Economie et démographie du littoral bas-normand

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Le littoral bas-normand séduit beaucoup les retraités. La plupart viennent d'une autre région. La côte Fleurie et l'Ouest Manche sont les plus prisés. Le bord de mer attire cadres, professions libérales et fonctionnaires. Le littoral offre près d'un emploi sur cinq en Basse-Normandie. Peu d'emplois sont directement liés à la mer. Le tourisme et l'immobilier jouissent de la présence maritime. Moteur économique de la Manche, le Cotentin se relève d'une décennie difficile. La côte Fleurie et la baie du Mont-Saint-Michel s'appuient sur une économie touristique. La côte de Nacre profite du dynamisme caennais. L'Ouest Manche et la côte du Bessin optent pour la filière agricole.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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n° 134-135 - novembre 2004
Économie et démographie
du littoral bas-normand
Visages de rivages
Etendu sur 471 km, le littoral occupe une place importante en
Basse-Normandie. Certes, seules 159 communes possèdent un accès
à la mer, soit 9 % des communes bas-normandes, mais près de
250 000 habitants y vivent, soit 18 % de la population régionale.
Si la mer reste le vecteur dominant du tourisme bas-normand, elle at-
tire aussi bon nombre de jeunes seniors venus passer une paisible re-
traite vivifiante. Ici, les visages économiques sont aussi variés que les
paysages. Quoi de commun entre l'économie urbaine du Cotentin, l'é-
conomie agricole du Bessin et de l’Ouest Manche, l'économie rési-
dentielle de la côte de Nacre et de l’estuaire de l’Orne et l’économie
touristique de la côte Fleurie ? Peu de choses, en fait…
Les 159 communes et les six bandes côtières du littoral bas-normand
Cherbourg
Octeville Côte du Bessin
- 21 communes
- 10 200 habitants
- 2 900 emplois
Cotentin Côte Fleurie
- 58 communes - 19 communes
- 102 100 habitants - 41 000 habitantsBayeux
- 47 500 emplois - 17 000 emplois
Saint-Lô Caen
Lisieux
Coutances Estuaire de l'OrneOuest Manche
et Côte de Nacre- 32 communes
- 12 communes- 42 400 habitants
- 31 200 habitants- 16 000 emplois
- 6 200 emplois
Granville
Avranches
Baie
du Mont-Saint-Michel
- 17 communes
- 25 500 habitants
- 11 100 emplois Alençon
Source : Insee, recensement de la population 1999 ® Geofla © Insee - IGN 2003
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .La démographie du littoral bas-normand
Ports d'attache pour retraités
% Le littoral bas-normand séduit
beaucoup les retraités. La pluparte littoral bas-normand va t-il de- taller à l'intérieur des terres, dans des
viennent d'une autre région.
venir un territoire dédié au tou- logements aux prix plus abordables.Lrisme et habité principalement
Malgré tout, ce vieillissement n’est paspar des personnes âgées ? Bien sûr, % La côte Fleurie et l'Ouestplus rapide que dans l’intérieur des ter-comme l’ensemble du littoral français,
Manche sont les plus prisés.res. Le nombre de personnes âgées ales côtes bas-normandes axent large-
augmenté dans les mêmes proportions.ment leur développement vers le tou-
Et celui des jeunes de moins de 20 ans arisme et restent une destination % Le bord de mer attire cadres,certes diminué au cours de la décennieprivilégiée pour les installations de re-
professions libérales et fonctionnai-quatre-vingt-dix, mais moins qu’entraités. Mais le littoral ne se réduit pas à
res.Basse-Normandie (- 5,4 % contrecette image d’Epinal.
- 8 %). Il est même resté stable de la
côte de NacreàlacôteFleurie,Les 250 000 personnes qui vivent dans
plus importantes, qui souvent ne fontc’est-à-dire sur la partie du littoral quiune commune du littoral bas-normand
que quelques kilomètres pour s’instal-accueille de nouveaux jeunes ménages.sont en moyenne plus âgées qu’à l’in-
ler sur le littoral le plus proche. Ainsi,Si bien qu’entre 1990 et 1999, la popu-térieur de terres. Dans les années
un millier de ces migrants habitaientlation du littoral a augmenté davantagequatre-vingt-dix, les personnes de 60
l’agglomération caennaise en 1990que le reste de la population bas-nor-ans et plus y sont devenues plus nom-
(soit 15 % des migrations de Bas-Nor-mande (3,5 % contre 1,9 %).breuses que les moins de 20 ans. Cette
mands vers le littoral). Une centaine deinversion n’a pas encore été atteinte
Bayeusains et de Léxoviens se sontUn tiers des seniorsdans le reste de la région. En 1999, sur
installés sur la côte. Dans la Manche,le littoral, 26 % des habitants avaient choisissent le littoral
les communes de la banlieue cherbour-60 ans ou plus (23 % en Basse-Nor-
geoise fournissent les contingents lesC’est seulement au-delà de 40 ans quemandie) et 24 % moins de 20 ans (25 %
plus importants des migrants vers lele nombre d’arrivées sur le littoral ex-en Basse-Normandie). C’est sur le lit-
littoral. Les autres villes que de nom-cède celui des départs. Le solde migra-toral Ouest Manche que la proportion
breux habitants quittent pour s'installertoire redevient positif entre 40 et 59 ansdes seniors est la plus forte (presque un
au bord de la mer sont elles-mêmes très(égal à 3 % de l’effectif de cette tranchetiers de la population totale). Le Coten-
d’âge), en raisontin est dans une situation inverse (21 %
essentiellementde seniors et 27 % de moins de 20 ans) Un pic d'arrivées après 60 ans
Taux migratoires par tranche d'âged'une attractivitégrâce à la jeunesse des habitants de
25
renforcée auprèsl’agglomération urbaine de Cher-
20
d'actifs qui n'habi-bourg. Si la population vieillit, c’est
15taient pas la région.principalement parce que les habitants
10Ces déménage-qui s’installent sur le littoral sont en
5ments "longue dis-moyenne plus âgés que ceux qui en
Basse-Normandie
0tance" concernentpartent. D’une part, la côte bas-nor-
une arrivée sur -5mande attire les retraités. La popula-
deux sur le littoraltion des seniors (plus de 60 ans) a crû -10
bas-normand. Lesde 14,1 % entre 1990 et 1999, et près -15
Littoralautres arrivées sontdes deux tiers de cette croissance sont -20
des migrations dedûs aux seules migrations, surtout de
-25
proximité. Ellespersonnes âgées de 60 ans à 75 ans.
Tranches d'âge en annéessont surtout le faitD’autre part, les moins de 40 ans ont
Le taux migratoire,exprimé en %, est le rapport entre le solde des arrivées et desd’habitants des ag-plutôt tendance à quitter le littoral, soit départs de la période 1990 à 1999, et la population totale en 1999.
Source : Insee, recensement de la population 1999glomérations lespour suivre leurs études, soit pour s'ins-
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .
0-4
5-9
10-14
15-19
20-24
25-29
30-34
35-39
40-44
45-49
50-54
55-59
60-64
65-69
70-74
75-79
80-84
85-89
90-94
plus
de 95privilégié le littoral c’est-à-dire pour les personnes qui ha-Un succès au delà des frontières régionales
Taux migratoires par tranche d'âge sur le littoral Ouest Manche et la bitaient déjà en Basse-Normandie en
côte Fleurie. 1990, le choix de la destination est
75 ans et plus
Départs Arrivées Entre 1990 et 1999, moins influencé par l’ancien métier.
60-74 ans
près de 2 800 se- Les déménagements sont souvent de
40-59 ans niors se sont fixés courte distance, à l’intérieur même des
35-39 ans sur la partie cen- bassins d’emploi. La composition so-
30-34 ans traledelacôte ciale de la population migrante dépend
ouest manchoise, et donc largement de celle du bassin25-29 ans
presque autant sur d’emploi dont elles sont originaires,
20-24 ans
le littoral calvado- bien que la propension à déménager ne
15-19 ans
sien, à l’est de soit pas la même d’une catégorie so-
Moins de 15 ans l’embouchure de ciale à une autre. Ainsi, les migrations
-20 000 -15 000 -10 000 -5 000 0 5 000 10 000 15 000 20 000 l’Orne (+ 2 400). de proximité de retraités dans l’es-
départs arrivées de Bas-Normands arrivées hors région
Dans les deux cas, tuaire de l’Orne et sur la côte de Nacre
Source : Insee, recensement de la population 1999
le solde migratoire sont pour une grande part le fait d’an-
est largement posi- ciens cadres, professions intermédiai-
proches de la côte (Coutances : 140 mi- tif. C’est précisément sur ces bandes res ou employés (63 %), ce qui est le
grants, Valognes : 100, Bricquebec : littorales que l’on trouve le plus de rési- reflet de l’emploi dans le bassin de
60, Carentan : 50). dences secondaires. En fait, l’acquisi- Caen. Sur la côte Fleurie, un tiers sont
tion d’une résidence secondaire sur le d’anciens d’ouvriers, à l’image de la
Au-delà de 60 ans, les installations sur
littoral précède souvent l’installation tradition ouvrière du nord du
le littoral sont aux deux tiers le fait de
définitive. La forte croissance du parc Pays-d’Auge. Dans le Bessin, 22 % des
non Bas-Normands. Toutefois, le litto-
de résidences secondaires dans la baie installations sur le littoral sont le fait
ral est loin d’être l’unique destination
du Mont-Saint-Michel et sur la côte d’anciens agriculteurs, et dans le Coten-
des seniors s’installant en Basse-Nor-
Ouest (respectivement + 29 % et tin, ouvriers et employés dominent avec
mandie : parmi les 21 000 personnes
+ 24 % entre 1990 et 1999) annonce 60 % des migrations de proximité.
âgées de 60 ans et plus et qui se sont
sans doute la poursuite de migrations
fixées en Basse-Normandie entre 1990 Le littoral attirerésidentielles nombreuses dans les an-
et 1999, un tiers seulement a choisi le aussi des actifsnées à venir sur ces parties du littoral.
littoral. Le contingent le plus important Si le solde migratoire du littoral estEntre 1990 et 1999, la baie avait déjà
est originaire d’Ile-de-France (4 400 équilibré grâce aux personnes de 60été choisie comme lieu de résidence
personnes, soit presque les deux tiers ans ou plus, il ne faudrait pas en con-par plus de 700 seniors candidats au dé-
des migrations sur le littoral de person- clure que les personnes qui arrivent surménagement (10 % de l’effectif de la
nes de plus de 60 ans venant d’une le littoral sont surtout âgées. Plus declasse d’âge). Ce chiffre pourrait en-
autre région). Viennent ensuite les per- 31 000 actifs se sont aussi installés surcore croître dans les années à venir.
sonnes originaires des départements li- le littoral entre 1990 et 1999, accompa-
mitrophes : Seine-Maritime (420 Les retraités choisissent différemment gnés de leur famille, mais ils ont été un
arrivées), Eure (330) et Ille-et-Vilaine le lieu où ils vont passer leur retraite se- peu plus nombreux à en partir. Parmi
(200). lon la trajectoire sociale qu’ils ont eue. ces arrivants, 44 % habitaient en 1990
Ainsi, ceux qui occupaient des postes à en dehors de la Basse-Normandie.
Les retraités aiment fort potentiel de rémunération privilé- Comme on pouvait s’y attendre, cette
l’Ouest Manche gient largement la côte Fleurie. Ce sont part croît avec le niveau de qualifica-
d’ailleurs surtout d’anciens Franci- tion. Ainsi, chez les cadres, plus mobi-
Seule la bande côtière du Cotentin ne liens. En revanche, la destination favo- les, la part des nouveaux Bas-Normands
profite pas des installations de person- rite des anciens ouvriers qui dans les installations sur le littoral at-
nes âgées. Près de 2 000 personnes s’y n’habitaient pas en Basse-Normandie teint 60 %, soit deux fois plus que chez
sont installées entre 1990 et 1999, mais en 1990 est la côte Ouest Manche, et les ouvriers, où les migrations sont
autant en sont parties. En raison de son dans une moindre mesure la baie du donc plutôt de proximité.
éloignement, et peut-être de son image, Mont Saint-Michel. C’est également Entre 1990 et 1999, les cadres et les
ce littoral attire beaucoup moins que sur ces portions du littoral manchois professions dites "intermédiaires" ont
les autres bandes côtières les personnes que s’installent 60 % des anciens agri- été plus nombreux à s’installer sur le
âgées venant d’autres régions. Dans les culteurs qui viennent habiter sur le lit- littoral bas-normands qu’à en partir,
années quatre-vingt-dix, celles-ci ont toral. En cas de migration de proximité, qu’ils soient fonctionnaires ou qu’ils
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .exercent une profession libérale, scien- Le littoral attire les professions libérales
(1)tifique ou liée à la culture et l’informa- taux migratoire entre 1990 et 1999 selon la catégorie sociale (en %)
tion. A l’inverse, le solde migratoire est AGRICULTEURS
négatif pour les cadres d'entreprises. ARTISANS, COMMERCANTS, CHEFS D'ENTREPRISE
Cette situation peut être reliée aux dif- CADRES
professions libéralesficultés économiques rencontrées dans
cadres d'entreprisescertaines activités du Cotentin em-
fonction publique, professions scientifiques, culture, informationployant une forte proportion de cadres
PROFESSIONS INTERMEDIAIRESet de techniciens, comme la construc-
administratifs d'entreprise, techniciens, contremaîtrestion navale et le secteur du conseil et de
fonction publique, santé, travail social
l’assistance aux entreprises. Dans un
EMPLOYES
contexte où l’emploi hautement quali- en entreprise (commerce, services…)
fié recule, il n’est pas étonnant que les fonction publique et assimilés
départs excèdent les arrivées. OUVRIERS
ouvriers qualifiés (y.c.chauffeurs)
La côte a aussi plutôt attiré les em- non qualifiés (y.c. ouvriers agricoles)
ployés du commerce et des services,
RETRAITES
grâce à la forte croissance de ces sec- anciens agriculteurs exploitants
teurs d’activité. Près de 2 500 em- anciens artisans, commerçants, chefs d'entreprise
ployés ont emménagé sur le littoral anciens cadres
entre 1990 et 1999, soit plus de 20 % de anciennes professions intermédiaires
anciens employésl’effectif de ces professions sur la côte ouvriersen 1999. La baie du Mont-Saint-Mi-
CHOMEURS N'AYANT JAMAIS TRAVAILLEchel a particulièrement profité de cet
ELEVES, ETUDIANTS, MILITAIRES DU CONTINGENTafflux.
AUTRES PERSONNES SANS ACTIVITE PROFESSIONNELLE
Les artisans et les commerçants démé-
-20 -15 -10 -5 0 5 10 15 20nagent aussi volontiers pour fixer leur
activité sur le littoral. Entre 1990 et
Déficit migratoire Excédent migratoire1999, plus de 1 300 artisans et com-
merçants bas-normands ont fait ce
(1) Le taux migratoire, exprimé en %, est le rapport entre le solde migratoire (arrivées - départs)
choix, soit 16 % de l’effectif de ces pro- et l'effectif en 1999.
Source : Insee, recensement de la population 1999fessions en 1999 sur le littoral. L’Ouest
Manche et le littoral du Cotentin ont été
leurs destinations favorites. Le littoral fectif de ces professions en 1999), ex- déficit migratoire qui atteint 5 % des
Cotentin a surtout profité de déména- pliquent que le nombre d’artisans, de effectifs ouvriers de 1999. Entre 1990
gements de proximité, attirant peu les commerçants et de chefs d’entreprise et 1999, les départs ont concerné sur-
artisans et commerçants qui n’habi- diminue moins vite sur le littoral que tout le Cotentin, frappé par les difficul-
taient pas précédemment en dans l’intérieur des terres (- 10,7 % tés dans l’industrie et dans la
Basse-Normandie. Les migrations contre - 12,5 %). construction. Les ouvriers expliquent
d’artisans et commerçants, dont le Enfin, les ouvriers ont eu largement ainsi le déficit migratoire d’actifs du
solde est largement positif (4 % de l’ef- tendance à quitter le littoral, avec un littoral.
LES PERSONNES ÂGÉES S'INSTALLENT PLUTÔT SUR L'OUEST MANCHE ET LA CÔTE DE NACRE
Estuaire Baie du Mont
Côte fleurie Bessin Cotentin Ouest Manche
et Côte de Nacre Saint-Michel
Solde Taux Solde Taux Solde Taux Solde Taux Solde Taux Solde Taux
migratoire migratoire migratoire migratoire migratoire migratoire migratoire migratoire migratoire migratoire migratoire migratoire
Moins de 20 ans - 504 - 5 + 1213 + 16 + 39 + 2 -2 989 -11 + 123 + 1 + 4 0
20-40 ans - 664 - 6 + 995 + 13 - 178 -8 -3 893 -14 - 560 -6 - 604 -10
40-59 ans + 431 + 4 + 1 149 + 14 + 219 + 8 -1 212 -5 + 1 058 + 11 + 177 + 3
60 ans et plus + 953 + 8 + 1 142 + 15 + 241 + 8 -24 0 + 2 037 + 15 + 739 + 10
Ensemble + 216 + 1 4 499 + 14 + 321 + 3 -8 118 -8 + 2 658 + 6 + 316 + 1
Le solde migratoire (arrivées - départs) est exprimé en nombre de personnes
Le taux migratoire (solde migratoire rapporté à la population en 1999) est exprimé en %.
Source : Insee, recensement de la population 1999
. . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .Les activités sur le littoral bas-normand
Un vague effet mer
% Le littoral offre près d'un em-
ploi sur cinq en Basse-Normandie.
e littoral bas-normand concentre sez spécialisés, puisqu’ils assurent
101 000 emplois soit 19 % des 40 % de la production de mollusquesLemplois régionaux. Il respecte français (dont la coquille Saint-Jac-
ainsi la proportion de la population y ques), mais ne contribuent que modes- % Peu d'emplois sont directe-
résidant. Ce n’est donc pas un territoire tement à la pêche de poissons marins ment liés à la mer.
où l’activité économique est particu- (5 % de la production française). En
lièrement développée par rapport au outre, l’activité conchylicole s’est
restedelaBasse-Normandie. beaucoup développée depuis les an-
nées soixante-dix. En 2001, 280 entre- % Le tourisme et l'immobilier
En tout cas, la mer n’est pas le principal prises exploitent 1 650 hectares jouissent de la présence maritime.
moteur de son dynamisme écono- d’estran sur le littoral ouest du Cotentin
mique. La plupart des emplois présents (de Carteret à Granville), sur l’est du Co-
sur la côte ne sont pas liés à la proximi- tentin (de Saint-Vaast-la-Hougue à
té maritime, même si la présence de la Sainte-Marie-du-Mont), en baie des
ses de construction de bateaux de plai-mer influe sur de nombreux secteurs Veys et à Meuvaines (Calvados). Ces
sance en France contre 15,9 % pour lacomme l'hébergement-restauration, entreprises offrent l’équivalent de
Bretagne. Cependant, la croissance del'immobilier, et bien sûr les activités 1 230 emplois à temps complet.
la flottille de plaisance (51 000 unitésmaritimes comme la pêche, la cons- Environ 2 000 saisonniers sont em-
fin 1998, aux trois quarts des bateaux àtruction navale et les activités portuai- bauchés en fin d'année par ces entre-
moteur), apparaît comme un bon argu-res. La construction navale employait prises, lors du pic d'activité de la
ment pour l’implantation et le dévelop-4 200 personnes en mars 1999 (4 % des filière. Les conchyliculteurs bas-
pement d’entreprises locales. Cetteemplois) et les secteurs de la pêche et normands ont une place importante
croissance, supérieure à + 2 % par an,de l’aquaculture moins de 2 800 (3 % dans la filière française, car, s’ils
est plus forte que la croissance fran-de l’emploi du littoral). L’effet sur vendent plus de 10 000 tonnes d’huî-
çaise. Pour l’heure, ces activités s’or-l’emploi de l’activité des ports de com- tres directement aux consomma-
ganisent seulement autour d’unemerce, difficile à chiffrer précisément, teurs, ils en vendent autant à des
dizaine d’établissements de plus de dixest encore plus modeste. Les emplois exploitations situées dans d’autres
salariés, le plus souvent à Cherbourgdirects liés à cette activité (transport bassins de production (dont celui de
ou à Saint-Vaast-la-Hougue. Dans lemaritime, manutention, entreposage, Marennes-Oléron), chargés, eux,
Calvados, les trois petites entreprisesgestion d’infrastructures de transport, d’assurer finition et commercialisa-
de construction et de réparation deservices portuaires, organisation des tion du produit.
Port-en-Bessin n’emploient ensembletransports internationaux) se chiffrent
La construction navale a connu une que 40 salariés. En dehors du littoral,à moins de 700.
évolution inverse. Dominée par la l’activité se développe aussi dans la
construction militaire (laDirectiondes zone portuaire de Caen, à une enca-Les activités directement
Chantiers Navals (DCN) et les Cons- blure de la côte, où le succès deYachtsliées à la mer offrent peu
tructions Mécaniques de Normandie Industries contrebalance les difficultésd’emplois
(CMN) à Cherbourg), elle a perdu d’ACM Dufour Power. Les autres
Même si leur nombre d’emplois reste 2 500 emplois dans les années ports de la côte calvadosienne accueil-
modeste, la pêche et l’aquaculture se quatre-vingt-dix. A la différence du lent des micro-entreprises employant
portent plutôt bien. Ces secteurs éco- militaire, la réparation et la construc- de un à une dizaine de salariés, à Hon-
nomiques sont déterminants sur la côte tion de bateaux de plaisance maintien- fleur, Dives-sur-Mer et Ouistreham.
du Bessin, où ils concentrent 20 % des nent des perspectives de croissance Sans lesCMN, qui tentent elles aussi de
emplois, et, dans une moindre mesure, mais restent peu développées en s’orienter vers la grande plaisance, le
sur la côte Ouest Manche (7 % des em- Basse-Normandie. En effet, la région secteur employait 300 salariés fin 2002
plois). Les ports bas-normands sont as- accueille seulement 3,2 % des entrepri- sur le littoral.
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .à Mondeville, et à
19 % des emplois sur le littoral Cherbourg à la fin
de la décennie enPart du littoral dans l'emploi régional
selon le secteur d'activité (en %) raison de l’arrêt des
importations de vé- Qu'appelle-t-on littoral ?
Agriculture hicules Toyota. A
Dans l’étude présente, le littoral est
Industrie Cherbourg, après le
défini selon les termes de la loi
Commerce départ d’une com-
n°86-2 du 3 janvier 1986 relative à
pagnie, le traficServices non marchands l’aménagement, la protection et la
passagers s’est sta-
Ensemble des activités mise en valeur du littoral. Selon ce
bilisé autour de 1,5 texte, les communes littorales pré-Construction
million de voya- sentent les caractéristiques sui-
Services marchands geurs, loin du re- vantes :
0 510 15 20 25 cord des 1,8 million% - elles sont riveraines des mers,
Source : Insee, recensement de la population 1999 de passagers de des océans, des étangs salés ou
1995. En revanche, des plans d’eau intérieurs d’une
L’activité portuaire bas-normande pa- à Caen- Ouistreham, la mise en service superficie supérieure à mille hec-
raît assez fragile et semble avoir, pour du Mont-Saint-Michel par la Brittany tares ;
cette raison, peu contribué à entraîner Ferries a dopé l’activité voyageurs, - elles sont riveraines des estuai-
l’économie locale dans des secteurs mais en 2003 le trafic fret, lui aussi en res et des deltas lorsqu’elles sont
qui lui sont fortement liés, comme les situées en aval de la limite de sa-augmentation, était encore loin de celui
transports et la logistique, ou plus gé- lure des eaux et participent auxde 1990 (3,3 millions de tonnes contre
équilibres économiques et écolo-néralement dans les services. Le trafic 4 millions).
giques littoraux.de camions est intense à Cherbourg et à
Un impact géographique fortOuistreham, mais peu d’emplois dans La liste des communes littorales a
sur l’agriculture, le tourismele transport routier de marchandises été établie par décret en Conseil
et l’immobilieront été générés sur place. L’emploi d’Etat après consultation des
conseils municipaux concernés.basé sur le littoral ne représente en effet Si toutes ces activités liées à la mer
que 7 % de l’emploi total du secteur en Pour l’analyse statistique, le littoralconfèrent un profil particulier à l’éco-
Basse-Normandie. bas-normand a été découpé en sixnomie du littoral, l’agriculture apporte
bandes côtières présentant cha-elle aussi sa touche discrète, surtoutL’activité des quatre ports de com- cune des particularités. Troisdans la Manche. Certes, le littoral n’estmerce bas-normands (Honfleur, concernent le Calvados : la côtepas un territoire agricole par excel-Caen-Ouistreham, Cherbourg et Gran- Fleurie (19 communes), l’estuaire
lence. En raison d’une urbanisationville) a eu tendance à décliner à la fin de l’Orne et la côte de Nacre (12
plus intense, l’agriculture ne met en va-des années quatre-vingt-dix et la re- communes) et la côte du Bessin
leur que la moitié de la superficie totaleprise, soutenue par la bonne conjonc- (21 communes). Le littoral de la
sur le littoral, contre presque les trois Manche est découpé égalementture générale des années 1998 à 2001, a
quarts à l’intérieur des terres. Du coup, en trois bandes côtières : le Coten-été contrariée par la concurrence du
en 1999, l’agriculture offrait seule- tin (58 communes), l’Ouesttunnel sous la Manche. L’activité des
ment 4 % des emplois du littoral (soit Manche (32 communes) et la baieports de commerce bas-normands re-
moins de 4 000 emplois), contre 7 % en du Mont-Saint-Michel (17 commu-pose en effet sur le trafic transmanche,
Basse-Normandie. nes).tant pour le transport de marchandises
que pour celui des voyageurs. Le projet L’agriculture pratiquée en bord de mer
de liaison rapide Philadelphie-Cher- dans le Calvados est assez proche de
bourg "FastShip", destiné à donner un celle de l’intérieur des terres, combi- Mont-Saint-Michel. D’autre part, trois
second souffle au port manchois, ne nant grande culture et élevage bovin, bassins de production légumière (le
s’est, à ce jour, pas encore concrétisé. alors que celle du littoral manchois pré- Val de Saire, la côte Ouest et la Baie) y
Du coup, le trafic a varié au gré de la sente de fortes particularités. D’une concentrent 60 % de la superficie légu-
conjoncture et des décisions des part, l’élevage ovin y est très dévelop- mière de Basse-Normandie. Les pro-
compagnies. Au début des années pé (14 % du cheptel ovin de ductions phares (carottes, choux-
quatre-vingt-dix, par exemple, le trafic Basse-Normandie), plus de la moitié fleurs, poireaux, pommes de terre pri-
marchandises a connu une baisse à des animaux étant élevés sur les fa- meurs, salades) y profitent d’un climat
Caen, après l'extinction de la sidérurgie meux "prés salés" de la baie du favorable, de précipitations bien répar-
. . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .de Cherbourg-Octeville. Les capacités
Les activités de service
d’accueil du réseau marchand (hôtels,et le commerce sont mieux représentées sur le littoral
(1) campings, gîtes, centres de vacan-
Indice de spécificité par secteur d'activité (hors pêche, construction navale
(2) ces…) étaient estimées à 110 000 per-et production de combustibles ) et nombre d'emplois en mars 1999
sonnes à la fin des années
Hôtels, restaurants 5 920 quatre-vingt-dix, et celles des résiden-
1 330Eau, gaz, électricité
ces secondaires à 140 000 personnes
2 350Loisirs, sport, culture
(soit, pour chaque type d’héberge-
Conseil-assistance aux entreprises 4 780
ment, environ 60 % de la capacitéImmobilier 1 270
bas-normande totale). Les retombéesEquipements électriques 790
économiques sont évidemment impor-Administration publique 10 280
Services personnels 2 930 tantes. Cœur de la filière touristique,
Activités plus7 780Commerce de détail, réparation les secteurs de l’hôtellerie et de la res-
représentées1 950Mécanique tauration offraient ainsi 5 900 emplois
sur le littoral qu'en
Services opérationnels aux entreprises 4 090 en mars 1999, soit 5,5 % desBasse-Normandie
6 290Construction du littoral, et les secteurs des loisirs, du
1 880 Commerce et réparation automobile
sport et de la culture employaient quant
11 790 Santé, action sociale
à eux près de 2 400 personnes. Un tiers
6 800 Education
des emplois bas-normands de ces sec-
790 Chimie, caoutchouc, plastiques
Activités moins teurs se trouvent sur le littoral. Cette2 480 Transportsreprésentées sur
proportion a augmenté au cours de la1 130 Activités associativesle littoral qu'en
2 610 Commerce de gros décennie quatre-vingt-dix, les créa-Basse-Normandie
1 150 Postes et télécommunication tions d’emplois étant plus nombreuses
1 440 Activités financières qu’à l’intérieur des terres. Sur le litto-
2 840 Agroalimentaire ral, la croissance de l’emploi a atteint
Pharmacie, parfumerie, entretien230 en effet 10 % dans les hôtels et les res-
370 Habillement, cuir taurants entre 1990 et 1999 et 62 %
390 Produits minéraux
dans les loisirs, le sport et la culture,
120 Sylviculture
contre respectivement 7 % et 47 % en
1 000 Métallurgie
Basse-Normandie. L’emploi saison-3 510 Agriculture
nier est également très important : ain-390 Edition, imprimerie, reproduction
si, entre le creux de l’hiver et le boom450 Bois-papier
Equipements du foyer710 de l’été, l’emploi salarié dans les hôtels
80 Textile et les restaurants progresse de 30 % à
90 Recherche 40 % suivant les années. L’effet sai-
Automobile390 sonnier est moins accentué dans le sec-
110 Composants électriques et électroniques teur du sport, de la culture et des loisirs,
mais il est loin d’être négligeable,-120 -100 -80 -60 -40 -20 0 20 40 60 80 100 120
(1) Indice de spécificité (i) : pour un secteur donné, i = (part de l'emploi dans ce secteur sur le littoral puisque 10 % à 20 % d’emplois supplé-
/ part de l'emploi dans ce secteur en Basse-Normandie) * 100 - 100. Un indice égal à zéro signifie mentaires sont proposés en été.
qu'un secteur a le même poids sur le littoral et en Basse-Normandie.
(2) Le littoral concentre en outre 91 % des emplois de la pêche et de l'aquaculture, 93 % des emplois L’immobilier profite lui aussi de l’at-
de la construction navale et 98 % des emplois de la production de combustibles.
tractivité du littoral. Sur la côte, les
Source : Insee, recensement de la population 1999 agences immobilières du littoral of-
frent près de 30 % des emplois bas-nor-
ties dans l’année et de la composition lieu, le tourisme. Le littoral profite au- mands du secteur (soit près de 1 300
des sols. Ces productions littorales pla- tant de ses plages pour attirer massive- emplois en 1999, dont 44 % sur la seule
cent la Manche au rang de deuxième ment les touristes en été que du fait que côte Fleurie). La forte demande de lo-
département français producteur de les principaux sites visités se trouvent gements, notamment de résidences se-
poireaux, de troisième pour les carottes sur la côte : ce sont par exemple le ci- condaires, favorise l’installation de
et de sixième pour les choux-fleurs. metière américain de Colle- nombreuses petites agences. A la fin
ville-sur-Mer, le Mont-Saint-Michel, des années quatre-vingt-dix, le taux de
D’autres activités tirent partie de la le musée du débarquement d’Arro- vacance des logements sur le littoral
géographie. C’est bien sûr, en premier manches-les-Bains ou la Cité de la mer (4,6 %) restait inférieur à celui constaté
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .à l’intérieur des terres (5,7 % et même
3,5 % seulement sur la côte Fleurie),
Pourquoi une étude sur le littoral ?indice d’une plus grande tension sur le
marché immobilier en bordure de mer. Le littoral bas-normand n’avait pas fait l’objet d’étude depuis
celle réalisée par le Conseil économique et social en 1997. Le
L’agroalimentaire,
littoral était considéré à l’époque "comme espace actif, en permanente évolu-
l’électronique tion et certainement porteur de perspectives de développement mais aussi
et l’automobile de conflits ou d’incertitude" ("Les utilisations de la bande littorale bas-nor-
mande", CESR, juin 1997). Sept ans après, il convenait de faire le point et deboudent le littoral
ré-examiner les particularités de cette bande côtière longue de 471 km. L’é-
Deux grandes tendances caractérisent tude réalisée par l’Insee dans cet esprit s’inscrit dans une démarche de parte-
toutefois fortement la bande côtière nariat engagée au sein de la préfecture de Région Basse-Normandie sur le
bas-normande. champ des études. Un comité de pilotage associant divers organismes pu-
blics (la Préfecture de Région (SGAR) de Basse-Normandie, le conseil régio-La première, favorable au dynamisme
nal de Basse-Normandie, les services de l'Equipement deéconomique, est la croissance plus la direction de l'Environnement de Basse-Normandie, la
forte, près de la mer, des secteurs d’ac-
direction régionale des Affaires sanitaires et sociales de
tivité liés au tourisme et aux loisirs, et,
la des maritimes de Basse-Normandie, la déléga-
plus généralement, des services aux
tion régionale au Tourisme de Basse-Normandie) a assuré le suivi des tra-
particuliers. Cette expansion pour- vaux et a orienté les réflexions. Ce numéro de la revue Cent pour Cent
rait-elle être encore plus forte ? Tou- Basse-Normandie est un condensé de deux rapports plus complets consulta-
jours est-il que, dans l’hôtellerie et la bles à l’Insee.
restauration, entre 1990 et 1999 elle est
restée inférieure à celle du littoral du
nord de la Bretagne, l’augmentation mière de Créances. Paradoxalement, mand compense certes cette faiblesse
des effectifs ayant été de + 15 % en les produits de la mer sont pour leur par une forte implantation dans la mé-
Bretagne Nord contre + 10 % pour le part très peu transformés sur place. La canique. Mais ce dernier secteur, outre
littoral bas-normand, avec des fluctua- différence est nette avec la Bretagne : le fait qu’il reste extrêmement concen-
tions saisonnières identiques. Certai- alors que les effectifs de l'industrie tré dans le Cotentin, semble être entré
nes zones littorales bas-normandes agroalimentaire ont baissé sur les riva- dans une spirale de déclin en raison de
semblent encore peu équipées en hô- ges bas-normands, le littoral nord bre- l’essoufflement des commandes des
tels, comme l’Ouest Manche, avec seu- ton, lui, a profité pleinement du grands donneurs d’ordre. Là encore, la
2
lement 16 hôtels pour ses 331 km .En dynamisme de sa première branche in- différence avec la Bretagne Nord est
revanche, la croissance est très légère- dustrielle : les effectifs y ont crû de 6 % nette, puisque c’est précisément dans
ment plus accentuée dans le secteur des entre 1990 et 1999. la décennie quatre-vingt-dix que l’é-
loisirs (+ 62 % en Basse-Normandie L’automobile, ensuite, est embryon- lectronique y a fait sa percée, pour le
contre 58 % en Bretagne Nord). naire sur le littoral, représentée seule- plus grand bonheur du littoral qui a vu
ment par la branche de la carrosserie ses effectifs dans ce secteur bondir deLa seconde caractéristique, à inscrire
industrielle, dans le Sud Manche. près de 80 %. Le littoral de Bretagnecette fois au passif du littoral, est le
Quant à l’électronique, enfin, elle a été Nord, parsemé de nombreuses grandesfaible rôle, sur la côte, des secteurs in-
réduite à une peau de chagrin sur le lit- villes à la différence du littoraldustriels phares de Basse-Normandie,
toral au fur et à mesure des désengage- bas-normand, a montré une capacité àl’agroalimentaire, l’automobile et l’é-
ments des grands groupes et des échecs attirer des activités nouvelles qui alectronique. Concernant l’agroalimen-
de PME prometteuses (Alcatel à Quer- manqué en Basse-Normandie. La Bre-taire, tout d’abord, l’Ouest Manche
queville, Akaï puis CS Electronics à tagne Nord se bat aujourd'hui pour lesconstitue une exception bienvenue
Honfleur, Nomaï à Avranches). Fin conserver et préserver ainsi un poten-grâce au développement de la Société
2002, ce secteur ne concentrait plus tiel de développement pour les annéesLégumièreduCotentin (SOLÉCO),au
que 200 emplois. Le littoral bas-nor- à venir.cœur du bassin de production légu-
. . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .Six portions de littoral, six visages
Vents en sens contraires
en bord de mer % Moteur économique de la
Manche, le Cotentin se relève d'une
décennie difficile.
première vue, les années puient sur des déséquilibres ou des
quatre-vingt-dix semblent atouts particuliers, notamment ceux du % La côte Fleurie et la baie duAavoir été difficiles pour le litto- bassin d’emploi qui les englobe, qu’ils
Mont-Saint-Michel s'appuient sur
ral bas-normand, puisque l’emploi y a soient anciens ou apparus plus récem- une économie touristique.
baissé de 3 % entre 1990 et 1999 alors ment.
qu’il a augmenté de 1,3 % dans le reste
Ainsi, l’agglomération caennaise jouede la Basse-Normandie. Cette position % La côte de Nacre profite du dy-
le rôle de locomotive dans le Calvadospeu enviable apparaît encore plus net- namisme caennais.
et la frange côtière proche (côte detement si l’on exclut l’agriculture,
Nacre et estuaire de l’Orne) en profite àl’emploi régional croissant alors de
plein. Dans le Bessin, le lien est égale-7 % dans l’intérieur des terres et bais- % L'Ouest Manche et la côte du
ment fort entre la côte et l’arrière-pays.sant de 1,6 % sur le littoral. Bessin optent pour la filière agri-
L’agriculture est encore très présente
cole.
dans tout le bassin d’emploi, y comprisEn fait, seul le littoral Cotentin a vérita-
sur le littoral, les parcelles étant culti-blement connu des difficultés écono-
vées jusqu’au bord des falaises domi-miques sérieuses, même si certaines
nant le mer. Par conséquent, le recul deétaient prévisibles après l'euphorie des dant de l’industrie dans cette partie de
l’emploi agricole explique largementgrands chantiers. Près de 6 000 emplois territoire. Largement dominée par les
celui de l’emploi total sur la bande cô-y ont disparu entre 1990 et 1999 chantiers navals et le secteur de l’é-
tière. Dans le Cotentin en revanche,(-11,5 %). La côte du Bessin a bien per- nergie (avec la DCN, les CMN, Coge-
l’essentiel des emplois se trouvent surdu elle aussi quelques dizaines d’em- ma, EDF Flamanville), qui font appel
la bande littorale, de Cherbourg-Octe-plois, mais, en revanche, le reste de la eux-mêmes à de nombreux sous-trai-
ville à Flamanville, en passant parcôte offre nettement plus d’emplois en tants dans les domaines de la méca-
Beaumont-Hague. Du coup, les diffi-1999 qu’en 1990. Une croissance mo- nique et de la métallurgie, cette
cultés économiques du littoral sontdérée dans la baie du Mont Saint-Mi- industrie a perdu plus de 4 000 emplois
perçues comme étant celles de l’en-chel (+ 3,5 %), sur la côte Ouest entre 1990 et 1999, le quart des effec-
semble du bassin d’emploi de Cher-Manche (+ 5,2 %) et la côte Fleurie tifs de 1990. Il en restait 12 400 en
bourg, alors que l’intérieur des terres(+5,1%), et très forte sur la partie cen- 1999. Le littoral du Cotentin est ainsi le
voit lui son nombre d’emplois croître.trale du Calvados (+ 17,8 % sur la côte seul véritable pôle industriel de la
de Nacre, + 13,5 % dans l’estuaire de côte : un atout essentiel dans une éco-
Sur le littoral Cotentin, l’économie al’Orne). C’est que, à l’image de ses nomie locale en profonde mutation.
été façonnée par la construction navalepaysages, le littoral bas-normand pré- D’autant que si les difficultés l’ont em-
puis par la filière électronucléaire.sente des visages économiques très dif- porté dans les années quatre-vingt-dix,
Incluant l’agglomération cherbour-férents. un redressement est intervenu dès
geoise, la deuxième de Basse-Nor- 1998.
mandie en nombre d’habitants, laFaçades multi facettes
bande côtière concentre près de la moi- La côte Fleurie possède également
Si la géographie a une influence forte tié des emplois de l’ensemble du litto- une tradition industrielle qui a elle aus-
sur certaines activités économiques, de ral bas-normand et constitue par si fortement décliné. En 1999, l’in-
l’est de la côte du Calvados au Sud conséquent un pôle d’activité impor- dustrie y faisait encore vivre 2 500
manchois, les bandes littorales tant. Plus d’un quart de ces emplois personnes (soit 14,6 % des emplois de
bas-normandes conservent cependant sont dans l’industrie, la part de ce sec- la bande littorale, et 12,4 % de moins
des logiques de développement pro- teur dépassant à peine 20 % en qu’en 1990), notamment dans la métal-
pres. Difficultés ou dynamisme s’ap- Basse-Normandie. C’est dire l’ascen- lurgie, le bois et la fabrication de meu-
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .bles, secteurs fixés de longue date à présence de gran-
Évolution de l'emploi entre 1990 et 1999Dives-sur-Mer et Honfleur, ou la cos- des plages de cette
dans l'industriemétique, d’implantation récente. Si partie du littoral.
l’emploi total progresse sur la côte Elles sont enfin,
Côte Fleurie
Fleurie (+ 7 %), c’est en raison de la semble-t-il, le ré- Estuaire de l'Orne et Côte de Nacre
Côte du Bessinpart écrasante du tertiaire dans cette sultat du déplace-
Cotentinpartie de territoire (plus de trois em- ment de certaines
Ouest Mancheplois sur quatre) et du dynamisme de activités, par
Baie du Mont Saint-Michel
celui-ci. Ses points forts sont en effet le exemple le com-
Ensemble du littoral
tourisme, les loisirs, le commerce, les merce. En effet, Hors Littoral
Basse-Normandieservices aux particuliers et l’immobi- l’emprise des gran-
lier. Tous ces secteurs ont connu une des surfaces crois- -30 -25 -20 -15 -10 -5 0 5
%évolution encore plus favorable sur la sant dans l’agglo-
dans le commercecôte Fleurie que sur le reste du littoral. mération caen-
C’est dire que, sur cette partie du terri- naise, la côte la
Côte Fleurie
toire, la croissance ne change pas d’ai- plus proche paraît
Estuaire de l'Orne et Côte de Nacre
guillage. L’agriculture et la pêche sont être devenue une Côte du Bessin
presque reléguées au rang des souve- zone de résistance Cotentin
Ouest Manchenirs, n’offrant pas même, ensemble, pour le petit com-
Baie du Mont Saint-Michel3 % des emplois de la bande côtière. merce. Alors que
Ensemble du littoral
L’activité fluctue très fortement au gré presque partout le
Hors Littoral
du remplissage des hôtels et des rési- petit commerce re- Basse-Normandie
dences secondaires. C’est en effet dans cule, les effectifs
-25 -20 -15 -10 -5 0 510 15
%cette partie du littoral que les capacités de cette profession
d’accueil sont les plus vastes : pour résistent mieux sur
dans les services marchandscent résidents permanents, le réseau la côte de Nacre et
marchand peut accueillir potentielle- dans l’estuaire de Côte Fleurie
ment une soixantaine de résidents de l’Orne. Leur baisse Estuaire de l'Orne et Côte de Nacre
Côte du Bessinpassage et les résidences secondaires est de 5 % alors que
Cotentinprès de 170 personnes supplémentai- le nombre de com-
Ouest Mancheres. Autrement dit, les capacités de lo- merçants a chuté de
Baie du Mont Saint-Michel
gement permettraient un triplement de 11 % sur l’en- Ensemble du littoral
population au cœur de l’été. semble du littoral, Hors Littoral
Basse-Normandiede 11 % également
L’agglomération caennaise dans le bassin de -20 -10 0 10 20 30 40
%dynamise la côte Caen et de 14 % en
Source : Insee, recensements de la population 1990 et 1999Basse-Normandie.
La côte de Nacre et l’estuaire de Au final, dans le
l’Orne doivent beaucoup, pour leur commercededé-
part, au dynamisme de l’aggloméra- ral (surtout la bordure côtière des can-tail, les effectifs salariés et non salariés
tion caennaise. En 1999, cette portion tons de Trévières et d’Isigny-sur-Mer),ont augmenté de 1 % entre 1990 et
de littoral offre plus de 6 000 emplois et il subit l'effet sur l’emploi de la trans-1999 dans l’estuaire de l’Orne et sur la
la progression entre 1990 et 1999 a été formation de l’agriculture.côte de Nacre alors qu’ils ont baissé en
très vive : + 17,4 %. Le commerce et les moyenne de 3 % sur le littoral. Offrant Toutefois, malgré la perte de presque
services tirent cette forte croissance. 16 % des emplois de la côte de Nacre et 200 emplois agricoles entre 1990 et
Les créations d’emplois y sont d’abord de l’estuaire de l'Orne, contre 13 % 1999, soit une baisse record de 43 %, la
la conséquence de l’augmentation de la seulement en Basse-Normandie (hors bande côtière du Bessin reste un espace
population résidant en permanence sur emplois saisonniers de l’été), le com- où l’agriculture pèse lourd (8,3 % du-le territoire mais travaillant dans l’ag merce maintient donc une place pri- total des emplois, contre 3,9 % pour
glomération caennaise. C’est le cas mordiale dans cette bande côtière. l’ensemble du littoral et 7,2 % en
dans les services, et en particulier dans
Basse-Normandie).La côte du Bessin présente les avanta-les services collectifs. Elles sont aussi,
ges et les inconvénients de sa situation Mais ce territoire profite égalementdans une moindre mesure, la retombée
géographique. En tant que territoire ru- pleinement de sa situation littorale. Ladu tourisme de masse favorisé par la
. . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 134-135. . . . . . . . . . .

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