L'activité réduite favorise-t-elle la sortie du chômage ?

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Avec la diversité croissante des formes d'emploi et l'évolution des règles de gestion des demandeurs d'emploi, la distinction entre l'emploi et le chômage est devenue plus floue. En particulier, les demandeurs inscrits à l'ANPE sont susceptibles de continuer à percevoir leur allocation tout en exerçant une « activité réduite ». Sur une période de trois ans, un chômeur sur deux serait concerné par cette situation à un moment ou à un autre. L'influence de la durée passée au chômage et celle du motif d'inscription apparaissent déterminantes pour les pratiques d'activités réduites. C'est au bout d'un an de chômage que la pratique d'activité réduite est la plus intensive, et cette pratique est plus fréquente parmi les individus entrés au chômage à l'issue d'un CDD et ayant donc de ce fait connu la précarité. L'influence des pratiques d'activités réduites sur la transition vers l'emploi s'avère complexe et différente selon le genre : se conjuguent des effets immédiats et des effets persistants de pratiques passés. Même si l'effet immédiat peut en être parfois négatif, il semble que ces pratiques rendent moins difficile l'insertion future sur le marché du travail.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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MARCHÉ DU TRAVAIL
L’activité réduite favorise-t-elle
la sortie du chômage ?
Pierre Granier Avec la diversité croissante des formes d’emploi et l’évolution des règles de gestion
et Xavier des demandeurs d’emploi, la distinction entre l’emploi et le chômage est devenue
Joutard* plus floue. En particulier, les demandeurs inscrits à l’ANPE sont susceptibles
de continuer à percevoir leur allocation tout en exerçant une « activité réduite ».
Sur une période de trois ans, un chômeur sur deux serait concerné par cette
situation à un moment ou à un autre.
L’influence de la durée passée au chômage et celle du motif d’inscription
apparaissent déterminantes pour les pratiques d’activités réduites.
C’est au bout d’un an de chômage que la pratique d’activité réduite
est la plus intensive, et cette pratique est plus fréquente parmi les individus
entrés au chômage à l’issue d’un CDD et ayant donc, de ce fait, connu
la précarité. L’influence des pratiques d’activités réduites sur la transition
vers l’emploi s’avère complexe et différente selon le sexe : se conjuguent
des effets immédiats et des effets persistants de pratiques passées. Même
si l’effet immédiat peut en être parfois négatif, il semble que ces pratiques
rendent moins difficile l’insertion future sur le marché du travail.
ortement amorcé dans les années 80, le une logique de réduction des coûts de produc-* Pierre Granier et Xavier
Joutard appartiennent F mouvement de flexibilisation du marché du tion dont on espère des effets positifs sur l’em-
au GREQAM. Ils sont
travail s’est poursuivi et développé durant l’ac- ploi au niveau microéconomique comme
Maître de Conférences
tuelle décennie. Cette orientation, largement fa- macroéconomique. Le second argument est da-à l’Université de la
Méditerranée à Mar- vorisée par les pouvoirs publics, a pris des formes vantage axé sur l’offre de travail. Il s’agit par ce
seille.
multiples : forte progression des contrats à durée biais de limiter les risques d’inemployabilité
déterminée, souvent subventionnés, et recours des chômeurs, dus par exemple à l’érosion de
accru au temps partiel qui explique à lui seul la leur capital humain, en facilitant leur insertion
baisse de la durée moyenne du travail observée en sur le marché du travail, et plus particulière-
France depuis 15 ans (CSERC, 1996 ; Dares, ment celle de certaines catégories de popula-
1996). tion les plus exposées au chômage de longue
durée et à l’exclusion. Dans cette perspective, de
Deux principaux arguments peuvent être invo- nombreux travaux empiriques se sont efforcés
Les noms et dates entre qués pour justifier ce mouvement. Le premier d’évaluer précisément l’impact des différents
parenthèses renvoient à
tient à la compétitivité des entreprises. La flexi- dispositifs instaurant cette flexibilité (Fougèrela bibliographie en fin
d’article. bilité du marché du travail s’inscrit alors dans et Kamionka, 1992 ; Bonnal et al.,1994, 1997).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1999 - 1/2 133Cette évolution du marché du travail, caractéri- perdues pour le chômeur mais simplement re-
sée par la multiplication des successions d’épi- portées, le bénéfice du cumul en activité réduite
sodes d’emploi, souvent non satisfaisants (1), n’étant possible que dans la limite de 18 mois
et d’épisodes de chômage, trouve une illustra- indemnisés.
tion dans la forte progression du nombre de
demandeurs d’emploi exerçant une activité ré- Ces dispositions réglementaires visent claire-
duite, même si ces pratiques d’activités occa- ment à encourager les allocataires à exercer une
sionnelles ne peuvent sans doute pas être dans activité réduite tout en poursuivant leur recherche
leur ensemble assimilées à des situations d’em- d’emploi. Ce mécanisme d’intéressement inter-
ploi d’attente (certains salariés se satisfont de vient à deux niveaux : d’une part au niveau du cu-
leur statut d’intérimaire). mul partiel du revenu d’activité et de l’allocation
chômage, d’autre part au niveau du report des
Le fichier historique des demandeurs d’em- journées non indemnisées qui a également pour
plois inscrits à l’ANPE renseigne sur ces prati- effet de retarder la dégressivité de l’allocation
ques d’activités occasionnelles ou réduites (2) unique dégressive (AUD). Ce mécanisme de re-
exercées par les individus souhaitant demeurer port rend délicat le calcul du taux de prélèvement
inscrits au fichier et continuant donc à prospec- implicite sur le revenu d’activité réduite. Si
ter le marché du travail. Or, ce fichier révèle l’on néglige ce mécanisme, le taux de prélève-
une très forte extension de ces pratiques depuis ment implicite est exactement égal au ratio de
le début des années 90. Ainsi, 60 000 chômeurs remplacement (entendu ici comme le taux d’in-
déclaraient exercer une activité intermittente demnisation) et décroît comme lui avec la du-
en janvier 1991. Ils étaient 137 000 un an plus rée du chômage (cf. encadré 1).
tard et 231 600 en janvier 1994 soit environ
13 % des allocataires du régime d’assurance Savoir si ces pratiques favorisent l’insertion sur le
chômage. Il est encore plus frappant de consta- marché du travail et facilitent la reprise d’un em-
ter qu’au sein d’un échantillon de demandeurs ploi ou si, à l’inverse, elles rendent cette insertion
d’emploi inscrits à l’ANPE en 1993, près de 45 % plus délicate est l’une des questions essentielles
déclarent avoir exercé une activité réduite depuis qui se posent. D’un coté, la pratique d’activités ré-
le début de l’épisode de chômage. Ce développe- duites participe au processus d’appariement entre
ment des activités réduites, s’il est bien évidem- employeur et chômeur et peut contribuer à limiter
ment à mettre en relation avec le mouvement de l’influence des facteurs d’exclusion progressive
flexibilité engagé par les entreprises, n’est sans des chômeurs de longue durée (perte de capital hu-
doute pas non plus étranger aux comportements main, déficit croissant de socialisation). D’un autre
individuels liés aux évolutions de la réglementa- côté, cette pratique limite le temps que les deman-
tion en la matière. L’évolution la plus radicale deurs d’emplois peuvent consacrer à leur effort
dans la réglementation a lieu en 1986. Jusqu’à de recherche et peut, en outre, constituer un signal
cette date, seuls les demandeurs d’emploi exer- négatif aux yeux des employeurs potentiels.
çant une activité non professionnelle pouvaient,
après avis de la commission paritaire, prétendre La présente étude n’apporte que des éléments de
continuer à recevoir une allocation chômage. Le réponses partiels à cette question concernant
tournant de 1986 autorise, sans examen par la l’impact des pratiques d’activités réduites sur les
commission paritaire et sous certaines conditions trajectoires ultérieures des individus concernés.
qui ont évolué depuis, le cumul partiel du revenu Ni les caractéristiques ni la durée des emplois
tiré de l’exercice d’une activité réduite et des in- éventuellement recouvrés ne sont considérées, ce
demnités de chômage. Actuellement, un chômeur qui, à l’évidence, constitue une limite importante.
exerçant une activité réduite continue à percevoir
une indemnité chômage s’il consacre à cette acti-
1. Ainsi, près de 40 % des travailleurs occupant un emploi à
vité moins de 136 heures par mois et si le revenu temps partiel en 1996 déclarent souhaiter travailler davantage
qu’il en tire est inférieur à 70 % de la rémunéra- (CSERC, 1998).
2. Dans ce fichier, un demandeur d’emploi exerce une activitétion brute de référence (3). Si ces deux conditions
réduite s’il déclare occuper un emploi mais ne demande pas sa
sont satisfaites, l’indemnité versée, ou plus exac- radiation de la liste des demandeurs d’emplois quelle que soit
tement le nombre de journées indemnisées, dé- la durée mensuelle de cette activité. Toutes les périodes
d’activité insérées au sein d’une période de recherche d’emploipend de la rémunération de l’activité réduite et du
sont ainsi définies comme « réduites »,qu’elles concernent des
revenu de référence. Plus précisément, le nombre activitésàmoinsouàplusde78heuresparmois.Danslepremier
de journées non indemnisées dans le mois est ob- cas, les chômeurs concernés relèvent des catégories 1, 2, 3 de
l’ANPE, dans le second cas, ils des 6,7,8.tenu en rapportant la rémunération brute tirée de
3. Le salaire brut qui sert de référence au calcul des indemnités
l’activité réduite au salaire journalier de réfé- chômage et qui est le plus souvent le salaire du dernier emploi
rence. Ces journées non indemnisées ne sont pas occupé.
134 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Un premier comprend celles relatives au de-Dans près d’un cas sur deux,
mandeur d’emploi (âge, sexe, situation de fa-le chômage s’accompagne
mille, diplôme, motif d’entrée à l’ANPE) ; und’une activité réduite
second concerne la demande d’emploi elle-même
On a extrait du fichier historique des deman-
deurs d’emplois de l’ANPE un échantillon de
23 900 personnes inscrites à l’ANPE entre sep- 4. Considérer un flux de demandeurs d’emplois et non un stock
évite le biais classique provenant d’une sous représentation destembre et novembre 1993, qui sont suivies mois
individus qui retrouvent le plus facilement un emploi et permet
par mois jusqu’en juillet 1996 (4). Cet échan- de contrôler les biais éventuels pouvant provenir de dates
tillon comporte trois niveaux d’informations. d’entrée différentes au chômage.
Encadré 1
LE MÉCANISME D’INTÉRESSEMENT
Un demandeur d’emploi exerçant une activité réduite tion mensuelle de montant b = Xq ou q est le taux
d’une duréeinférieure à 136 heures dans le mois et de remplacement. Ce dernier dépend du passé profes-
percevant une rémunération inférieure à 70 % de son sionnel, et est une fonction décroissante (en escalier) de
revenu de référence peut cumuler partiellement son la durée passéedel’épisode de chômage. Il est égale- d’activité réduite et l’indemnisation perçue au ment affecté par les pratiques d’activitésréduites qui
titre d’Allocation Unique Dégressive (AUD). Le cumul reculent les seuils de dégressivité (effet de report). Ad-
n’est pas total dans la mesure où des journées, en mettons que cet individu exerce au cours du mois une
nombre déterminé par le rapport entre le revenu d’ac- activité réduite lui procurant un revenu W < 0,7X. Durant
tivité et le salaire journalier de référence, ne seront ce mois l’individu percevra une indemnité au titre de l’as-
pas indemnisées immédiatement. Le bénéfice du cu- W W
surance chômage égale à 1 où représente le
X Xmul est autorisé dans une limite de 18 mois. Les
taux de journées non indemnisées durant le mois passéjournées non indemnisées ne sont pas perdues mais
en activité réduite. Durant ce mois le revenu total du de-ont pour effet de prolonger d’autant le versement de
Wl’AUD. En négligeant cette dernière dimension du mé-
mandeur d’emploi sera donc égal à W+ b 1 =
Xcanisme d’intéressement, il est facile de mettre en
W(1-q) + b. Le taux implicite de prélèvement sur le re-évidence l’égalité entre le taux de prélèvement impli-
venu d’activité est donc exactement égal au taux decite et le taux de remplacement (d’indemnisation)
remplacement qui lui même décroîtavecl’anciennetécomme le montre l’illustration formelle très schémati-
au chômage.que qui suit.
Bien évidemment, le taux exact de prélèvement impli-Considérons un demandeur d’emploi dont le salaire brut
cite est plus faible en raison des effets liés à lamensuel de référence est X. À un instant donné de son
prolongation de l’AUD.épisode de chômage, cet individu a droit à une alloca-
Encadré 2
LES DONNÉES
Les données utilisées sont issues d’un échantillon d’emploi recherché mais aussi d’éventuels passages
extrait du fichier historique des demandeurs d’em- en stages ou en contrats emploi solidarité.
plois de l’ANPE. Afin de contrôler d’éventuels biais
liés aux différences de dates d’entréeauchômage, Enfin, un troisième segment activité réduite qui nous
l’analyse concerne un flux de demandeurs d’emploi intéressera plus particulièrement ici apporte des in-
inscrits à l’ANPE entre septembre et novembre formations relatives à d’éventuelles périodes
1993. L’échantillon sélectionné comprend 23 882 d’activité réduite durant l’épisode de chômage (1).
demandeurs d’emplois qui sont suivis mois par mois Sont ainsi renseignées le nombre de périodes d’ac-
jusqu’en juillet 1996. tivitésréduites, leur durée, le nombre d’heures
travaillées ainsi que les gains associés.
Plusieurs segments d’informations sont disponibles.
L’ensemble de ces informations permet de reconsti-
Un premier segment demandeur apporte des infor- tuer les trajectoires, parfois chaotiques, de ces
mations relatives au demandeur d’emploi qu’il demandeurs d’emploi.
s’agisse de l’âge, du sexe, de la situation de famille,
du diplôme, ou encore du motif d’entrée à l’ANPE.
1. Toutes les périodes d’activité réduite insérées au sein d’une
période de recherche d’emploi sont retenues,qu’elles concer-
Un second segment demande contient des informa- nent des activités à moins ou à plus de 78 heures par mois (ce
tions relatives à la d’emploi de la dernierseuilrenvoyantauxnouvellescatégoriesdedemandeurs
personne. Ces informations concernent la catégorie d’emploi de l’ANPE).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1999 - 1/2 135
Tableau 1(catégorie d’emploi recherché, passages éventuels
Caractéristiques individuellesen stages ou en contrats emploi solidarité) ; le der-
de l’échantillon étudié En %nier contient les informations relatives à d’éven-
tuelles périodes d’activité réduite au cours de Hommes Femmes
l’épisode de chômage (nombre, durée, nombre
d’heures travaillées, gains associés) (cf. enca- Âge
dré 2). Comme il était prévisible, cet échantillon Moinsde20ans 17,2 15,1
est composé à parts égales d’hommes et de fem-
Entre20et30ans 47,2 49,1
mes, avec une nette prédominance de personnes
Entre30et40ans 18,8 20,0
de moins de 30 ans ainsi que d’individus peu ou
Entre40et50ans 11,8 11,8pas diplômés (cf. tableau 1). Le tableau 2 fournit
Plus de 50 ans 5,1 4,0des éléments descriptifs sur les pratiques d’activi-
té réduites qui s’insèrent au sein du premier épi-
Diplôme
sode de chômage observé et plus largement au
Sans diplôme 18,9 18,9sein de tous les épisodes de chômage recensés en-
Bepc 6,6 8,2tre septembre 1993 et juillet 1996. Au cours de la
Niveau seconde 45,6 36,1période de chômage entamée entre septembre et
novembre 1993, près de 25 % des demandeurs Bac 13,1 17,2
hommes ont exercé au moins un mois d’activité Bac+ 2 9,6 11,4
réduite. Cette proportion s’élève à plus de 27 %
Bac+ 4 et plus 6,2 8,2
dans le cas des femmes. Le nombre d’heures tra-
vaillées progresse, en moyenne, avec le nombre Statut familial
de mois consacrés à l’exercice d’activités rédui- Célibataire 61,8 47,1
tes. La pratique de ces dernières semble se répan-
Marié 38,2 52,9
dre au fil du temps (entre septembre 1993 et juillet
1996), puisque près de 45 % des hommes et 47 % Origine du chômage
des femmes déclarent avoir occupé une activité Fin de contrat de travail 41,2 41,7
réduite au cours de cette période (cf. tableau 2).
Primo-demandeur 27,7 29,5
Autres (licenciement
économique, etc.) 34,1 28,7
Une formalisation tenant compte
Qualificationde l’hétérogénéité individuelle
Manœuvre et ouvrier spécialisé 16,2 7,3
L’objet de cette section n’est pas d’exposer dans Ouvrier qualifié 31,7 4,4
le détail la démarche économétrique mais de pré-
Employé non qualifié 10,6 24,0
senter d’une part la structure d’informations dis-
Employé qualifié 25,3 53,9
ponible et d’autre part la manière dont l’incidence
Technicien et agent de maîtrise 9,7 6,0
des pratiques d’activité réduite sur la reprise
Cadre 6,4 4,4d’emploi a pu être mesurée.
Champ : échantillon de flux de demandeurs d’emploi entre sep-
La situation des individus peut être décrite mois tembre et novembre 1993.
Source : fichier historique des demandeurs d’emploi - ANPE.par mois de la façon suivante. Les personnes enta-
ment une période de recherche d’emploi entre le
mois de septembre et le mois de novembre 1993.
Chaque mois de chômage peut éventuellement
Graphique I
s’accompagner de l’exercice d’une activité réduite.
Activité réduite et recherche d’emploi :
La durée de cette dernière peut sensiblement varier.
trois séquences possibles
Au cours du mois ou à son issue, les personnes
concernées peuvent recouvrer un emploi, étant
entendu que la sortie du chômage clôture l’épisode
de chômage et en même temps les opportunités
d’activités occasionnelles. Trois séquences peu-
vent ainsi se rencontrer (cf. graphique I).
Les parcours 1 et 2 se distinguent par le compor-
tement vis-à-vis de l’activité réduite : alors que le
premier en comporte à deux moments distincts de
l’épisode de chômage, le second parcours n’en
136 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2comprend aucun. Le troisième cas représente un ristiques individuelles observables, par la pré-
épisode de chômage prolongé – le demandeur se sence éventuelle d’activités occasionnelles au
trouve encore au chômage en juillet 96 – au cours cours de l’épisode de chômage.
duquel la pratique d’activité réduite est fréquente
et s’amplifie avec l’ancienneté de chômage. Une méthode permettant de résoudre cette diffi-
culté consiste à estimer conjointement les deux
Une double information est ainsi disponible : processus par la méthode du maximum de vrai-
d’un côté, la durée de chômage avant la reprise semblance, en y introduisant explicitement des
d’emploi ou l’ancienneté de chômage si aucun termes corrélés rendant compte de toute l’hété-
emploi n’est obtenu à l’issue de l’épisode de rogénéité non observable (Mc Call ; Ham et La-
chômage ; de l’autre, la séquence éventuelle londe, 1996).
des activités occasionnelles exercées mois par
mois au cours de cette période de chômage. Deux formes de probabilités vont constituer la
base des contributions à la fonction de vraisem-
Sur le plan méthodologique, l’un des problè- blance (pour l’écriture de cette fonction, on con-
mes prioritaires à résoudre dans l’évaluation sultera Granier et Joutard, 1998) : celle relative
d’un lien causal entre les pratiques d’activités aux probabilités conditionnelles de rester ou non
occasionnelles au sein d’un épisode de chô- au chômage après s mois sachant qu’on y est resté
mage et la reprise d’un emploi concerne au moins (s-1) mois, étant donné la séquence
l’existence probable de biais d’hétérogénéité. complète d’activité réduite ; celle relative aux
Il est en effet possible qu’une part de l’hétéro- probabilités d’exercer une activité réduite au
généité individuelle se retrouve déterminante à cours de chaque mois passé à rechercher un em-
la fois au cours du processus d’exercice d’une ploi. Dans la mesure où chacune concerne l’éven-
activité réduite et au cours du processus d’in- tuelle occurrence d’un événement – d’un côté,
sertion sur le marché du travail. Dans la me- accéder à un emploi au cours d’un mois donné sa-
sure où une part de cette hétérogénéité n’est chant que la recherche était infructueuse jusque
pas observable, la non prise en compte de cette là, de l’autre, exercer une activité occasionnelle
dernière composante engendrerait un biais dans au cours d’un mois de chômage –, la formula-
l’estimation d’un processus de durée du chô- tion d’un modèle de type logit peut être retenue
mage seulement expliqué, outre par les caracté- dans les deux cas (cf. encadré 3).
Tableau 2
Fréquence d’activité réduite
Premier épisode de chômage
Épisodes de chômage
Premier épisode de
entre septembre 1993(fréquence en % desActivité réduite chômage
et juillet 1996Horaire mois d’activité résuite àFréquence (%)
Fréquence (%)mensuel moyen temps plein – 169
heures)
Hommes
0moisenactivité réduite 76,0 0 0 55,6
Entre 1 et 3 mois 15,2 67,92 7,0 24,2
Entre 4 et 6 mois 4,8 94,72 14,4 8,1
Entre7et12mois 2,1 96,60 15,6 7,5
Plus de 12 mois 1,9 100,63 14,2 4,6
Femmes
0moisenactivité réduite 72,9 0 0 53,8
Entre 1 et 3 mois 16,1 60,63 5,4 21,4
Entre 4 et 6 mois 4,2 76,77 8,3 7,8
Entre7et12mois 3,9 80,90 7,5 9,8
Plus de 12 mois 2,9 81,11 7,1 7,3
Lecture:76% des hommes n’ont jamais exercé d’activité réduite au cours du premier épisode de chômage de la période d’observation.
Ils ne sont plus que 55 % sur tous les épisodes de la période d’observation. Pour les hommes exerçant au cours de leur premier épisode
de chômage entre 1 à 3 mois d’activité réduite, l’horaire moyen de ces dernier mois est de 67,92 heures alors que7% de ces mois sont
à temps plein (169 heures et plus).
Champ : échantillon de flux de demandeurs d’emploi entre septembre et novembre 1993.
Source : fichier historique des dem d’emploi - ANPE.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1999 - 1/2 137Encadré 3
ESTIMATION DE LA PROBABILITÉ CONDITIONNELLE DE SORTIE DU CHÔMAGE
Si les variables aléatoires non négatives T et N dési-s HEUR 1 9 HEUR 10 15 HEUR 16
9 s 10 s 11 sgnent respectivement la duréeduchômage avant
emploi et l’occurrence ou non d’une activité réduite au
oùcours du mois s - codée 0 ou 1 -, la probabilité condi-
- AR k l (k l 1 6,7 12 , 13 18 , 19 24 , 25 ) repré-tionnelle de rester au chômage est :
sente des variables muettes prenant la valeur 1 si le
s mois considéré fait partie de l’intervalle [k , l ] et queP T s T s 1, N ,
1 T
l’individu y exerce alors une activité réduite. Elles me-
1 surent l’effet d’exercer une activité occasionnelle entre1 exp X s
T ième ième
le k et le l mois de chômage. Par exemple, le
terme AR 7 12 prend la valeur 1 à chaque mois com-alors que la probabilité conditionnelle de reprise d’em-
pris entre le septième et le douzième lorsque l’individuploi est
y exerce une activité réduite. Ces termes capturent l’ef-
s fet courant d’occuper un emploi réduit ou occasionnelP T s T s 1,N ,
1 T suivant le moment de l’épisode de chômage où cette
1 activité s’exerce. Ils permettent ainsi de pouvoir diffé-1 exp X s
T rencier les effets au cours de la duréedechômage.
s
N regroupe les réalisations des variables N à N .1 1 s AR désigne une variable muette égale à 1dès que l’in-
dividu a exercé une activité occasionnelle au cours desLa probabilité d’exercer une activité réduite au cours
mois précédents.d’un mois de chômage est définie d’une manière simi-
laire :
ARMOIS désigne le nombre de mois passés en activité
s 1 réduite depuis le début de la recherche d’emploi. Cette
P N 1 T s 1 , N , s 1 N variable rend compte de l’effet cumulé de l’exercice
1 passé d’une activité réduite.1 exp Z s
N
2ARMOIS correspond à la variable précédente mise au
Les fonctions X s et Z s sont données respective-
carré.
ment par :
HEUR k l (k l 1 9,10 15 , ou 16) représente le nom-X s X
f n , , n s
1 s T bre d’heures consacrées à l’activité réduite exercéeau
ième ième
cours d’un mois compris entre le k et le l mois
Z s X g n , , n s
1 s 1 N de chômage. On a cherchéà savoir si les emplois oc-
casionnels pouvaient exercer un effet différencié sur la
Elles contiennent trois séries de variables observables.
sortie du chômage suivant le temps que leur consa-
crent les chômeurs.
Ces fonctions dépendent tout d’abord d’un ensem-
ble de caractéristiques individuelles - regroupées
La troisième composante des fonctions X s et
respectivement dans les matrices X et Z . Au sein
Z s correspond à une fonction polynomiale de s à
du processus de duréeduchômage sont introduits
l’ordre 5 qui rendra compte de la dépendance de ces
l’âge, l’âge au carré, la situation familiale, la natio-
probabilités à l’égard de la durée passéeauchômage
nalité (française ou non), le niveau d’éducation (en
- respectivement s et s .T Nsix postes) et des variables relatives à la situation
du demandeur au moment de l’inscription (est-il ins-
L’hétérogénéité non observable est quant à elle repré-
crit à la suite d’une fin de contrat de travail, ou bien
sentée par l’introduction d’une variable aléatoire scalaire
est-il primo-demandeur ?). S’agissant de la partie
propre à chaque processus - respectivement et .T Nrelative au processus d’exercice occasionnel, la ca-
Afin de corriger du biais de sélection, nous considérons
tégorie d’emploi recherchée (en 12 postes) et les
que les deux termes et sont conjointement distri-
T Nniveaux de qualification (regroupés en six postes)
bués suivant une loi discrète représentée par deux points
s’ajoutent aux variables précédemment retenues.
de support pour chaque composante d’hétérogénéité
(McCall (1996), Ham et Lalonde (1996), Bonnal et al.
De plus, la dépendance du processus d’activité ré-
(1997) retiennent des formulations comparables).
duite à l’égard des pratiques d’activité réduite
passées est représentée par la fonction
T1 N1g n , , n . À des fins de simplification, nous
1 s 1 et
T Nintroduisons un seul terme retardé indiquant si l’agent
T2 N2adéjà exercé une activité réduite au cours des mois
précédents.
où ces valeurs surviennent avec les probabilités suivantes :
On fait dépendre la probabilité conditionnelle de sortie
p P ,
1 T T1 N N1du chômage des pratiques courantes et passées d’ac-
tivité réduite à travers la fonction f n , , n qui,1 s p P ,
2 T T1 N N2au sein de la fonction X s définit une combinaison li-
néaire de variables évoluant au cours de l’épisode de
p P ,
3 T T2 N N1chômage :
p P , f n , , n AR 1 6 AR 7 12 4 T T2 N N21 s 1 s 2 s
Deux cas polaires peuvent alors être identifiés : une AR 13 18 AR19 24 AR 25
3 s 4 s 5 s
absence de sélection endogène lorsque
p p p p et une parfaite corrélation entre et
1 4 2 3 T
2 AR ARMOIS ARMOIS lorsque p p 0 .
6 s 7 s 8 s N 2 3
138 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2
chômage. Au-delà du BEPC, la relation entre leUn niveau d’études plus élevé
niveau d’études et la probabilité d’exercer uneaccompagne l’activité réduite
activité réduite est positive et relativement li-
Bien que les résultats soient issus d’une procé- néaire. Cet effet de la formation initiale appa-
dure d’estimation jointe, on a conservé une pré- raît plus déterminant chez les femmes. La
sentation séparée, plus simple à interpréter, moindre influence de la formation initiale chez
pour chacun des deux aspects développés ci- les hommes semble compensée par l’impact
dessus. Après avoir décrit le profil des deman- plus important de la qualification. Dans la
deurs d’emplois exerçant une activité réduite et population masculine, seuls les cadres ne sem-
étudié l’insertion des phases correspondantes blent pas connaître une probabilité significati-
au sein de l’épisode de chômage, on cherche si vement plus élevée d’exercer une activité
ces pratiques ont un effet sur la probabilité de réduite que les manœuvres et les ouvriers spé-
sortie du chômage. cialisés, la palme en la matière revenant aux ou-
vriers qualifiés. Dans la population féminine,
Nous cherchons tout d’abord à mettre à jour seules les ouvrières qualifiées et les employées
d’éventuels profils particuliers des demandeurs non qualifiées ont une probabilité d’exercer une
d’emploi exerçant une activité réduite. Deux activité réduite significativement différente de
estimations distinctes pour les hommes et pour celle des manœuvres et des ouvrières spéciali-
les femmes ont été réalisées afin de repérer des sées. Cette probabilité est supérieure pour les
pratiques différenciées selon le sexe (cf. ta- premières et inférieure pour les secondes.
bleaux 3-A et 3-B).
La probabilité d’exercer une activité réduite dé-
L’exercice d’une activité réduite tout comme la pend également de la profession recherchée par
probabilité de sortie du chômage peuvent être le demandeur d’emploi appréhendée au travers
affectés à la fois par la durée de l’épisode de du code ROME (7). Certains métiers influen-
chômage et par le nombre d’épisodes de chô- cent la pratique d’activité réduite sans distinc-
mage connus. Prendre en compte le nombre tion nette entre hommes et femmes. C’est en
d’épisodes de chômage pour mettre en évi- particulier le cas des métiers des transports et
dence d’éventuels phénomènes de récurrence de l’industrie qui semblent favoriser cette prati-
nécessiterait toutefois de se restreindre à un que alors qu’à contrario l’activité réduite est
sous échantillon de demandeurs n’ayant jamais moins fréquente parmi les individus recher-
travaillé (5) (d’individus inscrits pour la pre- chant un emploi dans la gestion ou la distribu-
mière fois à l’ANPE et n’ayant jamais occupé tion. L’influence du métier peut également être
d’emploi). Or, comme nous le verrons par la distincte selon le sexe. Chez les hommes, la
suite, le motif d’inscription au chômage est as- pratique d’activité réduite est ainsi plus fré-
sez déterminant dans la pratique d’activité ré- quente parmi les chômeurs recherchant un em-
duite. Pour cette raison, nous avons choisi de ploi dans les métiers de la santé et, dans une
négliger de tels phénomènes (6). Le souci moindre mesure, du BTP. Chez les femmes
n’étant pas ici d’étudier les phénomènes de ré- c’est la recherche d’un emploi dans les services
currence, l’estimation ne concernera que les in- aux personnes et dans l’hôtellerie qui paraît fa-
dividus dans leur premier épisode de chômage voriser cette pratique.
sur la période d’observation (mais ayant pu
connaître dans le passé d’autres inscriptions à L’exercice d’activité réduite est également dé-
l’ANPE). Les variables explicatives tiennent pendante de l’âge sans que cette influence soit
d’une part aux caractéristiques individuelles toujours simple : non linéaire, elle se différencie
(âge, nationalité, situation familiale, niveau
d’éducation, CSP, secteur de l’emploi recher-
ché), et d’autre part à l’épisode de chômage. 5.Cettecatégoriededemandeursseradésignéeparlasuitesous
Sont notamment pris en compte sa durée, la le nom de « primo-demandeurs ».
6. La non prise en compte des phénomènes de récurrencepratique antérieure d’activité réduite et le motif
constitueàl’évidenceunelimiteduprésenttravail.Apprécierplus
d’entrée au chômage. finement les effets des pratiques d’activités réduites sur les
trajectoiresultérieuresdesindividusconcernésnécessiteraitque
des précisions soient apportées sur le caractère plus ou moinsL’influence des caractéristiques individuel-
durable des emplois éventuellement recouvrés. Une étude
les est le plus souvent significative. C’est ain- ultérieure devrait privilégier cet aspect.
si que le diplôme, dès lors qu’il correspond à 7. Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois. Le code
ROME est une nomenclature codifiée des demandes d’emploiun niveau d’étude supérieur au BEPC, semble
del’ANPE. LecodeROMErenseignesurlesmétiersrecherchés
sensiblement favoriser la présence de phases mais pas sur les métiers exercés durant les phases d’activité
d’activités réduites au sein des épisodes de réduite.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1999 - 1/2 139

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