L'importance de l'environnement familial comme déterminant du travail indépendant

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La littérature économique a beaucoup discuté les fondements microéconomiques de la décision de choisir le statut d' « indépendant ». Plusieurs études empiriques soulignent le rôle déterminant de la situation financière, du niveau d'éducation et de l'environnement familial. Ainsi, Laferrère (1998) observe que la probabilité d'être indépendant est positivement corrélée au fait d'avoir un ou ses deux parents travailleurs indépendants. Plusieurs travaux expliquent cette corrélation intergénérationnelle du travail indépendant par la possibilité qu'ont les parents travailleurs indépendants à transmettre un capital humain informel à leurs enfants (Dunn et Holtz-Eakin, 2000). Cet article s'attache plus particulièrement à caractériser le rôle joué par l'environnement familial. Les parents ne se contentent généralement pas de transmettre à leurs enfants des compétences spécifiques à un métier donné, mais également certaines aptitudes managériales non spécifiques à une profession particulière. Les parents travailleurs indépendants transmettent donc à leurs enfants un « savoir penser » (aptitudes de management, capacité à travailler de façon autonome) facilitant l'exercice du statut d'indépendant quel que soit le métier envisagé.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ENTREPRISES
L ’impor tance de l’en vir onnement
familial comme déterminant
du travail indépendant
Nathalie Colombier * et Da vid Masclet **

La littérature économique a beaucoup discuté les fondements microéconomiques de la
décision de choisir le statut d’« indépendant ». Plusieurs études empiriques soulignent
le rôle déterminant de la situation fi nancière, du niveau d’éducation et de l’environne-
ment familial. Ainsi, Laferrère (1998) observe que la probabilité d’être indépendant est
positivement corrélée au fait d’avoir un ou ses deux parents travailleurs indépendants.
Plusieurs travaux expliquent cette corrélation intergénérationnelle du travail indépen-
dant par la possibilité qu’ont les parents travailleurs indépendants à transmettre un capi-
tal humain informel à leurs enfants (Dunn et Holtz-Eakin, 2000).
Cet ar ticle s’attache plus particulièrement à caractériser le rôle joué par l’environnement
familial. Les parents ne se contentent généralement pas de transmettre à leurs enfants des
compétences spécifi ques à un métier donné, mais également certaines aptitudes mana-
gériales non spécifi ques à une profession particulière. Les parents travailleurs indépen-
dants transmettent donc à leurs enfants un « savoir penser » (aptitudes de management,
capacité à travailler de façon autonome) facilitant l’exercice du statut d’indépendant
quel que soit le métier envisagé.
L es fondements microéconomiques de la décision de choisir le statut d’indépendant
diffèrent selon que les individus ont ou non bénéfi cié de transmissions intergénération-
nelles de la part de parents travailleurs indépendants. Par exemple, le niveau d’éduca-
tion formelle est davantage déterminant pour les premières générations de travailleurs
indépendants (ceux dont les parents ne sont pas travailleurs indépendants) que pour les
secondes générations de travailleurs indépendants (ceux dont les parents sont travailleurs
indépendants).

* CNRS-CREM, Faculté des Sciences économiques, 7 place Hoche, 35065 Rennes France, tel : 33(0)2 99 23 23 35 33 ; nathalie.
colombier@univ-rennes1.fr.
** CNRS-CREM Faculté des Sciences économiques, 7 place Hoche, 35065 Rennes France, tel : 33 (0)2 99 23 23 33 18 ; david.
masclet@univ-rennes1.fr, et CIRANO 2020, rue University, 25e, Montréal, (Québec) Canada H3A 2A5.
Les auteurs remercient les participants des séminaires de l’Université de Rennes, les participants des Journées de Micro-Economie
Appliquée, 2005 et plus particulièrement Anne Laferrère pour ses précieuses remarques. Les auteurs remercient également Robert
Breuning, Andrew Clark, Sophie Larribeau, Jean-Yves Lesueur, Daniel Mirza, Claude Montmarquette et Thierry Pénard pour leurs pré-
cieux commentaires. Nous remercions enfi n deux référés anonymes pour leurs remarques constructives.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007 99es études relati ves au travail indépendant du travail indépendant puisque les qualifi cations Lont suscité un intérêt croissant ces derniè- pour être un bon entrepreneur ne s’acquièrent
res années. Une des principales raisons à cet pas nécessairement via les systèmes formels
engouement est la capacité supposée du travail d’éducation mais résulteraient, au contraire,
indépendant à générer de nouveaux emplois. d’une acquisition informelle de compétences
1234transmises par l’environnement familial (2) . Ainsi 33 % des 200 000 entreprises créées
en 1998 auraient embauché entre un et cinq
employés supplémentaires au cours des cinq L ’en vironnement social immédiat de l’indi-
années qui ont suivi leur création (Insee, 2004). vidu semblerait donc jouer un rôle déterminant
Sur les quarante dernières années, la part des dans l’emploi indépendant. Laferrère (1998)
non-salariés dans la population active n’a cessé observe, à partir de données françaises de l’Insee
de diminuer, passant de 6 millions environ en (enquête Actifs financiers, 1992, Insee) sur la
1955 à 2,7 millions d’individus en 2005 (Insee, période 1991-1992, que la probabilité d’être
enquête Emploi). Cette chute des ef fectifs repré- indépendant augmente avec le fait d’avoir un ou
sente toutefois des réalités différentes selon les ses deux parents travailleurs indépendants. De
secteurs d’activité puisque, si l’on observe une nombreux auteurs obtiennent des résultats simi-
très forte diminution des exploitants agricoles ou laires (Blanchfl ower et Oswald, 1998 ; Dolton
des artisans, au contraire, le nombre d’indépen- et Makepeace, 1990 ; Lentz et Laband, 1983,
dants dans les services comme dans les profes- 1990 ; Altonji et Dunn, 1991 ; Solon 1992 ;
sions libérales est en hausse (Marchand, 1998 ; Taylor, 1996 ; Zimmerman, 1992, Estrade et
Missègue, 2000 ; Rouault, 2001) (3) . Dunn et Estrade et Missègue, 2000 ; Beffy, 2006).
Holtz-Eakin (2000) étudient, quant à eux, l’im-
portance des transmissions intergénérationnel- Quels sont les déterminants du travail indépen-
les de capital fi nancier et de capital humain afi n dant ? (1) . Les fondements microéconomiques
d’expliquer cette corrélation intergénération-de l’emploi indépendant ont été largement dis-
nelle au sein du travail indépendant. Ils obser-cutés dans la littérature. À partir d’une étude réa-
vent que si la transmission intergénérationnelle lisée aux États-Unis, Evans et Jovanovic (1989)
de capital fi nancier existe, elle ne joue qu’un ont étudié l’infl uence de la situation fi nancière
rôle secondaire relativement à la transmission individuelle sur la probabilité de devenir tra-
de capital humain informel (4) . Lentz et Laband vailleur indépendant. Ils observent que la pos-
session d’une fortune personnelle augmente
signifi cativement la probabilité d’être indépen-
dant et favorise également la « survie » dans ce
1. Juridiquement, est défi ni comme travailleur indépendant toute
type d’emploi. Holtz-Eakin et al. (1994 a, b) personne exerçant une activité professionnelle sans être soumise
à une autorité par contrat de travail. En général, le travailleur observent, quant à eux, que les individus qui
indépendant assume ses propres dépenses, encourt les risques
héritent d’un capital fi nancier (héritage/dona- fi nanciers inhérents à son travail, détermine lui-même l’endroit
où le travail doit être accompli de même que ses horaires de tra-tion) voient leur probabilité d’être indépendant
vail, fournit son propre matériel, mais il n’est pas tenu d’exécuter
augmenter. Comme le soulignent Blanchfl ower lui-même les travaux, il peut en effet avoir des employés ou faire
appel à des travailleurs indépendants. Pour une défi nition plus et Oswald (1990), l’avantage d’introduire les
précise, voir la défi nition de Laferrère (1998).
variables relatives aux héritages/donations est 2. En effet, Lentz et Laband (1990) suggèrent que l’éducation
formelle développerait les mêmes qualifi cations chez les tra-de contourner le problème de l’endogénéité
vailleurs indépendants que chez les salariés, et augmenterait
des variables de revenu et de fortune dans la indifféremment la probabilité d’être indépendant ou salarié. Au
contraire, l’acquisition informelle de compétences via l’environ-mesure où ces variables d’héritages se rappro-
nement familial serait davantage discriminante entre le salariat et
chent davantage d’une « expérience naturelle ». le travail indépendant.
3. Si la famille d’origine a sans conteste un rôle crucial dans le Le rôle de l’éducation de l’individu a également
choix du non-salariat, le ménage de l’individu a également été
fait l’objet de plusieurs études. Il n’existe toute- considéré afi n de cerner son impact sur cette décision. Il n’y a
toutefois pas de consensus pour ce qui est des effets du mariage fois pas de consensus quant à l’effet du niveau
et des responsabilités familiales sur le fait d’être travailleur indé-
d’étude sur la probabilité d’être travailleur pendant. En effet, selon certains auteurs (Pickles et O’farrell,
1987), le fait être marié augmenterait la probabilité d’être tra-indépendant. Ainsi, alors que les travaux de
vailleur indépendant puisqu’il procurerait une stabilité émotion-Carrasco (1999) ou ceux de Rees et Shah (1986) nelle et psychologique. De plus, le fait d’être marié peut agir sur
la contrainte de liquidité, via le revenu du conjoint, favorisant ainsi montrent un effet positif du niveau d’étude sur
l’accès au travail indépendant (Van Praag et Van Ophen, 1995). la probabilité d’être indépendant, ceux de Wit D’autres auteurs comme Carrasco (1999) suggèrent au contraire
qu’un individu marié et/ou avec des enfants sera moins enclin à (1993) suggèrent au contraire qu’un haut niveau
prendre des risques, ce qui infl uencerait donc négativement la d’études tendrait à en diminuer la probabilité.
probabilité d’être travailleur indépendant.
Par ailleurs, d’autres études, comme celle de 4. Une raison généralement avancée pour expliquer ce résultat
est que la transmission intergénérationnelle de capital fi nancier Lentz et Laband (1990), soulignent que le niveau
ne serait pas le monopole des parents travailleurs indépendants
d’éducation ne serait pas un facteur déterminant mais concernerait également les parents salariés.
100 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007(1983, 1990) expliquent le rôle substantiel joué Les tr a v ailleur s indépendants ont
par les transmissions intergénérationnelles de des caractéristiques différentes
capital humain chez les travailleurs indépen-
de celles des salariésdants par la nature-même de leur métier et par
la proximité géographique du lieu de travail et
du lieu de résidence. l e xiste un certain nombre de différences Iselon le statut occupé, d’indépendant ou de
Dans la lignée des tra v aux précédents, nous salarié (cf. tableau 1). Ainsi, les travailleurs
étudions ici les déterminants du travail indépen- indépendants sont en moyenne plus âgés de 8
dant et, plus précisément, le rôle des transmis- années que les salariés et sont majoritairement
sions intergénérationnelles de capital humain des hommes (67,6 %) alors que la population
dans le choix de l’activité indépendante. Dans des salariés est composée environ à égalité
quelle mesure les parents transmettent-ils à d’hommes et de femmes (53,7 % d’hommes).
leurs enfants non seulement des compétences Par ailleurs, les travailleurs indépendants sont
spécifi ques à un métier précis mais également moins nombreux à avoir des enfants que ces
certaines aptitudes managériales non spécifi - derniers.
ques ? En effet, comme le suggèrent Lentz et
Laband (1990), les parents peuvent transmettre Les travailleurs indépendants font, en moyenne,
deux sortes de compétences à leurs enfants : des moins d’études universitaires que les salariés.
compétences spécifi ques pour un métier parti- Ainsi, si 22 % des salariés font des études
culier que l’on qualifi e de « savoir-faire » et des supérieures, ils sont moins de 20 % chez les
compétences entrepreneuriales plus générales travailleurs indépendants. Cependant, parmi
que l’on qualifi e de « savoir -penser » (aptitudes ceux des travailleurs indépendants qui ont un
de management, capacité à travailler de façon diplôme d’études supérieures, 42 % sont titu-
autonome). Dans quelle mesure cette transmis- laires d’un diplôme de troisième cycle contre
sion d’aptitudes managériales non spécifi ques seulement 30 % chez les salariés. Cette diffé-
à un métier affecte-elle la probabilité d’être rence peut s’expliquer par le fait que certaines
travailleur indépendant ? Autrement dit, le fait professions d’indépendants (par exemple les
d’avoir un parent travailleur indépendant dans professions libérales) sont régies à l’entrée par
un métier donné affecte-t-il uniquement la pro- l’obtention d’un diplôme de troisième cycle.
babilité d’être indépendant dans ce même métier Les travailleurs indépendants sont, en propor-
ou, plus largement, quel que soit le métier d’in- tion, légèrement plus nombreux à avoir suivi
dépendant envisagé ? Pour répondre à cette une formation technique (36,8 %) que les sala-
question, nous avons utilisé les données françai- riés (34,8 %).
ses du panel européen des ménages ( European
Community Household Panel , ECHP ) entre En ce qui concerne la situation fi nancière des
1994 et 2001 (cf. encadré 1). individus enquêtés, les revenus des travailleurs
Encadré 1
LE P ANEL EUROPÉEN
La base de données mise en œuvre est issue du panel d’une nomenclature d’une vingtaine de postes. Nous
européen des ménages ( ECHP : European Community travaillons dans cette étude sur la partie française de
Household Panel), réalisé sous l’égide d’Eur ostat cette enquête, soit 7300 ménages interrogés. Tous les
dans douze pays européens (Allemagne, Belgique, individus âgés de plus de 17 ans appartenant à ces
Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, ménages sont retenus comme individu « panel ». Ces
Luxembourg, Pays-Bas, Portugal et Royaume-Uni) à individus « panels » sont suivis tout au long de l’en-
partir d’un panel représentatif de ménages et d’indi- quête même s’ils changent de ménage ou s’ils démé-
vidus entre 1994 et 2001. Cette enquête fournit des nagent dans la limite des douze pays considérés. Afi n
données microéconomiques sur les conditions de de faciliter la comparaison de notre étude avec les tra-
vie des ménages et des personnes dans les pays vaux empiriques existants, nous avons restreint notre
de l’Union européenne : revenu, emploi, logement, échantillon aux actifs de 18 à 64 ans. Ainsi, l’échan-
soins de santé, éducation, pauvreté et exclusion. La tillon considéré est composé de 5711 individus ren-
position sur le marché du travail est décrite à l’aide seignés en 1994.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007 101indépendants sont plus élevés en moyenne que À l’instar de Grano vetter (1973), nous distingu-
ceux des salariés. Ainsi, le revenu mensuel net ons l’environnement social proche (c’est-à-dire
moyen d’un salarié est de 1407 euros tandis les parents) de l’environnement social éloigné
que celui d’un travailleur indépendant est de (amis et voisins). En ce qui concerne l’envi-
2019 euros. Par ailleurs, 72,3 % des travailleurs ronnement familial, l’enquête ECHP rensei-
indépendants sont propriétaires ou accédants à gne sur le type d’activité exercé par les parents
la propriété contre seulement 51,2 % des sala- (indépendant ou salarié) et précise si le métier
riés. Enfi n, la variable relative au montant des exercé par les parents est le même que celui
biens possédés par le ménage donne une autre de l’individu. Les résultats montrent que les
information quant à la situation fi nancière de travailleurs indépendants sont plus nombreux
l’individu. Cette variable est construite à partir que les salariés à avoir un de leurs parents tra-
des réponses des travailleurs à la question sui- vailleur indépendant, qu’il s’agisse du père ou
vante : « À votre avis, si vous aviez à liquider de la mère (cf. tableau 1). Ainsi, si plus d’un
la totalité de ce que vous possédez à ce jour travailleur indépendant sur deux indique avoir
dans votre ménage, combien pourriez vous en un de ses parents indépendant, ce n’est le cas
retirer ? ». Une majorité de travailleurs indé- que pour un salarié sur quatre. Au total 58,0 %
pendants se situe dans la tranche supérieure. En des travailleurs indépendants de l’échantillon
effet, 43,3 % d’entre eux estiment l’ensemble ont un père indépendant alors qu’ils ne sont
de leurs biens à plus de 152 450 euros alors que que 23,4 % chez les salariés. De même, 41,3 %
seulement 9,6 % se situent dans la tranche infé- des travailleurs indépendants ont une mère tra-
rieure, c’est-à-dire moins de 15 245 euros. Les vailleur indépendant contre 14,7 % des salariés.
salariés, au contraire, se répartissent à peu près Ce résultat est conforme à ceux des études empi-
également sur les quatre tranches défi nies d’es- riques existantes. Ainsi, Lentz et Laband (1990)
timation de patrimoine. observent que, sur 1805 chefs d’entreprise en
T ableau 1
Caractéristiques des travailleurs indépendants
En %
Échantillon global Travailleurs indépendants Salariés
Homme 55,2 67,6 53,6
Âge (années) 39,4 46,3 38,5
Marié 75,5 76,1 75,5
Enfant(s) 59,8 52,5 60,8
Études
Pas d’études supérieur es 59,7 72,0 58,1
Premier cycle 11,3 8,4 11,7
Deuxième cycle 3,6 2,6 3,7
T roisième cycle et plus 6,5 7,8 6,3
Enseignement technique 35,0 36,8 34,8
Revenu mensuel net (en euros) 1458 2019 1407
Pr opriétaire 53,7 72,3 51,2
Patrimoine
inférieur à 15 245 euros 22,7 9,6 24,4
de 15 245 à 76 225 euros 23,1 18,6 23,6
de 76 225 à 152 450 eur os 27,5 26,8 27,6
supérieur à 152 450 eur os 26,1 43,3 23,8
Héritage/donation
de 2 290 à 10 670 euros 1,5 1,4 1,5
de 10 671 à 53 357 euros 1,4 1,6 1,3
supérieur à 53 358 eur os 0,5 0,7 0,5
Par ents
Pèr e indépendant 27,7 58,0 23,4
Mèr 17,9 41,3 14,7
Père même métier 33,0 47,7 30,8
Mèr 51,6 38,0 53,5
Père indépendant même métier 6,8 38,1 2,3
Mère indépendant même métier 4,7 29,3 1,2
Amis 67,9 66,4 68,1
Voisins 43,9 51,7 43,0
Association 26,9 30,8 26,4
Représentation 17,9 24,4 17,0
Lecture : en moyenne, si l’on considère la variable Homme , l’échantillon global est composé de 55,2 % d’hommes. Le sous-échantillon
des travailleurs indépendants est constitué de 67,6 % d’hommes tandis qu’ils sont 53,6 % parmi les salariés.
Source : données françaises de l’enquête ECHP (European Community Household Panel) , calculs des auteurs.
102 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 20071979, 52,2 % avaient au moins un parent chef parents indépendants peuvent également trans-
d’entreprise. Brüderl et Preisendörfer (1998) mettre des aptitudes entrepreneuriales telles que
ont montré, quant à eux, le rôle prédominant l’habileté, la capacité d’acquérir de l’autonomie
des liens familiaux dans sur la probabilité d’être et ce, quelle que soit leur activité (7) . La seconde
indépendant. hypothèse suppose ainsi que la transmission de
compétences entrepreneuriales générales par un
parent travailleur indépendant augmente la pro- Concer nant l’en vironnement social éloigné,
56 7babilité d’être indépendant. outre la fréquence des contacts avec les amis et
les voisins, nous considérons également la par-
Sous ces h ypothèses, lorsque les parents sont ticipation de l’individu à des associations (5)
travailleurs indépendants et exercent le même ainsi que l’exercice d’une représentation civique
métier que l’individu, ils peuvent transmettre à ou associative (6) . Les travailleurs indépendants
la fois des compétences spécifi ques à un métier ont des contacts plus fréquents avec leurs amis
et des compétences entrepreneuriales généra-ou leurs voisins que les salariés (cf. tableau 1).
les. Dans le cas où les parents sont travailleurs Par ailleurs, les travailleurs indépendants sont
indépendants mais n’exercent pas la même plus nombreux à faire partie d’associations ou
profession que l’individu, ils ne peuvent trans-à exercer une représentation civique ou associa-
mettre que des compétences entrepreneuriales tive que les salariés.
d’ordre général. Nous pouvons ainsi supposer
que la probabilité d’être travailleur indépen-
dant est plus forte si les parents sont indépen-
dants et exercent la même profession, compte Les déterminants du tr a v ail
tenu des deux types de transferts. Toutefois, si
indépendant l’effet des transferts de compétences entrepre-
neuriales générales est démontré, cette proba-
bilité devrait également augmenter dans le cas
uel est le rôle de l’environnement social où les parents sont indépendants mais pas dans Qproche dans la probabilité d’être tra- le même métier que l’individu. Afi n d’isoler les
vailleur indépendant ? À côté du capital humain effets relatifs des transferts intergénérationnels
formel (niveau d’éducation acquis à l’école), de capital humain spécifi que à un métier et de
des variables relatives à la situation fi nancière compétences entrepreneuriales générales, nous
de l’individu, l’environnement social immédiat distinguons les parents travailleurs indépendants vidu semble également jouer un rôle en deux catégories selon qu’ils exercent ou non
important sur la probabilité d’être indépen- le même métier que l’individu. Pour que cette
dant grâce aux transferts intergénérationnels hypothèse soit validée, le coeffi cient associé au
de capital humain informel. À l’instar de Lentz fait d’avoir un père travailleur indépendant mais
et Laband (1990), nous dissocions deux sortes n’exerçant pas le même métier doit être positif
de transmissions intergénérationnelles de capi- et signifi catif.
tal humain : la transmission de capital humain
spécifi que à un métier et la transmission d’apti-
tudes entrepreneuriales. Cette dissociation nous
conduit à poser deux hypothèses. La première
5. La variable Association est une variable dichotomique qui
hypothèse suppose que la transmission de capi- indique si l’individu est membre d’une ou plusieurs associations
(qu’il s’agisse d’association de parents d’élève ou professionnelle, tal humain spécifi que à un métier d’un parent
d’association humanitaire, religieuse, sportive, culturelle...).
indépendant augmente la probabilité d’être tra- 6. La variable dichotomique Représentation indique si l’individu
exerce ou pas une représentation civique ou associative.vailleur indépendant. Cette hypothèse souligne
7. Les études théoriques relatives à l’entrepreneuriat mettent en
l’importance de l’environnement social immé- évidence l’importance de facteurs inobservables tels que le degré
d’aversion pour le risque ou la préférence pour l’autonomie dans diat à travers la transmission d’un savoir-faire,
le choix entre l’emploi indépendant et le salariat. Ainsi, Kihlstrom
voire d’une expérience pour un métier spéci- et Laffont (1979) et Rees et Shah (1986) font l’hypothèse que
moins les individus ont d’aversion pour le risque, plus la pro-fi que, qui ne sont pas transmis via le système
babilité qu’ils optent pour le travail indépendant est élevée. Par
d’éducation formelle. En effet, ce dernier ne ailleurs, Rees et Shah (1986) et Blanchfl ower et Oswald (1998)
considèrent la fl exibilité des horaires et l’indépendance qui en permet pas d’acquérir des compétences spéci-
découle ainsi que l’utilité non pécuniaire d’être son propre patron fi ques à un métier. Les enfants ne peuvent donc comme des approximations (« proxies ») de variables représen-
tant de façon directe et adéquate l’« autonomie ». Cependant, acquérir de telles compétences qu’auprès de
du fait de la non observabilité de tels facteurs, il n’existe que peu leur environnement social proche (dans la pra-
de travaux empiriques sur l’impact de l’aversion pour le risque
et la préférence pour l’autonomie sur le choix de l’emploi indé-tique leurs parents). Elles sont donc étroitement
pendant. Il est donc diffi cile d’appréhender dans quelle mesure liées au métier exercé par leurs parents. Au-delà
ces facteurs sont déterminants ou non, relativement au capital
de cette transmission, nous supposons que des humain et au capital social considérés ici.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007 103 Deux modèles de la probabilité d’être travailleur caractéristiques individuelles, ainsi que sur le
indépendant, de type Probit, sont estimés : un capital humain de l’individu. Par ailleurs, plu-
modèle à effets aléatoires corrélés et un modèle sieurs variables relatives à l’environnement
à effets aléatoires non corrélés (cf. tableau 2). social de l’individu sont également introduites
Chacune des deux méthodes présentant des dans les estimations. Pour chaque modèle, qua-
avantages et des inconvénients différents, il a tre spécifi cations ont été retenues. Dans une pre-
semblé utile de les utiliser l’une et l’autre afi n mière spécifi cation, les variables Père travailleur
de s’assurer de la robustesse de nos résultats indépendant et Mèr e travailleur indépendant
(cf. encadré 2). sont introduites dans l’estimation (cf. colonnes
A du tableau 2) Dans une deuxième spécifi ca-
L’ensemb le des v ariab les e xplicati v es (cf. an- tion, nous introduisons des variables distinguant
nexe 1) du modèle renseigne d’abord sur les les parents travailleurs indépendants selon qu’ils
Encadré 2
MODÈLES ÉCONOMÉTRIQUES
Modèle Probit à effets aléatoires non corrélés Le terme d’err eur v se décompose en un ef fet spécifi -
it
(modèle 1) que individuel non observable ( ε ) et un terme d’erreur i
habituel ( u ). Le terme d’err eur u est supposé aléatoir e
it it
et non corrélé avec les variables explicatives x . u suit it it Le recours à l’économétrie des modèles à variables
une loi normale d’espérance nulle. Les effets spécifi -qualitatives sur données de panel permet la pleine
utilisation de la double dimension temporelle et indi- ques individuels ε sont aléatoires, d’espérance nulle
i
viduelle des données ainsi que de tenir compte, en et de variance . Ces effets spécifi ques ne sont ni
partie au moins, de l’hétérogénéité non observable auto-corrélés, ni corrélés avec la perturbation u .
it des individus.
Modèle Probit à effets aléatoires corrélés En reprenant la terminologie de Wooldridge (2002),
(modèle 2)nous pouvons distinguer plusieurs stratégies d’estima-
tion : le modèle Logit à ef fets fi xes, le modèle Probit à
L ’estimation de modèle Probit à effets aléatoires effets aléatoires et le modèle Probit à effets aléatoires
soulève cependant un certain nombre de limites. En par l’approche de Chamberlain. En règle générale le
particulier il pose une hypothèse forte et souvent peu modèle Logit est appr oprié dans le cas d’effets indivi-
adaptée : celle de la non corrélation entre les effets duels fi xes tandis que le modèle Probit le serait dans le
individuels (c’est-à-dire les caractéristiques inob-cas d’effets individuels aléatoires. En effet, le modèle
servables) et les variables explicatives (c’est-à-dire Logit ne peut pas s’adapter dans le cadr e de modèle
les caractéristiques observables). Dans le cadre de où les effets spécifi ques sont supposés aléatoires car
notre étude, cette hypothèse revient à supposer par si l’effet spécifi que individuel non observable ( ε ) et
i
exemple que des caractéristiques inobservables telles le terme d’erreur habituel ( u ) suivent chacun une loi
it que l’aversion au risque ou le goût pour l’autonomie logistique, leur somme ne suit pas une loi logistique.
sont non corrélées aux variables de transmission de
capital humain (parents travailleurs indépendants). Compte tenu de nos objectifs et de la taille importante
Afi n de dépasser cette limite nous proposons d’intro-de notre échantillon, il est préférable d’utiliser ici un
duire dans la perspective d’une approche proposée modèle Probit à effets aléatoires plutôt qu’un modèle
par Chamberlain (1984) et reprise par Lollivier (2000) Logit à ef fets fi xes. En effet, étant donnée la taille de
une spécifi cation qui tient compte de l’endogénéité notre échantillon, la prise en compte d’un effet fi xe
des régresseurs à l’effet individuel non observable. En enlèverait beaucoup de degrés de liberté. Par ailleurs,
effet, Chamberlain (1984) propose d’enrichir la spéci-dans la mesure où notre objectif est d’identifi er entre
fi cation en supposant que l’effet individuel incorpore autres l’effet de variables qui varient peu dans le temps
des informations sur les corrélations entre les varia-(diplôme, sexe,…), un modèle Logit à ef fets fi xes n’est
bles explicatives. Ainsi Chamberlain (1984) et plus pas utilisable ici car ce type de modèle peut s’avérer
récemment Lollivier (2000) préconisent d’utiliser la incapable d’identifi er l’effet de telles variables tempo-
relles fi xes. Pour toutes ces raisons, un modèle Probit
spécifi cation suivante : , où α suit i à effets aléatoires semble préférable. Le modèle
à effets aléatoires prend la forme suivante : une loi normale d’espérance nulle et est supposé
non corrélé aux variables explicatives. Où x repré-
is
sente l’ensemble des variables variant avec le temps.
L’hypothèse sous-jacente à une telle formule est que
avec fait intervenir seulement des ter-

104 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007Encadré 2 (suite)
mes linéaires en x , ainsi, la corrélation entr e les effets Compte tenu des avantages et limites r espectifs de
is
individuels et les variables explicatives se résume à ces deux modèles et afi n de s’assurer de la robustesse
de nos résultats, nous présentons conjointement les une dépendance linéaire.
résultats de ces deux approches.
Si une telle modélisation permet de r elâcher l’hypo-
thèse selon laquelle les effets individuels sont non Pr oblèmes d’endogénéité de certaines variables
corrélés avec les variables explicatives elle conduit
à prendre en compte de nombreux régresseurs sup-
Une autr e question importante relative à la méthode plémentaires. Afi n d’alléger les calculs, à l’instar de
économétrique concerne les problèmes d’endogé-Mundlak, nous supposons que, pour une variable don-
néité de certaines variables. Ces problèmes concer-née, les coeffi cients des régresseurs λ sont constants s
nent principalement les variables relatives à la situa-dans le temps. Sous cette hypothèse, seules les
tion fi nancière des individus. Il en est ainsi, dans nos
moyennes de chacune des variable entrent en ligne de estimations, des variables de revenu et de patrimoine
compte, ainsi : . dans la mesure où si le fait d’avoir un revenu et/ou
un patrimoine élevé peut expliquer la probabilité d’être
Il suffi t de remplacer cette expression dans le modèle indépendant, le fait d’être indépendant peut à l’inverse
Probit à ef fets aléatoires pour défi nir le modèle Probit à expliquer que les revenus et/ou le patrimoine soient
effets aléatoires corrélés : . élevés. Ces variables ne sont donc pas prises en
compte dans les estimations.
La pr océdure d’estimation est la même que celle du
Probit à ef fets aléatoires, la seule différence vient de Pour contour ner le problème d’endogénéité, certains
l’adjonction au modèle de régresseurs supplémen- auteurs (Magnac et Robin, 1996) utilisent des variables
taires défi nis comme les moyennes individuelles des instrumentales. Cela suppose toutefois de disposer de
variables explicatives du modèle. suffi samment de variables adéquates pour instrumen-
ter le niveau de fortune, ce qui n’est pas notre cas.
En modélisant les effets individuels comme un effet À défaut d’instruments suffi sants, une autre solution
aléatoire corrélé aux variables observables, la spéci- peut consister à utiliser d’autres variables comme,
fi cation de Chamberlain permet ainsi de dépasser les par exemple, une variable relative au fait de posséder
inconvénients des modèles à effet fi xe dans lesquels son logement avant de s’installer comme entrepreneur
les variables constantes dans le temps ne peuvent pas individuel, qui offre une bonne indication de la situation
être introduites et des modèles à effets aléatoires où fi nancière au moment de l’installation à son compte
l’hypothèse est faite d’une absence de corrélation (cf. Laferrère, 1998). Blanchfl ower et Oswald (1990)
entre les effets individuels et les variables explicatives. introduisent pour leur part des variables relatives aux
Toutefois, cette approche n’est pas non plus exempte héritages/donations dans la mesure où ces variables
de limites. La principale limite de cette approche est se rapprochent davantage d’une « expérience natu-
qu’elle pose un problème d’identifi cation compte relle ». Il convient toutefois d’être également prudent
tenu du fait que les variables moyennes peuvent être vis-à-vis de l’utilisation de ces variables qui peuvent à
identiques aux variables instantanées dès lors qu’el- leur tour poser des problèmes d’endogénéité. Il peut
les varient peu dans le temps. Dans notre cas, certai- en être ainsi de la variable héritage/donation dans la
nes variables sont effectivement assez peu variables mesure où il est possible que ce soit le fait que les
dans le temps, notamment les variables relatives au individus aient manifesté le souhait de se mettre à leur
statut des parents. L’équation de décomposition de compte qui suscite une donation ou un héritage de
la variance indique toutefois qu’il existe une variabilité la part des parents, ce qui induit un biais de simulta-
temporelle (même si elle est relativement faible pour néité. Afi n de contourner ce problème, Blanchfl ower et
certaines variables dont les variables relatives au sta- Oswald (1998) proposent d’instrumenter cette variable
tut des parents) ce qui permet d’estimer proprement le en utilisant l’information relative au décès des parents,
modèle et de lever les problèmes d’identifi cation. dont nous ne disposons malheureusement pas.
Présentation synthétique des estimations
Régression Formulation Tableaux Hypothèses
Probit à effets aléatoires non 2 et 6 Non-corrélation entr e les effets individuels
corrélés (modèle 1) inobservables v et les caractéristiques
it
observables x . it

Probit à ef fets aléatoires 2 et 6 Corrélation entr e les effets individuels inob-
corrélés (modèle 2) servables v et les caractéristiques observa-
it
bles x . it
Adjonction au modèle de régresseurs sup-
plémentaires défi nis comme les moyennes
individuelles des variables explicatives du
modèle afi n de relâcher l’hypothèse de non
corrélation entre les effets individuels et les
variables explicatives.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007 105 Tableau 2
Déterminants de la pr obabilité d’être travailleur indépendant
Régr essions de type Probit
Modèle 1 Modèle 2
(A) (B) (C) (D) (A) (B) (C) (D)
Homme Femme Homme Femme
Homme 2,461*** 1,202*** 1,179*** 1,349***
(0,116) (0,101) (0,096) (0,118)
Âge 0,100*** 0,131*** 0,115*** 0,084*** 0,809*** 0,526*** 0,509*** 0,498***
(0,006) (0,005) (0,006) (0,007) (0,067) (0,067) (0,085) (0,116)
Marié 0,106 0,041 - 0,222 - 0,252** 0,287** 0,037 0,122 - 0,027
(0,095) (0,095) (0,135) (0,119) (0,125) (0,101) (0,152) (0,183)
Enfant(s) - 0,066 - 0,037 0,436*** 0,117 - 0,150* 0,312*** 0,448*** - 0,158
(0,078) (0,083) (0,106) (0,121) (0,082) (0,111) (0,155) (0,174)
Pr emier cycle 0,031 0,462*** - 0,330* 0,374** 0,096 0,586*** - 0,184 0,453***
(0,136) (0,135) (0,187) (0,162) (0,128) (0,144) (0,180) (0,170)
Deuxième cycle 0,941*** 0,866** 0,659* - 0,006 1,457*** 0,748*** 0,985*** 0,139
(0,196) (0,372) (0,365) (0,281) (0,228) (0,236) (0,304) (0,285)
T roisième cycle et plus 0,270** 0,918*** 0,711*** 0,971*** 1,008*** 0,877*** 0,713*** 1,031***
(0,133) (0,133) (0,160) (0,205) (0,151) (0,127) (0,168) (0,224)
Enseignement 0,376*** 0,475*** 0,756*** 0,388*** 0,486*** 0,416*** 0,275** 0,476***
technique
(0,088) (0,090) (0,109) (0,151) (0,094) (0,107) (0,118) (0,157)
Pr opriétaire avant 0,438*** 0,434*** 0,383** 0,827*** 0,279*** 0,444*** 0,352*** 0,895***
(0,087) (0,083) (0,170) (0,138) (0,079) (0,086) (0,108) (0,143)
Héritage/donation 0,099 - 0,100 0,050 - 0,098 - 0,014 0,023 - 0,057 - 0,105
(0,184) (0,190) (0,102) (0,286) (0,178) (0,191) (0,239) (0,298)
Mèr e indépendant 1,537*** 0,596***
(0,130) (0,102)
Pèr e indépendant 1,899*** 1,754***
(0,131) (0,104)
Pèr e indépendant, 5,352*** 6,374*** 1,243*** 5,330*** 5,578*** 3,565***
même métier (0,190) (0,280) (0,336) (0,190) (0,243) (0,386)
Mèr e indépendant, 0,961*** 2,174*** 2,904*** 1,229*** 2,671*** 0,897***
même métier (0,180) (0,277) (0,349) (0,192) (0,253) (0,384)
Pèr e indépendant, pas 0,669*** 1,136*** - 0,211 0,760*** 1,019*** - 0,129
le même métier (0,108) (0,130) (0,156) (0,146) (0,142) (0,164)
Mère indépendant, 0,460*** - 0,194 0,230* 0,522*** - 0,117 0,345**
pas le même métier
(0,127) (0,153) (0,150) (0,144) (0,151) (0,177)
V ague - 0,058*** - 0,069*** - 0,001 - 0,117*** -0,739*** - 0,446*** - 0,400*** - 0,520***
(0,011) (0,012) (0,015) (0 ;121) (0,065) (0,066) (0,082) (0,114)
Constante - 11,958*** - 12,196*** - 10,57*** - 8,962*** - 8,174*** - 10,143*** - 7,389*** - 7,339***
(0,379) (0,390) (0,383) (0,492) (0,419) (0,491) (0,558) (0,663)
Observations 42162 42104 22918 19186 42162 42104 22918 19186
Logarithme de la
vraisemblance - 4919,52 - 4535,07 - 2620,61 - 1875,51 - 4929,58 - 4504,30 - 2614,75 - 1863,71
Lecture : le modèle 1 correspond au modèle avec effets individuels non corrélés avec les variables explicatives. Le modèle 2 correspond
au modèle avec effets individuels corrélés avec les variables explicatives. Les coefficients correspondant aux termes linéarisés, trop
nombreux, ne sont pas reproduits ici.
Les écarts-types sont entr e parenthèse. *** indique un effet significatif au seuil de 1 % ; ** significatif au seuil de 5 % ; * significatif au
seuil de 10 %. La colonne A du tableau donne les résultats d’une régression incluant les variables « Père indépendant » et « Mère indé-
pendant ». La colonne B distingue selon que les parents exercent ou non le même métier que leurs enfants. Enfin les colonnes C et D
distinguent les hommes et les femmes.
Champ : individus de 18 à 64 ans entre 1994 et 2001.
Source : données françaises de l’enquête ECHP (European Community Household Panel).
106 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007exercent ou non le même métier que l’individu tif. Ces résultats pourraient souligner l’impor-
(cf. colonne B du tableau 2). Enfi n les deux der- tance de la contrainte de liquidité et rejoignent
nières spécifi cations (colonnes C et D) distin- les résultats d’études précédentes, notamment
guent les individus selon leur sexe. celle de Laferrère (1998). Toutefois la variable
donation/hérita ge n’a pas d’ef fet signifi catif.
Le re venu et le patrimoine de l’individu ne sont
pas introduits dans les régressions, compte tenu Concer nant le rôle de l’environnement social
d’un problème d’endogénéité (voir explication proche, nous observons que le fait d’avoir un
dans l’encadré 2). Pour contourner ce problème, père et/ou une mère travailleur indépendant
certains auteurs (Magnac et Robin, 1996) utili- semble avoir un effet positif et très signifi catif
sent des variables instrumentales. Ne disposant sur la probabilité d’être indépendant. Ce résultat
pas de variables adéquates pour instrumenter le rejoint, là encore, de nombreuses études empi-
niveau de fortune, nous avons choisi, à l’instar riques (Laband et Lentz, 1990 ; de Wit et van
de Laferrère (1998) de considérer une variable Winden, 1989 ; Taylor, 1996 ; Dunn et Holtz-
relative au fait de posséder son logement avant Eakin, 2000 ; Laferrère, 1998). Plus précisé-
de s’installer comme entrepreneur individuel, ment, les résultats indiquent un impact positif et
qui offre une bonne indication de la situation signifi catif des variables père travailleur indé-
fi nancière au moment de l’installation à son pendant même métier et mère tr
8compte (8) . À l’instar des travaux existants, nous .
avons également introduit une variable indica-
trice de transferts de richesse et d’héritage, ce Ces résultats tendraient à v alider l’existence de
qui permet également, comme le soulignent transmissions intergénérationnelles de capital
Blanchfl ower et Oswald (1990) de contourner humain spécifi que au métier exercé même si
le problème d’endogénéité relatif aux variables elles ne constituent évidemment pas la seule
de revenu et de patrimoine. En effet, les dona- explication possible (9) . Par ailleurs, les coef-
tions et héritages reçus se rapprochent, d’après fi cients associés aux variables père travailleur
ces auteurs, davantage d’une expérience natu- indépendant pas même métier et mère tra-
relle, certains individus recevant un transfert et vailleur indépendant pas même métier sont
d’autres pas. Enfi n la variable vague , croissante positifs et très signifi catifs. Ce résultat suggère
avec la date de chaque vague d’enquête, repré- que les parents transmettent non seulement du
sente la dimension temporelle. capital humain spécifi que à un métier donné
mais également des compétences managériales
Les estimations issues des deux modèles (1 et nécessaires à toute activité indépendante quel
9102) sont proches, ce qui suggère une certaine que soit le métier exercé (10) .
robustesse des résultats. Le rôle important des
caractéristiques démographiques de l’individu Afi n de prendre en compte la dimension tem-
sur la probabilité d’être travailleur indépendant porelle, une variable vague indiquant la date de
apparaît bien. Ainsi le fait d’être un homme l’observation est introduite dans l’estimation.
accroît signifi cativement la probabilité d’être Le coeffi cient de cette variable est négatif et
travailleur indépendant. Cette probabilité aug- signifi catif, ce qui signifi e que la probabilité
mente également avec l’âge. Ce résultat rejoint d’être travailleur indépendant décroît au cours
les résultats de nombreuses études empiriques du temps : ce résultat est cohérent avec le résul-
précédentes qui mettent en évidence le fait tat des études portant sur des périodes antérieu-
qu’être travailleur indépendant requiert sou-
vent plusieurs années d’expérience sur le mar-
8. La variable Propriétaire avant a été construite en croisant, ché du travail (Lucas, 1988 ; Calvo et Wellisz,
pour les propriétaires, l’information relative à la date d’acquisition
1980). Le niveau d’étude semble être également du logement et la date d’entrée dans l’activité exercée.
9. Nous sommes conscients qu’une partie sans doute faible un déterminant important du type d’activité
de la corrélation intergénérationnelle observée dans le travail
occupé. Ainsi, avoir fait des études supérieures indépendant peut s’expliquer par l’existence d’autres facteurs.
Ainsi comme le soulignent Lentz et Laband (1990), les parents augmenterait signifi cativement la probabilité
travailleurs indépendants peuvent également transmettre à leurs
d’être travailleur indépendant. De même, avoir enfants, dans une certaine mesure et dans des proportions moins
importantes, du capital physique (fonds de commerce, machines) suivi une formation technique affecterait posi-
et du capital social (réseau professionnel, clients, fournisseurs).
tivement et signifi cativement cette probabilité. Malheureusement, nous ne disposons pas d’information permet-
tant de mesurer le poids relatif de ces différents facteurs.Ces résultats sont semblables à ceux obtenus par
10. Il semblerait que seules les transmissions intergénération-Carrasco (1999) et par Rees et Shah (1986). La nelles de capital humain puissent expliquer cette corrélation.
En effet, comme le suggèrent Lentz et Laband (1990), les trans-variable indiquant si l’individu possède ou non
missions intergénérationnelles de capital physique et de capital son logement avant de s’installer comme entre-
social ne sont possibles et utiles que si les enfants se destinent
preneur individuel a un effet positif et signifi ca- exactement au même métier que leurs parents.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007 107res à 2001. Des travaux relatifs aux dernières s’il existe également des différences selon le
années laissent cependant supposer un regain du type d’activité exercé. En effet, les travailleurs
non-salariat au-delà de cette date (Beffy, 2006). indépendants constituent une population très
hétérogène composée de plusieurs segments
d’activité : les artisans, les agriculteurs, les
Il existe des différences entre hommes commerçants, les dirigeants d’entreprise, les
et femmes au sein des travailleurs professions libérales. Pour tenir compte de cette
indépendants hétérogénéité, nous avons distingué les quatre
types principaux de travailleurs indépendants
Cette section vise à étudier si, comme le sug- que sont les agriculteurs, les commerçants, les
gèrent les résultats de plusieurs études précé- artisans et les professions libérales (12) . La
dentes (Devine, 1994 et MacPherson, 1988), les régression logistique multinomiale (13) per met
déterminants de la probabilité d’être indépen- de déterminer les facteurs susceptibles d’af-
dant pourraient différer selon qu’il s’agit d’un fecter la probabilité d’appartenir à tel ou tel
homme ou d’une femme. Ainsi, les spécifi ca- type d’activité indépendante ou au contraire au
tions 3 et 4 du tableau 2 présentent les résultats salariat qui est considéré comme l’état de réfé-
d’un modèle Probit a vec effets aléatoires en dis- rence (14) (cf. tableau 3, et annexe 2 pour les
11 121314tinguant les individus selon leur sexe. résultats obtenus sur données en coupe).
Les résultats soulignent des dif férences signifi - L es coeffi cients s’interprètent comme l’effet
catives entre les hommes et les femmes en ce d’un accroissement unitaire de la variable consi-
qui concerne les variables relatives au capital dérée sur la probabilité de faire tel ou tel choix
d’activité indépendante plutôt que le choix d’une social. En effet, qu’il s’agisse d’une femme
activité salariée. La distinction qui est faite en ou d’un homme, le fait d’avoir son père ou sa
fonction du type d’activité exercée conduit à mère indépendant et exerçant la même profes-
nuancer les résultats énoncés plus haut (cf. ta-sion semble augmenter la probabilité d’être
bleau 3). Ainsi, si pour toutes les catégories indépendant (cf. tableau 2). Toutefois, une ana-
étudiées, l’âge a un effet positif et signifi catif lyse plus détaillée tenant compte du métier des
sur la probabilité d’être travailleur indépendant, parents indépendants indique qu’avoir un père
il n’en est pas de même pour le sexe qui joue travailleur indépendant dans une autre profes-
sion est signifi catif si l’individu est un homme
mais pas s’il s’agit d’une femme. À l’inverse,
11. Ainsi comme le souligne Gotman (1988), une différenciation avoir une mère travailleur indépendant a un
par sexe est particulièrement intéressante dans une analyse sur
les transmissions intergénérationnelles dans la mesure où « l’hé-effet positif et signifi catif si l’individu est une
ritage » de capital humain informel ne se transmet pas de manière femme mais pas s’il s’agit d’un homme. Ainsi,
uniforme entre les enfants. Au contraire, l’auteur parle d’« héri-
l’hypothèse de transmission intergénération- tier préférentiel » en montrant que les parents désignent parfois
un héritier de cœur : « ce « nous … » que la famille construit et nelle de compétences entrepreneuriales généra-
transmet (...). ce peut être l’enseignement : le métier des grands-
les ne semble validée que si l’enfant et le parent parents et des parents et la morale qui va avec, (…) l’austérité,
le sens du devoir dont on se sent encore et toujours imprégné ; transmetteur sont du même sexe. Une interpré-
l’envie d’indépendance (…). C’est pour la transmission de ce
tation possible de ces résultats au regard des tra- « nous » que les parents, pliant l’égalité à l’infi ni, conçoivent et
parfois désignent leur héritier de cœur, encourant ainsi le risque vaux de Lentz et Laband (1990) serait que les
de farouches luttes internes » (pp. 203-204).
transmissions de capital humain spécifi que se 12. Compte tenu du faible nombre d’observations sur les diri-
geants, nous n’avons pas retenu cette catégorie dans la régres-font indifféremment vers le fi ls ou la fi lle alors
sion logistique multinomiale.que les transmissions intergénérationnelles de 13. Par rapport à l’estimation standard du Logit multinomial
nous devons corriger la matrice de variance-covariance par la capital humain non spécifi ques sont davantage
méthode de White (1980) car l’hypothèse d’indépendance des
des transmissions père/fi ls ou mère/fi lle que termes d’erreurs n’est pas complètement vérifi ée dans notre cas.
En effet, nous utilisons l’ensemble des séquences individuelles des transmissions croisées (père/fi lle ou mère/
pour l’estimation et donc nous sommes en présence de choix fi ls) (11) . Ce résultat est conforme aux résul- répétés. Ainsi les observations sont sans doute indépendantes
tats d’études précédentes, notamment à ceux de d’un individu à l’autre mais probablement pas d’une année sur
l’autre pour un individu donné.Dunn et Holtz-Eakin (2000).
14. Le modèle Logit multinomial est basé sur l’hypothèse d’in-
dépendance des alternatives non pertinentes (IIA, Independance
from Irrelevant Alternatives). Cette hypothèse implique que le
rapport de deux probabilités associées à deux évènements Il existe des différences selon l’activité
particuliers est indépendant des autres évènements. Le test
d’Hausman qui vise à tester l’hypothèse selon laquelle les utilités exercée
associées à chacune des alternatives sont mutuellement indé-
pendantes montre que l’hypothèse d’IIA est validée. Ce résultat
souligne que les travailleurs indépendants ne sont pas une caté-Nous a vons donc mis en évidence l’existence de
gorie homogène par rapport aux salariés mais qu’il s’agit bien de différences homme/femme dans la probabilité
catégories hétérogènes, chacune pouvant se comparer au travail
d’être indépendant. Nous étudions maintenant salarié.
108 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 405/406, 2007

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