Le chômage en Picardie : handicap d'une moindre formation

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Le chômage en Picardie est marqué par un net clivage géograhique : à 9,5% dans l'Oise en moyenne annuelle en 2005, il dépasse nettement le niveau national dans l'Aisne et la Somme où il atteint respectivement 123,0% et 11,3%. Dans toute la Picardie, les actifs sont bien moins diplômés qu'en moyenne, ce qui pénalise leur accès à l'emploi : le taux de chômage régional excéde ainsi de 1,1 point la moyenne nationale et les deux tiers de cet écart peuvent s'expliquer par la moindre formation des actifs.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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DYNAMIQUES
CROISSANCE M ARCHÉRÉGIONALE DU TRAVAIL 2ÉCONOMIQUES
Le chômage en Picardie :
handicap d’une moindre formation
Le chômage en Picardie est marqué
par un net clivage géographique : à 9,5 %
dans l’Oise en moyenne annuelle en 2005,
il dépasse nettement le niveau national
dans l’Aisne et la Somme où il atteint
respectivement 13,0 % et 11,3 %.
Dans toute la Picardie, les actifs sont bien
moins diplômés qu’en moyenne,
ce qui pénalise leur accès à l’emploi :
le taux de chômage régional excéde
ainsi de 1,1 point la moyenne nationale
et les deux tiers de cet écart peuvent
s’expliquer par la moindre formation
des actifs. Les bons résultats observés
dans l’Oise tiennent aux retombées
favorables de la proximité de l’Île-de-France, où travaillent 22 % des actifs occupés
du département. En revanche, dans la Somme et plus encore dans l’Aisne, le chômage
est accentué par les difficultés de certains tissus productifs. En Picardie, les femmes
et les jeunes sont encore plus qu’ailleurs exposés au chômage. Plus que dans le reste
de la France, un diplôme élevé facilite l’accès à l’emploi.
n moyenne annuelle, en 2005, le chômageE Le chômage en Picardie,
s’établissait en Picardie à 11,0 %, soit 1,1 point un très net clivage Nord-Sud
au-dessus du niveau national (9,9 %). La
moyenne picarde recouvre un net clivage entre Dans l’Oise, le chômage s’inscrit sous la moyenne
le nord et le sud de la région. Dans l’Oise, le chô- nationale dans toutes les zones d’emploi, avec
mage ne dépasse pas 9,5 % de la population ac- toutefois un net rapprochement depuis deux ans.
tive. En revanche, il atteint 11,3 % dans la Somme Les contrastes observés dans l’Oise sont avant
et 13,0% dans l’Aisne. Les écarts de taux de chô- tout liés aux structures de l’espace et de l’habitat :
mage entre le nord et le sud de la Picardie per- le chômage est fort élevé dans les agglomérations
sistent largement quel que soit l’échelon de Beauvais et de Creil Nogent-sur-Oise, avec des
géographique considéré (département, zone taux comparables à ceux des principales agglo-
d’emploi, canton). mérations de l’Aisne et de la Somme; il est en
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revanche très faible dans les cantons à la fron- le sexe, le niveau de diplôme, la situation familiale
tière de l’Île-de-France ainsi que dans le pourtour et la nationalité sont des facteurs très importants.
pavillonnaire des villes, où résident les catégories En moyenne nationale, le taux de chômage des
socio-professionnelles les plus qualifiées. moins de 25 ans est plus du double de celui des
autres actifs ; le taux de chômage des femmes dé-
Dans l’Aisne, toutes les zones ont un chômage passe de 4 points celui des hommes ; celui des
au-dessus de la moyenne nationale. De manière étrangers hors Union européenne est 2,7 fois su-
quasi générale, le chômage est d’autant plus élevé périeur à celui des Français. Parmi les caractéristi-
que l’on se situe au nord du département. Il est de ques individuelles, le niveau de formation joue un
11,0 % dans la zone de Château-Thierry, mais at- rôle primordial : le taux de chômage des person-
teint ses maxima régionaux en Thiérache (14,7 %) nes sans diplôme est ainsi trois fois supérieur à celui
et dans la zone de Saint-Quentin (14,2 %). de celles ayant un niveau bac +2.
Dans la Somme, l’écart avec la moyenne natio- Dans ce contexte, les Picards sont dans toutes
nale est passé de +2,5 points en 1990 à +1,4 point les zones de la région nettement pénalisés par
en 2005. Le chômage dépasse la moyenne natio- des niveaux de formation très en dessous de la
nale dans les zones d’Amiens (11,7 %) et d’Abbe- moyenne : parmi la population active, 21,7 % des
ville-Ponthieu (12,0 %). Il reste traditionnellement Picards n’ont aucun diplôme contre 15,9 % des
en dessous de la moyenne nationale dans le Vi- Français ; seulement 16 % ont un diplôme supé-
meu, avec quelques mouvements saisonniers. rieur au bac contre 22 % des Français. Par son
Ceux-ci sont encore plus marqués dans le ampleur, la moindre qualification des Picards pé-
Santerre-Somme, les grandes cultures agricoles nalise fortement leur accès à l’emploi. Nous pou-
et les industries agroalimentaires recrutant davan- vons calculer pour chaque zone un taux de
1tage au cours des mois d’été. Le taux de chômage chômage théorique lié aux niveaux de formation .
y est en moyenne annuelle de 10,7 %. Ce taux correspond à celui qui serait observé si
les hommes et les femmes de la région avaient la
Dans toute la Picardie, même probabilité d’être au chômage qu’en
le handicap d’une moindre formation moyenne nationale compte tenu de leur niveau
de formation. Par l’effet de cette moindre forma-
Les caractéristiques individuelles ont une très forte
tion, le chômage en Picardie devrait dépasser de
influence sur la probabilité d’être au chômage : l’âge,
0,8 point la moyenne nationale (en 1999). Les deux
tiers de l’écart actuel avec la moyenne se trouve-
, "? 22% rait ainsi expliqué. Toutes les zones de la région
- , présentant des niveaux de formation en dessous
0 * ) ) )+
de la moyenne, toutes devraient enregistrer un
# chômage plus élevé. L’écart attendu est de 0,6
- ’ point dans l’Oise, et d’environ 1 point dans l’Aisne10 0 ’ 3 ou dans la Somme.’
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1 ( 2 ( ) L’Oise profite à plein du voisinage’ . 2 / * de l’Île-de-France4 , " /(

La proximité de l’Île-de-France entraîne des ef-
’ . fets favorables qui atténuent fortement le chômage"05
10 ) + , ). ) )/
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1Selon la méhode de l’analyse «structurelle-résiduelle».$ %&! % 4
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au sud de la région. L’impact de cet « effet local Les déterminants du chômage en Picardie en 1999 :
effet des moindres niveaux de formation et effets locaux proprespropre » peut être quantifié : il correspond à la dif-
férence entre le taux de chômage effectif de la Écart Dont
Taux de
zone et le taux théorique précédemment calculé à la moyenne effet effetchômage
nationale structurel local qui reflète l’effet des niveaux de formation. Selon réel (%)
(12,8 %) (formation) proprel’effet local, le chômage de l’Oise est inférieur de
Picardie 14,2 1,4 0,8 0,6 1,1 point à celui qui devrait résulter de la structure
Aisne 15,9 3,1 1,0 2,1 de formation des actifs. Cet effet contrebalance
Château-Thierry 13,9 1,1 0,9 0,2 celui de la moindre formation des Oisiens, à tel
Soissons 14,8 2,0 0,8 1,2 point que le chômage de l’Oise est finalement in-
Saint-Quentin 17,8 4,9 1,0 3,9 férieur à la moyenne nationale.
Chauny-Tergnier-La Fère 17,1 4,3 1,0 3,3
Thiérache 17,1 4,3 1,5 2,8 Toutes les zones de l’Oise profitent d’un tel effet
Laonnois 14,3 1,5 0,8 0,7 local favorable. Celui-ci s’exerce à deux titres. En
Oise 12,3 -0,5 0,6 -1,1 premier lieu, de nombreux actifs du sud de la ré-
Sud-Oise 12 -0,8 0,5 -1,3 gion occupent un emploi en Île-de-France. En
Beauvais 12,9 0,1 0,9 -0,8 1999, 22 % des actifs de l’Oise ayant un emploi
Compiègne 12,4 -0,5 0,4 -0,9 travaillent en Île-de-France. En outre, la proximité
Santerre-Oise 12,6 -0,2 1,2 -1,5 de la région capitale nourrit la croissance de l’Oise,
Somme 15,5 2,7 1,1 1,6 particulièrement dans le sud du département qui
Amiens 15,8 3,0 0,7 2,3 bénéficie de créations d’emplois et d’entreprises,
Abbeville-Ponthieu 16,3 3,5 1,3 2,2
notamment dans les fonctions tertiaires (trans-
Vimeu 13,6 0,8 2,1 -1,3
ports, logistique…).
Santerre-Somme 15,2 2,4 1,8 0,6
Source : Insee, recensement de la population de 1999 Dans l’Aisne et la Somme,
Ce tableau résulte d'une décomposition entre effet structurel et effet résiduel réaliséedes effets locaux
sur la population active picarde (analyse « structurelle résidentielle »). L'effet structurel
correspond au niveau de chômage qui découle de la structure par sexe et diplôme. Il estpresque partout défavorables
égal au chômage théorique qui serait observé pour une zone si chaque personne y résidant
avait la même probabilité d'être au chômage que celle observée en moyenne nationaleCes effets spécifiquement locaux peuvent être pour les personnes de même sexe et niveau de diplôme. Ainsi, compte tenu du retard des
estimés responsables d’un accroissement du chô- Picards en termes de formation, leur taux de chômage devrait s'établir à 13,6 %, dépassant
de 0,8 point la moyenne nationale. L'effet local propre correspond à la différence entre lemage de 2,1 points dans l’Aisne et de 1,6 point
niveau réellement observé et celui imputable à l'effet structurel. Le taux de chômage étant
dans la Somme. Ils s’ajoutent à l’effet des moin- de 14,2 % en Picardie, la région se trouve ainsi pénalisée par un effet spécifique dont
l'ampleur est évaluée à 14,2 % - 13,6 % = 0,6 point. Les taux de chômage présentés dansdres niveaux de formation pour augmenter encore
ce tableau, reposant sur les déclarations au recensement, ne correspondent pas à ceux
l’écart vis-à-vis de la moyenne nationale. Les ef- d'ordinaire utilisés (DEFM). Selon la définition habituelle, le chômage en moyenne annuelle
était de 11,8 % en Picardie en 1999 et de 10,8 % en France métropolitaine.fets locaux pénalisants observés dans la majeure
partie de l’Aisne et de la Somme recouvrent trois
types de phénomène : concentration de publics chômage renforcé par un effet local défavorable.
en difficulté dans certaines zones urbaines ; vieillis- En effet, le chômage s’y trouve renforcé par l’arri-
sement ou inadaptation des tissus productifs ; re- vée de personnes originaires des zones rurales
tombées inégales de la situation géographique. ou péri-urbaines qui, quel que soit leur niveau de
diplôme, viennent dans les grandes villes pour
chercher un emploi. Les grandes villes concen- En ville, des publics plus exposés
trent en outre des personnes qui, à chaque niveauau chômage à diplôme égal
de diplôme, sont davantage exposées au risque
Dans l’Aisne et dans la Somme, plusieurs zones de chômage en raison de leurs autres caractéris-
constituées autour d’une grande ville voient leur tiques : jeunes, étrangers, familles mono-paren-
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tales, chômeurs de longue durée… Tous ces fac- trent sur le marché du travail. En Picardie, le fait
teurs concourent pour une structure donnée de d’être jeune est encore plus pénalisant : la pro-
diplôme à renforcer le chômage en milieu urbain. portion de jeunes actifs est plus élevée dans la
région qu’en moyenne, du fait de la structure dé-
Le « sur-chômage » féminin mographique et d’une moindre poursuite des étu-
des. Le taux de chômage des jeunes de 18 à 22est plus prononcé en Picardie
ans était au recensement de 1999 de 38 %, soit 8
Le chômage touche plus fréquemment les fem-
points de plus que la moyenne nationale.
mes que les hommes, y compris pour des person-
nes présentant les mêmes caractéristiques. Elles Le diplôme est plus rentable
étaient ainsi 14,7 % à être au chômage au sens en Picardie
du recensement en 1999, alors que les hommes
n’étaient que 8,9 % dans la même situation. L’écart Être dépourvu de diplôme accroît fortement le
entre les sexes en Picardie s’établissait à +5,8 % risque de chômage. Ce handicap est plus pro-
en Picardie, alors qu’il n’était que de 4,5 en France noncé en Picardie qu’en moyenne, avec une pro-
métropolitaine. Parmi les raisons qui rendent plus babilité d’être au chômage par rapport à la
difficile l’accès des femmes picardes à l’emploi fi- personne de référence multipliée par 1,8 au lieu
gure en premier lieu la moindre représentation des de 1,5 au niveau national. Symétriquement, les
activités tertiaires, qui offrent des emplois très diplômes élevés sont en Picardie une garantie
majoritairement occupés par des femmes : le ter- contre le chômage plus efficace qu’ailleurs. Cette
tiaire qui concentre 71,7 % des emplois en valorisation des diplômes spécifique à la région
moyenne nationale, n’en représente que 65,6 % peut être rapprochée du relatif déficit en termes
dans l’Aisne, 68,9 % dans l’Oise et 65,7 % dans la de formation et de qualification : rencontrant
Somme. La nature relativement dispersée de l’ha- moins de concurrence, les plus diplômés s’insè-
bitat défavorise également l’emploi des femmes, rent mieux en Picardie qu’en moyenne. Plusieurs
par les contraintes occasionnées sur le plan des écarts illustrent ce résultat : par rapport aux titu-
déplacements domicile-travail. laires du baccalauréat général, ceux qui ont un
baccalauréat technique sont généralement un
peu moins exposés au chômage, car leur forma- Les jeunes Picards
tion est plus proche du monde du travail. Tel n’estsont particulièrement touchés
pas le cas dans l’Oise ni dans la Somme. Par
A caractéristiques identiques, les jeunes sont plus rapport à un diplôme à bac +2, un diplôme à
touchés par le chômage que les autres actifs, les bac +3 procure un léger avantage en Picardie,
difficultés affectant en premier lieu ceux qui en- mais pas en moyenne nationale.
er erLe temps* mis en moyenne par un jeune pour accéder à un 1 emploi et à un 1 emploi durable
en France en 1999 en Picardie en 1999 en Picardie en 1990
Âge médian d'arrêt des études 21 ans et 4 mois 20 ans et 7 mois 19 ans et 11 mois
Temps écoulé entre la fin des études
6 mois 5 mois 1 an
et l'entrée sur le marché du travail
Temps écoulé entre l'entrée sur le
1 an et 8 mois 2 ans et 1 mois 1 an et 1 mois
marché du travail et le premier emploi
Temps écoulé entre le premier emploi
2 ans et 6 mois 2 ans et 11 mois 1 an et 10 mois
et le premier emploi stable
*Il s'agit du temps passé entre 2 âges médians. Sources : recensements de la population 1990 et 1999
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