Au-delà des entreprises : les groupes

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Certains phénomènes économiques ne sont correctement appréhendés qu'à travers la notion de groupe. Ainsi, 650 sociétés sont cotées à la la bourse de Paris (hors activités financières). La moitié d'entre elles sont des « têtes de groupe », contrôlant 7000 filiales.

Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 836 - MARS 2002
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Au-delà des entreprises :
les groupes
Anne Skalitz, division Synthèse des statistiques d’entreprises, Insee
ertains phénomènes économi- Près de la moitié de ces 650 sociétés cotées
sont en fait des « têtes de groupes », et ellesques ne sont correctement ap-
contrôlent au total 7000 entreprises françai-Cpréhendés qu’à travers la notion
ses, non cotées. Quand une société est une
de groupe. Ainsi, 650 sociétés sont co-
tête de groupe, les marchés boursiers valori-
tées à la bourse de Paris (hors activités sent alors tout le groupe d’entreprises qu’elle
financières). La moitié d’entre elles sont contrôle, c’est-à-dire l’ensemble de ses filia-
des « têtes de groupe », contrôlant les. Ces dernières constituent une part
importante de l’actif financier de la société7000 filiales. Au total, les sociétés co-
cotée, voire l’essentiel lorsque celle-ci esttées ou dépendantes d’une société
une holding. Les « groupes cotés » représen-
cotée représentent 40 % de l’actif du bi-
tent en France, directement via la tête de
lan des entreprises non financières et groupe ou indirectement via leur filiale, 20 %
51 % de leurs capitaux propres. de la valeur ajoutée de l’ensemble des entre-
Plus généralement, les groupes, cotés prises, 51 % de leurs capitaux propres. Ils
emploient 1,8 million de salariés (cf. Défini-ou non, sont particulièrement présents
tions – Agrégation).dans les services aux entreprises, les
biens intermédiaires et l’automobile.
Cotation et marchésIls emploient la moitié des salariés des
entreprises. Pour 30 % de ces salariés, la Selon leur taille, la part de capital détenue par
tête de groupe est une société étran- le public et leur capitalisation (nombre de titres
en circulation multiplié par le cours de l’action),gère.
les entreprises sont cotées sur des marchés
différents. En 1999, 38 % des émetteurs
En 1999, hors activités financières et immobi- étaient cotés sur le premier marché, au règle-
lières, 650 entreprises sont cotées à la bourse ment mensuel ou au comptant. Ce marché,
de Paris (cf. Sources). Elles produisent 6 % de destiné aux plus grandes entreprises (gra-
la valeur ajoutée de l’ensemble des entreprises phique 1), drainait 88 % de la valeur ajoutée
de ce champ (tableau). D’une taille moyenne
élevée, ces 650 sociétés détiennent 20 % des Taille des unités cotées,
actifs nets de ces entreprises, et emploient
groupes ou entreprises indépendantes,
500 000 salariés.
par type de marché
PremierPoids des entreprises cotées,
marché
directement ou indirectement,
dans l’ensemble des entreprises
SecondEn %
marché
Sociétés Sociétés Entreprises
cotées cotées non cotées
non têtes têtes d'un groupe
Nouveau
de groupes de groupes coté marché
Effectif
salarié 1 3 11
Valeur 0 20 40 60 80 100
ajoutée 1 5 13
En %
Actifs nets 4 17 18
moins de 500 salariés 5 000 à 9 999
Champ : hors agriculture, sylviculture et pêche, activités immobilières
plus de 10 000500 à 4 999et financières (cf. Sources).
Source : Insee Source : Insee
INSEE
PREMIEREdes entreprises cotées et occupait 900 000 emplois et réalisent 14 % de la valeur ne contribuent qu’à une part minoritaire
83 % des effectifs. Ce sont également ajoutée des entreprises des groupes. de l’activité, 25%à40%dela valeur
ces entreprises qui détenaient la plus Les grands groupes de plus de 10 000 ajoutée. Dans la construction, quelques
grande part des actifs nets. salariés restent néanmoins les premiers grands groupes côtoient une majorité
C’est toutefois sur le second marché employeurs et producteurs de valeur d’entrepreneurs individuels. Le com-
qu’on trouvait le plus d’entreprises (46 %). ajoutée : la moitié de la valeur ajoutée merce compte peu de groupes, mais de
Ces entreprises de taille moyenne qui ont produite par les entreprises des groupes nombreux réseaux de type franchise. Il
besoin de nouveaux financements déga- et la moitié des emplois contrôlés en est de même pour les services aux
gent 10 % de la valeur ajoutée des unités dépendent d’une telle structure. particuliers, activité dispersée dans de
cotées avec 15 % des effectifs salariés. petites unités, dans laquelle la franchise
Enfin, les jeunes entreprises innovantes, est également présente.
Très forte présenceavec un potentiel de croissance élevé et
un important besoin de capitaux pro- des groupes dans l’automobile
Un nouveau concept :pres, sont cotées sur le nouveau mar- et l’énergie
ché. Elles ne produisent qu’une faible l’unité indépendante
part de la valeur ajoutée des entreprises Le poids économique des entreprises
cotées (moins de 2 %), réalisée avec des groupes varie très fortement d’un Aujourd’hui, deux tiers des entreprises
2 % des effectifs. secteur à un autre (graphique 2):35% de plus de 100 salariés font partie d’un
de la valeur ajoutée dans les services groupe. Plusieurs phénomènes ont joué
aux particuliers, plus de 90 % dans en ce sens : la création de filiales par lesLe poids des groupes
l’automobile ou dans l’énergie. grands groupes, l’absorption de PME,
L’organisation des entreprises sous forme Dans la construction automobile, les grands l’organisation de PME en microgroupes.
de groupe n’est pas l’apanage des sociétés groupes éclatent leurs structures de produc- Agréger ou comparer des entreprises de
cotées et de leurs filiales. Aujourd’hui, une tion en filiales. C’est également le cas dans même taille mais de statut différent –
entreprise sur vingt fait partie d’un groupe, le secteur énergétique, où les entreprises filiale ou indépendante – a peu de sens :
français ou étranger. Plus de la moitié des du public réalisent plus des trois leur autonomie de décision, leur stra-
salariés des entreprises, 6,3 millions, y tra- quarts de la valeur ajoutée des groupes. tégie de développement voire de pro-
vaillent. Les entreprises des groupes pro- Dans ces deux secteurs, les unités des duction sont distinctes. Il est de ce fait
duisent 60 % de la valeur ajoutée, groupes détiennent 90 % de l’actif net. souvent utile de raisonner en termes
détiennent la majeure partie des immobili- Les unités contrôlées sont également d’« unités indépendantes ». Chaque entre-
sations et 80 % des actifs nets. nombreuses (7 à 8 %) au sein des servi- prise hors groupes en est une. Par
Depuis 20 ans, le poids des groupes n’a ces aux entreprises (qui regroupent les contre, les sociétés d’un même groupe
cessé de progresser. Leur nombre s’est holdings et les postes et télécommuni- sont agrégées en une seule unité indé-
accru, ainsi que le nombre d’entrepri- cations), et dans l’industrie des biens pendante (graphique 3).
ses françaises et d’emplois qu’ils con- intermédiaires (avec la chimie ou la sidé- Selon cette approche, les grandes uni-
trôlent, en particulier avec l’essor, rurgie) : avec 60 % des effectifs du sec- tés ont un poids important : dans
depuis 10 ans, des microgroupes, teur, elles réalisent deux tiers de la l’industrie, les 50 premières réalisent
groupes de la taille d’une PME valeur ajoutée. Inversement, dans cer- 40 % de la valeur ajoutée avec un quart
employant moins de 500 salariés. En tains secteurs, les groupes d’entreprises des salariés. La concentration est
1999, les microgroupes représentent presque aussi forte dans le tertiaire mar-
près de 85 % des groupes, contrôlent Répartition de la valeur ajoutée, chand, où 30 % de la valeur ajoutée est
des effectifs salariés et du total produite par les 100 plus grandes unités
des actifs selon la taille de l’unité indépendantes. Néanmoins, la moitié de
Poids des entreprises des groupes indépendante (entreprise ou la valeur ajoutée de l’ensemble des
selon le secteur groupe) entreprises est produite par des unités
indépendantes de moins de 500 sala-En % Valeur ajoutéeEn % Nombre d’entreprises
80 Effectif riés, qui disposent de 30 % des actifsValeur ajoutée 40
Actifs netsEffectif nets. Ces petites unités, PME ou micro-70
groupes, représentent 6 emplois sur 10.
60 30
50
40 Les groupes étrangers :20
30 une filiale sur cinq
20 10
Près de 20 % des entreprises des grou-
10
pes sont rattachées à une tête de groupe
0 0 étrangère. Elles emploient 1,7 million de
salariés et, avec 30 % des actifs des
entreprises des groupes, réalisent le
Source : Insee Source : Insee quart de la valeur ajoutée. Leur poids a
INSEE - 18, BD ADOLPHE PINARD - PARIS CEDEX 14 - TÉL. : 33 (1) 41 17 50 50
IAA
Industrie
Construction
Commerce
Transports
Serv. aux
entreprises
Serv. aux
particuliers
0 à 49
50 à 499
500
à 4 999
5 000
à 49 999
50 000
et plus
INSEE
PREMIEREmarchés non réglementés comme le Répartition des emplois des filiales des groupes sont rattachées à un
marché libre. Les entreprises cotées rete-de groupes étrangers par pays groupe étranger, et elles produisent
nues sont celles du champ de l’étude, au
40 % de la valeur ajoutée. L’industrie
31 décembre 1999. En particulier, sont
automobile compte même jusqu’à 40 % exclues 120 entreprises financières ins-
de filiales de groupes étrangers, qui ne crites à la bourse de Paris ; elles em-
20 % ploient 140 000 salariés.27 % réalisent toutefois que 20 % de la valeur
ajoutée des entreprises des groupes de
LIFI : données sur les groupes
ce secteur.
Contrairement aux entreprises qui le com-
11 % À l’inverse, dans les transports, la pré- posent, le groupe n’a pas de personnalité
sence de grands groupes publics juridique et pas de définition légale univer-
16 %
sellement reconnue. Le droit des sociétés,12 % explique que seule une filiale sur dix soit
le droit comptable, le droit fiscal retiennent14 % contrôlée par un groupe étranger. La
chacun une définition en rapport avec leur
construction est également très peu
champ d’application. En termes économi-
États-Unis concernée : 5 % des entreprises pourRoyaume-Uni ques, un groupe d’entreprises est défini
5 % de la valeur ajoutée. comme l’ensemble des sociétés contrôléesPays-Bas Allemagne
majoritairement, directement ou indirecte-Enfin, l’industrie des biens de consom-Suisse Autres
ment, par une même société dite tête demation courante et l’industrie agro-ali-
Source : Insee groupe, qui elle-même n’est contrôlée par
mentaire sont plus particulières :
aucune autre société ; la tête du groupe fait
l’influence étrangère est peu marquée aussi partie du groupe.
constamment progressé, en raison de la en nombre d’entreprises (moins de La présente étude fait appel aux résultats
de l’enquête « Liaisons financières » (Lifi).dynamique du marché européen et de 20 %), mais elle est nettement plus
Cette enquête interroge chaque année, de-nouvelles dispositions légales, françai- importante en termes de valeur
puis 1979, les entreprises sur leurs action-
ses et communautaires : ainsi, depuis ajoutée (40 % du secteur) ou de total
naires et sur leurs participations. En
janvier 1990, le rachat d’une entreprise de bilan. application de la définition précédente, ces
ne nécessite plus d’autorisation préa- liens financiers permettent d’établir, de
proche en proche, le contour des groupeslable. Les pays investisseurs restent les
et d’identifier les têtes de groupe.mêmes : États-Unis, Pays-Bas - où sont
Les sociétés étrangères détenues par les fi- Ventilation de la valeur ajoutéeimplantées beaucoup de holdings -,
liales étrangères de groupes français ne
entre groupes étrangersSuisse, Royaume-Uni et Allemagne (gra- sont pas recensées. Pour les groupes
et français selon le secteurphique 4). étrangers, seuls les actionnaires directs
sont identifiés grâce à l’enquête.Les sociétés contrôlées par un groupe
Des travaux en cours, visant à étendre lesétranger sont généralement situées soit IAA statistiques à l’ensemble du champ,
en Île-de-France soit dans les régions
conduisent à estimer que le poids écono-Industrie
frontalières. La valeur moyenne de mique des groupes est probablement
Commerceleurs actifs est peu différente de celle sous-évalué d’environ 5% en termes de va-
leur ajoutée.des entreprises des groupes français. Tous secteurs
Mais elles dégagent une valeur ajoutée Services aux
SUSE : données comptables sur les en-entreprisesmoyenne 1,5 fois plus forte. Elles se
treprisesServices aux
caractérisent aussi par un effectif particuliers L’information sur les différentes variables
moyen plus élevé. économiques provient des données fisca-Transports
les des bénéfices industriels et commer-En dehors du secteur très atypique des
Construction ciaux et des bénéfices non commerciaux,holdings, trois secteurs regroupent la
confrontées avec les enquêtes annuelles0 20 40 60 80 100moitié des filiales de ces groupes
d’entreprise. Cette confrontation est réa-En %
étrangers, plus de 40 % de leurs lisée au sein de l’application SUSE deVA des groupes étrangers VA des groupes francais
emplois et la moitié de leur valeur l’Insee, qui traite chaque année les don-
Source : Insee nées de deux millions d’entreprises. Laajoutée : le commerce, l’industrie des
confrontation entre les deux sources estbiens intermédiaires et celle des biens
réalisée individuellement pour les 100 000
d’équipements.
plus grosses entreprises, soit environ 80 %
du poids économique de l’ensemble des
entreprises.
Des groupes étrangers Sources
très présents
Définitions
dans l’industrie Cette étude porte sur l’exercice 1999. Elle
exclut les secteurs de l’agriculture, sylvicul-
Bien que présentes dans tous les sec- Tête de groupe : entreprise qui contrôleture et pêche, les activités immobilières, les
au moins une autre et qui n’estactivités financières (qui disposent d’unteurs, les filiales de groupes étrangers
elle-même contrôlée par aucune autre en-plan comptable spécifique) ainsi que l’in-n’y ont pas partout le même poids (gra-
treprise.dustrie du tabac.
phique 5). Dans l’industrie des biens
Le contrôle est défini par la détention deLes marchés de cotation considérés sont,
intermédiaires et dans celle des biens plus de 50 % des droits de vote en as-à Paris, les premier, second et nouveau
d’équipement, 30 % des entreprises semblée d’actionnaires.marchés. Ne sont pas pris en compte les
INSEE - 18, BD ADOLPHE PINARD - PARIS CEDEX 14 - TÉL. : 33 (1) 41 17 50 50
INSEE
PREMIEREGroupe français (étranger) : groupe d’en- Agrégation de variables et comptes ments de dividendes intra-groupe). Il existe
treprises dont la tête est une entreprise consolidés : certaines variables peuvent plusieurs méthodes de consolidation.
française (étrangère). être agrégées sans risque de double compte.
Par exemple, les effectifs, la valeur ajoutée Bibliographie
Microgroupe : groupe d’entreprises dont ou encore les capitaux immobilisés. Les ré-
l’effectif total, en France, est inférieur à 500 sultats présentés ici ont été calculés par
salariés. Beaucoup de microgroupes étran- agrégation.
gers font en fait partie d’un groupe dont l’ef- Pour d’autres variables, l’agrégation est Les entreprises françaises des groupes
fectif total, à l’étranger et en France, est moins satisfaisante, car elle n’élimine pas vues à travers les enquêtes Liaisons finan-
très supérieur à 500 salariés. les flux intra-groupe. En particulier, le cières de 1980 à 1999, Nicole Chabanas,
compte de résultat (respectivement le bilan) document de travail, Insee, 2002.
PME (petite et moyenne entreprise) :en- doit être consolidé pour retracer l’ensemble « Des groupes de la taille d’une PME - Un
treprise dont l’effectif est compris entre 20 des flux financiers des ac- phénomène en plein essor », Insee pre-
et 499 salariés. tifs et passifs) entre le groupe vu comme mière, n° 764, mars 2001.
une seule entité et les acteurs économi- Images économiques des entreprises au
er
Holding : société sans activité productive ques à l’extérieur du groupe. De façon 1 janvier 2000, Insee Résultats,
significative et dont les activités sont liées schématique, les comptes consolidés re- n°764-771, novembre 2001.
à la possession ou au contrôle du capital présentent pour le groupe d’entreprises Répertoire des Entreprises Contrôlées Majo-
social d’autres entreprises. Les holdings l’analogue des comptes sociaux pour une ritairement par l’État (Recme), Insee Résul-
sont classées dans les Services aux entre- seule entreprise. À la différence des comp- tats, n° 772, novembre 2001.
prises. tes sociaux des entreprises du groupe, ils « Les groupes en Picardie : très forte pré-
ne reprennent pas les opérations internes sence étrangère et faible autonomie de dé-
Secteur public : ensemble des entreprises con- au groupe (ventes ou achats intra-groupe, cision », B. Million, Insee Picardie Relais,
trôlées, directement ou indirectement, par l’État. créances ou dettes intra-groupe, verse- n°100, 2001.
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