Le RMI : Un filet de protection pour un réunionnais sur cinq

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Le RMI existe maintenant depuis quinze ans et son importance en tant que minimum social s'est affirmée. Au cours de cette période marquée par un taux de chômage très élevé, le nombre d'allocataires a augmenté au même rythme que la population en âge de travailler. L'insertion professionnelle de cette population très peu formée est un pari difficile à tenir.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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dossier Le RMI, entre survie et insertion
Un filet de protection pour
e RMI existe maintenant depuis qui est alors connu et reconnu pour sa
près de quinze ans et son impor- fonction de minimum social, au détri-Ltance en tant que minimum ment de celle visant l’insertion profes-
social s’est affirmée. Au cours de cette sionnelle et durable. La grande question
période marquée par un taux de chô- au début des années 1990 porte donc sur
1 mage très élevé, le nombre d’allocatai- l’avenir du RMI : quelle concrétisation
res a augmenté au même rythme que pour le volet “insertion” dans une société
la population en âge de travailler. de forte croissance démographique et
L’insertion professionnelle de cette dans laquelle près de quatre actifs sur dix
population très peu formée est un pari sont au chômage ? Providentiels mais
difficile à tenir. ponctuels, les emplois aidés instaurés
tout au long de la décennie ne permet-
A la suite de la loi du 1er décembre
tront pas d’enrayer la croissance duLe profil personnel des 1988, c’est par le décret du 20 janvier
nombre d’érémistes.
1989 que le Revenu minimum d’inser-érémistes
tion est étendu aux Dom. A La Réunion,
2 Nombre de érémistes de 1990 à 2001près de 88 000 demandes sont enregis-Plus souvent inactives et plus touchées
(au 1er septembre de chaque année)
par le chômage, les femmes se trées dès 1989. Le nombre d’allocataires
retrouvent plus nombreuses parmi les admis en 1990 dépasse les 47 000 et
allocataires du RMI. Déjà majoritaires celui des personnes couvertes (allocatai-
en 1989 avec 53 % des allocataires, res, conjoints, enfants et autres person-
leur part s’est encore accrue et atteint nes à charge) atteint 123 500, soit un
57 % en 2001. Il en est de même pour
Réunionnais sur cinq. La Réunionles adultes les plus jeunes (26-39 ans)
détient aussitôt le record en matière dequi sont les plus affectés par le
RMI. Alors que sa population ne repré-chômage et forment la moitié des
érémistes. Dans cette tranche d’âge une sente que1%dela nationale,
personne sur cinq est allocataire du elle représente 10 % de la population
3 RMI. totale des allocataires français et 50 % des
Malgré l’amélioration du système allocataires domiens.
éducatif, la faiblesse du capital scolaire
Les 155 millions d’euros versés en 1990demeure un fait social chez les
aux allocataires ont augmenté d’année enérémistes puisque 76 % d’entre eux Source : Caf
n’ont pas atteint le niveau du BEPC (ils année jusqu’à atteindre 313 millions en
La croissance du nombre de bénéfi-étaient 88 % dans ce cas en 1995) et 2002. Contribuant indubitablement à la
ciaires est continue mais irrégu-60 % sont analphabètes et/ou illettrés. croissance de l’économie réunionnaise, lière, celle des montants versésLes observations menées sur le terrain le RMI s’est par ailleurs imposé comme s’élève avec l’alignement des barè-
montrent que l’image même de la mes sur le niveau métropolitain.un revenu vital pour un grand nombre de
formation et de certaines mesures
ses bénéficiaires. A l’époque de son ins-d’insertion professionnelle est très
4 tauration et encore aujourd’hui, un allo-souvent dévalorisée. Elle renvoie en
L’importance du RMI à La Réunioncataire sur trois ne dispose que de cetteeffet à un système d’apprentissage -
demeure un fait constant depuis 1989,prestation pour vivre.l’école - qui, dans les biographies et
corrélé bien entendu avec le chômage etreprésentations des intéressés, évoque
la pression démographique qui sont carac-une expérience le plus souvent L’enjeu difficile depassagère et sans intérêt. téristiques de l’économie locale. En sep-
l’insertion tembre 2001, le nombre d’allocataires
recensés par la Caf était de 66 482, soit
Comment insérer, au sein d’un système une augmentation de près de 20 000 per-
productif qui requiert de plus en plus de sonnes depuis la fin de la mise en place
qualifications, des individus qui ont jus- du dispositif. En 2002 le nombre d’éré-
5 tement comme handicap d’être peu for- mistes stagne à cause de l’instauration
més ? Telle est la question que l’on est d’une nouvelle prestation, le Revenu de
en droit de se poser dès 1990, alors que solidarité (RSO) qui est versé aux érémis-
plus de neuf allocataires sur dix n’ont tes d’au moins cinquante ans, allocataires
pas dépassé le niveau de la troisième. Un depuis plus de deux ans et qui s’engagent
an plus tard, 66 % d’entre eux bénéfi- à se retirer du marché du travail.
cient du RMI de façon continue depuis
sa mise en place, contre 40 % en métro- Sur une période de douze ans le nombre
pole. Très tôt, La Réunion doit donc d’érémistes a augmenté au rythme moyen
faire face au caractère durable du RMI d’environ 3 % par an, ce qui correspond
12 économie 4e trimestre 2003
DE LAREUNIONdossier
un Réunionnais sur cinq
au rythme d’évolution de la population La stabilisation des effectifs en 2002 métropolitain est donc réel puisque si
âgée de 25 à 59 ans. La part des person- s’explique par la mise en place du RSO. l’on inclut les bénéficiaires du RSO, on
nes couvertes par le RMI au sein de la A la fin de l’année 2002, on comptait recense en fin 2002 plus de 73 300 allo-
population totale a un peu augmenté, pas- plus de 5 400 bénéficiaires du RSO qui cataires, soit environ 12 000 individus
sant de 20 % fin 1990 à 22 % fin 2001. ont ainsi disparu des statistiques relatives supplémentaires en deux ans.
Cependant, on observe une certaine irré- au RMI. Le gonflement des effectifs 1
Nicolas ROINSARDgularité dans cette croissance et plusieurs d’allocataires du RMI sous l’effet du
périodes doivent être distinguées. relèvement des barèmes sur le niveau
Un lien fort avec les autres
prestations sociales
Développement de la famille monoparentale ?
Après l’importance des instructions admi-
nistratives des années 1989 et 1990, le
Alors qu’en 1989 on observait parmi les des déclarations de situation conjugalenombre de érémistes fluctue surtout en
allocataires du RMI 35 % de couples avec “aménagées” destinées à percevoir deuxfonction de l’évolution des autres presta- 2
enfant(s) pour 20 % de familles monopa- RMI plutôt qu’un RMI pour un couple.tions sociales. Le RMI est en effet une
rentales, le rapport s’est depuis inversé. Cette stratégie économique a pu seallocation différentielle dont le montant
En 2001, on compte 28 % de familles développer au fur et à mesure que lesest en partie déterminé par le niveau des
monoparentales pour seulement 26 % de allocataires ont pris connaissance desautres ressources des allocataires. De 1991
couples avec enfant(s). Il y a aujourd’hui règles d’attribution du RMI.à 1993 le nombre d’érémistes baisse de
façon sensible avec la revalorisation des une différence significative entre le modèle
L’enquête sur les conditions de vie desprestations familiales. L’augmentation familial dominant au sein du RMI – la
personnes défavorisées, réalisée enreprend brutalement en 1994, puis à un famille monoparentale - et celui de la
1997 par l’Insee, permettait déjà demoindre rythme jusqu’en 1999. société réunionnaise, à savoir le couple
prendre la mesure de ces stratégies.
avec enfants qui représente 47 % desEn 1999 les règles d’attribution de l’allo- Alors que la Caf estimait, à l’époque, 3
ménages. La population érémiste se dis-cation deviennent plus favorables dans la que 29 % des érémistes vivaient entingue aussi par une très forte proportionmesure où les majorations pour âge des couple, l’enquête en comptait 43 %.
de personnes seules (43 % au total, auallocations familiales ainsi que l’alloca-
Construites à partir d’observations etlieu de 17 % dans l’ensemble de la popu-tion pour jeune enfant ne sont plus prises
d’entretiens ethnographiques, les enquê-lation). Les deux tiers de ces personnesen compte dans l’assiette des ressources.
tes de terrain récemment menées à La
Le nombre de familles potentiellement isolées sont des hommes.
Réunion confirment cet écart entre lesbénéficiaires a ainsi augmenté de façon
On peut se demander si l’augmentation statistiques officielles et les pratiquesquasi mécanique. La nouvelle législation
sensible du nombre d’hommes seuls et de réelles, et dévoilent la complexité deen date du premier décembre 1998 visant
familles monoparentales entre 1989 et certaines situations.à renforcer les mesures d’intéressement –
2002 n’est pas à mettre en relation avecc’est-à-dire la possibilité de cumuler de 4Concrètement, la stratégie adoptée par
façon ponctuelle le bénéfice de l’alloca-
certains couples conduit le plus souvent
tion et les revenus du travail – aura per-
Allocataires selon le type de ménage l’homme à déclarer qu’il habite chez un
mis quant à elle à toute une partie des
parent. Mais il arrive également que laérémistes de conserver leur droit. De ce
dissociation entre le couple et lefait, la croissance du nombre d’allocatai-
ménage soit réelle, la femme ayant sonres s’accentue puisque plus de 5 000
“particulier” et l’homme étant officiellementindividus rejoignent le dispositif entre
rattaché au domicile de ses parents. Un2000 et 2001.
exemple, de pratiques culturelles qui
L’alignement du RMI sur le niveau métro- n’ont pas place dans le traitement insti-
politain a été effectué en deux temps : au 5tutionnel de la pauvreté, et qui demeu-
1er janvier 2001 puis au premier janvier rent difficiles à mesurer.
2002. Le relèvement du plafond de res-
sources devait mécaniquement faire
admettre de nouveaux allocataires, mais
en fait après la hausse de 2001 le nombre
Source : Caf
d’allocataires se stabilise en 2002. Seuls
Augmentation sensible du nombreles montants versés se ressentent de la
des hommes seuls et des familles
hausse des barèmes avec une hausse de monoparentales.
19 % en 2002.
économie 134e trimestre 2003
DE LAREUNION

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