La situation économique du département de l'Orne - L'industrie ornaise fait de la résistance

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L'orne accentue son orientation industrielle. Certaines industries implantées de longue date entretiennent la croissance, mais d'autres sont clairement sur le déclin. Même si les services ornais se développent à grande vitesse, ils conservent un temps de retard sur le reste de la région, surtout les services aux entreprises. A la fin du siècle, l'Orne semble moins bien placée que les départements qui lui ressemblaient le plus dix ans auparavant. Ces derniers, en maîtrisant leur mutation industrielle, s'assurent un développement des services plus riche en emplois. La croissance du département est très déséquilibrée. Le bassin de Flers fait preuve d'une grande vitalité, tandis qu'Alençon et Argentan subissent des restructurations industrielles coûteuses pour l'emploi. Dans les bassins de L'Aigle et de Mortagne-au-Perche, la croissance prometteuse du début des années quatre-vingt-dix semble s'essouffler.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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n° 88 - février 2001
La situation économique du département de l’Orne
L’INDUSTRIE ORNAISE
FAIT DE LA RESISTANCE
’Orne est sans conteste un dé salarié industriel ornais sur deux, mais- % L’Orne accentue son orienta-partement rural, mais c’est aussi certains apparaissent sur le déclin,
tion industrielle. Certaines indus-Lun territoire fortement industria alors que d’autres se renforcent. La-
tries implantées de longue date
lisé. Si les mutations industrielles ne chimie, la plasturgie et la pharmacie,
entretiennent la croissance, mais
l’ont pas épargné, elles se sont révélées qui ont vu leurs effectifs progresser de d’autres sont clairement sur le dé-
moins coûteuses en emplois que dans 11% depuis 1990, font partie des sec- clin.
les autres départements bas-normands, teurs les plus dynamiques. La greffe de
la baisse des effectifs salariés indus ces industries récentes dans la région- %Même si les services ornais setriels dans les années quatre-vingt-dix semble avoir plutôt réussi. L’offre de
développent à grande vitesse, ilsatteignant 6 % dans l’Orne contre 9 % formation par l’Institut supérieur de
conservent un temps de retard surdans la région. Le poids du départe plasturgie d’Alençon et, plus récem- -
le reste de la région, surtout les ser-ment dans l’industrie régionale s’en ment par son IUT, favorise logique-
vices aux entreprises.
est trouvé accru. ment l’implantation et la croissance
Cette forte présence de l’industrie re des entreprises du secteur. Mais ces-
pose sur plusieurs secteurs phares : la dernières ont aussi profité d’une % A la fin du siècle, l’Orne
chimie, la plasturgie et la pharmacie, conjoncture particulièrement favo- semble moins bien placée que les
les industries des équipements du rable à partir de 1997, tirant la produc départements qui lui ressemblaient-
le plus dix ans auparavant. Ces derfoyer, l’habillement, le cuir et le tex tion des emballages industriels ou des --
niers, en maîtrisant leur mutation in-tile, la métallurgie et l’édition-impri pièces techniques pour l’industrie au- -
dustrielle, s’assurent unmerie. Ensemble, ils emploient un tomobile et l’industrie des biens de
développement des services plus
consommation.
riche en emplois.
Aussi, malgré la
forte augmentation
de la productivité %La croissance du département
du travail, 200 em- est très déséquilibrée. Le bassin de
plois salariés ont pu Flers fait preuve d’une grande vitali-
té, tandis qu’Alençon et Argentanêtre créés depuis
subissent des restructurations in-1997 dans la plas-
dustrielles coûteuses pour l’emploi.turgie ornaise.
Dans les bassins de L’Aigle et deAvec 1 500 emplois
Mortagne-au-Perche, la croissance
salariés dans ce
prometteuse du début des années
secteur, l’Orne
quatre-vingt-dix semble s’essouf-
reste cependant fler.
loin derrière les dé-
partements phares
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 88. . . . . . . . . . . .de la plasturgie française, totalisant un puis 1990. Dans le même temps, les in dense. Ces PME sont bien réparties sur-
peu plus de 1 % de l’emploi national du dustries des équipements du foyer ont le territoire et contribuent pour une
secteur, contre 8 % pour l’Ain, 4 % subi des restructurations industrielles large part au maintien d’activités in-
pour le Bas-Rhin et 4 % également de grande ampleur entraînant la perte dustrielles en milieu rural, et ce d’au-
pour l’Oise. de 1 500 emplois en dix ans. En re tant plus qu’elles semblent avoir mieux-
vanche, toujours parmi les industries résisté que les unités les plus importan-Des secteurs industriels
traditionnelles du département, la mé tes. Outre la transformation du cuivre-traditionnels partagés
tallurgie résiste bien, et notamment (avec Tréfimétaux) et la fonderie, deuxentre déclin et croissance
mieux que dans la Manche et le Calva secteurs qui prédominent dans les plus-
Les autres piliers industriels du dépar dos. La baisse des effectifs salariés de grands établissements, la visserie-bou- - -
tement ont une implantation plus an puis 1990 n’y a guère dépassé 5 %, lonnerie, le découpage-emboutissage-
cienne. Si l’imprimerie et l’édition font dans une période où la sidérurgie et l’outillage à main sont les secteurs
mieux que perpétuer la tradition (les ef bas-normande était lourdement d’activité les plus développés. Les en- -
fectifs salariés dans ces secteurs pro frappée par la fermeture de la Société treprises réunies dans le “pôle quin- -
gressent de 2 % entre 1990 et 1999), Métallurgique de Normandie. Les caillerie” de Tinchebray-Flers-Messei
l’habillement, le cuir et le textile accen grandes entreprises étant l’exception assurent d’ailleurs 80 % de la produc- -
tuent pour leur part leur déclin. Le dé dans ce secteur, la métallurgie ornaise tion nationale d’outillage de jardins et-
partement a ainsi perdu plus d’un repose sur des petites et moyennes en 25 % de la quincaillerie de bâtiment se- -
emploi sur trois dans ces secteurs de treprises formant un tissu relativement lon l’estimation de la Datar.-
Cette bonne résistance de la métal-
L’emploi et le PIB de l’Orne lurgie ornaise lui a valu de conquérir la
place de seconde branche industrielle
Nombre d’emplois Part de l’Orne ornaise par l’importance des emplois
Evolution 1990-1999
en 1999 en Basse-Normandie salariés qu’elle concentre, juste der-
20,5 %Emplois salariés 93 922 + 5,3 % rière l’industrie agroalimentaire. Cette
22,8 %Emplois non salariés 18 825 - 29,4 % dernière s’est développée dans l’Orne
tout en maintenant l’emploi alors que20,8 %Ensemble 112 747 - 2,7 %
les restructurations de l’outil industrielSource : Insee - recensements de la population, 1990 et 1999
ont amené des coupes sombres dans les
PIB par habitant (1996) : 109 000 F (France métropolitaine : 134 000 F) effectifs calvadosiens et manchots.
e
Dans le classement des départements français, l’Orne occupe le 58 rang pour son produit
Dans l’Orne, l’industrie des viandesintérieur brut par habitant..
domine, adossée à une agriculture
Source : Insee, comptes nationaux
tournée vers l’élevage bovin. Propo-
sant des produits élaborés à travers des
marques connues, elle a pu surmonter
les conséquences de la première crise
de la “vache folle” en 1996. Le dépar-
tement bénéficie en outre de l’implan-
tation de quelques grands noms de
l’industrie agroalimentaire comme
Roxane (boissons) ou Cogesal (gla-
ces), du groupe Unilever. Cependant,
après des années quatre-vingt-dix plu-
tôt favorables, les épisodes récents de
la crise de la “vache folle” pourraient
contrarier le développement de l’in-
dustrie agroalimentaire, tandis que les
décisions de restructurations des grou-
pes, quand il s’agit de concentrer l’ou-
til de production, représentent une
menace permanente pour l’emploi,
comme on le voit pour l’établissement
argentanais de la Cogésal.
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 88. . . . . . . . . . . .Il est vrai que ces incertitudes valent importante si l’on incluait les l’Orne. D’une part, la mécanique, sec-
aussi pour les autres départements, tout intérimaires dont le nombre augmente teur traditionnel, stagne, handicapée
comme sont partagés aujourd’hui les fortement en 1998 et surtout en 1999. sans doute par une demande en équipe-
bénéfices retirés de la croissance de En outre, les investissements impor ments industriels dans l’Orne infé- -
l’industrie automobile. Certes, début tants engagés en 1998 et en 1999 ont rieure à celle du reste de la
1999, l’emploi salarié chez les équipe permis la modernisation de l’outil in Basse-Normandie jusqu’à une date ré- - -
mentiers de l’automobile ornais reste dustriel et amené des gains de producti cente, les années 1999 et 2000 pouvant-
inférieur de 8 % à son niveau de 1990, vité importants dans un contexte de annoncer toutefois un début de rattra-
mais ce recul qui intervient au début forte croissance de l’activité. L’Orne a page. D’autre part, les industries élec-
des années quatre-vingt-dix (d’ailleurs par conséquent pleinement tiré partie triques et électroniques peinent à
très inférieur à la baisse des effectifs de l’implantation de cette industrie décoller, et les quelques succès indus-
que subit l’automobile dans le Calva dans le sud de la Normandie. triels des années quatre-vingt-dix sont-
dos, notamment chez les construc Mais l’automobile n’est pas le seul sec dans l’Orne le fait d’entreprises certes- -
teurs), masque une progression à partir teur en croissance de l’industrie régio parfaitement bien installées dans leur-
de 1997. En deux années, 1997 et 1998, nale : la mécanique et les industries des niche de marché, comme la société
les gains d’emplois atteignent 15 % et, équipements et des composants électri Instruments de mesure vétérinaire,-
selon les données provisoires, ils s’élè ques et électroniques font également mais de dimension modeste (moins de-
veraient encoreà2%en 1999. La pro preuve d’un fort dynamisme dans la ré 200 salariés pour cette dernière entre- - -
gression serait d’ailleurs plus gion, sans toutefois pour autant gagner prise). En comparaison, la coopérative
ouvrière Acome emploie dans la
Manche un millier de salariés et Philips
Composants plus de 1 600 à Caen. En
fait, ces industries relativement nou-
velles dans la région hésitent au-
jourd’hui à s’implanter hors des grands
centres urbains dotés d’une forte in-
frastructure en recherche et développe-
ment, et qui offrent de surcroît un
volume important de main d’oeuvre
qualifiée.
Le développement industriel de l’Orne
s’appuie donc encore essentiellement
sur des secteurs traditionnels même si
le département profite également lar-
gement des opportunités offertes par la
conjoncture dans l’industrie automo-
bile et la transformation des matières
plastiques. Le processus de mutation
industrielle, qui combine déclin de cer-
tains secteurs et croissance d’autres
branches, s’accompagne d’une forte
“tertiairisation” de l’économie, dans
l’Orne comme dans les autres départe-
ments bas-normands puisque, quand
10 emplois industriels sont détruits, 19
emplois de services marchands sont
créés dans l’Orne comme en
Basse-Normandie, auxquels il faut
ajouter 27 emplois dans les services
non marchands dans l’Orne et 22 en
Basse-Normandie. Ainsi, près de 8 000
emplois de services ont été créés dans
l’Orne entre 1990 et 1999. Toutefois,
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 88. . . . . . . . . . . .Certains “cousins” de l’Orne abor émergentes reste modeste mais contribue au maintien de-
dent le nouveau siècle dans de meil l’industrie du département. Cette maîtrise globale de la restructu- -
leures conditions. ration industrielle s’accompagne d’un fort développement des
transports, du commerce et des services aux entreprises, les
Plusieurs départements apparaissaient
services aux particuliers et les non marchands restant
proches de l’Orne en 1990 par leur struc- en retrait.
ture d’activités. Dans l’Ouest, outre le Cal-
vados, la Mayenne et la Vienne sont des “cousins” proches, Dans l’Yonne comme dans l’Orne, les services aux particuliers
comme l’Yonne dans le nord-est du pays. croissent plus rapidement que les services aux entreprises, sur-
tout les activités culturelles et sportives et les services person-
La Vienne se distingue par un développement important de nels qui rattrapent en fait leur retard. La croissance des services
son secteur des services. Les effectifs dans les services aux opérationnels aux entreprises et du secteur du conseil et de l’as-
particuliers ont crû de plus de 60 % depuis 1990, le tourisme sistance aux est freinée par les difficultés de l’in-
ayant un impact positif sur l’emploi dans les hôtels, les cafés et dustrie et de la construction, globalement en recul. En effet, si
les restaurants, et sur le secteur du sport et de la culture. Les l’agroalimentaire, en phase de développement, s’est hissée à la
services aux entreprises apportent également une forte contri- place de première branche industrielle, d’autres points forts tradi-
bution et, parmi eux, un secteur de la recherche et du dévelop- tionnels du département comme la métallurgie, la chimie ou le
pement dynamique, les effectifs salariés dans les services plastique sont en repli. En revanche, les industries des équipe-
opérationnels doublant quant à eux en neuf ans. Le départe- ments ou des composants électriques et électroniques se por-
ment profite ainsi de la situation de Poitiers, capitale régionale tent bien.
capable d’attirer des activités nouvelles. L’emploi industriel
Les départements “cousins” de l’Orne affichent donc des trajectoiconnaît une érosion limitéeà3%etse regroupe autour de ses -
res différentes, l’Orne et l’Yonne présentant le plus de points compiliers traditionnels. L’automobile, première branche indus --
muns : les dynamiques industrielles se soldent dans ces deuxtrielle, dynamise l’ensemble de l’activité économique avec une
départements par une baisse de l’emploi, le renforcement de cerforte progression de ses effectifs, la métallurgie et les équipe --
tains piliers ou l’émergence d’industries nouvelles ne suffisant pasments électriques et électroniques se renforçant aussi.
à compenser les reculs de secteurs traditionnels. La croissance
La Mayennepossède quelques points forts industriels en com- des services aux entreprises s’en trouve freinée tandis que les
mun avec l’Orne : l’industrie agroalimentaire, l’automobile, la services aux personnes rattrapent lentement leur retard.
métallurgie, la chimie-plasturgie. Toutes ces branches sont en
En revanche, dans la Vienne et en Mayenne, la dynamique incroissance, et les forts gains d’emplois dans l’automobile et la -
dustrielle offre au développement des services aux entreprisesmétallurgie compensent les difficultés de secteurs comme le
un terrain plus favorable. Le tourisme et la recherche constituenttextile et l’habillement, qui connaissent des pertes encore plus
quant à eux deux atouts supplémentaires pour la Vienne.importantes que celles de l’Orne. La croissance des industries
l’Orne n’a pas rattrapé le retard de dé toyage (330 nouveaux emplois entre si, les aires urbaines de Caen et de-
veloppement de son secteur des servi 1990 et 1999) et le secteur de l’eau et de Cherbourg concentrent-elles 60 % des-
ces, qui représente 52 % des effectifs l’assainissement (180 nouveaux em emplois du conseil et de l’assistance-
salariés du département contre 57 % plois). D’autres métiers, pratiquement bas-normands.
dans la région et 60 % en France. absents il y a dix ans, sont apparus, En revanche, les services aux particu-
comme le conditionnement à façon ou liers ont progressé plus vite dansRetard maintenu
la sécurité (chacun en progression l’Orne que dans le reste de la régiondans les services
d’une centaine d’emplois), mais ces (+ 4 % par an dans le départementaux entreprises
secteurs restent très peu développés. contre + 3 % en Basse-Normandie). En
Ainsi l’offre de services aux entrepri Dans les secteurs du conseil et de l’as fait, l’Orne réduit lentement son retard- -
ses a fortement augmenté dans les an sistance aux entreprises, les emplois sur le reste de la région dans ce do- -
nées quatre-vingt-dix et l’emploi a salariés sont en augmentation dans maine. Près d’un millier des 1 700 nou-
suivi au rythme de 3,2 % pour le sec l’assistance technique (180 emplois) et veaux emplois créés entre 1990 et 1999-
teur du conseil et de l’assistance et de dans la publicité (160 emplois), mais le sont des emplois domestiques. Leur
4,1 % pour celui des services opéra département reste sous-doté pour cer nombre s’accroît fortement à partir de- -
tionnels. Mais, en 1999, ces deux sec taines activités comme les services in 1996 avec la mise en place du chèque- -
teurs réunis ne concentraient pas plus formatiques qui ne représentent que emploi-service. Par ailleurs, 400 em-
de 4 % des emplois salariés dans quelques dizaines d’emplois salariés. plois nouveaux sont apparus dans le
l’Orne, contre 6,4 % en Basse-Nor Au total, les emplois salariés ornais secteur en plein développement du-
mandie. Les secteurs les plus dynami dans les secteurs du conseil et de l’as sport et de la culture. En revanche, bé- - -
ques des services opérationnels sont sistance aux entreprises ne représen néficiant d’une fréquentation touris- -
l’intérim (en 1999, on a dénombré tent que 12 % des emplois salariés tique bien inférieure à celles de la
4 000 missions d’intérim en cours en bas-normands de ces secteurs qui privi Manche et du Calvados, l’Orne en- -
moyenne chaque fin de mois), le net légient les grands centres urbains. Ain grange peu de retombées économiques- -
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 88. . . . . . . . . . . .Fort dynamisme à l’est et à l’ouest du département et difficultés
dans les bassins d’Alençon et d’Argentan
Avec une progression de 8,3 % de ses effectifs a ainsi créé 340 emplois salariés en deux ans tandis que le sec-
salariés, la zone d’emploi de L’Aigle-Mortagne-au-Perche af teur de la construction s’est stabilisé. Ce bassin d’emploi-
fiche une belle performance. Cependant, l’essoufflement semble concentre en fait nombre des moteurs actuels de l’industrie or-
menacer l’est du département. En effet, le nombre d’emplois sa naise, des équipementiers automobiles aux PME spécialisées-
lariés n’y progresse plus que de 0,5 % par an depuis 1997 (contre dans la fabrication d’outils à main, en passant par la production
+ 1 % auparavant), l’industrie ayant connu plusieurs revers. Ainsi, de viande, l’imprimerie et la transformation des matières plasti-
Nomel, entreprise de visserie-boulonnerie, a perdu 80 emplois ques. Cette vitalité industrielle profite aussi au commerce, qui est
dans le bassin de L’Aigle tandis que JPA Productions (confec sorti de sa période de déclin en 1996 et crée depuis des emplois-
tion, 170 emplois), fermait ses portes dans le bassin de Mor salariés au rythme de 2,5 % par an.-
tagne. En outre, la croissance des services s’est fortement
La zone d’emploi d’Alençon-Argentan concentre encore plus
ralentie, bridée par les difficultés de l’industrie. Seuls les secteurs
de 40 % des emplois salariés du département, et jusqu’à un em-du conseil et du conditionnement à façon sortent du lot, même si
ploi salarié sur deux dans les services, en raison de la forte pré-les emplois qu’ils ont créés depuis 1990 restent peu nombreux
sence des administrations, mais son poids dans le département
(respectivement 80 et 60), tandis que les services publics, plutôt
est en baisse. Pourtant, de nombreuses entreprises industrielles
discrets dans cette partie du département, n’apportent que très
n’ont pas manqué le rendez-vous de la reprise. L’emploi dans les
peu d’emplois nouveaux. Cette mauvaise passe pourrait toute-
PME de moins de cent salariés croît, notamment en plasturgie, et
fois n’être que conjoncturelle si la chimie, les plastiques et la
certaines entreprises plus importantes se développent égale-pharmacie, bien implantés dans cette partie du département,
ment, comme les Verreries de l’Orne (+ 90 emplois depuis 1997,
pouvaient compenser les difficultés des secteurs en déclin
en fabrication de verre creux) et SA Valfond (+ 70 emplois en mé-comme l’habillement et le textile. Circonstance aggravante pour-
tallurgie). Cependant, les bassins d’Argentan et d’Alençon pré-tant, ce ralentissement de la progression de l’emploi salarié s’est
sentent une très forte dépendance vis-à-vis de groupes
accompagné de la poursuite de la chute de non salarié
extra-régionaux ou d’entreprises ayant leur siège hors de
(surtout agricole), phénomène structurel quant à lui. Comme cet
Basse-Normandie, dépendance encore accentuée, dans le cas
emploi compte beaucoup dans l’est du département (20 % de
d’Argentan, par une concentration de l’emploi particulièrement
l’emploi total contre 17 % seulement dans l’Orne), la zone d’em-
forte, puisque les cinq centres de décision extra-régionaux les
ploi de L’Aigle-Mortagne-au-Perche aura perdu au final 3 % de
plus importants emploient à eux seuls le quart des salariés du
ses emplois entre 1990 et 1999.
bassin. Le bassin argentanais est donc particulièrement exposé
Dans le bassin d’emploi de Flers*, la progression des effectifs aux décisions d’ordre stratégique des groupes. En la matière, les
salariés est moindre tout en restant supérieure à celle du dépar difficultés se suivent et les effets se ressemblent. Hier Moulinex-
tement (+ 6,7 % contre + 5,3 %). Plus de 40% des nouveaux em fermait son usine d’Argentan (260 salariés), la restructuration du-
plois salariés du département ont été créés dans la partie ornaise groupe ayant coûté en outre 430 emplois en trois ans à Alençon.
de ce bassin, la plupart dans les services, dont la croissance est Aujourd’hui MIC SA (équipements mécaniques) et Cogesal (qui a
supérieure à 20 % depuis 1990. L’intérim explique en grande bénéficié des précédentes restructurations du groupe Unilever)
partie cette forte progression : les entreprises industrielles ont eu voient leurs effectifs menacés à Argentan. Dans ce climat mo-
massivement recours au travail temporaire, y compris avant rose, le commerce des deux bassins continue de perdre des em-
qu’elles ne se remettent à embaucher des salariés sur contrats à plois tandis que les services marchands maintiennent une timide
durée indéterminée ou à durée déterminée. Mais les effectifs sa progression. L’emploi dans les hôtels, les cafés et les restaurants-
lariés augmentent aussi dans le nettoyage et le conseil (+ 200 montre la plus forte hausse, mais avec seulement 160 nouveaux
emplois dans chacun de ces deux secteurs), de plus en plus sou salariés depuis 1990, les secteurs du conseil et de l’assistance-
vent “externalisés”, et dans une moindre mesure dans les sec ne créant pas plus de 100 emplois, comme les entreprises de net- -
teurs du gardiennage, de l’eau et de l’assainissement. En toyage.Si l’offre de services aux entreprises se diversifie, avec le
revanche, la progression des services aux particuliers est beau gardiennage par exemple (quelques dizaines d’emplois seule- -
coup plus modeste, les effectifs dans les hôtels, les cafés et les ment), d’autres métiers restent pratiquement absents, comme la
restaurants ne se renforçant que de quelques dizaines de nou prestation de services en informatique.-
veaux salariés et le secteur du sport et de la culture progressant
d’une centaine d’emplois. Par ailleurs, si l’industrie et la construc- * - Douze des seize cantons du bassin d’emploi de Flers sont situés dans
tion ont perdu des emplois entre 1990 et 1996, les années sui- l’Orne et les quatre autres dans le Calvados, correspondant aux environs
de Condé-sur-Noireauvantes ont été sans conteste celles du redressement. L’industrie
dans le coeur de sa filière touristique, des salariés des hôtels, des cafés et des 1- L’emploi salarié “directement influencé par le
tourisme” est calculé par l’Insee établissementqui comprend les hôtels, les cafés et les restaurants bas-normands, et la même
par établissement à partir des déclarations an-
restaurants. Ceux-ci connaissent une proportion des salariés bas-normands nuelles de données sociales des employeurs. Il
croissance de l’emploi salarié moindre dont l’activité est “directement in dépend du classement de l’établissement selon-
1 trois modalités : l’intensité touristique de son ac-qu’en Basse-Normandie (+ 13 % dans fluencée par le tourisme” , soit environ
tivité, l’attrait touristique de la zone d’activité
l’Orne contre + 16 % en Basse-Nor 3 400 personnes en haute saison. De- dans laquelle il se situe et le caractère saison-
mandie). L’Orne n’emploie que 14 % plus, le tourisme ornais étant peu tour nier de son emploi-
. . . . . . . . . . . CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 88. . . . . . . . . . . .en effet plus accentuée dans l’Orne
qu’en Basse-Normandie (- 18 % contre
- 12 %), le département ayant en fait
connu une restructuration de son acti-
vité commerciale, avec le passage du
petit commerce traditionnel aux gran-
des surfaces, plus tardive que dans les
autres départements. L’Orne a ainsi vu
disparaître près du quart de ses petits
commerces alimentaires implantés en
zone rurale depuis 1988, alors que le
nombre de grandes surfaces augmen-
tait de 43 %. Malgré une forte progres-
sion de l’emploi salarié surtout depuis
1996 (soit+9% depuis 1990), le
nombre total d’actifs salariés et
indépendantsdans le commerce n’a pas
encore retrouvé son niveau de 1990.
La baisse de l’emploi non salarié est en-
core plus forte dans l’agriculture, qui
reste toutefois une composante essen-
tielle de l’économie ornaise, puis-
qu’elle compte pour 7,6 % dans la
création de richesse de l’Orne contre
2
3,2 % en France . La concentration des
surfaces dans des exploitations de
grande dimension, associée à une méca-
nisation accrue et à l’extension du drai-
nage, a conduit à des gains de
productivité records, engendrant la
chute de l’emploi agricole (- 3,8 % par
an depuis 1990). La restructuration
agricole s’accompagne toutefois d’un
recours accru au travail extérieur à la fa-
mille de l’exploitant agricole : les entre-
prises de travaux agricoles sont
davantage sollicitées et le nombre de sa-
lariés agricoles a progressé, quant à lui,
né vers le camping, le caractère saison avril et octobre). Moins soutenu par le-
de 1,5 % par an.
nier de l’activité est moins marqué que tourisme que dans le Calvados et la
dans la Manche et dans le Calvados. En Manche, le commerce ornais a toute-
conséquence, l’Orne n’attire que fois retrouvé son dynamisme à partir de Michel MOISAN
moins de 6 % des salariés bas-nor 1996, après un début de décennie diffi- -
mands saisonniers du tourisme (soit cile. La baisse de l’emploi non salarié
2 - Part de l’agriculture dans le PIB en 1996environ 400 personnes travaillant entre (détaillants et petits commerces) a été
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