Bilan économique 2003 : Croissance faible, reprise au milieu de l'année.

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Sur l'ensemble de l'année 2003, la croissance économique a été modérée à La Réunion. Malgré la forte revalorisation du SMIC, la dynamique des revenus s'est essoufflée, entraînant un fléchissement de la consommation. Dans ce contexte défavorable, les entreprises ont différé leur effort d'investissement et ralenti leur production. Elles ont ainsi perdu des parts de marchés au profit des produits importés. L'emploi a été sensiblement affecté par cette inflexion et le taux de chômage a remonté pour atteindre 32,9 % au milieu du deuxième trimestre. Après deux ans d'atonie, l'activité s'est cependant progressivement redressée à partir de la mi-2003.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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dossier Le bilan économique 2003
Croissance faible mais
ur l’ensemble de l’année 2003, la Essoufflement des
croissance économique a été
revenus salariauxSmodérée. Malgré la forte revalo-
risation du SMIC, la dynamique des
Depuis la fin de 2001, la morosité éco-
revenus s’est essoufflée, entraînant un
nomique s’est traduite par un ralentisse-fléchissement de la consommation. Dans
ment de l’emploi et une inflexion sen-ce contexte défavorable, les entrepri-
sible des revenus salariaux versés aux
ses ont différé leur effort d’investisse-
ménages. Ainsi, la masse salariale des
ment et ralenti leur production. Elles
branches marchandes non agricoles est
ont ainsi perdu des parts de marchés
passée d’un rythme de croissance annua-au profit des produits importés.
lisé proche de 10 % au début de 2000 àSources et méthode L’emploi a été sensiblement affecté par
environ5%àla mi-2003. Ce mouve-
cette inflexion et le taux de chômage a
ment d’ensemble recouvre des disparités“Quand on la volonté de chercher, il remonté pour atteindre 32,9 % au
sectorielles. Les rémunérations dansest bon d’avoir une méthode, mais on milieu du deuxième trimestre. Après
l’industrie ont fléchi plus tôt et plus bru-peut aussi trouver sans méthode, et deux ans d’atonie, l’activité s’est2 talement que dans les autres secteurs.même sans chercher» cependant progressivement redressée
Bertolt Brecht, 1935. Leur progression, très modérée en 2002,
à partir de la mi-2003.
reste faible sur l’ensemble de l’année
Ce bilan propose une vision synthétique En 2003, la dynamique économique de 2003. Dans les services et le commerce,
de l’économie réunionnaise en 2003, La Réunion n’a pas échappé à la morosi- les rémunérations sont restées dynami-
à partir de l’ensemble de l’information té nationale. De fait, depuis la fin des ques jusqu’au deuxième semestre de
disponible à ce jour. L’objectif est années quatre-vingt-dix et le rattrapage 2002 avant de freiner fortement au cours
d’établir un diagnostic macro-
des minima sociaux, l’évolution de la de 2003. Enfin, le secteur de la construc-économique cohérent s’appuyant sur
demande intérieure est semblable à celle tion présente des évolutions atypiques.des indicateurs conjoncturels
de la France métropolitaine. Au-delà de Les salaires versés ont ralenti au coursquantitatifs et sur l’appréciation de
ses spécificités socio-économiques incon- de 2001 mais ont nettement rebondi dèsleur environnement par les principaux3
acteurs économiques de l’île. A ce testables, les évolutions conjoncturelles à la mi-2002, dopés par les travaux de
stade, l’information disponible ne La Réunion semblent désormais globale- reconstruction consécutifs au cyclone
permet toutefois pas, à l’instar des ment analogues à celles observées en Dina. En 2003, le BTP n’a pas échappé
comptes économiques, une mesure France, tant par leurs déterminants que au mouvement général d’inflexion des
précise des divers flux économiques,
par leur chronologie. Ainsi, après une rémunérations.
et notamment du Produit Intérieur
année 2002 déprimée, la croissance estBrut. Cette modération des revenus du secteurrestée faible en 2003, et ce malgré un
Les données URSSAF, traitées par privé s’est accompagnée d’une décéléra-léger redressement au deuxième semestre.
l’INSEE dans son application EPURE, tion de la masse salariale versée aux
constituent une source d’information agents de l’Etat (+ 2,2 % après + 3,3 % en
essentielle pour l’analyse Masse salariale versée dans 2002). Ce mouvement a pu être amplifié
conjoncturelle à La Réunion. Elles le secteur marchand4 par les premiers effets de la suppressionpermettent en effet une évaluation des
de la prime d’éloignement. En revanche,évolutions trimestrielles de l’emploi et
les revenus salariaux ont été vigoureuse-de la masse salariale dans le secteur
ment stimulés en fin d’année, essentiel-marchand non agricole, et ce à peine
six mois après la fin du trimestre lement en raison de la forte revalorisa-
considéré. tion du SMIC (+ 5,3 %) à partir de juillet
2003. Cette revalorisation résulte de laLes prestations sociales sont une autre
composante importante du revenu des loi dite “Fillon” définissant la conver-
ménages, qui sont estimées à partir gence en trois ans des différentes garan-
des statistiques de la Caisse ties mensuelles nées de la réduction du
d’allocations familiales (RMI, temps de travail.
5 prestations familiales, allocations
logement…) et de l’ASSEDIC
Le RMI ne dope plus les(allocations chômage).
Enfin, les données du commerce prestations sociales
extérieur sont une source
d’information précieuse, bien sûr pour Source : Urssaf, Insee, Epure. Les revenus sociaux ont sensiblement
l’appréciation des échanges ralenti en 2003. Cette décélération estFreinée au milieu de l’année 2003commerciaux, mais aussi pour
la masse salariale du secteur mar- principalement imputable au RMI, dopél’évaluation de certains postes de
chand repart à la hausse au 4e tri- en 2001 et 2002 par l’alignement avec leconsommation et d’investissement. mestre. niveau métropolitain. Ainsi, après deux
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DE LAREUNIONdossier
reprise au milieu de l’année
terme à des niveaux historiquement bas,années de progression de près de 20 %, Taux de chômage au sens du BIT
cette épargne s’est traduite par unele RMI n’a augmenté que de 3,0 % en
poussée d’investissement en logement.2003, au même rythme que le nombre de
L’ensemble des indicateurs conjonctu-bénéficiaires. Le montant des allocations
rels disponibles confirme cet engoue-versées au titre du RMI a atteint 322,4
ment. Le nombre de logements neufsmillions d’euros en 2003. La croissance
visés par le Consuel a augmenté dedes prestations familiales et sociales a
16,7%;la mise en chantier de loge-également diminué (+ 4,4 % après
ments sociaux (2 931 logements) s’est+ 5,8 % en 2002), notamment dans le
domaine des aides au logement, stimu- nettement reprise (+ 18 % par rapport à
2002) ainsi que les ventes de cimentlées en 2002 par une hausse sensible du
(+ 9,0 %). Par ailleurs, les encours debarème. En revanche, les allocations
crédits à l’habitat maintiennent un rythmechômage sont restées très dynamiques
Source : Insee, enquête emploi. de croissance proche de 10 %. Au total,(+ 11,0% après + 8,8 %), malgré la baisse
la a encore fortement bénéfi-de 1,2 % du nombre d’allocataires. Cette
Au 2e trimestre 2003 l’enquête
cié en 2003 de la vigueur de l’investisse-vigueur résulte de l’application du plan emploi révèle une hausse du chô- 2ment des ménages.d’aide au retour à l’emploi (PARE) mage.
depuis le second semestre de 2001. Ce
dispositif supprime la dégressivité des ces achats ont été limités sur l’ensemble Attentisme des entreprises
prestations en contrepartie d’un certain de l’année, loin de ceux de 2001, dernier
nombre d’engagements des allocataires. salon de l’automobile. Néanmoins, la Le ralentissement du revenu des ména-
bonne tenue des immatriculations enre- ges a assombri les perspectives desEnfin, les revenus des ménages ont béné- gistrées au début de 2004 (7 800 voitures entreprises réunionnaises, les incitant àficié en 2003 d’une augmentation de la particulières neuves de janvier à avril) différer leurs investissements productifs.
prime pour l’emploi ainsi que de nouvel- atteste du raffermissement actuel du Les biens d’équipement, majoritairementles baisses d’impôts, d’ampleur toutefois marché de l’automobile. Par ailleurs, les importés, représentent le premier postetrès inférieure à celles de 2002. Par ail- dépenses en biens de consommation, 3d’investissement productif des entrepri-leurs, leur pouvoir d’achat a profité de la satisfaites pour près des deux tiers par ses (et le deuxième poste d’investisse-
sagesse des prix qui ne s’accroissent que des produits importés, ont été peu dyna- ment total après la construction). Or, le
de 1,1 %, l’une des plus faibles progres- miques en 2003. En effet, les importa- bond des importations en biens d’équipe-sions depuis la fin des années soixante. tions en biens de consommation n’ont ment en 2003 (+ 46,2 %) s’explique qua-Ce ralentissement des prix traduit moins progressé que de 2,5 %, très loin du si-exclusivement par des achats aéronau-
une tendance profonde à la désinflation rythme enregistré en 2002 (+ 11,2 %). tiques exceptionnels et non par la vigueur
qu’une correction après une année 2002 Cette modération est sensible dans les globale de l’investissement. Par ailleurs,marquée par des évènements exception- biens d’équipement du foyer tandis que l’investissement en véhicules utilitaires etnels. En effet, les prix des produits ali- la consommation en produits pharma- industriels s’est certes redressé (+ 5,2 %),mentaires ont opéré en 2003 un retour à ceutiques est restée très vigoureuse. notamment en liaison avec le salon de
la normale après une flambée en 2002, 4l’automobile, mais il retrouve à peine leconsécutive au cyclone Dina. Néan- Reste que la consommation des ménages
niveau de 2001. Enfin, les prévisionsmoins, cette modération des prix a eu en services a fortement progressé au
d’investissement, retracées par les enquê-des effets favorables sur le pouvoir cours des dernières années. Si l’on ne
tes de conjoncture, ne révèlent pas
d’achat des ménages, compensant par- dispose pas d’indicateurs directs permet-
d’amélioration sensible en fin d’année
tiellement l’essoufflement de leurs reve- tant d’approcher ce type de dépenses,
2003. Néanmoins, les crédits d’équipe-nus. celles-ci semblent néanmoins encore
ment, déprimés depuis 2001, se sont net-bien orientées en 2003. Les dépenses en
tement redressés en cours d’année 2003.
logement, qui représentent près de 20 %
Inflexion de la Leur progression n’atteint toutefois pas
du total, sont ainsi restées dynamiques,
les rythmes enregistrés en 1999 et 2000.consommation reflétant la progression continue du prix
des loyers. Cette morosité a également conduit les 5
Dans ce contexte de ralentissement des entreprises à ralentir leur activité. Les
revenus, la des ménages, enquêtes de conjoncture attestent de cetteVigueur de l’investissement
socle de la croissance, a également fléchi inflexion jusqu’à la mi-2003. Ce constat
des ménagesen 2003. Certes, les achats d’automobi- d’ensemble recouvre néanmoins des
les se sont légèrement redressés à la situations contrastées. Les entreprises de
faveur du salon auto-moto (+ 2,3 % après La dégradation du marché du travail a pu construction ont continué de bénéficier
- 9,8 % en 2002), entraînant un redresse- entamer la confiance des ménages, les d’une forte demande, essentiellement de
ment des crédits à la consommation incitant à une épargne de précaution. la part des ménages tandis que les tra-
(+ 8,5 % après + 4,8 % en 2002). Mais, Dans un contexte de taux d’intérêt à long vaux publics restaient modérés. Les
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que de 5,1 %. Les importations de pro- mation, a vu ses effectifs légèrement dimi-conditions météorologiques défavora-
bles en avril et mai ont pu peser ponc- duits pharmaceutiques mais également de nuer en 2003, et ce malgré une consom-
tuellement sur l’activité du secteur. Le matériels électroniques ont été particuliè- mation encore haussière. En revanche,
commerce a nettement ralenti dès le rement dynamiques. A l’inverse, la stabi- l’emploi dans l’industrie agroalimentaire,
lisation du prix du pétrole et la baisse du stable depuis deux ans, s’est repris endébut de 2002 et n’a que modérément
dollar face à l’euro ont eu un effet béné- cours d’année.progressé au cours de 2003, en liaison
avec le fléchissement de la consomma- fique sur le coût des produits pétroliers.
Les effectifs du commerce ont été affec-tion. Les services se sont nettement
La progression des exportations est éga- tés par le fléchissement de la consomma-redressés après une année 2002 particu-
lement marquée (+ 8,3 %), faisant suite à tion. Néanmoins, ils ont rebondi en
lièrement dégradée. Ils ont notamment
deux années d’atonie. Les ventes de milieu d’année et progressé de 2,8 % surbénéficié du léger accroissement de la
sucre brut ont été particulièrement soute- l’ensemble de 2003, permettant la créa-fréquentation touristique (+ 1,4 %, soit
nues, ainsi que les exportations d’automo- tion de 700 nouveaux emplois en432 000 touristes), après deux années
moyenne sur l’année.biles vers la zone Océan Indien (Maurice,de stagnation. La Réunion a probable-
Madagascar et Mayotte). Au total, lement figuré parmi les destinations refu- Dans le secteur de la construction, lesdéficit commercial de la Réunion ages des métropolitains en cette période créations d’emplois ont redémarré dès ledépassé pour la première fois 3 milliardsde troubles géopolitiques ou sanitaires. début de 2003. Grâce à une fin d’annéed’euros en 2003 et a été multiplié parLes dépenses des touristes, principale- particulièrement dynamique, l’emploi dansdeux en dix ans.
ment dirigées vers les services, se sont le BTP a progressé de 4,4 % en moyenne
accrues de 3,1 %, reflétant une hausse en 2003, soit près de 500 nouveaux pos-
sensible des prix dans l’hôtellerie et la La dynamique de l’emploi tes.
restauration (+ 2,6 %).2 affaiblie
Enfin, les services, qui représentent la
L’industrie, branche la plus exposée à la moitié de l’effectif salarié marchand non
Le ralentissement de l’activité s’est tra-concurrence internationale, est égale- agricole, sont restés les principaux pour-
duit, avec un décalage traditionnel, parment la plus touchée par le ralentisse- voyeurs d’emplois en 2003. Néanmoins,
un affaiblissement sensible de la dyna-ment conjoncturel mondial. L’activité, la création dans les services a
mique de l’emploi. Ainsi, l’emploi dansen contraction depuis la mi-2001, s’est nettement ralenti, avec une augmentation
le secteur marchand non agricole a pro-stabilisée au cours de l’année 2003. des effectifs moyens de seulement 1 200
gressé de 2,8 % sur l’ensemble deL’industrie a été affectée par l’essouf- postes. Cette inflexion est principalement
l’année, après 3,3 % en 2002 et 6,5 % enflement de la demande intérieure. De imputable aux services aux particuliers
2001. Cette croissance a permis la créa-plus, des facteurs aggravants ont limité dont l’effectif salarié est stable après une
tion d’environ 2 500 emplois ensa progression. Elle a en effet été con- croissance de 6,2 % en 2002. En3 moyenne sur l’année. Le taux de chô-frontée au vif renchérissement de ses revanche, le dynamisme de l’emploi dans
mage au sens du BIT a donc augmenté enintrants, le coût du fret ayant été dopé les services aux entreprises s’est mainte-
2003 pour la première fois depuis 1998,par la forte demande asiatique. Par ail- nu avec une progression de 5,2 %, soit
pour atteindre 32,9 % au milieu duleurs, elle a subi les effets dépressifs plus de 700 nouveaux postes.
deuxième trimestre, comme l’indiquedes grèves du mois de mai, notamment
l’enquête emploi de l’INSEE. La sensibilité de l’économie réunionnaisedu personnel de la Chambre de Com-
aux inflexions de la conjoncture interna-merce et de l’Industrie ou des cantines Ce constat sur l’ensemble de l’année tionale s’est accrue au cours des derniè-scolaires. En revanche, l’industrie 2003 doit néanmoins être relativisé. En
res années. Ainsi, après une année 2002sucrière a bénéficié d’une bonne cam- effet, la dynamique de l’emploi mar-
particulièrement déprimée, la croissancepagne 2003, la production atteignant chand a atteint un point bas au début de
économique a été faible à La Réunion210 000 tonnes, soit une progression de4 2003. Son rythme de croissance annuali- comme en métropole. Cependant si une8%. sé est ainsi passé de plus de8%au début
reprise progressive s’est conjointement
de 2000 à environ1%au premier tri-
amorcée en cours d’année, son origine
mestre de 2003. Puis, l’emploi s’est pro-Accroissement du déficit est spécifique à La Réunion. En effet, ce
gressivement redressé pour atteindre uncommercial léger redressement est essentiellement la
rythme supérieurà4%enfin d’année. conséquence d’une amélioration des
L’opinion des entrepreneurs, recueilli dans
perspectives des entreprises réunionnai-Avec une croissance de 10,5 %, les les enquêtes de conjoncture, atteste de
ses alors qu’en France, il résulte duimportations ont été très dynamiques en cette embellie en cours d’année. Par ail-
rebond des exportations, stimulées par2003. D’une part, la demande inté- leurs, la situation de l’emploi, traduisant une demande étrangère plus vigoureuse.rieure, confrontée à ce ralentissement celle de l’activité, présente des disparités
L’activité économique à La Réunion,5 de la production industrielle locale s’est sectorielles.
encore fragile en 2003, pourrait accélérerportée plus largement sur les produits
au cours de 2004, profitant notammentimportés. Mais, cette progression, l’une L’emploi industriel a été le plus sévère-
des effets favorables sur l’emploi de lades plus fortes depuis dix ans, reflète ment touché par la dégradation conjonc-
loi d’initiative économique ou encore dusurtout la poussée d’importations en turelle. Après une année 2002 particuliè-
démarrage des travaux de construction debiens d’équipement, liée à la livraison rement sombre au cours de laquelle 350
la route des tamarins.exceptionnelle de deux avions gros por- postes ont été détruits, l’effectif annuel
teurs. Par ailleurs, elle inclut des effets- moyen dans l’industrie n’a que très
Alexandre GAUTIER
prix particulièrement marqués. Ainsi, modérément progressé en 2003. En parti-
les quantités importées ne progressent culier, l’industrie des biens de consom-
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