Evolution de l'emploi et du chômage dans les zones d'emploi haut-normandes : les mouvements de la population active recomposent la carte du chômage

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Dans un contexte de création d'emplois, le chômage diminue, et inversement quand l'emploi stagne ou recule. Cela s'est vérifié sur la période récente en Haute-Normandie et dans les zones d'emploi de Rouen et du Havre. Mais dans les petites zones d'emploi, l'évolution du chômage est parfois déconnectée de l'évolution de l'emploi. Les variations de population active, départs ou arrivées des jeunes actifs, retraites des plus âgés, mais aussi les migrations alternantes influent sur les taux de chômage. Plus la zone est "ouverte", plus ces évolutions sont sensibles sur le nombre d'actifs, qu'ils aient un emploi ou qu'ils en recherchent un.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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SOURCE ÉVOLUTION DE L’EMPLOI ET DU CHÔMAGE
L’Insee diffuse depuis 2003 de nouvelles statistiques locales DANS LES ZONES D’EMPLOI HAUT-NORMANDES
sur les revenus. Ces statistiques sont établies à partir des fi-
chiers des déclarations de revenus et de la taxe d’habitation.
Les indicateurs diffusés permettent de décrire le niveau et les Les mouvements de la population active
disparités des revenus des ménages à travers la médiane et
les déciles ainsi que la composition du revenu. recomposent la carte
Les données sont disponibles pour des découpages géogra-
phiques (quartiers, communes, regroupements de commu- du chômage
nes) comptant au moins 2 000 habitants au recensement de
1999 (ce seuil est réduit à 50 ménages pour le revenu mé-
dian). Le respect des règles de confidentialité limite la dispo- Damien BARTHÉLÉMY
nibilité des résultats à ces zones géographiques.
Dans un contexte de création 700 000. La mauvaise conjoncture de
lard Centre, Arcole Brindeau Hum- l’année 2003 a entraîné un recul ded’emplois, le chômage diminue,
bert, Arcole Brindeau Amiral 3 000 postes de travail. Au cours de laet inversement quand l’emploi
Mouchez, Caucriauville Edouard Vail- même période, le nombre de deman-stagne ou recule. Cela s’estlant et le quartier de l’Eure par deurs d’emploi a baissé de 20 000 soitvérifié sur la période récente enexemple). Ces populations ne subsis- - 19 %. Le taux de chômage régional a
Haute-Normandie et dans lestent que grâce aux aides sociales. Les évolué favorablement ; il s’est replié de
zones d’emploi de Rouen et duquartiers aux revenus faibles sont plus de 2 points passant en cinq ans de
ceux où la dispersion est la plus Havre. Mais dans les petites 12,9 % de la population active à 10,8 %
ample. La Mare Rouge Chateaudun, zones d’emploi, l’évolution du fin 2003. Le point le plus bas de 9,7 % a
la Mare Rouge George Sand font fi- chômage est parfois déconnectée été atteint en mars 2001. D’un point de
gure de cas limites avec des disper- vue régional, il apparaît que les évolu-de l’évolution de l’emploi. Les
sions de revenus très importantes, tions de l’emploi et du chômage sontvariations de la population
respectivement de 380 et 73, en rai- liées : quand l’emploi monte, le chômageactive, départs ou arrivées des
son de revenus fiscaux quasi inexis- baisse. Mais plus localement, et en parti-jeunes actifs, retraites des plus
tants. La composante « ouvriers » est culier dans les zones d’emploi, les varia-
âgés, mais aussi les migrationsimportante dans ces quartiers notam- tions du taux de chômage ne
alternantes influent sur le tauxment dans celui de l’Eure (32 %). s’expliquent pas toujours ou du moins
de chômage. Plus la zone est pas complètement par les seules varia-
« ouverte », plus ces évolutionsOUVRIERS ET EMPLOYÉS : tions de l’emploi. Sur la période
DEUX CATÉGORIES sont sensibles sur le nombre 1999-2003, quatre cas de figure diffé-
SOCIOPROFESSIONNELLES rents se présentent, selon les performan-d’actifs, qu’ils aient un emploi ou
IMPORTANTES D’EVREUX ces de chaque zone d’emploi en termequ’ils en recherchent un.
d’emploi et de chômage en comparaison
avec la moyenne régionale.La ville d’Evreux compte beau- u 31 décembre 1998 au 31 dé-
coup plus d’ouvriers et d’employés Dcembre 2003, l’emploi haut-nor-
que les villes de Rouen et du Havre. mand a progressé de près de 35 000
EMPLOI PLUS DYNAMIQUE ET BAISSELa part des ouvriers dans la ville unités, soit une hausse de 5,3 %. La ma-
DU CHÔMAGE PLUS IMPORTANTSd’Evreux est de 19 % de la population jeure partie de cette hausse s’est pro-
QU’EN RÉGIONde 15 ans et plus au recensement de duite en 1999 et 2000 avec un gain de
1999. Les quartiers Michelet, Collège 32 000 emplois pour ces deux années.
Entre 1999 et 2003, quatre zonesRüsselsheim, Charles Péguy, Romain En 2001 et 2002, la croissance a été plus
d’emploi, dont les deux plus importantesRolland, Robert Desnos, Le Bohy, faible avec 6 000 créations nettes. Fin
Rouen et Le Havre mais également deux2002, l’emploi haut-normand atteignaitJeanne d’Arc ont la plus forte propor-
des plus petites le Pays de Bray et Ver-pour la première fois la barre destion d’ouvriers, de 28 % à 35 %. Ainsi,
neuil-sur-Avre, ont bénéficié d’une situa-sur 100 euros de revenus déclarés, 71
CHÔMAGE ET EMPLOI tion économique plutôt favorableeuros sont d’origine salariale (salaires
EN HAUTE-NORMANDIE DE 1998 À 2003 conjuguant croissance de l’emploi etet indemnités de chômage). Le taux
baisse du chômage plus fortes qu’en720 14de chômage y est moins élevé qu’à
Emploi Haute-Normandie. Les deux principalesRouen et au Havre. A l’opposé, les Taux de chômage agglomérations ont profité d’une haussequartiers de l’Ecole de Musique, Ca- 700 13 de l’emploi plus forte dans les activitésthédrale et Jean Rostand accueillent
tertiaires qui se concentrent plus fré-plus de 10 % de cadres et de profes-
680 12 quemment en ville. De plus, elles ont unsions intellectuelles supérieures.
solde migratoire négatif surtout chez lesPour Evreux, la dispersion des re-
jeunes actifs, ce qui a provoqué une
venus est nettement moins importante 660 11
baisse du chômage marquée. Ver-
qu’à Rouen (7,5 contre 10) mais reste
neuil-sur-Avre et le Pays de Bray ont en
cependant élevée. Les quartiers de
640 10 commun d’être des zones où l’industrie
Michelet, Collège Rüsselsheim, Char-
est très présente et surtout créatrice
les Péguy, Romain Rolland, Robert
d’emploi entre 1999 et 2003, comme
620 9Desnos figurent parmi les quartiers où
pour les autres secteurs excepté l’agri-
l’amplitude des revenus, supérieure à
culture. Ces deux zones ont deux autres
10, est la plus élevée. Dans ces quar- 600 8 points communs. Tout d’abord, elles ont
1998 1999 2000 2001 2002 2003tiers, l’origine des inégalités provient
un solde migratoire des plus de trente
surtout des bas revenus, inférieurs à Source : INSEE - Unités : emploi en millier, taux en % ans positif : elles accueillent des person-Estimations d’emploi2 000 euros
4 AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 50 - Décembre 2005

EMPLOI-CHÔMAGEnes ayant déjà un emploi ou qui prennent La zone d’emploi de Lillebonne a DEUX FAÇONS D’APPRÉHENDER
leur retraite donc sans affecter le chô- connu une hausse importante de l’emploi LA POPULATION ACTIVE
mage local. Ensuite, leur population est entre 1999 et 2003 principalement dans
QU’EST-CE QUE LE TAUX DE CHÔMAGE ?plus âgée qu’en moyenne, ce qui en- la construction et le tertiaire. L’industrie,
C’est la part de la population active qui n’a pas d’emploi. Cette
traîne une hausse plus faible de la popu- très présente sur la zone, a créé égale- définition montre que la population active est centrale dans l’ana-
lyse du marché du travail. Dans une zone d’emploi, on peut la cal-lation active. C’est un effet « pyramide ment quelques emplois. Cette situation a
culer comme étant la somme des emplois et des chômeurs, plusdes âges ». La démographie joue en permis une baisse du chômage local
les résidents de la zone travaillant en dehors de celle-ci mais
faveur d’une baisse du chômage. mais l’impact peut paraître limité. Deux moins les emplois occupés par des extérieurs. Les deux derniè-
res catégories correspondent aux déplacements domicile-travailraisons peuvent être avancées. En pre-
(ou navettes). Dans cette approche dite « marché du travail »,la
mier lieu, la part des emplois occupés population active apparaît uniquement comme un agrégat.
EMPLOI PLUS DYNAMIQUE MAIS Une autre approche dite « socio-démographique » montre que lapar des non-résidents est élevée, plus de
population active évolue sous l’effet de trois facteurs : la variationBAISSE LIMITÉE DU CHÔMAGE, PAR 35 %, et les créations d’emplois n’ont
du nombre de personnes en âge de travailler (effet pyramide des
RAPPORT À LA HAUTE-NORMANDIE donc pas toutes profité à des habitants âges), celle des taux d’activité et celle de la mobilité résidentielle.
Cette dernière approche, plus démographique, peut expliquer quede la zone. En second lieu, le manque
dans certaines zones où l’emploi est peu dynamique, il y ait mal-Entre 1999 et 2003, les zones chronique d’emplois féminins fait que le
gré tout une baisse du chômage. En effet, si les occasions d’em-
d’emploi d’Evreux, Lillebonne et Gisors chômage féminin reste élevé d’autant ploi sont plus rares, les actifs, les jeunes en particulier, ont
tendance à quitter le territoire pour résider ailleurs et les plussont dans un contexte de dynamique de plus que les jeunes femmes ont un taux
âgés partent plus tôt à la retraite. Tout cela diminue à la fois la po-l’emploi et de baisse du chômage moins d’activité de plus en plus élevé, mainte- pulation active occupée et le nombre de chômeurs.
importante que la moyenne régionale. nant la hausse de la population active.
Pour la zone d’emploi d’Evreux, la
hausse de l’emploi est portée par la ter- tes qui étaient favorables à la zone se
tiarisation de son économie puisque l’in- sont probablement détériorées au regardFAIBLE DYNAMISME DE L’EMPLOI
dustrie est en recul constant depuis de la situation de l’emploi. L’addition deMAIS BAISSE SOUTENUE
plusieurs années et n’occupe plus qu’un tous ces éléments peut expliquer laDU CHÔMAGE
emploi sur cinq. Mais la zone se doit de baisse du chômage. Concernant les
continuer à créer des emplois à un zones de Bernay et Dieppe, la hausse deLes zones d’emploi de Bernay,
rythme soutenu puisque la jeunesse de l’emploi ne peut à elle seule justifier laDieppe et Vallée de la Bresle sont, entre
sa population, accentuée par l’arrivée de forte baisse du chômage. L’intensification1999 et 2003, dans une situation de
nouveaux habitants ayant souvent moins des migrations alternantes hors de cesfaible croissance de l’emploi et de baisse
de 35 ans, fait que la population active zones permet à de nombreux résidentsimportante du chômage comparée à la
progresse vivement. Cela explique que le d’occuper un emploi : les zones devien-région. Les zones d‘emploi de Bernay et
chômage diminue moins vite qu’ailleurs nent résidentielles. De plus, à Dieppe, lesde Dieppe ont connu la plus forte baisse
mais cette jeunesse est bien sûr un atout départs définitifs sont plus nombreux quedu taux de chômage dans la région
pour l’avenir de la zone. La zone d’emploi les arrivées particulièrement chez les(- 2,7 points) ; celle de la Vallée de la
de Gisors est dans un cas semblable plus jeunes, entraînant un renouvelle-Bresle est la seule zone qui a perdu des
mais encore plus marqué concernant les ment plus faible de la population active.emplois. Le cas de cette dernière est
arrivées de nouveaux habitants. Ces der- plutôt déconcertant puisqu’elle conjugue
niers occupent souvent un emploi à l’ex- perte d’emplois et diminution nette du
térieur de la zone. chômage. Des explications peuvent être FAIBLE DYNAMISME DE L’EMPLOI
ET BAISSE LIMITÉE DU CHÔMAGErecherchées dans
ÉVOLUTION DE L’EMPLOI ET DU CHÔMAGE ENTRE 1998 ET 2003 EN COMPARAISON AVEC LA RÉGIONles mouvements
DANS LES ZONES D’EMPLOI DE HAUTE-NORMANDIE démographiques
Dans une dernière catégorie se re-qui touchent la po-
trouvent les trois zones d’emploi depulation active. Tout
Fécamp, Pont-Audemer et Vernon, qui sed’abord la popula-
caractérisent par une baisse sensibletion totale est en
des effectifs industriels et une part im-baisse depuis
portante des actifs occupant un emploi à1982 : la hausse de
l’extérieur. Pour Fécamp et Pont-Aude-l’activité féminine a,
mer, l’intensification des navettes versjusqu’en 1999, évité
les zones voisines et en particulier Leune baisse de la po-
Havre permet notamment de faire bais-pulation active mais
ser le niveau de chômage. Ces zonesles premiers effets
d’emploi sont de plus en plus intégréesdu vieillissement
dans une logique d’estuaire autour duvont faire diminuer
Havre. La zone de Vernon a quant à ellerapidement le
depuis longtemps des échanges d’actifsnombre des actifs.
avec la région parisienne, mais elle n’estDe plus, la détério-
pas seulement résidentielle puisqu’elleration de la situation
possède une industrie diversifiée. Malgrééconomique va am-
une hausse globale de l’emploi de prèsplifier les départs
de 5 % son taux de chômage est restéde population qui
stable. C’est une zone jeune où la crois-touchent essentiel-
sance de la population active reste sou-lement les moins de
tenue en particulier grâce à l’arrivée35 ans. Enfin, les
d’actifs de moins de 40 ansmigrations alternan-
AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 50 - Décembre 2005 5

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