Le travail frontalier : une dynamique qui s'essouffle ?

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Après la hausse des années 80, le nombre des frontaliers tend à se stabiliser. L'attractivité liée aux possibilités de travail en Suisse diminue, tandis que de nombreux jeunes actifs quittent la région. Si le chômage reste faible, la diversification de la zone se fait difficilement, sauf à Pontarlier qui a su étendre sa zone de chalandise et créer davantage d'emplois tertiaires. La croissance démographique reste forte, mais elle risque d'être remise en cause par les départs de jeunes.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Démographie
u fait de la proximité 1990. Dans la zone frontalièreAprès la hausse des années 80,
géographique, de la (telle qu’elle est définie dansle nombre des frontaliers tend à
communauté de lan- l’encadré), le travail fronta-
se stabiliser. L’attractivité liée aux gue, des traditions in- lier concerne près de 20% des
dustrielles voisines et du dé- actifs. Le montant de l’impo-possibilités de travail en Suisse
veloppement des moyens de sition moyenne dans cettediminue, tandis que de
communication, la Suisse voi- zone montre que l’impact surnombreux jeunes actifs quittent sine offre encore de nombreu- le revenu est favorable. Le
la région. Si le chômage reste ses possibilités d’emplois pour taux de chômage reste nette-
les Francs-Comtois. La diffé- ment moins élevé, mais l’im-faible, la diversification de la
rence des salaires pratiqués portance des migrations d’actifs,zone se fait difficilement, sauf à
des deux côtés de la frontière et les dynamiques démogra-
Pontarlier qui a su étendre sa rend le déplacement intéres- phiques repérables à partir des
sant pour les Français. En derniers résultats du recense-zone de chalandise et créer
1999, sur 14 000 actifs ayant ment conduisent à relativiserdavantage d’emplois tertiaires.
déclaré travailler hors métro- ces bons résultats.La croissance démographique pole, 13 300 traversent quoti-
reste forte, mais elle risque diennement la frontière pour Une dynamique
se rendre en Suisse. Ils occu- moins favorabled’être remise en cause par les
pent souvent des emploisdéparts de jeunes.
d’ouvriers dans l’industrie, Alors que le nombre de fron-
mais depuis quelque temps des taliers avait cru de façon con-
opportunités d’emplois se pré- sidérable au cours de la précé-
sentent dans le secteur de la dente période intercensitaire,
santé. passant d’un peu plus de 4 000
Les frontaliers représentent en 1982 à plus de 14 000 en
3% de la population active 1990, année qui correspond à
occupée de la région, soit une un pic, on assiste depuis cette
légère baisse par rapport à date à une stabilisation desNº 54 - AOÛT 2002
INSEE Franche-Comté - L'ESSENTiEL Nº 54
ESS025418 Prix : 2,20€LE TRAVAIL FRONTALIER DANS L’HEXAGONE Les frontaliers en France : 250 000 emplois
Haute-SavoieEn 1999, 250 000 actifs résidant dans un département
Haut-Rhin
de France métropolitaine occupent un emploi de l’autre Ain
Doubscôté des frontières. La Suisse en accueille quelques
Jura100 000. La Franche-Comté ne représente que 13% des
Territoire de Belfort
flux de travail vers la Suisse. Les autres frontaliers Bas-Rhin
Mosellesuisses résident dans le Haut-Rhin, la Haute-Savoie et
Alpes-Maritimesl’Ain. L’Allemagne, pour sa part, offre 63 000 emplois, SuisseNord
Allemagneprincipalement aux Alsaciens et aux Mosellans. Ces Meurthe-et-Moselle
Belgique
Pyrénées-Atlantiquesderniers et leurs voisins de la Meurthe et Moselle se Espagne
(1) Andorre, LuxembourgMeuse Italie,rendent aussi au Luxembourg. La Belgique accueille prin- MonacoArdennes Grande-Bretagne,
Autres pays (1) Pays-Bascipalement les gens du Nord et la principauté de Monaco Autres départements
est attractive pour le département des Alpes-maritimes. 0 10 000 20 000 30 000 40 000 50 000 60 000
Source : Recensement de la population 1999Vers l’Espagne, les déplacements sont peu nombreux.
effectifs. L’âge moyen des Pontarlier, mais aussi de Saint- exemple, plus de 2 000 titu-
frontaliers a augmenté sensi- Claude que les excédents mi- laires d’un baccalauréat gé-
blement passant de 32 à 38 gratoires les plus forts étaient néral ont quitté la zone, alors
ans. L’INSEE ne dispose pas enregistrés, Morteau étant que moins de 1 000 la rejoi-
des trajectoires individuelles déjà en déficit migratoire. gnaient. Le solde est positif
des salariés concernés, mais Entre 1990 et 1999, la situa- pour les diplômes techniques
ce vieillissement de 6 ans de tion se dégrade très fortement et professionnels, ce qui cor-
la population sur une période à Saint-Claude. Le solde mi- respond à la situation actuelle
de 9 ans permet de penser que gratoire reste équilibré à Pon- de la zone en matière de spé-
la population s’est assez peu tarlier, tandis qu’à Morteau la cialisation. Ce départ de jeu-
renouvelée. L’afflux de jeu- situation ne se modifie pas. nes actifs joue un rôle impor-
nes ne s’est pas poursuivi. Le travail fronta- tant dans l’ajus-D’importants départs
Parmi les nouveaux arrivants lier n’est bien en- tement du mar-de jeunes actifsdans la zone frontalière, à tendu pas respon- ché du travail. Le
peine un sur six travaille en sable de l’ensemble de la si- travail frontalier joue aussi un
Suisse. tuation, mais il y contribue rôle, puisque plus de 11 000
La stabilisation du nombre des par la limitation du nombre personnes sont employées en
frontaliers contribue de fait à des arrivants. Dans le même Suisse, mais la régulation par
une baisse du solde migratoire. temps de nombreux départs se le départ, souvent définitif, de
Entre 1982 et 1990, la totalité produisent. la zone doit également être
des régions frontalières con- Ces départs touchent un bon mentionnée. Des deux fonc-
naissaient dans ce domaine de nombre d’actifs, et tout parti- tions du travail frontalier au
bons résultats. C’est autour de culièrement des jeunes. Par cours de la période
intercensitaire précédente
(maintien sur place des rési-Le travail frontalier est spécialisé dans quelques activités industrielles
dents et attraction de nouveaux1999 1990
habitants), seule subsiste la
première, avec la tendance à
Primaire 4 5 1 6 6 1
Secondaire 35 46 69 41 52 71 la pérennisation des emplois
dont équipement du foyer 4 14 32 5 11 32
de frontaliers. La seconde ne équipements mécaniques 2 2 4 3 4 7
équipements électriques et électroniques 1 2 4 2 2 4 fonctionne plus guère, ce qui
métallurgie et transformation des métaux 5 8 11 5 7 12
construction 6 6 6 6 7 11 fait davantage apparaître les
Tertiaire 61 49 30 53 42 28
dont commerce et réparation automobile 2 2 6 2 2 2 départs. Ceux-ci influent à la
santé action sociale 12 10 7 9 5 4 baisse sur le taux de chômage,Ensemble 100 100 100 100 100 100
qui reste toujours inférieur àSources : Recensements de la population 1999 et 1990, sondage au ¼
INSEE Franche-Comté - L'ESSENTiEL Nº 54D’OÙ VIENNENT, OÙ VONT LES FRONTALIERS ?
Des flux de travail
le long de la frontière Deux critères sont retenus pour définir la zone frontalière :
soit la part des travailleurs frontaliers de la commune estVesoul
supérieure à 15% de la population active ; soit la commune
envoie plus de 20 travailleurs en Suisse.Où résident
les frontaliers ? Au titre de la part, 106 communes ont été retenues. Pour une
(nombre) trentaine d’entre elles, au moins un actif sur trois travaille en
plus de 75 Suisse. À Jougne, Montancy, Petite-Chaux et Saint-Antoine,
de 30 à 75
de 15 à 30 c’est plus d’un actif sur deux. Avec le critère du nombre sont
Moins de 15 rajoutées des communes où, à l’instar de Pontarlier, Morez ou
Besançon Morbier le flux de travailleurs est au moins égal à 20. On inclut
ensuite les communes isolées et incluses qui ne répondent
pas à ces deux critères pour constituer un espace homogène
et sans enclaves (exemple : Chapelle-des-Bois). À l’inverse,
les communes isolées extérieures à cette zone ont été ex-
clues (exemples : Besançon, Montbéliard et Belfort qui avaient
des flux supérieurs à 20). L’ensemble comprend 169 commu-
nes pour une population totale de 137 194 personnes. 59 406
ont un emploi dont 11 446 en Suisse. La zone regroupe 86%
des travailleurs frontaliers.
La répartition du lieu de résidence des travailleurs frontaliersOù travaillent
les frontaliers ? est représentée en dégradé de vert, le lieu de travail en dégradé
(flux en nombre) de rouge. Les navettes s’effectuent soit vers des destinations
plus de 75 proches, soit vers des pôles urbains plus éloignés (Lausanne,
de 30 à 75© Megrin 1997
de 15 à 30 Delémont, Neuchâtel ou Yverdon-les-Bains), mais offrant un© IGN 1999,
moins de 15
INSEE 2001 fort potentiel d’emplois. Neuf sur dix ont un emploi dans les
Source : INSEE, RP 1999 cantons proches de Neuchâtel, de Vaud ou du Jura.
la moyenne régionale. Mais cours des décennies précéden- l’INSEE (cf. ESSENTiEL n°48)
comme dans beaucoup de ré- tes. Comparée à d’autres ré- conduisent à penser que, sauf
gions, le faible taux de chô- gions dont la configuration est dans la zone d’emploi de Pon-
mage s’explique par les fai- proche (zones de montagne, tarlier, la population devrait
bles perspectives d’emploi qui rurales, relativement éloi- décroître à l’horizon 2030.
incitent davantage à la migra- gnées des grands pôles ur- Les travailleurs frontaliers tra-
tion qu’au maintien sur place. bains) l’évolution démogra- vaillent pour près des deux
À terme, ces départs, en parti- phique naturelle des régions tiers dans l’industrie. Cette
culier ceux des jeunes diplô- frontalières de la Suisse pa-
més, peuvent obérer le déve- raît forte. Elle l’est suffisam-
loppement économique de la ment pour que l’évolution dé- Évolution du nombre de frontaliers
de 1974 à 1999région, et limiter les possibi- mographique globale, malgré
Nombre de frontaliers
lités de diversification. le déclin de l’attractivité soit 16 000
sensiblement supérieure à la 14 000
Un solde naturel moyenne régionale (+3,2%
12 000
encore favorable contre +1,8% entre 1990 et
10 000
1999). Le vieillissement de la
8 000
Le solde naturel, seconde population et plus encore le
6 000
composante des évolutions dé- départ des jeunes conduisent
4 000
mographiques, est encore fa- cependant à s’interroger sur
2 000
vorable à la zone. Il reste le maintien de ce fort solde Année
0
élevé, du fait de l’installation naturel. Les projections de po-
de populations plus jeunes au pulation effectuées par
INSEE Franche-Comté - L'ESSENTiEL Nº 54QUI SONT LES FRONTALIERS ?
Après le fort accroissement constaté en 1990 (8 500 flux métallurgie et la transformation des métaux. Ces quatre
supplémentaires), le phénomène s’est stabilisé, mais le secteurs représentent plus de la moitié des actifs frontaliers.
profil des frontaliers a peu changé. Ce sont toujours princi- C’est un élément explicatif à la fois du fort taux de main
palement des hommes, ouvriers, en moyenne un peu plus d’œuvre ouvrière, et du faible taux de féminisation. Mais les
jeunes que l’ensemble des actifs francs-comtois (moins de fonctions liées à la santé et au travail social offrent mainte-
38 ans et demi alors que l’âge moyen des travailleurs francs- nant plus d’opportunités pour les femmes (3 points de plus
comtois est proche de 40 ans). Mais cette population n’est qu’en 1990). On constate également une augmentation du
plus aussi jeune. En 1990, nombre des professions
65% d’entre eux avaient intermédiaires, participantLa spécificité des travailleurs frontaliers
moins de 35 ans contre modestement à un rééqui-
Indice de spécificité (1)
20040% en 1999. L’âge moyen (référence : Franche-Comté = 100) librage entre les différentesouvriers
passe de 32 à 38 ans. Cette professions. La différence175
hausse s’explique princi- la plus notable tient à l’évo-
150palement par le non renou- lution de l’âge moyen desTechniciens Brevet,CAP
et agents vellement de la main 30-45 ans ou BEP frontaliers.125
de maîtrise
Aucun d’œuvre. L’apport massif La construction d’un indiceHommes
ou CEP100de jeunes à la fin des an- de spécificité, permet de ré-
Franche-Comté = 100
< 30 ans Femmesnées 1980 ne s’est pas sumer les singularités du75
45-60 ans Professions poursuivi. travailleur frontalier.Bac ou + intermédiaires>60 ans50Le niveau de diplômes est Employés La part des propriétaires de
Cadressensiblement identique à leur logement est supé-25
celui des non-frontaliers, rieure à celle que l’on ob-Non salariés
0et la tendance générale à serve dans la région, et sur-
Âge Diplôme Sexe CSP
une augmentation du ni- tout dans la zone fronta-
(1) l’indice de spécificité est le rapport entre le pourcentage de la catégorie veau est également obser- lière. S’agissant des salai-chez les frontaliers et le pourcentage de la catégorie dans l’ensemble de la
Franche-Comté. La part des ouvriers dans la zone, par exemple, est deux fois vée. Mais les filières de for- res, on ne peut avoir que
supérieure à celle constatée en Franche-Comté, l’indice est égal à 200.
mations professionnelles des indications très frag-Source : Recensement de la population 1999
de base (CAP, BEP) qui cor- mentaires. Notons seule-
respondent aux activités industrielles présentes à la fois sur ment que le salaire brut médian d’un ouvrier non qualifié
la zone et sur le sol helvétique demeurent prédominantes. dans la région lémanique était en 1998 de 4 354 FS, soit
Les frontaliers exercent leur activité dans les secteurs indus- environ 2 701 €. Même si les deux chiffres ne sont pas
triels d’équipement du foyer ou des équipements mécani- directement comparables, le montant du SMIC mensuel
ques, électriques et électroniques, tout comme dans la était à cette date de 1 052 €.
forte présence de l’industrie reconversion, du fait des ca- taine de grandes surfaces sont
se retrouve dans la zone fron- ractéristiques particulières de concentrées sur quelques com-
munes proches de la frontière,talière où elle occupe encore la main d’œuvre. Les diplô-
40% des actifs résidents, con- mes supérieurs sont moins re- contribuant à la diversifica-
tre 27% pour le reste de la présentés que dans l’ensem- tion sectorielle. Pontarlier est
aussi la seule agglomérationrégion. La part des emplois ble de la région et leurs titu-
tertiaires a désormais dépassé laires sont souvent tentés par en croissance démographique,
celle de l’industrie, mais il le départ en dehors de la ré- tant au niveau naturel que mi-
gratoire. La diversificationsubsiste un écart de 15 points gion.
avec la situation régionale. On est sans doute une des voies
compte 42% d’ouvriers parmi Un renouveau difficile pour réduire la dépendance de
la zone. L’une d’entre elles INSEE Franche-Comtéles actifs de la zone fronta-
« le Major » 83, rue de Dolelière, contre 8% seulement de Pontarlier, dans ce contexte, paraît être l’activité touristi-
BP 1997 25020 BESANÇON Cedex
professions intermédiaires de jouit d’une situation assez par- que, bien qu’elle n’occupe que Tél : 03 81 41 61 61 Fax : 03 81 41 61 99
4% des actifs. La zone fronta-la santé ou de l’enseignement. ticulière, car le secteur ter-
Directeur de la publication : Bernard Le CalvezLa demande de main d’œuvre tiaire s’y est développé de fa- lière, grâce à ses atouts natu-
Rédacteur en chef : Jean-Michel Floch
Mise en page : Maurice Boguetémanant de Suisse renforce le çon plus importante, mettant rels présente déjà une capa-
Imprimerie : Éblé Besançoncité d’accueil deux fois et de-phénomène, puisque 65% des à profit le potentiel considé-
Nº de CPPAP : 3 021 ADfrontaliers travaillent dans rable que constitue la clien- mie supérieure à la moyenne ISSN : 1248-2544
© INSEE 2002l’industrie. Le travail fronta- tèle suisse dotée d’un impor- régionale.
dépôt légal : août 2002
Évelyne Donylier limite les possibilités de tant pouvoir d’achat. Une tren-
INSEE Franche-Comté - L'ESSENTiEL Nº 54

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