La démocratisation de l'enseignement et son paradoxe apparent

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Un aspect important du débat sur la démocratisation de l'enseignement porte sur l'évolution temporelle - réduction, maintien ou accentuation - des écarts d'accès aux diplômes entre individus originaires des différents groupes sociaux. Les deux conclusions suivantes sont valides. D'une part, évaluées sur toute la population, les inégalités d'accès aux diplômes selon l'origine sociale ont diminué entre des générations espacées d'une cinquantaine d'années. D'autre part, en raisonnant sur les seuls diplômés du baccalauréat (ou équivalent), les inégalités d'obtention d'un diplôme de l'enseignement supérieur, en fonction de l'origine sociale, ont augmenté entre les mêmes générations. Le paradoxe n'est qu'apparent.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Éducation, formation 2
La démocratisation de l’enseignement
et son paradoxe apparent
*Marion Selz, Louis-André Vallet
Un aspect important du débat sur la démocratisation de l’enseignement
porte sur l’évolution temporelle – réduction, maintien ou accentuation –
des écarts d’accès aux diplômes entre individus originaires des différents
groupes sociaux. Les deux conclusions suivantes sont valides. D’une part,
évaluées sur toute la population, les inégalités d’accès aux diplômes selon
l’origine sociale ont diminué entre des générations espacées d’une
cinquantaine d’années. D’autre part, en raisonnant sur les seuls diplômés
du baccalauréat (ou équivalent), les inégalités d’obtention d’un diplôme de
l’enseignement supérieur, en fonction de l’origine sociale, ont augmenté
entre les mêmes générations. Le paradoxe n’est qu’apparent.
ans la société française, et/ou un CAP. Ils n’étaient que aucun diplôme et 42 % étaient
l’expansion de l’ensei- 7 % à détenir, pour diplôme le titulaires du seul CEP. UneDgnement a été très plus élevé, un titre du niveau cinquantaine d’années plus
fortedepuisledébutdu du baccalauréat et 8 % un tard, la situation est boule-
e
XX siècle. Selon les enquêtes titre de l’enseignement supé- versée. Dans la génération née
sur l’emploi et parmi les hom- rieur. Les diplômes élevés entre 1974 et 1976, 18 % des
mes français de naissance nés étaient encore plus rares par- hommes et 23 % des femmes
entre 1920 et 1922, 32 % n’ont mi les femmes nées dans les ont un titre de niveau égal ou
obtenu aucun diplôme, 39 % mêmes années : 5 % seule- supérieur à la licence, 17 %
étaient titulaires du seul certi- ment étaient diplômées du despremierset22 % desse-
ficat d’études primaires et baccalauréat et 4 % du supé- condes sont titulaires d’un di-
14 % ont obtenu le brevet rieur, alors que 34 % n’avaient plôme d’une ou deux années
* Marion Selz appartient à l’Unité mixte de recherche 8097du CNRS et de l’EHESS et Louis-André Vallet à l’Unité mixte de recherche 2773
du CNRS et de l’Insee.
Données sociales - La société française 101 édition 2006
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après le baccalauréat, 24 % et favorisées dans la perspective sur la forte inertie temporelle
22 % sont diplômés au niveau d’une poursuite des études. Dans des inégalités d’éducation selon
du baccalauréat. Ainsi, en un la génération 1920-1922, 73 % l’origine sociale et sur le carac-
demi-siècle, avoir au moins desfilset68 % desfillesdepro- tère limité de leur réduction
« le bac » est devenu la situa- fesseurs, instituteurs et assimilés dans nombre de pays (Shavit et
tion majoritaire, alors que obtenaient ainsi au moins le bac- Blossfeld, 1993 ; Erikson et
celle-ci correspondait aupara- calauréat (ou équivalent) ; c’est le Jonsson, 1996 ; Breen, 2004).
vant au fait d’être, au plus, di- casde87 % despremierset D’un point de vue méthodolo-
plômé du CEP. Les enquêtes 89 % des secondes au sein de la gique, ces travaux utilisent la
sur l’emploi menées par l’Insee génération 1974-1976. statistique dite du odds ratio,
minorent cette évolution : les proposée par le statisticien Yule
données de diplôme reposent dès 1900 (encadré 2). Ce ratio a
en effet sur les déclarations Une modélisation la propriétéd’êtreinsensibleaux
des personnes interrogées et variations que connaît, au fil desdes inégalités d’accès
sont affectées d’un phénomène générations, la répartition desaux diplômes
de sur-déclaration, particulière- origines sociales comme celle
selon l’origine sociale
ment dans les générations an- des diplômes. Il fournit donc
ciennes (encadré 1). une mesure de l’inégalité d’accès
Au-delà de cette démocratisation aux diplômes indépendante de
quantitative incontestable, la ces transformations structurel-
question de la les, et permet ainsi d’appréhen-Une démocratisation
qualitative reste posée : les inéga- der, via une modélisation, lesquantitative
lités d’accès aux diplômes entre inégalités d’accès aux diplômes
catégories sociales ont-elles été selon l’origine sociale au fil desCette expansion de l’enseigne-
réduites et à quelle période ? De- générations. Cette modélisationment s’est accompagnée d’une
puis une quinzaine d’années, de peut être conduite de trois ma-démocratisation quantitative qui
nombreuses études ont insisté nières.a profité aux enfants de toutes
lescatégoriessociales. Par
exemple, dans la génération
1920-1922, moins de 5 % des fils Encadré 1
et moins de 3 % des filles d’agri- Sources
culteurs obtenaient au moins le
Toutes les analyses de cet article La nomenclature de diplôme re-baccalauréat (ou équivalent),
reposent sur un échantillon de tenue est la suivante : aucun di-
alors que c’est le cas de 70 % des
515 000 individus, obtenu à par- plôme ou non déclaré ; CEP ; BEPC
enfants d’agriculteurs dans la gé- tir d’une compilation des enquê- sans diplôme technique ou profes-
nération 1974-1976. L’évolution a tes Emploi, réalisées par l’Insee, sionnel ; CAP ou BEP, avec ou sans
de 1984, 1987, 1990, 1993, 1996, BEPC ; baccalauréat ou diplômeégalement été forte pour les en-
1999 et 2001. Dans la dernière équivalent (brevet professionnel,fants d’ouvriers. Dans la généra-
enquête, le tiers « sortant » de brevet supérieur, brevet de techni-
tion 1920-1922, 8 % des fils et l’échantillon n’est pas retenu car cien, BEI, BEC, BEA) ; diplôme
5 % desfillesd’ouvriersqualifiés il était déjà présent dans l’en- d’une ou deux années après le bac-
quête Emploi de 1999. Seuls les calauréat (y compris diplôme para-atteignaient ou dépassaient le ni-
Français de naissance sont rete- médical ou social sans baccalauréatveau du baccalauréat, contre
nus dans cette analyse, afin de se général) ; diplôme d’au moins trois
42 % des fils et 55 % des filles
limiter à une population ayant années après le baccalauréat.
dans la génération 1974-1976. effectué sa scolarité en France.
Parmi les enfants d’ouvriers non Ces hommes et femmes appar- La nomenclature d’origine sociale
tiennent à 19 générations trien- retenue est la suivante : agricul-qualifiés, 8 % des fils et 3 % des
nales, de la plus ancienne teurs exploitants ; artisans et com-filles atteignaient au moins le
(1920-1922) à la plus récente merçants ; chefs d’entreprise et
baccalauréat, contre 36 % des fils (1974-1976). professions libérales ; cadres ; pro-
et 47 % des filles cinquante ans fesseurs, instituteurs et assimilés ;
Pour chaque génération, le di- contremaîtres et agents de maî-plus tard. Mais l’expansion de
plômeleplusélevé obtenu trise ; autres professions intermé-l’enseignement a aussi profité
(7 postes) est croisé avec l’ori- diaires ; employés ; ouvriers
aux enfants des catégories socia-
gine sociale repérée par la pro- qualifiés ; ouvriers non qualifiés et
les qui étaient déjà les plus pro- fession du père (11 postes). chauffeurs ; agricoles.
ches de l’école et les plus
Données sociales - La société française 102 édition 2006
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aussi sur toute la distribution des tout d’abord stables de la généra-Sur l’ensemble de la
diplômes. En d’autres termes, l’a- tion 1920-1922 à la générationpopulation et tous les
nalyse porte simultanément sur 1932-1934 (figure 1). Elles dé-
diplômes : décroissance
les 19 générations. Pour chaque croissent ensuite légèrement
des inégalités génération, le diplôme le plus pour la génération 1935-1937,
élevé obtenu (7 postes) est croisé puis, de manière très franche,
L’approche la plus globale avec l’origine sociale repérée par pour les générations 1938-1940 à
consiste à prendre en compte, la profession du père (11 postes). 1944-1946. L’essentiel du progrès
dans chaque génération, la totali- Les inégalités d’accès aux diplô- a donc été accompli dans des gé-
té de la population et à raisonner mes selon l’origine sociale sont nérations susceptibles d’entrer
Encadré 2
Le odds ratio de Yule et la modélisation des tendances temporelles
Le odds ratio de Yule une approche synthétique, fournie (les paramètres de type quiψod
par la modélisation statistique, est expriment l’association statis-
Soit g une génération triennale nécessaire. Deux modèles sont parti- tique entre l’origine sociale o et
quelconque, o et o’ deux origines culièrement utiles (Powers et Xie, le niveau de diplôme d), mul-
sociales quelconques, d et d’ deux 2000). tipliée par un paramètre ( )quiβ g
diplômes quelconques. On désigne va traduire la « force générale »
par m l’effectif (estimé) d’indivi- Le premier modèle suppose que les du lien entre origine sociale etodg
dus d’origine sociale o et de di- inégalités d’accès aux diplômes se- diplôme dans la génération g.
plôme d dans la génération g. Le lon l’origine sociale sont restées ri-
odds ratio od mesure, dans cette goureusement inchangées (odds Ce second modèle, qui permet deg
génération, l’avantage (ou le handi- ratios invariants), dans leur struc- décrire la dynamique temporelle
cap) dont disposent les individus ture et leur intensité, au fil des géné- des inégalités d’accès aux diplô-
d’origine sociale o par rapport à rations. Il s’écrit : mes selon l’origine sociale, s’a-
ceux d’origine sociale o’ dans l’ac- juste significativement mieux queO D G OG
Log()m =λ+++λλλ+λodg o d g ogcès au diplôme d plutôt qu’au di- le premier aux données analysées
DG ODplôme d’. En particulier, il vaut 1 si et pour chacune des approches++λλ⋅dg od
les chances d’être de diplôme d suivies. Il est donc retenu dans
plutôt que de diplôme d’ sont ri- En effet, à partir de l’expression (1), l’étude. Les paramètres –dontβ g
goureusement identiques pour les on peut vérifier qu’un tel modèle celui relatif à la première généra-
deux origines sociales : implique : tion étudiée est par convention
fixé à 1 – fournissent une vision
OD OD OD OD synthétique de l’évolution des iné-mm / Log()od =+λλ −λ −λ ,odg od' g god od'' od' od'od = ou encoreg galités d’accès aux diplômes selon /od''g od'g soit une somme de paramètres qui l’origine sociale au fil des généra-
ne dépendent pas de la génération. tions (Thélot et Vallet, 2000 ;Log()od=+Log(m ) Log(m )godg o''dg
Albouy et Wanecq, 2003). Dans
−−Log()m Log(m )(1)od''g o dg Le second modèle permet d’exami- les figures 1 à 4, l’indicateur des
ner si, d’une génération à la sui- inégalités d’accès aux diplômes,
En outre, le odds ratio od a la pro-g vante, une tendance dominante peut sur l’axe des ordonnées, est égal à
priété remarquable d’être insen- être détectée au sein des odds ratios. . Quand il est supérieur à 1,ilβ gsibleàune variationdela En supposant stable la structure de indique une croissance des inéga-
fréquence relative des origines so- l’association statistique entre origine lités par rapport à la première gé-
ciales o et o’ et/ou des diplômes d socialeet diplôme,cemodèleest nération ; à l’inverse, quand il est
et d’ au fil des générations. En ce apte à détecter une variation tempo- inférieur à 1, il indique une dimi-
sens, il constitue donc une mesure relle dans son intensité et s’écrit : nution de celles-ci. Cet indicateur
« pure » de la force du lien entre utilise une échelle à la fois trèsO D G
Log()m =λ+++λλλles origines sociales et niveaux de odg o d g abstraite et très sensible : celle du
diplôme considérés. OG DG logarithme des odds ratios. Il a++λλ +βψ⋅og dg god
donc tendance à amplifier des
La modélisation des tendances En effet, à partir de l’expres- évolutions qui, dans leurs mani-
temporelles sion (1), on peut vérifier qu’un tel festations concrètes, sont beau-
modèle implique : coup plus modestes (cf. la note de
Avec 11 origines sociales et 7 ni- lecturedelafigure1). Il faut donc
Log()od=+βψ( ψ−ψg g od o''d od'veaux de diplôme (encadré 1),il accorder davantage d’attention à
est possibledecalculer l’allure générale de l’évolution−ψ ),od'
(11 x 10)/2 x (7 x 6)/2 = 1 155 odds (décroissance, stabilité ou crois-
ratios différents pour chaque géné- soit une somme de paramètres qui sance) qu’à l’ampleur de la varia-
ration. Ce nombre étant très élevé, ne dépendent pas de la génération tion numérique de l’indicateur.
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2 Éducation, formation
Figure 1 - Dynamique des inégalités d'accès aux diplômes selon dans l’enseignement secondaire
l'origine sociale avant les grandes réformes éducati-
Analyse sur l'ensemble de la population et toute la distribution des ves qui visaient explicitement la dé-
diplômes mocratisation de l’école (réforme
indicateur des inégalités d'accès aux diplômes Berthoin de 1959 et réforme Fou-
1,1 chet de 1963). Entre les généra-
tions 1947-1949 et 1965-1967, le
1,0 mouvement de démocratisation
qualitative est quasiment interrom-
0,9 pu. Il reprend ponctuellement pour
Tous diplômes la génération 1968-1970, la pre-
0,8 mière susceptible d’être affectée par
la forte croissance des taux d’accès
0,7 au niveau du baccalauréat – y
compris professionnel – qui inter-
0,6 vient à partir de 1985. Le mouve-
ment ne se prolonge pas pour les
0,5 générations nées entre 1971 et20- 74-23- 26- 29- 32- 35- 38- 41- 44- 47- 50- 53- 56- 59- 62- 65- 68- 71-
22 25 28 31 34 37 40 43 46 49 52 55 58 61 64 67 70 73 76 1976. La légère croissance finale
générations n’est toutefois pas statistiquement
significative.Champ :hommes et femmes, français de naissance, âgés de 26 à 64 ans lors de l'année de l'enquête.
Lecture : de la génération 1920-1922 à la génération 1974-1976, l’indicateur des inégalités d’accès aux
diplômes selon l’origine sociale a diminué de 28 % (passage de1à0,72).Plusconcrètement,celasignifieque
7 % des hommes et femmes de la génération 1974-1976 possèdent un titre différent de celui qu’ils auraient eu si
rien n’avait changé, depuis la génération 1920-1922, dans la forme et l’intensité du lien entre origine sociale et Sur l’ensemble de la
diplôme (cf.la fin de l’encadré 2).
population et l’accès àSource :Insee, enquêtes Emploi 1984, 1987, 1990, 1993, 1996, 1999, 2001.
un diplôme donné :
décroissance
des inégalités
La deuxième approche prend
également en compte, dans
chaque génération, la totalité de
Figure 2 - Dynamique des inégalités d'accès aux diplômes selon
la population, mais se concentrel'origine sociale
sur l’accès à un diplôme donné.
Analyse sur l'ensemble de la population et l'accès à un niveau de
L’analyse porte donc ici simulta-
diplôme donné
nément sur les 19 générations.
indicateur des inégalités d'accès aux diplômes Pour chaque génération, l’origine
1,2
sociale repérée par la professionDiplôme d'au moins une ou deux années après le baccalauréat
1,1 du père (11 postes) est croisée
avec une variable d’accès au ni-1,0
Diplôme d'au moins trois années après le baccalauréat veau de diplôme considéré (accès
0,9 et non-accès). En outre, l’étude a
0,8 été répétée indépendamment à
trois niveaux : obtenir – ou non –
0,7
Diplôme du niveau du baccalauréat au moins un diplômeduniveaudubacca-
0,6 lauréat au moins, un diplôme
d’une ou deux années après le0,5
20- 23- 26- 29- 32- 35- 38- 41- 44- 47- 50- 53- 56- 59- 62- 65- 68- 71- 74- baccalauréat au moins, un di-
22 25 28 31 34 37 40 43 46 49 52 55 58 61 64 67 70 73 76
plôme d’au moins trois années
générations
après le baccalauréat. La décrois-
Champ :hommes et femmes, français de naissance, âgés de 26 à 64 ans lors de l'année de l'enquête. sance des inégalités est nette
Lecture : de la génération 1920-1922 à la génération 1974-1976, l’inégalité d’accès aux diplômes d’au moins
pour chaque niveau de diplômetrois années après le baccalauréat a diminué ; elle a diminué aussi pour l’accès au niveau du baccalauréat au
moins, comme pour l’accès aux diplômes d’au moins une ou deux années après le baccalauréat. entre les générations 1920-1922
Source :Insee, enquêtes Emploi 1984, 1987, 1990, 1993, 1996, 1999, 2001. et 1974-1976 (figure 2).Àpartir
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de la génération 1935-1937, elle soumise – concerne le fait d’ob- peut alors se demander com-
apparaît aussi plus régulière que tenir un diplôme quel qu’il soit ment ont évolué les inégalités
dans l’analyse qui prenait en plutôt qu’aucun diplôme. Puis, selon l’origine sociale pour les
compte simultanément l’en- parmi les seuls diplômés, la différentes transitions.
semble des diplômes. Ainsi, que deuxième transition correspond
l’on considère l’obtention d’un à l’obtention du BEPC, du CAP Le tableau diffère profondément
baccalauréat au moins, l’obten- ou du BEP au moins, plutôt que d’une transition à l’autre (fi-
tion d’un DEUG, d’un BTS ou du seul CEP. De même, au sein gure 3). Pour la première transi-
d’un DUT au moins, ou encore des individus titulaires du tion qui concerne tout le monde,
l’accès à un diplôme égal ou su- BEPC, du CAP, du BEP ou d’un c’est-à-dire l’obtention ou non
périeur à la licence, les inégalités diplôme plus élevé quel qu’il d’un diplôme quel qu’il soit, les
d’accès aux diplômes selon l’ori- soit, la troisième transition inégalités d’accès selon l’origine
gine sociale ont décrû au fil des consiste à être au moins titulaire sociale se réduisent jusqu’à la
générations dans l’ensemble de la d’un baccalauréat plutôt que de génération 1956-1958, puis s’ac-
population. ne pas atteindre ce niveau. croissent ensuite. Ainsi, être
Enfin, pour les individus ayant sans diplôme est d’abord devenu
atteint ou dépassé le niveau du moins sélectif sous l’angle de l’o-
L’analyse conditionnelle baccalauréat, la quatrième tran- rigine sociale et le mouvement
sition est l’obtention ou non s’est ensuite inversé jusqu’à re-de l’accès aux différents
d’un diplôme de l’enseignement trouver le niveau de départ. C’estdiplômes révèle des
supérieur. Ainsi, dans une géné- d’ailleurs cette croissance qui ex-
évolutions contrastées
ration donnée, une fraction de plique dans une large mesure la
plus en plus réduite de la popu- stagnation finale que révélait,
Une troisième approche s’inté- lation est concernée par les dans la figure 1, l’approche la
resse àladynamique internedes deuxième, troisième et qua- plus globale. Mais il faut rappe-
inégalités d’accès aux diplômes, trième transitions. En revanche, ler qu’être sans diplôme concer-
telle qu’elle se forme au fil des la part de la population nait 32 % des hommes et 34 %
transitions caractéristiques du concernée par chacune de ces des femmes de la génération
système éducatif (Mare, 1980 et transitions augmente au fil des 1920-1922 contre 12 % des hom-
1981). La première transition – à générations, en raison de l’ex- meset10 % desfemmesdela
laquelle toute la population est pansion de l’enseignement. On génération 1974-1976. Pour la
deuxième transition et après la
génération 1938-1940, la ten-
dance est à la décroissance des
Figure 3 - Dynamique des inégalités d'accès aux diplômes selon inégalités, rapide d’abord avec un
l'origine sociale
plateau, puis plus lente. Pour la
Analyse conditionnelle de l'accès aux différents diplômes
troisième transition, correspon-
indicateur des inégalités d'accès aux diplômes dant à l’obtention du baccalau-2,1
réat, les inégalités d’accès
1,9 demeurent stables au fil des gé-e
4 transition - Obtention d'un diplôme du supérieur
(sur les seuls titulaires du baccalauréat ou davantage) nérations, sauf pour les plus ré-1,7
centes. La croissance est quasi
1,5
continue pour la quatrième tran-e
3 transition - Obtention du baccalauréat au moins
1,3 (sur les seuls titulaires du BEPC, CAP, BEP ou davantage) sition. Pour les titulaires d’un di-
plômedeniveauégal ou1,1 e
2 transition - Obtention du BEPC, du CAP
supérieur au baccalauréat, l’iné-ou du BEP au moins (sur les seuls diplômés)
0,9
galité d’accès à un diplôme de
0,7 l’enseignement supérieur, enre
1 transition - Obtention du CEP au moins
(sur l'ensemble de la population) fonction de l’origine sociale, s’est0,5
accrue de façon continue entre20- 26- 29- 32- 35- 38- 50- 53- 56- 59- 62- 65-23- 41- 44- 47- 68- 71- 74-
43 46 49 52 55 58 61 64 67 70 73 7622 25 28 31 34 37 40 les générations 1920-1922 et
générations 1974-1976. Ce résultat n’est pas
Champ :hommes et femmes, français de naissance, âgés de 26 à 64 ans lors de l'année de l'enquête. dû à une hétérogénéité crois-
Lecture : de la génération 1920-1922 à la génération 1974-1976 et parmi les titulaires du baccalauréat (ou sante de la catégorie « baccalau-
équivalent), l’inégalité d’obtention d’un diplôme du supérieur en fonction de l’origine sociale a augmenté.
réat ou diplôme équivalent » quiSource :Insee, enquêtes Emploi 1984, 1987, 1990, 1993, 1996, 1999, 2001.
Données sociales - La société française 105 édition 2006
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2 Éducation, formation
serait liée à la création du bacca- plôme de l’enseignement supé- lité des chances sociales devant
lauréat technologique en 1968, rieur, en fonction de l’origine so- l’enseignement renvoie donc à
puis à celle du baccalauréat pro- ciale, ont augmenté entre les deux phénomènes distincts :
fessionnel en 1985. En effet, le mêmes générations. Cela met en d’une part, le lien entre origine
même profil ascendant réappa- lumière que les résultats obtenus sociale et diplôme a tendance à
raît lorsque l’analyse porte sur dépendent de façon cruciale de décliner dans l’ensemble de la
les seuls titulaires d’un baccalau- l’approche retenue : approche gé- population ; d’autre part, avec
réat général (figure 4). nérale sur l’ensemble de la popula- l’expansion de l’éducation, ce
tion dans le premier cas (figures 1 lien se renforce dans les transi-
et 2), approche conditionnelle sur tions les plus élevées du système
une fraction de celle-ci dans le éducatif. Mais ce dernier constatDes conclusions
second (figures 3 et 4). ne permet pas de conclure quequi pourraient
«rienn’a changé »ouque «les
sembler opposées …
Avec l’expansion de l’enseigne- inégalités n’ont fait que se dépla-
mais qui peuvent ment supérieur et de la popula- cer ». En effet, les différentes
être réconciliées tion qu’il accueille, les inégalités transitions n’affectent pas le
sociales de réussite ont augmen- même nombre d’élèves : elles ne
Ainsi, à partir des mêmes don- té au sein du supérieur. D’autre sont pas parcourues par des
nées, les deux conclusions sui- part, les premiers diplômes sont fractions identiques d’une même
vantes sont valides. D’une part, devenus moins sélectifs sociale- génération. Le diplôme n’est pas
évaluées sur toute la population, ment (CEP, puis BEPC, CAP, nonplusunbienstrictement
les inégalités d’accès aux diplô- BEP et enfin le baccalauréat « positionnel », au sens où seul
mes selon l’origine sociale ont di- dans les générations les plus ré- compterait, non pas le titre
minué entre des générations centes) ; de ce fait, les inégalités lui-même, mais le rang qu’il per-
espacées d’une cinquantaine de certification ou d’accès à un met d’occuper dans une file qui
d’années. D’autre part, en raison- diplôme donné (y compris les ordonnerait les individus des
nant sur les seuls diplômés du diplômes du supérieur), mesu- plus diplômés aux moins diplô-
baccalauréat (ou équivalent), les rées sur toute la population, ont més.
inégalités d’obtention d’un di- décru. La dynamique de l’inéga-
Enfin, comment rendre compte
du renforcement des inégalités
sociales d’accès aux diplômes
Figure 4 - Dynamique des inégalités d'accès aux diplômes selon dans le haut du système ? Une
l'origine sociale explication plausible est la sui-
Analyse conditionnelle de l'accès à un diplôme de l'enseignement vante. Avec la montée de la sco-
supérieur pour les titulaires d'un baccalauréat général larisation, les titulaires d’un
baccalauréat représentent une
indicateur des inégalités d'accès aux diplômes
2,3 fraction croissante de chaque
génération. Étant croissante,2,1
cette fraction pourrait être de
1,9
plus en plus hétérogène sous
1,7 l’angle de caractéristiques non
1,5 observées dans les enquêtes,
Obtention d'un diplôme du supérieur quel qu'il soit mais qui affectent la réussite1,3
(sur les seuls titulaires d'un baccalauréat général)
scolaire, comme la motivation
1,1
ou les aptitudes individuelles.
0,9 Dès lors, si ces caractéristiques
0,7 non observées sont liées à l’ori-
gine sociale, l’hétérogénéité0,5
23-20- 26- 29- 32- 35- 38- 41- 44- 47- 50- 53- 56- 59- 62- 65- 68- 71- 74- croissante pourrait se traduire
25 28 31 34 37 40 43 46 49 52 55 58 61 64 67 70 73 7622
dans un renforcement du lien
générations
entre origine sociale et posses-
Champ :hommes et femmes, français de naissance, âgés de 26 à 64 ans lors de l'année de l'enquête. sion ou non-possession d’un di-
Lecture : de la génération 1920-1922 à la génération 1974-1976 et parmi les titulaires du baccalauréat général,
plôme du supérieur. Le mêmel’inégalité d’obtention d’un diplôme du supérieur en fonction de l’origine sociale a augmenté.
Source :Insee, enquêtes Emploi 1984, 1987, 1990, 1993, 1996, 1999, 2001. argument peut être exprimé à
Données sociales - La société française 106 édition 2006
043.ps
N:\H256\STE\Qzxc66\_DONNEEs\donnees sociales\partie 1\043\art. 43\043.vp
lundi 20 mars 2006 10:57:34Profil couleur : Profil d’imprimante CMJN gØnØrique
Composite 150 lpp 45 degrØs
Éducation, formation 2
l’inverse. Dans les générations
Pour en savoir plusanciennes, l’élimination différen-
tielle très forte selon l’origine so-
Albouy V. et Wanecq T., «Les Powers D.-A. et Xie Y., Statisti-ciale ne retenait au niveau du
inégalités sociales d’accès aux cal Methods for Categorical Data
baccalauréat, parmi les enfants grandes écoles », Économie et Sta- Analysis, San Diego, Academic
d’origine populaire, que des su- tistique, n° 361, p. 27-52, 2003. Press, 2000.
jets particulièrement brillants.
Breen R. (sous la direction de), ShavitY.etBlossfeldH.-P.
Étant en quelque sorte « sur-sé- Social Mobility in Europe, Oxford, (sous la direction de), Persistent
lectionnés », ils ne rencontraient Oxford University Press, 2004. Inequality : Changing Educatio-
nal Attainment in Thirteen Coun-guère de difficultés dans la
tries,Boulder,WestviewPress,Erikson R. et Jonsson J.-O. (sous
poursuitedeleurparcoursau 1993.la direction de), Can Education Be
sein de l’enseignement supérieur Equalized? The Swedish Case in
Comparative Perspective, Boulder, Thélot C. et Vallet L.-A.,«Laet pouvaient donc rivaliser avec
Westview Press, 1996. réduction des inégalités sociales
leurs collègues « mieux nés », devant l’école depuis le début du
siècle », Économie et Statistique,voire les surclasser. Avec la Mare R.-D., « Social Background
n° 334, p. 3-32, 2000.and School Continuation Deci-montée de la scolarisation dans
sions », Journal of the American
les générations plus récentes, l’é- Statistical Association, 75, Vallet L.-A. et Selz M.,«Évolu-
p. 295-305, 1980. tions récentes et état actuel delimination différentielle selon
l’équité du système éducatif enl’origine sociale serait moins
France », Rapport de rechercheMare R.-D., « Change and Stabili-
brutale et cela tendrait à faire pour le Commissariat Général duty in Educational Stratification »,
Plan et la Direction de l’Évalua-American Sociological Review, 46,disparaîtrecemécanismede
tion et de la Prospective, 2005.p. 72-87, 1981.sur-sélection.
Données sociales - La société française 107 édition 2006
043.ps
N:\H256\STE\Qzxc66\_DONNEEs\donnees sociales\partie 1\043\art. 43\043.vp
lundi 20 mars 2006 10:57:35

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