Du rendement à la rentabilité en grandes cultures

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La tendance à la baisse des prix pour la plupart des céréales et grandes cultures est plus que jamais d'actualité : l'accord de Berlin de mars 1999 a décidé de nouvelles baisses, et les discussions à venir dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce s'inscrivent également dans cette perspective. Les producteurs vont devoir s'adapter à cette nouvelle donne, en ayant recours à des stratégies différentes. Dans quelles mesures la productivité, au sens de rendements physiques élevés, est-elle liée à la rentabilité, dont une des dimensions est la baisse des coûts de production ? La baisse des coûts en valeur a coïncidé avec une hausse des rendements, mais aussi avec un accroissement des revenus, grâce aux subventions de la PAC à partir de 1993. Cette tendance d'ensemble n'est pas homogène au sein des exploitations. Au-delà des techniques culturales, un rôle majeur est joué par l'exploitation elle-même : lorsqu'elle obtient de meilleurs rendements pour une culture, elle obtient en général de meilleurs résultats pour les autres cultures. L'autre dimension sur laquelle repose la rentabilité est la valorisation du produit, très dépendante du niveau de qualité du produit lui-même. Les subventions peuvent aussi jouer un rôle-clé dans la rentabilité des exploitations du fait de leur nature exogène. Des modifications dans leur mode d'attribution pourraient avoir des conséquences à ce niveau.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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AGRICULTURE
Du rendement à la rentabilité
en grandes cultures
La tendance à la baisse des prix pour la plupart des céréales et grandes culturesPascale Pollet*
est plus que jamais d’actualité : l’accord de Berlin de mars 1999 a décidé
de nouvelles baisses, et les discussions à venir dans le cadre de l’Organisation
Mondiale du Commerce s’inscrivent également dans cette perspective.
Les producteurs vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne, en ayant recours
à des stratégies différentes. Dans quelles mesures la productivité, au sens
de rendements physiques élevés, est-elle liée à la rentabilité, dont une des dimensions
est la baisse des coûts de production ?
La baisse des coûts en valeur a coïncidé avec une hausse des rendements,
mais aussi avec un accroissement des revenus, grâce aux subventions de la PAC
à partir de 1993. Cette tendance d’ensemble n’est pas homogène au sein des exploitations.
Au-delà des techniques culturales, un rôle majeur est joué par l’exploitation elle-même :
lorsqu’elle obtient de meilleurs rendements pour une culture, elle obtient en général de
meilleurs résultats pour les autres cultures.
L’autre dimension sur laquelle repose la rentabilité est la valorisation du produit,
très dépendante du niveau de qualité du produit lui-même. Les subventions
peuvent aussi jouer un rôle-clé dans la rentabilité des exploitations du fait de leur
nature exogène. Des modifications dans leur mode d’attribution pourraient avoir
des conséquences à ce niveau.
près la mise en place de la Politique Agricole matique de différentes catégories d’engrais et de
* Pascale Pollet apparte- ACommune (PAC), au début des années 60, les produits de protection des cultures. La palette desnait à la division Agricul-
ture de l’Insee au moment agriculteurs ont été encouragés à produire davan- variétés de semences s’est aussi étendue, offrant aux
de la rédaction de l’article.
tage en modernisant leurs méthodes de production. producteurs des arbitrages supplémentaires entre laL’auteur remercie le re-
lecteur pour ses conseils. En effet, l’un des objectifs de la Communauté qualité et la quantité de produit récolté.
européenne en matière agricole était d’atteindre
l’autosuffisance le plus rapidement possible et Cette forte progression des rendements s’est
notamment pour les céréales. Or, à la différence accompagnée d’une diminution des coûts et des
des États-Unis, la superficie disponible en terres prix de production en termes réels. Avant 1992, le
arables est assez limitée en Europe. Les exploitants système des prix garantis encourageait les agricul-
européens ont donc adopté des modes de produc- teurs à dégager des gains de productivité impor-
Les noms et dates entre tion intensifs, pour rechercher des rendements éle- tants, pour préserver leur revenu (Butault, 1999).
parenthèses renvoient à
vés. Cet objectif, stimulé par de nombreuses avan- Mais cette politique de soutien n’a pas permis unla bibliographie en fin
d’article. cées agronomiques, a conduit à l’utilisation systé- maintien des revenus agricoles. Les excédents de
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10 127production générés par ce dispositif et leurs coûts, production, et sur les années 1992-1996 marquées
d’une part, et les négociations internationales en par la réforme de la PAC ? Deux groupes de fac-
matière agricole, d’autre part, ont entraîné une teurs vont contribuer à expliquer la rentabilité
réforme en profondeur de la PAC en 1992. Des- d’une exploitation : de façon endogène à l’exploi-
tinée à limiter le développement des excédents et à tation, ses performances productives ; de façon
rapprocher le système de prix de production euro- exogène et indépendamment de ses performances,
péens des niveaux internationaux, elle s’est tra- le montant des transferts ou subventions qui lui
duite par une baisse très importante du prix reviennent dans le cadre de la PAC.
d’intervention des céréales et des oléagineux. Pour
maintenir les revenus de ces producteurs, des sub-
Un revenu brut moyen par cultureventions prenant la forme d’aides directes à l’hec-
tare leur ont été distribuées. en progression entre 1993 et 1996
Cette nouvelle politique de soutien n’a pas infléchi Parmi les onze cultures prises en compte dans
la dynamique de baisse des coûts de production et l’étude, les principales, produites par la majorité
de hausse des rendements. Cependant, la dispari- des exploitations de grandes cultures, sont le blé
tion des exploitations agricoles les moins rentables tendre, le maïs, le tournesol, le colza, les légumes
s’est accentuée et un mouvement de concentration de plein champ et la betterave sucrière (cf. enca-
sensible a entraîné l’augmentation de la superficie dré 1). Le choix des produits, dont les évolutions de
moyenne par exploitation. Le revenu moyen des coûts de production et de revenus sont présentées
exploitations céréalières et de grandes cultures a ici, résulte d’un arbitrage entre la position occupée
ainsi mécaniquement augmenté. Cette hausse a été par ceux-ci dans les exploitations françaises et la
amplifiée par le niveau des subventions qui ont sur- qualité de l’estimation de leurs coûts de production
compensé, en moyenne, la baisse des prix. En effet, et revenus.
le cours des céréales est resté à un niveau plus élevé
que celui qui avait servi de base au calcul des aides En effet, il n’existe pas de données représentati-
directes. De façon plus générale, le mécanisme de ves à l’échelon national sur les coûts de produc-
compensation de la baisse des prix garantis par tion par produit. Pour les obtenir, on a donc
l’octroi de subventions a eu pour conséquence de recours à un modèle qui ventile les différentes
mettre en évidence les sommes engagées pour sou- charges fixes et variables entre les produits,
tenir certaines productions. moyennant certaines hypothèses simplificatrices
(cf. annexe). On suppose que toutes les exploita-
À l’heure actuelle, une nouvelle réforme, inscrite tions disposent de la même fonction de production,
dans le cadre plus général de « l’Agenda 2000 », se puisque, dans une première étape, des coefficients
met en place à la fois pour tenir compte de l’insatis- de production sont estimés pour chacun des pro-
faction manifestée par certains États membres sur duits retenus. De plus, les rendements d’échelle
le financement de la PAC, et pour préparer divers sont aussi supposés constants. Ces hypothèses sont
aménagements à venir, comme les négociations cependant en partie levées grâce à la deuxième
internationales dans le cadre de l’Organisation étape du processus d’estimation, qui consiste à
Mondiale du Commerce (OMC), ou dans une pers- imputer des coûts par produit au niveau individuel
pective plus lointaine, l’intégration des Pays de l’exploitation en utilisant les résultats du
d’Europe Centrale et Orientale (PECO) à l’Europe modèle. Cette étape a l’avantage de réintroduire de
des Quinze. La pression à la baisse des prix l’hétérogénéité dans les fonctions de production et
demeure donc d’actualité et souligne la nécessité d’améliorer l’estimation de certains postes, comme
de s’interroger sur l’évolution des coûts de produc- les subventions, mal ventilées dans la première
tion, la modulation et la dégressivité des aides étape. Cette méthode atteint ses limites pour certai-
directes appartenant à la panoplie des mesures nes productions, notamment les légumes de plein
envisagées. champ qui recouvrent plusieurs types de produits
cultivés selon des techniques différentes. L’hypo-
Dans un tel contexte, cette étude éclaire sur le lien thèse de départ se révèle alors trop simplificatrice
entre productivité (1) et rentabilité en céréales et
grandes cultures, produits fortement subventionnés
par la PAC et sur lesquels la France a, au sein de 1. Il s’agit d’une productivité moyenne, ici la productivité de la terre
ou encore le rendement qui constitue l’une de ses mesures : ellel’Europe, des avantages comparatifs certains. Dans
se définit comme le rapport entre la production en quantités physi-
quelle mesure, la productivité au sens des rende- ques (le quintal) rapportée à la surface utilisée pour cette produc-
tion.ments élevés, c’est-à-dire celle de la terre, est-elle
2. Au sens du revenu généré par la production d’un bien ou, au
liée à la rentabilité (2), à la fois sur les années niveau de l’exploitation, de la capacité d’une exploitation à déga-
ger un revenu.1984-1992, caractérisées par le soutien des prix à la
128 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10Encadré 1
LA PLUPART DES EXPLOITATIONS SONT PLURICULTURALES
La plupart des exploitations de céréales et de grandes près de 40 %), enfin la betterave sucrière pour environ le
cultures associent plusieurs productions. Quelle que soit quart d’entre elles.
la période, avant ou après la réforme de la PAC, entre 25
et 30 % de celles-ci engagent trois cultures et près des La réforme de la PAC a eu une influence sur la production
trois quarts d’entre elles entre trois et cinq. Ces pratiques d’orge et de blé dur, moins fréquemment cultivés
peuvent cependant légèrement évoluer selon les pério- qu’auparavant. La montée en charge de la production de
des (cf. tableau A). colza et de tournesol est assez récente puisqu’elle
remonte au milieu des années 80 (Pollet, 1995). La
Sur les années d’après réforme de la PAC, de 1993 à réforme de la PAC a cependant entraîné une modification
1996, la proportion d’exploitations monoculturales a crû : ponctuelle du taux de pratique, qui a sensiblement fléchi
de 6 % entre 1984 et 1986, elle est passée à 8,5 % en en 1993 pour ces deux cultures. La culture des protéagi-
moyenne entre 1993 et 1996 ; sur la même période, à neux s’est substituée temporairement à celle des oléagi-
l’opposé, la proportion de celles qui assuraient la produc- neux, les aides se révélant ponctuellement plus
tion de cinq cultures et plus a diminué par rapport aux avantageuses. Ce changement s’est révélé beaucoup
plus durable pour le tournesol. Les oléagineux, dont fontannées 1987-1992.
partie colza et tournesol, ont, en effet, été les premiers
produits touchés par une forte baisse des prix proEn 1996, ces exploitations pluriculturales produisent -
grammée dans le cadre de la réforme de 1992.majoritairement du blé tendre, pour 85 % d’entre elles.
C’est ensuite l’orge pour plus de 55 %, le maïs (un peu
moins de 50 %), le colza, tournesol et protéagineux (pour Lorsqu’on valorise la production, le blé contribue le plus
au produit total (plus de 33 %) et le maïs pour 16 % envi-
ron. Vient ensuite la betterave dont la part dans le produit
Tableau A en valeur dépasse résolument celle de l’orge dès 1992.
Pour le colza et le tournesol, assez fréquemment cultivés,Proportion d’exploitations
leur part relative dans le produit en valeur s’effondre à par-selon le nombre de cultures
tir de 1992, en raison de la chute des prix de production.En %
Ceci est très marqué pour le tournesol dont la part relative
Nombre de cultures dans le produit total avoisinait celle de l’orge avant 1992,
7 et alors qu’en 1996 il arrive juste avant le blé dur, production12 3 4 5 6
plus assez marginale (cf. tableau B).
1984 4,3 10,2 21,7 32,7 21,6 7,4 2,1
1985 6,2 9,9 16,0 29,2 26,5 8,4 3,8 En revanche, la réforme de 1992 a encouragé la culture
1986 6,9 10,1 23,1 28,0 20,1 9,0 2,8 des légumes de plein champ dont la contribution au produit
1987 7,8 8,7 18,4 24,3 23,5 13,4 3,9
total en 1996 se situe juste après celle de la betterave. Le
1988 7,2 7,0 15,9 25,6 23,9 15,0 5,4
taux de pratique ou de mise en culture ayant peu évolué,
1989 8,4 7,3 17,4 26,9 24,0 11,8 4,2
cela s’explique surtout par l’accroissement des surfaces,1990 5,1 8,6 17,8 25,9 24,6 12,7 5,3
les prix à la production ayant eu tendance à chuter. Pour la1991 6,2 6,8 17,2 23,6 27,1 13,6 5,5
plupart des cultures, la superficie cultivée a sensiblement1992 6,9 10,2 15,5 25,8 23,2 13,0 5,3
1993 9,8 11,2 19,9 27,5 20,2 8,3 3,1 augmenté depuis le début des années 90, la réforme de la
1994 9,6 10,9 20,7 26,0 20,1 9,5 3,2 PAC ne faisant qu’accentuer le phénomène pour le blé
1995 8,3 11,1 21,2 26,0 20,6 10,0 2,9 tendre, le maïs, les protéagineux, le colza, le tournesol et
1996 6,6 9,8 22,3 27,6 20,6 10,0 3,1 indirectement les légumes de plein champ (cf. gra-
Source : RICA 1984-1996. phique).

Tableau B
Part du produit total dans les différentes cultures
En %
Légumes
Blé Autres Protéa- Pomme Bette- Tour-
Blé dur Orge Maïs Colza plein
tendre céréales gineux de terre rave nesol
champ
1984 42,8 2,3 10,5 13,5 0,8 2,2 4,7 9,8 4,5 4,1 4,9
1985 36,2 3,1 10,6 15,8 1,0 2,5 3,3 9,6 4,5 6,6 6,8
1986 34,9 4,2 10,2 16,8 0,3 3,7 3,2 8,8 3,9 8,1 5,8
1987 32,1 3,1 9,3 15,1 0,8 5,0 2,3 9,5 7,8 8,6 6,3
1988 33,8 3,1 8,6 17,5 0,7 5,6 2,6 8,1 7,2 7,3 5,4
1989 34,1 3,8 8,8 14,7 0,7 6,0 2,9 8,0 6,2 8,2 6,8
1990 33,4 5,0 8,1 13,2 0,7 7,5 3,2 9,3 6,0 7,2 6,3
1991 32,8 5,2 9,1 14,8 0,9 6,6 3,7 8,5 6,2 6,3 5,9
1992 35,3 3,9 9,3 15,4 1,3 8,4 3,0 9,5 2,8 2,8 8,2
1993 33,3 1,9 7,8 17,5 1,4 5,9 4,3 12,6 3,6 3,2 8,5
1994 33,0 2,0 6,6 15,9 1,2 5,1 6,5 12,3 4,0 3,8 9,7
1995 32,5 2,1 7,1 16,8 0,8 4,3 6,5 12,0 4,8 3,6 9,5
1996 34,3 2,3 8,1 15,8 1,0 4,5 4,5 11,5 5,8 3,0 9,1
Source : RICA 1984-1996.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10 129et joue dans certains cas directement sur la qualité directes étaient faibles. Pour les trois cultures
de la ventilation. concernées par la PAC, le système de prix garan-
tis qui prévalait alors permettait de dégager, sauf
Dans un premier temps, on ne retient que le blé aléas climatiques majeurs, un revenu brut uni-
tendre, le maïs, le colza et la betterave sucrière, taire moyen positif (3), parfois faible (cf. gra-
c’est-à-dire les cultures les plus représentatives. phique I). À partir de 1993, les prix de production
Le blé tendre et le maïs constituent les deux prin- diminuent massivement conformément aux nou-
cipales céréales dont la production est largement velles dispositions de la PAC et ne couvrent plus
subventionnée par la PAC, comme celle du colza le coût total moyen. Pour ces trois cultures, les
d’ailleurs, qui fait partie des oléagineux. La bette- revenus bruts unitaires ont néanmoins vivement
rave sucrière n’appartient pas directement aux crû depuis 1993, grâce à l’octroi de subventions
produits subventionnés, mais la production de directes. L’impact de ces dernières sur le revenu
sucre est soumise à un régime de quotas. Les légu- s’est révélé favorable en raison de la bonne tenue
mes de plein champ, culture par nature très hétéro- des cours mondiaux. Le revenu brut unitaire
gène et pour laquelle la qualité de l’estimation des moyen du blé tendre calculé entre 1993 et 1996 a
coûts est moindre, et aussi le tournesol, culture augmenté d’environ 48 % par rapport au revenu
très proche du colza, n’ont pas été retenus. moyen de la période 1984-1992. Celui du maïs a
progressé d’environ 80 %, celui du colza de plus
Par construction, le revenu unitaire – c’est-à-dire de 60 % entre 1984-1991 et 1992-1996, la
le revenu dégagé par la production d’un quintal réforme de la PAC ayant été appliquée aux oléa-
de céréales –, est égal au prix du quintal de céréa- gineux dès 1992.
les duquel on retranche le coût total engendré par
la production de ce quintal et auquel on ajoute les
subventions par quintal. Pour l’exploitant, les
prix étant fixés par ailleurs, les fluctuations du
revenu unitaire résultent donc mécaniquement
3. La notion de revenu retenue dans l’article ne comprend pas la
des mouvements des coûts et des subventions. rémunération du travail qu’il soit salarié ou non salarié. C’est pour-
Avant 1993, les subventions de type aides quoi on parle de revenu brut.
Encadré 1 (fin)
Pour cerner davantage les cultures qui contribuent le plus Surface moyenne
à la formation du produit total en valeur pour chaque par exploitation et culture
exploitation, on introduit les notions de culture principale
et culture secondaire. Elles permettent ensuite de repérer En hectares
les associations ou combinaisons entre culture principale
et culture secondaire les plus fréquentes. La culture prin-
35
cipale est donc celle qui dégage la plus forte production
Blé tendre ColzaMaïs Betterave
en valeur. La culture secondaire est celle dont la contribu-
tion vient immédiatement après. Ainsi, le blé tendre est 30
culture principale pour plus de la moitié des exploitations
et le maïs pour le quart environ. Les trois quarts des
exploitations de grandes cultures ont ainsi pour culture 25
principale du blé ou du maïs. Betteraves et légumes de
plein champ constituent la principale source de produit
20pour plus de 8 % des exploitations depuis 1993.
Quand le blé tendre est culture principale en 1996, il est
15
fréquemment associé à l’orge (22 % des cas), à la bette-
rave (18,5 %), au colza (19 %), au tournesol (15 %), ou
au maïs (pour 11 %). Les producteurs de maïs ont des
10
associations de cultures moins diversifiées que les pro-
ducteurs de blé à titre principal. Pour la moitié d’entre
eux, le blé est culture secondaire, loin devant le tourne- 5
1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996sol (plus de 7 %) et les légumes de plein champ (environ
8 %). Par ailleurs, le maïs (21,1 %), les autres céréales
(45,2 %), le tournesol (31,6 %) et les légumes de plein
Source : RICA 1984-1996.champ (11,5 %) peuvent être cultures uniques.
130 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10Graphique I Graphique II
Coût total, prix, subventions Coûts total, fixe, variable
En francs 1996 par quintal En francs 1996 par quintal
A - Blé tendre A - Blé tendre
160
Coût total Coût variable Coût fixe
140
120
100
80
60
40
20
0
198419851986 198719881989 1990 1991199219931994 1995 1996
B - MaïsB - Maïs
160 160
Coût total Coût variable Coût fixe
150 140
120
140
100
130
80
120
60
110
40
100 20
Coût total Prix Subvention + prix
90 0
19841986 1988 1990 199219941996 1984 19851986 198719881989 19901991 199219931994 1995 1996
C - Betteraves C - Betteraves
3035
Coût total Coût variableCoût total Prix
25 Coût fixe
30
20
25 15
10
20
5
15 0
19841986 1988 1990 199219941996 1984 19851986 198719881989 19901991 199219931994 1995 1996
D - Colza
D - Colza
400
Coût total Coût variable Coût fixe
300
200
100
0
1984 19851986 198719881989 19901991 199219931994 1995 1996
Sources : RICA 1984-1996 et modèle sur les coûts de production.Sources : RICA 1984-1996 et modèle sur les coûts de production.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10 131Les prix agricoles n’ont pas cessé de baisser Graphique III
Dépenses en volume des principaux intrants
La PAC n’a fait qu’accélérer une tendance selon la culture
sous-jacente : les prix agricoles en termes réels
Indices base 100 en 1996
n’ont cessé de baisser depuis plusieurs années.
A - Carburant
Les coûts de production s’inscrivent dans la
même tendance, avec une accélération de la
baisse pour ces derniers dès 1990. Ainsi, le
coût total du blé tendre a diminué de 24 % entre
1984-1990 et 1991-1996, celui du maïs de 11 %
entre les deux mêmes sous-périodes et celui
du colza d’environ 34 %. Pour le blé tendre et
la betterave sucrière, coût variable (ensemble
des charges consommées au cours du proces-
sus de production comme les engrais, les pro-
duits de protection des cultures, les semences
et le carburant) et coût fixe (coût foncier, assu-
rances, impôts et taxes, amortissement du
matériel, etc.) contribuent dans des propor-
tions assez voisines à la réduction du coût
total. En revanche, la diminution du coût total
du maïs et du colza s’explique pour les deux
B - Engrais
tiers par la baisse du coût variable (cf. gra-
phique II).
250
Blé MaïsParmi les composantes du coût variable, la
ColzaBetterave
contraction des dépenses en engrais tout au
200
long de la période à laquelle s’ajoute, pour le
blé tendre, après 1993 celle des dépenses en pro-
duits de protection des cultures, expliquent
150l’essentiel de la diminution (Pollet, 1996).
Pour les céréales, et selon le type d’intrants,
l’effet prix ou l’effet volume contribue le plus
à la baisse des dépenses correspondantes. 100
Ainsi pour le carburant, dont la dépense a dimi-
nué d’environ 35 % entre 1984-1990 et
1991-1996, l’effet-prix en explique la plus 50
1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996grande part, c’est-à-dire environ 20 points (cf.
graphique III-A). Pour les engrais, l’effet
C - Phytosanitaires
volume l’emporte sur l’effet prix (respective-
180
ment 25 et 15 points sur les 40 % de réduc-
Blé ColzaMaïs Betterave
tion de la dépense) (cf. graphique III-B ). Les 160
évolutions des dépenses en produits phytosa-
140nitaires dépendent assez étroitement du pro-
duit. Pour le blé tendre, la dépense s’est 120
réduite et ce mouvement provient essentiel-
100lement de la baisse des prix, les volumes utili-
sés ayant à peine fléchi. En revanche, pour le
80
maïs, ce type de dépenses a progressé et la
croissance des volumes est même plus sensible 60
que celles des valeurs, puisque les prix ont
40baissé sur la période (cf. graphique III-C).
Quant aux coûts fixes, leur réduction résulte en 20
grande partie de la diminution des amortisse- 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996
ments, des impôts et des taxes (de Corlieu et
Sources : RICA et modèle coûts de production, IPPINEA.Pollet, 1998).
132 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10Graphique IVUne hausse constante des rendements
Évolution du rendement et du coût total
Pour une surface équivalente, un rendement
A - Blé tendre
accru permet de profiter davantage d’une hausse
En francs 1996 par quintaldes revenus unitaires. On pourrait cependant
s’attendre à ce qu’une baisse des charges varia-
bles se traduise par un tassement des rendements.
Un moindre apport d’engrais n’aura pas de consé-
quence immédiate sur le rendement, contraire-
ment aux produits phytosanitaires qui permettent
de limiter rapidement une invasion de parasites
nuisibles à la récolte, par exemple. Bien au con-
traire, la baisse du coût total unitaire s’est, en
général, accompagnée d’une progression du ren-
dement sauf pour le colza dont le rendement
moyen sur les périodes 1984-1990 et 1991-1996 a En quintaux par hectare
seulement stagné (cf. graphique IV). Celui du blé
B - Maïs
a augmenté d’environ 8 % passant d’une moyenne
En francs 1996 par quintalde 62 q/ha entre 1984 et 1990 à quasiment 67 q/ha
entre 1991 et 1996. Le rendement du maïs a crû
davantage, de 66 q/ha en moyenne entre 1984 et
1990 à plus de 77 q/ha entre 1991 et 1996, soit une
progression de 16 %. Pour la betterave sucrière,
cet accroissement avoisine les 10 %. La réduction
du coût unitaire ne résulte donc pas d’une contrac-
tion du montant des charges mais plutôt d’une
augmentation du volume produit.
En quintaux par hectarePlusieurs facteurs ont pu jouer pour aboutir à ce
résultat. En premier lieu, les prix relatifs de cer-
C - Betteraves
tains intrants ont diminué, de sorte que la baisse
En francs 1996 par quintaldes dépenses en volume est moindre que celle
des valeurs. En outre, le nombre des exploita-
tions présentes n’est pas constant au cours du
temps. Les moins performantes ont tendance à
disparaître au fil des années : si, en conséquence,
le revenu moyen des exploitations restantes
augmente, leur rendement moyen augmente
aussi de ce fait, en admettant que la moindre
rentabilité se combine à un mode de production
moins intensif. La mise en jachère des terres les fertiles et le progrès continu dans les
En quintaux par hectare
techniques culturales ont permis de réduire ou
D - Colzad’améliorer le dosage des engrais ou des pro-
En francs 1996 par quintalduits phytosanitaires utilisés pour les cultures, en
l’associant souvent à une intervention plus adé-
quate sur les productions.
Globalement, la réforme de la PAC semble avoir
coïncidé avec une poursuite de l’augmentation du
rendement moyen en grandes cultures, celui-ci
ayant crû d’au moins 10 % pour les cultures étu-
diées. L’accroissement de la productivité est allé
de pair avec une augmentation de la rentabilité.
Au-delà des évolutions structurelles, le progrès
En quintaux par hectare
technique permet de produire davantage avec
moins d’intrants. Sources : RICA, modèle sur les coûts de production.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10 133moment de la réforme de la PAC, notamment pourLes liens complexes entre coûts,
les productions de maïs, colza et betteraves.productivité et rentabilité
Une approche sur données individuelles permet de En revanche et de manière générale, la réforme de
dépasser les tendances d’ensemble, et notamment 1992 a sensiblement réduit les écarts de revenus
d’étudier l’homogénéité des comportements. initiaux. Les revenus unitaires du blé les plus fai-
Ainsi, la dispersion du coût total unitaire, mesurée bles ont plus que doublé tandis que les plus élevés
par le rapport interquartile (4), a connu une évolu- initialement se sont accrus du tiers. Le même phé-
tion différente selon les productions (cf. tableau 1). nomène s’observe pour la betterave qui n’est pas
Pour le blé tendre, la dispersion a peu évolué entre un produit PAC au même titre que le blé. La dispa-
1984 et 1996, et la réforme de la PAC ne semble rition des exploitations à faibles revenus a proba-
pas avoir eu de conséquences particulières. Les blement joué ici, entraînant l’augmentation des
coûts totaux ont donc baissé en gardant la même revenus moyens de cette catégorie. Pour le maïs,
dispersion. En revanche, pour le maïs et le colza, la les revenus les plus faibles augmentent fortement
réforme de la PAC a légèrement accentué la disper- tandis que les plus élevés stagnent.
sion ; en particulier, pour le maïs, les coûts totaux
unitaires les plus faibles baissent davantage que les La dispersion des rendements a peu varié entre le
plus élevés. Pour le colza, l’évolution est un peu début et la fin de la période, notamment pour les
différente, puisqu’en 1992, les coûts ont atteint un deux céréales. La hausse tendancielle du rende-
niveau faible. L’augmentation qui a suivi s’est ment a touché de façon quasi uniforme l’ensemble
accompagnée d’un accroissement de la dispersion, des exploitations. En revanche, les écarts se sont
les coûts les plus élevés augmentant davantage que resserrés pour la betterave sucrière. Avant 1992,
les plus faibles. Pour la betterave sucrière, la dis- les rendements initialement élevés progressaient
persion des coûts s’est également accrue après plus rapidement que les rendements faibles. Après
1992. Cette évolution provient essentiellement de 1992, les rendements les plus faibles rattrapent par-
la baisse des coûts les plus faibles, les coûts les plus tiellement les plus élevés, ces derniers ayant ten-
élevés restant constants, en termes réels. dance à peu augmenter. L’hypothèse précédente, à
savoir que les exploitations les moins performantes
L’évolution de la dispersion des coûts totaux disparaissent, est indirectement confirmée.
montre donc une certaine hétérogénéité entre
exploitations, cette dispersion variant surtout en
fonction des coûts unitaires les plus faibles. Toutes
4. Cet indicateur fournit des informations sur la dispersion d’uneles exploitations ne réagissent pas de la même
distribution. C’est la valeur du troisième quartile rapportée à celle
façon : celles qui ont des coûts faibles ont plutôt du premier. Plus ce rapport s’éloigne de 1, plus la distribution est
dispersée.cherché à accroître la productivité des charges au
Tableau 1
Évolution de la dispersion du coût total, du revenu brut et du rendement selon la culture
Rapports interquartiles (q3/q1)
Blé tendre Maïs Colza Betterave
Année Coût Revenu Rende- Coût Revenu Rende- Coût Revenu Rende- Coût Revenu Rende-
total brut ment total brut ment total brut ment total brut ment
1984 1,29 2,15 1,40 1,32 4,29 1,46 1,36 1,42 1,35 1,33 2,26 1,23
1985 1,30 3,81 1,40 1,34 ns 1,52 1,27 ns 1,38 1,32 ns 1,28
1986 1,25 ns 1,45 1,31 ns 1,56 1,29 ns 1,65 1,35 1,71 1,25
1987 1,33 3,93 1,35 1,32 ns 1,38 1,31 3,10 1,33 1,33 ns 1,26
1988 1,32 4,07 1,60 1,30 ns 1,46 1,26 ns 1,49 1,32 1,81 1,36
1989 1,26 ns 1,42 1,32 ns 1,69 1,31 3,50 1,41 1,33 1,65 1,35
1990 1,27 ns 1,57 1,36 ns 1,98 1,30 2,14 1,45 1,34 1,65 1,32
1991 1,32 2,95 1,41 1,35 6,52 1,73 1,26 ns 1,39 1,27 4,34 1,21
1992 1,37 3,87 1,38 1,42 ns 1,43 1,27 3,97 1,59 1,33 4,25 1,26
1993 1,35 3,14 1,41 1,40 ns 1,50 1,32 1,46 1,42 1,41 2,42 1,18
1994 1,32 1,87 1,38 1,43 3,66 1,49 1,48 1,89 1,62 1,39 2,46 1,22
1995 1,30 1,94 1,37 1,36 2,74 1,57 1,43 1,90 1,34 1,36 2,15 1,26
1996 1,33 1,94 1,42 1,43 2,81 1,50 1,33 1,79 1,28 1,45 1,63 1,24
ns : non significatif.
Lecture : le rapport interquartile du rendement du blé tendre en 1996 est de 1,42. Cela signifie que si on exclut le quart des exploitations
dont le rendement est le plus élevé et le quart des exploitations dont le rendement est le plus faible, l’amplitude du rendement du blé
tendre est de 42 % pour les exploitations restantes.
Sources : RICA 1984-1996, modèle sur les coûts de production.
134 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10Les liens complexes entre coûts, productivité et et les consommations intermédiaires, s’est
rentabilité ressortent bien de l’analyse descriptive ajoutée la prise en compte d’effets individuels
précédente. Au-delà d’un progrès technique qui pouvant renvoyer à des notions d’efficacité
semble jouer de façon assez homogène dans le technique, ou à la capacité propre de l’exploitant à
temps – puisque la dispersion des rendements gérer sa production (Ahmad et Bravo-Ureta,
évolue peu –, les exploitations étudiées se situent 1995). On a choisi ici de formaliser la fonction de
dans différentes catégories dont les extrêmes sont, production de façon analogue, en ramenant
d’une part, les exploitations productives aux coûts cependant la production à la surface, afin de faire
unitaires faibles qui ont cherché à accroître encore apparaître le rendement (cf. encadré 2).
leur productivité après la réforme de la PAC pour
maintenir leur revenu, et, d’autre part, celles dont Au-delà de la prise en compte de l’influence des
les revenus initialement faibles se sont accrus sen- intrants et de la surface pour expliquer les rende-
siblement du fait des subventions. Une question, ments, l’introduction d’un effet individuel de cul-
parmi d’autres : les exploitations qui cherchent à ture (v ) présente plusieurs intérêts : il permetij
limiter leurs coûts en augmentant leur rendement d’inclure indirectement les autres facteurs persis-
sont-elles aussi celles qui cherchent à bénéficier tants au cours du temps, comme les sols (qualité,
au maximum des subventions ? exposition, climatologie), le capital et l’aptitude
propre de l’agriculteur à conduire ses cultures, en
d’autres termes ses techniques culturales.
Les rendements s’expliquent en partie
par les intrants et les surfaces Le travail n’est délibérément pas pris en compte.
Cette variable, peu dispersée à moyen terme,
Avant d’approfondir les liens entre productivité et notamment en grandes cultures, introduit souvent
rentabilité, il convient de mieux préciser l’origine des effets pervers dans les estimations, de par la
des gains de productivité, et notamment le rôle des faiblesse de sa variance. En revanche, sur le long
charges. Sur les données de panel dont on dispose, terme (environ 40 ans), les gains de productivité
des techniques économétriques reliant les rende- générés par la réduction du temps de travail sont
ments aux différents coûts permettent de répondre très importants (Pollina, 1997 ; Butault, 1999).
à deux questions. En premier lieu, dans quelle Ainsi, le volume de travail mesuré par le nombre
mesure un recours accru aux intrants est-il suscep- d’unités de travail annuel représente actuellement
tible d’améliorer la productivité de la culture ? En le tiers de ce qu’il était à la fin des années 50. De
second lieu, les écarts de productivité sont-ils plus, ce travail est, en France, assuré en majorité
réductibles à ces seules consommations intermé- par des non-salariés, dont il est plus difficile de
diaires ou plus probablement existe-t-il des fac- mesurer la durée réelle consacrée à l’exploitation.
teurs intrinsèques aux exploitations (sols, intensité Par ailleurs, le travail salarié ou non salarié fait
capitalistique, etc.) ? l’objet d’une évaluation à part dans l’estimation
des coûts de production (cf. annexe).
La modélisation du rendement retenue s’appa-
rente à une forme particulière de la fonction de Le modèle est testé de deux manières différentes
production, bien qu’elle s’éloigne sur certains pour chaque culture, sans effet individuel et avec
aspects des hypothèses classiques. Une spécifica- cet effet, sur la période comprise entre 1984 et
tion de type Cobb-Douglas a été choisie ici : elle a 1996 (cf. tableau 2). La comparaison des estima-
le double mérite d’être assez simple et de pouvoir teurs issus des deux méthodes d’estimation per-
être considérée comme l’approximation du pre- met d’évaluer dans quelle mesure une mauvaise
mier ordre du logarithme d’une fonction de rende- prise en compte des caractéristiques individuel-
ment quelconque. En introduisant des effets les obère l’évaluation de l’impact des charges et
individuels, Mundlak (1961) proposait, en effet, des effets d’échelle. En effet, dans l’estimation
d’estimer le logarithme de la production d’une sans prise en compte des effets individuels (ou
exploitation à une date donnée à partir du loga- encore totale), les charges sont corrélées avec les
rithme d’un facteur variable comme le travail, caractéristiques individuelles de façon significa-
d’un indicateur de la qualité des terres (facteur tive (5) .
fixe) et d’un résidu intégrant tous les aléas échap-
pant au contrôle de l’exploitant (aléas climati-
ques, par exemple). Un peu plus tard, avec le
5. Pour chaque culture, la significativité d’un effet individuel per-
développement des analyses sur données de manent a été évalué au moyen d’un test de Fisher habituel pour
lequel l’hypothèse nulle est l’absence d’effet individuel (tous lespanel, les spécifications de la fonction de produc-
v sont égaux à zéro), l’hypothèse alternative étant l’absence deijtion se sont enrichies. Aux facteurs de production contrainte sur chaque v . Quelle que soit la culture, le test rejetteij
traditionnels que sont le travail, la terre, le capital l’absence d’effet individuel.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10 135L’introduction d’un effet individuel a ainsi tendance rendement, que ne le laisse paraître le modèle toutes
à réduire l’influence des variables comme les coûts exploitations confondues. Cela signifie que les
en engrais et phytosanitaires sur les rendements de exploitations les plus productives ont structurelle-
la plupart des cultures. À culture et exploitation don- ment davantage recours à ces produits, mais que
nées, l’utilisation des engrais et des produits de pro- pour une exploitation donnée, une utilisation
tection des cultures est proportionnellement moins accrue a un effet moindre que ne le suggèrerait le
importante pour augmenter d’une quantité donnée le modèle sans effet individuel.
Encadré 2
ESTIMATION DES RENDEMENTS
Le modèle estimé se présente sous la forme suivante : des coûts en volume. En revanche, si l’évolution des prix
t()relatifs suit elle aussi un trend :pi=+1 , le modèle set
4 réécrit :Q   X ijt ijkt
   Log =+a I Log∑jt t jkS Sijt ijt   k =1 ya=+blog()zc+−( blog()1+it)t t
++c LogS v+ ε L’estimation du modèle à partir des volumes et desijt ijt ij ijt
valeurs d’intrants conduit alors à la même estimation de
où i est l’indice de l’exploitation, i celui du produit j dans la productivité de l’intrant b (1). En revanche, l’estimationj
l’exploitation i,et t le temps. k représente les différentes de l’impact du progrès technique n’est pas convergente
charges prises en compte : semences, engrais, phyto- dans la seconde estimation. Plus précisément, elle est
sanitaires, et carburant. Q est la production en quanti- surestimée si i < 0 et b > 0.
tés, S est la surface, I est une variable indicatrice de lat
date, qui décrit les tendances et sert de déflateur impli- On voit donc ici que la prise en compte d’un trend de pro-
cite pour les dépenses en valeur. La spécification loga- grès technique dans l’équation permet de « neutraliser »
rithmique permet précisément d’isoler la part volume et toute évolution tendancielle des prix relatifs. Le fait de
la part prix dans les variables en valeur, la part revenant disposer seulement de séries temporelles interdit
au prix étant prise en compte dans le coefficient a , d’où cependant l’utilisation de dummies pourjt
le rôle de déflateur implicite que joueI . X est le coût en modéliser le progrès technique ; le modèle cesseraitt k
valeur lié à l’utilisation du produit k, v est un effet indivi- alors d’être identifiable.ij
duel de culture pour l’exploitation, et ε un résidu sup-ijt
posé normal et indépendant de tout le reste. Cette restriction ne joue plus sur données de panel, comme
celles utilisées dans l’étude. Des dummies temporelles peu-
L’estimation de la productivité a donc été conduite ici à vent être introduites sans conséquences sur l’identifiabilité,
partir des variables de coût en valeur, qui conduisent ce qui est fait ici. L’équation s’écrit alors sous la forme :
aux mêmes paramètres b que les variables exprimées
en volume. Ce résultat apparemment surprenant ya ==blog()xc++uit it t i
s’explique par la présence de variables indicatrices de la
date parmi les régresseurs. ou encore, en valeurs d’intrants :
Cette propriété ne serait en général pas vérifiée sur ya ==bLog()xc++uit it t i
séries temporelles. En effet, prenons pour simplifier un
seul intrant. Soient respectivement y , x etzp= x le À nouveau, l’estimation à partir des intrants en valeurst t ttt
log du rendement, le volume d’intrant et sa valeur. Les ne perturbe pas le paramètre b, ni les u , mais conduit ài
régressions en série temporelle : une évaluation erronée du progrès technique à la date t.
Notons que, pour cette raison, on se garde bien dans
()ya=+blog x l’étude de fournir des indications sur la valeur des para-t t
mètres c issus de l’estimation.t
et
L’argumentation tient donc tant que le partage
()ya=+blog z volume-prix est homogène dans l’espace, c’est- à-diret t
que les prix relatifs évoluent de la même façon pour
n’ont en effet aucune raison de conduire à la même esti- toutes les exploitations de l’échantillon. Outre le fait
mation de b dès lors que les séries x et z diffèrent. que l’on ne dispose pas des volumes d’intrants danst t
-l’échantillon, une telle hypothèse d’homogénéité spa
Ces expressions font cependant l’hypothèse d’une tiale des évolutions de prix est assez raisonnable.
absence de progrès technique. Celui-ci pourrait être
introduit sous la forme d’un trend, tel que : 1. Cette propriété est spécifique aux cas où les prix des intrants
sont invariants dans la dimension individuelle, et aux fonctions de
rendement linéaires dans le logarithme des coûts (volumes) des()ya=+blogxc +tt t intrants spécifiés à l’aide d’une forme de type Cobb-Douglas, et
comprenant des dummies temporelles. De plus, cette spécification,
Si l’évolution du prix relatif de l’intrant est quelconque, la en fonction des coûts, ne permet pas de distinguer les effets dus aux
remarque précédente est encore valable : l’estimation à prix des intrants, des effets liés au progrès technique et aux événe-
ments climatiques concernant l’ensemble de l’échantillon.partir des coûts en valeur diffère de celle obtenue à partir
136 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 329-330, 1999-9/10

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