Femmes et hommes à parité ? Un accès plus difficile au marché du travail.

De
Publié par

Sur un marché du travail frappé par un chômage de grande ampleur, les femmes ont en partage avec les hommes la difficulté de trouver un emploi. L'accès à l'emploi est toutefois plus problématique pour elles et elles se retrouvent plus souvent reléguées dans des emplois à temps partiel qui ne correspondent pas toujours à leurs qualifications. Bien que le principe «à travail égal, salaire égal» soit à peu près respecté, on observe des différences de revenus mensuels du fait d'une durée du travail moindre chez les femmes.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
Lecture(s) : 16
Nombre de pages : 3
Voir plus Voir moins

dossier Femmes et hommes à parité ?
Un accès plus difficile
1 ur un marché du travail frappé d’intérim, auxquels il faut ajouter les
par un chômage de grande situations de formation (stagiaires,Sampleur, les femmes ont en par- apprentis). Ces emplois précaires sont
tage avec les hommes la difficulté de répartis à parts égales entre les deux
trouver un emploi. L’accès à l’emploi sexes. Ce qui désavantage un peu les
est toutefois plus problématique pour femmes qui ne constituent que 44 % de
elles et elles se retrouvent plus souvent l’ensemble des salariés. Les emplois pré-
reléguées dans des emplois à temps caires disponibles dans le secteur privé2
partiel qui ne correspondent pas sont plus souvent occupés par des hom-
toujours à leurs qualifications. Bien mes, ceux de la fonction publique par
que le principe “à travail égal, salaire des femmes.Les textes législatifs
égal” soit à peu près respecté, on
observe des différences de revenus Une travailleuse sur trois àLa multiplicité des textes législatifs
mensuels du fait d’une durée du tra-instituant l’égalité professionnelle temps partielvail moindre chez les femmes.entre les femmes et les hommes nous3 incite à penser que les disparités de
La première des inégalités frappant les Toujours parmi les emplois salariés,genre n’existent plus sur le marché du
femmes sur le marché du travail est leur quelques dizaines de milliers (37 000)travail. Le principe de l’égalité
accès plus difficile à l’emploi. Si le tauxprofessionnelle est affirmé dans la loi sont à temps partiel. Ils sont particulière-
de chômage frappe durement les deuxfrançaise depuis longtemps, et depuis ment nombreux chez les particuliers, et
plus de trente ans plusieurs lois visent genres, la désillusion est encore plus auprès des collectivités locales (sous
à mettre en œuvre ce principe comme forte chez les femmes pour qui le taux de forme d’emplois aidés qui cumulent
la loi « Roudy » de 1983, renforcée chômage s’élève en 2004 à 35,8 % de la donc précarité et temps partiel) : 70 %4 par la « loi Génisson » de 2001. Mais population active, soit 4 points de plus d’entre eux sont attribués à des femmes.la multiplication de ces lois, de
que chez les hommes. Bien que tous les Lorsqu’une femme trouve un emploi,structures de surveillance de leur
âges soient concernés, c’est entre vingt-application n’est-elle pas le signe que dans un cas sur trois, elle ne travaille
cinq et cinquante ans que la différenceces inégalités perdurent ? qu’à temps partiel, au lieu d’un cas sur
est la plus marquée (5,3 points). Pourtant dix chez les hommes.
depuis les années quatre-vingt, les Réu-
nionnaises accumulent plus de diplômes Le plus souvent cet emploi à temps par-
5 que les Réunionnais et disposent donc tiel est une situation subie et non voulueDéfinitions
d’atouts pour obtenir un emploi. Mais à pour 71 % des hommes et pour 85 % des
diplôme égal, les taux de chômage fémi- femmes. Les deux sexes expliquent leurLa population active est constituée de
nins sont systématiquement plus élevésl’ensemble des personnes qui situation professionnelle par le manque
que les masculins.travaillent ou qui recherchent un d’offres à temps plein, affirment vouloir
emploi (chômeurs). travailler plus longtemps ou font desLe partage du travail entre femmes et
Le taux d’activité est le rapport entre démarches pour trouver un autre poste.hommes consiste aussi à répartir les
la population active et la population6 emplois précaires et ceux à temps partiel.totale. Sa mesure n’est pas tout à fait
Des carrières différentesOn peut estimer les emplois salariés àla même “au sens du recensement” et
eenviron 170 000 au 2 trimestre 2004, dont“au sens du BIT” puisque le chômage
quelques dizaines de milliers (39 000) ne Peu de femmes se lancent ou se sont lan-n’y est pas défini de la même façon.
sont que temporaires : contrats à durée cées à créer leur propre emploi en mon-Un chômeur au sens du BIT est une
déterminée, emplois aidés, missions tant une société ou une entreprise. Lespersonne en âge de travailler (15 ans
ou plus) qui répond simultanément
aux trois conditions :7 Part du temps partiel selon l’employeur
être sans emploi, c’est-à-dire ne
Femmes Hommespas avoir travaillé ne serait-ce
qu’une heure la semaine de
Total dont Total dontréférence ; EMPLOYEUR
des emplois temps partiel des emplois temps partiel
être disponible pour prendre un
Ensemble 75 000 33 % 95 000 11 %emploi dans les 15 jours ;
chercher activement un emploi ou8 Particuliers 9 500 79 % 3 500 13 %
en avoir trouvé un qui commence
Entreprises 28 500 23 % 59 000 8 %ultérieurement.
Etat 16 500 16 % 16 500 9 %
Le taux de chômage est le rapport Public autre 20 500 40 % 16 000 26 %
entre le nombre de chômeurs au sens
du BIT et la population active. Source : Insee, enquête emploi 2004.
10 économie 4e trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier
au marché du travail
occupent des professions intellectuellesTaux de chômage selon le diplôme Catégories socio-professionnelles 1
des actifs occupéssupérieures. Elles ne sont que quatre sur
dix, et se retrouvent donc plus fréquem-
ment dans les fonctions intermédiaires.
Le constat est le même parmi ceux qui
ont un bac ou qui ont poussé leurs études
à “bac plus deux” : moins de cadres,
moins de fonctions intermédiaires chez
2les femmes que chez les hommes.
Pour les diplômes plus modestes ou par-
mi ceux qui n’ont pas du tout de diplô-
mes, les différences de carrières portentSource : enquête emploi 2004, Insee.
surtout sur la répartition entre employés
La population au chômage se fémi-
et ouvriers. On retrouve cette divergencenise et devient diplômée : 46 % des
entre employés et ouvriers dans la listeschômeurs sont des femmes. Elles
Source : Insee, enquête emploi 2004. 3sont au moins bachelières pour des 10 principaux métiers des uns et des
16 % d’entre elles, contre 11 % autres. Dans les services aux particuliers, Les femmes sont rarement ouvriè-chez les hommes. les femmes sont employées de maison, res et souvent employées.
ou assistantes maternelles, les hommes
non salariés (agriculteurs, professions sont jardiniers. Des métiers sont spécifi-
libérales, artisans, commerçants…) sont quement masculins (ouvriers du bâti- sont quasiment identiques. Une étude a
très majoritairement des hommes. On y ment, conducteurs, livreurs) d’autres été menée sur les déterminants des salai-trouve seulement un quart de femmes. A très féminisés (secrétaires, aide-soi- 4res horaires de l’année 2000, dans le sec-noter que les agriculteurs de petites gnants, employés dans les services
teur privé et semi-public. Plusieurs fac-exploitations sont nombreux sur le comptables et financiers des entreprises).
teurs influencent le montant du salairedépartement, tandis que les agricultrices La mixité se retrouve essentiellement
horaire : la catégorie socioprofession-semblent rares. dans la fonction publique et particulière-
nelle d’abord, puis dans une moindrement dans l’enseignement : instituteurs,
A diplôme égal, les femmes salariées mesure l’âge du salarié, le secteur d’acti-professeurs et agents de service.
occupent des emplois moins qualifiés vité de l’entreprise et sa taille ; pas le
que les hommes. Les inégalités les plus 5sexe.
A travail égal, salaire égalfrappantes concernent les plus diplômés,
Les salaires horaires bruts moyens,ceux qui ont fait des études supérieures
A La Réunion on peut considérer que effectivement constatés en 2002, chezet détiennent une licence ou plus, ou sor-
pour un travail donné, dans un temps les femmes et les hommes du secteur pri-tent des grandes écoles. Six hommes sur
donné, les salaires masculins et féminins vé et semi-public - hors stagiaires etdix accèdent aux fonctions de cadres,
apprentis - sont respectivement de 12,8
et 12,9 . Les disparités suivent toujours
6Salaires horaires bruts en 2002 en premier lieu l’échelle des qualifica-
tions : un homme cadre gagne 3,4 fois
plus qu’un ouvrier non qualifié, le rap-
port est de 3,0 pour les femmes.
Les salaires horaires les plus faibles
concernent les ouvriers non qualifiés :
8,2 pour les femmes, 8,9 pour les 7
hommes. Mais les femmes sont très rares
dans ces professions, comme dans celles
relevant de la catégorie d’ouvriers quali-
fiés à peine mieux payés que les pre-
miers. Fortement présentes dans les caté-
gories d’employés, les femmes y perçoi-
vent un salaire horaire un peu plus éle- 8
vé : 10,5 au lieu de 10,1 pour les
hommes. Les salaires horaires passent
au-dessus de la moyenne à partir desSource : Insee, DADS 2002.
professions intermédiaires : 15,7 en
Les disparités sont faibles dans les salaires horaires, sauf pour les cadres. moyenne pour elles, 15,8 pour eux.
économie 114e trimestre 2004
DE LAREUNIONdossier
Revenus salariaux nets mensuels merce) à 31 % (pour les personnels des
services aux particuliers) de moins qu’un
homme. Les disparités salariales chez les
cadres proviennent de rémunérations du
travail inégales. Pour les autres catégo-
ries socioprofessionnelles, la raison en
1 est une durée du travail moindre. La mul-
tiplication des temps partiels chez les
salariées réduit considérablement les
revenus qu’elles tirent de leur travail.
Un quart des salariés réunionnais perçoi-
vent des revenus nets mensuels inférieurs
à 883 ; ce sont des femmes pour 70 %2
d’entre eux. A l’autre extrémité de
l’échelle des rémunérations, un autre
quart des salariés ont des revenus supé-
rieurs à 1625 ; les femmes en consti-
tuent 44 % à l’instar de leur représenta-
tion dans l’ensemble des salariés.
Nelly ACTIF3
Source : Insee, enquête emploi 2004.
Au bout du mois, les salaires des femmes sont tout de même inférieurs, à cause
d’une durée du travail moindre.
les catégories socioprofessionnelles, àLa différence devient sensible chez les4 l’exception des professions intermédiai-cadres et les professions intellectuelles
res de la fonction publique, le constat estsupérieures : les femmes cadres gagnent
identique. Une femme perçoit à la fin duen moyenne 17 % de moins que leurs
mois de 6 % (pour les employés de com-homologues masculins avec des salaires
respectifs de 24,7 et 29,7 de l’heure.
Une partie de cette différence
s’explique par le fait que les revenus
5 L’essor de l’activité féminineprogressent fortement avec l’âge, et que
la structure par âge est plus jeune chez
Le travail rémunéré des femmes est un fait trois enfants par femme. Cette génération
les femmes que chez les hommes. Il
récent à La Réunion. Au recensement de qui avait entre vingt et vingt-quatre ans en
n’en reste pas moins que les rémunéra-
1974, trois femmes sur dix recherchaient ou 1982 et faisait montre de l’activité la plus
tions des cadres masculins progressent occupaient un emploi ; en 1999 elles sont élevée alors (57 %), a vu son taux d’activité
plus. près de six sur dix. En vingt-cinq ans, de augmenter encore. Elles ont autour de qua-
1974 à 1999, c’est-à-dire le temps d’une rante ans en 1999, et sont actives pour 70
Ces disparités de salaires horaires chez6 génération, le taux d’activité féminin des à 72 % d’entre elles.
les cadres, ne se perçoivent pas dans le 15-60 ans a augmenté de 80 %. Le chan-
Comparés à la métropole, les taux d’activitécalcul des moyennes par sexe à cause gement s’est opéré dans les années
féminins restent cependant relativement fai-du faible nombre de femmes entrant quatre-vingt alors que les portes de l’école
bles, tout comme les taux d’activité mascu-dans cette catégorie. D’autant plus que s’ouvraient aux femmes tandis que le taux
lins d’ailleurs.
de fécondité descendait au-dessous deles salariés du sexe masculin, très nom-
breux dans les professions ouvrières
(45 000), les plus faiblement rémuné- Taux d’activité en 20047
rées, contribuent à faire baisser le
salaire horaire moyen des hommes.
Age Réunionnaises Réunionnais Métropolitaines Métropolitains
15-24 ans 28,5 38,0 26,5 33,3Des revenus mensuels
plus faibles 25-49 ans 64,6 89,3 81,1 94,2
En fait, les revenus salariaux mensuels8 50-64 ans 39,6 53,6 55,2 67,2
nets, primes comprises s’élèvent en
moyenne à 1 490 pour un homme et Ensemble 50,7 68,8 63,4 74,6
1 260 pour une femme au deuxième
Source : Insee, enquête emploi.trimestre 2004, c’est-à-dire 15 % de
moins pour les femmes. Dans toutes
12 économie 4e trimestre 2004
DE LAREUNION

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.