Les divergences d'évolution des marchés du travail allemand et européens

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Depuis 1993, dernier creux conjoncturel, le taux de chômage de l'Allemagne a sensiblement augmenté et la situation du marché du travail s'est dégradée, alors qu'elle s'améliorait chez ses partenaires européens. Les problèmes du marché du travail se sont concentrés sur les actifs les moins qualifiés, et le chômage de longue durée a progressé, au contraire de presque toute l'Europe des 15. Ces divergences tiennent pour une part à la faiblesse de la croissance liée à la resynchronisation de la conjoncture allemande après le « boom » de l'unification. Pour une autre part, le fonctionnement du marché du travail s'est détérioré. En effet, l'économie allemande a dû faire face à plusieurs chocs de coûts au cours de la première moitié des années 90 : fortes hausses salariales jusqu'en 1993, hausses successives de cotisations sociales, passage de 36 à 35 heures dans la métallurgie en 1995 avec pleine compensation salariale. L'effort d'ajustement qu'a mené l'industrie après 1995 pour faire face à ces chocs a appauvri la croissance en emplois : sur le dernier cycle économique, le seuil au-delà duquel l'économie allemande crée des emplois a été supérieur à 2 %, contre environ 1,25 % en France. Cet effort de productivité s'est accompagné de plusieurs années de modération salariale, si bien que fin 1999, l'Allemagne avait regagné douze points sur les vingt de compétitivité-coût perdus entre 1987 et 1995. Ainsi, la résorption des chocs de coût a principalement émané des acteurs privés, des entreprises et des syndicats. Jusqu'en 1999, l'État n'a pas enrayé la montée des taux de cotisations sociales, n'a traité que partiellement le problème de l'emploi faiblement qualifié, et a introduit des mesures de flexibilité de façon limitée. En revanche, le gouvernement actuel souhaite dans le cadre de l'UEM renforcer les conditions internes nécessaires à une stabilité durable des prix. Il a aussi revitalisé la tradition de « pactes pour l'emploi », mais en y introduisant des ...
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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COMPARAISONS INTERNATIONALES
Les divergences d’évolution des
marchés du travail allemand
et européens
Marceline Bodier*
Depuis 1993, dernier creux conjoncturel, le taux de chômage de l’Allemagne a
sensiblement augmenté et la situation du marché du travail s’est dégradée, alors qu’elle
s’améliorait chez ses partenaires européens. Les problèmes du marché du travail se sont
concentrés sur les actifs les moins qualifiés, et le chômage de longue durée a progressé,
au contraire de presque toute l’Europe des 15.
Ces divergences tiennent pour une part à la faiblesse de la croissance liée à la
resynchronisation de la conjoncture allemande après le « boom » de l’unification. Pour
une autre part, le fonctionnement du marché du travail s’est détérioré. En effet,
l’économie allemande a dû faire face à plusieurs chocs de coûts au cours de la première
moitié des années 90 : fortes hausses salariales jusqu’en 1993, hausses successives de
cotisations sociales, passage de 36 à 35 heures dans la métallurgie en 1995 avec pleine
compensation salariale. L’effort d’ajustement qu’a mené l’industrie après 1995 pour faire
face à ces chocs a appauvri la croissance en emplois : sur le dernier cycle économique, le
seuil au-delà duquel l’économie allemande crée des emplois a été supérieurà2%, contre
environ 1,25 % en France. Cet effort de productivité s’est accompagné de plusieurs années
de modération salariale, si bien que fin 1999, l’Allemagne avait regagné douze points sur
les vingt de compétitivité-coût perdus entre 1987 et 1995.
Ainsi, la résorption des chocs de coût a principalement émané des acteurs privés, des
entreprises et des syndicats. Jusqu’en 1999, l’État n’a pas enrayé la montée des taux de
cotisations sociales, n’a traité que partiellement le problème de l’emploi faiblement
qualifié, et a introduit des mesures de flexibilité de façon limitée. En revanche, le
gouvernement actuel souhaite dans le cadre de l’UEM renforcer les conditions internes
nécessaires à une stabilité durable des prix. Il a aussi revitalisé la tradition de « pactes pour
l’emploi », mais en y introduisant des discussions sur les salaires. Ces évolutions ont mené
à la signature de textes non contraignants qui, au vu des accords salariaux signés depuis le
début 2000, semblent ouvrir la voie à une modération salariale plus durable.
* Marceline Bodier appartient à la direction de la Prévision.
Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 65n 1999, avec 8,7 %, le taux de chômage de Encore favorablement située dans la moyenne de la
El’Allemagne unifiée (harmonisé par Eurostat) zone euro, la situation du marché du travail alle-
est légèrement inférieur à la moyenne de la zone mand s’est cependant dégradée dans les années 90.
euro (1) (10,0 %) (cf. graphique I). Cette moyenne En témoignent tout d’abord les signes d’essouffle-
pour l’ensemble du pays résulte de situations régio- ment du système de « formation duale » : depuis
nales très contrastées : alors qu’avec 16,5 %, le 1993, l’Allemagne est l’un des pays de la zone
taux de chômage dans les Länder de l’ex-Alle- euro, avec l’Italie, la Belgique et le Luxembourg,
magne de l’Est est, avec celui de l’Espagne, très où le taux de chômage des jeunes de moins de 25
nettement au-dessus de tous les autres pays, celui ans a augmenté. De plus, le taux de chômage des
de l’Allemagne de l’Ouest n’atteint que 6,7 %. jeunes Allemands a davantage progressé que celui
de la moyenne de la population.
À l’instar de l’ensemble de la population, le taux de
chômage des jeunes est nettement plus bas en Alle- Ensuite, la déformation de l’emploi au profit des
magne que dans la zone euro (cf. tableau 1) ; plus qualifiés, commune à tous les pays européens
d’après Eurostat, le taux de chômage des moins de (le coût du travail peu qualifié s’étant davantage
25 ans était de 9,0 % en 1999, soit moins de la moi- accru que sa productivité avec l’augmentation des
tié de celui de la zone euro (19,0 %) et de celui de la exigences requises par le développement tech-
France (23,6 %). L’importance du système nique), est particulièrement prononcée en Alle-
d’apprentissage continue, en effet, de protéger les magne (FMI, 1999). Ainsi, le taux de chômage
jeunes du chômage : la « formation duale », un des (issu des données du microrecensement) des
piliers du système de allemand, alterne non-qualifiés était en 1997 de 26,9 %, contre
les périodes d’apprentissage en entreprise et de 11,3 % en moyenne (cf. graphique II) ; par rapport à
cours théoriques, et favorise l’insertion des jeunes 1993, il s’était accru de 6,6 points, alors qu’il n’avait
dans la vie professionnelle. progressé que de 2,2 points en moyenne, et qu’il
avait même reculé de 0,5 point pour les titulaires
d’un diplôme d’enseignement technique supérieur
Tableau 1 (Fachhochschule) (Reinberg et Rauch, 1998).
Taux de chômage des jeunes de moins de 25
ans, harmonisés par Eurostat Enfin, en 1998, plus de la moitié des chômeurs
allemands étaient sans emploi depuis au moinsEn %
douze mois, part un peu plus forte que dans l’Union1993 1999 1993-1999
France 27,3 23,6 - 3,7
Allemagne 7,9 9,0 1,1
Allemagne de l’Ouest 6,5 8,2 1,7
1. La zone euro regroupe onze pays, France, Allemagne, Italie,
Allemagne de l’Est 13,3 12,0 - 1,3
Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Irlande, Espagne, Portugal,
Zone euro 22,2 19,0 - 3,2 Autriche, Finlande. Ainsi, le Royaume-Uni, le Danemark, la Grèce
et la Suède sont les quatre autres pays de l’Union européenne qui
n’en font pas partie.Source : Eurostat.
Graphique I
Taux de chômage harmonisés d’Eurostat en 1999
%
Moyenne dans la zone euro
Source : Eurostat.
66 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3européenne, et encore plus qu’en France (cf. dénombre, puis convertit le nombre de bénéficiai-
tableau 2). De plus, l’Allemagne est, avec res des mesures en équivalents temps plein, ce qui
l’Autriche, le pays où le chômage de longue durée permet de mesurer l’« allégement du marché du
s’est le plus développé depuis 1995, évolution travail » (principalement à l’Est) qu’elles provo-
d’autant plus défavorable qu’en moyenne dans quent (Collectif d’auteurs, 1998).
l’Union européenne, il s’est stabilisé.
D’après l’IAB, l’ensemble de ces mesures concer-
nait 1,2 million de personnes en 1998, dont
Des mesures de politique active 700 000 à l’Est. Ce nombre permet un « allégement
du marché du travail très présentes substantiel » du marché du travail : l’emploi aidé
représente l’équivalent de plus de 400 000 emplois
Les mesures de politique (2) active du travail sont à temps plein, soit 1,2 % de l’emploi total ; le
très présentes en Allemagne, notamment à l’Est, où nombre de personnes placées dans une mesure qui
elles ont été massivement transposées au moment les sort de la population active représente
de l’unification, pour y limiter l’effondrement de
l’emploi. Pour un tiers des programmes environ, 2. Conformément à l’optique adoptée par l’étude de l’IAB sur
laquelle se base ce paragraphe (Collectif d’auteurs, 1998), il s’agitles mesures sont des aides au maintien en activité :
ici des mesures de politique active du marché du travail, visant à
chômage partiel, indemnités d’intempéries dans le
créer des emplois aidés ou à aider des chômeurs à se réinsérer
BTP, programmes « ABM » de travaux d’intérêt sur le marché du travail, mais également, dans un sens plus large,
de l’ensemble des mesures qui aboutissent à réduire le nombre decollectif (Arbeitsbeschaffungsmaßnahmen, littéra-
chômeurs.
lement « mesures de créations d’emplois »), sub- 3. Les Sages sont un groupe de cinq économistes qui rédigent
chaque année en novembre un rapport sur la situation écono-ventions aux coûts salariaux, une partie des
mique allemande. Il délivre à la fois une analyse des évolutions en
mesures de réinsertion sur le marché du travail. Les cours, une prévision de croissance pour l’année suivante, et des
recommandations de politique économique. Dans ce rapport, leautres aides, soit les deux tiers des programmes,
décompte des mesures actives du marché du travail est un peu
aboutissent à sortir leurs bénéficiaires de la popula-
différent de celui de l’IAB, et surtout, les Sages ne convertissent
tion active, puisqu’il s’agit de formation profes- pas ces mesures en équivalents temps plein.
sionnelle, de stages de langues pour les immigrés
de souche allemande, de préretraites, ou encore des
Tableau 2personnes dispensées de s’inscrire au chômage en
Fréquence du chômage de 12 mois et plus
raison notamment de leur âge.
En % du total des chômeurs
Il existe plusieurs comptabilisations des mesures 1995 1998 1995-1998
actives du marché du travail. Les « Sages » (3) France 42,3 44,1 1,8
Allemagne 48,7 52,2 3,5dénombrent les bénéficiaires et parlent de « chô-
Union européenne 50,2 50,1 - 0,1
mage caché ». L’IAB (institut de recherche, indé-
Source : OCDE.pendant, de l’office fédéral du travail) les
Graphique II
Taux de chômage par niveau de diplôme
%
Lecture : Allemagne de l’Ouest jusqu’en 1990, puis Allemagne totale.
Source : IAB.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 67l’équivalent de plus de 600 000 personnes, soit notamment parce que jusqu’en 1995, la croissance
1,6 % de la population active recensée. Ainsi en allemande a bénéficié du soutien au logement et à
1998, la combinaison de ces mesures permet au la construction. Ce n’est qu’à partir de 1995 que la
taux de chômage allemand de se situer à 9,4 %, au croissance allemande est devenue plus faible que
lieu de 11,8 %, taux obtenu en incluant dans les celle de la France : d’après l’OCDE, l’écart d’out-
actifs les personnes bénéficiant d’une mesure, en put-gap entre France et Allemagne se serait résorbé
équivalents temps plein, c’est-à-dire en incluant le seulement courant 1999, ce qui a pénalisé l’emploi
« chômage caché » (cf. tableau 3). allemand par rapport à celui de ses partenaires
européens.
Un déficit de croissance par rapport à la Ainsi, le retard de croissance allemand accumulé
France depuis 1995 depuis fin 1995 (entre le dernier trimestre 1995 et
le dernier trimestre 1999, la croissance allemande
Des années 60 aux années 80, l’activité a crû en cumulée a été de 4,7 points inférieure à celle de la
Allemagne et en France à des rythmes proches, en France) s’explique en partie par la simple resyn-
moyenne à l’avantage de la France, puis en chronisation des économies. équivalent sur le dernier cycle des années
80. Entre 1989 et 1991, l’unification allemande (4)
La montée du chômage entre 1993 et 1998a prolongé le boom de la fin des années 80, sous
l’influence de la combinaison de facteurs démogra- due à la diminution des mesures actives
phiques (avec l’afflux d’immigrés de l’Est), moné-
taires (avec une fixation des parités En moyenne depuis 1965, et jusqu’en 1988,
Mark-est / deutsche Mark en juillet 1990 à un taux l’emploi a été plus dynamique en France qu’en
favorable aux ménages de l’Est), et enfin budgétai- Allemagne, mais pour des raisons essentiellement
res (avec l’expansion budgétaire née du finance- démographiques : la population en âge de travailler
ment de l’unification), dont les effets ont été a crû de façon nettement plus dynamique en
multipliés par la baisse du taux de chômage (cf. France, tout comme dans la moyenne de la zone
graphique III) et la hausse des salaires qu’il a per- euro. Le chômage a progressé de façon proche dans
mise. Le caractère procyclique des décisions politi-
ques prises était justifié par la nécessité de limiter
l’immigration vers les anciens Länder.
En revanche, dans les autres pays européens, un 4. La chute du mur de Berlin date du 9 novembre 1989. L’union
économique, monétaire et sociale entre anciens et nouveauxralentissement est intervenu dès 1990 : en 1992,
erLänder a été réalisée le 1 juillet 1990. Enfin, la RDA a adhéré à la
d’après l’OCDE, l’output-gap (5) français était République fédérale d’Allemagne le 3 octobre 1990.
5. L’output-gap, ou écart de production, mesure l’écart entre l’évo-déjà nul, alors qu’il était positif de l’ordre de 1,7 %
lution de la production et celle de la production potentielle, la crois-
en Allemagne. Le rééquilibrage entre l’Allemagne sance potentielle étant la croissance soutenable à long terme sans
accélération de l’inflation.et ses voisins ne s’est pas produit tout de suite,
Tableau 3
Impact des mesures actives du marché du travail sur le chômage, l’emploi et la population active
de 1991 à 1998 en Allemagne
Niveaux en millions
1993/98
1991 1993 1998 en moyenne
par an
Emploi recensé résident 37,8 36,6 35,9 - 0,4 %
Emplois aidés 1,3 0,7 0,4 - 10,0 %
Emploi hors emplois aidés 36,5 35,9 35,5 - 0,2 %
Actifs recensés 40,0 39,7 39,6 0,0 %
Personnes en mesure active du marché du travail et
considérées comme inactives 1,1 1,6 0,6 - 17,2 %
Actifs y compris inactifs en mesures actives 41,1 41,3 40,3 - 0,5 %
Chômage recensé 2,2 3,1 3,7 3,6 %
Chômage évité par les politiques actives du marché du travail 2,5 2,3 1,1 - 14,7 %
Chômage y compris chômage évité 4,7 5,4 4,8 - 2,6 %
Taux de chômage recensé 5,5 % 7,8 % 9,4 % 0,3 %
Taux de chômage y compris chômage évité 11,3 % 13,2 % 11,8 % - 0,3 %
Lecture : les mesures actives sont converties en équivalents temps plein.
Source : IAB, Statistisches Bundesamt.
68 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3les deux pays, tout en restant toujours inférieur en de 1,6 % (cf. tableau 5). Cet écart provient surtout
niveau en Allemagne (cf. tableau 4 - A). des évolutions contrastées dans le secteur privé, et
pour l’essentiel, du fait que l’industrie française a
À partir de 1993, année de creux conjoncturel pour détruit nettement moins d’emplois que celle de
tous les pays européens, les évolutions des marchés l’Allemagne. Les créations dans les ser-
du travail ont nettement divergé : la situation alle- vices privés ont également été un peu plus dynami-
mande s’est dégradée, alors qu’elle s’est amé- ques en France, l’écart, faible, dans ce secteur
liorée chez ses partenaires (cf. tableau 4 - B). En s’étant accentué à partir de 1998.
France, l’emploi a progressé de façon dynamique
(+ 0,5 % par an en moyenne), tandis qu’il s’est
contracté en Allemagne (de 0,35 % par an en
moyenne). Cet écart ne résulte pas de la démo-
Graphique III
graphie, très proche dans les deux pays depuis
Taux de chômage nationaux
cette date, mais d’une hausse du taux d’activité et
%
d’une stabilisation du chômage en France (comme 14,0
dans la moyenne de la zone euro), face à une
Allemagne de l'Ouest
12,0baisse du taux d’activité et une forte montée du Allemagne totale
chômage en Allemagne. Zone euro
10,0 France
Les divergences d’évolution du marché du travail 8,0
observées depuis 1993 tiennent pour une part à
6,0l’effet de resynchronisation de la conjoncture alle-
mande faisant suite au boom de l’unification. La
4,0
question se pose de savoir si cet effet purement
conjoncturel est le seul ou tout au moins, l’effet 2,0
dominant, ou si d’autres facteurs, de nature structu-
0,0relle, ne sont pas intervenus.
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995
Sources : pour l’Allemagne, Bundesbank avant 1969, et Statistis-
Entre 1993 et 1998, l’emploi français a progressé ches Bundesamt à partir de 1969 ; pour la France et la zone euro,
de 2,5 %, tandis que celui de l’Allemagne a reculé Perspectives 65 de l’OCDE.
Tableau 4
Contributions à l’évolution moyenne annuelle du taux de chômage en Allemagne, en France et
dans la zone euro
A - Entre 1965 et 1988
En %
Zone euro (hors
Allemagne de
France Allemagne de
l’Ouest
l’Est)
Évolution moyenne annuelle de l’emploi (A) = - (B) + (C) 0,1 0,4 0,3
Contribution du taux de chômage (B) 0,3 0,4 0,35
Contribution de la population active (C) = (1) + (2) 0,4 0,8 0,65
Contribution de la population en âge de travailler (1) 0,5 0,85 0,75
Contribution du taux d’activité (2) - 0,1 - 0,05 - 0,1
B - Entre 1993 et 1998
En %
Allemagne totale France Zone euro
Évolution moyenne annuelle de l’emploi (A) = - (B) + (C) - 0,35 0,5 0,4
Contribution du taux de chômage (B) 0,3 0,0 0,0
Contribution de la population active (C) = (1) + (2) - 0,05 0,5 0,4
Contribution de la population en âge de travailler (1) 0,25 0,3 0,25
Contribution du taux d’activité (2) - 0,3 0,2 0,15
Lecture : en moyenne entre 1965 et 1988 (dernière année avant la chute du mur de Berlin et donc des comportements perturbés par l’unifi-
cation), l’emploi a progressé de 0,1 point chaque année en Allemagne de l’Ouest. Cela correspond à une progression moyenne du taux de
chômage de 0,3 point chaque année, et à une augmentation de la population active de 0,4 point en moyenne annuelle, en raison d’une pro-
gression de la population en âge de travailler de 0,5 point par an, compensée en partie par un recul du taux d’activité de 0,1 point par an en
moyenne.1993 est l’année du dernier creux du cycle.
Sources : OCDE, perspectives 1965. Les données d’Eurostat en SEC-95 ont été utilisées pour 1993 à 1998 pour les pays qui les ont four-
nies, et la moyenne de la zone euro a été recalculée pour en tenir compte.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 69Les évolutions de l’emploi dans le secteur public baissé de 0,3 point par an en moyenne, au lieu de
n’expliquent que 1,5 point de l’écart de croissance progresser de 0,3 point (cf. tableau 3).
cumulé de l’emploi total. Depuis 1993, l’emploi
dans les administrations publiques a reculé de 9 %
Des coûts salariaux élevésen Allemagne, alors qu’il a progressé de 1,2 % en
France. Dans l’ensemble, l’emploi public apparaît en comparaison internationale
stabilisé en France depuis 1994 ; il s’inscrit en
baisse en Allemagne l’unification, en rai- L’Allemagne est une « économie sociale de mar-
son notamment de la résorption des sureffectifs ché », ce qui sur le marché du travail se traduit par
provenant de l’Est. une régulation organisée d’une façon très centra-
lisée par syndicats et organisations patronales, si
Les évolutions de l’emploi public n’expliquent pas bien que « l’entreprise est largement le lieu
l’essentiel des divergences d’évolution de l’emploi d’impact de décisions négociées en dehors d’elle »
total entre les deux pays, d’autant plus qu’elles sont (Depecker et Milano, 1995). La fixation des salai-
de moins en moins différentes. Cependant, l’État a res résulte de négociations entre syndicats de sala-
joué un rôle direct dans les évolutions de l’emploi riés et d’employeurs, sans autre intervention, en
au travers de son désengagement des politiques vertu du principe d’« autonomie tarifaire » (Tari-
actives du marché du travail. Transposées massive- fautonomie) (Depecker et Milano, 1995). L’exis-
ment à l’Est au moment de l’unification, elles ont tence de ces organisations est autorisée par la loi
pu être rapidement réduites grâce à la croissance fondamentale, et la loi sur la concurrence ne
soutenue des nouveaux Länder. Puis, en 1996 et s’applique pas à elles ; la loi sur les négociations
1997, c’est en premier lieu sur elles que le gouver- collectives de 1949 (Tarifvertraggesetz, TVG) sti-
nement a joué pour satisfaire les critères de Maas- pule que les augmentations négociées entre organi-
tricht (6). sations s’appliquent pour toutes les parties qu’elles
représentent, même si ces parties quittent leur syn-
Presque la moitié du recul de l’emploi entre 1993 et dicat.
1998 est à attribuer au désengagement des politi-
ques de l’emploi. À l’opposé, la population active Formellement, le degré de centralisation des négo-
n’a pas reculé parce que la diminution des mesures ciations salariales en Allemagne est donc intermé-
actives y a fait réapparaître des personnes aupara- diaire, puisqu’il se situe au niveau de la branche.
vant placées dans un programme qui les en sortait Cependant, dans la pratique, le degré de centralisa-
(cf. tableau 3). tion réelle est élevé, la diversité des situations par-
ticulières n’étant pas prise en compte. Le nombre
De manière comptable, la diminution des mesures
actives explique ainsi entièrement la montée du
chômage entre 1993 et 1998, qui provient donc de
la mise à jour d’un chômage jusque-là caché. Si ces 6. En effet, elles ne sont pas obligatoires (contrairement aux
indemnités de chômage, qui sont dues de plein droit), et il estmesures n’avaient pas été réduites, la baisse de la
donc possible à l’État fédéral d’agir sur le montant qu’il souhaite y
population active aurait suffi à compenser la baisse voir consacré, par le biais de la subvention qu’il verse à l’office
fédéral du travail, qui gère les programmes.de l’emploi. Le taux de chômage aurait même
Tableau 5
Composition de l’écart de croissance de l’emploi cumulé entre France et Allemagne
entre 1993 et 1998
En %
Contributions aux taux de
Taux de croissance de
croissance de l’emploi total
l’emploi total cumulés entre
cumulés entre 1993 et
1993 et 1998
1998
France Allemagne France Allemagne
a - b a b
Emploi total + 4,1 + 2,5 - 1,6 + 2,5 - 1,6
Secteur privé + 2,6 + 2,2 - 0,4 + 2,9 - 0,4
Secteur privé non agricole + 2,5 + 2,8 + 0,3 + 4,0 + 0,3
Secteur privé non agricole hors construction + 2,6 + 3,3 + 0,7 + 5,1 + 0,9
Industrie hors construction + 2,3 - 1,0 - 3,3 - 5,3 - 12,5
Services privés + 0,2 + 4,2 + 4,0 + 9,6 + 8,2
Construction - 0,1 - 0,5 - 0,4 - 7,2 - 5,1
Agriculture + 0,1 - 0,5 - 0,6 - 10,3 - 19,4
Administrations publiques (OCDE) + 1,5 + 0,3 - 1,2 + 1,2 - 9,0
Sources : Insee, Statistisches Bundesamt, OECD (Perspectives 66).
70 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3de syndicats de salariés est, en effet, restreint : tous De plus, les accords de branche sont très souvent
les salariés d’une même branche disposent généra- influencés par l’accord négocié dans la métal-
lement d’un syndicat commun, le plus souvent affi- lurgie, qui joue de ce fait un rôle leader dans la for-
lié à la confédération nationale, le DGB. mation des salaires en Allemagne. Enfin, le
manque de flexibilité est encore aggravé dans cer-
Ensuite, les conventions collectives sont adoptées tains secteurs moins structurés par les partenaires
entre les partenaires sociaux d’une même branche, sociaux, comme le commerce : les conventions
et valent indifféremment pour toutes les parties collectives peuvent être étendues par décision
représentées dans la négociation. En conséquence, de administrative à l’ensemble de la branche, que les
nombreuses dispositions (augmentations salariales, entreprises soient ou non représentées par les par-
conditions de travail, etc.) s’appliquent uniformé- ties signataires (7).
ment, quelle que soit la situation spécifique d’un éta-
blissement et son type d’activité. À titre d’exemple, Malgré les difficultés que posent les comparaisons
une même augmentation salariale vaudra pour une internationales en niveau, le coût du travail semble
entreprise du secteur automobile, essentiellement par tradition très élevé en Allemagne, en raison
tournée vers l’exportation, et une autre du secteur des notamment du mode de formation des salaires :
machines-outils ayant des débouchés d’après Eurostat (Nobre, 1999), le coût horaire de
domestiques, dès lors que ces deux entreprises sont
affiliées à la même fédération patronale (en l’occur-
7. Cela concernerait 1,2 % des conventions collectives (OCDE,
rence celle de la métallurgie). 1999).
Encadré 1
QUELQUES REPÈRES SUR LA POPULATION ET L’EMPLOI EN ALLEMAGNE
En 1998, l’Allemagne compte 82 millions d’habitants,
Graphique
dont 67 à l’Ouest et 15 dans les nouveaux Länder ; c’est
Taux d’activité en 1998
le pays le plus peuplé de la zone euro, dont il regroupe
%
28 % des habitants. À titre de comparaison, la France,
73
deuxième pays le plus peuplé de la zone, en regroupe
20 %, soit 59 millions de personnes (cf. tableau A).71
69 La part de la population totale en âge de travailler (entre
15 et 64 ans) est plus forte en Allemagne que dans laMoyenne dans la zone euro
67
zone euro et notamment qu’en France. Avec un taux
d’activité élevé, les Allemands sont davantage insérés65
sur le marché du travail que la moyenne de la zone euro
63 et que la France, sans doute en partie parce que l’âge
légal de la retraite est 65 ans, et non 60 ans. Dans la
61 zone euro, seul le taux d’activité finlandais dépassait
celui de l’Allemagne en 1998 (cf. graphique).
Cette même année, l’Allemagne compte 36 millionsLecture : les données de population active d’Eurostat en
d’emplois, soit 31 % des emplois de la zone euro, alorsSEC-95 ont été utilisées pour les pays qui les ont fournies et la
moyenne de la zone euro a été recalculée. Ce recours aux don- que la France en représente 20 % (cf. tableau A). Le taux
nées en SEC-95 explique notamment que le taux d’activité alle- d’emploi allemand est de 5 points plus élevé que celui de
mand soit beaucoup plus élevé que celui publié par l’OCDE la moyenne de la zone euro, et de 4 points plus élevé
dans les Perspectives pour l’emploi de juin 1999.
que celui de la France.Sources : OCDE ( perspectives 65), Eurostat.

Tableau A
Caractéristiques générales de la population allemande en 1998
Zone euro France Allemagne
Population totale (millions) 291 59 82
Population en âge de travailler en proportion de la population totale 67 % 65 % 68 %
Taux d’activité 67 % 68 % 71 %
Taux d’emploi 59 % 60 % 64 %
Taux de chômage 11 % 12% 9%
Sources : Eurostat, OCDE (Perspectives économiques de l’OCDE, n° 65, juin 1999).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 71
Italie
Belgique
Espagne
Pays-Bas
Irlande
Autriche
France
Portugal
Allemagne
FinlandeEncadré 1 (suite)
L’emploi public est nettement moins présent en Alle- ainsi définis était en 1997 presque aussi haute en
magne qu’en France. D’après l’OCDE, ilyaen Alle- Allemagne qu’aux États-Unis. 4,5 millions d’emplois dans les administrations
publiques (1), soit 12,6 % de l’emploi total, et 5,6 millions L’Allemagne est en 1998 le pays de la zone euro où le
en France, soit 24,5 % de total (2) (cf. tableau recours au travail à temps partiel est le plus fréquent, en
B). Compte tenu de l’importance de l’emploi public en dehors des Pays-Bas. C’est d’ailleurs en Allemagne
France, tous les secteurs économiques privés (à l’excep- que le temps partiel s’est le plus développé entre 1990
tion de l’agriculture), à savoir l’industrie, la construction et et 1998 (cf. tableau C). Sur cette même période, les
les services privés, représentent en Allemagne une frac- évolutions de l’emploi en « équivalents temps plein »
tion plus grande de l’emploi total qu’en France. ont donc été plus défavorables que celles de l’emploi
total. Toutefois, d’après les perspectives pour
En proportion de l’emploi privé toutefois, les deux pays de l’OCDE, la part de l’emploi involontaire dans le total
ont une structure sectorielle assez proche, avec davan- de l’emploi à temps partiel est faible en Allemagne, sur-
tage d’emploi dans l’industrie et la construction en Alle- tout si on la compare à celle de la France (cf. tableau C).
magne, et moins dans les services privés. Cela ne
signifie pas pour autant que le secteur des services est
moins développé en Allemagne : il serait plutôt davan-
tage intégré à l’industrie. Certains travaux (Hais-
ken-De New et al., 1998) montrent, en effet, que les
emplois de services sont tout aussi importants en Alle- 1. Les fonctionnaires ne forment que le tiers de l’emploi dans les
magne que dans d’autres pays européens ou qu’aux administrations publiques, les deux tiers étant constitués
d’agents contractuels.États-Unis, mais ils restent souvent comptabilisés dans
2. Toutefois, dans la nomenclature de l’OCDE, le champ consi-l’industrie, où la sous-traitance est moins développée
déré pour l’Allemagne ne comprend pas les branches non mar-
qu’à l’étranger. Si on dénombre, non pas les emplois du chandes hors administrations publiques, alors qu’il les
secteur des services, mais les personnes dont l’activité comprend pour la France, ce qui aboutit à élargir légèrement la
est une activité de services, alors, d’après Hais- différence de poids des administrations publiques dans l’emploi
total entre les deux pays.ken-De New et al., la proportion d’emplois de services
Tableau B
Décomposition sectorielle de l’emploi en France et en Allemagne
Nombre d’emplois (en millions) France Allemagne
Ensemble 23,0 36,0
Secteur privé 17,5 31,5
Part de l’emploi de chaque secteur
France Allemagne(en %)
Dans l’emploi total Dans l’emploi privé Dans l’emploi total Dans l’emploi privé
Secteur privé 76 100 87 100
Industrie 17 23 23 27
Services privés 48 63 53 61
Construction 6889
Agriculture 5633
Administrations publiques 24 s.o. 13 s.o.
s.o. : sans objet.
Sources : Statistisches Bundesamt, Insee, OCDE pour l’emploi dans les administrations publiques.
Tableau C
Proportion du travail à temps partiel dans l’emploi total
En %
Part de l’emploi à temps partiel
1990 1995 1996 1998 1990-1998 involontaire dans le total de
l’emploi à temps partiel (1997)
France 12,2 14,2 14,3 14,8 + 2,6 41,3
Allemagne 13,4 14,2 14,9 16,6 + 3,2 13,3
Pays-Bas 28,2 29,0 29,3 30,0 + 1,8 5,5
Union européenne 13,3 14,9 15,2 16,0 + 2,7 —
Source : OCDE.
72 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3Graphique IV
L’Allemagne fait cependant partie d’un groupe de
Taux de change effectif nominal du Mark
pays à coûts salariaux élevés (Suisse, Belgique,
contre 18 pays industrialisés
Norvège, États-Unis), où ne figure aucun autre
1995 = 100 grand pays de la zone euro. Ces coûts plus élevés
103
ne correspondent pas nécessairement à une produc-
101
tivité plus forte : la productivité horaire de
99
l’ensemble de l’économie allemande est dans une
97
position moyenne en comparaison internationale95
(Chagny, 1997), la France étant d’ailleurs dans une93
91 position plus favorable que l’Allemagne.
89
87
85 Des pertes de compétitivité jusqu’en 1995
1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
et des gains depuis
Lecture : la Bundesbank précise simplement que les 18 pays
industrialisés concernés incluent ceux de la zone euro.
Source : Bundesbank, annexe statistique au rapport mensuel. Entre 1991 et 1995, dans l’ensemble de l’éco-
nomie, les salaires hors cotisations sociales par tête
ont augmenté de 18,6 % (cf. tableau 6). De fait, lela main-d’œuvre allemande était en 1996 le plus
pays a subi plusieurs chocs de coût salarial : pen-élevé de l’Union européenne, plus élevé qu’au
dant le boom de l’unification, les salaires ont suiviJapon et aux USA.
une forte hausse, puis n’ont ralenti que progressi-
vement ; les salaires de l’Est ont entamé un mouve-Pour une part toutefois, ce coût reflète un niveau de
ment de rattrapage rapide de ceux de l’Ouest, sansproductivité plus élevé en Allemagne : la
rapport avec les gains relatifs de productivitémain-d’œuvre y serait plus qualifiée et la structure
(DIW, IfW, IWH, 1999) ; en 1995, les accords sala-de l’industrie allemande plus concentrée dans les
riaux dans la métallurgie ont abouti à une baisse desecteurs à forte productivité, et à rémunérations
la durée hebdomadaire du travail de 36 à 35 heures,traditionnellement plus élevées (industrie automo-
sans réduction de salaire.bile, chimie). Cependant, une fois ces éléments
contrôlés, le Cepii a montré que le coût horaire de
De plus, les taux de cotisations sociales se sontla main-d’œuvre reste malgré tout plus élevé qu’en
accrus, le taux moyen apparent de cotisationsFrance et aux USA, à branche et qualification éga-
sociales salariés ayant augmenté de 2,8 points surles (Cortes, Fouquin et Jean, 1996).
cette période, et celui des cotisations sociales
employeurs, de 2 points. En effet, le financementEnfin, d’après l’Insee (Friez, 1999), les conclu-
de l’unification a consisté notamment à transposersions sont différentes si on élargit la comparaison à
le système de protection sociale de l’Ouest auxd’autres secteurs de l’économie : l’écart de coût
nouveaux Länder, alors que ceux-ci avaient uneannuel et horaire serait moins fort dans le commerce
faible capacité contributive.et l’intermédiation financière, et même légèrement à
l’avantage de l’Allemagne dans les hôtels-cafés-res-
De ce fait, le coût du travail par tête, c’est-à-dire lestaurants. De fait, les données traditionnellement
salaires y compris cotisations sociales des salariésexaminées ne concernent que l’industrie, alors que
et des employeurs, a augmenté de 21,4 % entrel’institut DIW (Scheremet, 1999) a montré que si on
1991 et 1995, soit une augmentation plus de deuxconsidère l’économie dans son ensemble, l’Alle-
fois plus rapide que celle de la productivité appa-magne n’a plus les coûts salariaux les plus élevés du
rente du travail entre ces mêmes dates. Autrementmonde. En effet, les salariés de l’industrie alle-
dit, les coûts salariaux unitaires ont augmenté demande sont traditionnellement très qualifiés et spé-
11,7 % en cinq ans.cialisés dans la production de biens de haute qualité,
alors que dans d’autres pays, les qualifications
En outre, le Mark s’est continuellement appréciéseront concentrées dans d’autres secteurs. De plus,
en termes effectifs nominaux depuis 1987 (cf. gra-la frontière entre industrie et services est définie dif-
phique IV). Les chocs de coûts salariaux se sontféremment en Allemagne, notamment parce que la
ainsi conjugués à l’appréciation du Mark. La com-sous-traitance y est moins développée. L’industrie
pétitivité-coût de l’Allemagne, mesurée par lesallemande incorpore, de ce fait, davantage de servi-
coûts salariaux unitaires relatifs dans l’industrieces dans sa production que d’autres pays (Chagny,
manufacturière, qui s’était déjà fortement dété-1997), si bien que l’on compterait dans l’industrie
riorée au cours des années de dépréciation du dollardes activités moins productives et rangées dans
entre 1985 et 1990, s’est de nouveau fortementd’autres pays parmi les services à faible valeur
dégradée jusqu’en 1995. Par rapport à son niveauajoutée (cf. encadré 1).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3 73moyen de 1987, l’Allemagne avait perdu 20 points que les coûts des services interviennent dans la for-
de compétitivité-coût au deuxième semestre 1995 mation du coût des biens industriels au travers des
(cf. graphique V). consommations intermédiaires. En considérant
l’indicateur de compétitivité-coût calculé par la
À partir de 1996, les partenaires sociaux ont Bundesbank à partir des coûts salariaux de
accepté davantage de modération salariale, si bien l’ensemble de l’économie (qui présente le double
que les hausses de salaires nets par tête ont considé- avantage de contourner les problèmes de frontière
rablement ralenti (cf. tableau 6), les salariés ayant statistique entre secteurs, et de prendre en compte
même perdu du pouvoir d’achat en 1997. D’autre une partie du coût des consommations intermédiai-
part, les entreprises ont réalisé d’importants efforts res de l’industrie exportatrice), les évolutions sont
de productivité. En revanche, les cotisations socia- beaucoup moins marquées que lorsqu’on utilise les
les ont continué de s’accroître, mais compte tenu coûts de la seule industrie manufacturière : le taux
de l’importance des efforts consentis sur les salai- de change effectif réel du DM déflaté par les coûts
res nets et la productivité, les coûts salariaux uni- salariaux unitaires de l’ensemble de l’économie se
taires de l’ensemble de l’économie ont légèrement serait apprécié de 15 % environ entre 1990 et 1995,
reculé entre 1995 et 1999 (cf. tableau 6). De ce fait, etnonde20%;de plus, toute la compétitivité ainsi
au deuxième semestre 1999, le secteur manufactu- perdue aurait été regagnée depuis, alors que les
rier allemand avait regagné 12 points de la compé- deux tiers seulement auraient été regagnés si on
titivité-coût perdue entre 1987 et le deuxième considère les seuls coûts salariaux de l’industrie
semestre 1995 (cf. graphique V). manufacturière.
Les chiffres pour l’Allemagne utilisés ici (calculés La conjugaison des hausses de coût salariaux, de
par la direction de la Prévision) sont proches de cotisations sociales, et de l’appréciation de la
ceux calculés par la Bundesbank dans son rapport monnaie, s’est donc traduite par des pertes de com-
mensuel de novembre 1998 (à savoir une perte de pétitivité pour l’industrie exportatrice allemande, à
compétitivité-coût de l’ordre de 10 % entre début
1987 et fin 1998). Toutefois, d’après la Bundes- Graphique V
bank, un tel indicateur reflète mal l’évolution de la Compétitivité-coût de l’Allemagne, de la
compétitivité allemande, en grande partie en raison France et de l’Italie face à 23 pays de l’OCDE
de problèmes statistiques de définition de la fron-
Base 100 en 1987tière entre emplois industriels et de services, déjà
140évoqués. Ils expliqueraient que la structure des
130coûts salariaux de l’ensemble de l’économie ait France
suivi en Allemagne une évolution opposée à celle 120
des autres pays : entre 1975 et 1997, d’après la Italie110
Bundesbank, les coûts salariaux unitaires ont aug- 100
Allemagne
menté plus rapidement dans l’industrie manufactu-
90
rière que dans l’ensemble de l’économie (de 87 %
80
1980 1985 1999au lieu de 77,8 %), alors qu’à l’inverse, dans 18 1990 1995
autres pays industrialisés de l’OCDE, ils ont pro-
Lecture : la pondération retenue pour agréger les coûts des 23
gressé respectivement de 122,8 % et de 203,1 %. pays de l’OCDE reflète la concurrence exercée à l’exportation.
Les 23 pays sont ceux de l’Union européenne, la Norvège, la
Suisse, la Turquie, les USA, le Canada, le Mexique, le Japon, la
Or, même si le commerce extérieur est essentielle- Corée, l’Australie, et la Nouvelle-Zélande.
ment un commerce de biens manufacturés, il reste Source : direction de la Prévision.
Tableau 6
Décomposition de l’évolution des coûts salariaux unitaires dans l’ensemble de l’économie
allemande entre 1991 et 1999
En %
Contribution de...Évolution des coûts
salariaux unitaires Taux de cotisations
Salaires hors cotisa- Productivité apparentedans l’ensemble de sociales (employeur et
tions sociales par tête du travaill’économie salarié)
1991-1995 11,7 18,6 2,8 - 9,1
1995-1999 - 0,5 4,1 2,0 - 6,8
Lecture : les coûts salariaux unitaires calculées ici rapportent la masse salariale y compris toutes cotisations sociales par tête à la produc-
tivité apparente du travail.
Source : Statistisches Bundesamt.
74 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 332-333, 2000-2/3

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