Le secteur de premier emploi oriente-t-il le début de parcours professionnel ?

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Lorsqu'elles embauchent, les entreprises ne font pas toutes la même place aux débutants, auxquels elles n'offrent pas toutes les mêmes opportunités d'évolution. Ainsi, à côté des déterminants individuels, l'entreprise joue un rôle dans la construction des trajectoires de débutants. S'appuyant sur des données longitudinales, cette analyse montre que la probabilité de stabilisation dans l'entreprise de premier emploi, trois ans après la fin des études, dépend significativement du secteur d'activité initial et ce, même pour ceux qui occupent certaines fonctions transversales. À même niveau de diplôme, sexe et taille d'entreprise, la stabilisation chez le premier employeur est plus fréquente dans les secteurs de la construction aéronautique, navale et ferroviaire, l'énergie, le transport aérien, la finance, l'immobilier, la santé, les postes et télécommunications, la réparation automobile et les services de conseil-assistance. Pour ceux qui sont mobiles, le secteur d'embauche initial garde une influence, mais modérée, sur la probabilité d'être au chômage trois ans après. Un effet protecteur du chômage spécifique n'apparaît que dans deux secteurs : la santé et l'éducation. Ces résultats peuvent s'interpréter par l'inclusion ou non à des marchés internes, mais aussi à des marchés professionnels.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Le secteur de premier emploioriente-t-il le début de parcoursprofessionnel ?Michèle Mansuy et Claude Minni*
EMPLOI
Lorsqu’elles embauchent, les entreprises ne font pas toutes la même place aux débutants,auxquels elles n’offrent pas toutes les mêmes opportunités d’évolution. Ainsi, à côté desdéterminants individuels, l’entreprise joue un rôle dans la construction des trajectoiresde débutants. S’appuyant sur des données longitudinales, cette analyse montre que laprobabilité de stabilisation dans l’entreprise de premier emploi, trois ans après la fin desétudes, dépend significativement du secteur d’activité initial et ce, même pour ceux quioccupent certaines fonctions transversales.À même niveau de diplôme, sexe et taille d’entreprise, la stabilisation chez le premieremployeur est plus fréquente dans les secteurs de la construction aéronautique, navale etferroviaire, l’énergie, le transport aérien, la finance, l’immobilier, la santé, les postes ettélécommunications, la réparation automobile et les services de conseil-assistance.Pour ceux qui sont mobiles, le secteur d’embauche initial garde une influence, maismodérée, sur la probabilité d’être au chômage trois ans après. Un effet protecteur duchômage spécifique n’apparaît que dans deux secteurs : la santé et l’éducation. Cesrésultats peuvent s’interpréter par l’inclusion ou non à des marchés internes, mais aussià des marchés professionnels.
* Michèle Mansuy, était, au moment de la rédaction de cet article, affectée à la direction régionale PACA de l’Insee ;courriel : michele.mansuy@cerc.gouv.fr ; Claude Minni est membre de la Dares ; courriel : claude.minni@dares.gouv.fr.Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
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L’insertion professionnelle des débutants est prise dans le processus d’appariement évoquésouvent modélisée comme le processus de plus haut. On peut alors se demander si le sec-recherche d’un bon appariement entre un jeune teur d’embauche initial contribue à modeler leactif et un employeur (Jovanovic, 1979). Pour- début de trajectoire professionnelle des jeunestant, si l’impact des caractéristiques individuelles sortis de formation initiale depuis trois ans,des jeunes sur leur devenir professionnel a fait dénommés jeunes actifs dans cet article.l’objet de nombreux travaux, les études del’effet possible du comportement des entrepri- Cette question a d’ailleurs été étudiée depuis leses sur les parcours de débutants sont moins début des années 1990, d’abord sur des sous-répandues. Les enquêtes d’insertion disponibles populations de même niveau de diplôme, puis(enquêtesGénération du Céreq, cf. encadré 1) pour l’ensemble des jeunes actifs.ne permettent pas d’identifier l’entreprise elle-même, mais précisent certains de ses attributs : En 1991, Podevin et Viney soulignent l’in-le statut public ou privé, la taille et le secteur fluence déterminante du secteur d’emploi sur lad’activité. Une étude récente de la mobilité possibilité de reclassement, au bout de cinq ans,intersectorielle (Le Minez, 2002), montre des jeunes de niveau CAP ou BEP déclassés à lal’existence de grands pôles sectoriels à l’inté- première embauche. À partir d’une typologierieur desquels la mobilité prend place de façon mobilisant des indicateurs variés, issus de plu-privilégiée. Le secteur étant un critère pertinent sieurs sources, ils montrent aussi qu’au-delà dupour caractériser les mobilités d’actifs, on peut reclassement, la probabilité de promotion ulté-penser qu’il traduit une partie de l’effet entre- rieure dépend étroitement, elle aussi, du secteur
Encadré 1L’ENQUÊTEGÉNÉRATION 98 ET LES VARIABLES CONSTRUITESL’enquêteGénération 98 traite un large échantillon deLes diplômes : la nomenclature deplus haut diplômejeunes sortis de formation initiale pour la première fois enatteint en 1998 est cohérente avec celle mise au point1998 (55 435 en 2001, soit environ un sortant de forma- dans les groupes d’exploitation de l’enquêtetion initiale sur quinze). L’échantillon a été conçu pourGénération 98. On veut ici tester l’hypothèse que laassurer une bonne représentation nationale par filière valeur accordée par les employeurs à un diplômefine de formation et une représentation régionale par donné dépend étroitement de la spécialité suivie. Si ongrand niveau. Chaque personne enquêtée est identifiée en reste à un niveau très agrégé en séparant les spé-dans ses caractéristiques familiales, sociales et scolai- cialités en trois grandes familles : diplômes généraux,res. Elle est interrogée en 2001 et en 2003, soit respec- diplômes industriels (diplômes agricoles et du bâti-tivement 3 ans et 5 ans après la fin des études. Mais ment compris), diplômes tertiaires (diplômes du sec-seuls les résultats de 2001 sont utilisés dans cet article. teur social et santé compris), les risques de chômage,Le début de parcours professionnel est suivi mois par de maintien dans l’emploi initial et le salaire après troismois entre la fin de ses études et la date de l’enquête. ans devraient se révéler différents, à diplôme égal,selon la famille de spécialités. On a donc segmenté lesLa nomenclature de secteurs :l’enquête diplômes « secondaires » et « supérieurs courts » enGénération 98 s’appuie sur une nomenclature secto- « généraux », « industriels », « tertiaires » en utilisantrielle spécifique, en 67 postes, adaptée à un classe- les nombreuses informations du questionnaire : orien-ment direct par les enquêtés. Cette nomenclature est tation après la troisième, série du bac, diplômes obte-compatible avec le niveau 36 (sauf pour l’énergie, en nus avant la sortie de formation, dernière année d’étu-un seul poste au lieu de deux). des suivies.La taille de l’entreprise privée : le secteur évoquéLa durée de chômage avant le premier emploia étédans le questionnaire est celui de l’entreprise, mais on regroupée en trois classes : aucun chômage avant lene peut garantir que l’enquêté fasse bien la distinction premier emploi, moins de six mois de chômage, sixentre l’activité de l’établissement où il travaille et l’acti- mois et plus.vité dominante de l’entreprise correspondante, lors-que celle-ci a plusieurs établissements. En revanche,La circonstance de fin du premier emploiest ditele questionnement sur la taille explicite bien qu’ilnégociée ou choisie dans les circonstances suivantes :s’agisse de celle de l’entreprise dans son ensemble, l’enquêté a démissionné, l’enquêté a refusé le renou-lorsque celle-ci a plusieurs établissements. vellement de contrat que lui proposait l’entreprise à lafin de son contrat initial à durée limitée, l’enquêté aLes regroupements utilisés distinguent trois classes de négocié son licenciement à l’amiable avectaille d’entreprise : les petites (moins de dix salariés), l’employeur. En l’absence d’information complémen-les moyennes (dix salariés à moins de deux cents), les taire, on a considéré les fins de période d’intérimgrandes (deux cents salariés et plus). comme non choisies ni négociées.
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d’activité de l’employeur. En 1997, Lochet meten lumière l’hétérogénéité des parcoursd’emploi des débutants de niveau inférieur aubac, suivant le secteur et la taille de l’établisse-ment employeur. Il établit notamment qu’uncontrat de travail de même statut juridique peutêtre utilisé très différemment selon le secteur.Les statuts précaires peuvent ainsi amorcer unaccès sélectif plus ou moins lent aux marchésinternes de grandes entreprises.A contrario, lesplus petites entreprises de certains secteurs (tex-tile, cuir, bois, meuble, industries agroalimen-taires, bâtiment) ont plus souvent que d’autresun usage atypique du CDI, qui peut s’y révélerinstable, en partie parce que les entreprises cor-respondantes sont moins souvent pérennes.Plus récemment, Rose (1998) insiste sur la perti-nence du niveau sectoriel dans l’analyse del’emploi des jeunes. Selon lui, les secteurs sonten effet associés à des formes différenciées desegmentation du marché du travail : marchésexternes dominants dans le commerce, l’hôtelle-rie et les services aux personnes, marchés inter-nes d’accès sélectif prépondérants dans les indus-tries d’équipements et de biens intermédiaires,marchés externes à caractère professionnel forte-ment présents dans les industries agroalimen-taires, le bâtiment ou la réparation automobile.Depuis, l’enquêteGénération 92 a permisd’étudier l’influence du secteur employeur surles débuts de parcours professionnels del’ensemble des jeunes débutants (Lochet, 2003).Les jeunes actifs occupent une part inégale desemplois et des embauches selon le secteur con-sidéré. Les secteurs d’accueil des jeunes sontplutôt ceux où l’emploi est en expansion et ilspeuvent y être accueillis sur des postes deniveau de qualification élevé, à l’exemple desservices de conseil-assistance. Les jeunes actifssont aussi plus fréquemment présents que lesadultes expérimentés dans le commerce, l’hôtel-lerie ou l’animation culturelle et sportive(Mansuy et Thireau, 2003).Selon les travaux cités ci-dessus, certains sec-teurs intègrent une fraction importante du fluxde débutants sans nécessairement les stabiliserpar la suite. On peut alors se demander si lanature du premier employeur n’oriente pasdurablement la trajectoire du jeune. Pour cela,on étudie les débuts d’itinéraires professionnels,décrits sur trois ans après la fin des études initia-les par l’enquêteGénération 98(Céreq, 2002).La source permet de mettre en évidence les sec-teurs introducteurs de main-d’œuvre débutante,
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mais aussi d’observer les premières mobilitésprofessionnelles. Captent-elles les débutantsdans le secteur, ou bien sont-elles l’occasiond’appels à une main-d’œuvre externe ? À carac-téristiques de formation initiale comparables, lesecteur initial infléchit-il la probabilité de se sta-biliser chez son premier employeur ou le risqued’être chômeur trois ans après la fin des études ?Les débuts de carrière présententdes profils sectoriels contrastésCloemnmque êcteel a avpariét cdéédjàe nétteé,  obseGrvéén éàr patairotinr  9de2(Desgoutte et Giret, 2000 ; Lhotel et Moncel,2003), le poids de la plupart des secteurs variepeu du premier emploi à celui occupé trois à cinqans après la fin des études. Pourtant quelquessecteurs connaissent une évolution sensible(cf. graphique I). La part de certains progresseau fil du temps dans les emplois de la cohorte.C’est surtout le cas de secteurs de profes-sionnels : l’éducation, la santé, mais aussi lessociétés de services et d’ingénierie informatique(SSII), les transports (hors aériens et routiers demarchandises). C’est toutefois le poids del’administration publique qui progresse le plus.Le secteur de l’éducation occupe ainsi le premierrang des secteurs employeurs aux deux dates, lasanté se hisse du 5e au 2e rang, l’administrationpublique du 6e au 3e. D’autres secteurs, en revan-che, pèsent moins dans l’emploi occupé trois ansaprès la fin des études que dans l’emploi initial.C’est vrai surtout de certains secteurs à forterotation des effectifs : l’hôtellerie-restauration,mais aussi les industries agroalimentaires (IAA),la grande distribution, le commerce de détailnon alimentaire, l’agriculture et les servicesdomestiques. L’hôtellerie-restauration, deuxiè-me employeur au premier emploi, n’est plusqu’au 9e rang à la date de l’enquête.Cependant, malgré la relative stabilité du poidsdes secteurs dans l’emploi global de la cohorte,les jeunes actifs changent fréquemment de sec-teur au cours des trois années qui suivent la finde leurs études. Ainsi, parmi ceux qui ont unemploi à la date de l’enquête, un peu plus d’untiers ont occupé un emploi dans un autre secteurdans les trois années précédentes. Mais cesnombreux mouvements individuels se compen-sent presque au niveau global (1).1. Ce résultat n’est pas spécifique aux débuts de carrière. Il seretrouve pour d’autres catégories d’actifs lorsque l’on comparedes trajectoires professionnelles individuelles et des indicateursagrégés.
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On distingue donc différents types de parcoursindividuels et l’effet possible du secteur de pre-mière appartenance sur chacun d’eux.Les parcours sans mobilité, où le jeune actifreste dans l’entreprise de première embauche,constituent la première figure-type à étudier. Ilsconcernent quatre jeunes actifs ayant un premieremploi sur dix. Dans le prolongement des tra-vaux de Clémenceau et Géhin (1983), on pour-rait s’attendre à ce que ces parcours soient situésplutôt dans des secteurs à gestion de main-d’œuvre internalisée, caractérisés par une fortestabilité de leurs actifs. En fait, les parcours sansmobilité sur trois ans ne sont pas tous de ce type.Ceux où s’établitavec le premier employeur unlien durable, concrétisé par un statut d’emploistable au bout des trois ans (CDI, indépendant,fonctionnaire), sont cependant majoritaires,représentant les trois quarts des parcours sansmobilité. Les autres ont unstatut final non sta-bilisé (intérim, CDD ou mesure d’aide àl’emploi des jeunes) et l’intégration durable dujeune salarié est, au mieux, encore incertaine(cf. l’article d’Alberto Lopez, dans ce numéro).Dans les autres cas, le jeune actif a connu aumoins une mobilité, qui peut se conclure ou nonpar une situation d’emploi à la date del’enquête, trois ans après la fin des études. Lesdonnées actuellement disponibles ont un hori-zon court pour observer les itinéraires de mobi-lité en emploi, qu’ils soient intra- ou inter- sec-toriels. On n’a donc pas analysé les mobilitésd’emploi au niveau individuel. Toutefois, des
indications au niveau agrégé par secteur sontdonnées dans la suite de cet article.Les parcours de mobilité aboutissant au chô-mage constituent la deuxième figure-type. Troisans après la fin des études, le chômage ne con-cerne plus que 7 % de ceux qui ont occupé aumoins un emploi. Il est alors plus souvent signed’une faible stabilité qu’en début de parcours.Dans ce cas, la rupture, volontaire ou choisie, dulien d’emploi établi avec le premier employeurne se traduit pas (ou pas encore) trois ans aprèsl’arrêt des études, par l’intégration à une nou-velle entreprise.Les parcours débouchant sur une reprise de for-mation à temps plein concernent un peu plus de3 % de ceux qui ont occupé un premier emploi.Ceux qui sont ponctués par un retrait temporaireou non du marché du travail représentent à peineplus de 2 % des cas. Ces types de parcours, oùles motivations personnelles ou familiales inter-viennent très fortement, ne sont pas repris dansl’analyse, où c’est au rôle de l’entreprise et dusecteur dans le processus d’insertion que l’ons’intéresse.L’effet du secteur d’emploi sur les trajectoiresdes jeunes actifs sera décrit en deux temps :d’abord à partir d’indicateurs sectoriels agrégés,puis en intégrant les caractéristiques individuel-les des jeunes, en mettant l’accent sur les itiné-raires où un lien durable s’est noué avec le pre-mier employeur et ceux qui se terminent par unépisode de chômage (cf. schéma page 5).
Graphique IÉvolution de la part des secteurs du premier emploi à la date d’enquête(valeurs extrêmes en points)Administration publique (7,2 %)Éducation (8,3 %)Santé (7,5 %)SSII (3,6 %)Autres transports (2,2 %)
Services domestiques (0,4 %)Agriculture (1,7 %)Autre commerce de détail (5,4 %)Grande distribution (3,8 %)IAA (3,6 %)Hôtellerie, restauration (3,8 %)- 2,80 - 2,40 - 2,00 - 1,60 - 1,20 - 0,80 - 0,40 0,00 0,40 0,80 1,20 1,60 2,0 0Lecture : les valeurs entre parenthèses représentent le poids du secteur dans l’emploi total de la cohorte à la date d’enquête. Le secteurde l’éducation représente 8,3 % de l’ensemble des emplois trois ans après la fin des études et 1,2 point de plus que dans l’ens embledes premiers emplois.Source : enquêteGénération 98, Céreq.
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En fonction du secteur du premier emploi, ledevenir des jeunes actifs se révèle assez hétéro-gène. La proportion de ceux qui ont noué unerelation stable avec l’entreprise initiale et la partde ceux qui sont restés chez leur premieremployeur, mais sans obtenir un statut d’emploisans limitation de durée, sont fortement modu-lées par le secteur d’emploi initial. Le risque dene pas avoir d’emploi, trois ans après la sortie deformation, fluctue lui aussi sensiblement avec lesecteur d’origine.Dans l’énergie et le transport aérien,un lien plus souvent durableavec le premier employeurComme Lochet (1997) l’a montré, le contrat depremière embauche est difficile à interpréter.L’accès à un marché interne peut être immédiat,mais il est souvent acquis après une périoded’évaluation en situation de travail, sous contratà durée limitée dans un premier temps. C’estpourquoi on privilégie ici la durée de l’emploi,associée au statut final, à un stade où la sélectionopérée par le premier employeur peut être ache-vée. Les trois années écoulées donnent égale-ment au jeune actif le temps de changer d’entre-prise si une meilleure opportunité se présente.Trois ans après avoir achevé leurs études, 29 %des enquêtés ayant eu un premier emploi tra-vaillent toujours chez leur premier employeur et
Les parcours des jeunes enquêtés
55 345 enquêtés 51 902 enquêtésdansgénération 98ont eu un premieremploi
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3 414 sontau chômageau momentde l’enquêteParcours mobilité-chômage
y ont acquis un statut d’emploi stable (CDI,fonctionnaire ou indépendant).Ces relations stables avec le premier employeurs’établissent nettement moins fréquemmentpour ceux qui ont connu leur première embau-che dans l’agriculture, les industries agroali-mentaires, les industries de l’habillement, dumeuble et du papier-carton, la sécurité, l’inté-rim, l’hôtellerie-restauration, les activités cultu-relles et sportives et surtout dans les servicesdomestiques (cf. graphique II).En revanche, elles concernent entre 40 et 55 %de ceux qui ont débuté dans l’énergie, le trans-port aérien, les services de conseil aux entrepri-ses (informatique, droit et gestion, architectureet ingénierie), la construction aéronavale et fer-roviaire, la finance et l’immobilier, la fabricationd’instruments de précision, secteurs de marchésinternes ou de professionnels. Un peu plus d’undébutant sur dix est resté chez son employeurinitial, mais avec un statut final encore précaire.Parmi eux, 26 % sont en CDD du secteur privé,20 % en intérim et autant en CDD de l’adminis-tration ou des entreprises publiques, 8 % enalternance et 26 % dans d’autres mesures jeunes,parmi lesquelles les emplois-jeunes constituentun contingent important.Ces parcours où le débutant reste chez son pre-mier employeur, mais sans y acquérir un statutstable, sont très fréquents dans les secteurs qui
15 028l’ont gardéjusdqeulaeunqmuoêtmee,ntavPeacrcloeuprrsedmeielireenmdpulroaybeleuravec un CDI final
5 533 l’ont gardéjusqu’au momentde l’enquête, avecstatut final précaire28 711 ne l’ontpas gardé
25 297sont en emploiau momentde l’enquête
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recourent fortement aux mesures d’aide à le transport aérien, les banques, la fabricationl’emploi des jeunes : l’administration publique, d’instruments de précision ou l’hôtellerie-restau-l’éducation, le secteur culturel et sportif, les asso- ration (entre 1,5 et 4 % des premiers emplois deciations et l’action sociale, et également dans les ces secteurs, cf. graphique III).secteurs industriels qui recourent le plus forte-ment à l’intérim en première embauche (la cons- Le chômage touche, trois ans après la fin des étu-truction automobile et la construction d’appareils des, un peu plus de 7 % de ceux qui ont eu un pre-domestiques). À l’inverse, ces situations sont très mier emploi, mais cette proportion fluctue forte-peu courantes dans certains secteurs de services ment selon le secteur de premier emploiaux entreprises (services de conseil, administra- (cf. graphique IV). Plus de 13 % de ceux qui débu-tion d’entreprise, location sans opérateur), dans tent dans l’habillement, le nettoyage, l’hôtellerie-
Graphique IILien durable avec le premier employeur, selon le secteur d’activité (valeurs extrêmes)ÉnergieTransport aérienSSIIConstruction aéronavale, ferroviaireArchitecture, ingénierieServices droit, gestionAssurancesImmobilierBanquesInstruments de précision
Ensemble
AgriculturePapier, cartonIAAAudiovisuel, cultureIntérimSécuritéMeublesHabillementHôtellerie, restaurationServices domestiques10 15 20 25 30 35 40 45 50 55En %60Lecture : 29 % des enquêtés sont restés chez leur premier employeur avec un statut final stable ; c’est le cas de 52 % de ceux qui ontdébuté dans le transport aérien.Source : enquêteGénération 98,Céreq.
Graphique IIIPart des liens non stables avec le premier employeur, selon le secteur d’activité (valeurs extrêmes)Administration publiqueÉducationAudiovisuel, cultureAssociations
Ensemble
AutomobileAction socialeAppareils domestiques
Location sans opérateurHôtellerie, restaurationInstruments de précisionBanquesArchitecture, ingénierieServices droit, gestionTransport aérienAdministration d'entrepriseSSII0 10 20En %30Lecture : 11 % des enquêtés sont restés chez leur premier employeur avec un statut final précaire ; mais c’est le cas de 24 % d e ceuxqui ont débuté dans l’éducation.Source : enquêteGénération 98, Céreq.
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restauration, les services domestiques ou les asso-ciations sont chômeurs trois ans après la fin deleurs études. C’est encore le cas de plus de 10 %des débutants dans l’assainissement, le textile,l’industrie du meuble, celle des composants élec-troniques, la coiffure, l’hôtellerie-restauration, lecommerce de détail non alimentaire.En revanche, parmi ceux pour qui l’emploi ini-tial se trouve dans le secteur bancaire, l’énergie,la santé, la fabrication d’articles de sport et plusencore dans la construction navale, aéronauti-que ou ferroviaire, les services informatiques oula construction de matériel informatique, le ris-que d’être sans emploi trois ans après la fin deformation est limité.Si l’on compare ces résultats à ceux du graphi-que II, on remarque que les secteurs les plus sta-bilisateurs au premier emploi conduisent moinssouvent au chômage. Mais l’inverse n’est pasvrai : amorcer son parcours dans la santé ou laconstruction informatique conduit rarement auchômage, et pourtant, la stabilisation chez lepremier employeur n’y est pas particulièrementfréquente. À l’autre extrême, débuter dans lacoiffure ou les associations comporte un risquede chômage supérieur à la moyenne, alors queces secteurs ne figurent pas parmi les moins sta-bilisants au premier emploi.Le risque de chômage associé à la mobilité ulté-rieure contribue en effet à moduler les résultatsliés à la fréquence des stabilisations dans l’entre-prise initiale. Or, on peut penser qu’une mobilité
est d’autant plus favorable qu’elle est assumée.Ce cas est relativement fréquent, même en toutdébut de carrière. Parmi ceux qui ne sont pas res-tés chez leur employeur initial, presque la moitiéa pris l’initiative de ce départ, en démissionnant,en refusant un nouveau contrat offert àl’échéance du premier ou, plus rarement, ennégociant son licenciement (cf. graphique V).Les départs sont majoritairement à l’initiativedes jeunes actifs dans les services de conseil-assistance, mais aussi la sécurité, les associa-tions, l’hôtellerie-restauration ou la construc-tion informatique. En revanche, les départs d’unorganisme de recherche ou d’une entreprise detransport aérien sont moins souvent volontairesque dans l’ensemble des secteurs.La fréquence des départs à l’initiative du jeuneactif peut correspondre à des cas de figuresdivers : les débutants quittent, lorsqu’ils lepeuvent, un secteur initial peu attractif, ou bienrecherchent une mobilité d’entreprise pour obte-nir plus d’expérience et une progression de car-rière, que ce soit dans le même secteur ou non.Des secteurs inégalement attractifset stabilisantsDans les secteurs de professionnels, qui sontdéfinis par une forte proportion de salariésexerçant dans un domaine professionnel spéci-fique, et connaissant des mobilités interentre-prises comme, par exemple, la coiffure ou les
Graphique IVTaux de chômage à l’enquête selon le secteur de premier emploi (valeurs extrêmes)HabillementNettoyageServices domestiquesAssociationsAssainissementTextileMeublesComposants électroniquesCoiffureHôtellerie, restaurationAutre commerce de détail
Ensemble
ÉnergieArticles de sportSantéBanquesSSIIMatériel informatiqueConstruction aéronavale ferroviaire1 3 5 7 9 11 13 15En %17Lecture : 7,2 % de ceux qui ont occupé un premier emploi sont au chômage au moment de l’enquête ; c’est le cas de 12,5 % de ceu xqui ont débuté dans le textile.Source : enquêteGénération 98,Céreq.
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services de conseil-assistance, les trajectoires secteur recrute souvent des jeunes actifs ayantd’insertion sont plus fréquemment internes au débuté ailleurs. (2)secteur (Mansuy et Thireau, 1999). Selon lessecteurs, les entreprises peuvent embaucher de Letaux de croissance de l’emploi dans le sec-nombreux débutants et n’en stabiliser qu’une teur, entre le premier emploi et l’emploi àpartie, ou préférer embaucher de jeunes actifs l’enquête est une combinaison des deux indica-déjà pourvus d’un début d’expérience dans une teurs précédents (3). La courbe de croissanceautre branche d’activité. Pour caractériser les égale à la moyenne dans le plan (m, r) est lasecteurs en différenciant ces types de situation, parallèle à la seconde bissectrice passant par leil est commode d’utiliser deux indicateurs, point moyen.le taux de maintien et le taux de renouvel-lement (2), qui permettent de synthétiser et de Les secteurs de l’action sociale, de la recherche-comparer les entrées et les sorties des débu- développement et de l’audiovisuel-culture-sporttants de chaque secteur à partir du premier (qui représentent, ensemble, un peu moins deemploi. 7 % des emplois à la date d’interrogation) ontdes positions proches de la moyenne sur lesLetaux de maintien dans le secteur, 53 % en deux indicateurs choisis. Parmi les autres sec-moyenne, est la part de ceux qui, entrés dans le teurs, on peut distinguer les quatre configura-secteur au premier emploi, y sont toujours restés tions suivantes (cf. graphique VI) :(aux périodes de non-emploi près) et s’y trou-vent encore à la date de l’enquête. Si on décom- - configurationsecteur attractif(quadrantpose le premier emploi en maintien dans le sec- nord-est, quinze secteurs et 25 % des emplois àteur et en sorties vers d’autres secteurs, le l’enquête) : le maintien dans le secteur après lechômage ou l’inactivité (E1 = M + S), le taux premier emploi est supérieur à la moyenne, avecde maintien vaut m = M / (M + S). Plus il est un appel plus fort à de la main-d’œuvre ayantélevé, plus le secteur fixe ceux qui y sont entrés débuté dans un autre secteur ; c’est le cas deau premier emploi, dans l’entreprise initiale ou l’énergie, de la construction navale, aéronauti-après une mobilité interne au secteur. que et ferroviaire, de l’industrie pharmaceuti-que, du transport aérien, des autres transports etLetaux de renouvellementdu secteur, 34 % en leurs services auxiliaires, de la finance, demoyenne, est la part de ceux qui ont occupé au l’immobilier, de l’administration, de l’architec-moins un emploi dans un secteur différent de ture-ingénierie, des services de conseil en droit,celui de l’emploi à l’enquête par rapport auxeffectifs du secteur au premier emploi. Le taux2. Les emplois de vacances sont exclus de l’analyse.tdaeu rxe ndoeu vreelnleoumveenltl evmaeutn doélnec vré  =i nRd/i(qMu e+  qSu).e  Ulen3. Le taux de croissance de l’emploi du secteur vautt(R-S)/(M + S) soit (m + r-1).
Graphique VPart des départs volontaires parmi ceux qui ont quitté leur premier emploi selon le secteurd’activité, valeurs extrêmesSSIISécuritéHôtellerieLocation sans opérateurServices droit, gestionPublicité, études de marchéMatériel informatiqueAssociationsEnsembleHabillementChimie, parachimieAssainissementTextilePlasturgieRecherchePapier, cartonChaudronnerieTransport aérienParfumerieAppareils audiovisuels0 20 40 60En %80Lecture : 47 % de ceux qui ont quitté leur premier employeur en ont pris l’initiative ; c’est le cas de 75 % de ceux qui ont dé buté dansles SSII.Source : enquêteGénération 98,Céreq.
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comptabilité et gestion. Les services informati- moyenne dans ces secteurs après le premierques et la réparation automobile sont dans cette emploi, on y accueille moins que la moyenneconfiguration mais avec un taux de renouvelle- des jeunes passés par d’autres secteurs. Lament proche de la moyenne et un taux de main- part de ces secteurs décroît avec l’anciennetétien élevé. L’emploi dans les secteurs de ce de fin de formation. On y trouve les secteursgroupe est plus qualifié qu’en moyenne ; d’accueil de débutants : l’agriculture, leshôtels et restaurants, les industries agroali-- configurationaccès initial privilégié (qua- mentaires, les différentes branches du com-drant sud-est, quatre secteurs mais 23 % des merce de détail. Figurent aussi dans cette con-emplois) : le maintien dans le secteur après le figuration des secteurs à très forte rotation despremier emploi est fort, mais ici l’accès est plus effectifs, où les emplois non qualifiés sont lesfaible que la moyenne pour ceux qui ont débuté plus fréquents : services domestiques, net-dans un autre secteur. Ce sont des secteurs de toyage et services divers rendus aux entrepri-professionnels, à différents niveaux de qualifica- ses. Les jeunes embauchés au premier emploition (cadres de santé, enseignants, mais aussi n’y restent pas, mais ces secteurs accueillentcoiffeurs, spécialistes du bâtiment), qui fidéli- seulement une proportion moyenne de nou-sent les jeunes actifs qui y débutent, mais veaux venus après une première expérience.emploient, en revanche, peu de jeunes actifs Le textile et l’habillement sont aussi caractéri-ayant débuté ailleurs. Certains sont en forte sés par un faible maintien des premierscroissance le long de la trajectoire : c’est le cas embauchés ;de la santé, de l’éducation, du commerce.D’autres, comme la coiffure et la construction, - configurationsecteurs à accès différé(qua-sont en croissance un peu inférieure à la drant nord-ouest, trente-trois secteurs et 25 %moyenne ; des emplois) : le maintien dans le secteur estplus faible que la moyenne, mais le renouvel-- configuration secteurs de première inser-lement en provenance d’autres secteurs esttion (quadrant sud-ouest, onze secteurs et plus fort. Le solde est équilibré ou positif21 % des emplois) : on reste moins que la pour la plupart des secteurs industriels, le
Graphique VIMaintien (axe horizontal) et renouvellement (axe vertical) des secteurs du premier emploi à 2001En %82Transport aérienComposantsÉnergie
Sécurité Articles sportAutres transports58ChimieIntérim Instruments de précision CaoutchoucAppareils audiovisuels Équipements Construction aéronavale et ferroviaireLocationsansopérPaltaesutrurgiTransportroutierdemarchaAnudtiosesAPshsaurrmaanccieesAdministrationeM allurgiePublicitéMat.Info.étComgrosMinérauxBIamnmquoebislierSAerrvcihciteesctdurroeit,ignegsétinoinerieMeubles Assaini. . PTTChaudron. Parfumerie Bois SSIIÉdition AssociationsMat.élec.Papier Réparation autoSecteurs dont le poids34Services divers Textile TotalaugmenteAutre commerceHabillement ÉducationGrande distribution Autres magasins alimentationNettoyage IAA Construction SantéSecteurs dont le poidsdiminueServices domestiques Hôtellerie, restauration Agriculture Coiffure1019,0 52,8 86,6En %Lecture : 68 % de ceux qui ont débuté dans le secteur de l’énergie y sont restés jusqu’à la date de l’enquête. Dans ce secteur, les recru-tements en provenance d’autres secteurs correspondent à 76 % de l’effectif des premières embauches.Source : enquêteGénération 98,Céreq.
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commerce de gros, le transport routier demarchandises. Ces secteurs privilégient lesrecrutements de ceux qui ont eu un débutd’expérience ailleurs.
Un effet durable du secteurde premier emploi ?Dfaonrst ecse  dqiusip parréitcéèsd ed,e  odn eav emniisr  edne és vdidéebnuctae ndtseen fonction de leur secteur d’emploi initial. Cesconstats ne suffisent pourtant pas à prouver latrace du premier secteur d’emploi sur la suite dela trajectoire du jeune actif. En effet, les carac-téristiques individuelles n’ont pas été prises encompte jusqu’ici.Or, ceux qui ont noué une relation d’emploi sta-bilisée avec leur premier employeur n’ont pasles mêmes caractéristiques de formation que lesjeunes mobiles. Parmi ces derniers, ceux quisont chômeurs au moment de l’enquête ont unprofil différent de ceux qui occupent un emploi.Enfin, ceux qui sont toujours chez l’employeurinitial, mais n’y ont pas encore atteint un statutstable, ne sont pas semblables à ceux qui l’ontquitté.Les jeunes actifs sans diplôme autre que le bre-vet des collèges, qui représentent 14 % del’ensemble des enquêtés ayant eu un emploi,sont sensiblement plus nombreux (29 %)parmi les actifs mobiles vers le chômage.À l’opposé, ces parcours concernent moinssouvent les diplômés de l’enseignement supé-rieur. Parmi ceux qui acquièrent une positionstable en restant chez leur premier employeur,les diplômés de 3e cycle universitaire ou degrande école figurent en bonne place. Lesbacheliers généraux se singularisent par uneforte propension à la mobilité vers une situa-tion d’inactivité : c’est en effet la catégorie dejeunes qui reprennent le plus fréquemmentleurs études dans les trois ans qui suivent leursortie de formation.À côté du diplôme, d’autres caractéristiquesindividuelles des jeunes actifs peuvent infléchirles parcours professionnels. Ainsi, les jeunesfemmes et les jeunes hommes n’ont ni lesmêmes comportements ni les mêmes parcours(Couppié et Epiphane, 2004).
Rester chez son premier employeuravec un statut stable : une opportunité liéeau secteur d’origineAcquérir chez son premier employeur un statutstable, ou stabilisé au cours des trois premièresannées de parcours professionnel est lié au sec-teur d’origine, même si l’on tient compte descaractéristiques individuelles (cf. tableau 1).Le diplôme joue, mais son effet est différenciéselon la spécialité. Ne pas avoir de diplômeautre que le brevet des collèges, posséder unCAP ou un BEP tertiaire ou un bac général faitbaisser la probabilité par rapport à la situationde référence (homme bachelier industriel, sansexpérience préalable dans l’entreprise, salariéd’une grande entreprise industrielle). Il en est demême pour un BTS ou un DUT industriel.Avoir une licence ou une maîtrise, comme undiplôme tertiaire de niveau bac + 2 ou paramé-dical, est en revanche favorable. Mais la stabili-sation chez le premier employeur est nettementplus probable encore lorsqu’on est diplôméd’une grande école ou du 3e cycle de l’univer-sité. Toutes choses égales par ailleurs, les jeunesfemmes sont désavantagées ; la probabilité mar-ginale correspondante est de 2 points en dessousde la référence.Avoir déjà travaillé dans l’entreprise, sousforme de stage ou d’emploi avant la fin des étu- des, renforce la probabilité de travailler encorechez son premier employeur trois ans après lafin de sa formation initiale. On peut penser quecette circonstance réduit l’incertitude, du côtédu jeune comme de l’employeur, et aboutit àune relation d’emploi plus durable que lorsquecette expérience préalable n’a pas lieu.Les entreprises ou administrations publiquesstabilisent davantage ceux qu’elles embauchentau premier emploi et les entreprises privées depetite taille, davantage que les moyennes ougrandes entreprises (PME). Or, dans l’ensem-ble, les jeunes actifs, en accumulant de l’expé-rience, se dirigent plutôt des petites vers lesmoyennes ou les grandes entreprises. Ce neserait donc pas parce que les premières les sta-bilisent moins dès le premier emploi. Au con-traire, l’appréciation du candidat en situation detravail au cours du premier emploi semble être,à genre et profil scolaire contrôlés, plus sélec-tive dans les moyennes ou grandes entreprises.Ce sont donc surtout les premières mobilités quiamènent les jeunes actifs à occuper plus fré-quemment un emploi dans une PME.
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L’effet propre du premier secteur (effet aléa- transport aérien, la finance, l’immobilier, latoire) est très significatif. Il explique 6 % de santé, les postes et télécoms), mais aussi dans lal’effet total (cf. encadré 2). On peut remarquer réparation automobile et les services de conseil-que dans le découpage sectoriel adopté ici, assistance, que le maintien durable chez le pre-l’effet de la taille d’entreprise, souligné par de mier employeur est le plus fréquent, toutes cho-nombreux auteurs (dont Lochet, 1997 ; Lhotel ses égales par ailleurs. Tous ces secteurs stabili-et Moncel, 2003) est partiellement absorbé. sateurs figurent parmi ceux qualifiés d’attractifsC’est dans des secteurs à gestion internalisée de dans le graphique VI : les débutants y restent etla main-d’œuvre (l’industrie de construction ceux qui ont un début d’expérience les rejoi-aéronautique, navale et ferroviaire, l’énergie, le gnent plus fréquemment.
Tableau 1Facteurs jouant sur la probabilité de lien durable avec le premier employeur« toutes choses égales par ailleurs »ModèleavecModèlegateinreModèlecompletconstante seule et éduc onProbabilité estimée (en %)Constante28,1 30,3 26,4DiplômeSans diplôme - 9,6 - 7,8Baccalauréat général - 8,1 - 7,2CAP ou BEP tertiaire - 5,3 - 4,4CAP ou BEP industriel - 2,0 - 1,4Baccalauréat tertiaire - 4,4 - 2,9Baccalauréat industriel RéférenceRéférenceDeug ns nsBTS ou DUT industriel - 3,5 - 2,7BTS, DUT tertiaire, paramédical 2,2 2,1Licence, maîtrise 3,4 2,8Baccalauréat + 5 et plus 13,4 12,3GenreFemme - 2,3 - 1,9Homme Référence RéférenceEntreprise du premier emploiPetite entreprise privée 1,7Moyenne entreprise privée nsGrande entreprise privée RéférenceSecteur public 6,8Travail antérieur dans l’entrepriseOui 10,3NonRéférenceAléa secteursignificatif significatif significatifLecture : la probabilité de stabilisation chez le premier employeur dans les trois ans après la fin des études est de 28,1 % da ns le modèleavec constante seule. Elle vaut 30,3 % dans le cas de référence (un homme, bachelier industriel) dans le modèle prenant en comp te legenre et l’éducation. Cette probabilité de stabilisation du cas de référence (un homme, bachelier industriel, salarié d’une gra nde entre-prise privée, sans expérience antérieure dans l’entreprise, vaut 26,4 % dans le modèle complet.On peut calculer la probabilité de stabilisation dans la première entreprise en changeant une seule caractéristique par rapport à cettesituation de référence. Dans le modèle complet, avoir déjà travaillé dans l’entreprise auparavant augmente la probabilité de 10 ,3 pointspar rapport à la situation de référence.L’effet des variables individuelles est calculé lorsqu’il est significatif au seuil de 5 % et noté ns lorsqu’il n’est pas signi ficatif à ce seuil.L’aléa sectoriel est significatif dans les trois cas. En plus des variables individuelles ci-dessus, le secteur de premier empl oi a donc uneffet significatif sur la probabilité de stabilisation chez le premier employeur. Dans le modèle complet, et dans le cas de réf érence, débuterdans le secteur agroalimentaire diminue cette probabilité en moyenne de 7,2 points, tandis que débuter dans le secteur de l’ass urancel’augmente de 11,5 points. L’ensemble des effets sectoriels qui se démarquent de la moyenne est présenté dans le graphique VII.Source : enquêteGénération 98, Céreq.
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