Emploi, chômage et non-activité : une analyse des transitions sur le marché du travail allemand

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Les rigidités du marché du travail sont souvent avancées pour en expliquer les dysfonctionnements, et notamment le niveau élevé de chômage que connaissent encore les économies européennes. Le marché du travail allemand présenterait ainsi nombre de rigidités comme, par exemple, le manque de souplesse de la durée du travail, la réglementation stricte des licenciements ou encore la trop grande générosité du système d'indemnisation du chômage. En réalité, il reste difficile d'apprécier exactement le rôle que joue la contrainte réglementaire sur l'évolution du marché du travail allemand. Une analyse empirique sur une dizaine d'années (1983-1994) du taux de chômage et des flux mensuels entre les trois états principaux sur le marché du travail que sont l'emploi, le chômage et la non-activité montre une grande hétérogénéité selon l'âge, le sexe et le niveau de formation. Une comparaison avec les marchés du travail français et américain indique aussi que les taux de chômage selon ces catégories sont plus faibles en Allemagne. La mobilité mesurée par les transitions d'un état à un autre sur le marché du travail est proche de celle que connaissent les travailleurs français mais est moins élevée qu'aux États-Unis. Comparé au marché français, le marché du travail allemand ne semble donc pas excessivement rigide mais les différences qui le distinguent du marché du travail américain, très fluide, restent cependant importantes.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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COMPARAISONS INTERNATIONALES
Emploi, chômage et non-activité :
une analyse des transitions sur le
marché du travail allemand
Christoph M. Schmidt*
Les rigidités du marché du travail sont souvent avancées pour en expliquer les
dysfonctionnements, et notamment le niveau élevé de chômage que connaissent encore
les économies européennes. Le marché du travail allemand présenterait ainsi nombre de
rigidités comme, par exemple, le manque de souplesse de la durée du travail, la
réglementation stricte des licenciements ou encore la trop grande générosité du système
d’indemnisation du chômage.
En réalité, il reste difficile d’apprécier exactement le rôle que joue la contrainte
réglementaire sur l’évolution du marché du travail allemand. Une analyse empirique sur
une dizaine d’années (1983-1994) du taux de chômage et des flux mensuels entre les trois
états principaux sur le marché du travail que sont l’emploi, le chômage et la non-activité
montre une grande hétérogénéité selon l’âge, le sexe et le niveau de formation. Une
comparaison avec les marchés du travail français et américain indique aussi que les taux
de chômage selon ces catégories sont plus faibles en Allemagne. La mobilité mesurée par
les transitions d’un état à un autre sur le marché du travail est proche de celle que
connaissent les travailleurs français mais est moins élevée qu’aux États-Unis. Comparé
au marché français, le marché du travail allemand ne semble donc pas excessivement
rigide mais les différences qui le distinguent du marché du travail américain, très fluide,
restent cependant importantes.
* Le professeur Christoph M. Schmidt appartient à l’AWI-Université de Heidelberg, à l’IZA de Bonn et au CEPR de Londres.
Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 83l est courant de considérer que les rigidités du normes sociales du travail, taux de remplacement,
Imarché du travail constituent une des entraves durée de l’indemnisation du chômage, dépenses
majeures au bon fonctionnement des économies consacrées aux politiques actives de l’emploi)
européennes. Ainsi, au vu du contraste marqué d’une part, et des statistiques caractérisant la struc-
entre les évolutions des taux de chômage européen ture de la détermination des salaires (taux de syndi-
et américain et de la progression du chômage de calisation, couverture des conventions salariales)
longue durée en Europe, Siebert (1997) avance d’autre part. Si certaines de ces variables sont bien
qu’il est nécessaire d’étudier le contexte institu- partiellement responsables de la contre-perfor-
tionnel européen pour comprendre les raisons pro- mance de l’Europe en matière de chômage, sa
fondes du problème. Des modifications concernant propre conclusion est que nombre d’institutions du
les normes juridiques, les politiques des revenus et marché du travail, généralement considérées
les systèmes d’assurance chômage ont en effet eu comme renforçant la rigidité du marché du travail,
lieu dans toute l’Europe impliquant un accroisse- n’impliquent pas des taux de chômage plus élevés.
ment du coin fiscal, des durées du travail plus rigi-
des, des restrictions accrues en matière de Chez la plupart des observateurs cependant, un
licenciements, un État providence et des aides au accord général semble se faire pour estimer que le
chômage plus généreuses. marché du travail allemand est rigide, les différen-
tes composantes du système réglementaire influen-
Toutefois, des divergences existent entre les carac- çant la demande et l’offre de travail, et leur
téristiques institutionnelles et les évolutions du interaction sur le marché (cf. par exemple Berger
chômage des différentes économies européennes. (1998), Franz (1994), Siebert (1997), Soltwedel et
Siebert identifie quatre voies pratiquées depuis le al. (1990)). La demande d’emploi serait handi-
début des années 80 : capée par un manque de souplesse de la durée du
- le cas « scandinave » avec un accroissement ini- travail, une fiscalité lourde et une réglementation
tial des dépenses publiques, suivi d’un retourne- stricte des licenciements ; les offres d’emploi se
ment de tendance en ce qui concerne l’État verraient limitées par un système d’indemnités de
providence ; chômage et de prestations sociales généreux, le
- le modèle « franco-méditerranéen » sans réforme tout générant une trappe à pauvreté. En outre, le
majeure ; système de négociations collectives entre les syn-
- la voie allemande, caractérisée par des réformes dicats et les organisations patronales serait à l’ori-
mineures du marché du travail ; gine d’un haut niveau de centralisation et d’un
- l’approche des Pays-Bas et du Royaume-Uni, fort taux de couverture des conventions syndica-
avec des réformes en profondeur du marché du tra- les (Schmidt, 1994) et, par conséquent, d’un
vail assorties d’une modération salariale et d’une manque de souplesse et de différentiation des
restructuration de l’État providence. salaires.
En dépit de la présomption partagée selon laquelle
Rigidité du marché du travail les rigidités du marché du travail allemand se sont
et taux de chômage accrues depuis le début des années 70, il est assez
difficile de quantifier l’intensité de la contrainte
Si on se fonde sur ces deux dernières expériences, réglementaire. Berger (1998) construit différents
caractérisées par des baisses du taux de chômage, indices des activités de régulation du marché du
on pourrait alors estimer que la seule stratégie per- travail, et en observe un fort accroissement entre
mettant une réduction du taux de chômage serait 1970 et le début des années 80, suivi d’un déclin. À
une réforme en profondeur des structures institu- la fin des années 60 et au cours des années 70, la
tionnelles régissant le marché du travail. position des syndicats et des travailleurs s’est vue
renforcée au plan juridique. C’est aussi durant cette
Nickell (1997) et Blanchard et Wolfers (1999) sug- période qu’est apparu, en Allemagne, un change-
gèrent une perspective assez différente en faisant ment notable de la jurisprudence en matière
ressortir la profonde diversité des marchés du tra- d’interprétation des lois sur la protection de
vail en Europe, tant en matière de flexibilité des l’emploi, avec pour conséquence une augmenta-
salaires que d’expérience du chômage. Afin d’éva- tion des coûts des licenciements. Durant les années
luer empiriquement les arguments avancés à pro- 80, le gouvernement a tenté de promouvoir des
pos de la rigidité du travail, Nickell régresse les changements institutionnels afin d’affaiblir la régle-
taux de chômage des divers pays européens sur des mentation, ce qui ne semble pas cohérent avec l’argu-
indicateurs statistiques des rigidités du marché du ment selon lequel elle aurait été le facteur déterminant
travail et de la place de l’État providence (indica- de la récente progression du chômage. Cependant,
teurs du degré de protection de l’emploi, des étant donné la tendance à la mondialisation et les
84 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3modifications structurelles, il est tout à fait pos- démographique des flux du marché du travail alle-
sible qu’une réglementation formellement plus mand. Les chiffrages disponibles (Boeri et Cramer,
légère exerce un impact plus négatif dans les années 1992 ; Burda et Wyplosz, 1994) se fondent sur des
90 que cela n’avait été le cas pour une réglementation moyennes et non sur une analyse détaillée de cellu-
plus lourde quelques années plus tôt. les démographiques, ils concernent des données
annuelles et les années les plus récentes n’y sont
pas documentées.
Un examen empirique
du marché du travail allemand
Des données individuelles et mensuelles
Nous avons choisi, pour cet article, de lier le pro- sur le marché du travail
blème de la caractérisation des institutions et des
réglementations du marché du travail en Alle- Cette analyse est basée sur des données individuel-
magne et les questions sur les mécanismes qui y les représentatives de l’Allemagne de l’Ouest,
sont à l’œuvre à un examen de nature empirique. entre 1983 et 1994. Elles sont extraites de l’échan-
Quelle est l’intensité des transitions qui y sont tillon«A»du German Socio-Economic Panel, le
effectuées par les actifs entre emplois ou entre GSOEP. Le GSOEP est une enquête annuelle régu-
emploi et chômage ? Comment les individus diffè- lière effectuée sur un échantillon de personnes,
rent-ils de ce point de vue ? Y a-t-il eu des change- débutée en 1984, ce qui permet de disposer en 1995
ments dans le temps ? Sommes-nous en mesure de douze séries de données. L’échantillon«A»du
d’identifier la réglementation comme la force GSOEP concerne des personnes de plus de 15 ans
motrice de tels changements ? Cet article s’appuie appartenant à des ménages dont le chef de famille
sur des données pour la période allant de 1983 à est soit allemand, soit étranger mais non originaire
1994. Il analyse les flux mensuels entre les trois de l’un des cinq grands pays d’immigration que
états principaux sur le marché du travail que sont sont la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la Turquie et la
l’emploi,le chômage et la non-activité, l’analyse Yougoslavie. Cela induit une prédominance des
tenant compte du sexe, de l’âge et du niveau d’édu- Allemands dans l’échantillon«A».Cet échantil-
cation. Ce travail est mis en perspective par une lon est généralement appelé « échantillon ouest-
comparaison avec les résultats présentés dans un allemand » du GSOEP.
article de Cohen, Lefranc et Saint-Paul (1997),
nommé ci-après CLS-P, sur les marché du travail Les personnes interrogées indiquent leur activité
en France et aux États-Unis. On verra que les taux principale pour chaque mois de l’année précé-
de chômage et les intensités des transitions entre dente. Cette information détaillée sur les activités
les différents états du marché du travail présentent individuelles a été répartie en trois états distincts :
une hétérogénéité remarquable dans la population l’activité, le chômage, et la non-activité. L’activité
avec, cependant, peu de modifications inter-tem- regroupe le travail à plein temps, le temps partiel et
porelles. En outre, comparé à la France, le marché la formation professionnelle, le chômage concerne
du travail en Allemagne n’apparaît pas si rigide, les personnes enregistrées comme telles et la
même si les différences sont importantes par rap- non-activité les autres, ce qui comprend entre
port au marché du travail américain. autres les étudiants, les appelés du service mili-
taire, les personnes en congé maternité et les retrai-
L’analyse des flux bruts des travailleurs relève tés. Ainsi, par exemple, la vague d’enquêtes de
d’une tradition d’étude ancienne pour le marché du l’année 1990 donne la situation des personnes
travail américain. Les conclusions de Clark et interrogées relativement au marché du travail mois
Summers (1979), Abowd et Zellner (1985) et Blan- par mois, de janvier 1989 à décembre 1989, ainsi
chard et Diamond (1989, 1990) sont que le marché que l’âge et le niveau de formation à la date de
du travail aux États-Unis est caractérisé par de forts l’enquête. Steiner (1994 et 1997) a eu recours à des
taux de création et de destruction d’emplois, informations rétrospectives émanant du GSOEP
accompagnés de flux importants de personnes bas- dans son analyse du marché du travail de l’Alle-
culant dans le chômage ou revenant à l’emploi. magne de l’Ouest pour estimer des modèles de
Plus récemment, les flux bruts d’emplois sont reve- durée, tout comme Lechner (1998) et Wolff (1998)
nus sur le devant de la scène (Davis et Haltiwanger, pour l’Allemagne de l’Est.
1990, 1993) avec un développement de théories de
flux d’emplois comme force motrice à la base Pour établir les flux mensuels, ont été extraites du
des flux bruts de travailleurs au cours du cycle GSOEP des informations rétrospectives sur la
(Pissarides, 1986, 1991 ; Mortensen et Pissarides, position des individus sur le marché du travail
1994). On connaît peu cependant la structure pour toutes les paires de mois comprises entre
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 85janvier/février 1983 et novembre/décembre 1994, qui correspond à celle choisie également pour cet
soit 143 paires de mois adjacents. La taille des article. Ils distinguent, en revanche, quatre niveaux
échantillons varie de 2 800 à 4 000 individus pour d’éducation. Le premier niveau, faible, correspond
les femmes et de 2 700 à 3 800 pour les aux travailleurs ne possédant aucun diplôme en
hommes. L’analyse répartit les individus dans 18 France et aux élèves qui ont abandonné leurs étu-
cellules sexe/âge/éducation pour trois groupes des secondaires aux États-Unis. Ici, les travailleurs
d’âge (de 16 à 24 ans, de 25 à 49 ans et de 50 à 64 allemands qui ne possèdent que des diplômes
ans) et trois niveaux d’éducation (faible, moyen, secondaires de niveau faible ou moyen
élevé). Dans leur analyse des flux sur le marché du (Hauptschule ou Realschule) sont classés dans la
travail français, CLS-P utilise les données de catégorie niveau faible. Pour CLS-P, le niveau
1990 de l’enquête Emploi, enquête française d’éducation moyen comprend en France les travail-
annuelle sur la population active qui fournit leurs qui n’ont pas obtenu le baccalauréat, aux
des informations mensuelles rétrospectives États-Unis ceux qui ont seulement achevé leurs
sur l’emploi au cours de l’année précédente études secondaires, tandis que le niveau d’éduca-
tout à fait semblables aux données du GSOEP tion élevé correspond, en France, aux travailleurs
utilisées ici. Pour comparer ces résultats aux qui n’ont que le baccalauréat et aux États-Unis à
données américaines, ils ont également utilisé les ceux qui ont commencé puis abandonné des études
informations du Current Population Survey supérieures. Les Allemands qui possèdent soit un
(CPS) de 1989. Ici, la portée de l’analyse est diplôme secondaire de haut niveau (Abitur), soit
élargie par l’utilisation des données de Cohen, une éducation post-secondaire obtenue dans tout
Lefranc et Saint-Paul aux fins de comparaison de établissement autre qu’une université ou un institut
ces trois marchés du travail. d’enseignement technique supérieur, un cours de
formation professionnelle par exemple, sont clas-
Cohen, Lefranc et Saint-Paul (1997) ont aussi sés comme ayant une éducation de niveau moyen,
réparti la population active en trois groupes d’âge, ce qui revient à combiner les niveaux deux et trois
de 16 à 24 ans, de 25 à 49 ans et de 50 à 64 ans, ce de CLS-P.
Encadré
BIAIS DE SÉLECTION ET BIAIS DE MÉMORISATION
Diverses formes d’erreurs de classifications peuvent des taux de transition vers le chômage et hors du
entacher les données rétrospectives du GSOEP. Ainsi, chômage. Analysant les données calendaires rétros-
des individus qui ont connu une transition vers le chô- pectives du « GSOEP Est », Wolff (1998) conclut que ce
mage peuvent la mentionner pour un mois erroné, ce qui « chômage oublié » est un phénomène notable en Alle-
aboutit à une surestimation du chômage pour ce mois et magne de l’Est. L’importance des erreurs de classifica-
à une sous-estimation du pour le mois pen- tion dans la présente analyse sera évaluée au cours de
dant lequel la transition s’est réellement produite. Ceci travaux ultérieurs.
ne devrait pas fausser le calcul des taux de chômage s’il
ne se produit pas de concentration d’entrées mal clas- Finalement, il se peut que les données du panel utilisé
sées par les individus sur un mois particulier. Mais de ici décrivent un segment particulièrement « stable » de
tels effets de concentration semblent bien exister pour la population, en ce sens qu’il existe une corrélation
des données calendaires rétrospectives. Ainsi Kraus et positive entre le fait d’avoir été observé pendant la plus
Steiner (1998), par exemple, rendent explicitement grande partie de la période sous revue d’une part, et les
compte d’une telle accumulation aux mois de décembre taux d’emploi et de retour à l’emploi d’autre part. Ce type
et janvier pour les données du GSOEP concernant de biais ne peut pas être corrigé par de simples pondé-
l’Allemagne de l’Ouest. rations en fonction de caractéristiques « exogènes »
observables telles que le sexe, l’âge, le niveau d’éduca-
La personne interrogée peut également signaler une tion, et ce problème devra lui aussi faire l’objet d’études
transition vers le chômage qui ne s’est pas produite et ultérieures.
corriger l’erreur le mois suivant. L’intensité des transi-
tions entre les deux états en est artificiellement gonflée Les erreurs de classification ont toujours été l’objet
et le taux de chômage estimé est biaisé par excès pour d’une grande attention dans la littérature sur les don-
le mois en question. Finalement, par négligence ou en nées de flux bruts. On peut lire à ce sujet les contribu-
raison du fait qu’il n’est demandé de n’indiquer que tions de Abowd et Zellner (1985) et Poterba et Summers
l’activité prédominante pour chaque mois, les person- (1986) tandis que Poterba et Summers (1995) propo-
nes interrogées peuvent omettre de brèves périodes de sent, plus récemment, une analyse plus récente de
chômage dans leur déclaration rétrospective, ce qui l’erreur de classification des données du Current Popu-
conduit à une sous-estimation des taux de chômage et lation Survey .
86 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3Enfin, les Français qui ont accompli plus de deux 1992-1994). Ici, seuls les résultats pour la période
années d’études après le baccalauréat et les Améri- 1989-1991 sont présentés dans le tableau 3 (2).
cains qui ont obtenu un bachelor ou un diplôme Enfin, les résultats pour l’Allemagne sont compa-
supérieur sont considérés par CLS-P comme ayant rés à ceux obtenus pour la France et les États-Unis
un niveau d’éducation très élevé. Cette catégorie par CLS-P dans les tableaux 2 et 3.
correspond au niveau élevé retenu ici qui inclut les
travailleurs allemands ayant un diplôme d’un insti- Au cours de la période retenue, les taux moyens de
tut d’enseignement technique supérieur (Fach- chômage des hommes et des femmes ont été res-
hochschule) ou d’une université, ce qui exclut les pectivement d’environ 4 et 5 % (cf. tableau 1). Ces
étudiants qui n’ont passé que les examens intermé- moyennes masquent une hétérogénéité considé-
diaires (Vordiplom ou Zwischenprüfung) (1). rable entre groupes. Les taux de chômage des jeu-
nes et des plus âgés sont significativement plus
élevés, pour les hommes comme pour les femmes.
États et transitions sur le marché du travail Le profil en fonction de l’éducation est très accusé
chez les hommes : les hommes peu qualifiés ont
Les données individuelles permettent de calculer, connu un taux de chômage plus de deux fois plus
d’une part des taux mensuels d’emploi, de chô- élevé que celui des hommes de niveau moyen et
mage et de non-participation au marché du travail, jusqu’à quatre fois plus élevé que celui de ceux
et d’autre part des taux mensuels de transition entre ayant un niveau d’éducation élevé. Pour les fem-
ces états. Les premiers sont évalués pour chaque mes, le chômage diminue également lorsque le
groupe les premiers mois d’une paire, soit de janvier niveau d’éducation augmente, mais de manière
1983 à novembre 1994, les seconds, qui mesurent beaucoup moins prononcée. Chez les hommes, les
les transitions, le sont pour chaque paire de mois, travailleurs peu qualifiés d’âge moyen et les tra-
soit de janvier/février 1983 à novembre/décembre vailleurs les plus âgés et, chez les femmes, les jeu-
1994. Les tableaux 1 à 3 présentent les taux de chô- nes peu qualifiées et les personnes âgées de
mage moyens. Les calculs ont été effectués séparé- qualification moyenne présentent un taux de chô-
ment pour les hommes et les femmes, pour chacun mage particulièrement élevé. Les faibles taux de
des neuf groupes définis par l’âge et le niveau chômage des travailleurs hautement qualifiés des
d’éducation, et pour l’ensemble de la population. deux sexes sont particulièrement remarquables.
En outre, l’évolution dans le temps de ces taux est
1. La distribution des caractéristiques démographiques dans
évaluée en fonction de l’âge et du niveau de qualifi- l’échantillon est disponible auprès de l’auteur sur demande ; voir
également Schmidt (1998).cation et pour l’ensemble de la population active en
2. La période 1989-1991 est retenue pour sa bonne tenue conjonc-distinguant quatre sous-périodes de trois ans cha-
turelle d’ensemble. Les résultats pour les autres périodes sont dis-
cune (1983-1985, 1986-1988, 1989-1991 et ponibles auprès de l’auteur.
Tableau 1
Taux de chômage en Allemagne fédérale par sexe, âge et niveau de formation (1983-1994)
A - Hommes
En %
Niveau de formation
Groupe d’âge
Faible Moyen Élevé Ensemble
16-24 ans 6,3 (0,17) 5,1 (0,12) 4,2 (1,18) 5,6 (0,10)
25-49 ans 10,1 (0,21) 2,8 (0,04) 1,5 (0,06) 3,2 (0,04)
50-64 ans 9,3 (0,29) 4,1 (0,08) 2,7 (0,15) 4,6 (0,07)
Ensemble 8,4 (0,12) 3,4 (0,04) 1,8 (0,06) 3,8 (0,03)
B - Femmes
En %
Niveau de formation
Groupe d’âge
Faible Moyen Élevé Ensemble
16-24 ans 7,8 (0,20) 5,1 (0,12) 2,6 (0,78) 6,0 (0,10)
25-49 ans 5,7 (0,14) 4,1 (0,06) 4,0 (0,15) 4,4 (0,05)
50-64 ans 6,6 (0,18) 8,3 (0,18) 1,9 (0,24) 7,2 (0,12)
Ensemble 6,6 (0,10) 4,9 (0,05) 3,7 (0,13) 5,2 (0,04)
Lecture : les écarts-types figurent entre parenthèses.
Source : GSOEP 1984-1995.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 87Globalement, les taux de chômage présentés ici chômage des femmes sont un peu plus volatils que
semblent très faibles par rapport à ceux des statisti- ceux des hommes mais ce sont particulièrement les
ques officielles. Plusieurs facteurs semblent pou- taux de chômage des travailleurs jeunes qui
voir l’expliquer. Premièrement, l’échantillon ne connaissent une fluctuation considérable au cours
représente que des Allemands de l’Ouest. Or la dis- de la période analysée. À titre de comparaison, il
tribution des niveaux d’éducation des immigrants faut remarquer que le taux de croissance du PNB a
est beaucoup plus défavorable (Schmidt, 1997). En été positif toutes les années de la période, excepté
outre, il se peut que les immigrants connaissent un en 1982 et en 1993, et la croissance économique
taux de chômage supérieur dans toutes les strates particulièrement forte durant la période 1988-1991
démographiques. De même, les nombreux Alle- (Statistiches Bundesamt, 1997). En outre, les
mands d’origine qui ont immigré après l’effondre- valeurs moyennes présentées masquent une varia-
ment des régimes communistes en Europe de l’Est tion saisonnière considérable, plus importante pour
ont souvent subi une période de chômage après leur les jeunes et les travailleurs peu qualifiés, moins
arrivée en Allemagne, mais ils ne sont pas inclus marquée pour les travailleurs âgés.
dans l’échantillon«A»du GSOEP. Deuxième-
ment, à la différence de la procédure de l’Office
Allemand de la Statistique, le dénominateur utilisé La part des travailleurs allemands
dans les calculs présentés ici est la population de d’âge moyen est plus faible…
tous les travailleurs ayant un emploi, y compris les
travailleurs indépendants, ainsi que les chômeurs Aux fins de comparaison du marché du travail alle-
inscrits. Troisièmement, les données peuvent être mand avec d’autres marchés, le tableau 2 reprend
entachées de biais de sélection et de biais de mémo- les résultats obtenus par CLS-P pour la composi-
risation (cf. encadré). tion démographique de la population active totale.
Les calculs de CLS-P ayant porté sur la période
1989-1990, les résultats reportés dans ce tableau
Des taux de chômage pour l’Allemagne se réfèrent exclusivement à la
très volatils pour les jeunes période 1989-1991. Dans les trois pays, cette correspondait à un pic du cycle écono-
La position de tous les travailleurs sur le marché du mique. Les différences de règles de partition des
travail s’est détériorée au cours de la dernière échantillons en ce qui concerne l’éducation rendent
sous-période (1992-1994). Chez les hommes et les les comparaisons directes entre les pays relative-
femmes, à différents niveaux et avec des volatilités ment difficiles. Ce problème est résolu ici en
différentes, ce profil inter-temporel caractérise regroupant les informations extraites de CLS-P en
tous les groupes à l’exception de celui des travail- trois niveaux d’éducation. La population active
leurs âgés. Le taux de chômage des femmes âgées allemande comporte ainsi une fraction de jeunes
présentait déjà une forte augmentation entre travailleurs plus élevée que celle de la France
1983-1985 et 1986-1988. On note également une (16,5 % au lieu de 10,9 %) ; cette fraction est
forte divergence des volatilités : les taux de encore plus élevée aux États-Unis avec 17,9 % de
Tableau 2
Répartition de la population active ouest-allemande, française et américaine
selon l’âge et le niveau de formation (1989-1991)
En %
Répartition selon le groupe d’âge Répartition selon le niveau de formation
Allemagne France États-Unis Allemagne France États-Unis
Élevé 0,4 7,4 7,7
16,5 10,9 17,916-24 ans Moyen 61,3 60,0 63,1
Faible 38,4 32,5 29,2
Élevé 15,5 18,5 27,7
62,1 70,2 64,825-49 ans Moyen 73,0 51,0 60,6
Faible 11,5 30,6 11,6
Élevé 11,4 10,4 21,7
21,4 18,9 17,350-64 ans Moyen 64,8 31,6 55,4
Faible 23,7 58,0 22,8
Élevé 12,1 15,7 23,0
Ensemble 100,0 100,0 100,0 Moyen 69,3 48,2 60,1
Faible 18,6 35,9 16,7
Source : GSOEP pour l’Allemagne, Cohen et al. (1997) pour la France et les États-Unis.
88 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3jeunes travailleurs. Ni la population active fran- Des taux de chômage plus sensibles
çaise, ni celle des États-Unis ne possède une frac- à l’âge et au niveau d’éducation
tion de travailleurs âgés aussi importante que celle
de l’Allemagne (respectivement 18,9 et 17,3 % L’un des principaux résultats de CLS-P est que,
contre 21,4 %). La fraction des travailleurs alle- pendant le pic du cycle économique, soit 1989 aux
mands d’âge moyen (62,1 %) se retrouve donc États-Unis et 1990 en France, les travailleurs mas-
comparativement plus faible, puisque ce groupe culins d’âge moyen, de 25 à 49 ans, se sont com-
d’âge central représente 70,3 % en France et portés de manière très similaire dans les deux pays
64,7 % aux États-Unis. en dépit d’un taux de chômage français presque
double du taux américain (10,2 % contre 5,5 %).
Ceci est particulièrement vrai pour les travailleurs
… et leur niveau d’éducation peu qualifiés (10,8 % dans les deux pays) et pour
ceux ayant un niveau d’éducation élevé (2,6 etglobalement plus moyen
2,4 %). Ces valeurs peuvent être comparées aux
taux de chômage allemands de 1989-1991, làEn raison des difficultés de comparaison des systè-
encore après regroupement des niveaux d’éduca-mes d’éducation et des choix opérés pour exploiter
tion en trois catégories (cf. tableau 3). Globale-les données, on peut s’attendre à de grandes dispa-
ment, les résultats de l’échantillon allemand sontrités entre les niveaux d’éducation des groupes
très différents des valeurs françaises et américai-d’âge de la population active des trois pays (cf.
nes, bien que les profils des taux de chômage entableau 2). De fait, la vaste majorité des travailleurs
fonction de l’éducation présentent de fortes simila-allemands (presque 70 %) est considérée comme
rités dans chaque groupe d’âge.ayant un niveau d’éducation moyen tandis que cette
catégorie ne représente qu’un peu moins de la moi-
Les travailleurs allemands, surtout les jeunes,tié des travailleurs français et environ 60 % de la
subissent des taux de chômage plus faibles, la dif-population active américaine. La part des travail-
férence étant particulièrement marquée entre lesleurs allemands ayant un niveau d’éducation élevé
taux allemands et français. Chez les travailleursest comparativement plus faible, 12 % seulement,
âgés, au contraire, les valeurs allemandes sontque celle de la France (16 %) et des États-Unis
beaucoup plus proches des taux de chômage améri-(23 %). Il ne faut toutefois pas exagérer la portée de
cains que des taux français. Lorsqu’on compare lesces différences dans la mesure où, d’après la défi-
taux de chômage des hommes et des femmes dansnition de l’échantillon, un travailleur allemand doit
chaque pays, il est visible que les Françaises subis-avoir obtenu un diplôme d’un établissement
sent un taux de chômage plus élevé que les Fran-d’enseignement technique supérieur ou d’une uni-
çais dans pratiquement toutes les stratesversité pour être considéré comme ayant un niveau
démographiques tandis que les taux de chômaged’éducation élevé. De même, la faiblesse de la pro-
masculins et féminins ne sont pas très différentsportion de travailleurs allemands ayant un niveau
aux États-Unis. En revanche, les taux de chômaged’éducation faible (19 % seulement comparé aux
des Allemandes sont très liés à leurs caractéristi-36 % de la population active française) découle
ques démographiques : plus élevé que celui desprincipalement des définitions utilisées dans l’ana-
hommes chez les jeunes femmes peu qualifiées, illyse empirique.
Tableau 3
Taux de chômage selon le sexe, l’âge et le niveau de formation pour la période 1989-1991
en Allemagne de l’Ouest, en France et aux États-Unis
En %
Hommes FemmesGroupe Niveau de
d’âge formation Allemagne France États-Unis Allemagne France États-Unis
Élevé 0,0 8,0 3,3 0,0 7,5 2,4
16-24 ans Moyen 2,9 14,3 8,5 1,8 23,1 8,4
Faible 4,1 27,8 17,4 5,1 39,6 16,4
Élevé 0,8 2,6 2,4 3,6 4,6 2,2
25-49 ans Moyen 2,0 5,2 5,0 2,9 10,0 4,4
Faible 8,1 10,8 10,8 4,2 16,7 10,4
Élevé 1,4 4,0 1,9 0,0 2,9 1,1
50-64 ans Moyen 3,4 6,0 3,2 7,7 10,1 2,6
Faible 10,4 11,1 6,6 6,2 14,3 4,0
Source : GSOEP pour l’Allemagne, Cohen et al. (1997) pour la France et les États-Unis.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 89lui est inférieur chez les personnes d’âge moyen et Les taux de transition sur le marché de l’emploi
les personnes âgées peu qualifiées. Enfin, si l’on allemand présentés dans les tableaux 4 et 5 sont les
compare les taux de chômage de l’Allemagne et résultats d’estimations par le maximum de vrai-
des États-Unis, le taux est plus faible chez les Alle- semblance, sans restriction. Les intensités de tran-
mandes jeunes mais plus élevé chez les Allemandes sition estimées pour chaque strate démographique
âgées, sauf si elles ont un niveau d’éducation élevé. présentée sont des moyennes pondérées (par parts
de population dans l’état d’origine) de celles esti-
L’analyse en termes de taux de non-emploi a per- mées pour les partitions plus fines des cellules.
mis à CLS-P d’observer une similarité remar- Chaque échantillon mensuel est considéré indé-
quable des valeurs obtenues pour les femmes âgées pendamment des autres, et les calculs ne tiennent
de 25 à 49 ans en France et aux États-Unis. On pas compte de la structure en panel des données.
montre ici qu’il existe une grande similarité des Les écarts-types estimés peuvent être entachés
taux de non-emploi français et allemands pour les d’un biais minorant systématique (3).
hommes alors que les taux américains de
non-emploi de ce groupe d’âge sont beaucoup plus Au cours d’une paire de mois moyenne de la
élevés chez les travailleurs peu et moyennement période analysée, environ 0,4 % des travailleurs
qualifiés. Les résultats pour les Allemandes sont hommes et femmes ayant un emploi ont été mis au
cependant très différents de ceux des femmes des chômage (cf. tableau 4). Comme c’était le cas pour
deux autres pays. Le taux de non-emploi est relati- les taux d’emploi et de chômage décrits plus haut,
vement faible chez les femmes peu qualifiées les valeurs moyennes masquent une hétérogénéité
(43 % contre 48 % en France et 54 % aux considérable entre groupes. Il existe un profil
États-Unis), mais il est élevé pour les femmes propre à l’âge (de 0,9 % à 0,3 % environ pour les
ayant au minimum un niveau d’éducation moyen hommes), avec des taux de perte d’emploi sensi-
(36 % contre environ 28 % pour un niveau d’éduca- blement plus élevés chez les jeunes travailleurs.
tion moyen et 27 % contre environ 16 % pour un Alors que ces derniers présentent des intensités de
niveau d’éducation élevé, ces chiffres concernant transition de l’emploi vers le chômage approxima-
les femmes du groupe d’âge principal). tivement triples de celles des travailleurs âgés, les
intensités de la même transition pour les travail-
Là encore, ces résultats doivent être considérés leurs d’âge moyen et les travailleurs d’âge mûr sont
avec prudence dans la mesure où les niveaux glo- très semblables. De même, chez les hommes,
baux de chômage calculés à partir de l’échantillon l’intensité des transitions de l’emploi au chômage
issu du GSOEP semblent très faibles comparés aux décline régulièrement, de façon marquée, avec le
chiffres produits par l’Office Allemand de la Statis- niveau d’éducation (approximativement de 0,6 à
tique. Ces résultats nuancent cependant l’impres- 0,2 % pour les hommes). On n’observe pas un tel pro-
sion issue de l’étude de CLS-P selon laquelle les fil chez les femmes, l’intensité de la transition étant
différences entre les États-Unis et l’Europe seraient toujours voisine de 0,4 %. Les hommes et les femmes
très faibles entre les taux d’emploi et de chômage jeunes au niveau d’éducation moyen ont un taux
pour le groupe « central » des travailleurs d’âge et élevé de transition de l’emploi vers le chômage. Le
de niveau d’éducation moyens. passage de l’emploi au chômage est excessivement
rare chez les hommes d’âge moyen hautement qua-
lifiés et chez les hommes et les femmes âgés.
Des transitions de l’emploi vers le
chômage très variables selon les groupes
Des transitions vers la non-participation
Les informations recueillies sur des mois adjacents plus importantes que les passages
sont utilisées pour estimer l’intensité des transi- au chômage
tions vers les trois états de destination (emploi,
chômage et non-participation) en fonction de l’état Les transitions entre emploi et non-participation
au mois d’origine (cf. tableaux 4 et 5). Neuf inten- sont une composante des pertes d’emploi beaucoup
sités ont donc été calculées pour chaque mois dans plus importante que les transitions vers le chômage,
chaque groupe. Là encore, ces calculs ont été faits
séparément pour les hommes et pour les femmes et,
chaque fois, pour chacun des neuf groupes définis 3. Certains mois, il peut n’exister aucun travailleur dans certains
états ou dans certaines cellules démographiques. Les résultatspar la combinaison âge/niveau d’éducation. Les
disponibles auprès de l’auteur montrent par exemple que les quel-
résultats sont également disponibles seulement par ques jeunes hommes et jeunes femmes hautement qualifiés que
comporte l’échantillon n’ont pas été au chômage pendant laâge ou seulement par niveau d’éducation et peu-
grande majorité des 143 mois de l’étude. Il a donc été impossible
vent être comparés à ceux concernant l’ensemble
de calculer pour eux le taux de transition entre le chômage et les
de la population. autres états (voir également Schmidt, 1998).
90 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3pour les hommes comme pour les femmes (ce point derniers, on peut supposer qu’il s’agit surtout de
n’est pas présenté dans les tableaux), mais d’une personnes abandonnant leur emploi pour reprendre
manière beaucoup plus marquée pour ces derniè- leurs études ou pour accomplir leur service mili-
res. Au cours d’un mois « moyen » de la période taire. Pratiquement aucun homme d’âge moyen ne
échantillonnée, environ 1,0 % des hommes et quitte son emploi en renonçant à être présent sur le
1,6 % des femmes quittent un emploi. Les intensi- marché du travail. Parmi les travailleurs âgés, on
tés des transitions vers la non-participation sont de peut s’attendre à ce qu’une fraction notable prenne
0,6 % chez les hommes et 1,2 % chez les femmes. sa retraite chaque mois, même en l’absence de tout
Cette transition est caractérisée par un profil en ralentissement économique. Parmi les groupes
fonction de l’âge très prononcé chez les hommes, d’éducation, les hommes peu qualifiés sont les plus
avec un taux très faible de 0,3 % pour le groupe susceptibles (environ 0,9 % chaque mois) de passer
d’âge moyen, un taux élevé d’environ 0,7 % chez d’un emploi à la non-participation et le profil en
les hommes âgés, et un taux légèrement supérieur à fonction de l’éducation présente une chute
1,8 % chez les jeunes travailleurs. Chez ces marquée. Chez les femmes, ni l’âge ni le niveau
Tableau 4
Les transitions de l’emploi vers le chômage en Allemagne de l’Ouest (1983-1994)
A - Hommes
En %
Niveau de formation
Groupe d’âge
Faible Moyen Élevé Ensemble
16-24 ans 0,7 (0,06) 1,0 (0,06) 0,7 (0,51) 0,9 (0,04)
25-49 ans 0,6 (0,06) 0,3 (0,01) 0,2 (0,02) 0,3 (0,01)
50-64 ans 0,5 (0,07) 0,3 (0,02) 0,2 (0,04) 0,3 (0,02)
Ensemble 0,6 (0,04) 0,4 (0,01) 0,2 (0,02) 0,4 (0,01)
B - Femmes
En %
Niveau de formation
Groupe d’âge
Faible Moyen Élevé Ensemble
16-24 ans 0,7 (0,06) 0,7 (0,05) 0,0 (0,00) 0,7 (0,04)
25-49 ans 0,4 (0,04) 0,3 (0,02) 0,4 (0,05) 0,3 (0,02)
50-64 ans 0,2 (0,03) 0,3 (0,04) 0,0 (0,00) 0,2 (0,02)
Ensemble 0,4 (0,03) 0,4 (0,02) 0,3 (0,04) 0,4 (0,01)
Lecture : les écarts-types figurent entre parenthèses.
Source : GSOEP 1984-1995.
Tableau 5
Les transitions du chômage vers l’emploi en Allemagne de l’Ouest (1983-1994)
A – Hommes
En %
Niveau de formation
Groupe d’âge
Faible Moyen Élevé Ensemble
16-24 ans 10,6 (0,86) 17,1 (0,93) 33,3 (13,61) 14,3 (0,65)
25-49 ans 5,8 (0,52) 12,0 (0,47) 16,0 (1,49) 10,6 (0,36)
50-64 ans 3,9 (0,63) 2,8 (0,34) 3,0 (0,94) 3,1 (0,29)
Ensemble 6,8 (0,39) 10,4 (0,32) 11,6 (1,04) 9,4 (0,25)
B – Femmes
En %
Niveau de formation
Groupe d’âge
Faible Moyen Élevé Ensemble
16-24 ans 8,8 (0,74) 13,3 (0,81) 9,1 (8,67) 11,3 (0,56)
25-49 ans 5,7 (0,57) 6,9 (0,38) 10,6 (1,15) 7,0 (0,31)
50-64 ans 1,5 (0,34) 1,4 (0,26) 3,6 (2,48) 1,4 (0,21)
Ensemble 5,5 (0,34) 6,9 (0,28) 10,1 (1,08) 6,6 (0,21)
Lecture : les écarts-types figurent entre parenthèses.
Source: GSOEP 1984-1995.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 91d’éducation ne joue un rôle décisif dans la transi- chômage à la non-participation chez les femmes
tion d’un emploi à la non-participation. Globale- dépasse d’un peu plus de 3 % celui des hommes,
ment, l’intensité de cette transition chez des qui vaut environ 2 %. S’il n’existe aucun profil
femmes est environ le double de celui des hommes notable de l’intensité de cette transition en fonction
mais on ne note aucun profil distinct en fonction de de l’âge chez les femmes, ces taux sont nettement
l’âge ou de l’éducation. plus faibles chez les hommes d’âge moyen que
chez ceux qui sont jeunes ou âgés : ces derniers
quittent le marché du travail au même rythme que
Des taux de réemploi plus élevés les femmes, plus de 3 % par mois, les uns pour
acquérir des compétences supplémentaires, lespour les jeunes
autres pour prendre une retraite anticipée.
En moyenne, au cours de la période retenue, plus
de 9 % des Allemands au chômage ont trouvé un
Du taux de perte d’emploiemploi (cf. tableau 5). Avec près de 7 %, le taux de
réemploi des femmes est approximativement égal au taux de réemploi
aux deux tiers de celui des hommes. Ces deux
valeurs moyennes élevées sont principalement L’évolution dans le temps de ces intensités a été
dues aux jeunes (plus de 14 % chez les hommes et explorée en fonction de l’âge et du niveau de quali-
plus de 11 % chez les femmes) et aux personnes fication en distinguant, comme cela a déjà été fait
d’âge moyen (presque 11 % chez les hommes et plus haut, quatre sous-périodes de trois ans cha-
environ 7 % chez les femmes), tandis que le même cune, 1983-1985, 1986-1988, 1989-1991 et
taux est nettement plus faible chez les personnes 1992-1994. Les taux de perte d’emploi n’ont pas
âgées. Le taux de réemploi mensuel ne dépasse pas beaucoup changé avec le temps, mais les taux de
3 % chez les hommes âgés et il est encore plus réemploi ont chuté de manière importante après
faible chez les femmes âgées, à peine plus de 1 %. 1991, particulièrement chez les hommes (la
En revanche, le profil en fonction de l’éducation moyenne est passé de 10 % environ à 7,5 % en
est légèrement croissant, bien que par paliers plus 1992-1994) et dans tous les groupes de niveau
modestes, passant d’un peu moins de7%à presque d’éducation, bien que cette chute soit plus modérée
12 % chez les hommes et de plus de 5 % à environ dans le cas du groupe d’âge principal.
10 % chez les femmes. Les jeunes et ceux qui ont
un niveau d’éducation moyen ou élevé sont carac- Ces résultats peuvent être comparés à ceux obtenus
térisés par des intensités de transition particulière- par CLS-P pour la France et les Etats-Unis (cf.
ment élevées vers l’embauche tandis que ceux qui tableaux 6 et 7). Le tableau 6 présente les taux de
ont un âge élevé et un niveau d’éducation moyen perte d’emploi, c’est-à-dire la somme des taux de
semblent aboutir à des taux de réemploi particuliè- transition de l’emploi vers le chômage et de
rement désastreux. l’emploi vers la non-participation. La présentation
du tableau suit celle adoptée par CLS-P, en regrou-
pant là encore leurs données en trois groupes
La transition vers la non-participation d’éducation pour la France et les États-Unis. Prises
concerne surtout les travailleurs globalement comme taux de perte d’emploi, les
découragés données allemandes sont voisines des données
françaises rapportées par CLS-P, bien qu’elles les
Une bonne partie des travailleurs qui passent du dépassent légèrement pour les hommes et considé-
chômage à la non-participation au lieu de trouver rablement pour les femmes. Les taux de perte
un emploi sont des travailleurs découragés. Même d’emploi des travailleurs américains dépassent net-
après de longues périodes de chômage, la plupart tement à la fois les taux allemands et les taux fran-
des hommes considèrent la non-participation çais. La transition vers la non-participation est
comme une option relativement peu attirante (il ne toujours la composante principale des pertes
faut pas oublier que, en l’occurrence, être au chô- d’emploi au cours de la période sous revue, mais
mage signifie être inscrit comme chômeur). De les variations des taux de perte d’emploi au cours
nombreuses femmes, en revanche, choisissent de du temps dépendent des fluctuations des transitions
ne pas participer au marché du travail en dépit des vers le chômage.
pertes financières qu’elles subissent alors et celles
qui ont un emploi peuvent décider de sortir du mar- En revanche, de grandes différences existent entre
ché du travail lorsqu’elles se retrouvent au chô- la France et l’Allemagne dans les données par sexe.
mage. Il n’est donc pas surprenant que, dans un Dans la plupart des groupes définis par l’âge et
mois « normal », le taux moyen de transition du l’éducation, les taux de perte d’emploi des hommes
92 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3

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