La géographie du niveau de vie : évolutions récentes

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De 1989 à 1994, les zones rurales d'une part, et l'agglomération parisienne dans son ensemble d'autre part, ont connu des progressions substantielles de niveau de vie ; cela est dû pour partie à la transformation de leur peuplement. Alors que dans les zones rurales, les inégalités et la pauvreté se sont réduites, elles ont plutôt augmenté dans l'agglomération parisienne. L'Est (Alsace, Franche-Comté, Lorraine), deuxième au palmarès des niveaux de vie derrière l'Île-de-France, se caractérise par des niveaux de vie plus homogènes que toutes les autres grandes zones géographiques. Le Nord, région la plus défavorisée en termes de niveau de vie, a cependant connu une progression de celui-ci proche de la moyenne nationale. Sur la période considérée, la pauvreté s'y est stabilisée mais à un haut niveau.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 548 - SEPTEMBRE1997
PRIX : 15 F
La géographie du niveau de vie :
évolutions récentes
Christine Chambaz et Bernard Legris, Division revenus et patrimoine des ménages, Insee
les habitants des communes rurales ont lee 1989 à 1994, les zones rurales
plus faible (tableau 1). Une large part de ces
d’une part, et l’agglomération pa- écarts de niveau de vie reflète les différen D risienne dans son ensemble d’au- ces de catégories sociales, d’âge, de confi
guration familiale. Si l’on élimine cestre part, ont connu des progressions
différences, l’agglomération parisienne et
substantielles de niveau de vie ; cela estParis conservent néanmoins l’avantage
dû pour partie à la transformation de leurgrâce sans doute aux secteurs économi
ques spécifiques à cette région. Parpeuplement. Alors que dans les zones
exemple, à catégorie professionnelle com
rurales, les inégalités et la pauvreté separable, les salaires sont beaucoup plus
sont réduites, elles ont plutôt augmenté élevés dans la finance, très présente en Ile
de France, que dans le textile qui l’est beau dans l’agglomération parisienne. L’Est
coup moins.
(Alsace, Franche-Comté, Lorraine),
deuxième au palmarès des niveaux de vie Un niveau de vie plus homogène
dans les petites agglomérations quederrière l’Ile-de-France, se caractérise par
dans les grandesdes niveaux de vie plus homogènes que
toutes les autres grandes zones géogra L’éventail des niveaux de vie est d’autant
plus ouvert que l’unité urbaine est grande .phiques. Le Nord, région la plus défavori-
Le rapport entre le 9ème décile (limite au
sée en termes de niveau de vie, a dessous de laquelle se situe le niveau de vie
cependant connu une progr ession de ce de neuf ménages sur dix) et le 1er décile
(limite au dessous de laquelle se situe le ni lui-ci proche de la moyenne nationale. Sur
veau de vie d’un ménage sur dix) passe de
la période considérée, la pauvreté s’y est3,6 pour les communes rurales à 4,0 entre
stabilisée mais à un haut niveau. 100 000 et 2 000 000 habitants, puis à 4,2
pour l’agglomération parisienne et enfin at
teint 6,1 à Paris (graphique1). Les petites
Les Parisiens et, dans un moindre mesure, communes rassemblent en effet des catégo
les habitants du reste de l’agglomération pa ries de population socialement plus homo
risienne ont le niveau de vie le plus élevé (le gènes que les grandes agglomérations.
niveau de vie étant défini comme le rapportDe 1989 à 1994, la hausse du niveau de vie
entre le revenu total du ménage et son nom a été plus forte dans l’agglomération pari
bre d’unités de consommation) ; à l’opposé,sienne et, à l’autre extrémité, dans les com
Disparités de niveau de vie moyen des ménages selon lillea t da’unité urbaine e1989n
et 1994
Indice base 100 = France métropolitaine
Evolution moyenne1
Taille d’unité urbaine Nveaui de vie
de 1989 à 1994 (% par an)
Communes rurales 88 1,8
Moins de 20 000 habitants 96 2,3
20 000 à 100 000 habitants 95 1,2
100 000 à 2 000 000 habitants 96 0,8
Agglomération parisienne hors Paris 126 1,8
Ville de Paris 141 2,1
Ensemble 100 1,5
1. Revenu disponible par unité de consommation (échelle OCDE)
Source : Enquêtes Budget de faillem 1989 et 1995, Insee
˚
INSEE
PREMIEREmunes rurales et les petites villes. Disparités de niveau de vie moyen des ménages par grandes zones géogra
Mais là s’arrête la similitude des évo phiques en 1989 et 1994
lutions. Dans l’agglomération pari Indice base 100 = France métropolitaine
sienne, les niveaux de vie élevés ont 1 Rapport interdécileNiveau de vie Evolution moyenne
Zone géographique (ZEAT)fortement progressé alors que les ni en 1994 de 1989 à 1994 (% par an) 1989 1994
veaux de vie modestes sont restés
Nord 83 1,4 3,6 3,7
stables ; les inégalités se sont donc
Ouest 91 1,3 3,6 3,8
fortement accrues. En revanche, dans
Sud Ouest 93 1,9 3,5 4,0
les autres agglomérations et dans les
Bassin parisien 93 1,5 3,4 3,5
zones rurales, la progression du ni Méditerranée 95 0,4 3,7 3,9
veau de vie a été plus homogène : Centre-Est 96 1,2 3,9 3,9
l’éventail des niveaux de vie s’est ou Est 98 2,4 3,2 3,4
vert mais très faiblement. Ile de France 128 1,9 3,8 4,6
France 100 1,5 3,8 4,0L’évolution observée à Paris et dans
1. Revenu disponible par unité de consommation (échelle OCDE)son agglomération vient de sa compo
Source : Enquêtes Budget de faillem 1989 et 1995, Inseesition sociale. On sait en effet que les
revenus des cadres et des professions
libérales ainsi que les retraites et les D’une part, la situation des ruraux Des disparités entre régions
revenus du patrimoine ont beaucoup s’est plutôt améliorée ; d’autre part, de dues pour partie à leur
progressé alors que les autres salai nouveaux ménages, professions inter composition démographique
res et les prestations sociales stag médiaires ou ouvriers aisés bénéfi
naient. Or, Paris et son agglomération ciant généralement d’un niveau de vie En 1994, outre l’Ile de France dont on
se caractérisent par une surreprésen supérieur, se sont installés. Pour sa a déjà pu noter la spécificité, les dis
tation des milieux aisés, ceux dont lespart, l’attraction croissante des grands parités de niveau de vie sont importan
revenus ont le plus augmenté. En ou centres urbains semble avoir eu des tes entre d’une part l’Est et le
tre, entre 1989 et 1994, la proportion effets contrastés suivant la capacité Centre Est où le niveau de vie moyen
de cette population s’est encore ac- qu’ils avaient à intégrer les apports depar ménage est proche de la moyenne
crue, renforçant ainsi la dispersion desnouveaux habitants. Paris, certaines et d’autre part le Nord où le niveau de
revenus. de ses banlieues et quelques grandes vie moyen par ménage lui est très in
Les analyses intercensitaires de 1982 villes plutôt au sud de la France (Tou férieur (tableau 2). Si on neutralise
à 1990 avaient mis en évidence cer louse, Bordeaux, Montpellier, Greno l’effet de la composition sociodémo
tains mouvements migratoires qui se ble, Lyon), ont continué à attirer de graphique, la position relative de l’Ile
sont vraisemblablement poursuivis plus en plus de cadres ; d’autres en de France et des grandes zones
sur la période examinée ici. De ce fait, revanche, économiquement moins dy géographiques au sud de la Loire
dans les communes rurales, l’éléva namiques, n’ont pu intégrer tous les change. Au terme de cette démarche,
tion relative du niveau de vie résulte jeunes qui y affluaient pour trouver desle niveau de vie au Sud serait nette
de deux évolutions concomitantes. emplois plus qualifiés. ment plus faible que ce que l’on ob
serve pour le grand Bassin parisien
(hors agglomération parisienne) alors
Evolution du rapport interdécile des niveaux de vie des ménages selon la qu’il lui est comparable et parfois su
taille d’unité urbaine e1989 etn 1994 périeur dans l’absolu.
Rapport D9/D1 En termes d’éventail des niveaux de
vie au sein de chacune des zones,
deux régions riches se détachent :
l’Ile de France avec un éventail plus
ouvert que la moyenne nationale et
l’Est avec une homogénéité des ni
veaux de vie plus grande que toutes
les autres grandes zones géographi
ques. De façon générale sur l’ensem
ble de la province, la répartition des
niveaux de vie est plus concentrée
qu’en Ile de France ; le niveau de vie
moyen y est plus bas, mais les inéga
lités y sont moins accentuées (graphi
que 2).
De 1989 à 1994, dans l’Est et le Sud
Ouest comme en Ile de France, le ni
veau de vie a progressé plus fortement
que dans les autres zones, le Centre
Est enregistrant l’augmentation
Source : Enquêtes Budget de faillem 1989 et 1995, Insee
?¸pauvres des grandes villes de pro-Répartition des niveaux de vie en Ile-de France et en province en 1994
vince constituaient 28 % des ménages
pauvres en 1989 ; ils en représentent
34 % cinq ans plus tard (tableau 3).
Mesurer la pauvreté à l’aune
nationale ou locale ?
Habituellement, la pauvreté relative
est évaluée à partir d’un niveau de vie
médian calculé pour l’ensemble de la
France. D’autres choix seraient possi
bles qui prendraient comme référence
des niveaux de vie médians calculés
sur des espaces plus restreints. Cette
démarche peut paraître fondée si l’on
admet qu‘un même montant de revenu
monétaire ne procure pas le même ni
veau de vie selon les espaces consi
dérés. En particulier on pourrait
admettre que du fait du coût des loge
Lecture : Ce graphique représente la probabilité de disposer d’un renu donné en Iev le de France et en province ; le pic ca-
ments il faille un revenu plus importantractéristique de la province est révélateur d’une distribution avec des revenus plus faibles et surtout plus concentrés qu’en
Ile de France (lissage réalisé par la méthode du noyau d’Epanechnikov). en région parisienne que dans le reste
Source : Enquête Budget de faillem 1995, Insee de la France. On peut aussi admettre
plus simplement que les personnes vi
moyenne de niveau de vie la plus fai de ces évolutions, on observe plutôt vant dans une circonscription géogra
ble. En termes d’inégalités, l’Est, une homogénéisation des taux de phique donnée ont plutôt en tête une
l’Ouest, le Sud-Ouest, le Centre Est pauvreté selon la taille des agglomé référence locale ou régionale pour ap
ont vu s’ouvrir l’éventail des niveaux rations. Ces évolutions sont à rappro précier leur situation ou pauvreté rela
de vie, dans une moindre proportion cher des caractéristiques socio- tive plutôt qu’une référence nationale.
cependant que l’Ile de France. A l’op démographiques de ces catégories de Sous une telle hypothèse, le seuil de
posé, l’éventail des niveaux de vie ne commune. On sait en effet que dans la pauvreté est sensiblement plus élevé
se modifie guère dans le Bassin pari décennie quatre vingt, on est passé en région parisienne où il s’établit,
sien, le Nord et la Méditerranée . Pour d’une pauvreté plutôt âgée de retraitéspour la demi médiane par exemple, à
ces zones géographiques de grande et de paysans notamment à une pau 4 500 F par mois pour une personne
dimension, les évolutions constatées vreté d’ouvriers et d’employés ainsi seule, alors que la demi médiane dans
sur cinq ans reflètent pour l’essentiel qu’à une pauvreté touchant davantage le reste de la France atteint à peine
l’effet des caractéristiques sociodé les jeunes. 3 400 F par mois. La proportion de
mographiques de la population et de Si la répartition des ménages selon le pauvres en Ile de France hors Paris
leur évolution. type d’agglomération n’a guère varié apparaitrait alors deux fois plus impor
entre 1989 et 1994, il n’en est pas detante qu’avec un seuil national (elle
même pour les ménages pauvres. En passe de 5,1 à 10,2 %). Autrement dit,La pauvreté : rééquilibrage
1989, le tiers des ménages pauvres avec un seuil propre à la région pari entre la campagne et la ville
habitaient dans les communes rura sienne, on retrouverait des taux de
La pauvreté monétaire est définie ici les. En 1994 cette proportion est pas pauvreté du même ordre de grandeur
de façon relative. Est dit pauvre un sée à 30 %. A l’inverse, les ménages qu’en province. Toujours selon ce cri
ménage dont le niveau de vie est infé
rieur à la moitié du niveau de vie mé
dian de la population. Le niveau de vie Répartition des ménages et des ménages pauvres selon la taille d’unité
médian partage par définition la popu urbaine en 1989 et 1994
Seuil = 50% de la médiane nationale du niveau de vielation des ménages en deux moitiés.
En %De 1989 à 1994, pour l’ensemble de
la France, la pauvreté monétaire ap Taille d’unité urbaine Nombre de ménages Nombre de ménages pauvres
paraît stable. Elle diminue pour les 1989 1994 1989 1994
communes rurales, là où elle était et
Communes rurales 24 24 35 30
reste cependant la plus forte, et les pe
Moins de 20 000 habitants 16 16 15 13
tites agglomérations de moins de 20 000 à 100 000 habitants 14 13 13 13
20 000 habitants et s’accroît au sein 100 000 à 2 000 000 habitants 28 29 28 34
des agglomérations de plus grande Agglomération parisienne hors Paris 12 13 5 6
taille et en particulier en aggloméra Ville de Paris 5544
Ensemble 100 100 100 100tion parisienne, là où elle était et est
Source : Enquêtes Budget de faillem 1989 et 1995, Inseeencore nettement plus faible . Au terme
`?tère plus local, le taux de pauvreté de tistiques dont les résultats sont significatifsPour comprendre
la ville de Paris serait supérieur à celui au niveau d’unités locales fines. Le critère
ces résultatsde la banlieue (12,8 % contre 9,6 % en privilégié ici est le niveau ‘’ZEAT‘’ (zone
1994). L’évolution temporelle serait d’étude et d’aménagement du territoire) qui
également différente : absence d’évo partage le territoire métropolitain en six
lution à Paris, hausse en aggloméra Les données utilisées sont issues des en grandes circonscriptions géographiques :
tion parisienne. En revanche, la quêtes Budget de Famille réalisées en l’Ile de France, le Bassin parisien (regrou
pauvreté diminuerait légèrement en 1989 et 1995 par l’Insee auprès d’un pant les régions Champagne Ardenne,
province (d’environ 1 point) mais sanséchantillon d’environ 10 000 ménages. Picardie, Haute Normandie, Centre,
affecter le sens des évolutions entre Les informations sur les revenus provien Basse Normandie, Bourgogne), le Nord
1989 et 1994, soit une diminution de lanent donc de déclarations spontanées des(région Nord Pas de Calais), l’Est (re-
pauvreté dans les communes rurales ménages. Les revenus du patrimoine, groupant les régions Lorraine, Alsace,
et les petites villes, et une tendance àsous déclarés, ont été corrigés. Le niveau Franche Comté), l’Ouest (regroupant les
l’aggravation de la pauvreté dans les de vie est défini comme le rapport entre lerégions Pays de la Loire, Bretagne, Poi
villes de plus de 20 000 habitants. revenu total du ménage (corrigé de la tou Charentes), le Sud Ouest (regroupant
La géographie des régions pauvres est sous déclaration des revenus du patri les régions Aquitaine, Midi Pyrénées, Li
sensiblement la même quels que soient moine), et son nombre d’unités de con mousin), le Centre Est (regroupant les
les seuils de pauvreté monétaire rete sommation. Les unités de consommation régions Rhône Alpes, Auvergne), la Médi
nus. En évolution de 1989 à 1994, lessont utilisées pour tenir compte des éco terranée (regroupant les régions Lan
modifications appréciables sont rares. nomies d’échelle au sein des ménages deguedoc Roussillon, Provence Alpes-Côte
Plus précisément, les taux de pauvre plus d’une personne. On a affecté une d’Azur, Corse).
té sont sensiblement plus bas que la unité de consommation au premier adulte
moyenne nationale en Ile de France et du ménage, les autres adultes comptant
dans l’Est ; ils sont sensiblement plus pour 0,5 chacun, et les enfants de moins
Pour en savoir plusélevés en Méditerranée, dans le Sud de 14 ans pour 0,3 chacun. Ce système
Ouest et au Nord. De 1989 à 1994, lad’unités de consommation correspond à
“ Revenus et patrimoine des ménages,pauvreté a dans l’ensemble cessé de l’échelle d’équivalence dite “OCDE”, cou
édition 1996 ”, Synthèses n° 5 , Insee.se développer au Nord, diminué nette ramment utilisée pour les études sur le
ment en Bassin parisien et s’est accrue niveau de vie des ménages.
“ Revenus
sensiblement en Ile de France, là où La taille de l’enquête utilisée est insuffi édition 1997 ”, Synthèses n° 11 , Insee.
elle demeure néanmoins la plus faible.sante pour réaliser des exploitations sta
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