L'informatisation de l'« ancienne » économie : nouvelles machines, nouvelles organisations et nouveaux travailleurs

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En 1997, toutes les entreprises industrielles de plus de 50 salariés utilisent l'informatique, au moins pour leurs activités de gestion. Cet usage se différencie par l'intensité du recours à ces technologies, par l'articulation des configurations d'équipements autour d'un gros système ou au contraire d'un réseau de micro-ordinateurs et par le rôle plus ou moins central du service informatique dans l'organisation. L'intensité de l'informatisation et l'usage de dispositifs organisationnels nouveaux sont étroitement liés ainsi que leurs changements à moyen terme. Dans la première moitié des années 90, les ordinateurs ont accompagné la tendance à la formalisation intrinsèque à l'adoption de certains outils de gestion comme les normes de qualité. Plus récemment, les entreprises qui développent le juste-à-temps, la sous-traitance et l'externalisation s'approprient les plus grandes possibilités d'interconnexion des ordinateurs permises par l'évolution de la technologie. Les salariés utilisant les ordinateurs voient leur travail transformé par les changements organisationnels que facilite l'informatisation. Ils sont plus autonomes et en même temps leur travail est plus contrôlé. Ils sont soumis à une plus grande pression et aux exigences parfois contradictoires d'organisations complexes. Leur implication personnelle est plus forte. Le niveau scolaire, la qualification, les responsabilités hiérarchiques ou l'ancienneté restent déterminants dans l'accès à l'informatique et encore plus à Internet. Au total, l'informatisation reste largement tributaire des structures sociales préexistantes même si, dans les entreprises fortement réorganisées, les salariés ont, à profil égal, plus facilement accès à l'informatique.
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171-201 - Machine 04/05/2001 14:17 Page 171
ENTREPRISES
L’informatisation de l’« ancienne »
économie : nouvelles machines,
nouvelles organisations
et nouveaux travailleurs
Michel Gollac, Nathalie Greenan et Sylvie Hamon-Cholet*
En 1997, toutes les entreprises industrielles de plus de 50 salariés utilisent l’informa-
tique, au moins pour leurs activités de gestion. Cet usage se différencie par l’intensité
du recours à ces technologies, par l’articulation des configurations d’équipements
autour d’un gros système ou au contraire d’un réseau de micro-ordinateurs et par le
rôle plus ou moins central du service informatique dans l’organisation. L’intensité de
l’informatisation et l’usage de dispositifs organisationnels nouveaux sont étroitement
liés ainsi que leurs changements à moyen terme. Dans la première moitié des années 90,
les ordinateurs ont accompagné la tendance à la formalisation intrinsèque à l’adoption
de certains outils de gestion comme les normes de qualité. Plus récemment, les entre-
prises qui développent le juste-à-temps, la sous-traitance et l’externalisation s’approprient
les possibilités d’interconnexion des ordinateurs permises par l’évolution de la techno-
logie.
Les salariés utilisant les ordinateurs voient leur travail transformé par les changements
organisationnels que facilite l’informatisation. Ils sont plus autonomes et en même
temps leur travail est plus contrôlé. Ils sont soumis à une plus grande pression et aux
exigences parfois contradictoires d’organisations complexes. Leur implication person-
nelle est plus forte. Le niveau scolaire, la qualification, les responsabilités hiérarchiques
ou l’ancienneté restent déterminants dans l’accès à l’informatique et encore plus à
Internet. Au total, l’informatisation reste largement tributaire des structures sociales
préexistantes même si, dans les entreprises fortement réorganisées, les salariés ont, à
profil égal, plus facilement accès à l’informatique.
* Michel Gollac et Nathalie Greenan font partie du Centre d’études de l’emploi. Sylvie Hamon-Cholet travaille au département Conditions
de travail et relations professionnelles de la Dares.
Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
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e processus d’informatisation des entre- Les caractéristiques Lprises a été peu étudié dans sa généralité. de l’informatisation des entreprises
Les études de cas éclairent des processus d’adop-
tion en n’envisageant que très rarement un erner le rôle de l’informatique dans l’organi-
point de vue englobant l’entreprise toute Csation des entreprises nécessite de prendre
entière (Gollac, Mangematin, Moatty et Saint- en compte, au-delà du poids quantitatif des
Laurent, 1999). De leur côté, les travaux équipements informatiques, la diversité des
statistiques sur les effets de l’informatisation usages qu’elles en font. Dans cette optique,
s’appuient, pour la plupart, sur des mesures le dispositif d’enquêtes sur les Changements
quantitatives qui ne permettent pas de rendre Organisationnels et l’Informatisation (COI)
compte des usages différents que les entre- (cf. encadré 1) retient aussi les dimensions
prises font de leurs équipements. Or, depuis qualitatives de l’informatisation des entre-
les débuts de la diffusion de l’ordinateur, au prises (Caby, Greenan, Gueissaz et Rallet,
milieu du siècle dernier, différentes générations 1999). Ainsi il permet de distinguer l’infor-
de technologies se sont succédées, incorpo- matisation des tâches de celle des échanges
rant, pour un prix donné, un progrès technolo- d’informations ou des savoirs. Il permet éga-
gique toujours plus grand. Mais des machines lement de prendre en compte les caracté-
techniquement performantes n’impliquent pas ristiques des différentes générations de
forcément des usages performants et/ou inno- matériel informatique, de mesurer le « péri-
vants (Greenan, L’Horty, Mairesse (dir.), 2001). mètre » de l’informatisation et de décrire
Autrement dit, le progrès technique incorporé l’organisation de la fonction informatique.
aux usages est beaucoup plus lent que ce
que suggère la loi de Moore (1) et il est étroi-
La limite principale de cette source est celle
tement lié aux choix organisationnels de
du champ couvert, essentiellement les entre-
l’entreprise (Foray et Mairesse (dir.), 1999,
prises de plus de 50 salariés de l’industrie
Première partie).
manufacturière (IAA comprises). L’infor-
matisation décrite à partir d’elle est donc celle
de l’« ancienne économie ». En nous intéres-
Les effets de l’informatique ne viennent donc sant à l’usage de l’informatique par les salariés,
pas de la seule présence des ordinateurs. Ils nous ferons cependant quelques incursions
résultent d’une multiplicité de décisions et dans un champ plus large car l’enquête sur les
d’apprentissages sur les lieux de travail. Il conditions de travail couvre, elle, l’ensemble
est tout aussi important de comprendre ce que des actifs occupés.
les entreprises font et inventent avec leurs
machines que de mesurer leur coût ou leur
puissance. Il est fondamental d’analyser com-
En 1997, l’ensemble des entreprises ment, en sollicitant leurs machines, mais en
industrielles de plus de 50 salariés mobilisant aussi de nombreuses autres res-
est équipé en informatiquesources, les salariés contribuent au progrès
technique de l’entreprise. Enfin, l’analyse
L’informatisation des entreprises en 1997 estdes processus de sélection dans l’attribution
décrite à travers un ensemble très vaste dedes équipements informatiques éclaire les
questions, à partir desquelles sont construitesrisques d’exclusion à l’œuvre dans cette
des variables synthétiques grâce à une analyse« société d’information » en devenir.
des correspondances multiples (ACM) (cf.
encadré 2). Les questions retenues décrivent
le type d’équipements utilisés par les servicesCet article cherche à faire quelques pas dans
de gestion et de production de l’entreprise ;ces différentes directions en mobilisant trois
l’intensité des transferts de données par unesources statistiques : le dispositif d’enquêtes
interface informatique en interne et avec sur les Changements Organisationnels et
l’extérieur ; l’usage d’Internet ; le taux d’équi-l’Informatisation (COI) réalisé en 1997/1998,
pement de la main-d’œuvre ouvrière et nonl’enquête Conditions de travail de 1998 et
ouvrière; et le partage de responsabilitésl’enquête Travail et modes de vie de 1997.
entre le service informatique, les utilisateurs,
les groupe de projet et les prestataires
externes en matière de conception de l’archi-
tecture des matériels, de choix des applicatifs1. La loi de Moore désigne le doublement de la puissance des
microprocesseurs tous les 18 mois. ou logiciels, de maintenance et d’administration
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du système informatique, d’assistance aux uti- trielles de plus de 50 salariés est équipé en
lisateurs et de formation. Les résultats de cette informatique, mais les ordinateurs sont plus
ACM et les trois variables synthétiques qui en largement diffusés dans les services de gestion
résultent sont présentés dans le tableau 1. que dans les services de production, l’écart de
diffusion étant le plus faible pour les micro-
ordinateurs non connectés.
La colonne « Ensemble » de ce tableau donne
un aperçu de la diffusion des technologies de
l’information dans les entreprises en 1997. La plupart des entreprises peuvent échanger de
Désormais, l’ensemble des entreprises indus- l’information en interne, soit par l’intermédiaire
Encadré 1
LE DISPOSITIF D’ENQUÊTES SUR LES CHANGEMENTS ORGANISATIONNELS
ET L’INFORMATISATION
En 1997, le Centre d’études de l’emploi a coordonné un appariée au fichier des Déclarations Annuelles de
dispositif d’enquêtes à deux volets entreprises/salariés Données Sociales (DADS) de 1996 dans lequel des
sur les changements organisationnels et l’informa- salariés ont été sélectionnés de manière aléatoire au
tisation (COI, 1997). Le volet « salariés » a été réalisé sein de chaque entreprise.
par la Dares et les volets « entreprises » par le Sessi, le
Scees et l'Insee selon le secteur concerné. Jusqu’alors, Le volet «entreprises» est différent selon le secteur
les enquêtes sur ces thèmes avaient été conduites d’activité. Le questionnaire « industrie et IAA » comporte
séparément auprès des entreprises (enquête une interrogation détaillée sur l’organisation et le proces-
Changement organisationnel réalisée par le Sessi en sus d’informatisation interne de l’entreprise, alors que les
1993) et auprès des salariés (enquête Techniques et questionnaires « commerce » et « services », sont cen-
organisation du travail – TOTTO – réalisée par l’Insee trés sur la question de l’organisation des réseaux entre
en 1987, par la Dares en 1993). Les détails de ce entreprises ou établissements, réseaux dont l’informa-
dispositif d’enquêtes sont présentés dans Greenan et tique constitue un support. Ces volets ont été réalisés
Hamon-Cholet (2000b). respectivement par le Sessi (ministère de l'Industrie), le
Scees (ministère de l’Agriculture et de la Pêche) et les
divisions « Commerce » et « Services » de l’Insee. Les
Un dispositif d’enquêtes à deux volets premiers résultats ont été publiés en 1998 et 1999 dans
les supports associés aux services statistiques produc-
La conception de ce dispositif d’enquêtes s’appuie sur teurs : Favre, François et Greenan (1998) pour l’indus-
une réflexion interdisciplinaire, qui a rassemblé pendant trie manufacturière, Roux et Miquel (1998) pour les
trois ans des économistes, des gestionnaires et des industries agro-alimentaires, Cases et Rouquette
sociologues au sein d’un groupe de travail s’intéressant (1999) pour les experts-comptables (voir aussi leur
aux effets de l’informatisation sur les performances article dans ce numéro) et Chardon (1999) pour le com-
(Foray et Mairesse, 1999, Première partie). Cette expé- merce de bricolage.
rience a bénéficié du soutien du CNRS, du CNET, du
Commissariat Général du Plan et de l’École des Hautes
Études en Sciences Sociales (EHESS). Deux lignes de Un questionnaire unique pour le volet « salariés »
force se sont dégagées des travaux du groupe : d’une
part, l’analyse des effets de la diffusion des techno- Le volet « salariés » est commun à l’ensemble du
logies de l’information et de la communication ne doit dispositif. Il s’intéresse aux caractéristiques du poste
pas être séparée de l’étude des changements organi- de travail des salariés, en termes de marge d’initiative,
sationnels qui jouent un rôle médiateur dans la genèse de communication, de rythme de travail, d’évaluation
d’usages innovants de ces technologies ; d’autre part, du travail et d’usage des technologies. L’enquête a
pour construire un système de mesure robuste des été réalisée auprès de 9 000 salariés (tous secteurs
changements organisationnels et de l’informatisation, il confondus) par l’Insee pour le compte de la Dares. Au
est préférable de recueillir à la fois le point de vue de moment de la collecte, 10 % d’entre eux avaient quitté
représentants de l’entreprise et celui des salariés. Ces l’entreprise pour laquelle ils avaient été sélectionnés.
réflexions ont conduit à un projet d’enquête couplée Sur les 90 % restants, 11 % n’ont pu être contactés,
entreprises/salariés (Caby et al., 1999) sur les change- 8 % l’ont été mais ont refusé de répondre et 71 % ont
ments organisationnels et l’informatisation. accepté de répondre à l’enquête. Des premiers résul-
tats exploitant le couplage salariés/entreprises autour
des questions associées à l’organisation du travail sont
Trois questionnaires pour le volet « entreprises » présentés dans Greenan et Hamon-Cholet (2000a).
Le champ d’investigation de ce dispositif couvre le sec- Cette étude porte uniquement sur le secteur industriel,
teur industriel, les industries agricoles et alimentaires y compris les IAA. Le taux de réponse s’élève à 85 %
(IAA), une branche des services (les experts-comp- en nombre d’entreprises. Les résultats présentés
tables) et une branche du commerce (les magasins concernent les entreprises de plus de 50 salariés et
de bricolage). Les entreprises ont été sélectionnées les salariés de ces entreprises ayant au moins un an
dans les fichiers d’entreprises des Enquêtes Annuelles d’ancienneté au moment de l’enquête. L’échantillon
d’Entreprises (EAE). La liste d’entreprises a ensuite été utilisé regroupe 3 205 entreprises et 4 430 salariés.
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Tableau 1
L’informatisation des entreprises en 1997
En % d’entreprises,
non pondéré Intensité d'utilisation Type de matériel Organisation
Ensemble(pondéré par l’inverse du taux de sondage) de l'informatique informatique
N = 3 205 entreprises
Faible Moyenne Forte Très Gros Réseau Faible Autour
forte système Micro SI
Existence dans l’entreprise...
… d’un gros système en gestion 38 * 64 79 90 89 46 66 70 68 (60)ros système en production 20 48 67 87 74 38 34 57 56 (48)
… de micro-ordinateurs non connectés en gestion 52 45 47 42 80 11 55 37 46 (46)
… de micro-ordinateurs non connectés en production 35 38 39 42 67 9 45 29 38 (36)
… d’un réseau de micro-ordinateurs en gestion 45 63 80 95 51 92 58 77 71 (66)
… d’un réseau de micro-ordinateurs en production 23 43 64 89 36 75 42 59 55 (50)
Intensité des transferts de données par une interface informatique entre services en interne
L’intensité vaut 4 si l’entreprise fait des transferts Aucun 61 25 7 1 22 24 31 15 23 (30)
– au sein des services de gestion
– entre gestion et production
– entre conception et productionvices de production
1 24 25 13 3 19 13 9 22 16 (18)
2 10 23 25 11 19 16 12 22 17 (17)
3 4 19 30 30 21 21 13 28 21 (19)
4 2 8 25 55 19 26 35 13 23 (16)
Intensité des transferts de données avec les fournisseurs, sous-traitants ou prestataires de services
L’intensité vaut 3 si l’entreprise fait des transferts Aucun 93 81 66 26 67 65 64 68 66 (72)
– entre services de gestion et fournisseursvices de production et fournisseurs
– entre services de conception et four
1 6 16 23 27 20 17 12 23 18 (16)
2 1 2 7 21 7 9 7 9 8 (6)
3 0 1 4 26 6 9 17 0 8 (5)
Intensité des transferts de données par une interface informatique avec les clients
L’intensité vaut 2 si l’entreprise fait des transferts Aucun 87 72 54 26 58 60 61 58 59 (66)
– entre gestion et entreprises clientes
– entre production et entrepr
1 12 24 35 39 30 25 16 37 28 (24)
2 1 4 11 36 12 15 23 5 13 (10)
Existence de transferts de données informatisées avec les organismes sociaux ou les pouvoirs publics
Oui 11 20 30 42 28 24 27 25 26 (23)
L’entreprise utilise Internet…
Non 86 62 43 15 54 47 53 49 51 (59)
… pour accéder à 1 messagerie électronique seulement 2 5 5 3 3 5 2 5 4 (3)
… pour diffuser des informations seulement 2 2 3 1 3 1 0 3 2 (2)
… pour rechercher des informations seulement 2 8 9 12 9 7 5 11 8 (7)ie et diffuser des informations 0 1 1 2 1 2 1 2 1 (1)ie et rechercher des info. 3 10 19 29 14 16 12 18 15 (13)
… pour diffuser et rechercher des informations 1 2 3 6 3 3 3 3 3 (2)
… pour réaliser les 3 tâches 4 10 17 32 13 19 24 9 16 (13)
Taux d'équipement de la main-d'œuvre non ouvrière (cadres, professions intermédiaires et employés)
0 à 20 % 23 5 2 1 8 7 12 3 7 (10)
21 à 40 % 25 11 7 2 10 12 12 10 11 (12)
41 à 60 % 24 28 22 15 26 18 15 28 22 (21)
61 à 80 % 20 38 41 38 36 33 30 39 35 (33)
81 % et plus 8 18 28 44 20 30 31 20 25 (24)
Taux d’équipement de la main-d’œuvre ouvrière
0 à 20 % 89 82 70 50 76 69 65 78 72 (76)
21 à 40 % 7 10 17 27 15 16 17 14 15 (13)
41 à 60 % 2 4 6 12 5 7 8 4 6 (5)
61 à 80 % 1 2 4 5 2 4 5 2 3 (3)
81 % et plus 1 2 3 6 2 5 5 2 3 (3)
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Tableau 1 (Suite)
En % d’entreprises,
non pondéré Intensité d'utilisation Organisation
Type de matériel Ensemble(pondéré par l’inverse du taux de sondage) de l'informatique informatique
N = 3 205 entreprises
Faible Moyenne Forte Très Gros Réseau Faible Autour
forte système Micro SI
Partage des responsabilités autour de 5 tâches de base liées à la fonction informatique
Pas de service informatique (SI) 60 18 4 2 16 25 35 7 20 (28)
Le service informatique (SI) intervient sur 1 à 4 tâches 27 42 44 39 37 39 22 52 38 (36)
Le serorvient sur 5 tâches 13 40 52 59 47 36 43 41 42 (36)
Les utilisateurs n’interviennent pas 55 56 54 46 49 56 43 61 53 (54)
Les utilisateurs interviennent sur 1 tâche 13 24 27 32 28 21 20 28 24 (22)viennent sur 2 à 5 tâches 32 20 19 22 23 23 37 11 23 (24)
Pas de groupe de projet 75 57 48 33 55 51 59 47 53 (60)
Un groupe de projet intervient sur 1 tâche 5 16 22 34 21 18 11 27 20 (15)
Un gvient sur 2 à 5 tâches 20 27 30 33 24 31 30 26 28 (25)
Pas de prestataires externes 19 27 28 28 25 26 29 22 25 (24)
Des prestataires externes interviennent sur 1 ou 2 tâches 20 38 47 51 44 35 23 53 39 (36)xterviennent sur 3 à 5 tâches 61 35 25 21 31 39 48 25 35 (40)
Ensemble 24 (34) 24 (27) 26 (23) 26 (16) 51 (49) 49 (51) 54 (52) 46 (48)
Lecture : 38 % des entreprises à intensité d’utilisation de l’informatique faible utilisent un gros système en gestion.
Champ : entreprises de plus de 50 salariés de l’industrie manufacturière, industries agroalimentaires incluses.
Source : enquête Changements organisationnels et informatisation de 1997, volet « entreprises », MEFI - Sessi, MAP - Scees.
Encadré 2
LES MESURES DE L’INFORMATISATION, DE L’ORGANISATION
ET DE LEURS CHANGEMENTS
Le recours des entreprises aux technologies de l’infor- L’ensemble des critères recensés par l’enquête ne se
mation et de la communication peut être mesuré de distribue pas de manière aléatoire dans la population
plusieurs manières différentes (Greenan, 1999). Les des entreprises. Certains se renforcent mutuellement,
mesures les plus usuelles dans les travaux écono- d’autres s’opposent. Au total, la population des entre-
miques sont de nature purement quantitative. Le plus prises se regroupe autour de « configurations » infor-
courant est de mesurer un « capital informatique », à matiques et organisationnelles. Dans le champ éco-
partir des données de la comptabilité nationale dans les nomique, la discussion des forces à l’œuvre derrière
études macro-économiques ou sectorielles, ou à partir ces « configurations » est animée. Elle ne sera pas
du budget informatique des entreprises dans les travaux abordée ici. Mais pour les identifier, une analyse des
sur données individuelles (voir les articles de Cette, correspondances multiples (ACM) permet de synthé-
Mairesse et Kocoglu et de Crépon et Heckel dans ce tiser l’information en quelques indicateurs illustrant la
numéro). Greenan et Mairesse (2000) et Greenan, manière dont les variables sont solidaires au sein de
Mairesse et Topiol-Bensaid (1999 et 2001) proposent la population d’entreprises.
deux autres types de mesures quantitatives : le taux
d’équipement des salariés en ordinateurs et l’effectif de Ces indicateurs synthétiques respectent un principe de
l’entreprise dont l’activité est liée à la maintenance des parcimonie dans l’exposition des résultats. D’une part,
équipements informatiques et du parc de machines ils permettent de parler d’agencement de variables
électroniques. plutôt que de variables prises isolément, ce qui conduit
à une description à la fois plus précise et plus économe
de l’univers statistique. D’autre part, les régressions surPrendre en compte les effets qualitatifs
ces variables sont « supérieures » aux régdes changements organisationnels
les variables primaires puisque la statistique de Ficher
est systématiquement plus élevée.Les variables utilisées sont plus riches puisqu’elles
cherchent à cerner, au-delà du poids quantitatif des
équipements informatiques, la diversité de leurs usages
Mesurer et croiser les effets de l’informatisationpar les entreprises. Outre le taux d’équipement de la
et des changements organisationnelsmain-d’œuvre, elles croisent plusieurs critères qualitatifs.
La mesure de l’organisation et de ses changements est
tout aussi complexe, sinon plus. Dans ce domaine, les Quatre ACM ont été successivement réalisées à partie
mesures quantitatives n’existent pas. L’organisation ne des données du volet « entreprises » de l’enquête COI.
peut se mesurer qu’au travers d’un faisceau de Les deux premières synthétisent respectivement les
variables de type qualitatif (Greenan, 1996 et 2001). caractéristiques de l’informatisation en 1997 et celles

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d’un réseau informatique, soit par l’intermé- utilisé à la fois comme messagerie électronique
diaire d’un gros système centralisé. En 1997, pour rechercher des informations et pour en
70 % des entreprises industrielles de 50 salariés diffuser. Grâce aux réseaux informatiques,
et plus réalisent des transferts de données aux liaisons EDI, à l’Internet, le périmètre des
internes par l’intermédiaire d’une interface échanges informatisés ne cesse donc de
informatique, 28% le font avec des fournis- s’étendre, transformant les relations entre ser-
seurs, sous-traitants ou prestataires de services, vices à l’intérieur de l’entreprise et les liens
34 % avec des entreprises clientes et 23 % avec qu’elle entretient avec l’extérieur. Cette trans-
les organismes sociaux ou les pouvoirs publics. formation était à son tout début en 1994. On
41 % des entreprises considérées déclaraient uti- peut penser que les chiffres d’aujourd’hui ont
liser Internet en 1997 et pour 16 %, cet outil est nettement dépassé ceux de 1997.
Encadré 2 (suite)
edes changements informatiques entre 1994 et 1997. ferts de données par une interface informatique (2 axe,
Les deux autres, reprises de Greenan et Mairesse valeur propre : 0,36, part de l’inertie expliquée : 8 %).
(1999), concernent l’usage de dispositifs organisation-
nels nouveaux en 1997 et les changements organisa- Les tableaux 3 et 4 présentent les résultats des ACM sur
l’usage de dispositifs organisationnels « nouveaux » entionnels intervenus entre 1994 et 1997.
1997 (61 questions issus des groupes 3, 4, 5, 6, 7, 10
et 14 du questionnaire «industrie», 20 variables, Les tableaux 1 et 2 présentent les résultats des ACM
50 modalités) et sur les changements organisationnelsconcernant respectivement l’état et l’évolution de
adoptés entre 1994 et 1997 (questions 3, 4, 6, 7, 14l’informatisation. La première ACM s’appuie sur un
avec une description de la situation en 1994 et 1997, ensemble de 17 variables qualitatives polytomiques
14 variables, 35 modalités).(48 modalités) construites à partir d’un corpus de
57 questions décrivant l’informatisation de l’entreprise
Trois variables synthétiques décrivent respectivementen 1997. Il s’agit des groupes de questions 16, 17, 18,
erl’intensité du recours à ces dispositifs en 1997 (1 axe,19 et 20 du volet « entreprises » dans l’industrie (voir
valeur propre : 0,46 ; part de l’inertie expliquée : 14 %),Favre, François et Greenan (1998) pour le questionnai-
l’orientation vers les normes et démarches de qualitére et les tris à plat sur ces questions). La seconde ACM
e eou vers les systèmes de juste-à-temps (2 et 3 axes,s’appuie sur les questions concernant les équipements
valeurs propres : 0,29 et 0,28, parts de l’inertie expli-et les transferts de données informatisées (questions
quée : 6 % et 5 %) et l’intensité du recours à des dis-16 et 19) où il était demandé à l’entreprise de caracté-
epositifs marchands ou pseudo-marchands (4 axe,riser à la fois sa situation en 1994 et 1997. En dépit du
valeur propre : 0,25 ; part de l’inertie expliquée : 4 %).fait que seule la situation de 1997 est décrite, les ques-
Trois autres variables sont consacrées aux change-tions sur Internet ont été intégrées dans cette ACM. En
ments organisationnels entre 1994 et 1997 : intensitéraison de la jeunesse de cette technologie en 1997, on
erdu changement (1 axe, valeur propre : 0,52 ; part depeut considérer qu’à peu près toutes les entreprises
l’inertie expliquée : 19 %), intensité du développementutilisatrices à cette date l’avaient adoptée entre 1994 et
des responsabilités des opérateurs et des spécialistesen 1997. 17 variables (43 modalités) jouent un rôle actif
e e(2 et 3 axes, valeurs propres : 0,35 et 0,30 ; parts dedans cette seconde ACM.
l’inertie expliquée : 8 % et 6 %) et orientation des chan-
e egements organisationnels (4 et 5 axes, valeursLes variables synthétiques décrivant l’informatisation
propres : 0,29 et 0,28, parts de l’inertie expliquée : 6 %de l’entreprise en 1997 mesurent respectivement
et 5 %).l’intensité de l’utilisation de l’informatique, sa struc-
turation autour d’un gros système ou d’un réseau de
1. Il arrive fréquemment que certains facteurs d'une analyse de
micro-ordinateurs et l’organisation de la fonction infor- correspondances soient, approximativement, des fonctions
matique autour d’un service informatique ou bien polynomiales, de degré croissant avec le rang de ces facteurs,
sollicitant fortement les utilisateurs et les prestataires d'un facteur de rang moins élevé (Benzecri, 1973) : c'est
« l'effet Guttman ». Tel est, en particulier, le cas lorsqu'uneexternes. Elles sont construites à partir des coordon-
variable continue normale (non observable) est sous-jacentenées des entreprises sur les trois premiers axes de
aux variables actives discrètes observées et analysées
l’ACM (valeurs propres : 0,46 ; 0,38 ; 0,31 ; parts de (Saporta, 1975). Un facteur b qui est une fonction parabolique
l’inertie expliquée 9 %, 6 %, 4 %). Les coordonnées sur (polynome de degré 2) d'un autre facteur a peut s'interpréter,
ele 3 axe ont été corrigées d’un effet Guttman (1). On ainsi que l'a proposé Guttman, comme un degré d'intensité du
facteur a, dont il oppose les valeurs extrêmes aux valeursa remplacé la coordonnée brute par le résidu de sa
moyennes. Si la liaison fonctionnelle est parfaite, b n'apporteerrégression sur le 1 axe et son carré selon une méthode
aucune information supplémentaire par rapport à a. Mais elle
dont le principe nous a été suggéré par J.-C. Deville. n'est généralement qu'approchée, de sorte qu'on peut distin-
guer les observations particulièrement typiques d'un niveau
Deux variables rendent compte du changement de moyen d'intensité de a, à l'extérieur de la parabole, de celles où
se combinent des caractéristiques associées aux valeursl’informatique entre 1994 et 1997. Une première traduit
faibles et des caractéraleurs fortes deerl’intensité du changement (construite à partir du 1 axe,
a, à l'intérieur (dans notre cas, a est le niveau d'informatisation).
valeur propre : 0,46 ; part de l’inertie expliquée : 14 %) Comme l'a suggéré J.-C. Deville, il peut être préférable de rem-
et une seconde son orientation centrée sur les change- placer b par l’information que ce facteur ajoute par rapport à a,
2ments de matériels ou sur le développement des trans- c'est-à-dire le résidu de l'ajustement linéaire de b sur a et a .
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Alors que l’accès aux équipements infor- leur configuration d’équipements soit autour
matiques est très largement ouvert aux cadres, d’un gros système, soit autour d’un réseau de
professions intermédiaires et employés, il est micro-ordinateurs. L’option « gros système »
beaucoup plus limité pour les ouvriers. Ceci peut très bien coexister avec des micro-ordi-
est une constante du processus de diffusion nateurs non connectés alors que l’option
des ordinateurs et l’inégal recours à ces équi- «réseau informatique» fédère en général
pements en production et en gestion en l’ensemble des micro-ordinateurs. Ces options
témoigne d’une autre manière (cf. infra). ne semblent pas avoir d’influence sur la pra-
tique des transferts de données informatisées.
Enfin, en 1997, environ un tiers des entre- Les fournisseurs de gros système ont su
prises industrielles n’ont pas de service infor- s’adapter aux besoins des entreprises indus-
matique, la moitié d’entre elles n’ont pas trielles en associant à leur offre des logiciels
recours aux services de prestataires externes
intégrés permettant de gérer les échanges
et un quart organisent la fonction infor-
d’informations entre services. Le choix du gros
matique au moyen d’une structure de groupe
système ou du réseau peut être fait à tous lesde projet.
niveaux d’informatisation et n’a pas de lien
direct avec le taux d’équipement des salariés.
Un équipement diversifié
Pour la moitié environ des entreprises, la fonc-pour les plus informatisées…
tion informatique se structure principalement
autour d’un service dédié. Ce service s’appuieTrois variables synthétiques (cf. les colonnes
parfois sur un groupe de projet pour réfléchir àdu tableau 1) ont été construites à partir des
un choix d’architecture des matériels et des logi-coordonnées des entreprises sur les trois pre-
ciels et il fait appel à des prestataires externes demiers axes de l’analyse des correspondances
manière ponctuelle, le plus souvent pour desmultiples réalisée à partir des 17variables
opérations de formation des utilisateurs.dont la distribution vient d’être examinée
(cf. les lignes du tableau 1).
L’autre moitié d’entreprises a une fonction
La première peut s’interpréter comme décri- informatique dont l’organisation a pour carac-
vant l’intensité du recours à l’informatique. téristique principale de mettre fortement à
Ceci traduit une forme de cumulativité des contribution les utilisateurs et les prestataires
équipements. Une première grande opposition externes. Cette configuration peut être associée
sépare donc les entreprises fortement équipées à une situation où l’entreprise n’a pas de
de celles faiblement équipées. Un usage intense service informatique (35 %) mais elle coexiste
de l’informatique se caractérise par une grande aussi avec un tel service. Il en est de même
variété d’équipement en gestion comme en pour l’intervention d’un groupe de projet.
production, par un taux d’équipement des Dans le premier cas, il s’agit d’entreprises
salariés plus élevé que la moyenne, par un où l’informatique est peu développée. Dans
recours plus important aux transferts informa- l’autre, au contraire, l’informatisation est avan-
tisés de données y compris avec l’extérieur,
cée et elle implique des échanges de données
et par un usage plus fréquent d’Internet. avec l’extérieur.
Inversement, des ordinateurs isolés, cantonnés
à la gestion, des taux d’équipement faibles
de la main-d’œuvre et des transferts d’infor-
… qui sont aussi celles qui font le plus
mations plus rares et qui restent internes à
évoluer leurs matérielsl’entreprise, traduisent une informatisation
plus modérée. La population des entreprises
L’enquête COI permet de compléter lapeut ainsi être divisée en quatre groupes :
description de la situation en 1997 par lescelles ayant un recours modéré (34%),
changements intervenus entre 1994 et 1997.moyen (27 %), fort (23 %) et très fort (16 %)
On demandait en effet au représentant deà l’informatique.
l’entreprise de décrire l’évolution des matériels
utilisés et des transferts de données infor-Au-delà de cette intensité, deux autres dimen-
matiques pratiqués entre ces deux dates. Lesions caractérisent l’informatisation des entre-
tableau 2 est construit à partir des mêmesprises : les options centrales dans le choix des
matériels et l’organisation de la fonction infor- principes que le tableau 1 mais il porte sur ces
matique. Les entreprises industrielles articulent changements.
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La perspective du bug de l’an 2000, du passage Le changement de matériel le plus fréquent est
à l’euro et l’arrivée à maturité de nouvelles l’adoption d’un réseau de micro-ordinateurs
versions de logiciels ou d’équipements ont été (28% en production, 36% en gestion).
autant de chocs anticipés qui ont poussé les Cependant, 10 % environ des entreprises ont
entreprises à investir dans l’informatique à la adopté un gros système en production ou en
fin des années 90. gestion, tandis que l’adoption de micro-ordina-
Tableau 2
Les changements de l’informatique entre 1994 et 1997
En % d’entreprises,
non pondéré Intensité du changement Changements
Ensemble
de l’informatique centrés sur…(pondéré par l’inverse du taux de sondage)
N = 3 205 entreprises
Faible Moyenne Forte Très forte … le ... les
matériel transferts
Type de changement de matériel informatique : adoption d’un gros système…
… dans les services de production 1 11 13 23 17 6 11 (11)vices de gestion 1 9 12 19 17 4 9 (10)
Type de changement de matériel informatique : adoption de micro-ordinateurs non connectés…
… dans les services de production 6 16 18 14 22 6 13 (13)vices de gestion 6 14 14 12 17 7 12 (12)
Type de changement de matériel informatique : abandon des micro-ordinateurs non connectés…
… dans les services de production 0 4 21 37 29 1 13 (11)vices de gestion 0 8 28 40 35 2 16 (14)
Type de changement de matériel informatique : adoption de micro-ordinateurs connectés en réseau…
… dans les services de production 1 24 51 68 59 11 32 (28)vices de gestion 7 35 60 73 73 14 39 (36)
Développement de transferts de données par une interface informatique…
… entre services de gestion 4 19 33 57 23 27 25 (25)vices de gestion et de production 0 8 28 58 22 18 20 (19)
… entre gestion et fournisseurs 0 10 16 44 10 19 15 (13)
… entre services de gestion et entreprises
clientes 2 15 28 49 15 25 21 (18)
… entre gestion et organismes sociaux
et services publics 2 11 17 26 8 16 13 (12)
… entre services de conception et production 0 7 19 50 13 18 16 (15)
… entre conception et fournisseurs 0 5 11 37 5 15 11 (9)
… au sein des services de production 0 6 19 53 16 17 16 (15)
… entre production et fournisseurs 0 2 7 32 4 12 8 (7)
… entre production et entreprises clientes 0 5 10 29 4 14 10 (9)
L’entreprise utilise Internet…
Non 73 51 40 27 49 52 51 (59)
… pour accéder à 1 messagerie électronique
seulement 2 4 6 5 4 4 4 (3)
… pour diffuser des informations seulement 1 2 2 2 2 2 2 (2)
… pour rechercher des informations seulement 4 11 10 8 9 7 8 (7)
… pour accéder à 1 messagerie et diffuser
des informations 1 1 1 3 1 1 1 (1)ie et rechercher
des informations 8 14 19 25 17 14 15 (13)
… pour diffuser et rechercher des informations 2 3 4 5 3 3 3 (2)
… pour réaliser les 3 tâches 9 14 19 25 15 17 16 (13)
Ensemble 30 (35) 30 (30) 20 (18) 20 (17) 43 (41) 57 (59)
Lecture : 1 % des entreprises qui ont peu fait évoluer leur informatique entre 1994 et 1997 ont adopté un gros système dans les services
associés à la production.
Champ : entreprises de plus de 50 salariés de l’industrie manufacturière, industries agro-alimentaires incluses.
Source : enquêtes Changements organisationnels et informatisation de 1997, volet « entreprises », MEFI - Sessi, MAP - Scees.
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teurs non connectés est presque aussi fré- breux changements affectant l’organisation de
quente que leur abandon (environ 12 %). Du la production et celle de la conception des
côté des transferts de données informatisées, produits et procédés. Pour schématiser, on
les liaisons nouvelles créées par les entre- peut considérer que l’entreprise est constituée
prises sont d’abord internes : entre services de d’un système de production qui gère les flux et
gestion (25%), entre gestion et production la transformation des matières et des produits
(19%), au sein des services de production et d’un système d’information qui gère les flux
(15%) et entre conception et production d’informations et la production d’un savoir
(15 %). Puis viennent les connections entre collectif (Greenan, 2001). L’informatique est
les services de gestion et l’extérieur, avec les d’abord un outil qui participe à l’organisation
clients (18 %), les fournisseurs (13 %) et les du système d’information. Par exemple, lorsque
organismes sociaux et services publics (12 %). l’entreprise informatise son catalogue de
produits ou de prestations, elle formalise et
Comme pour le niveau de l’informatisation, stocke des informations sur son activité, infor-
la première variable synthétique construite mations qu’elle peut ensuite diffuser plus
décrit l’intensité du changement informatique : aisément. Mais l’informatique intervient aussi
35 % des entreprises industrielles de plus de dans l’articulation entre le système d’infor-
50 salariés n’ont rien changé à leur informa- mation et le système de production. Ainsi,
tisation. La moitié d’entre elles environ sont lorsque l’entreprise établit une liaison téléma-
des entreprises faiblement informatisées qui tique avec un sous-traitant, elle transforme le
n’ont pas cherché à développer leur équi- pilotage d’un segment de son processus de pro-
pement et 10% des entreprises à informa- duction.
tisation déjà très intense. À l’autre extrême,
17 % des entreprises ont beaucoup fait évo-
L’informatisation et l’adoption luer leur informatique entre 1994 et 1997 et
des nouveaux dispositifs organisationnels60 % d’entre elles se caractérisent, en 1997,
vont de pairpar une informatisation très intense.
Le dispositif d’enquêtes COI a été conçu pourLes entreprises qui ont fait évoluer leur infor-
appréhender simultanément l’informatisation
matique ont soit privilégié les transformations
de l’entreprise et ses pratiques organisation-
de leur matériel, soit cherché à développer des nelles. L’enquête décrivait donc aussi l’usage
interfaces informatiques avec leurs clients et d’un ensemble d’outils de gestion ou de dispo-
leurs fournisseurs. Dans le premiers cas, le sitifs organisationnels.
développement des transferts est centré sur
Les outils de gestion recensés dans COIles échanges internes à l’entreprise alors que
prennent la forme de procédures à suivre, dedans le second, la stratégie de l’entreprise
méthodes de travail ou de principes de fonc-consiste à s’ouvrir sur l’extérieur en dévelop-
tionnement. Ils ont été choisis car ils étaientpant tous les liens possibles avec les clients et
qualifiés de « nouveaux » ou de « modernes »les fournisseurs. Néanmoins, ces deux confi-
au moment de l’enquête tout en étant suffi-gurations ne se distinguent pas, quant à leur
samment diffusés pour que le vocabulaireintensité, du recours à Internet et au type
associé soit connu des cadres de directiond’utilisation associée.
interrogés. La question de la mesure de ces
dispositifs et des changements organisation-
L’informatisation accompagne nels associés à leur adoption est discutée dans
les changements organisationnels Greenan et Mairesse (1999). Leurs effets sur
le contenu du travail des salariés est analyséomme le rappelle Breton (1990), le terme
dans Greenan et Mairesse (1999) et dansCfrançais «ordinateur» a été choisi de
Greenan et Hamon-Cholet (2000a). Seules préférence au terme « calculateur » pour
les grandes lignes des pratiques organisation-souligner que cette machine sert avant tout à
nelles des entreprises recensées dans COI
mettre de l’ordre, à organiser l’information.
sont rappelées ici.
De fait, l’ordinateur participe à un mou-
vement de réorganisation (Veltz et Zarifian, Ces nouveaux dispositifs visent à gérer les pro-
1993) et de rationalisation de la production blèmes de qualité (certification ISO, démarche
de connaissances dans les entreprises (Foray, de qualité totale, analyse de la valeur, analyse
2000) qui le dépasse largement. fonctionnelle ou AMDEC), les contraintes de
délais (systèmes de production et de livraison
Ce mouvement prend appui à la fois sur les en juste-à-temps, méthodes de maintenance
technologies de l’information et sur de nom- préventive), les transactions internes à l’entre-
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Encadré 3
LES DISPOSITIFS ORGANISATIONNELS NOUVEAUX : DES OUTILS DE GESTION
POUR FLEXIBILISER LE PROCESSUS DE PRODUCTION
de livraison tend uniquement le flux « aval » (condition-A - Nouveaux dispositifs visant à gérer
nement, transport). La production en juste-à-temps estles problèmes de qualité
aussi liée à une personnalisation de la commande :
Certification ISO 9001, IS0 9002, EAQF l’entreprise ne peut produire et stocker à l’avance si le
client demande des options spécifiques. D’autresLes normes ISO 9001, 9002 ou EAQF (Assurance
expressions comme « systèmes de flux tendus » ouQualité Fournisseurs) décrivent un ensemble de
« systèmes de tension des flux par l’aval » sont parfoisprocédures à suivre pour atteindre un objectif de quali-
utilisées pour décrire des systèmes de productionté. Elles peuvent concerner la production, mais aussi
proches du juste-à-temps.d’autres domaines de l’entreprise comme la formation
ou la recherche. Ces dispositifs sont regroupés dans
Méthode 5S ou TPM (Total Productive Maintenance)l’article sous le titre de « certification ISO ».
La méthode 5S est d'origine japonaise. La traduction
Autre système de certification ou démarche des 5 termes commençant par S correspond à « range-
de qualité totale ment, ordre, inspection, propreté, discipline ». Ces deux
méthodes visent à mobiliser l'utilisateur dans l'amé-L’entreprise peut aussi être certifiée selon une autre
lioration des installations en systématisant le recueil norme (ISO 9003, autre système de certification) ou
et l'analyse de l'information concernant les fuites, lespoursuivre une démarche de qualité totale n'ayant pas
petites pannes répétitives, les difficultés d'accès, ladébouché sur une certification. Dans l’article, on fait
marche dégradée des équipements, etc. On parle alorsréférence aux « démarches de qualité totale ». La cer-
de «maintenance préventive». Ces méthodes sonttification ISO, telle que décrite dans le paragraphe
plus récentes que les systèmes de « juste-à-temps ».précédent, semble plus exigeante et plus formalisée
On pourrait aussi les classer avec les nouveaux dispo-que la « démarche de qualité totale » décrite ci-dessus.
sitifs visant à gérer les problèmes de qualité.
Garantie de qualité demandée aux fournisseurs Néanmoins, elles sont destinés à gérer de manière
préventive des problèmes locaux de production et à lesUne entreprise peut exiger de ses fournisseurs une
régler rapidement lorsqu’ils adviennent. En ce sens, garantie de qualité et qu’ils se conforment aux normes
ce sont des outils utiles dans un contexte de gestionISO ou à une autre démarche formalisée de qualité.
serrée des délais où toute panne est fortement dom-
Analyse de la valeur, analyse fonctionnelle mageable.
ou AMDEC
AMDEC signifie « Analyse des Modes de Défaillance,
C - Nouveaux dispositifs visant à gérerde leurs Effets et de la Criticité ». Ces trois méthodes
ont pour objectif d'analyser les conséquences des choix les frontières de l’entreprise
de conception sur les procédés ou les produits (en
Organisation en centres de profittermes de valeur du produit pour le client, de pannes de
machine, de sécurité etc.). On parle alors d’« analyse Un centre de profit est une unité de l’entreprise qui a
des produits et procédés ». Ces dispositifs organisa- une marge de manœuvre budgétaire, et donc une rela-
tionnels sont plus récents que les précédents mais ils tive autonomie dans ses choix (souvent un système de
participent du même mouvement de recherche d’une comptabilité en propre qui lui permet de mesurer son
plus grande maîtrise des questions de qualité. profit). Ainsi, une entreprise peut avoir des centres de
profit régionaux ou encore, si elle a plusieurs activités
(verre, carton par exemple), des centres de profit par
B - Nouveaux dispositifs visant à gérer activité.
les contraintes de délais
Formalisation en interne de contrats
de type clients/fournisseursSystème de livraison en juste-à-temps
L’entreprise livre son client à la demande, dans des En formalisant des contrats de type client/fournisseur
délais très courts. Cela permet au client de travailler en interne, l’entreprise gère les échanges de biens et
avec des stocks faibles. services entre ses différentes unités comme si ces
échanges étaient réalisés sur un marché. Avec l’organi-
Système de livraison en juste-à-temps demandée sation en centres de profit, les contrats de type
aux fournisseurs clients/fournisseurs internes instaurent donc des méca-
nismes de marché au sein de l’entreprise. C’est pour-De la même manière que pour la garantie de qualité,
quoi on les appelle « dispositifs de pseudo-marché ».une entreprise peut exiger de ses fournisseurs qu’ils
adoptent un système de livraison en juste-à-temps.
Sous-traitance
Système de production en juste-à-temps Dans le questionnaire, il était demandé à l’entreprise
si elle faisait appel à la sous-traitance pour ajuster saL’entreprise lance la production à la commande du
production à la demande. La sous-traitance mesurée iciclient et elle produit et livre dans des délais très courts.
est donc la sous-traitance de capacité, c’est-à-dire laCe système est plus exigeant que le système de livraison
situation ou l’entreprise délègue à une autre entrepriseen juste-à-temps, car il impose une tension sur l’en-
le soin de réaliser une partie de sa production.semble des flux de l’entreprise alors qu’un système

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