L'évolution des conditions de travail

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Des pénibilités physiques qui ne diminuent pas, des contraintes organisationnelles qui s’accroissent, des marges de manoeuvre non négligeables, des rythmes de travail plus exigeants mais avec une stabilisation sur la dernière période : l’évolution des conditions de travail apparaît contrastée. Alors que les accidents du travail connaissent une lente décrue, les maladies professionnelles sont en forte augmentation depuis 15 ans, notamment les cancers professionnels et les troubles musculo-squelettiques.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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L’évolution des conditions de travail
Jennifer Bué, Thomas Coutrot et Nicole Guignon*
Des pénibilités physiques qui ne diminuent pas, des contraintes organisationnelles qui
s’accroissent, des marges de manœuvre non négligeables, des rythmes de travail plus
exigeants mais avec une stabilisation sur la dernière période : l’évolution des conditions de
travail apparaît contrastée.
Alors que les accidents du travail connaissent une lente décrue, les maladies professionnelles
sont en forte augmentation depuis 15 ans, notamment les cancers professionnels et les
troubles musculo-squelettiques.
Le débat social autour des conditions de travail a longtemps été éclipsé par les questions de
l’emploi et du chômage. Mais depuis plusieurs années, on observe un retour au premier plan
des questions de conditions de travail et de santé au travail : l’amiante, le stress, le harcèlement
moral ou la souffrance au travail sont régulièrement évoqués dans les médias. Les enquêtes
statistiques sur les conditions de travail, menées à intervalles réguliers par l’Insee et le
ministère du Travail depuis la fin des années 1970, permettent d’éclairer les causes de ce
regain d’intérêt.
Les contraintes et pénibilités physiques ne reculent pas
Les contraintes et pénibilités physiques, souvent associées au travail industriel, se sont
développées dans le secteur des services depuis le début des années 1990. De fait, malgré le
recul de la part des emplois industriels, ces pénibilités « traditionnelles » ne diminuent guère
entre 1991 et 2005.
Certaines pénibilités décroissent ou se stabilisent dans la période récente après avoir
augmenté dans les années 1980-1990 (figure 1) : devoir rester longtemps debout, travailler
dans une posture pénible ou fatigante à la longue, travailler dans le bruit. D’autres
pénibilités continuent à se développer : port de charges lourdes, vibrations transmises par des
machines, mouvements douloureux ou fatigants. Le travail répétitif concerne encore 28 % des
salariés en 2005, davantage les femmes que les hommes. Les ouvriers, et surtout les ouvrières,
travaillent de plus en plus souvent à la chaîne ou sous cadence automatique (figure 2).
Les horaires atypiques se développent
La durée collective du travail, mesurée par semaine ou par année, a diminué fortement entre
1998 et 2002 suite aux lois sur la réduction du temps de travail : de 39 heures par semaine
en 1998 à 35,5 heures en 2002. Mais les horaires atypiques se sont développés. La proportion
* Jennifer Bué, Thomas Coutrot et Nicole Guignon, Dares.
Dossier - L’évolution des conditions de travail 61
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de salariés travaillant la nuit, restée stable durant les années 1980, a légèrement augmenté au
cours de la décennie 1990 (figure 3). En 2005, 15 % des salariés, soit 22 % des hommes et 8 %
des femmes, travaillent habituellement ou occasionnellement la nuit, contre 18 % et 6 % en
1991. L’augmentation du travail de nuit concerne plus particulièrement les ouvrières (10 % en
2005 contre 2 % en 1991).
Le travail du samedi, qui concerne un salarié sur deux, demeure stable depuis 15 ans, mais la
pratique régulière s’est développée au détriment de la pratique occasionnelle. Le travail du
dimanche tend à se développer. Le travail en deux équipes alternantes (2X8) continue à
progresser continûment, surtout pour les ouvrières : en 2005, 19 % d’entre elles travaillent en
deux équipes, contre 11 % en 1984.
1. Les pénibilités
en % qui se stabilisent en % qui se développent
60 40
1984
1991
50
1998
302005
40
30 20
20
10
10
00
Rester longtemps Posture pénible Bruit Charges lourdes Vibrations Mouvements
debout douloureux
Lecture : en 2005, 51 % des salariés disent devoir rester longtemps debout dans Lecture : en 2005, 39 % des salariés disent devoir porter des charges lourdes,
leur travail, contre 50 % en 1984. contre 22 % en 1984.
Note : les données concernant les mouvements douloureux ne sont pas disponibles pour 1984 et 1991.
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1984, 1991, 1998, 2005.
2. Le travail à la chaîne des ouvriers en %
30
1984
1991
25
1998
2005
20
15
10
5
Lecture : en 2005, 8 % des ouvriers hommes disent travailler à la chaîne,
contre 25 % des ouvrières. 0
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1984, 1991, 1998, 2005. Hommes Femmes
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Le contrôle des horaires par l’entreprise s’est renforcé, mais a changé de forme : le contrôle par
la hiérarchie devient moins fréquent au profit de méthodes plus formalisées telles les horloges
pointeuses et les signatures de registres. Les horaires deviennent par ailleurs plus prévisibles :
la proportion de salariés qui n’apprennent leurs horaires que la veille est passée de 8 % en
1998 à 5 % en 2005. La réduction du temps de travail s’est souvent accompagnée d’une plus
grande formalisation des plannings [Coutrot, 2006].
3. Le développement des horaires de travail atypiques
en %
60
Occasionnellement
50 Habituellement
40
30
20
10
0
1991 1998 2005 1991 1998 2005 1991 1998 2005
Le samedi Le dimanche La nuit
Lecture : en 2005, 48 % des salariés disent travailler le samedi (27 % « habituellement » et 21 % « occasionnellement »).
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1991, 1998, 2005.
La charge mentale s’accroît, avec la diffusion des nouvelles technologies et
l’accroissement des contacts avec le public
Les nouvelles formes d’organisation du travail rendent le travail à la fois plus intéressant et plus
exigeant. Elles sollicitent la réactivité des salariés face aux imprévus. Le travail doit souvent
être réalisé dans l’urgence. Au cours des années 1980 et 1990, les rythmes de travail ont été de
plus en plus imposés par la demande de clients à satisfaire immédiatement ou dans des délais
très courts, avant de connaître une stabilisation au début des années 2000 (figure 4). Les
salariés se sont trouvés de plus en plus souvent au contact direct du public ou de la clientèle,
ce qui occasionne parfois des tensions, voire des agressions. Ainsi en 2003, selon l’enquête
Sumer (encadré), 22 % des salariés en contact avec le public signalaient avoir subi une
agression verbale, et 2 % une agression physique au cours des douze derniers mois [Bué,
Sandret, 2007].
4. Un travail plus bousculé
en %
Demande Être en contact Connaître
Interruptions Devoir
à satisfaire avec le public des tensions
fréquentes se dépêcher
immédiatement sans tensions avec le public
1984 … 28 … … …
1991 48 46 … 40 21
1998 56 54 52 33 30
2005 60 53 48 40 29
Lecture : en 2005, 60 % des salariés disent « devoir souvent interrompre une tâche pour une autre non prévue à l’avance » contre 48 % en 1991.
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1984, 1991, 1998, 2005
Dossier - L’évolution des conditions de travail 63
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Au cours des vingt dernières années, la diffusion des nouvelles technologies (figure 5)a
concerné toutes les catégories de salariés, même si les ouvriers demeurent les moins
concernés. L’usage croissant de l’informatique et la formalisation des procédures de travail
amènent les salariés à devoir plus souvent recourir à des documents écrits, ce qui renforce
l’exigence de vigilance et de concentration au travail (figure 6).
Les risques psycho-sociaux peuvent notamment se développer quand l’organisation du travail
impose une forte charge mentale (pression temporelle, travail haché, tâches complexes) sans
accorder suffisamment de marges de manœuvre aux salariés pour faire face à ces exigences.
L’intensification du travail au cours des années 1980 et 1990 a contribué au développement de
ces risques.
5. L'informatique se diffuse largement
en %
100
1998
2005
80
60
40
20
0
Cadres Professions Employés Ouvriers Ensemble
intermédiaires
Lecture : en 2005, 60 % des salariés utilisent l’informatique dans leur travail contre 51 % en 1998.
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1998, 2005 .
6. Une vigilance accrue
en %
40
1991
1998
2005
30
20
10
0
Lire des lettres Examiner Ne pas pouvoir
ou des chiffres très petits de très petits objets quitter son travail des yeux
Lecture : en 2005, 34 % des salariés disent que l'exécution de leur travail leur impose de ne pas pouvoir quitter leur travail des yeux contre 26 % en 1991.
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1991, 1998, 2005.
64 L’emploi, nouveaux enjeux - édition 2008
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L’intensification du travail connaît un palier, excepté pour les ouvriers
Les années 1980-1990 ont vu une intensification du travail qui s’est manifestée notamment
par un développement des contraintes de rythme de travail : les contraintes liées à la demande
du public ou à celle de l'extérieur, les normes et le contrôle hiérarchique (figure 7) venant se
cumuler aux contraintes techniques et à la dépendance par rapport au travail des collègues
(figures 8 et 9).
Le palier observé dans le mouvement d’intensification du travail peut s’expliquer notamment
par le ralentissement des innovations organisationnelles observé dans les entreprises au début
de la décennie 2000 : les changements opérés dans les années 1990 – généralisation des
procédures de qualité, développement des progiciels de gestion intégrée, recentrage et
externalisation…– ont atteint leur maturité. Ainsi la proportion de salariés qui déclarent être
gênés par les interruptions imprévues dans leur travail passe de 48 % en 1998 à 40 % en 2005.
De même, 42 % des salariés en contact avec le public signalent en 2005 vivre des situations de
tension, « souvent ou suffisamment pour perturber le travail », contre 48 % en 1998.
Cependant, la stabilisation récente de l’intensité du travail ne concerne guère les ouvriers,
notamment les moins qualifiés. Le travail à la chaîne progresse encore (de 10 à 11 %), ainsi
que les contraintes de rythme de travail liées à l’utilisation des machines (de 19 à 21 %). De
7. L'intensification du rythme de travail en %
70selon les contraintes
Demande non immédiate
60
Demande immédiate
50
Normes, délais en une journée
40
Contôle hiérarchique
30
20
Normes, délais en une heure
Lecture : en 2005, 53 % des salariés disent que leur rythme de travail 10
dépend d’une demande à satisfaire immédiatement, contre 28 % en
1984. Un salarié peut être concerné par plusieurs contraintes.
0Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1984, 1991, 1998,
198419911998 20052005.
8. Les contraintes techniques en %
30se renforcent
Dépendance des collègues
25
20
Autre contrainte technique
15
10
Cadence automatique d'une machine
Lecture : en 2005, 27 % des salariés disent que leur rythme de travail 5
dépend de celui de leurs collègues, contre 11 % en 1984. Un salarié peut Dépendance automatique d'une pièce
être concerné par plusieurs contraintes.
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1984, 1991, 1998, 0
198419911998 20052005.
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9. L'intensification du travail en %
35
Salariés subissant au moins 3 contraintes
de rythme de travail
25
15
Lecture : en 2005, 32 % des salariés citent au moins trois contraintes 5
qui déterminent leur rythme de travail, contre 5 % en 1984.
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1984, 1991, 1998, 0
198419911998 20052005.
Encadré
Les enquêtes Conditions de travail et Sumer
Les enquêtes sur les Conditions de travail voient pas à des mesures objectives (cotations de
sont organisées et exploitées par la Dares et col- postes ou analyses ergonomiques), ni à des ques-
lectées par l’Insee depuis 1978. Elles sont tions d’opinion sur le travail, mais à une descrip-
renouvelées tous les sept ans : 1984, 1991, tion concrète du travail, de son organisation et de
1998, 2005. Les réponses se réfèrent aux condi- ses conditions, selon divers angles : la prescription,
tions de travail telles qu’elles sont perçues par les marges de manoeuvre, la coopération, les ryth-
les enquêtés. Ceux-ci appartiennent à tous les mes de travail, les efforts physiques ou les risques
secteurs d’activité, y compris la fonction encourus.
publique. Les résultats présentés ici ne concer- L’enquête Sumer 2003
nent que les salariés. Ces enquêtes sont effec- L’ Sumer a été lancée et gérée
tuées à domicile sur un échantillon représentatif conjointement par la Direction des relations du
de la population de 15 ans ou plus exerçant un travail (Inspection médicale du travail) et la Direction
emploi. Elles complètent les enquêtes Emploi de l’animation de la recherche, des études et des
de l’Insee. Jusqu’en 2002, l’enquête Emploi statistiques (Dares). Elle est réalisée par des médecins
était réalisée annuellement, en mars de chaque du travail volontaires : en 2002-2003, 1 792 méde-
année. Les personnes étaient alors interrogées cins du travail, soit plus de 20 % des médecins du
sur leurs conditions de travail après la passation travail en exercice, ont tiré au sort 56 314 salariés,
du questionnaire de l’enquête Emploi. dont 49 984 ont répondu. L’enquête dresse un état
Depuis 2002, Emploi se déroule des lieux des expositions des salariés aux principaux
« en continu » sur six trimestres. Les enquêtés risques professionnels en France métropolitaine. Sa
sont interrogés deux fois en face à face (la particularité repose d’une part sur l’expertise des
première et la dernière) et quatre fois par télé- médecins du travail qui peuvent administrer un
phone. L’enquête Conditions de Travail 2005 est questionnaire parfois très technique, et d’autre part
la première enquête complémentaire à la nou- sur le grand nombre de salariés enquêtés, ce qui
velle enquête Emploi en Continu. Elle se déroule permet de quantifier des expositions à des risques
au cours du sixième et dernier entretien. Le ques- relativement rares. L’enquête s’est déroulée sur le
tionnaire est soumis à tous les actifs ayant un terrain de juin 2002 à fin 2003. Elle couvre l’ensem-
emploi parmi les personnes interrogées pour ble des salariés surveillés par la médecine du travail
cette sixième fois dans le cadre de l’enquête du régime général et de la Mutualité Sociale Agricole,
Emploi, soit 19 000 personnes en 2005. ainsi que les hôpitaux publics, EDF-GDF, La Poste, la
Les enquêtes Conditions de travail visent à SNCF et Air France, à l’exclusion donc des fonctions
cerner au plus près le travail vécu tel qu’il est publiques d’État et territoriale, d’une partie des
perçu par le travailleur, et non pas le travail pres- transports (régies urbaines, et transport par eau), des
crit tel qu’il peut être décrit par l’entreprise ou mines, de la pêche, de France Télécom… Au total,
l’employeur. Pour ce faire, l’enquête est réalisée l’enquête Sumer 2003 est représentative de
à domicile et chaque actif du ménage répond 17,5 millions de salariés sur un total de
personnellement. Les questions posées ne ren- 21,5 millions.
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même, les ouvriers voient de plus en plus souvent leur rythme de travail défini par un contrôle
au moins quotidien de la hiérarchie (de 38 à 40 %), ou par une norme de production ou un
délai à respecter en une heure au plus (de 35 à 39 %).
Des marges de manœuvre non négligeables
Les marges de manœuvre dont disposent les salariés pour faire leur travail ont eu tendance à
s’accroître lors des changements organisationnels des années 1980–1990. Entre 1990 et
1998, le travail est devenu moins strictement prescrit. En cas d’incident dans le travail, les
salariés ont moins souvent dû faire appel à d’autres et ont davantage été en mesure de régler
personnellement les problèmes (figure 10). Plus récemment, la relative stabilisation de
10. L'évolution des marges de manœuvre
en %
100
1991
1998
80 2005
60
40
20
0
Choisir la manière Régler personnellement Pouvoir faire varier
de procéder les incidents les délais
Lecture : en 2005 comme en 1991, 82 % des salariés disent qu’ils choisissent la manière d’atteindre l’objectif fixé par la hiérarchie (les autres salariés, soit 18 %,
répondent qu’on leur dit comment faire).
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1991, 1998, 2005.
11. Moins de marges de manoeuvre pour les femmes
en %
60
1991
1998
2005
40
20
0
Hommes Femmes Hommes Femmes
Régler personnellement les incidents Pouvoir faire varier les délais
Lecture : en 2005, 53 % des hommes disent qu’ils règlent personnellement les incidents contre 49 % des femmes.
Source : enquêtes Conditions de travail, Dares, 1991, 1998, 2005.
Dossier - L’évolution des conditions de travail 67
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l’intensité du travail s’est accompagnée d’un léger recul des marges de manœuvre : les
organisations sont devenues plus stables mais aussi plus routinières. De façon persistante, les
femmes disposent de moins de marges de manœuvre que les hommes dans leur travail
(figure 11).
De nombreux salariés exposés à des produits chimiques dans leur travail
Selon l’enquête Sumer 2003, 37 % des salariés, soit près de 7 millions, ont été exposés à au
moins un produit chimique lors de la dernière semaine travaillée précédant l’enquête
[Guignon, Sandret, 2005] (figure 12). L’accroissement est de 3 points par rapport à 1994, date
de la précédente édition de l’enquête.
L’exposition aux produits chimiques a le plus progressé dans les secteurs (BTP, agriculture et
industrie) et les catégories socioprofessionnelles (ouvriers) qui étaient déjà les plus concernés
en 1994. Du fait de leur répartition sectorielle, les hommes sont plus exposés (20 %) que les
femmes (4 %). Les ouvriers représentent la grande majorité (70 %) des exposés.
La multi-exposition s’accroît elle aussi : en 2003, 16 % des salariés étaient exposés à au moins
trois produits chimiques, soit trois points de plus qu’en 1994.
Les produits les plus fréquemment utilisés sont les solvants (14,7 % de salariés exposés),
les tensio-actifs (9,5 %), les acides minéraux, les carburants, les bases fortes (ammoniac…),
les gaz d’échappement et les huiles entières minérales et synthétiques.
Les agents cancérogènes, particulièrement dangereux à long terme, concernent 13 % de salariés
exposés lors de la semaine précédant l’enquête. Les expositions aux cancérogènes sont
concentrées dans quelques secteurs d’activité : le commerce et la réparation automobile, la
métallurgie et la transformation des métaux, les industries du bois et du papier, des produits
minéraux, la chimie, la construction, la santé et les services personnels et domestiques.
L’exposition aux poussières d’amiante concerne 0,6 % des salariés ; depuis 1994 elle a fortement
reculé dans la réparation automobile, où les ouvriers étaient particulièrement exposés. Mais
les ouvriers du BTP demeurent assez fréquemment exposés, notamment dans le second œuvre
(5 % des ouvriers qualifiés exposés au cours de la semaine précédant l’enquête). L’amiante a été
en partie remplacée par d’autres produits (fibres céramiques et autres fibres artificielles) : le
taux d’exposition des ouvriers à ces fibres est passé de 1 % à 5 % entre 1994 et 2003.
12. Les expositions aux produits chimiques
% de salariés exposés à un agent chimique au cours de la semaine précédant l'enquête
70
Ouvriers qualifiés non qualifiés
60
50
Employés de commerce
et de service
40
Ensemble
30
Professions intermédiares
20
10
Cadres supérieurs
Employés administratifs
0
1994 2003
Source : enquête Sumer 2003, direction des Relations du travail et Dares.
68 L’emploi, nouveaux enjeux - édition 2008
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Les seniors sont relativement protégés
Les salariés âgés de 50 à 59 ans sont moins exposés que leurs cadets à la plupart des pénibilités
physiques du travail : postures pénibles, charges lourdes, secousses ou vibrations,
températures extrêmes. Ils en cumulent également moins : 1,9 pénibilité en moyenne
contre 2,0 pour les quadragénaires et 2,4 pour les jeunes de moins de 30 ans. De même, ils
sont relativement moins exposés aux rythmes de travail intenses et aux horaires atypiques. Si
les conditions de travail des salariés âgés sont moins pénibles que celles des plus jeunes, elles
ont néanmoins connu une évolution parallèle au cours des quinze dernières années
[Guignon, Pailhé, 2004].
Cette relative protection est liée en partie à la progression dans la carrière
professionnelle : les salariés, avec l’ancienneté, obtiennent des promotions et sont
davantage à l’abri des situations de travail les plus difficiles. Mais elle provient aussi d’un
effet de sélection : après 50 ans, ceux qui avaient les plus mauvaises conditions de travail
sont en effet nombreux à être déjà sortis de l’emploi. Parmi les quinquagénaires qui ont
travaillé au moins 20 ans, un sur quatre est sorti de l’emploi [Waltisperger, 2007] :
chômage, retraite ou préretraite, autre forme d’inactivité (invalidité, maladie…). Les
retraités précoces (9 % des 50-59 ans) proviennent en majorité du secteur public (y compris
des grandes entreprises publiques et du secteur hospitalier) et des banques et assurances ;
35 % d’entre eux ont été exposés au travail posté ou aux horaires alternants, et déclarent un
assez bon état de santé. Les chômeurs et autres inactifs (15 % des 50-59 ans) ont subi de
nombreuses pénibilités au cours de leur carrière et se déclarent souvent en mauvaise santé.
Les accidents du travail diminuent, contrairement aux maladies
professionnelles
L’évolution contrastée des conditions de travail induit des effets également divers sur la santé
des salariés. Sur le long terme, le déclin des emplois industriels et les efforts de prévention
ont permis une réduction significative de la fréquence des accidents du travail (AT). Ainsi selon
les données de la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CnamTS) qui
concernent environ 80 % des salariés du secteur marchand, en 20 ans le nombre d’accidents
13. Les maladies et accidents du travail avec arrêts
Nombre de maladies professionnelles reconnues AT pour 1 000 salariés
45 000 70
40 000
60
35 000
Accidents du travail
50
30 000
4025 000
20 000 30dont affections périarticulaires
Total des maladies15 000
20
10 000
dont maladies dûes à l'amiante
10
5 000
0 0
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
Sources : CNAM-TS ; Insee (effectifs salariés) ; Dares (calculs).
Dossier - L’évolution des conditions de travail 69
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graves a été divisé par deux et celui des accidents mortels par trois. En 2005, 4 % des salariés
(soit près de 700 000 personnes) ont eu un accident du travail qui a nécessité un arrêt de travail.
Toutefois le taux de gravité des AT a augmenté depuis 2000 avant de se stabiliser en 2005. En
outre, le mouvement de réduction de la fréquence des accidents du travail s’est ralenti depuis
une vingtaine d’années, notamment sur la période récente (figure 13). Malgré les difficultés de
la comparaison internationale des sources statistiques sur les accidents du travail, l’évolution
de la performance française apparaît en ce domaine peu satisfaisante : entre 1994 et 2004
le taux d’AT avec arrêt de plus de trois jours a baissé de 15 % en France contre 27 % pour
l’ensemble de l’Union européenne.
Le nombre de maladies professionnelles reconnues par la CnamTS a augmenté fortement au
cours des 15 dernières années, à cause d’une meilleure connaissance et reconnaissance
de l’origine professionnelle des pathologies, mais aussi du fait de l’intensification du travail
et des effets différés de l’amiante. Les troubles musculo-squelettiques et les affections
pulmonaires liées à l’amiante représentent en effet la grande majorité de ces maladies. Encore
faut-il souligner que les maladies professionnelles font l’objet d’une sous-déclaration
importante et persistante. Ainsi, l’Institut national de veille sanitaire (INVS) estime que chaque
année, entre 4 et 8,5 % des nouveaux cas de cancers, soit 11 000 à 23 000 cas, seraient
attribuables aux expositions professionnelles, alors qu’environ 2000 seulement sont
reconnus.
Pour en savoir plus
Bué J., Sandret N. , « Contact avec le public : près d’un salarié sur quatre subit des agressions
verbales », Premières Synthèses n° 15-1, Dares, avril 2007.
Bué J., Coutrot T., Hamon-Cholet S., L. Vinck, « Conditions de travail : une pause dans
l’intensification du travail », Premières Synthèses n° 01-2, Dares, janvier 2007.
Coutrot T., « Les conditions de travail après la réduction du temps de travail », Premières
Synthèses n° 06-3, Dares, février 2006.
Guignon N., Pailhé A., « Les conditions de travail des seniors », Premières Synthèses n° 19-2, Dares,
mai 2004.
Guignon N., Sandret N., « Les expositions aux produits cancérogènes », Premières Synthèses
n° 28-1, Dares, juillet 2005.
Waltisperger D., « Pénibilité du travail et sorties précoces de l’emploi », Premières Synthèses, Dares,
2007.
70 L’emploi, nouveaux enjeux - édition 2008
D4.ps
N:\H256\STE\s8l6hf CK\Emploi\D4\Dossier4.vp
mercredi 22 octobre 2008 10:26:08

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