Emplois marchands des DOM : Tertiaires et insulaires

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La structure des emplois marchands non agricoles est très similaire dans les quatre départements d' Outre-mer. À quelques exceptions près, ce sont les mêmes secteurs d'activité qui arrivent en tête et les mêmes qui ne sont pas ou peu représentés. Mais elle se distingue souvent de celles des régions métropolitaines. Plusieurs facteurs sont à l'origine de ces particularités comme l'insularité, la petite taille des territoires habités et le poids du tourisme.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ici et ailleurs
Emplois marchands des Dom
Tertiaires et insulaires
La structure des emplois marchands non agricoles est très
similaire dans les quatre départements d’Outre-mer. À quelques
exceptions près, ce sont toujours les mêmes secteurs d’activité
qui arrivent en tête et les mêmes qui ne sont pas ou peu
représentés. Mais elle se distingue souvent de celle des régions
métropolitaines. Plusieurs facteurs sont à l’origine de ces
particularités comme l’insularité, la petite taille des territoires
habités et le poids du tourisme.
Méthodei les activités tertiaires concentrent tique, renforce l’idée selon laquelle les
différences observées seraient en partiela plupart des emplois dans toutes
Un indicateur global de spécificitéimputables à l’insularité, à la tailleSles régions de France, c’est encore
permet de comparer des régions enlimitée du marché local et à l’impor-plus vrai dans les régions d’Outre-mer.
terme de structure productive. PourLes établissements tertiaires (commerce, tance de l’activité touristique. En effet,
chaque région, le calcul d’un indicele transport maritime et aérien, le com-transports, services) emploient 77 % des
permet également de classer les secteurs
merce et les hôtels restaurants sont biensalariés (hors secteur public et agricul- d’activités selon qu’ils sont bien ou mal
représentés en Corse, comme dans lesture) en Guadeloupe, 76 % en Marti- représentés. Le champ de ces
nique, 70 % en Guyane et à La Réunion, Dom. indicateurs porte sur la totalité des
contre 61 % en moyenne nationale et emplois salariés au 1er janvier 1999 des
La part consacrée au tertiaire dans ces secteurs marchands non agricoles. Soitsurtout 56 % dans la France de province.
économies est proche de celle de l’Ile- pour les 4 DOM près de 165 083
de-France. Cependant ce ne sont pas lesÀ l’opposé, l’industrie est beaucoup salariés répartis dans 24 960
mêmes activités tertiaires qui dominent. établissements. Ces salariés représententmoins présente dans les régions ultrama-
54,9 % de l’emploi de ces régions, leEn Ile-de-France les emplois sont trèsrines. En revanche pour la construction
reste étant constitué par les non salariésnombreux dans les nouvelles technolo-et l’énergie, les DOM sont proches de la
et les actifs employés dans l’agriculture,gies alors que dans les Dom, il s’agitmoyenne nationale, autour de 2 % pour l’éducation, la santé et l’administration.
davantage de services aux particuliersl’énergie et de 8 % pour la construction. Les salariés des entreprises de travail
traditionnels.Ce dernier secteur d’activité est beau- temporaire ont également été exclus du
coup plus dynamique dans ces régions si champ car ils exercent leur activité dansEnfin, l’industrie manufacturière est lar-
l’on tient compte de l’emploi non sala- un autre établissement sur lequel
gement moins bien représentée qu’en aucune information n’est disponible. Les(1)rié . métropole. Elle emploie 6 % des salariés données utilisées sont celles des
en Guadeloupe,7%en Martinique, Déclarations annuelles de Données
12 % en Guyane et 8 % à La Réunion,Le tertiaire au détriment Sociales (DADS), document
contre 24 % en moyenne nationale et administratif rempli par l’employeurde l’industrie
pour les organismes de sécurité socialesurtout 27 % en province.
et l’administration fiscale.
Cependant les quatre régions se caracté-Le tertiaire se partage entre les services
Les chiffres qui permettent d’illustrer lesrisent par une industrie agroalimentaireaux particuliers, aux entreprises, les acti-
faits saillants de cette structure
vités financières, immobilières, le trans- relativement développée. Le secteur productive sont issus des estimations
port et le commerce. La répartition des emploie entre 4 et 5 % des salariés antil- d’emploi de l’Insee (2001 pour les
emplois entre ces différentes activités est lais, 2 % des guyanais et même6%des Antilles et la Guyane et 1998 pour La
salariés réunionnais. Il est spécialisé danssemblable dans les quatre régions d’Outre- Réunion).
mer. Le commerce est le secteur domi- la valorisation de la canne avec les bois-
nant puis les services, le transport et les sons et le sucre. Héritage du passé, la
activités financières et immobilières. La production de sucre et de rhum agricole
est un caractère propre à la structure desGuyane se distingue avec une place par-
ticulièrement importante accordée aux emplois marchands non agricoles des
services aux entreprises. régions d’Outre-mer. Même si le niveau
d’emploi n’est pas très important dans
Les quatre régions d’Outre-mer sont très cette branche, il représente près de 15 %
proches, du point de vue de ces critères,
de la Corse, elle aussi marquée par une
place prépondérante du tertiaire au détri- (1) Sources : estimations d’emplois 2001 pour les
3 DFA, DADS 1999 pour la Réunion et la Francement de l’industrie. Le fait que la Corse
métropolitaine.soit également une île, petite et touris-
économie1er trimestre 2004
DE LAREUNION 23ici et ailleurs
Structure de l’emploi salarié marchand dans les quatre DOM et en Métropole
salariés : Guade- Martinique Guyane Réunion Métropole
champ ICS loupe (%) (%) (%) (%) 99 (%)
Agroalimentaire 4,1 5,1 2,1 5,9 3,8
Biens de consommation 2,1 2,2 1,3 1,9 5,1
Automobile 0,0 0,0 0,1 0,1 2,0
Biens d'équipement 1,6 1,7 2,6 2,2 5,7
Biens intermédiaires 2,7 3,1 7,6 3,9 10,3
Total industrie 10,6 12,2 13,6 13,9 26,8
Energie 2,1 2,7 3,3 1,7 1,7
Construction 10,6 9,2 13,2 12,8 8,1
Commerce 26,0 24,9 19,0 28,1 18,9
Transports 6,8 6,9 6,5 6,4 7,1
Activités financières 4,2 4,8 2,7 4,2 4,7
Activités immobilières 1,2 1,2 1,5 2,1 2,3
Autres services 38,6 38,1 40,1 30,8 30,4
Tertiaire marchand 76,7 75,9 69,9 71,6 63,3
Les auteurs
Total des salariés hors
secteur public et 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Bénédicte CHANTEUR est chargée agriculture
d’étude à la direction interrégionale
Antilles-Guyane.
Source : estimations d’emplois.
Jean-Baptiste HERBET est chef du
service des études et de la diffusion à
la direction régionale de l’Insee. du secteur agroalimentaire en Guade- À l’heure des projets sur l’énergie
loupe et à La Réunion et même un quart renouvelable, la Guadeloupe et La Réu-Cette étude est un produit des travaux de
en Martinique.Benoît Mulkay, “ spécialisation et nion se distinguent par leur choix d’une
concentration ” (Insee, 2002). Son plus grande diversification de la produc-
objectif est de permettre d’apprécier les tion d’énergie éolienne, géothermique,Tabac, espace, raffinerie,
caractéristiques productives locales et de solaire. Notamment, l’utilisation de la
éoliennesdonner des éléments d’analyse aux bagasse combinée au charbon permet de
acteurs du débat local.
produire une double énergie : de la
Autre héritage du passé, après avoir pro-
vapeur et de l’électricité. Tout en valori-
duit du tabac, La Réunion fait mainte- sant des ressources locales et en soute-
nant du conditionnement de tabac importé.Bibliographie nant un sous-produit de la filière canne,
Cette activité est principalement tournée
cette méthode permet de produire même
vers le marché réunionnais et a subi de“La diversité industrielle des territoires“ - hors campagne sucrière.
Frédéric LAINE et Carole RIEU - Insee plein fouet la hausse du prix du tabac de
Première n° 650, 1999. 2000. Son exploitation représente peu
Une économie insulaired’emplois, comparée à d’autres régions“Le tissu productif régional : diversité et
métropolitaines telles que l’Aquitaine. ou assimiléeconcentration“ - Frédéric LAINE et Carole
RIEU - Insee Première n° 630, 1999.
La Guyane se distingue des autres
Dans chacune des régions d’Outre-mer,
régions avec deux activités que l’on
le transport par eau et aérien marque la
retrouve peu ou pas ailleurs : l’extrac-
structure marchande non agricole des
tion d’or et les activités liées au trans-
économies. L’importance des échanges
port spatial. Bien que les emplois du
avec l’extérieur, en particulier l’hexagone,
siège d’Ariane Espace en Ile-de-France
engendre un important trafic. Parallèle-
soient plus nombreux qu’à Kourou, cette
ment aux activités de fret, le stockage et
activité caractérise la Guyane par son
la manutention, la gestion de la logis-
poids plus important dans l’ensemble de
tique sont fournisseurs d’emplois. Pour
la structure productive.
les Antilles, l’essentiel des échanges
maritimes se fait avec l’Europe maisLa Martinique est la seule région d’Outre-
aussi vers les pays de la Caraïbe. Enmer qui raffine du pétrole. Elle importe
Guyane, les transports fluviaux, notam-de grandes quantités de pétrole brut de
ment sur le Maroni en direction du Suri-mer du Nord et du Venezuela, le raffine
name, s’ajoutent aux transports mariti-et réexporte une partie de ce produit à
mes. En ce qui concerne La Réunion, duforte valeur ajoutée. Sur le territoire
fait de sa localisation, les échanges mari-national, la Haute-Normandie se remarque
times se font majoritairement avec lapour la taille de ses raffineries, la Marti-
zone océan Indien, même si la métropolenique pour la part de cette activité dans
concentre un petit tiers du trafic et lela structure productive de la région.
économie 1er trimestre 200424 DE LAREUNIONici eten brefailleurs
reste de l’Europe un dixième. Le trafic en moyenne dans les DOM. Le transport
aérien, en revanche, est particulièrement aérien est également fortement dynamisé Dernières nouvelles
polarisé sur la métropole. par le tourisme avec plusieurs dessertes
journalières depuis la métropole et
Cette activité est discriminante par rap-
l’étranger.
port aux autres régions métropolitaines, Fréquentation touristique
même si le transport aérien génère plus Malgré les multiples atouts de ces îles et en hausse en 2003
d’emploi. En revanche, l’insularité joue la volonté affichée des différents acteurs
négativement dans le développement économiques de développer ces activi-
2003 a été une mauvaise année pour led’autres activités. Le transport routier ne tés, il reste certainement des niches sec-
tourisme mondial gravement affecté parjustifie pas la création de grandes unités torielles qui pourraient soutenir le déve-
de nombreux évènements sanitaires, géo-puisque les distances à parcourir sont loppement local et générer de nouveaux
politiques ou économiques. Dans cemodestes. De plus, ce genre d’activité emplois. La récupération et le traitement
contexte il convient de souligner l’aug-est particulièrement touché par le secteur des déchets accusent un net retard par
mentation de la fréquentaion touristiqueinformel qui, par définition, est très dif- rapport aux autres régions françaises. La
de notre île. Avec 432 000 touristes laficile à comptabiliser. petite taille est souvent avancée pour
fréquentation de notre île a en effet aug-exclure la potentielle rentabilité de ces
menté de 1,4 % en 2003. Le record atteintactivités et expliquerait le décalage dePetits territoires de vie, en 2000 est ainsi légèrement dépassécroissance.
petits marchés après deux ans de stagnation. Le touriste
de La Réunion est à 80 % un métropoli-
Des marchés à explorer ?De même que l’insularité, la petite taille tain qui vient faire du tourisme d’agré-
de ces régions influence positivement le ment ou visiter sa famille ou ses amis. Il
Pour des raisons évidentes de rentabilité,poids de certaines activités lourdes en s’agit d’une clientèle très sûre dont
certains marchés, en particulier de bienscoûts fixes. Si c’est le cas de l’ensemble l’effectif a augmenté de près de4%en
d’équipement, ne peuvent être satisfaitsdu secteur public ou presque, cela l’est 2003, alors que les touristes d’autres pro-
par une production locale. Cependant,également pour les activités audiovisuel- venances avaient tendance à se désister.
pour certains secteurs de l’agroalimen-les et de presse, telles que les radios et
Malgré l’importance du tourisme affini-taire, il existe une demande intérieurechaînes de télévisions et la presse écrite.
taire le nombre de touristes ayant séjour-forte qui pourrait être satisfaite par desEn effet, relativement à la taille de ces
né à l’hôtel a augmenté et retrouve qua-entreprises locales mais qui ne l’est paséconomies, ces secteurs sont des em-
siment le niveau exceptionnel de l’anà ce jour. L’industrie laitière, par exemple,ployeurs significatifs.
2000. La durée moyenne du séjour àest solide à la Réunion, c’est même une
Exception faite de la fabrication d’élé- l’hôtel approche les 7 jours (6,9, au lieucaractéristique forte de ce département,
ments en métal pour la construction, tel- de 6,7 en 2000). Par ailleurs les villagesmais l’est moins aux Antilles et en
les que la menuiserie-aluminium et les de vacances et les gites développent leurGuyane. Les biens intermédiaires sont
charpentes, les DOM comptent peu de clientèle de manière très régulière.également rarement produits Outre-mer
salariés dans la construction de machi- et ne génèrent que peu d’emplois, à
Les dépenses des touristes augmententnes-outils, d’équipements agricoles ou l’exception des entreprises d’extraction
plus vite que leur effectif et atteignentmécaniques par exemple. La petite taille et d’exploitation du sable, qui au con-
311 millions d’euros, en progression dedu marché ne justifie pas l’implantation traire y sont particulièrement bien repré-
3 % par rapport à 2002. Les dépenses dede telles unités et les importations res- sentées.
restauration et d’hébergement sont detent la seule alternative pour les entrepri-
plus en plus importantes, leur hausseEn ce qui concerne La Réunion, le sec-ses locales.
étant respectivement de 8 et 4 %.teur des hôtels et restaurants pourrait
Les structures d’accueil des touristes manifestement être plus développé, au
ainsi que l’offre de loisirs sont très Hébergement des touristesregard de son caractère îlien. L’indica-
diversement implantées dans les DOM. teur tel qu’il est calculé pour ce qui est
La branche hôtels et restaurants de cette activité place en effet La Réu-
emploient 11 % des salariés guadelou- nion en 12ème position, avec d’autres
péens, 9 % des salariés martiniquais régions métropolitaines comme la Bour-
mais seulement 4 % des salariés réu- gogne, la Basse-Normandie ou Rhone-
nionnais, c’est-à-dire à peine plus que le Alpes. Loin derrière la Guadeloupe, la
niveau de métropole. Martinique, la Guyane et la Corse qui
caracolent en tête avec la région Pro-
Parallèlement à une consommation des
vence Alpes Côte d’Azur.ménages réputée soutenue dans les éco-
nomies d’Outre-mer, la
(article de Bénédicte CHANTEUR paru
imputable à la fréquentation touristique
dans ANTIANE ECO N° 58, adapté par
de ces régions soutient les activités de Jean-Baptiste HERBET)
commerce, notamment le commerce de
détail. Les grandes surfaces et magasins
alimentaires sont très bien implantés, ils
emploient 15 % des salariés en Guade-
Source : enquête flux touristiques 2003
loupe, 14 % en Martinique, 10 % en INSEE-CTR.
Guyane et 15 % à La Réunion, soit 14 %
économie1er trimestre 2004
DE LAREUNION 25

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