La Haute-Normandie et ses étudiants : Malgré l'influence francilienne, la région retient assez bien ses étudiants

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Si les jeunes y poursuivent moins d'études que dans la plupart des autres régions, la Haute-Normandie a de surcroît tendance à perdre une partie de son "capital étudiants" par le jeu des migrations. Ce déficit migratoire est toutefois moins marqué que pour les autres régions du grand bassin parisien. Le pôle rouennais "recrute" bien sur sa région, même si certaines zones du département de l'Eure sont sous l'influence de Caen ou de l'Ile-de-France.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 20 - Décembre 2002
Lettre
statistique
et
économique
de Haute-Normandie
LA DEMANDE ET L’OFFRE
L’article ci-contre analyse le comportement
des étudiants haut-normands quant au
choix de leur lieu d’études. Il montre que LA HAUTE-NORMANDIE ET SES ETUDIANTS
de nombreux étudiants sont inscrits dans
un établissement d’enseignement supé- Malgré l’influence francilienne,
rieur d’une autre région, et souvent en
la région retientIle-de-France. Il montre également, et c’est
plutôt une bonne nouvelle, que la assez bien ses étudiants
Haute-Normandie, par rapport aux autres
régions et notamment celle du bassin pari-
Marie-Noëlle DÉMARAIS
sien, « retient » plutôt bien ses étudiants.
Cette étude a été réalisée à partir des dé-
clarations faites au recensement de popu- régions se distinguent par une forte densi-Si les jeunes y poursuivent
lation. D’une certaine manière, elle analyse
té d’étudiants, au premier rang desquelles
la « demande d’enseignement ». Mais il est moins d’études que dans la
figure l’Île-de-France, où un habitant sur
bien évident qu’une étude complète du
plupart des autres régions, la vingt est étudiant. A l’inverse, les régions
sujet devrait aussi prendre en compte
les moins “étudiantes” sont presque toutesHaute-Normandie a de surcroît« l’offre de formation ».
situées dans le grand bassin parisien, avecUne université de la taille de celle de tendance à perdre une partie de
des valeurs allant de 2,4% pour la PicardieRouen ne peut pas offrir la même gamme
son “capital étudiants” par lede formations qu’une université pari- à 2,8% pour la Haute-Normandie.
sienne, notamment dans les cycles supé- Deux phénomènes expliquent lajeu des migrations. Ce déficit
rieurs. Les formations universitaires faible part des étudiants dans la popula-
migratoire est toutefois moins
spécialisées et les grandes écoles ne peu- tion haut-normande. Le fait que les
vent pas être présentes dans toutes les ré- marqué que pour les autres jeunesmands soient en propor-
gions françaises. Il n’est donc pas régions du grand bassin tion moins nombreux à poursuivre des
surprenant qu’un étudiant doive quitter la
études qu’au niveau national constitueparisien. Le pôle rouennaisrégion pour trouver le DESS qu’il cherche
de loin le premier facteur. Mais celui-ci
ou faire une thèse de doctorat avec un pro- “recrute” bien sur sa région, est “aggravé” par la proportion particuliè-
fesseur de renommée nationale ou
même si certaines zones du rement élevée d’étudiants originaires deinternationale.
la Haute-Normandie qui effectuent (ouIl conviendrait donc de réaliser une ana- département de l’Eure sont sous
terminent) leur cursus en dehors du terri-lyse comparée de l’offre de formation entre
l’influence de Caen ou de
régions. C’est à cette condition que nous toire régional.
pourrions mieux apprécier l’attractivité de l’Ile-de-France.
la Haute-Normandie sur les étudiants.
Jean LEMATTRE
a Haute-Normandie se caractérise
Chef du service des études et de la diffusion Lpar une proportion d’étudiants dans
sa population totale relativement faible :
elle s’élevait en 1999 à 2,8%, alors que la
moyenne nationale est de 3,5%. Certaines
S O MM A IRE
AVERTISSEMENT
SOCIÉTÉ Pour la première fois, lors du recensement
LA HAUTE-NORMANDIE ET SES ÉTUDIANTS de la population de 1999, il a été demandé
Malgré l’influence francilienne,
aux étudiants de préciser leur lieu d’études.la région retient assez bien ses étudiants . . . . 1
Cet article a été réalisé à partir de
l’exploitation croisée des lieux de résidenceÉCONOMIE
et lieux d’études de 1999 et lieux deL’INDUSTRIE EN HAUTE-NORMANDIE
Un secteur-clé de l’économie régionale . . . . . . 4 résidence en 1990. Sont considérés ici
comme étudiants, toutes les personnes ayant
ANALYSES CONJONCTURELLES déclaré être inscrites dans un établissement
LA CONJONCTURE EN HAUTE-NORMANDIE d’enseignement et avoir atteint un niveau
AU 3e TRIMESTRE 2002
d’études supérieures.Un léger mieux dans le bâtiment . . . . . . . . . . . . 7
SOCIETEUN DÉFICIT DE 6% D’ÉTUDIANTS grande à l’égard des étudiants originaires QUI SONT LES ÉTUDIANTS ?
PAR LE JEU DES MIGRATIONS d’autres régions mais par une meilleure Avec un âge moyen de 23 ans et demi, plus des
trois quarts des étudiants haut-normands ontcapacité à retenir “ses” étudiants. On peut
moins de 25 ans. Ils sont légèrement plus jeunes
53 600 jeunes qui résidaient en penser que cette situation renvoie en que les étudiants de la métropole dont l’âge
moyen est de 24 ans. Ils sont 43% à avoir déjà unHaute-Normandie en 1990 sont devenus grande partie au caractère côtier de la
niveau au moins équivalent à “ Bac +2 ”, contre
47% au niveau national. Les filles sont légèrementétudiants en 1999 (dont certains dans Haute-Normandie, qui limite à la fois les
plus nombreuses que les garçons (soit 56% de
d’autres régions), ce qu’on peut donc arrivées venant de régions limitrophes et filles). Elles sont aussi plus diplômées : 23,5% des
filles sont en second cycle universitaire contreconsidérer comme le “capital étudiants” les opportunités de départ pour les étu-
22,2% des garçons.
de la région. Ce capital peut être rappro- diants issus de la région. Près de 3,5% des étudiants sont de nationalité
étrangère, soit un peu plus que la part d’étrangersché des 50 200 étudiants qui habitaient
dans la population haut-normande qui est de
2,7%. La plupart des étrangers viennent d’un payseffectivement la Haute-Normandie en
hors de l’Union européenne (le plus souvent du
1999. Il en ressort un déficit migratoire BEAUCOUP DE DÉPARTS VERS Maghreb ou d’autres pays d’Afrique).
La quasi-totalité des étudiants résident dans und’environ 3 400, représentant 6% du ca- L’ILE-DE-FRANCE... ET PEU D’ARRIVÉES
logement ordinaire, soit en location, soit au domi-
pital théorique. Selon ce critère d’attracti- cile de leurs parents. Seulement 7% d’étudiants
déclarent vivre en collectivité, essentiellement envité à l’égard des étudiants, La Si, avec un solde de +17 900 person-
cité universitaire.
L’aire urbaine de Rouen héberge plus de la moitiéHaute-Normandie se situe ainsi au 15e nes, la Haute-Normandie est attractive
des étudiants haut-normands. Mais elle concentre
rang des régions françaises (sur 22). Dix pour la région francilienne en termes de davantage d’étudiants au lieu d’étude puisque ce
sont près de 70% des étudiants de la région quirégions maintiennent ou dépassent population totale, elle présente un fort
ont choisi le pôle d’enseignement de Rouen.
l’équilibre avec un nombre d’étudiants en déficit pour les étudiants : 1 820 arrivées L’aire urbaine du Havre regroupe 19% des étu-
diants haut-normands en termes de lieu de rési-1999 plus élevé que leur capital. Parmi pour 4 660 départs. Ce déficit au profit de
dence et 18% en termes de lieu d’étude.
Enfin, ce sont 5% d’étudiants qui résident ou étu-celles-ci, ce sont les régions Midi-Pyré- l’Île-de-France (-2 840) représente
dient dans l’aire urbaine d’Evreux.
nées, Alsace, Ile-de-France et Langue- même 84% de la “perte” globale d’étu-
doc-Roussillon qui dominent avec un diants. La “capitale” accueille ainsi 5% du
MIGRATIONS D’ÉTUDIANTS
gain d’au moins 20% d’étudiants. “potentiel étudiant” haut-normand de ENTRE LA HAUTE-NORMANDIE
ET LES AUTRES RÉGIONS DE LA MÉTROPOLEToutes les régions du grand bassin pa- 1990. Ce sont bien souvent les plus di-
Arrivées Départs Solde
risien se situent en dessous de cet équi- plômés qui vont y poursuivre leur cursus
Ile-de-France 1 823 4 659 -2 836
Nord-Pas-de-Calais 363 899 -536libre. La Haute-Normandie, avec un supérieur.
Rhône-Alpes 346 779 -433
“déficit” de 6%, se place au rang le plus fa- Cette attractivité de l’Ile-de-France Midi-Pyrénées 157 419 -262
Provence-Alpes-Côte-d’Azur 253 499 -246vorable de cet ensemble de régions. Le n’est bien sûr pas spécifique à la
Basse-Normandie 1 179 1 366 -187
“déficit” d’étudiants est en effet nettement Haute-Normandie ; toutes les régions, ex- Pays de la Loire 443 624 -181
Languedoc-Roussillon 142 316 -174
plus marqué pour les autres, allant de 9% ceptée la région Midi-Pyrénées, enregis- Alsace 104 272 -168
Bretagne 555 714 -159pour la Champagne-Ardenne à 19% pour trent un déficit migratoire avec la première
Aquitaine 225 380 -155
la Picardie. Cette position relativement pri- région française. Ce déficit va de 7% du Poitou-Charentes 115 229 -114
Lorraine 149 259 -110vilégiée de la Haute-Normandie comparée potentiel d’étudiants du Centre, à moins de
Auvergne 80 125 -45
Limousin 47 77 -30aux autres régions du bassin parisien ne 1% pour le Nord-Pas-de-Calais.
Bourgogne 120 149 -29
s’explique pas par une attractivité plus Le Nord-P vient d’ailleurs
Champagne-Ardenne 158 168 -10
Corse 16 6 10en 2e position des régions dé-
Franche-Comté 121 74 47
gageant un excédent migratoire Picardie 766 637 129
Centre 584 383 201LES ÉTUDIANTS EN 1999 SELON LEUR RÉGION DE RÉSIDENCE... d’étudiants à l’égard de la
Source : INSEE - Recensement de la population 1999 Unité : nombreIndice de Haute-Normandie (540 étu-
...en 1999 ...en 1990 Recrutement
(A) (B) (A)/(B)x100 diants). Là aussi, la situation est d’étudiants de l’Eure-et-Loir, venant es-
Midi-Pyrénées 99 945 81 500 123 inverse pour le reste de la po- sentiellement d’une zone autour de
Alsace 58 831 48 211 122
Ile-de-France 521 229 430 687 121 pulation, avec un excédent en Dreux.
Languedoc-Roussillon 82 482 69 366 119
faveur de la Haute-NormandieRhône-Alpes 204 966 188 145 109 En dehors de ces trois régions, où
Aquitaine 93 006 86 209 108 de +1 200 personnes. A la diffé- comportement des étudiants et compor-Nord-Pas-de-Calais 140 309 131 850 106
Provence-Alpes-Côte-d’Azur 142 609 134 307 106 rence des mouvements vers tement de l’ensemble de la population
Lorraine 73 605 73 334 100
l’Île-de-France, les départs se diffèrent, la Haute-Normandie, déjà défi-Bretagne 101 490 101 136 100
Limousin 21 289 21 470 99 font plutôt en début de cursus citaire en termes de population totale,
Pays de la Loire 103 825 105 079 99
Auvergne 40 356 41 427 97 supérieur. l’est aussi pour la étudiante,
Poitou-Charentes 45 308 47 404 96
Avec la région Centre, particulièrement avec les régions du sudHaute-Normandie 50 256 53 644 94
Champagne-Ardenne 37 928 41 633 91 c’est le phénomène inverse de la France : Rhône-Alpes, Midi-Pyré-
Franche-Comté 32 895 36 562 90
qui s’observe. En effet, si la nées, Provence-Alpes-Côte-d’Azur.Bourgogne 41 182 45 836 90
Basse-Normandie 39 121 44 025 89 Haute-Normandie est défici- La Basse-Normandie est, aprèsCentre 64 118 72 261 89
Picardie 43 915 54 276 81 taire avec le Centre en termes l’Ile-de-France, la région avec laquelle
Corse 5 051 7 039 72
de population totale, elle pré- les échanges d’étudiants sont les plusSource : INSEE - Recensement de la population 1999 Unité : nombre
Note de lecture : 53 644 jeunes qui résidaient en Haute-Normandie en 1990 sont devenus sente un excédent de 200 étu- nombreux. Entre les deux régions nor-
étudiants en 1999 et 50 256 étudiants résident en Haute-Normandie en 1999. Il en résulte un
déficit migratoire de près de 3 400, soit 6% du “capital” théorique. diants, dû à un apport mandes, les migrations sont un peu plus
2 AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 20 - Décembre 2002(1)importantes dans le sens des départs de du Havre. La zone
la Haute-Normandie que dans celui des d’influence directe du
arrivées. L’enseignement supérieur Havre est un peu plus
bas-normand attire près de 1 400 étendue que son aire
haut-normands alors que près de 1 200 urbaine. Le bassin de
étudiants ont fait le trajet inverse. Les recrutement de Rouen
cantons de la façade ouest du départe- couvre quasiment le
ment de l’Eure sont particulièrement atti- reste de la région,
rés par le pôle caennais. “mordant” même un
Enfin, l’excédent migratoire global peu sur quelques
avec la Picardie se vérifie pour la popula- communes des dépar-
tion étudiante (+130). Il concerne davan- tements de l’Oise et
tage les plus diplômés. Ce sont de l’Eure-et-Loir. A l’in-
principalement des étudiants de l’Oise verse, les bassins ex-
qui ont migré vers la Haute-Normandie, térieurs débordent sur
alors qu’un déficit de près de 300 est en- quelques communes
registré avec la capitale picarde. haut-normandes :
Caen sur l’ouest de
l’Eure (cantons de
LE PÔLE DE ROUEN RAYONNE BIEN Broglie et de Rugles),
SUR LA RÉGION Paris sur l’est du
même département et Amiens sur le DES ÉTUDIANTS “VOYAGEURS”
Si on analyse le lieu d’études des étu- nord-est de la Seine-Maritime.
diants en fonction de leur commune d’ori- S’il fait partie presque intégralement Plutôt que déménager pour suivre
gine (lieu de résidence en 1990), il est du bassin de recrutement de Rouen, le leurs études, certains étudiants font le
possible d’apprécier le “rayonnement” sur département de l’Eure, sur ses franges, choix de se déplacer régulièrement entre
le territoire des principaux pôles d’ensei- est particulièrement attiré par les pôles leur région de domicile et leur région
gnement supérieur (Rouen et Le Havre extérieurs. Dans certains cantons limitro- d’étude. Ainsi, près de 5 000 Haut-Nor-
pour la Haute-Normandie), sous forme de phes, bien que majoritairement attirés mands vont poursuivre leurs études dans
bassins de recrutement (1). Si l’influence par Rouen, 20 à 40% des jeunes se sont une autre région. Et, ce sont près de 4 000
de chacun des pôles décroît naturellement tournés vers Paris pour suivre leurs étudiants “horsains” qui gagnent les bancs
lorsqu’on s’en éloigne, elle peut s’étendre études (neuf cantons de la façade Est) haut-normands. Il résulte de ces navettes
au-delà des limites régionales ou rester en ou vers Caen (cinq cantons de la frange inter-régionales un déficit de -800 étu-
deçà. En fait, le territoire haut-normand est ouest). Cette proportion est d’autant plus diants. C’est bien entendu avec
presque exactement couvert par les bas- forte qu’il s’agit d’études supérieures de l’Île-de-France que les mouvements sont
sins de recrutement des pôles de Rouen et second ou troisième cycles. importants : 1 400 Franciliens gagnent
notre région pour étu-
dier, et dans l’autreAttraction de l’Ile-de-France Attraction de la Basse-Normandie
sens, ce sont 2 500 étu-
diants qui se dirigent
vers l’Île-de-France.
Avec les autres régions,
les échanges sont plus
rares
(1) Un bassin de recrutement
est constitué de telle sorte que,
pour chaque commune apparte-
nant à celui-ci, la majorité rela-
tive des jeunes originaires de la
commune (lieu de résidence en
1990) étudient dans le bassin.
Les pôles d’enseignement su-
périeur concentrent l’enseigne-
ment universitaire et celui dis-
pensé dans les classes
post-baccalauréat des lycées,
les instituts de formation des
maîtres, les écoles d’ingénieurs
ou de commerce, les écoles pa-Note de lecture : 37,7% des étudiants originaires Note de lecture : 42,8% des étudiants originaires
ramédicales et sociales, certai-du canton de Gisors (lieu de résidence en 1990) du canton de Cormeilles (lieu de résidence en
nes écoles militaires, etc.étudient en Ile-de-France en 1999. 1990) étudient en Basse-Normandie en 1999.
AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 20 - Décembre 2002 3

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