Créer une entreprise : le montage du projet, facteur primordial de réussite

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Les entreprises d'Ile-de-France ont plus de difficultés à survivre que celles de province. En 2003, plus de la moitié des entreprises créées cinq ans plus tôt avait disparu. Disposer de moyens financiers élevés et avoir une clientèle identifiée sont des atouts prépondérants pour réussir. Viennent ensuite les qualités du créateur : sa formation et son expérience. L'entreprise créée dans le secteur de «l'éducation, santé, action sociale» a plus de chance de fêter sa cinquième année que celle du commerce ou de l'industrie.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ILE-DE-FRANCE à la page
N° 256 - Octobre 2005
Créer une entreprise :
le montage du projet,
facteur primordial de réussite
Les entreprises d’Ile-de-France ont plus de difficultés à survivre que celles de province.
En 2003, plus de la moitié des entreprises créées cinq ans plus tôt avait disparu.
Disposer de moyens financiers élevés et avoir une clientèle identifiée sont des atouts
prépondérants pour réussir. Viennent ensuite les qualités du créateur : sa formation et
son expérience. L’entreprise créée dans le secteur de « l’éducation, santé, action sociale »
a plus de chance de fêter sa cinquième année que celle du commerce ou de l’industrie.
Nathalie GUILLON-DESHAYES
Service statistique
ans la région, comme sur le phénomène : la plus grande fragilité Pour une jeune entreprise, ce sont les
reste du territoire, une entre- des nouvelles entreprises francilien- trois premières années qui s’avèrent lesDprise sur dix est nouvelle nes s’observe quelle que soit la plus difficiles✎➋. Dès la fin de la pre-
chaque année. situation économique. mière année, 15 % d’entre elles ont
Davantage de créations dans le secteur de la construction qu'en provinceL’Ile-de-France concentre un quart de
ces créations de France métropoli- Ile-de-France Province Métropole
taine, suivie par les régions Provence-
IndustrieAlpes-Côte d’Azur (11 %) et Rhône-
Stock d'entreprises au 31/12/1998 50 700 200 600 251 300Alpes (10 %)✎ .
Nombre de créations en 1998 4 400 16 800 21 200
Taux de création (en %) 8,7 8,4 8,5
ConstructionDifficile survie
Stock d'entreprises au 31/12/1998 47 400 245 300 292 700
en Ile-de-France 6 900 24 500 31 400
Taux de création (en %) 14,5 10,0 10,7
62 600 entreprises ont été créées en Commerce
Ile-de-France en 1998 ; cinq ans plus Stock d'entreprises au 31/12/1998 134 700 464 300 599 000
tard, seules 45 % d’entre elles existent Nombre de créations en 1998 16 000 57 800 73 800
encore. En province, les chances de Taux de création (en %) 1,9 12,4 12,3
survie sont plus grandes : le taux de Services
Stock d'entreprises au 31/12/1998 316 000 811 800 1 127 800 à cinq ans est de 52 %. A partir 35 400 92 000 127 400de 2001, la situation économique plus
Taux de création (en %) 11,2 11,3 11,3défavorable en Ile-de-France a proba-
Ensembleblement provoqué dans la région un
Stock d'entreprises au 31/12/1998 548 800 1 721 900 2 270 700plus grand nombre de faillites, notam-
Nombre de créations en 1998 62 600 191 100 253 700
ment dans le secteur des nouvelles
Taux de création (en %) 11,4 11,1 11,2
technologies. Cependant, la conjonc-
Source : Insee, Répertoire des entreprises et des établissements (Sirene)ture n’explique pas, à elle seule, ce
EconomieDe moindres chances de survie pour les entreprises franciliennes activité au bout de cinq ans, contre
Taux de survie (en %) 44 % des entreprises totalement nou-
100 velles. Les entrepreneurs ayant pros-
pecté de la clientèle avant le
démarrage de leur entreprise réussis-
sent mieux que les autres.
80
Le choix du statut juridique de l’entre-
prise joue également un rôle dans les
chances de survie au démarrage. Les
60 entreprises créées sous forme de socié-
tés passent plus facilement le cap des
trois ans que les entreprises individuel-
les. Passé ce stade, on n’observe pas de
40 différence significative entre les deux
statuts.
« L’éducation, santé,
20
action sociale »,
secteur le plus porteur
Les chances de survie d’une nouvelle0
entreprise sont très variables selon le1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans
secteur d’activité ✎➍. Les entreprisesIle-de-France Province
Source : Insee, enquêtes SINE générations de 1998, 2001 et 2003 créées dans les secteurs de « l’éduca-
tion, santé, action sociale » et dans les
« activités immobilières » sont cellescessé leur activité et, au bout de trois nombre d’entre eux investit de 7 500 à
qui ont les meilleures chances de survieans, quatre sur dix. Ces cessations sont 15 000 euros✎➌.
à trois ans comme à cinq ans. Cepen-neuf fois sur dix des arrêts définitifs
Les entrepreneurs ayant une clientèle dant, ces deux secteurs ne représententd’activité : l’entreprise n’est ni re-
identifiée avant le démarrage de leur que 10 % des entreprises franciliennes.vendue ni mise en location gérance
activité ont plus de chance de passer le Les volumes de créations y sont relati-(➩■ Source et définitions).
cap des premières années que les au- vement faibles : autour de 2 000 par an
Pourquoi certains créateurs réussis- tres. Ainsi, reprendre une entreprise pour les « activités immobilières » et
sent-ils à passer ce cap ? Quels fac- existante est moins risqué que de la 4 000 pour « l’éducation, santé, action
teurs favorisent la survie de leurs créer de toutes pièces. La moitié des sociale ». Les entreprises du commerce,
entreprises ? entreprises reprises sont toujours en secteur oùilyaleplusdecréations,
Le montage du projet
Source et définitions
est prépondérant
Création d’entreprise : la notion de création d’entreprise retenue englobe les créa-
tions « ex nihilo » et les reprises d’activité. Elle exclut les créations faites par d’autres en-Le principal atout du créateur pour
treprises (filiales).pérenniser une nouvelle entreprise
est de disposer d’importants moyens
Cessation d’entreprise : la notion de cessation d’entreprise retenue recouvre les arrêts définitifs
financiers pour lancer son projet
d’activité, les arrêts temporaires, les ventes ou transmissions et les mises en location gérance.
(achat de machine ou d’équipement,
constitution de stocks, fond de roule- Le dispositif Sine (Système d’Information sur les Nouvelles Entreprises) permet de suivre
ment, apports en nature…). Seules pendant cinq ans les entreprises créées ou reprises au premier semestre d’une année donnée. Il
30 % des entreprises franciliennes repose sur trois enquêtes postales. Ici, les entreprises créées au cours du premier semestre 1998
démarrées avec moins de 1 500 euros sont interrogées en septembre 1998, septembre 2001 et septembre 2003. Les entreprises étu-
sont encore vivantes 5 ans plus tard, diées appartiennent au champ de l’industrie (y compris la construction), du commerce ou des ser-
alors qu’elles sont 60 % quand l’in- vices.
vestissement initial est supérieur à
ACCRE : la principale aide publique à la création existant en 1998 est l’ACCRE ( Aide aux Chô-76 000 euros. Plus l’investissement
meurs Créateurs ou Repreneurs d'Entreprises). Elle consiste en une exonération de chargesinitial est élevé, meilleures sont les
sociales et, le cas échéant, un maintien du revenu pendant les premiers mois de la vie de l’en-chances de survie (➩■ Méthode). Or,
treprise. L’ACCRE s’adresse principalement aux chômeurs, cependant d’autres publics peu-seulement 12 % des créateurs consa-
vent bénéficier de cette aide (allocataire du RMI, salarié repreneur de son entreprise en
crent plus de 38 000 euros au finan-
difficulté…).cement de leur projet. Le plus grandMéthodesont les plus fragiles après celles de l’in- prise mais n’est pas suffisant. La trajec-
dustrie. toire du créateur joue également un rôle
La survie d’une entreprise dépend de plu-
essentiel sur la réussite de son projet, en
sieurs facteurs dont certains sont liés entreEn province, la situation est différente : particulier, l’expérience et la formation.
eux. Par exemple, les cadres ont en généralles entreprises de « l’éducation, santé,
plus de moyens financiers que les ouvriers.
action sociale » ont également les meil-
Les écarts de survie observés selon la caté-
leurs taux de survie à cinq ans, mais les La pérennité de l’entreprise est in-
gorie socioprofessionnelle s’expliquent éga-
entreprises industrielles et de « construc- fluencée par la formation initiale du
lement en partie par la différence de moyens
tion » se placent juste derrière. créateur. Les entreprises des créateurs di-
investis dans le projet de création d’entre-
plômés du supérieur (niveau Bac plus 2 prise. Il est donc intéressant d’isoler l’effet
Les autres éléments du montage du pro- ou plus) ont des chances de survie nette- propre de chaque facteur. Cette mesure a
jet (réalisation d’étude de marché ou ment plus élevées que celles créées par été effectuée à l’aide d’une analyse multi-
d’étude financière) n’ont pas d’impact si- des non diplômés (+ 11,5 points). Déte- variée sous forme de deux modèles LOGIT
gnificatif sur la survie de l’entreprise. nir un diplôme professionnel (CAP, BEP prenant en compte les caractéristiques du
ou BEPC) permet de passer plus facile- créateur (sexe, âge, qualification antérieure,
L’expérience et ment le cap des trois premières années. activité antérieure, diplôme et nationalité) et
Les entreprises créées par les titulaires de celles du projet (catégorie juridique de l’en-la formation du créateur,
ces diplômes ont des chances de survie à treprise, type de création, secteur d’activité,gages de réussite
moyens financiers, obtention d’aides publi-trois ans meilleures que celles des ba-
ques, réalisation d’étude de marché, d’étudeUn projet bien monté est déterminant cheliers ; cependant, à cinq ans, la situa-
financière et prospection de clientèle). Cespour assurer la pérennité d’une entre- tion s’inverse.
modèles permettent d’estimer dans quelle
mesure chacun des facteurs affecte la proba-
Les facteurs favorisant la survie de l'entreprise bilité de survie des entreprises à trois ans ou
Extrait du modèle à cinq ans.
Taux de survie à 5 ans Ile-de-France Province
Facteurs économiques déterminants
L’expérience acquise au cours des an-
Financement du projet
nées est un réel avantage : les créateurs
Petits projets (moins de 7 500€) - - -
de plus de quarante ans réussissent
++ ++Gros projets (plus de 38 000€)
mieux que leurs cadets. La moitié deObtention d'aides publiques +++
leurs entreprises survit après cinq ans,Clientèle potentielle
contre 35 % de celles des créateurs deProspection avant le démarrage +-
moins de trente ans.Reprise d'une entreprise existante
Statut juridique
Société ns +
Exercer une activité professionnelle auSecteur d'activité
Industrie -++ moment de la création de sa propre en-
Construction+ treprise est préférable à une situation
Activités immobilières ++ ns d’inactivité : les taux de survie à cinq
Education, santé, action sociale ++ ++ ans des entreprises créées par des actifs
sont supérieurs de six points à ceux desFacteurs individuels déterminants
inactifs. Cependant, en Ile-de-France,
Fomation initiale
les entreprises créées par des chômeurs
Aucun diplôme -- -
(31 % des créateurs) ont des chances de
CAP, BEP, BEPC
survie proches de la moyenne ✎➎.
Bac + 2 ou plus ++
Pourtant, à caractéristiques équivalen-
Age
tes, être au chômage au moment de laMoins de 30 ans
création est un handicap pour la surviePlus de 40 ans +ns
de l’entreprise. Cette relative bonneExpérience professionnelle
performance des chômeurs créateursChômeurs au moment de la création --
franciliens provient peut-être de l’ob-Ouvriers ++ ++
Employés -+ tention d’aides : un quart d’entre eux a
Cadres ++ + bénéficié d’aides publiques contre 6 %
Agents de maîtrise ++ + pour les personnes en activité ou inacti-
ves. Toutefois, on ne sait pas si ce sont
+ facteur favorable ++ facteur très favorable - facteur défavorable -- facteur très défavorable ns non significatif
les aides qui ont contribué à la survie de
l’entreprise ou si ces chômeurs ont reçuLecture : l'obtention d'aides publiques joue très favorablement pour la survie du projet en province, alors qu'elle n'influe que
légèrement en Ile-de-France (Voir Méthode) des aides parce que leur projet était
Source : Insee, enquêtes SINE générations de 1998, 2001 et 2003 jugé viable.Les secteurs les plus chanceux : activités immobilières et éducation, santé,Les cadres et agents
action sociale
de maîtrise avantagés Taux de survie à 5 ans (en %)
Ces sont les anciens cadres et agents de
Activités
maîtrise qui réussissent le plus à pérenni-
immobilières
ser leur entreprise, avec des taux de
survie à cinq ans respectifs de 54 % et
Education, santé,
56 %. Les ouvriers franciliens ont des action sociale
difficultés à faire survivre leur entreprise.
Pourtant, avoir été ouvrier n’est pas en Industries
agroalimentairessoi un facteur pénalisant. En province, ils
ont les meilleurs taux de survie à 5 ans
Services auxderrière les agents de maîtrise et avant
particuliersles cadres. Les mauvais résultats des ou-
vriers créateurs franciliens peuvent se
Services auxjustfier par leur jeunesse (1/3 d’entre eux
entreprises
ont moins de 30 ans). De plus, ils sont
42 % à avoir créé leur entreprise dans le
Commerce et
secteur de la construction, secteur peu
réparation automobile
porteur au cours de la période
1998-2003.
Construction
Les plus grandes difficultés des nou-
veaux entrepreneurs franciliens à péren- Transports
niser leur entreprise ne s’expliquent pas
par le profil des créateurs, ni par le mon-
Industries hors
tage de leur projet. Au contraire, ils agroalimentaires
bénéficient de nombreux atouts qui de-
vraient plutôt jouer favorablement sur la 20010 30 40 50 60 70 80
survie des entreprises. Les créateurs fran- Province Ile-de-France
ciliens disposent de moyens financiers
Source : Insee, enquêtes SINE générations de 1998, 2001 et 2003
comparables à ceux des provinciaux,
ment à rechercher dans les caractéristi-ont plus souvent prospecté de la clien-
tèle, sont plutôt plus expérimentés… Les ques du marché francilien très concur-
raisons de ces difficultés sont probable- rentiel et très mobile. Pour en savoir plus
« Créations et créateurs d’entreprises -
Les entreprises créées par des chômeurs ont moins de chance de survie
Enquête SINE de 2003 : la génération 1998
En %
cinq ans après », Insee Résultats Economie,
n° 19 (papier et cédérom), décembre 2004.Taux de survie à 3 ans Taux de survie à 5 ansActivité au moment
de la création
Ile-de-France Province Ile-de-France Province « La création d'entreprises en Aquitaine »,
Dossier Insee Aquitaine, n° 50, octobre 2004.
En activité 62,0 72,7 48,6 59,8
Chômeur 56,0 62,2 44,1 49,5
Morer N. : « En Ile-de-France, quatre entre-
Sans activité 54,1 59,3 39,8 45,7
prises sur dix se créent à Paris », Insee
Ensemble 57,5 64,9 44,8 52,3
Ile-de-France à la page, n° 238, juin 2004.
Source : Insee, enquêtes SINE générations de 1998, 2001 et 2003
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