L'insertion des jeunes : 20 000 jeunes en grande difficulté d'accès à l'emploi.

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A la Réunion, un jeune sur trois est à la recherche d'un emploi. La moitié d'entre eux ont échoué dans leur scolarité initiale ou se sont arrêtés après le collège. Très peu ont pu ensuite bénéficier d'une formation de remise à niveau ou d'adaptation à l'emploi. Ils sont environ 20 000 à cumuler ces handicaps : sans diplôme, sans formation professionnelle, ils ont les plus grandes difficultés pour accéder à un emploi. A peine un tiers d'entre eux sont près à accepter un emploi hors du département. Le plan de cohésion sociale et le plan pour l'emploi prévoit d'accompagner vers l'emploi durable ces jeunes en difficulté.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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société
L’insertion des jeunes
20 000 jeunes en grande
A La Réunion un jeune sur trois est à la recherche d’un emploi.
La moitié d’entre eux ont échoué dans leur scolarité initiale ou se
sont arrêtés après le collège. Très peu ont pu ensuite bénéficier
d’une formation de remise à niveau ou d’adaptation à l’emploi. Ils
sont environ 20 000 à cumuler ces handicaps : sans diplôme,
sans formation professionnelle, ils ont les plus grandes
difficultés pour accéder à un emploi. A peine un tiers d’entre eux
sont prêts à accepter un emploi hors du département. Le Plan de
cohésion sociale et le Plan pour l’emploi prévoient
d’accompagner vers l’emploi durable ces jeunes en difficulté.
Définitions
La source utilisée est l’enquête emploi du u niveau national, le Plan de dans les critères de classement des chô-
deuxième trimestre 2004. Cette enquête Cohésion Sociale (programme 2) meurs au sens du Bureau International
annuelle, réalisée auprès d’un échantillon Avise à accompagner 800 000 jeu- du Travail. Des jeunes qui souhaitent
de 5 500 ménages à La Réunion, permet nes en difficulté vers l’emploi durable. travailler s’inscrivent dans l’enseignement
de cerner le chômage au sens du Bureau A La Réunion, sa mise en œuvre se supérieur suite à des recherches infruc-
(1)International du Travail (BIT). décline en mesures spécifiques et tueuses. D’autres acceptent un “petit tra-
coexiste avec un Plan pour l’emploi vail” faute de mieux. L’ensemble de ces
Actif : un actif est une personne qui soit a
associant les collectivités locales. La phénomènes est ce que l’on appelle le
un emploi, soit est en situation de
présente étude tente de répondre à deux halo autour du chômage. Chez les jeu-
chômage.
questions inhérentes à ces projets : qui nes, ces changements de situations sont
sont les jeunes ayant des difficultés plus fréquents que chez leurs aînés. CeChômeur : un chômeur est une personne
d’accès à l’emploi à La Réunion et com- sont souvent les mêmes individus quien âge de travailler (15 ans ou plus) sans
bien sont-ils ? sont chômeurs, occupés, voire inactifsemploi, disponible pour prendre un
selon les différentes périodes. La situa-travail dans les quinze jours, et qui
tion des jeunes au regard de l’accès àcherche activement un emploi (ou a Un jeune sur trois
l’emploi est ainsi difficile à appréhen-trouvé un emploi qui commence recherche un emploi der, mais peut être abordée globalement.ultérieurement).
Entre 16 et 29 ans, de nombreux jeunesLes frontières entre l’emploi, le chô-Inactif : un inactif est une personne qui
quittent les bancs de l’école ou de l’Uni-mage et l’inactivité sont souvent floues.n’a pas d’emploi et n’est pas chômeur.
versité et rejoignent le marché du travail.Ainsi une personne peut se déclarerElle peut souhaiter avoir un emploi.
Ce phénomène commence vers 16 ans,spontanément chômeur et ne pas entrer
se développe après 19 ans et s’estompe
vers 29 ans. L’étude porte ainsi sur la
tranche d’âge de 16 à 29 ans, qui com-L’entrée des jeunes dans la vie activeL’auteur
(âge au 31 décembre 2004) prend 172 300 individus.
Bruno BALLY est chargé des études sur En mai 2004 on estime à 42 300 le
l’emploi à la direction régionale de nombre de jeunes âgés de 16 à 29 ans
l’Insee. qui répondent aux critères du chômage
au sens du Bureau International du Tra-
vail. De plus parmi les jeunes classés
inactifs, 6 200 déclarent souhaiter tra-
vailler. Si l’on y ajoute les 5 800 jeunes
qui sont bénéficiaires pour quelques
mois d’emplois aidés de type CES ou
CIA, on dénombre 54 300 jeunes con-
frontés à des difficultés d’accès à un
emploi durable.
(1) “21 mesures pour l’Ile de La Réunion”,L’entrée dans la vie active et
Communiqué de Presse, 23 décembre 2004,l’accès à l’emploi se font très pro-
gressivement de 16 à 29 ans. Ministre délégué au logement et à la ville.
économie 4e trimestre 20042 DELAREUNIONsociété
difficulté d’accès à l’emploi
Répartition des jeunes (16-29 ans) selon leur diplôme (en %)La moitié n’a pas de diplôme
Brevet
CAP- Bac Supé- En Ensem-Les jeunes en difficultés se répartissent
Aucun des Bac
BEP + 2 rieur cours bleglobalement en trois groupes selon leur collèges
diplôme. La moitié est sans diplôme ou
Jeunes enn’a que le brevet des collèges. Un quart
43,7 9,0 23,0 17,0 3,2 1,1 3,0 100
difficultésont un CAP ou un BEP, un quart ont un
baccalauréat ou un diplôme supérieur au
Jeunes actifs
22,2 7,2 24,5 21,2 12,0 7,3 5,7 100bac. Si l’on compare leur niveau de occupés
diplôme avec celui des jeunes ayant un
Ensemble desemploi, une différence sensible apparaît.
jeunes de 16 23,7 6,0 14,7 10,6 3,9 2,1 39,0 100Ceux qui n’ont aucun diplôme représen-
à 29 ans
tent 44 % des jeunes en difficultés et
seulement 22 % des actifs occupés. Les Source : Insee, enquête emploi 2004.
titulaires des diplômes d’un niveau supé-
rieur représentent à peine plus de 1 % d’entre eux, il s’agit d’une formation de Parmi les jeunes chômeurs, 60 % sont au
des jeunes en difficultés. Le manque de
qualification ou d’adaptation à l’emploi, chômage depuis plus d’un an et 28 %
diplôme est donc un handicap majeur
les autres bénéficient d’une remise à sont au chômage depuis plus de trois
pour les jeunes dans leur recherche niveau. La durée de cette formation est ans. La situation est pratiquement iden-
d’emploi, ceci confirme que le diplôme tique chez les hommes et les femmes.appréciable : dans la majorité des cas
est généralement une protection contre L’examen des circonstances qui ontelle est comprise entre trois mois et un
le chômage. conduit les jeunes au chômage éclairean. Pour la plupart cette formation a été
d’une manière assez intéressante cer-proposée par un organisme (ANPE prin-Des formations sont proposées aux jeu-
tains aspects du fonctionnement du mar-cipalement, chambres consulaires ounes en recherche d’emploi, mais elles ne
ché du travail. Plus de 45 % des chô-autres organismes).les mènent pas forcément vers un
meurs jeunes n’ont jamais travaillé, ils
emploi, encore moins vers un emploi
sont donc depuis longtemps dans une
durable. Si l’on considère l’ensemble Six sur dix n’ont jamais situation d’attente, la plupart ne sont pas
des jeunes qui ont suivi une formation eu d’emploi diplômés. Un tiers se retrouve au chô-
post-initiale, on constate que 45 % ont mage après avoir eu un emploi précaire :
un emploi au moment de l’enquête, mais Parmi les jeunes en recherche d’emploi, ce sont des jeunes en mouvement entre
plus de 40 % sont au chômage ou retour- quatre sur dix ont exercé dans le passé l’emploi et le chômage. On remarque
nés au chômage. Un peu moins d’un que la durée dans l’attente d’un emploiune activité professionnelle non occa-
tiers des jeunes étudiés (soit 16 250) ont joue un rôle. Les plus âgés sont au chô-sionnelle. Un tiers était en CDD dans le
ainsi suivi une formation post-initiale ou mage essentiellement à cause de la findernier emploi occupé non occasionnel.
la suivent au moment de l’enquête, non d’un emploi précaire, alors que les plusLes jeunes ont bien une difficulté majeure
jeunes n’ont pour la plupart jamais eucompris les étudiants. Pour la plupart à se stabiliser dans un emploi.
accès au marché de l’emploi.
Les circonstances du chômage chez les jeunes
Les jeunes recherchent un
25 à 29 ans16 à 19 ans 20 à 24 ans Total % emploi à temps complet
3 448 10 211 5 535 19 194 45,4N'a jamais travaillé Le type d’emploi recherché est essentiel-
lement un emploi salarié (99 %). Ce sontFin d'emploi précaire 0 4 496 8 965 13 461 31,8
surtout les emplois permanents qui sont
Fin d'études 1 366 4 251 330 5 947 14,1 visés. Toutefois, ayant conscience de la
saturation du marché, les deux tiers de
Licenciement 0 656 1 462 2 118 5,0 ceux qui espèrent un emploi permanent
accepteraient un emploi à durée limitée.
Démission 95 796 570 1 461 3,5
De la même manière, ce sont essentielle-
ment des emplois à temps complet quiAutres circonstances 0 0 97 97 0,2
sont recherchés (93 % des emplois sala-
Ensemble 1 909 20 410 16 959 42 278 100 riés). Un nombre important de ceux qui
visent le temps complet accepteraient
Source : Insee, enquête emploi 2004.
cependant de travailler à temps partiel.
économie4e trimestre 2004 3DELAREUNIONsociété
études. Leur retour sur l’île, par suite deLes jeunes favorables à une mobilité hors région
fin de stage ou de fin de période d’étu-
Jeunes en difficultés des, ou par décision personnelle, n’a pas
encore été suivi d’un emploi à caractèreAges
Favorables Pour une formation
durable. Si l’on considère l’ensemble
à une mobilité qualifiante
des jeunes âgés de 20 à 29 ans qui ont
effectué un tel séjour (pour emploi ou16 à 19 ans 53 % 54 %
études) et qui sont revenus sur l’île, on
20 à 24 ans 35 % 45 % constate qu’un tiers seulement a un
emploi à la date de l’enquête.
25 à 29 ans 27 % 32 %
33 % 41 %Total (16-29 ans) Un cumul de difficultés
pour certains
Source : Insee, enquête emploi 2004.
Finalement parmi les jeunes étudiés, la
Ils sont 39 000 jeunes en recherche La plupart de ces jeunes ne vivent pas moitié ont échoué dans leur scolarité ini-
tiale ou se sont arrêtés au brevet des col-du Revenu minimum d’insertion, mais lad’emploi à s’être inscrits à l’ANPE
lèges. Les deux tiers n’ont pas reçu deproportion de bénéficiaires est cepen-(88 % des chômeurs et 40 % des inactifs
formation post-initiale pour favoriserdant importante au-delà de 25 ans.en recherche d’emploi). Les autres se
L’allocation de RMI est versée à toute leur insertion professionnelle. Ils sontcontentent d’autres modes de recherche
20 300 à cumuler ces deux handicaps.personne résidant en France, dont lesd’emploi (relations, petites annonces, …).
On pourrait qualifier ce public de jeunesressources n’atteignent pas un certainParmi ces inscrits, plus des 3/4 n’ont pas
en grande difficulté, d’autant plus qu’ilsminimum, qui est âgée de plus de 25 anseu (ou n’ont pas encore eu) de formation
ne sont pas attirés par les dispositifs deou assume la charge d’un ou plusieursproposée par l’ANPE ou un autre orga-
enfants nés ou à naître. Son montant mobilité géographique hors départe-
nisme. Quelques-uns suivent une forma-
ment. Ils représentent 12 % des jeunesvarie selon les ressources du foyer,
tion à titre personnel. de 16 à 29 ans. Ils sont directementnotamment les prestations familiales.
concernés par le programme 2 du PlanChez les jeunes de plus de 25 ans enParmi les 6 200 jeunes inactifs qui sou-
recherche d’emploi, quatre sur dix béné- de cohésion sociale, qui prévoit pour leshaiteraient travailler, un peu plus de la
jeunes en difficulté d’accès à l’emploificient directement de cette allocation.moitié mènent une recherche active
un accompagnement personnalisé et ren-d’emploi, c’est-à-dire qu’ils ont effecti-
forcé, pour une période d’un an, renou-Une mobilité difficilevement mené une recherche au cours des
velable jusqu’à l’accès à l’emploi
quatre semaines précédant le jour de pour les non diplômés durable.
l’enquête. Ces chercheurs assidus sont
très désireux de se placer sur le marché Si on leur proposait un emploi hors du Bruno BALLY
du travail mais ne sont pas immédiate- département, un tiers seulement des jeu-
ment disponibles pour des raisons fami- nes étudiés seraient prêts à partir. Cette
liales ou de formation. mobilité géographique est donc difficile-
ment envisageable du point de vue du
plus grand nombre. Ce fait tient essen-Huit sur dix n’habitent plus
tiellement au manque de diplôme. Le
chez leurs parents pourcentage de ceux qui accepteraient
cette mobilité pour un travail est à peine
Un cinquième des jeunes en difficulté de 32 % chez les non diplômés et il est
vit dans des logements sociaux. Parmi de 53 % chez les diplômés d’un niveau
les plus de 20 ans, huit sur dix n’habitent égal ou supérieur à bac + 2. Les plus
plus chez leurs parents. La majorité (6 jeunes sont plus intéressés que leurs
sur 10) vit en couple, avec des enfants aînés. S’il s’agit de partir pour acquérir
dans plus d’un cas sur deux (deux jeunes une qualification, cette mobilité géogra-
phique est alors plus facile à envisager :de l’étude peuvent constituer un couple).
41 %, voire 54 % chez les plus jeunes.Les autres sont chefs de famille mono-
parentale - la mère dans la plupart des
Les actions pour la mobilité hors dépar-
cas - ou vivent seuls. Les jeunes en tement, telles que l’obtention du passe-
recherche d’emploi qui vivent encore port mobilité ou du passeport logement,
dans leur famille appartiennent, pour la restent des opérations délicates à conduire
moitié d’entre eux, à une famille mono- sur le plan personnel. En outre cette
parentale. Quatre jeunes en recherche mobilité ne se solde pas obligatoirement
d’emploi sur dix se retrouvent dans des par un emploi, il peut y avoir des expé-
ménages où il y a deux chômeurs ou riences non probantes. Sur les 54 300
plus. Lorsque le jeune vit encore dans sa jeunes étudiés, 16 % ont effectué un
famille, un parent au moins est chômeur séjour hors du département pendant au
moins six mois pour un emploi ou desdans un cas sur quatre.
économie 4e trimestre 20044 DELAREUNION

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