La situation économique du département du Calvados - Croissance accélérée autour de Caen

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Le Calvados est en pleine mutation et ressemble de moins en moins à ses voisins bas-normands. Tandis que la place de son agriculture se restreint, son industrie se recompose autour de secteurs émergents (électronique) ou plus traditionnels (automobile), où les investissements matériel et immatériel tiennent une grande place. Le tertiaire progresse rapidement. Les services aux entreprises se concentrent dans l'agglomération caennaise mais les retombées économiques du tourisme Sont mieux partagées. Le pôle recherche-développement de Caen affirme ses ambitions. Le Calvados présente une dynamique d'ensemble proche de celle d'Ille-et-Villaine. Toutefois, la mutation du département bas-normand est plus coûteuse en emplois industriels, et la croissance des services compense moins les pertes enregistrées dans les autres secteurs. Le développement du Calvados se confond largement avec celui du bassin de Caen. Le dynamisme du Bocage Virois s'appuie surtout sur ses secteurs industriels traditionnels tandis que le tourisme joue un rôle de premier plan dans le Pays d'Auge. Le Bessin possède un outil industriel performant même s'il reste peu diversifié, mais le développement des services à Bayeux pâtit de la proximité de Caen.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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n° 86 - Janvier 2001
La situation économique du département
du Calvados
CROISSANCE ACCELEREE
AUTOUR DE CAEN
Le Calvados est en pleine mutation
et ressemble de moins de moins à ses
voisins bas-normands. Tandis que la pla-lus que dans les autres départements bas- Télécom et l'Association Universitaire pour la
ce de son agriculture se restreint, son in-normands, les services occupent une Recherche Appliquée regroupent ensemble près deP
dustrie se recompose autour de secteursplace centrale dans l'économie du Calvados. Six la moitié des emplois du secteur. Le développement
émergents (électronique) ou plus tradi-secteurs, quelquefois de petite taille, se détachent : de la recherche s'appuie largement sur les grands
tionnels (automobile), où les investisse-la recherche et le développement, l'immobilier, organismes publics, les ouvertures des délégations
ments matériel et immatériel tiennent unel'hôtellerie et la restauration, le sport et la cul- régionales du CNRS et de l'INRA dans les années
grande place.ture, les transports et les services opérationnels quatre-vingt-dix témoignant de la volonté de ren-
aux entreprises. Leur forte présence dans le Cal- forcer ces structures. La recherche universitaire
Le tertiaire progresse rapidement.vados s'est consolidée au cours des années quatre- constitue un autre pôle, associé aux organismes
Les services aux entreprises se concen-vingt-dix, la progression de l'emploi dans ces de la recherche publique (CNRS, INRA, INSERM,
trent dans l'agglomération caennaise maisbranches étant plus forte dans le département que IFREMER et CEA), tandis que l'Institut des
les retombées économiques du tourismedans le reste de la région, à la seule exception du Sciences de la Matière et du Rayonnement
sont mieux partagées. Le pôle recherche-secteur du sport et de la culture. (ISMRA) fait de son Département de Création
développement de Caen affirme ses am-Dans le secteur de larecherche et du développe- Industrielle un outil prioritaire pour l'action en
bitions.ment (1), le Calvados concentre presque la totalité direction du monde économique. De son côté, le
des emplois bas-normands, essentiellement dans service de recherche et de développement de
Le Calvados présente une dyna-l'agglomération caennaise. Le Commissariat à France Télécom a créé 140 emplois depuis 1992.
mique d'ensemble proche de celle del’Energie Atomique (GANIL), le CNRS, France La part du secteur de la recherche et du dévelop-
l'Ille-et-Vilaine. Toutefois, la mutation dupement (5,5 emplois
département bas-normand est plus coû-salariés pour 1 000)Le poids des différents secteurs teuse en emplois industriels, et la crois-eplace le Calvados au 28
sance des services compense moins lesd’activité dans l’emploi salarié en 1999 rang des départements
pertes enregistrées dans les autres sec-
français, derrière l'Ille-40010 20 30 % teurs.
et-Vilaine, le Maine-et-
Agriculture Loire et l'Eure, juste
Le développement du Calvados sedevant la Vienne et loin
Industrie confond largement avec celui du bassindevant la Loire-Atlan-
de Caen. Le dynamisme du Bocage Virois
tique et la Seine-Mari-Construction s'appuie surtout sur ses secteurs indus-
time. Ce secteur est peu
triels traditionnels tandis que le tourismeCommerce pourvoyeur d'emplois
joue un rôle de premier plan dans le Pays
directs (un peu plus de
Services marchands d'Auge. Le Bessin possède un outil in-
400 nouveaux postes de dustriel performant même s'il reste peu di-
Services non marchands travail depuis 1990), versifié, mais le développement des ser-
mais il offre une image vices à Bayeux pâtit de la proximité de
Calvados Basse-Normandie France dont le bassin d'emploi
er Caen.Source : Insee, estimations d’emploi au 1 janvier 1999
caennais peut se préva-
CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 86••••••••• •••••••••loir auprès d'entreprises attirées par de potentiels matiques a presque doublé, le rythme de créations vados dispose au total de 56 % de la capacité d'ac-
transferts de technologie. d'emplois s'emballant à la veille de l'an 2000 (300 cueil de l'hôtellerie homologuée de la région et
nouveaux emplois en 1998 et en 1999). Tout autant est pratiquement le seul présent sur le créneau du
que la recherche et le développement , les activités "haut de gamme". Le département tire parti de ces
Les services de services opérationnels, de conseil et d'assis- atouts, puisque l'emploi salarié dans le cœur de la
créent l'emploi tance aux entreprises se concentrent dans les villes. filière touristique, les hôtels et restaurants, a aug-
D'une toute autre ampleur est l'impact sur l'em- Si les agences de travail temporaire et les cabi- menté de 2,1 % par an depuis 1990, plus vite que
ploi de la croissance des secteurs des services opé- nets d'experts comptables existent dans les prin- dans la Manche (+ 1%), plutôt orientée, elle, vers
rationnels aux entreprises et du conseil et de l'as- cipales agglomérations, les autres activités sont le camping. Le Calvados est cependant distancé par
sistance. En effet, ces deux secteurs ont apporté d'autant plus regroupées autour de Caen qu'elles la Bretagne qui affiche, de son côté, une progres-
4 200 nouveaux emplois au département entre font appel à une main d'œuvre qualifiée ou récla- sion annuelle de 2,5 %. Dans des activités en
1990 et 1999. Bien sûr, l'intérim contribue pour une ment des compétences très spécialisées. C'est le cas grande partie liées au tourisme, le sport et la cul-
grande part à ce dynamisme, le recours au travail au premier chef des services informatiques. Aussi, ture, l’emploi progresse quant à lui de 5,4 % par
temporaire ayant été dopé par le retour de la crois- le développement des activités de services se an. Au total, les secteurs de la restauration, de
sance en 1997. Mais les autres services opéra- confond-il largement avec celui de l'aire urbaine l’hôtellerie, du sport et de la cultur auront appore té
tionnels ne sont pas en reste : les entreprises de net- de Caen, l'écart en ce domaine avec le reste du au Calvados 2 500 nouveaux emplois salariés per-
toyage ont créé 1 000 emplois nouveaux depuis département ne faisant que s'accroître. manents depuis 1990, tandis que 60 % des 8 000
1990 et les agences de gardiennage et de sécurité En revanche, les retombées économiques des acti- à 9 000 salariés saisonniers du tourisme bas-nor-
500. Leur développement s'appuie de plus en plus vités liées au tourisme sont mieux réparties sur le mand trouvent un emploi dans le Calvados.
sur les pratiques d'externalisation qui ont aussi territoire départemental. Les communes littorales La croissance des services compense les pertes
contribué à la croissance record des métiers du profitent bien entendu les premières d'une fré- d’emploi dans l’agriculture et l’industrie. A elles
conseil et del'assistance (+ 4,5 % par an). La forte quentation touristique qui s'est à peine infléchie seules, les créations d’emplois dans les secteurs des
demande de conseils pour les affaires et la ges- après les records atteints en 1994, mais elles ne sont services aux entreprisesauxquels on peut adjoindre
tion qui émane des entreprises a ainsi permis la pas les seules. En effet, elles ne regroupent que le secteur des transports sont presque aussi nom-
création de 250 emplois salariés dans les petites 57 % des hébergements touristiques (meublés et breuses que les suppressions d’emplois dans l’in-
entreprises du secteur ou les succursales des grands résidences secondaires exceptés), concentration dustrie : 5 200 emplois gagnés d’un côté, contre
groupes, alors que l'emploi dans les services infor- bien inférieure à celle de la Manche (82 %). Le Cal- 5 300 emplois perdus de l’autre. Les services non
marchands ayant pour leur part créé quelque 11 600
emplois dansl’éducation, la santé, l’action socialeL’EMPLOI ET LE PIB DU CALVADOS
ou les associations, le département affiche une
Nombre d’emplois Evolution par rapport Part du Calvados progression de 18 200 emplois salariés entre 1990
en 1999 à 1990 en Basse-Normandie
et 1999, largement supérieure aux pertes d’em-
Emplois salariés 216 465 + 9,2 % 47,2 % plois non salariés (- 6 700 emplois), pour l’essen-
Emplois non salariés 31 907 - 17,3 % 38,6 % tiel des emplois agricoles. Le Calvados est ainsi à
Ensemble 248 372 + 4,9 % 45,9 %
l’origine de la création de 56 % des nouveaux
Source : Insee, recensements de la population, 1990 et 1999 emplois salariés en Basse-Normandie, alors qu’y
résident seulement 46 % des actifs bas-normands.PIB par habitant (1996) : 116 000 F (France métropolitaine : 134 000 F)
eDans le classement des départements français par PIB/habitant, le Calvados occupe le 35 rang. Cette dynamique tend à attirer de nombreux jeunes
Source : Insee, comptes nationaux manchots et ornais à la recherche d’un emploi et
renforce de facto le poids du département dans la
région.Le Calvados dans l’emploi salarié
bas-normand en 1999
% Agriculture et industrie
60 en pleine mutation
La diminution du nombre d’exploitants agricoles50
s’est accélérée au début des années quatre-vingt-dix
en raison de l’abaissement de l’âge de la retraite et
40 de la mise en place de pré-retraites. La concentra-
tion des surfaces agricoles et l’accroissement de la
30 mécanisation ont conduit à de forts gains de pro-
ductivité, à l’origine d’une forte réduction de l’em-
20 ploi agricole (- 4% par an). Cette baisse massive
explique à elle seule plus de 80 % de la chute de l’en-
10 semble de l’emploi non salarié entre 1990 et 1999,
dont la part dans l’emploi total est tombée sous la
0 barre des 13 % dans le Calvados alors qu’elle reste
Services Services nonAgriculture Industrie Construction Commerce supérieure à 15 % en Basse-Normandie.marchands marchands
erSource : Insee, estimations d’emploi au 1 janvier 1999 Le Calvados se démarque nettement de ses voisins
CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 86••••••••• •••••••••bas-normands par une emprise moins forte de plus complexe que dans les autres départements Le secteur des composants électriques et électro-
l’agriculture sur l’économie départementale. En bas-normands. Elle est en fait la superposition de niques affirme ainsi ses ambitions : il a créé plus
effet, alors que l’agriculture représentait 7,6 % de deux phénomènes principaux. D'une part, l'ex- de 700 emplois depuis 1990 et renforcé la pré-
la valeur ajoutée créée dans la Manche et dans tension de nouveaux modes de gestion et de pro- éminence du Calvados sur ses voisins bas-nor-
l’Orne en 1996, elle n’en concentrait que 4 % dans duction (sous-traitance, externalisation et flexibi- mands dans ces industries. Toutefois, cette crois-
le Calvados, soit une part proche de la contribu- lité du travail) nourrit la croissance des services aux sance repose sur un faible nombre de groupes, le
tion de l’agriculture à la création de richesse au entreprises et des transports, dans le Calvados département profitant surtout de la présence de
niveau national (3,2 %). En revanche, l’agriculture comme dans les autres départements français. Philips Composants et des équipementiers spé-
du Calvados rémunère mieux ses actifs, le niveau D'autre part, des secteurs émergents se substituent cialisés dans l'électricité et l'électronique pour
relatif du revenu par actif s’établissant à 83, pour aux activités industrielles traditionnelles du dépar- automobile installés dans l'agglomération caen-
une moyenne française de 100, contre 79 dans tement qui, elles, cèdent presque toutes du terrain. naise. La création d'un laboratoire de recherche
l’Orne, 70 seulement dans la Manche et 77 en Si le Calvados apparaît très "en avance" sur ses commun entre l'IMSRA et Philips Composants
Bretagne. Les exploitations agricoles du Calva- voisins bas-normands quant à la substitution d'em- confirme l'importance d'un pôle "recherche" pour
dos, plus étendues et plus souvent spécialisées en plois de services aux emplois industriels, le fossé l'organisation des transferts de technologies, recher-
production céréalière ou en grande culture, ont en avec le reste de la France demeure important : le chés par ces activités dont la croissance dépend de
effet une dimension économique supérieure à celle tertiaire marchand crée seulement 45 % de la valeur leur capacité à innover.
de leurs homologues du Grand Ouest. ajoutée du Calvados (36 % dans l'Orne et dans la La croissance du secteur des biens d' équipements
La restructuration de l'industrie est à la fois moins Manche), contre 51 % en France. Quant au renou- mécaniques ou électriques et électroniques (600
coûteuse en emplois (la baisse du nombre de sala- vellement industriel, il apparaît très profond et emplois nouveaux entre 1990 et 1999) est, quant
riés ne dépasse pas 1,3 % par an depuis 1990) et place plusieurs acteurs au devant de la scène. à elle, en phase avec une demande des entreprises
bien supérieure à celle que connaissent la Manche
et l'Orne. L'investissement industriel du CalvadosLes activités économiques spécifiques est en effet plus de deux fois plus important que
au Calvados en 1999 celui de l'Orne et de la Manche, la dépense
moyenne d'investissement par salarié dans le Cal-
Indicateur de spécificité de l'emploi
-2 -1 2 vados, sur la période 1993-1997, étant même légè-01
rement supérieure à la dépense moyenne fran-Recherche
Immobilier çaise. La présence d'industries fortement capita-
Automobile listiques ou innovantes (comme l'automobile, l'élec-
Composants électriques et électroniques tronique ou la pharmacie) contribue largement à
Equipements électriques et électr
ce haut niveau d'investissement.Hôtels-restaurants
Sport-culture Enfin, dans le palmarès des créations d'emplois,
Pharmacie le secteur chimie-plasturgie-pharmacie arrive enSecteurs
Transports
moins présents troisième position avec 500 emplois salariés deServices opérationnelsdans le Calvados
Financesque dans la région plus en 1999 par rapport à 1990. Ce secteur affiche
Commerce de gros une croissance globale forte, en fait limitée à lace et réparation automobile
plasturgie, en dépit des difficultés que cette brancheIndustries des équipements mécaniques
Education a connues au milieu des années quatre-vingt-dix.
Postes et télécommunication Très orientées vers la fabrication d'emballages ou
Santé - Action sociale de pièces techniques, les petites et moyennes entre-
Associations
prises de la plasturgie montrent leur capacité àBois-papier
Administration répondre à l'accroissement vigoureux de la
Conseils-assistance demande des donneurs d'ordre, notamment de la
Commerce détail
filière automobile. En revanche, elles délaissent leEau-gaz-électricité
Minéraux secteur de la fabrication d'éléments pour la
Agro-alimentaire construction, très concurrentiel mais aussi très
Services personnels
Secteurs profitable. Pour la pharmacie, spécialité de la cou-Construction
plus présents ronne caennaise, la stabilité prévaut.Métallurgie dans le Calvados
Equipements du foyer que dans la région Ainsi, il semble que le Calvados ait su pleinement
Textile profiter de la croissance des secteurs industriels
Edition-imprimerie
émergents. En revanche, les secteurs plus tradi-Agriculture
Chimie-plasturgie tionnels voient leur déclin s'accélérer. Ainsi, le
Habillement-cuir textile, l'habillement et le cuiront encore perdu
Construction navale
900 emplois depuis 1990 (soit 44 % des emploisCombustibles
de 1990), et la métallurgie près de 2 400 (- 38 %).
Pour un secteur d’activité donné, l’indice de spécificité est le résultat du calcul suivant : A elle seule, la fermeture de la Société Métallur-
i = (part de l’emploi salarié départemental du secteur / part de l’emploi salarié régional
gique de Normandie a privé le département dedu secteur - 1)
plusieurs centaines d'emplois (l'entreprise comp-
Source : Insee, estimations d’emploi
tait encore 1 500 emplois en 1990) tandis que les
CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 86••••••••• •••••••••Si le bassin de Caen donne la meilleure image du dynamisme
du département, le reste du Calvados tente de profiter aussi
de la croissance retrouvée
Si le nombre d'emplois a augmenté de 4,9 % dans le Calvados particuliers, les secteurs du sport et de la culture ayant créé une
entre 1990 et 1999, seul le bassin caennais en a véritablement centaine d'emplois et les hôtels, les cafés et les restaurants
profité, avec près de 12 000 créations de postes à lui seul. Le ayant recruté quelques dizaines de nouveaux employés. L'offre
bassin de Lisieux fait pâle figure, avec néanmoins 200 emplois de services aux entreprises reste cependant très peu fournie,
nouveaux, tandis que le bassin de Bayeux perd près de 250 bien que la situation de l'industrie, qui emploie un salarié sur
emplois et la partie calvadosienne du bassin de Vire* environ trois, soit stabilisée autour d'un pôle métallurgie et équipements
300 emplois. mécaniques d'une part, d'un pôle sous-traitance automobile
Le bassin de Caen illustre bien la mutation accélérée que d'autre part. L'un et l'autre sont en croissance, à l'image de Guy
connaît le Calvados : il concentre l'essentiel des pertes d'emplois Degrenne (arts de la table) et de Filtrauto (filtres automobiles)
industriels du département, mais affiche la plus forte progression qui ont vu leurs effectifs s'accroître depuis 1996. Si l'augmenta-
des services. Ce dynamisme des services, qui se renforce enco- tion de l'emploi salarié concerne donc pratiquement tous les
re à partir de 1997, a permis la création de 5 400 emplois dans secteurs d'activité, l'emploi non salarié, qui représentait encore
ce secteur en deux ans, dont une grande part dans la sphère non le tiers des emplois du bassin de Vire en 1990 contre 16 % seu-
marchande. En 1999, 70 % des emplois de services du Calvados lement pour l'ensemble du Calvados, a chuté quant à lui de
sont localisés dans le bassin de Caen. La forte progression des 40 % depuis cette date. Mais la partie calvadosienne du bassin
effectifs salariés dans les hôtels, les cafés et les restaurants étant la moins rurale, l'effet dépressif de la chute du nombre
(+ 550 emplois) témoigne des retombées économiques impor- d'agriculteurs sur l'emploi total s'y fait moins sentir. Par ailleurs,
tantes du tourisme. Tous les secteurs des services aux entre- c'est autour de Vire que la progression des emplois de services
prises ont fortement accru leur offre, des plus traditionnels est la plus forte, même si elle se concentre largement dans les
comme le nettoyage et l'intérim aux plus innovants, comme les secteurs traditionnels de l'intérim et du nettoyage.
services informatiques (+ 480 emplois depuis 1990), pratique- Le bassin de Bayeux affiche la plus faible progression de l'em-
ment inexistants dans le reste du département. En revanche, la ploi dans les services (+ 10,1 % contre + 22,3 % pour l'en-
baisse de l'emploi industriel s'est poursuivie au même rythme semble du Calvados). En la matière, la proximité de Caen
que les années précédentes, marquées par la fermeture de la constitue un handicap certain pour Bayeux, de nombreuses
SMN et les diminutions de postes à RVI-Blainville. Ainsi, la muta- entreprises de services préférant installer dans la capitale régio-
tion industrielle continue, loin d'être circonscrite aux années de nale la majeure partie de leur potentiel et rayonner autour de
faible croissance. Et pas plus qu'hier, les bonnes performances leur base. D'autre part, les réductions d'effectifs au sein de
des secteurs en pointe ( électronique, automobile, équipements l'établissement de Bayeux du Crédit Lyonnais ont eu un fort
mécaniques) ne suffisent à enrayer la chute globale de l'emploi impact sur l'évolution globale de l'emploi. En revanche, grâce à
industriel, qui, aujourd’hui, ne représente plus que 20 % de l’em- une fréquentation touristique importante, les effectifs salariés
ploi salarié total du bassin caennais. dans les hôtels, les cafés et les restaurants croissent fortement
A côté des créations d’emplois du bassin de Caen, les 200 depuis 1996, après un début de décennie difficile, tandis que les
emplois supplémentaires entre 1990 et 1999 dans le bassin de secteurs du sport et de la culture gagnent une soixantaine de
Lisieux apparaîtront bien modestes. Cependant, l’amélioration salariés. Toujours est-il que cette croissance timide des services
de la situation économique dans ce bassin ne date que de dans leur ensemble freine l'augmentation de l'emploi salarié
1997, année qui voit l’industrie du Pays d’Auge se stabiliser. total, qui n'atteint pas 6 % entre 1990 et 1999. L'emploi dans
Pendant les années 1985 à 1995, l’industrie lexovienne avait en l'industrie a quant à lui progressé très légèrement, les restructu-
effet connu un fort déclin, avec la fermeture d’établissements de rations restant beaucoup moins marquées que celles du bassin
taille importante comme Leroy, Akaï et Caroline Rohmer. D’autre voisin de Caen. L' industrie agroalimentaire se renforce, Danone
part, les secteurs de la constrution et du commerce créent à et Lactalis (ex-Besnier), dans l'industrie laitière, étant les princi-
nouveau des emplois, même si les bons résultats des dernières paux transformateurs présents dans le bassin, tandis que COFA
années dans le BTP sont loin d’effacer le ralentissement consé- se développe dans l'industrie du poisson à Saint-Martin-des-
cutif à la fin du chantier du Pont de Normandie. Quant aux ser- Entrées. Toutefois, à l'image de cette industrie agroalimentaire,
vices, ils continuent de bénéficier de la croissance du tourisme, l'emploi industriel est concentré dans un petit nombre d'établis-
les effectifs dans les secteurs du sport et de la culture et dans sements appartenant à des grands groupes et fortement
les hôtels, les cafés et les restaurants se gonflant de plus d’un dépendants de leurs décisions stratégiques. Ainsi, l'effectif de
millier de salariés (soit une augmentation de 35 %). Au final, l'usine Moulinex de Bayeux a augmenté de 170 personnes
bien qu’inférieure à celle du bassin de Caen, l’augmentation des depuis 1996, cet établissement échappant aux réductions liées
effectifs salariés atteint 5,4 % depuis 1990 (contre + 10,5 % à la restructuration du groupe, tandis que celui de la SAGEM
pour Caen). Jusqu’en 1997, la progression de l’emploi salarié (équipements électriques et électroniques ) baisse régulièrement
était compensée par la forte baisse de l’emploi non salarié, mais depuis le début des années quatre-vingt-dix. Si le bassin de
le solde d’emploi est devenu depuis largement positif, l’accélé- Bayeux a donc jusqu'à présent bien préservé son emploi indus-
ration de l’augmentation de l’emploi salarié se conjuguant au triel, son tissu d'entreprises reste néanmoins fragile. Par
ralentissement de la baisse du nombre d’agriculteurs. ailleurs, d'autres secteurs qui perdaient des effectifs redémar-
En raison d'un très fort recul de l'emploi agricole, le bassin de rent aujourd'hui : le commerce a créé 180 nouveaux emplois
Vire avait au total perdu près de 1 400 emplois entre 1990 et salariés depuis 1997 et la construction une soixantaine, elle qui
1997. Depuis 1997, la baisse du nombre d'agriculteurs est perdait auparavant 3 % de ses effectifs chaque année.
moins forte, tandis que la progression des effectifs salariés se
* Le bassin de Vire est à cheval sur les départements de lapoursuit au même rythme soutenu (+ 1,2 % par an). Les ser-
Manche et du Calvados.vices rattrapent leur retard, particulièrement les services aux
CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 86••••••••• •••••••••1997, elle a généré le cinquième des dépenses d'in-
Evolution de l'emploi salarié entre 1990 et 1999 vestissements industriels du département, et cette
part a probablement augmenté depuis deux ans.dans le Calvados
Enfin, son poids dans l'emploi total reste considé-
rable : si les constructeurs et les équipementiers
Croissance Basse-Normandie
représentent moins de 3 % des emplois salariés du
département en 1999, la prise en compte des sous-
Immobilier traitants et des secteurs du commerce et de la répa-
ration automobiles porte l'effectif total de la filière
à 17 200 salariés, soit 7,9 % des emplois salariés
du Calvados.
Le renouvellement du tissu industriel est en marche,
Sport culture
mais jusqu'à présent, le solde d'emplois industriels
Associations
reste largement négatif. Les créations d'emplois
Composants dans les branches industrielles en croissance dans
Recherche électriques-électroniques
Services le Calvados sont freinées par les forts gains de pro-
personnels Conseil-assistance
ductivité qu'ont connus ces mêmes branches : + 6 %
Eau, gaz, électricité
Services opérationnels par an entre 1990 et 1998 dans l'industrie des com-
Santé Chimie-plasturgie
Transports, édition-imprimerie, commerce auto posants, + 10 % dans l'industrie des équipements
Mécanique
Hôtels, électriques et électroniques et + 6 % en chimie-
Administration restaurants, éducation
plasturgie (2). En outre, elles sont loin de com-
Agriculture
Combustibles Croissance Calvados penser les pertes d'emplois dans les secteurs Commerce-détail
traditionnels. Les mutations industrielles ont au
Pharmacie, IAA, finance
demeurant eu tendance à renforcer le tissu d'éta-
Commerce-gros, poste, contructionTextile
blissements intermédiaires employant entre 50 etBois papierMinéraux
Métallurgie 200 salariés. Leur nombre, 110 (hors secteur deEquipement électrique-électronique
Automobile
l'énergie), n'a pas évolué entre 1990 et 1999 et leur
effectif global est resté lui aussi à peu près stable.
Equipements du foyer
Dans le même temps, les grands établissements
Construction navale passaient de 38 à 34 et perdaient 4 000 emplois
(hors énergie), et les petits établissements de moinsHabillement cuir
de 50 salariés, qui employaient 30 % des salariés
industriels en 1990, perdaient près de 1 800 emplois.
On peut sans doute voir dans ce dernier phéno-
mène une conséquence des reculs de la métallur-Lecture du graphique : les deux axes se coupent en un point représentant la croissance régio-
nale moyenne de l’emploi salarié. L’axe des abscisses représente la croissance du Calvados, et gie et du textile-habillement, où les petites unités
l’axe des ordonnées la croissance de la Basse-Normandie. Chaque secteur est représenté par un de production sont nombreuses. Le troisième effet
point dont l’abscisse est égale à l’écart entre la croissance de ce secteur dans le Calvados et la
notable des reconversions industrielles consistecroissance moyenne régionale, et l’ordonnée est égale à l’écart entre la croissance de ce secteur
dans un rééquilibrage de la localisation de l'em-en Basse-Normandie et la croissance régionale moyenne.
ploi industriel au profit de l'espace rural. En effet,
Source : Insee, estimations d’emploi
les établissements implantés dans les cinq plus
grandes villes et leurs périphéries (aires urbaines),
difficultés du textile, de l'habillement et du cuir ont ou chez SC2N, par exemple. En outre, la part des qui concentraient 73 % des emplois salariés en
entraîné la fermeture de nombreuses petites et intérimaires, non comptés dans les effectifs indus- 1990, dont 53 % pour la seule aire urbaine de Caen,
moyennes entreprises. Les industries des équipe- triels, a considérablement augmenté depuis 1997, ont perdu 5 700 emplois. En revanche, les établis-
ments du foyeront perdu quant à elles plus du tiers les embauches de personnels sur contrat ne repre- sements implantés en zone rurale ont gagné 600
de leurs effectifs (plus de 2 100 emplois), Mouli- nant qu'en 1999. Au total la baisse de la force de tra- emplois, leur part dans l'emploi salarié industriel
nex, notamment, subissant les à-coups du marché vail dans l'industrie automobile n'en est pas moins passant de 27 % à 31 %. Parmi les aires urbaines,
mondial. réelle. C'est la conséquence de gains de producti- Bayeux fait exception en affichant une modeste
L'industrie automobile, bien implantée dans le vité considérables que les forts investissements des progression de 200 emplois à peine, alors que Caen
Calvados sur deux pôles, la couronne caennaise et années les plus récentes ont permis d'amplifier. subit une forte désindustrialisation avec de l'ordre
la Suisse normande, se présente comme l'un des Malgré tout, l'automobile conserve, voire renforce, de 5 200 emplois industriels perdus depuis 1990,
moteurs de la croissance retrouvée. Pourtant, la son caractère de filière structurante. Elle est un la fermeture de la SMN et les suppressions de
filière a beaucoup changé depuis 1990. Renault débouché essentiel pour de nombreux sous-trai- postes chez RVI expliquant la moitié des pertes.
Véhicules Industriels et Citroën ont supprimé res- tants, dans la transformation des matières plas- Ainsi, alors que les activités de services (et sur-
pectivement 930 et 140 emplois en dix ans tandis tiques, la fabrication d'éléments électriques ou élec- tout de services aux entreprises), en forte crois-
que les équipementiers connaissaient des sorts troniques ou le traitement des surfaces. Elle repré- sance et attirant de nombreux employés et cadres,
divers : les effectifs ont baissé chez Allied Signal, sente aussi une cliente privilégiée pour les indus- tendent à se concentrer dans les villes, les activités
mais progressé chez Robert Bosch Electronique SA tries des biens d'équipement. Ainsi, en 1996 et en industrielles, à forte proportion d'emplois ouvriers,
CENT POUR CENT BASSE-NORMANDIE n° 86••••••••• •••••••••Le Calvados à la recherche de l'équilibre
Le Calvados Dotés d'une industrie capable à la fois de apportent beaucoup plus d'emplois nou-
est l'un des développer ses points forts et d'épargner veaux en Ille-et-Vilaine et dans la Vienne
départements de relativement ses maillons plus faibles, que dans le Calvados. A cet égard, ce der-
l'Ouest les plus concernés par l'Ille-et-Vilaine et la Vienne, ont créé en nier est pénalisé par une progression
les reconversions industrielles. Ainsi, alors outre plus d'emplois de services que le démographique plus faible que celle de
qu'il a perdu 10 % de ses emplois indus- Calvados, dans le secteur non marchand ses cousins et, semble-t-il, une attractivité
triels en dix ans, l'Ille-et-Vilaine, qui pré- comme dans la sphère marchande. La moindre, puisque la part des migrations
sentait en 1990 une structure d'emploi très croissance de l'emploi dans les services dans la progression de la population n'est
proche, est parvenu à limiter ses pertes aux entreprises y est particulièrement vive, que de 19 % dans le Calvados, contre
industrielles à 1 % sur la même période. alors que dans le Calvados elle est freinée 50 % en Ille-et-Vilaine et 81 % dans la
Le département breton connaît un dyna- par les difficultés rencontrées par les Vienne. Ce moindre dynamisme démogra-
misme comparable à celui du Calvados grands établissements industriels touchés phique se traduit aussi par des créations
pour les industries des équipements et par les restructurations, ces établisse- d'emplois en nombre inférieur dans les
des composants électriques et électro- ments étant aussi les plus gros consom- services publics et dans les secteurs de la
niques, ou encore pour la chimie et la plas- mateurs de services opérationnels et les santé, de l'action sociale et de l'éducation.
turgie. En outre, la construction automobi- premiers à se lancer dans l'externalisation. Les déséquilibres nés d'une brutale muta-
le, où domine le groupe Peugeot SA, est Enfin, les secteurs de l'hôtellerie et de la tion industrielle semblent donc loin d'être
soumise aux mêmes contraintes de com- restauration et les services aux particuliers totalement surmontés dans le Calvados.
pétitivité et réduit ses emplois dans les
mêmes proportions que dans le Calvados. Intensité de la reconversion industrielle entre 1990 et 1999
Dans tous ces secteurs d'activité, les ten-
dances ne sont donc pas très différentes
en Ille-et-Vilaine et dans le Calvados. En
revanche, les pertes d'emplois dans les
industries traditionnelles sont beaucoup
moins massives dans le département bre-
ton que chez son voisin bas-normand. Au
total, en Ille-et-Vilaine, les mutations
industrielles se révèlent donc moins des-
tructrices d'emplois. Autre département
présentant en 1990 une structure d'activi-
tés très proche de celle du Calvados, la
Vienne restructure quant à elle son indus-
trie autour de ses activités phares.
L'automobile, première branche industriel-
le, affiche une forte progression de ses
effectifs et dynamise l'ensemble de l'acti-
vité économique, tandis que la métallurgie
et les équipements électriques et électro-
niques se renforcent. Au total, l'emploi
industriel connaît une érosion limitée à
3 % dans un département pourtant très
touché par les reconversions industrielles.
se maintiennent mieux en zones rurales. On est (1) On mesure ici l'emploi salarié dans les seuls établissements exerçant principalement une acti-
cependant très loin d'un équilibre parfait : les gains vité de recherche et développement. La fonction recherche-développement existe bien sûr dans
d'autres établissements, appartenant aux secteurs de l'industrie, du commerce ou des services.d'emplois industriels en zones rurales apparaissent
Les emplois correspondant à cette fonction étaient estimés par le Ministère de l'Educationen effet très faibles à côté des progressions d'ef-
Nationale, de la Recherche et de la technologie à 2 870 équivalents temps plein en 1997 en
fectifs dans les activités de services en zones Basse-Normandie (sans qu'il soit possible de les répartir par département), dont 1 400 dans les
urbaines. Au final, les villes, et en premier lieu l'ag- administrations et 1 470 dans les entreprises, alors que le secteur recherche et développement
glomération caennaise, sont les grandes gagnantes régional représentait à cette date 1 100 emplois.
des mutations économiques récentes.
(2) Gains de productivité horaire du travail, France entière (source : Comptes de la Nation)Michel MOISAN
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