Deux fois moins de femmes au foyer qu'il y a 20 ans

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En l'espace de 24 ans, le marché de l'emploi a connu un afflux supplémentaire de 154 000 femmes. De plus en plus diplômées, elles ont investi le tertiaire, abandonnant progressivement les emplois faiblement qualifiés de l'industrie. Bien que les charges familiales constituent toujours un frein à leur activité professionnelle le nombre de femmes au foyer a fortement décliné. Le temps partiel est souvent une manière de concilier travail domestique et emploi extérieur. C'est encore plus vrai dans le Bade-Wurtemberg où la garde des enfants constitue souvent un casse-tête pour les parents.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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EMPLOI
Deux fois moins de femmes au foyer
qu’il y a 20 ans
En 1999, la population active alsa-
cienne comprenait 822 500 personnes,
dont 367 000 femmes.
sions de ce changement de com-En l’espace de 24 ans, Le taux d’activité des femmes de 15 à
portement sur l’équilibre du 65 ans atteignait 63 % en Alsace, 62 %le marché de l’emploi a connu
marché de l’emploi ont été très en moyenne française et 67 % dans le
un afflux supplémentaire
sensibles, d’autant plus qu’il Bade-Wurtemberg.
de 154 000 femmes. En Alsace, le travail à temps partielconcernait surtout les femmes
concernait 32 % des emplois fémininsDe plus en plus diplômées, issues de la génération du
en 1999, contre 23 % en 1990. Dans lebaby-boom.elles ont investi le tertiaire, Bade-Wurtemberg, il représente 45 %
De plus en plus nombreuses à en- des emplois féminins.abandonnantprogressivement
trer dans la vie active, les Alsa-
les emplois faiblement
ciennes y restent aussi de plus en
qualifiés de l’industrie. plus longtemps. En règle géné-
d’intense activité des femmesBienqueleschargesfamiliales rale, leur carrière professionnelle
débute aujourd’hui plus tardive- s’est progressivement déplacéeconstituenttoujoursunfrein
au-delà de 25 ans. Cependant,ment que par le passé, mais par laà leur activité professionnelle,
suite, les phases d’interruption phénomène nouveau, ce taux
le nombre de femmes au foyer d’activité se maintient à un niveausont plus courtes. Jusqu’aux an-
a fortement décliné. nées 80, c’est à l’âge de 20-24 ans très élevé jusqu’à l’âge de 50 ans.
Ainsi, en 1999, plus de 8 femmesLe temps partiel est souvent que la proportion de femmes pro-
fessionnellement actives était la sur 10, âgées de 25 à 50 ans, seune manière de concilier
déclaraient actives (occupées ouplus élevée. Avec l’allongement detravail domestique et emploi
à la recherche d’un emploi).la durée des études, la période
extérieur. C’estencoreplus
vraidansleBade-Wurtemberg 8 femmes sur 10, âgées de 25 à 50 ans, se déclaraient actives en 1999
où la garde des enfants
90
Taux d'activité des femmes (en %)constitue souvent un
80casse-tête pour les parents.
1999
70
1990
60Entre 1975 et 1999, la population
1982
alsacienne a progressé de 14 % et 50
la population active masculine a 1975
40augmenté dans les même propor- 1962
tions. En revanche, la population
30
active féminine a fait un bond de
72 %, passant de 213 000 à 20
367 000 personnes. Les répercus-
10
0
15-19 ans 20-24 ans 25-29 ans 30-34 ans 35-39 ans 40-44 ans 45-49 ans 50-54 ans 55-59 ans 60-64 ans
Taux d'activité : rapport entre le nombre d'actives (actives ayant un emploi + chômeuses)
et la population féminine du même âge.
3Chiffres pour l'Alsace · revue n° 16 · septembre 2003
Source : Insee, recensements de la populationEMPLOI
Évolution du taux d'activité et du taux d'emploi
dans la population de 15 à 65 ans
100
En %
90
Taux d'activité des hommes
80
Taux d'emploi des hommes plois supplémentaires en 9 ans70
dans la région. Mais cette fois, il
60
Taux d'activité des femmes touche davantage les hommes
50
que les femmes : 12 500 chô-Taux d'emploi des femmes
40
meurs et 3 800 chômeuses de
30
plus entre 1990 et 1999.
20
329 000 femmes exerçaient effec-
10
tivement une activité profession-
0
nelle en 1999. Cela représente un1962 1968 1975 1982 1990 1999
gain voisin de 50 000 emplois parTaux d'activité : rapport entre le nombre d'actifs (y.c. chômeurs) et la population totale de la tranche d'âge.
rapport à 1990, alors que leTaux d'emploi : rapport entre le nombre d'actifs ayant un emploi et la population de la tranche d'âge se déclarant active.
nombre de postes de travail occu-
Face au travail, les femmes ont des fermetures d’usines et des dé- pés par les hommes n’a augmenté
donc adopté un comportement de localisations dans des secteurs où que de 14 000. Malgré ce rééquili-
plus en plus proche de celui des les femmes étaient très présentes brage, le chômage des femmes
hommes. Dans la population ac- et occupaient des emplois peu reste encore nettement supérieur
tive, la proportion de femmes, qui qualifiés (notamment, dans le tex- à celui des hommes (10,4 %,
n’était encore que de 35 % en tile-habillement, les composants contre 7,2 %). Elles sont 38 000 à
1975, est passée à 45 % en 1999. électriques et électroniques). Pen- se déclarer chômeuses, les caté-
Dans la tranche d’âge de 15 à 65 dant cette période, un contingent gories les plus touchées étant les
ans, le taux d’activité atteint 63 % supplémentaire de 100 000 fem- ouvrières (1 sur 7) et les em-
pour les femmes et 76 % pour les mes s’est présenté sur le marché ployées (1 sur 9).
hommes. de l’emploi, mais 27 000 d’entre el-
les n’ont pas trouvé d’embauche, Les femmes
d’où une croissance beaucoup investissentUne décennie 90-99
plus forte du chômage féminin que le tertiairetrès favorable
du chômage masculin.à l’emploi féminin
Après 1990, le chômage continue, Le bilan de la période 1990-1999
Longtemps, le taux d’activité des certes, d’augmenter malgré la montre qu’environ 5 000 emplois
Alsaciennes était inférieur à celui création de plus de 60 000 em- féminins ont été perdus dans
des habitantes de la plupart des
En1999, plus d'une femme sur deux occupe un emploiautres régions. Durant les années
Répartition des femmes de 15 à 65 ans par statut en Alsace90, le retard a été entièrement
comblé, au point que la situation 600 000
Nombre de femmess’est légèrement inversée. En 9
ans, le taux d’activité féminin a 500 000
augmenté de 7 points en Alsace,
400 000tandis qu’au niveau national, il n’a
progressé que de 4 points.
300 000
De fait, en Alsace, la décennie
90-99 s’est révélée beaucoup plus 200 000
favorable à l’emploi féminin que la
100 000précédente. Les années 75 à 90
avaient en effet été marquées par
0
1962 1968 1975 1982 1990 1999
Chômeuses Étudiantes Retraitées
Autres inactives (femmes au foyer) Actives ayant un emploi
4 Chiffres pour l'Alsace · revue n° 16 · septembre 2003
Source : Insee, recensements de la population
Source : Insee, recensements de la populationEMPLOI
De plus en plus de femmes dans les professions intermédiaires
et chez les cadres
60
En % des actives
Employées
50
l’industrie, mais que les femmes
40
ont trouvé 54 000 emplois nou-
veaux dans le tertiaire, dont
3023 000 dans les secteurs de la
santé et de l’éducation. Ouvrières
Les femmes hésitent aussi de 20
Professions intermédiaires
moins en moins à franchir la fron-
tière pour travailler en Allemagne
10
ou en Suisse, où leurs secteurs de Cadres
Travailleuses-indépendantesprédilection sont, comme en
AgricultricesFrance, la santé et le commerce 0
1982 1990 1999(6 000 de plus en 9 ans). Elles re-
présentent aujourd’hui un tiers
des 70 000 frontaliers alsaciens. chômeuses et un tiers des fem-
Un nombre croissant de femmes mes au foyer se déclaraient nonFormation
se tourne vers des emplois non diplômées en 1999 ; à l’inverse,et temps partiel :
salariés. En 1999, 17 000 femmes parmi les femmes qui occupaientdes clés pour l’emploi
sont des travailleurs-indépen- un emploi, on n’en comptait
dants ou employeurs. Elles se sont Pour l’insertion des femmes dans qu’une sur 10.
installées comme infirmières libé- le monde du travail, l’élévation du Dans l’ensemble, le niveau de for-
rales ou ont ouvert un cabinet mé- niveau de formation a joué un rôle mation des femmes est au-
dical (12 %) ; elles dirigent un sa- déterminant. Alors qu’il y a 40 ans, jourd’hui plus élevé que celui des
lon de coiffure, un commerce, un 6 femmes sur 10 ne détenaient au- hommes.Elles sont plus nombreu-
café, un restaurant, un hôtel cun diplôme, elles n’étaient plus ses à avoir poussé leurs études
(38 %) ; beaucoup se retrouvent à que 3 sur 10 en 1990, et 2 sur 10 jusqu’au baccalauréat - pour 100
la tête d’une exploitation agricole, en 1999. Dans la recherche d’un femmes ayant le bac ou plus, on
succédant souvent à leur mari re- d’emploi, l’absence de diplôme ne compte que 85 hommes - mais,
traité (12 %). s’avère un handicap : un quart des revers de la médaille, leur forma-
tion reste souvent générale, moins
39 % des femmes entre 15 et 65 ans
orientée vers des qualifications
ont un niveau égal ou supérieur au baccalauréat techniques : pour 100 femmes
ayant un CAP ou un BEP, on dé-50
En %
nombre 125 hommes.
Si la formation a été une clé d’ac-
40 cès à l’emploi, le développement
du travail à temps partiel y a large-
ment contribué. Chez les hom-30
mes, le temps partiel reste excep-
tionnel, avec à peine 4 % des em-
20 plois ; chez les femmes, il est
perçu souvent comme une oppor-
tunité permettant de concilier acti-10
vité professionnelle et contraintes
0
15-19 ans 20-24 ans 25-29 ans 30-34 ans 35-39 ans 40-44 ans 45-49 ans 50-54 ans 55-59 ans 60-65 ans
Sans diplôme BAC et études supérieures
5Chiffres pour l'Alsace · revue n° 16 · septembre 2003
Source : Insee, recensement de la population de 1999
Source : Insee, recensements de la populationEMPLOI
La garde des enfants : un casse-tête outre-Rhin
Dans le Bade-Wurtemberg aussi, le comportement des femmes, concernant le travail, se
rapproche de celui des hommes. Les femmes actives de 15 à 65 ans représentent actuelle-
ment 44 % de la population active totale du Land, en augmentation de 3 points par rapport à
1990. Toujours dans la même tranche d’âge, leur taux d’activité moyen se situe à 67 %,
contre 63 % en Alsace, et le taux de chômage des femmes y est nettement moins élevé
(respectivement 5,6 et 10,4 %).
Ce qui distingue le plus les Bade-Wurtembergeoises des Alsaciennes, s’agissant de l’acti-
vité professionnelle, c’est le déroulement de la carrière avec l’âge. Outre-Rhin, l’entrée Malgré ces contraintes, pourtant,
dans la vie active se fait plus tôt et elles quittent le monde du travail plus tard. Entre-temps, le nombre de femmes au foyer a
elles abandonnent plus souvent qu’en Alsace leur poste de travail pour élever les enfants.
considérablement diminué auEntre 15 et 19 ans, le taux d’activité des Bade-Wurtembergeoises s’élève à 30 %, soit un
taux trois fois plus élevé que celui des Alsaciennes du même âge ; cela tient en grande cours des vingt dernières années.
partie au système scolaire qui oriente plus précocement vers un métier. Entre 60 et 65 ans,
Avec ou sans enfants, elles étaient20 % des Bade-Wurtembergeoises sont encore actives, alors que les Alsaciennes ne sont
plus que 10 %. En revanche, dans les âges intermédiaires (25 à 39 ans), quand naissent les encore 200 000 au recensement
enfants, leur taux d’activité est plus faible que celui des Alsaciennes (77 %, contre 81 %).
de 1982 ; elles ne sont plus que
Curieusement, l’impact des charges familiales est donc plus fort de l’autre côté du Rhin, 105 000 en 1999, soit 18 % de
malgré un taux de fécondité nettement plus faible. En outre, le travail à temps partiel y est
l’ensemble des femmes de 15 à 65plus répandu qu’en Alsace (45 % des actives occupées, contre 32 %). Le manque de struc-
tures d’accueil pour jeunes enfants, qu’il s’agisse de crèches, de places auprès d’assistan- ans. Ce taux place l’Alsace dans la
tes maternelles ou de jardins d’enfants, pèse à l’évidence sur le taux d’activité. À l’âge sco-
moyenne des autres régions, horslaire, la garde des enfants demeure un casse-tête, dans la mesure où le système d’ensei-
gnement concentre l’essentiel des activités sur la première partie de la journée, libérant les Île-de-France, où il n’est que de
élèves l’après-midi. Ce sont là autant de contraintes qui incitent de nombreuses mères de
13 %.
famille à rester au foyer ou à opter pour un aménagement de leur temps de travail.
Monique SCHMITT
Daniel WAHLfamiliales. Ainsi, une femme active 54 % des mères de famille sont
sur 3 travaille aujourd’hui à temps actives, contre 64 % dans les cou-
partiel. En 1990, on n’en comptait ples.
qu’une sur 4 et, signe des temps,
les recensements antérieurs ne
Dans les couples, le taux d'activité de la femme
s’intéressaient pas à ce phéno-
diminue avec l'arrivée du troisième enfantmène.
Les charges familiales :
3 enfantsun frein à l’activité
professionnelle
2 enfants
Les contraintes familiales consti-
tuent toujours un frein à l’activité
un enfantprofessionnelle des femmes, sur-
tout lors de l’arrivée du troisième
0 102030 4050607080
enfant. Dans les couples avec
Taux d'activité en %deux enfants, 70 % des conjointes
sont actives ; avec trois enfants, el-
les ne sont plus que 46 %.Lorsque Une majorité des mères de trois enfants reste au foyer
les charges familiales se doublent
80 000
Nombre de ménagesd’une absence de formation de la
70 000
mère, l’arbitrage en faveur de l’em-
60 000
ploi sera d’autant plus difficile. Le
50 000
poids des charges familiales est
40 000
encore plus fort pour les mères qui
30 000
élèvent seules leurs enfants. Dans
20 000
les ménages monoparentaux, 10 000
0
couple avec enfants, couple avec enfants, ménage monoparental, ménage monoparental,
mère au foyer* mère au foyer*mère avec emploi mère avec emploi
1 enfant 2 enfants 3 enfants et +
* l'effectif des mères au foyer (108 000) comprend ici, outre les femmes au foyer,
les chômeuses et les retraitées (avec enfants )
6 Chiffres pour l'Alsace · revue n° 16 · septembre 2003
Source : Insee, recensement de la population de 1999 Source : Insee, recensement de la population de 1999

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