Les difficultés d'insertion des jeunes de bas niveau scolaire

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Le nombre de jeunes qui quittent l'école prématurément, sans connaissances professionnelles suffisantes ni culture générale satisfaisante, a fortement décru dans la première moitié des années quatre-vingt-dix. Cependant, ils sont encore près de 12 000 à s'être présentés ainsi sur le marché du travail de la région fin juin 1994. Le constat établi sept mois plus tard est éloquent. Si l'insertion dans la vie active est malaisée pour tous les jeunes, elle passe plus souvent encore par une période de chômage pour les jeunes de bas niveau. Un nombre important d'entre eux empruntent la voie de l'insertion par une formation en alternance. Mais pour la majorité, l'autonomie sociale n'est pas pour tout de suite, faute de moyens financiers.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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NORD-P AS-DE-CALAIS
ROFILS
JANVIER 1997Prix : 15 francs N°1P
du “bas niveau scolaire” regroupe tousLe nombre de jeunes qui quittentLes difficultés les jeunes quittant le système éducatifl’école prématurément, sans connais-
sans avoir atteint le niveau d’une terminalesances professionnelles suffisantes ni
de lycée, ni obtenu aucun diplôme profes-
culture générale satisfaisante, a
sionnel au cours de leurs études.
fortement décru dans la première Cette classification arbitraire repose surd’insertion moitié des années quatre-vingt-dix. l’idée communément répandue que des
Cependant, ils sont encore près de études interrompues accroissent les
difficultés d’insertion de ces jeunes sur le12 000 à s’être présentés ainsi sur le
marché du travail.marché du travail de la région findes jeunes
juin 1994. Le constat établi sept
mois plus tard est éloquent. Si Définition des niveaux de formation
l’insertion dans la vie active est
Le niveau VI est celui des élèves sortantmalaisée pour tous les jeunes, ellede bas niveau du premier cycle du second degré etpasse plus souvent encore par une
des formations préprofessionnelles en
période de chômage pour les jeunes
un an (c’est-à-dire de toutes classes de
de bas niveau. Un nombre impor- cinquième, quatrième, CPA, CEP,
tant d’entre eux empruntent la voie CPPN, SES ou SEGPA). scolaire
Le niveau Vbis est celui des élèves sor-de l’insertion par une formation en
tant des classes du second cycle courtalternance. Mais pour la majorité,
avant l’année terminale ou de troisièmel’autonomie sociale n’est pas pour
de collège (c’est-à-dire de toutes classes
tout de suite, faute de moyens de troisième ou de première année de
financiers. BEP ou de CAP).
Le niveau V est celui des élèves sortant
de l’année terminale des cycles courts“Bas niveau scolaire” ?
professionnels ou abandonnant la
Le niveau scolaire s’apprécie ici en scolarité du second cycle long avant
fonction de la dernière classe fréquentée. la classe terminale.Edgar Walker, L’Éducation nationale repère ainsi les Pour l’étude, ont été prises en compte
différentes étapes d’un cursus scolaireYveline Gourmond toutes les sorties de niveau VI et Vbis
dans une échelle allant du niveau VI, qui ainsi qu’une partie des sorties deRectorat de l’académie de Lille correspond à celui des élèves qui n’ont niveau V. Ont été en effet exclues du
pas prolongé leur scolarité au-delà de la champ, les sorties en classe terminaleDivision Programmation-Études
classe de quatrième, au niveau I, qui professionnelle et les sorties au cours
et Prospective correspond à celui des étudiants ayant d’une classe de première professionnelle
atteint un niveau Bac + 5. ou de première d’adaptation - leurs
On s’intéresse ici au devenir des jeunes éléves étant en effet déjà titulaires d’un
de “bas niveau”, c’est-à-dire de ceux qui BEP. Au final, les sorties de niveau V
ont quitté le système scolaire au niveau prises en compte pour l’étude sont
VI, Vbis ou V en exceptant ceux d’entre celles de seconde et de première de
eux qui ont fréquenté une classe terminale l’enseignement général.
de cycle professionnel. Ainsi, la définition
INSEE NORD-PAS-DE-CALAIS 130 avenue du Président J.F. Kennedy - 59034 Lille Cedex - Tél : 03.20.62.86.29 - Télécopie : 03.20.62.86.00En fait, si seulement 29% des élèvesAujourd’hui, moitié moins
Définitions des classesde jeunes qu’il y a six ans sortants ont moins de 19 ans, tous
quittent l’école avec un niveaux confondus, cette proportion est
“bas niveau scolaire” SES : sections d’éducation spécialede 79% pour les jeunes de bas niveau.
intégrées généralement dans les
collèges et scolarisant des enfantsEnviron 12 000 jeunes de bas niveau Plus de 40% des sortants
déficients légers.sont sortis du système scolaire en juin de bas niveau ont abandonné
CPA:classes préparatoires à1994 : un peu plus de garçons que de un BEP
l’apprentissage implantées enfilles puisque les jeunes hommes en
centre de formation, en collègeÀ la fin des années quatre-vingt, lesreprésentent 58%. À la fin des années
ou en lycée professionnel.jeunes provenant des classes de type SESquatre-vingt, ils étaient un peu plus de
CPPN : classes préprofessionnellesconstituaient le groupe le plus nombreux20 000 jeunes gens des deux sexes à se
de niveau implantées dans lesparmi ceux de bas niveau qui se présen-présenter si démunis sur le marché du
collèges ou les lycées profes-
taient sur le marché du travail.travail. Plusieurs raisons viennent s’ajouter
sionnels.
Aujourd’hui, avec la transformation depour expliquer ce constat. En premier
CEP : classes de préparation du
ces classes et l’intégration de leurs élèveslieu, des raisons démographiques : les
certificat d’études professionnelles.
dans un cursus classique, ce sont lesclasses d’âge concernées par ces sorties
SEGPA : sections d’enseignement
jeunes en première année de BEP quiprécoces - massivement le fait de jeunes
général et professionnel adaptées
procurent le contingent le plus grand.âgés de 16 à 18 ans - ont un effectif plus remplaçant les SES.
Viennent ensuite les élèves qui n’ontfaible d’environ 15% aujourd’hui qu’il y
connu que le collège, ceux qui l’ont quittéa sept ans. Ensuite, l’évolution des filières
après une troisième de l’enseignementdu système scolaire et des conditions
technologique représentant près de 12%.d’insertion sur le marché du travail
conduit à une sortie plus tardive de
Une forte accélération desl’ensemble des élèves. En particulier, la
risques d’exclusion au cours dedisparition des classes de niveau VI, CPA,
ces dernières annéesCPPN et la transformation des sections SES
en SEGPA retardent la sortie d’élèves qui
Au moment de l’enquête, sept mois après
suivent alors un cursus scolaire classique,
leur sortie de l’école, 38% des jeunes
sans toujours pouvoir le conduire à son
de bas niveau connaissent le chômage.
terme. De plus, l’élargissement de
En 1990, ce n’était le cas que pour 21%
l’éventail des possibilités d’études incite
d’entre eux. Un tiers des jeunes qui
à la poursuite d’un cursus plus poussé.
quittaient alors l’école avec un faible
niveau trouvait place avec un contrat aidé
Enfin, les conditions actuelles d’insertion
de type TUC ou CES - travaux d’utilité
dans le monde du travail ainsi qu’une
collective ou contrats emploi-solidarité -
action volontariste menée par l’Éducation
nationale encouragent tous les élèves à
la préparation d’une qualification et à
Répartition des jeunes de bas niveau sortis en Répartition des jeunes de bas niveau sortis en
l’acquisition d’un bon niveau de culture
juin 1989 selon leur situation en février 1990 juin 1994 selon leur situation en février 1995
générale. On a ainsi constaté entre juin
1990 et juin 1995, des réductions CDDCDIInactifs Stage 3% Service 5% sensibles de la part des élèves qui aban- 5% formation national CES
Service 6%13% 3%donnent leurs études en fin d’année national
Contrat de6%scolaire : au niveau VI, celle-ci passe de qualification
3%3% à 0,2%, au niveau Vbis, de 5% à 4% Apprentissage
18%enfin au niveau V, de 2,4% à 1,2%.
ApprentissageChômageChômage
20%38%21%
Contrat de
qualificationLes deux tiers ont 18 ans SIVP
2%
3%ou moins
Stage
entreprise
CDD5%TUC, CESL’âge moyen des jeunes sortis sans quali- 4%Inactifs30% CDI
7% 4%fication est de 17 ans et 6 mois tandis
que l’âge moyen des sortants de juin
1994 est de 19 ans et 7 mois. Source : Rectorat - Enquête IVA
130 avenue du Président J.F. Kennedy - 59034 Lille Cedex - Tél : 03.20.62.86.29 - Télécopie : 03.20.62.86.00 INSEE NORD-PAS-DE-CALAISDeux fois moins de sorties de bas niveau en six ans Pour ce qui est de l’apprentissage, si une
Évolution des effectifs de sortants selon le niveau proportion de jeunes de bas niveau
25000 quasiment identique à ce que l’on obser-
NIVEAU VI NIVEAU V BIS vait au début des années quatre-vingt-dixNIVEAU V ENSEMBLE
a trouvé là une voie d’insertion, il faut
20000
souligner qu’en nombre, c’est moitié
moins. Le nombre de places offertes à
des jeunes de bas niveau dans ces filières
15000
a en effet, bien diminué sur la période.
10000 Enfin, les chances d’obtenir un contrat
de travail classique, qu’il soit à durée
déterminée ou indéterminée sont restées
5000
extrêmement faibles, de l’ordre de 8%.
Comparé à la situation de l’ensemble des
0 sortants du système éducatif, le devenir
juin 1988 juin 1989 juin 1990 juin 1991 juin 1992 juin 1993 juin 1994
de ces jeunes diffère principalement sur
Source : Rectorat
trois points : ils sont deux fois moins
souvent en emploi mais deux fois plus
Près de la moitié ont abandonné en première année
souvent en contrat de formation en
de BEP ou de CAP
alternance et plus particulièrement enRépartition des sortants selon la dernière classe fréquentée
apprentissage. Enfin, parce qu’ils sont
moins âgés, ces jeunes de bas niveauAutres
1995 sont moins souvent, dès leur sortie, au1990
ère
Seconde, 1 (lycées) service national. En conséquence, leur
risque de connaître le chômage est bien
CPA, CPPN, CEP
plus élevé que celui de l’ensemble des
e e sortants - 38% pour 30%.4 ou3 technologique
e e
4 ou3 préparatoire Pour la plupart, une faible
autonomie sociale
Première année CAP ou BEP
Sortis de l’école, les jeunes de bas niveauSES
scolaire ne rentrent pas pour autant
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 %
d’emblée, dans le monde des adultes.
Très peu souvent insérés sur le marché duSource : Rectorat - Enquête IVA
ou SIVP - stages d’initiation à la vie travail, ils ont rarement l’autonomie
professionnelle. financière qui leur permettrait de quitter
le domicile familial. De fait, 87% des
Mais les possibilités de pénétrer le monde garçons et 79% des filles vivent chez leurs
du travail à l’aide de mesures spécifiques parents au moment de l’enquête.
et de contrats de travail particuliers se Quelques-uns vivent cependant en couple
sont fortement réduites : d’une part, en (5%) et la situation concerne plus souvent
raison du recentrage des mesures de les filles. Les autres vivent soit seuls (2%),
politique d’emploi sur le public des soit avec de la famille ou des amis (4%)
chômeurs de longue durée, d’autre part, soit enfin en foyer (1%).
en raison de l’élévation du niveau de
recrutement des mesures destinées aux Le budget de ces jeunes est en effet très
jeunes telles les formations en alternance. maigre : 37% ne disposent d’aucune
ressource et 22% ont moins de 1 000 F
Ainsi, alors qu’en 1990, 37% des jeunes par mois. Faisant figures d’exception,
sortis avec un bas niveau bénéficiaient de quelques-uns parviennent tout de même
l’une de ces mesures aidées - hors à des ressources dépassant les 4 000 F
apprentissage -, on ne compte plus mensuels qui leur permettent dans un cas
aujourd’hui que 12% de bénéficiaires. sur deux de vivre en couple ou seul.
INSEE NORD-PAS-DE-CALAIS 130 avenue du Président J.F. Kennedy - 59034 Lille Cedex - Tél : 03.20.62.86.29 - Télécopie : 03.20.62.86.00Plus du tiers n’ont aucune source de revenusLorsqu’un jeune fait état d’une source de
Répartition selon les ressourcesrevenus, c’est un salaire dans un cas sur
trois. Cela peut être la solde de l’armée
4 000F et plus
ou l’aide des parents évoquées chacune 10%
dans 15% des cas. Enfin, les aides de 2 000F
à moins de 4 000 Fpubliques et sociales représentent 12%
Pas de ressources16%
des ressources citées. Très peu réunissent 37%
de 1 000
les conditions d’attribution d’une allocation à moins de 2 000F
15%de chômage (2%). Ces différentes sources
de 0 à moins de 1 000Fde revenus se combinent pour 15% des
22%
jeunes sortis sans qualification, le plus
souvent avec une constante, l’aide des
parents. Interrogés sur leurs loisirs, 78% Source : Rectorat - Enquête IVA
déclarent spontanément pratiquer un ou
plusieurs loisirs. Parmi eux, pour 45% le Le salaire n’est source de revenus que dans un cas sur trois
Répartition des ressources selon la naturesport, plus particulièrement le football
%(15%) devant la natation, le basket ou le
40cyclisme.
35
Un jeune sur quatre évoque une activité 30
culturelle telle la lecture, l’écoute de 25
musique, la télévision. Sur ce plan, leurs
20
réponses ne diffèrent pas vraiment de
15celles de l’ensemble des jeunes qui ont
10quitté le système scolaire au même
moment qu’eux. 5
0
Source : Rectorat - Enquête IVA
Des résultats de l’enquête IVA “insertion dans la vie active”
Depuis 1985, le Rectorat réalise chaque année auprès des établissements scolaires publics
et privés du second degré, une enquête pilotée au plan national par le Centre d’études et de
recherche sur les qualifications (Céreq) et la Direction de l’évaluation et de la prospective du
ministère de l’Éducation nationale. Elle vise à connaître en février de l’année A, le devenir
professionnel des jeunes sortis de formation sept mois plus tôt, soit en juin de l’année A-1.
Pour en savoir plus
• L’entrée dans la vie active des jeunes du Nord-Pas-de-Calais (6 pages)
Rectorat de Lille/Céreq/ORFQE - mars 1996.
• L’entrée des jeunes dans la vie active - Rectorat de Lille - janvier 1996.
• L’apprentissage : un accroissement sans précédent en 1995 - DRTEFP - Panorama Emploi-Formation
Nord-Pas-de-Calais n°10, janvier 1997.
Directeur de la publication : Jean-Claude HAUTCŒUR - Service Administration des Ressources : Daniel HUART - Service Études Diffusion : François HOUSSIN
Service Statistique : Robert MORIZUR - Rédactrice en chef : Élisabeth VILAIN - Secrétaire de fabrication : Jean-Claude DELEHAYE
Vente : Bureau de vente, 130 avenue J.F. Kennedy - BP 769 - 59034 LILLE CEDEX - Tél : 03 20 62 86 66 - Télécopie : 03 20 62 86 00
CPPAD en cours - ISSN 1269-0260 - Dépot légal janvier 1997 - © INSEE 1997 - Code Sage PR0970120 - UNIVERS STUDIO LILLE Tél : 03 20 63 10 07
130 avenue du Président J.F. Kennedy - 59034 Lille Cedex - Tél : 03.20.62.86.29 - Télécopie : 03.20.62.86.00 INSEE NORD-PAS-DE-CALAIS
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Solde de l'armée
Aide sociale ou publique
Ressources du conjoint
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Autre
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