Commerce électronique : ce que disent les chiffres et ce qu'il faudrait savoir

De
Publié par

Le recensement des études quantitatives sur le commerce électronique et ses effets débouche sur un constat d'importantes lacunes dans la connaissance des mutations en cours. La nouveauté de certaines applications liées à Internet et la rapidité des évolutions ne sont pas seules en cause. La focalisation sur le mythe de la réalisation d'un marché parfait sur les réseaux numériques - et, partant, sur la commande en ligne - explique plusieurs limites dans l'appréhension et la mesure du phénomène. Or, trois phénomènes majeurs doivent être soulignés. D'abord, le commerce électronique ne procède pas de l'Internet. Il s'est développé à partir d'autres technologies et plusieurs de ses formes continueront de reposer sur d'autres réseaux que l'Internet. Ensuite, de nombreux systèmes électroniques ne sont pas destinés à prendre en charge l'intégralité des opérations composant une transaction. Les réseaux numériques sont l'un des canaux par lesquels certaines opérations commerciales sont réalisées en conjonction avec le recours à d'autres canaux. En fonction des opérations prises en charge, différents types de commerce électronique aux effets contrastés se développent. Enfin, dans de très nombreuses situations, les réseaux numériques sont utilisés pour différencier les services et discriminer les consommateurs, plus que pour construire des marchés plus transparents. Les observatoires du commerce électronique gagneraient donc à mettre au point des évaluations plus fines des usages concernés par l'électronisation et des logiques des systèmes mis en place. Ces évaluations renseigneraient sur les modalités contrastées d'électronisation du commerce dans les différentes composantes de l'économie.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
Lecture(s) : 63
Nombre de pages : 24
Voir plus Voir moins
age147
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/10
*Éric Brousseau est professeur à l'Université de Paris X, Forum & Atom.Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
147
Le recensement des études quantitatives sur le commerce électronique et ses effetsdébouche sur un constat d'importantes lacunes dans la connaissance des mutationsen cours. La nouveauté de certaines applications liées à Internet et la rapidité desévolutions ne sont pas seules en cause. La focalisation sur le mythe de la réalisation d'unmarché parfait sur les réseaux numériques – et, partant, sur la commande en ligne –explique plusieurs limites dans l'appréhension et la mesure du phénomène.Or, trois phénomènes majeurs doivent être soulignés. D'abord, le commerce élec-tronique ne procède pas de l'Internet. Il s'est développé à partir d'autres technologies etplusieurs de ses formes continueront de reposer sur d'autres réseaux que l'Internet.Ensuite, de nombreux systèmes électroniques ne sont pas destinés à prendre en chargel'intégralité des opérations composant une transaction. Les réseaux numériques sont l'undes canaux par lesquels certaines opérations commerciales sont réalisées en conjonctionavec le recours à d'autres canaux. En fonction des opérations prises en charge, différentstypes de commerce électronique aux effets contrastés se développent. Enfin, dans detrès nombreuses situations, les réseaux numériques sont utilisés pour différencier lesservices et discriminer les consommateurs, plus que pour construire des marchés plustransparents.Les observatoires du commerce électronique gagneraient donc à mettre au point desévaluations plus fines des usages concernés par l'électronisation et des logiques dessystèmes mis en place. Ces évaluations renseigneraient sur les modalités contrastéesd'électronisation du commerce dans les différentes composantes de l'économie.
Commerce électronique :ce que disent les chiffreset ce qu'il faudrait savoirÉric Brousseau*
COMMERCE
/50210315:8PCo-ermmce/004-741071
148
48
Tableau 1Comparaison des principales estimations du commerceélectronique aux États-UnisEn millions de $2000-2002117 000165 00065 0001 522 000217 900144 00010 000262 00045 00023 200327 000375 000154 500
SourceIDCINPUTVeriFoneActivMediaData AnalysisYankeeE-landEITOAEA/AUHambrecht & QuestForresterMorgan StanleyMoyenneSource : OCDE, 2000b.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/10
1995-19971 0007035024 4002 8008504504752001 1708 000600725
Pa1ge1185:350/4002/
Lseiacsomnetradsetsedeésctidferaurpspasunrtleantmrepleluerntehtolue-sdC'eaffdaeirrensiedruees-tciommemqeur'ceenal'raenpr2é0s0e0ntléeecnhviifrfornepromesses de lanouvelle économie, en général, 0,7 % du commerce de détail (alors mêmeet du commerce électronique, en particulier, et que les États-Unis sont de loin le pays où lela pénurie de chiffres fiables en attestant la commerce est le plus « électronisé »).réalité. Hormis la publication pour la premièrefois durant l'année 2000 de statistiques sée urpubliquessurlepoidsdelaventeenlignedans«Qeunetlrleerq»uedasnositlelsacmhiéftfhrodeourttilaintsuprolelecommercededétailaméricain(USCensuscommerceélectronique,oneasboputitauconstatBureau of the Department of Commerce, que l'ensemble du discours, des stratégies2000), la très grande majorité des chiffres qui d'investissement et des politiques publiques lecirculent sur le commerce électronique, y concernant repose sur des données douteuses.compris ceux qui sont repris dans les rapports Les organismes les produisant ne les défendentofficiels, sont produits par des organismes d'ailleurs reconnaissentprivés de conseil et de marketing – notam- que très mollement. Ilsment International Data Corporation (IDC),le Gartner Group, KPMG, Forrester Research,Jupiter Communication, Accenture, etc –1. De nombreuses estimations ont d'ailleurs été revues à la baisse.selon des méthodologies peu transparentes.ouneseesoantmépraicsaivnérnifoiétaes.Puaerleesxeemstpilme,atlieonDsédpuarvteolmuemnetdduuC'est là que le bât blesse car les chiffres dispo-cCoommmmeerrccededétailétablieitsqen1999pour1998établissaientnibles sont très majoritairement des pré-ucnelelefoduerc4hetàte1d4em7illiàar1d5smeislltiiamrdésedeen$,20q0u0'ilpfaouutrc1o99m9p,araeirnsàivisions (1), plutôt que des évaluations, et sontqu'aux 5,3 milliards de $ mesurés par ses propres services. Sipeu compatibles entre eux (2).lo'enxspeérfiieenàcececsoncdhiuffitreàs,rl'éevxispleorsiàonlaanbnaiosnsceéelens'aepstaismaetuiolinesudeutvolume des ventes en ligne.Pour prendre l'un des exemples les plus fla-2. La Mission pour le Commerce Électronique soulignait éga-grants, l'OCDE (2000b) note que les esti-l1e5mmeinlltiaqrdusedleesdoélvlaluationsduCommetrzceB2Cvariaitde3àmations pour les années 1995-1997 varient deCommissariatGénaérrsalpdouurPl1a9n9s8u(rLloerseinmp,a1ct9s98d)e.sLteecrahpnpoloortgideus70 millions à 24 milliards de $ selon les cabinetsde l'information soulignait des divergences encore plus impor-(cf. tableau 1). Ces mêmes cabinets prévoyaient(taDnatnegs,Nd'eGul'yoernd,r1e99d9e).1Laàp1r0éceisnitornedeestsimeasttiiomnastiocnosncnureresn'teessten moyenne (estimations menées de 1995 àrgaupèproerta2m0é0li0oréerdl'aÉncsolneosmdieeuNxudmeérrniiqèuree,sleannDééepsa.rtDeamnesntsodnu1998) que le commerce électronique représen-Commerceamséuricainnotequelesestimationsprivéespourleterait en 2001-2002 5 % des ventes de détail,B2C varient fortement (cf. note 1) . Il en va de même pource qui semble totalement incompatible aveclveariceonmtmeenrtcree6e3nt4reetpr2of3e0s0siomninllielasrd(sB2dBe)$dopnotulrels'aensntiémeat2i0on0s3les chiffres du Département du Commerce.(US DoC, 2000).
e0mercCom70-741-1
147-170-Co01:513P8eagremmec0/4002/5
Nombre de PCPour 100 habitantsHôtes InternetPour 100 habitantsInternautesPour 100 habitantsTéléphones mobilesPour 100 habitants* Chiffres 1997.Source : Eurostat 2000.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/10
Tableau 2L'évolution de l'infrastructure du commerce électronique 1995-1999
En millions d’unitésFrance UE 15 États-Unis Japon1995 1999 1995 1999 1995 1999 1995 19997,8 13,0 56,2 93,2 86,3 141,0 15,1 36,313 22 15 25 33 52 12 290,15 0,6 1,8 8,5 6,0 53,1 0,26 2,60,3 1,0 0,5 2,3 2,3 19,6 0,2 2,11,0* 5,6 19,3* 55,9 40,0* 110,0 11,5* 18,31,7* 9,6 5,2* 14,9 15* 40,5 9,3* 14,51,0 21,4 21,1 146,5 33,7 86,0 1,7 56,81,8 36,3 5,7 39,1 12,9 31,7 9,3 45,0
419
que leurs définitions du e-commerce et deses catégories, leurs techniques d'estimation,leurs échantillonnages, etc. diffèrent, posentproblème et sont biaisées. Leur ligne de défensetient pour l'essentiel à souligner qu'il importesurtout de saisir les tendances, en l'occurrencela forte croissance. On rétorquera que les tauxde croissance estimés divergent fortementd'un organisme à l'autre. À titre d'illustration,les évaluations de l'évolution du e-commercebritannique font apparaître des différentielsde taux annuels de croissance qui varient dusimple au double – entre 67 % (Optimédia) et116 % (NOP) –, donc à des résultats variantdans une fourchette de 1 à 14 au bout de10 ans (Cric, 1999). Les différents cabinetsn'estiment donc pas qu'on se situe dans lamême phase de la logistique de diffusion(puisqu'il s'agit de technologies de réseau,cf. Curien, 2000) et l'on peut sérieusements'interroger sur leur capacité à rendre comptene serait-ce que des tendances.Un phénomène multiformeen évolution rapide'Lterxopulviecra.tiEolnledtieenctespoluirmli'teessseensttieflaàcitlreoiàsphénomènes qui s'entrecroisent. D'abord, ona affaire à des phénomènes qui évoluent trèsvite tant en quantité (cf. tableau 2) qu’enqualité. Selon l'Union Internationale desTélécommunications, le nombre d'internautes
149
dans la zone Union européenne/États-Unis-Japon est passé de 70 à 174 millions entre 1997et 1999 (Eurostat, 2001) (3). Selon l’US Docon Department of Commerce (1999), le traficInternet double tous les 100 jours. Le nombrede serveurs sécurisés (particulièrement utilespour le e-commerce) a crû de 95 % entre avril1999 et avril 2000 dans la zone OCDE(OCDE, 2000a).À cette croissance exponentielle des volumescorrespond une rapide diversification desusages. La multiplication du nombre de sitesInternet en atteste : de 26 000 en 1993 à 5 mil-lions en 1999 (US DoC, 1999). Même s'il y ades redondances, la palette des services offertsest beaucoup plus large aujourd'hui qu'il y aquelques années. Dans le cas du commerce enligne, cette évolution est patente. Lucking-Reiley et Spulber (2000) recensent l'ensembledes plates-formes de marché : sur une cinquan-taine, plus de 75 % sont âgées de moins de troisans. Dans le domaine du B2C(Business toConsumers), le grand public constate (au moinsà travers la presse) l'explosion de l'offre deservices, qu'il s'agisse de formes plus ou moinssophistiquées de vente à distance dans tousles domaines, ou de sites plus novateurs pro-posant de nouvelles fonctionnalités : enchères,agrégation de demandes individuelles, jeux enréseau, etc.3. On estime qu'ils étaient environ 3 millions dans le monde en1993 (US DoC, 1999).
:58Pag200113
Le « mythe » de la commande en ligneEnfin, troisième phénomène, la divergenceentre évaluations du commerce électronique
découle pour une large part de l'incertitudesur ce qu'il est et permet. Comme le souligneà juste titre Rallet (2000), la plupart desévaluations sont fondées sur le « mythe » dela commande en ligne. On pourrait mêmeajouter qu'il s'agit de la commande en lignesur Internet. Cela résulte d'une perceptionbiaisée de ce que les TIC apportent à la réali-sation des échanges marchands et d'une visionnaïve des propriétés du réseau Internet. Enfait, beaucoup de leaders d'opinion, de techno-logues, de citoyens ont plus ou moins expli-citement en tête l'idée qu'Internet peut consti-tuer une place de marché globale et virtuelleliant directement l'offre à la demande et fonc-tionnant de manière quasi-walrasienne (5).En sus, la virtualité dumarché électroniquepermettrait de réaliser des économies de coûtsde transaction phénoménaux.Au nom de ce mythe, de nombreux travaux surle commerce électronique ignorent toutes lesformes de commerce qui, bien qu'elles utilisentles médias électroniques, n'utilisent pas Internet.Or, fonctionnellement, utiliser le mail plutôtque le téléphone ou le fax pour passer unecommande n'est pas très différent. De lamême manière, la consultation d'un cataloguesur un siteWebdiffère peu de l'opérationconsistant à consulter un équivalent sur unsystème vidéotex (comme le Minitel) oumême par téléphone (par exemple, lors de laréservation d'un billet d'avion). Enfin, réaliserde l'Échange de Documents Informatisés(EDI) en utilisant Internet(WebEDI)plutôtque des réseaux spécialisés ne change rienau fait que l'EDI concerne surtout la gestionex postde la transaction, plutôt que la gestionex antede celle-ci (cf.infra). D'une manièreplus générale, cette exclusion du commercehors internet ignore la diversité des usages. Laplupart des sites de commerce électronique nesont pas des dispositifs d'enchères anonymes.Ils sont moins utilisés pour créer des marchéstransparents et désintermédiés que pour mettreen œuvre de nouvelles formes de discrimi-nation et d'intermédiation.4. Dans le cas du e-commerce, ces manipulations de la demande ontété renforcées par celles qui visaient les marchés finan ciers dans lecadre du gonflement de la bulle spéculative autour des projetsfondés sur l'Internet durant les années 1998-1999.5. Unmarché walrasienest un mécanisme permettant de cen-traliser l'ensemble des offres et des demandes des agents impli-qués dans l'économie, de manière à parvenir à fixer des prixd'équilibre. Si l’Internet permettait de rendre négligeable lescoûts de recherche d'information, et les ordinateurs ceux detraitement de l'information, alors chaque agent pourrait disposerd'une information exhaustive sur l'ensemble des opportunités etdes conditions d'échanges dans l'économie, ce qui équivaut àconnaître le vecteur des prix d'équilibre (s'il existe).
Dans un tel contexte, produire des nomen-clatures stables et construire des séries statis-tiques est difficile, de même que s'accorder surdes méthodes de mesure « normalisées ».Cette difficulté n'est pas propre au commerceélectronique. Elle concerne l'ensemble desTechnologies de l’Information et de la Com-munication (TIC) et leurs usages, comme lesouligne un rapport du Commissariat Généraldu Plan (Brousseau et Rallet, 1999).Y comprisau sein des entreprises, l'évaluation des coûtsréels (c’est-à-dire intégrant la formation dupersonnel, la maintenance, les coûts organisa-tionnels, etc.) et des conséquences (en termesd'emploi, de productivité, de compétitivité,etc.) des investissements dans ces technologiesest problématique tant elles sont évolutives,diffusées dans l'ensemble des activités, sujettes àde multiples circuits de décision, tributaires demesures d'accompagnements, etc. Y comprisau plan microéconomique, générer des donnéesfiables est donc difficile.Deuxième phénomène à l’œuvre, les comporte-ments stratégiques en matière de révélation etde diffusion d'information sont particuliè-rement marqués. On a affaire à des marchés etusages émergents dans un contexte de concur-rence technologique. Les offreurs de services enligne ou des technologies qui leur servent desupport ont conscience des propriétés d'uneéconomie marquée par de forts rendementscroissants d'adoption et des externalités deréseaux (David, 1985 ; Katz et Shapiro, 1985 ;Arthur, 1989 ; Cowan, 1990 ; Varian et Shapiro,1999).Il est essentiel de convaincre les adopteurs(ou abonnés) potentiels que leurs produits ouservices deviendront le « standard » de l'indus-trie ou la « place centrale » de marché. Ils ontdonc inévitablement intérêt à exagérer les infor-mations qu'ils diffusent sur leurs parts de mar-ché réelles ou espérées. Par ailleurs, les adop-teurs potentiels sont particulièrement sensiblesaux « prévisions » et croyances (4). À l'instar dece qui s'est passé dans d'autres domaines d'ap-pli-cation des TIC (Brousseau et Rallet, 1999),l'incertitude sur les impacts des nouveaux usagesassociée à l'existence (réelle ou supposée) defortes économies d'apprentissage provoque lacrainte permanente d'un « décrochage » par rap-port à la concurrence, à l'origine de comporte-ments mimétiques d'adoption.
e510
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/10
150
-0177-14/50/40ecremmoC
151
C'est également au nom de ce mythe dumarché virtuel walrasien que la plupart destravaux statistiques se consacrent au repéragede la prise de commande en ligne. Dès lors quel'intégralité de ces transactions ne se passeplus en ligne, l'effet novateur d'Internet estsupposé être moindre.La Toilen'est plus lesupport d'un marché global totalement intégré,mais devient un média additionnel, utilisé parles opérateurs traditionnels pour diffuser dela publicité, « rabattre » la clientèle, fournir demanière moins coûteuse certains services addi-tionnels, gérer de manière plus dynamique descatalogues et des tarifs, etc.On comprend pourquoi tant d'observateurs sesont focalisés sur la question de la prise decommande sur Internet. Cette position estcependant loin d'être justifiée si l'on chercheà appréhender les impacts du recours auxmédias électroniques dans la gestion des tran-sactions marchandes. Or, il s'agit d'un enjeuimportant sur les plans tant macro que micro-économiques. Dans le premier cas, il convientd'évaluer la contribution des TIC aux gains deproductivité en matière de coordination mar-chande. Dans le second cas, il s'agit de fonderles stratégies des opérateurs et d'analyser lesimpacts du e-commerce sur la répartition dusurplus. Distinguer le commerce sur Internetdes autres supports, réserver la notion de com-merce électronique à la prise de commande enligne est au fond peu pertinent quand il s'agitdecomprendre l'électronisation du commerceplutôt que le commerce électroniquepourreprendre l'expression d'A. Rallet (2000).
télévision numérique et les réseaux de télé-phonie cellulaire, représentent égalementd'importants vecteurs de développement ducommerce B2C (cf. encadré 1). Alors qu'envi-ron 8 % des ménages ont accès à l'Internetdans l'Europe des 15 (environ 11 % aux États-Unis), 34 % d'entre eux ont accès à la télé-vision par câble ou satellite (36 % aux États-Unis), tandis qu'environ 1/3 de la populationdispose d'un téléphone mobile et que le télétexest accessible pour environ les 2/3 de la popu-lation de part et d'autre de l'Atlantique (Cric,1999).Dans le cas du B2B, le rôle des réseauxspécialisés de transmission de données estimportant : ils relient depuis longtemps laplupart des grandes et moyennes entrepriseset sont le siège principal des EDI. D'après leSessi, en 1999, alors que seulement 8 % desentreprises industrielles françaises reçoiventdes commandes en ligne sur Internet (même sielles sont environ 24 % à y diffuser de l'infor-mation), elles sont près de 44 % à réaliser deséchanges EDI avec leurs partenaires (36 %),l'administration (15 %) ou entre établisse-ments (14 %). Dans le cas de la France en1999, on estime à 800 milliards de F le volumedes échanges commerciaux via EDI contre7,3 milliards de F de chiffre d'affaires B2B surInternet (Observatoire du Commerce et desÉchanges Électronique, 1999).Enfin, même s'ils basculent progressivementvers Internet, de nombreux marchés d'infor-mation en ligne reposent encore sur des réseauxspécialisés (et sécurisés) de transmission dedonnées (Brousseau et Quélin, 1991 et 1996).L’innovation d’InternetL'innovation – indéniable – d’Internet enmatière de commerce électronique tientessentiellement aux technologies de l'InternetProtocol(TCP/IP, inventé au début des années70) et auWorld Wide Web(WWW, inventé audébut des années 90). L'IP est un protocole decommunication permettant l'interopérabilitéde réseaux hétérogènes. Il fait de l'ensembledes réseaux physiques disponibles à traversle monde, un seul réseau logique.L'administration de ce réseau est, par ailleurs,décentralisée. Elle est assurée par l'ensemblede ses composants en fonction des informa-tions d'adressages que comporte chacun des« paquets » d'information envoyés sur le réseau.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/10
Au-delà d'Internet, des réseauxnumériques complémentaireslutôt qu'unePducommercaeppérloecchtreotneicqhuneo,-dilétecromnivniiesntetd'adopter une démarche en termes d'usage.Peu importe le réseau et la technique qu'onutilise, c'est ce qu'on en fait qui compte.Toute tentative de mesure du commerce élec-tronique doit donc partir de ce point de vue– disons d'une approche en termes de servicesou d'application – plutôt que d'une démarcheen termes de support.Internet est loin d'être le seul vecteur de déve-loppement du commerce électronique. Pour laFrance, le Minitel supporte encore des fluxsignificatifs d'échanges commerciaux (OCDE,1998). Les réseaux câblés ou satellitaires de
115eagPerce040-Comm315:80//502104171-7
50/4002/1185:3-70omCrcme0ePage152
152
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/10
Il est devenu courant d'établir une distinction entreles applications professionnelles du commerce élec-tronique et les applications grand public.• Le B2C pourBusiness to Consumersrenvoie à lavente au grand public de biens et de services quipeuvent être délivrés en ligne ou non.AmazonouDellconstituent les archétypes de ce type de service surleWeb. Mais une grande partie des services Minitelrelève également de cette logique. Les services B2Csont rendus le plus souvent par des intermédiairescommerciaux, qu'ils soient de nouveaux entrantscommeAmazonou des intermédiaires traditionnels,commeCarrefour(Brousseau, 1999).On observe cependant quelques sites où les industrielsvendent directement leurs prestations aux consom-mateurs. Ils ne sont pas nombreux car, d'une part,industriels et prestataires de services n'ont pas toujoursles compétences nécessaires pour vendre leursproduits et gérer leurs clientèles ; d'autre part, ils nesouhaitent pas nécessairement concurrencer lesréseaux commerciaux avec lesquels ils coopèrent pourl'essentiel de leurs volumes d'affaires.• Le B2B pourBusiness to Businessrenvoie aux tran-sactions interentreprises. Il résulte soit d'accords bilaté-raux entre deux partenaires commerciaux qui décidentde s'échanger leurs informations via des médias élec-troniques, soit de services fournis par des prestatairesspécialisés. Ces derniers offrent en général des presta-tions ciblées destinées à un secteur d'activité ou uneindustrie, compte tenu des spécificités de la coordinationdans chaque segment de l'industrie, dans chaque paysou zone économique. Ces prestataires sont la plupart dutemps des émanations d'entreprises des secteurs où ilsinterviennent : filiales des opérateurs majeurs du sec-teur, comme dans le cas du transport aérien ;joint-ven-turesentre les différents intervenants comme dans le casdu secteur de l'assurance automobile en France, etc.Parfois, des prestataires spécialisés dans la fourniturede services de communications « à valeur ajoutée »sont mandatés par des associations professionnellesou des organes de standardisation pour développer desservicesad hoc. Ainsi aux États-Unis,GEIS, filiale deGeneral Electric, a développé dès la fin des années 70des services pour faciliter le courtage entre compa-gnies pétrolières. Moins connus du grand public que lesservices de B2C, les services de B2B sont beaucoupplus anciens et représentent des volumes d'échangesbeaucoup plus importants.Il existe d'autres « classes » de services, apparuesnotamment avec Internet.• Le C2C pourConsumers to Consumersrenvoieaux systèmes destinés à supporter les échanges departiculier à particulier. On y trouve des services quireproduisent le principe des petites annonces.L'interactivité de l'Internet a récemment conduit àmettre au point de véritables marchés électroniquesreposant sur le principe des enchères.Ebayconstitue
l'archétype de ce type de service. Le C2C désignedésormais tous les services d'intermédiation entreparticuliers, qu'il s'agisse de la vente d'occasion, desystèmes de trocs ressemblant aux SEL (Systèmed'Échanges Locaux), ou de services de mise en rela-tion. Dans le passé, de telles applications étaient déjàapparues sur le Minitel.Dans la mesure où nombre de ces services ne génè-rent pas à proprement parler d'activités marchandes, iln'est sans doute pas pertinent d'inclure l'ensemble deces services dans le périmètre du commerce électro-nique. En revanche, l'exemple deNapster– ce systèmequi permet à tous les utlisateurs du logiciel de partagerles données stockées sur les disques durs de chacun –montre que de tels systèmes peuvent avoir des inci-dences importantes sur les activités commerciales.• Le C2B pourConsumers to Businessreprésente unetentative de renversement de la logique des rapportsentre demande et offre. Son principe de base est des'appuyer sur les réseaux électroniques pour consoliderla demande des particuliers et mettre en concurrenceles offreurs.Priceline.com, par exemple, permet auxparticuliers de proposer les tarifs qu'ils sont prêts àpayer pour un billet d'avion. Les compagnies aériennesdécident d'honorer ou non ces commandes. Sur unautre registre, plusieurs services sont destinés àagréger les demandes individuelles de plusieursconsommateurs afin de bénéficier de prix de grosauprès des industriels.Enfin, et sans doute de manière plus intéressante, onvoit se développer des sites où les consommateursmettent en commun leurs informations sur les pres-tataires de services pour réduire les asymétries d'infor-mation. L'un des domaines les plus dynamiques en lamatière est le secteur des services d'information santéaux États-Unis. Certains sites sont destinés à fournir unmoyen d'échange entre victimes d'une même patho-logie. En dehors des aspects psychosociologiques deces « communautés virtuelles », elles ont désormais unrôle économique important en développant dessystèmes d'évaluation de la qualité des soins, desprestations des compagnies d'assurance, des coûtscomparatifs des traitements, etc. (Nabarette, 2001).Certaines typologies sont enrichies en ajoutant uneligne et une colonne à la matrice : celle des adminis-trations (G pourGovernment). On distingue alors leG2B, B2G, etc.De facto, les administrations ont réaliséun important effort ces dernières années pour diffuserun nombre croissant d'informations à destination desopérateurs économiques sur Internet (G2B et G2C).Un nombre croissant d'opérations (déclarations fis-cales, déclarations sociales, appel d'offre, etc.) peuventégalement être réalisées sur Internet (B2G, C2G).Néanmoins, des outils comme le Minitel, le vidéotex oules EDI (Échanges de données informatisés) étaientdéjà utilisés dans le passé pour réaliser de tellesopérations, à une échelle bien moindre, cependant…et les relations entre l'administration et ses partenairesne sont pas commerciales.
Encadré 1LES CATÉGORIES DU COMMERCE ÉLECTRONIQUE
741-1
Réseaux grand public, réseaux spécialisésdes entreprisesIl existe cependant d'autres supports pourréaliser des opérations de commerce élec-tronique. Pour ce qui concerne le grand public,les réseaux de télévision numérique et lesréseaux de communication avec les mobilesconstituent des médias appelés à supporter de
Cette décentralisation empêche tout blocagedu réseau et permet son développement enfonction d'une coordination minimale (respectsdes standards techniques de l'Internet). Il suffitde connecter des équipements ou même d'im-planter des logiciels sur Internet pour élargirla palette des fonctionnalités disponibles. Ladécentralisation permet également une ges-tion des communications en fonction delogiques différenciées : de la diffusion demasse à la communication point à point, enpassant par de multiples formes hybrides oùles informations sont ciblées et adaptées auxdifférents récepteurs.La technologie duWebfournit quant à elle unsystème d'adressage et de présentation nor-malisée de l'information, là encore indépen-dant des supports : elle permet de manipulerdu texte, des données, des images fixes et ani-mées. Des centaines d'autres innovations liéesà Internet pourraient être citées (à commen-cer par les techniques de compression et decryptage du signal, qui accroissent la capacitéet la sécurité du réseau). Mais avant tout, cesdeux inno-vations ont transformé la donne.Internet constitue désormais un réseau multi-média mondial et bon marché qui en fait lesupport :• d'échanges d'information entre les parti-cipants à l'activité économique, qu'il s'agissedes différentes catégories de producteurs,d'intermédiaires commerciaux ou de consom-mateurs finals. Ces échanges portent en eux lapossibilité de réorganisation des transactionsmarchandes ;• d'une distribution globale et de masse deproduits et services informationnels ;• de processus coopératif (en particulier entreindividus impliqués dans des processus decréation ou d'innovation qui requièrent dessupports à une communication à la fois richeet informelle).
nombreuses applications de commerce élec-tronique, notamment parce qu'ils sont com-plémentaires de l'Internet supporté par desréseaux fixes tel qu'il existe aujourd'hui (pluslarge diffusion, segments de population dif-férents, personnes en déplacements, etc.). Lesréseaux de télévision numériques supportentune communication dans les deux sens, le postede télévision servant à envoyer des commandesaux serveurs de programmes. Les servicesofferts par les réseaux de communication avecles mobiles vont se développer avec les débitsplus importants qui seront disponibles sur lesprochaines générations de mobiles.De plus, les réseaux déjà déployés tels que leMinitel continueront d'être utilisés, notammentpar les fractions de la population qui l'ontadopté sans avoir beaucoup de raison demigrer vers Internet. Enfin, tous ces moyens nedoivent pas être considérés comme des sub-stituts, mais comme des compléments. Laconsultation d'un site Internet peut être suivied'une prise de commande téléphonique auprèsd'un centre d'appel, d'une livraison dans unlieu de distribution physique, de la fournitured'un service après vente en ligne, etc.Pour ce qui concerne le B2B, l'Internet peutprésenter l'inconvénient de proposer (pour lemoment) un niveau de fiabilité (les débits nesont pas garantis) et de sécurité insuffisantspour certains types d'application. Telle est laprincipale raison pour laquelle les entreprisescontinueront d'utiliser les liaisons et réseauxspécialisésdéployés entre leurs établissementset entre elles depuis le début des années 70. Ils'agit le plus souvent de capacités de commu-nication de données fournies par les opéra-teurs de télécommunications et les proprié-taires de réseaux physiques (comme, parexemple, la SNCF) : ils relient les entreprisesentre elles, soit dans le cadre d'accords bilaté-raux, soit par le biais d'abonnement à desréseaux communs.Là encore, les entreprises utiliseront simul-tanément plusieurs supports de communi-cations, même si à un horizon lointain,Internet constituera la plate-forme logiqued'intégration de tous les réseaux. Il s'agirad'un Internet différent de celui d'aujourd'hui.L'IP constituera une norme commune à desservices-réseaux qui seront administrés demanières différenciées. En bref, à l'image dece qui se passe aujourd'hui, un mêmeensemble d'infrastructures physiques hétéro-gènes supportera des réseaux logiques
153
53
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 339-340, 2000 - 9/10
ge1aP:385112/00054/0ercmeomC-071-741
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.