et de déve- plois bas-normands sont ainsi contrôlés
loppement durable du territoire de la Basse-Normandie à l’horizon 2025, en par un centre de décision implanté hors de
veillant à la cohérence des politiques de l’Etat et des collectivités locales sur le la région.
territoire régional. L’enjeu est d’offrir un document prospectif proposant les
voies et les moyens de répondre, dans les meilleures conditions possibles, aux
grands défis des années à venir, afin de surmonter les handicaps, optimiser les
Un gage de stabilité :atouts et définir les priorités stratégiques et les politiques de cohésion territo-
riale et sociale de la Région. Le SRADT servira aussi de cadre de référence aux l’économie résidentielle
autres collectivités, aux organismes publics, aux chambres consulaires et à tous
les acteurs qui, dans le cadre de leurs propres compétences, participent au dé-
L’orientation économique des territoi-veloppement solidaire de l’ensemble de la Basse-Normandie. Par cette dé-
res influe grandement sur le degrémarche, la Région cherche ainsi à concevoir un projet cohérent de territoire
d’exposition aux risques de fragilisa-régional offrant une vision collective et partagée de l’avenir de la Basse-Nor-
tion. L’économie résidentielle, fondéemandie à l’horizon 2025. Elle conduira la Région à signer dès 2007 des contrats
sur des activités destinées à satisfaireterritoriaux avec les Pays, les Parcs Naturels Régionaux et les Agglomérations
les besoins de la population telles lebas-normands, pour définir avec eux une stratégie de développement durable
commerce, les services aux particu-de leur territoire. C’est en vue de préparer la négociation de ces futurs contrats
liers, l’éducation, la santé... comporteterritoriaux que la Région a souhaité confier cette étude à l’Insee pour identifier
des perspectives de développement etles grands enjeux des territoires dans les vingt ans à venir, les enjeux se défi-
constitue un facteur de stabilité écono-nissant comme les atouts à valoriser ou consolider, les handicaps à surmonter
mique. Elle imprime largement saet les défis à affronter.
marque sur le pays du Saint-Lois,le
1 pays d’Auge et sur les pays de Caen etUn Pays est un territoire qui présente une cohésion géographique, culturelle,
d’Alençon où elle génère six emploiséconomique et sociale au sein duquel les communes ou leurs groupements ont
sur dix. Dans les pays d’Alençon et dudécidé d’élaborer et de mettre en œuvre un projet de développement durable.
Saint-Lois, les services non mar-
chands (santé et action sociale, admi-Un Parc Naturel Régional a pour vocation de protéger et de mettre en valeur de
nistration et éducation), gages degrands espaces ruraux habités. Territoires dont les paysages, les milieux natu-
stabilité de l’emploi, couvrent à euxrels et le patrimoine culturel sont d’une grande richesse, mais d’un équilibre fra-
seuls 40 % des emplois salariés engile, les Parcs ont pour missions essentielles de sauvegarder le patrimoine, de
2003. Le Saint-Lois se distingue encontribuer à l’aménagement du territoire et de favoriser l’accueil du public.
outre par des activités financières qui
Jean-Philippe BRIAND, Conseil régional de Basse-Normandie
1 3Définition proposée dans “le guide des zonages bas-normands” - L'agri-alimentaire regroupe les activités
http://zonage.basse-normandie.pref.gouv.fr liées à l'agriculture et à la pêche, ainsi que
les industries agro-alimentaires.
cent pour cent - BASSE-NORMANDIE n° 164emploient 6 % des salariés (2 % dans la res nucléaires et la construction na- le développement de filières plus nova-
région). Quant à l’économie résidentielle vale. Ces deux secteurs donneurs trices et créatrices de valeur ajoutée
du pays d’Auge, plus touristique par son d’ordre jouent un rôle moteur local. Le constituent sans doute des gages de
littoral, elle repose aussi sur le com- déclin de la construction navale retentit stabilité de cette filière agri-alimentaire.
merce de détail et les activités d’hôtel- d’ailleurs négativement sur la sous-trai-
lerieetderestauration. tance adressée aux fabricants d’équipe- La vocation industrielle reste très
ments mécaniques pendant les années marquée dans le Sud-Calvados ainsi
quatre-vingt-dix. Cependant l’activité que dans les pays ornais d’Argentan,
de ces principaux établissements dé- d’Ouche,du Bocage, et surtout duAutre facteur de stabilité :
pend autant de décisions politiques et Perche. Dominée par l’équipement
la diversification industrielle administratives que de la concurrence automobile, la plasturgie et l’impri-
industrielle. Ainsi le projet du nouveau merie, l’industrie de ce dernier pays in-
réacteur nucléaire (EPR) à Flamanville duit plus de 43 % des emplois horsUne économie diversifiée constitue
pourrait relancer une dynamique de agriculture du territoire. L’économiepour nombre de territoires un atout
grand chantier. percheronne illustre bien l’ancrage in-pour mieux amortir le choc que cause-
dustriel en pays rural spécifique à laraient les éventuelles difficultés d’un
En revanche, les pays à vocation très ré- Basse-Normandie. Elle témoigne aussisecteur.
sidentielle de la baie du Mont-St-Michel, de la juxtaposition d’activités nouvelles
Très résidentiel également, le pays de de Coutances et du Bessin-au-Virois et d’industries traditionnelles moderni-
Caen se distingue aussi par une orien- ont une économie agri-alimentaire plus sées. Comme son voisin le Perche,le
tation industrielle marquée imprimée développée que la moyenne. L'agricul- pays d’Ouche se distingue par un fort
par la construction automobile et la ture et les industries agroalimentaires taux d’industrialisation par rapport à la
fabrication de composants électroni- offrent par exemple près d’un quart des moyenne régionale, mais s’en dis-
ques. Les industries et leurs services emplois dans le Coutançais.En tingue par une moindre diversité (la
connexes représentent plus du tiers des Basse-Normandie, comme dans de métallurgie domine largement), par
emplois du territoire. Grâce à son in- nombreuses régions rurales, les activités une concentration de l’emploi au sein
dustrie assez diversifiée et à l’impor- qui relèvent de la production agricole et de quelques unités, et ainsi, sans
tance occupée par le tertiaire, la capitale de sa transformation occupent une place doute, par une plus grande fragilité
régionale semble moins exposée. Quant de moins en moins importante en terme face aux aléas industriels. Deuxième
au pays d’Alençon, il possède une d'emploi. Elles conservent encore de ma- pays bas-normand après le Perche
industrie variée : agro-alimentaire, métal- nière localisée une place déterminante, par l’importance de l’industrie dans son
lurgie, imprimerie-édition et aussi plas- mais leur importance s’estompe et se re- économie (40 % de l’emploi total hors
turgie, secteur qui consolide sa place et lativise souvent à l’échelle d’un pays agriculture), le Bocage est aussi le
illustre un certain renouveau industriel. excepté dans le Bessin-au-Virois,"crois- premier territoire ornais et le troisième
sant laitier" du Calvados, où, comme dans de la région par ses effectifs industriels
Camaïeu de territoires plus nuancé que le pays de Coutances, elles offrent un (10 000 emplois, soit deux fois plus
partout ailleurs, le Cotentin est à la quart des emplois. La valorisation de pro- que le Perche). Son industrie repose
fois industriel et tertiaire. Son industrie duits traditionnels de qualité (reconnus avant tout sur deux piliers, où l’emploi
repose sur la transformation de matiè- par plusieurs AOC), la diversification et apparaît relativement concentré : les
Déséquilibre de revenus important dans le Pays de Caen
Part des
Revenu Part des Part des
chômeurs de
annuel ménages jeunes de
20-59 ans
Pays moyen par Rang vivant avec Rang Rang 20-29 ans Rang
dans la
foyer fiscal un bas revenu sans diplôme
population
(2003) (2004)* (1999)
(2004)
Pays d'Auge 15 170 2 12,1 11 12,0 13 17,6 12
Pays du Bessin-au-Virois 14 450 6 9,6 6 9,8 7 11,5 4
Calvados
Pays de Caen 16 440 1 13,0 12 10,7 9 8,2 1
Pays du Sud-Calvados 13 230 13 10,7 7 10,9 10 16,4 9
Pays de la baie du Mont-St-Michel 14 310 7 8,0 1 7,9 1 11,1 3
Pays du Cotentin 14 460 5 11,1 8 11,4 12 14,7 7
Manche
Pays de Coutances 13 740 10 9,2 5 8,1 2 13,0 5
Pays Saint-Lois 14 640 3 8,7 3 8,2 3 10,7 2
Pays d'Alençon 14 570 4 10,0 8 15,0 813,0 12
Pays d'Argentan Pays d'Auge Ornais 13 560 12 11,5 9 11,2 11 17,4 11
Orne Pays du Bocage 13 740 10 8,4 2 8,4 4 14,0 6
Pays d'Ouche 13 820 9 12,0 10 9,7 5 17,0 10
Pays du Perche Ornais 14 120 8 9,1 4 9,7 5 18,2 13
Ensemble des pays 14 790 10,9 10,1 12,7
* Champ : ensemble des allocataires CAF à bas revenus - Un "ménage fiscal" regroupe les foyers fiscaux répertoriés dans un même logement
Source : RP 99, ANPE, DGI, CNAF
cent pour cent - BASSE-NORMANDIE n° 164équipementiers automobiles et leurs grands établissements). L’industrie y forme et un indicateur global peut aussi
sous-traitants d’une part, les IAA est néanmoins plus diversifiée au sein masquer des dissonances internes.
d’autre part. Spécificité du Bocage,la de grosses structures localisées, surtout
métallurgie repose sur un tissu de PMI à Condé-sur-Noireau. La filière automo- Le manque de formation, marqué dans
spécialisées dans la quincaillerie et le bile domine un paysage industriel d’où le pays d’Auge tant ornais (autour
petit outillage. L’industrie reste un ressortent aussi l’équipement méca- d’Argentan) que calvadosien, freine
secteur déterminant pour le pays d’Argen- nique et l’imprimerie-presse, mais d’où l’accès à l’emploi. Dans ces deux terri-
tan, même si elle a été fortement disparaît peu à peu l’activité tradition- toires les taux de chômage sont parmi
ébranlée depuis 2000 par la fermeture nelle du textile. les plus forts de la région et les con-
de gros établissements et d’importan- trats les plus précaires (CDD et temps
tes restructurations. Bouleversé, le tis- partiel) assez développés. Sur la Côte
su productif apparaît aujourd’hui plus Un fort potentiel Fleurie, la mixité sociale est forte. Des
diversifié (IAA, mécanique, métallurgie, jeunes travaillant pour des temps
touristique à valoriserindustrie des produits minéraux). De courts y trouvent des emplois précai-
nouvelles activités tendent à s’implan- res dans le tourisme, côtoyant pour
ter comme le bois-papier ou la transfor- Véritable activité, certes très marquée une saison les seniors aisés venus
mation des matières plastiques. par la saisonnalité, le tourisme cons- d’Île-de-France. Au nord-est de la
titue également un vecteur de stabilité Basse-Normandie, dans les deux pays
Le pays du Sud-Calvados présente pour l’économie d’un pays. En d’Auge et le pays d’Ouche, précarité
une concentration de l’emploi salarié
Basse-Normandie, ce secteur génère professionnelle et précarité financière
industriel aussi forte que celle du pays
7 % des emplois salariés. L’attractivité se conjuguent. Mais cette précarité fi-
d’Ouche (22 % dans les cinq plus du littoral est indéniable dans une ré- nancière touche aussi nombre de re-
gion où six pays sur treize s’ouvrent traités en milieu rural. Dans ces
sur la mer, et l’impact du tourisme se territoires, 12 % de la population vit
ressent sur l’emploi. Ainsi, dans la zone avec un bas revenu, soit deux points
d’emploi de Lisieux, incluant la Côte de plus que la moyenne régionale.
Fleurie, 17 % des emplois salariés sont Toujours à l’est, l’insertion profession-
plus ou moins liés au tourisme. A un nelle constitue également un enjeu fort
degré moindre, dans la zone d’Avran- pour le Perche ornais très touché par
ches-Granville, plus d’un emploi sur dix le chômage de longue, voire de très
dépend de cette activité. L’importance longue durée.
du tourisme se lit également à travers
la densité de résidences secondaires. Dans les pays centrés sur une grande
Si le tourisme balnéaire ressort là en- agglomération, tels le Cotentin,le
core, les campagnes du Perche offrent pays de Caen ou le pays d’Alençon,
elles aussi un lieu de villégiature de cohabitent plus qu’ailleurs catégories
DIRECTION proximité pour les Franciliens. Ainsi, en sociales plus ou moins aisées et caté-
REGIONALE DE L'INSEE 1999, 20 % des logements du Perche gories sociales marquées par la préca-
DE BASSE-NORMANDIE ornais étaient des résidences secon- rité. Les revenus moyens y sont parmi
daires. Dans le pays d’Auge qui béné- les plus élevés, et pourtant les ména-
93, rue de Geôle ficie d’un littoral très prisé et de la ges à faible revenu y sont très pré-
14052 CAEN CEDEX 4 proximité de Paris, cette part atteint sents (13 % dans les pays de Caen et
Tél. : 02.31.15.11.00
41 %. L’offre hôtelière y est également d’Alençon), comme en témoigne l’im-
Fax : 02.31.15.11.80
très présente, tout comme dans le portance des allocataires du RMI et du
pays de Caen, où le parc hôtelier ré- logement social. Cette mixité est typiquewww.insee.fr/basse-normandie
pond d'abord aux besoins d'une clien- de la précarité vécue par des popula-
Directeur de la publication : tèle professionnelle. tionsurbainesetpériurbaines.Lapréca-
Michel GUILLEMET rité dans le pays du Sud-Calvados est
un peu différente de celle des autres
Service études et diffusion : Combattre la précarité, pays. Le revenu moyen y est plus faibleSophie DESTANDAU
qu’ailleurs, inférieur d’un dixième à la
un défi pour tous les pays moyenne régionale et bien plus de laRédacteur en Chef :
Pascal CAPITAINE moitié (58 %) des foyers fiscaux ne
Comme dans toutes les régions fran- sont pas imposables. Deux tiers des
Secrétaire de Rédaction : çaises, la précarité progresse en ménages ont un revenu précaire. Re-
Nadine GAUTIER Basse-Normandie. Elle couvre de mul- flétée par l’importance du chômage, la
tiples facettes : précarité financière, précarité professionnelle ressort elle
Composition PAO :
chômage, difficultés à se loger, à accé- aussi. Le chômage de longue durée,Françoise LEROND
der aux soins... Même si les indica- déjà important et en forte croissance,
teurs retenus sont ici limités à laImpression : s’ancre dans le pays. Facteur handica-
Dauphin com.imprim' 02.31.23.60.70 dimension monétaire de la pauvreté et pant lors de la recherche d’un emploi, le
à l’accès à l’emploi, ils mettent suffi- niveau de formation des jeunes y est
Crédit photos : samment en lumière des disparités aussi assez peu élevé : 16 % des 20-29
Comité régional du tourisme ; Chambre régio-
entre les territoires. Toutes les formes ans sortent du système scolaire sans au-
nale d'agriculture ; Comité départemental du
de précarité financière ou profession- cun diplôme.tourisme de la Manche ; Insee
nelle existent dans les différents pays,
Edith NAVELLOU
certaines plus accentuées que d’autres.Attaché de presse :
Philippe LEMARCHAND Mais aucun pays ne forme un bloc uni- Insee
Abonnement un an (12 numéros)
France : 21 €
Etranger : 24 €
ISSN 1267-2769 - Dépôt légal : décembre 2006 - Code SAGE : Cent 16470 © Insee 2006

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