Femmes-Hommes : Inégalités sur le marché du travail

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Fin 1998, les femmes représentent 47 % des salariés aquitains. L'inégalité professionnelle entre hommes et femmes demeure : écarts de salaire, mode d'accès à l'emploi, évolution de carrière. Évolution des écarts de salaire entre hommes et femmes. Évolution de la part des cadres parmi les salariés aquitains selon l'âge (comparaison hommes-femmes). Graphique - Tableau - Méthodologie - Bibliographie
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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FEMMES-HOMMES : INÉGALITÉS
SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL
Fin 1998, les femmes représentent
47 % des salariés aquitains. la population active se rapproche de la parité.
S’agissant des seuls salariés, fin 1998, les femmes re-Toutefois, l’inégalité professionnelle,
présentaient près de 47 % de l’ensemble des salariésmesurée par les écarts de salaires
aquitains, chiffre comparable à celui observé dans
entre hommes et femmes, demeure.
l’ensemble de la France (46 %).
Le salaire moyen annuel des femmes
Malgré cette quasi-égalité en effectif sur le marchéne correspond qu’à 75 %
du travail, les écarts de rémunération entre les fem-
de celui des hommes.
mes et les hommes sont révélateurs d’inégalités pro-
En fait, plus que la rémunération
fessionnelles.
elle-même, c’est leur mode d’accès
Près d’un quart de salaire en moinsà l’emploi et l’évolution de leur carrière
Au cours de l’année 1997, dans les entreprises pri-qui font la différence.
vées et semi-publiques d’Aquitaine, les salariéesL’éventail des emplois qui sont offerts
aquitaines ont perçu en moyenne 87 500 francs
aux femmes est plus restreint
nets, soit 26 500 francs de moins que leurs homolo-
et moins qualifié que celui des hommes : gues masculins. Le salaire moyen annuel d’une
13 métiers concentrent 61 % des salariées. femme, tel qu’il ressort de l’exploitation des Décla-
rations Annuelles de Données Sociales (DADS), estLes femmes sont conduites à exercer
inférieur de 23 % à celui d’un homme, contre 24 %des activités peu rémunératrices et,
en province (France hors Ile-de-France). Ce
souvent, à temps partiel,
moindre écart s’explique par le fait qu’en Aquitaine
et elles perçoivent ainsi
les hommes salariés sont moins bien payés que leurs
plus fréquemment collègues de province.
que les hommes de bas salaires.
Ces rémunérations correspondent aux sommes ef-
fectivement perçues par les salariés. Elles tiennent
compte de la durée du travail. Or, en Aquitaine, de
même qu’en province, les femmes sont trois fois
plus nombreuses que les hommes à occuper un em-Amorcée au milieu des années soixante, la progres-
ploi à temps partiel, choisi ou subi.sion de l’activité professionnelle des femmes est un
phénomène général qui touche les pays occiden-
En ramenant tous les salaires à un équivalent temps
taux. En Aquitaine, entre les recensements de 1968
complet de 39 heures, l’écart de salaire entre femmes
et 1990, l’augmentation des ressources de
et hommes diminue et passe de 23 à 16,5 %, en Aqui-
main-d’œuvre est à 80 % due aux femmes : la popu-
taine. Les niveaux entre l’Aquitaine et la moyenne
lation active de la région s’est ainsi enrichie de
des provinces se rapprochent, résultat de deux mou-
211 000 femmes pour 47 000 hommes.
vements de sens contraire. Les hommes aquitains cu-
mulent plus de temps partiel que leurs collègues deCe mouvement s’est poursuivi au cours de la der-
province, alors que pour les femmes, c’est l’inverse.nière décennie. La proportion de femmes au sein de
INSEE
AQUITAINE
INSTITUT NATIONAL
DE LA STATISTIQUE
ET DES ÉTUDES
ÉCONOMIQUES
o
N 85
JUIN 2000Effet de structure ou effet résiduel ?Le temps partiel explique une partie des écarts de salaires femmes-hommes
Unité : franc Les différences de salaire moyen entre les hom-
Salaires annuels moyens perçus Salaires "équivalents
mes et les femmes salariés peuvent avoir sché-temps complets"
matiquement deux origines.Aquitaine Province Aquitaine Province
Femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 500 87 700 99 200 99 800 D’une part, les caractéristiques des emplois oc-
Hommes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114 000 115 500 118 700 120 000 cupés par ces deux populations sont différen-
Ensemble 102 500 104 000 110 250 111 600 tes : les femmes comptent5%de cadres, alors
qu’ils représentent 10 % des salariés masculins.Ecart femmes/hommes (%). . . . . . . -23,2 -24,1 -16,4 -16,8
A l’inverse, 59 % d’entre elles sont employées,
eSource : Insee - Fichiers DADS 1997 salarié simplifié et salarié national au 1/25
contre 16 % des hommes. Or les cadres sont
mieux payés que les employés. Donc, de ce
seul fait, le salaire moyen des hommes est supé-
Les écarts de salaire entre hommes et femmes se réduisent lentement rieur à celui des femmes. C’est l’effet de struc-
1 ture. Dans le présent document, les facteursSur le champ plus restreint des salariés travaillant à temps complet , les écarts entre salaires nets an-
structurels retenus sont la catégorie sociopro-nuels moyens se réduisent dans le temps, et un peu plus rapidement en Aquitaine qu’en France. Ils
fessionnelle, détaillée sur quatre positions,passent de 39 % en 1964 à 26,5 % en 1984 et 17 % en 1996, soit 22 points de moins en 32 ans (respec-
croisée avec le secteur d’activité agrégé sur 5tivement 36 %, 26 % et 18,5 % pour la France).
postes, les services ayant été éclatés en deux
1 “Séries longues sur les salaires - Édition 1998’” - Insee Résultats - Série Emploi-Revenus-n° 136
sous-secteurs du fait de leur importance.
D’autre part, “toutes choses égales par ailleurs”,
c’est-à-dire à structure identique, il subsiste des
écarts de salaires entre femmes et hommes qui
ne s’expliquent pas par les facteurs structurels
choisis. C’est l’effet résiduel. Dans le cas présent,
il mesure l’ampleur de la discrimination salariale
pure entre femmes et hommes, c’est-à-dire celle
que l’on ne peut pas “expliquer”.
moins que les hommes ; en fin de car-
rière, cet écart atteint 25 %.
De même, c’est dans les catégories socio-
professionnelles les plus rémunératri-
ces que les écarts sont les plus forts :
chez les cadres, les femmes gagnent
25 % de salaire de moins que les hom-
mes, à temps de travail égal. Même s’il
tures par âge des travailleurs hommes etD’autres facteurs interviennent : faut affiner la notion de métiers, ces
- les femmes occupent rarement les mê- femmes sont identiques. écarts montrent que la loi “à travail
mes postes de travail que les hommes. égal, salaire égal” rencontre encore
En équivalent temps complet, le niveau
Elles restent concentrées dans peu de des obstacles dans son application.
moyen des rémunérations annuelles
secteurs d’activités où dominent les bas
présente encore un écart de 11 400 Des emplois féminins concentrés,salaires, comme le commerce de détail ;
francs en défaveur des femmes, soit un moins qualifiés, et plus encore- dans un secteur d’activité donné, par
écart de salaire résiduel de presque en fin de carrièreexemple dans l’industrie, elles occu-
10 %, qui ne s’explique ni par le temps
pent les emplois les moins valorisés et Plus que les salaires eux-mêmes, c’est
partiel, ni par la structure des emplois
les moins rémunérés (ouvrières non la discrimination observée dans les
occupés. Ce solde, appelé effet rési-
qualifiées). carrières qui est cause des inégalités
duel, permet d’évaluer la discrimina-
professionnelles entre hommes et fem-
tion salariale “pure” observée entre les
Que ce soit en salaires moyens ou en sa- mes. Elle se manifeste d’abord par une
femmes et les hommes.
laires ramenés à des temps complets, ségrégation horizontale dans les mé-
ces facteurs qui ont des effets dits de Par exemple, la progression des salaires tiers exercés par des femmes. En effet,
structure expliquent à eux seuls 42 % en fonction de l’âge est bien moins im- si l’on prend comme indicateur de mé-
des écarts de salaires entre hommes et portante chez les femmes. Entre 21 et tier exercé la catégorie socioprofes-
femmes observés en Aquitaine. Le fac- 25 ans, en équivalent temps complet, sionnelle croisée avec le secteur d’acti-
teur âge n’a pas été retenu car les struc- vité, on observe que les 13 métiers lesles femmes gagnent 6 % de salaire de
N°85
JUIN 2000rière, c’est-à-dire entre 55 et 60 ans, cet
écart s’est largement creusé : la part des
cadres parmi les femmes a peu évolué
(5,1 %) alors que chez les hommes elle
gagne plus de 10 points pour atteindre
15,7 %. La faible évolution du nombre
de cadres féminins suivant l’âge traduit
la difficulté des femmes à accéder aux
plus hauts niveaux de la hiérarchie. Si
une femme n’est pas entrée en tant que
cadre dans l’entreprise, elle a très peu
de chances de le devenir en “interne”.
Surchômage et sous-emploi :
les femmes sont les plus touchées
La concentration des emplois féminins
plus fréquemment occupés par les fem- dans les métiers les plus rémunérés :
dans un petit nombre de métiers fragi-mes regroupent 61 % des salariées en ainsi, elles sont 7 fois moins nombreu-
lise leur emploi. Elles sont plus souventses à occuper un emploi de cadre ad-Aquitaine alors qu’il en faut 38, chez les
que les salariés masculins confrontées
hommes, pour arriver à cette même ministratif, commercial ou d’ingé-
au chômage et au sous-emploi.nieur dans l’industrie, emplois lesproportion.
mieux rémunérés dans le champ de En Aquitaine, comme en France, les
Cette concentration des emplois fémi-
l’étude. femmes sont plus souvent que les hom-
nins est encore plus forte en Aquitaine
mes touchées par le chômage : 15,7 %
que dans l’ensemble de la province (16 Au total, en 1997, 5 % d’entre elles sont
contre 10,4 % en 1998. En outre, le ré-métiers pour les femmes contre 37 pour cadres contre 10 % pour les hommes.
cent recul du chômage a davantageles hommes). Ces activités très fémini- Cela révèle une forte ségrégation verti-
profité aux hommes qu’aux femmes :sées se concentrent dans le commerce et cale au sein de ces métiers, c’est-à-dire
celles-ci représentent encore 55 % desles services. Les employées et agents de la difficulté que peuvent rencontrer les
demandeurs d’emploi en 1999, soit 0,5service du secteur de l’éducation, de la femmes à accéder à des postes hiérar-
point de plus qu’en 1998.santé et de l’action sociale sont les plus chiquement plus élevés. En effet, entre
nombreuses, suivies de près par les em- 25 et 30 ans, 4,4 % des femmes sont ca- Une étude récente portant sur l’inégali-
2ployées du commerce, puis par les pro- dres, résultat proche de celui des hom- té des chances de sortie du chômage
fessions intermédiaires de la santé et du mes (5,5 %). Par contre, en fin de car- montre que le fait d’être une femme, in-
travail social.
Par rapport à la moyenne de la province,
la surconcentration des emplois fémi-
nins en Aquitaine est due à la faible re-
présentation du secteur de l’industrie :
celui-ci totalise 13 % des emplois fémi-
nins de la région contre 18 % dans l’en-
semble de la province. L’importance des
emplois industriels est aussi plus faible
chez les hommes en Aquitaine qu’en
province (respectivement 28 et 33 %).
Massivement représentées dans les em-
plois peu rémunérateurs, les femmes
sont, symétriquement, peu présentes
2 “Des chances inégales de sortir du chômage” - Le Quatre pages Insee Aquitaine - n° 65-Novembre 1998
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dépendamment de toute autre emploi, réalisée par l’Insee, permet ment concernées par les bas salaires. En
caractéristique, diminue de 4 points les d’évaluer la part du temps partiel non 1997, près des deux tiers des salariés
choisi. En France, début 1999, 83 % percevant moins de 3 400 francs netschances de retrouver un travail.
des salariés, tous secteurs confondus, par mois sont des femmes.
Enfin, le sous-emploi, par le biais du travaillant à temps partiel sont des fem-
temps partiel non choisi, est la différence mes. Dans 37 % des cas, ce temps par-
Violette FILIPOWSKIla plus marquante entre les hommes et tiel est vécu comme une contrainte.
Nadia WOJCIECHOWSKIles femmes. Dans ce domaine, l’enquête De ce fait, les femmes sont particulière-
Les salariés dans les DADS Les dates repères en France
Le champ de l’étude se limite aux salariés du 1944 : les femmes sont électives et éligibles
secteur privé et semi-public, ainsi qu’aux agents dans les mêmes conditions que les hommes.
des collectivités territoriales et de la fonction 1945 : la notion de “salaire féminin” est sup-
publique hospitalière âgés de 15 à 70 ans. Les primée . “A travail égal, salaire égal” s’inscrit
apprentis et stagiaires, les salariés agricoles, les dans la législation.
personnels domestiques de même que l’agricul- 1972 : loi sur l’égalité de rémunération entre
ture et les activités extraterritoriales sont exclus hommes et femmes.
du champ. Les emplois dits “peu stables”, 1983 : loi sur l’égalité professionnelle entre
c’est-à-dire des très saisonniers ou très hommes et femmes.
intermittents, voire des emplois secondaires par 1995 : création d’un observatoire de la parité
rapport à une activité principale exercée hors entre les hommes et les femmes.
du champ des DADS (Etat, non salarié, étudiant 1999 : Rapport Génisson
ou inactif partiel) ont également été éliminés. 1999 (28 juin) : révision des articles 3 et 4 de la
Constitution portant égal accès des hommes etLes données utilisées sont issues des fichiers
des femmes aux mandats électoraux et fonc-DADS (Déclarations Annuelles de Données So-
tions électives.ciales) de l’année 1997. Selon la définition lé-
gale qui est appliquée dans les DADS, un salarié
qui travaille au moins 80 % de l’horaire légal ou
conventionnel est considéré à temps complet.
POUR EN SAVOIR PLUS...
• “Egalité entre femmes et hommes : aspects économiques” - Rapport Béatrice Majnoni
d’Intignano - Conseil d’Analyse économique - La Documentation française (212 pages).
“Femmes - Hommes Quelle égalité professionnelle ?” - Catherine Génisson - Rapport au
Premier ministre - Collection des rapports officiels - La Documentation française (96 pa-
ges).
“Les inégalités salariales entre hommes et femmes dans les années 90" - Dominique
Meurs et Sophie Ponthieux - DARES - Documents d’études n°28 - Juin 1999.
“Séries longues sur les salaires - Edition 1998" - Insee Résultats - Série Emploi-Revenus
n° 136 (96 pages) 91 francs ; 13,87 euros.
“Données sociales - La société française - Edition 1999" (Chapitre Emploi pp100-107) -
Insee - (508 pages) - 245 francs ; 37,35 euros.
Directeur de la publication : Michel Schrantz - Rédacteur en chef : Paul Ahmed Michaux - Secrétaire de fabrication : Daniel
Lepphaille - INSEE Aquitaine - 33, rue de Saget - 33076 Bordeaux cedex.
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