Les emplois de courte durée dans les entreprises

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En 2000, 19 % des heures rémunérées sont versées dans le secteur privé à des salariés occupant un emploi de courte durée, c'est-à-dire un emploi de durée inférieure à un an. Les salariés jeunes, non qualifiés ou à temps partiel occupent plus souvent ce type d'emploi. Outre le secteur de l'intérim, les secteurs des services utilisent ce mode de gestion de la main-d'oeuvre plus souvent que les secteurs de l'industrie. À secteurs et structures par âge, sexe, qualification et types d'emploi identiques, la proportion d'emplois de courte durée est plus élevée dans les entreprises de moins de 50 salariés. Entre 1994 et 2000, le niveau d'emploi de courte durée a peu varié : sa diminution observée dans presque tous les secteurs a été compensée par sa forte augmentation dans celui de l'intérim.
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Emploi 3
Les emplois de courte durée
dans les entreprises
Marie Leclair, Sébastien Roux*
En 2000, 19 % des heures rémunérées sont versées dans le secteur privé à
des salariés occupant un emploi de courte durée, c’est-à-dire un emploi de
durée inférieure à un an. Les salariés jeunes, non qualifiés ou à temps
partiel occupent plus souvent ce type d’emploi. Outre le secteur de
l’intérim, les secteurs des services utilisent ce mode de gestion de la
main-d’œuvre plus souvent que les secteurs de l’industrie. À secteurs et
structures par âge, sexe, qualification et types d’emploi identiques, la
proportion d’emplois de courte durée est plus élevée dans les entreprises de
moins de 50 salariés. Entre 1994 et 2000, le niveau d’emploi de courte
durée a peu varié : sa diminution observée dans presque tous les secteurs a
été compensée par sa forte augmentation dans celui de l’intérim.
lusieurs études mesurent reflètent ainsi l’insécurité ou la gale maximale de 18 mois –, con-
la précarité du travail et précarité de l’emploi (Amossé, trat aidé, stage, intérim). La partP son évolution au cours 2002 ; Behaghel, 2003 ; Fougère, des salariés occupant de tels em-
des dernières années. Certaines 2003 ; Givord et Maurin, 2004 ; plois a ainsi doublé en vingt ans
analyses se fondent sur les trajec- L’Horty, 2004). D’autres appro- pour atteindre 10 % en 2002
toires d’emploi individuelles, en ches examinent les emplois (Amira et De Stefano, 2005). Ces
mesurant notamment la part eux-mêmes à l’aide d’indicateurs indicateurs de durée sont néan-
d’individus en situation de de durée, comme le taux de re- moins imparfaits. D’une part, un
non-emploi alors qu’ils étaient cours aux formes particulières nombre non négligeable de for-
employés l’année précédente, et d’emploi (CDD – d’une durée lé- mes particulières d’emploi peu-
* Au moment de la rédaction de cet article, Marie Leclair appartenait à la Dares du ministère des Affaires sociales, du Travail et de la
Solidarité ; Sébastien Roux fait partie de la direction des Études et Synthèses économiques de l’Insee.
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3 Emploi
vent se transformer en contrat à courte durée – inférieurs à un Le travail limité
durée indéterminée, et l’indica- an – dans l’économie française, dans le temps en France :
teur surestime alors l’instabilité et se fonde directement sur l’ob-
une heure rémunérée
des emplois. D’autre part, cer- servation de la durée des em-
sur cinq en 2000tains contrats à durée indéter- plois. L’instabilité des emplois est
minée sont aussi peu protégés donc appréhendée ici du point
que les CDD, ce qui conduit à de vue des établissements, et non Dans cette étude, le travail « li-
minorer l’instabilité des em- plus seulement des individus. mité dans le temps » corres-
plois. Pour contourner ces diffi- Enfin, en distinguant les emplois pond au travail effectué au
cultés, il faut disposer des en fonction de leur ancienneté, cours d’un emploi de courte
durées effectives d’emploi. cette étude permet de différen- durée – inférieure à un an. Le
cier lesapprochesentermesde travail limité dans le temps, me-
Cette étude a pour but de dresser stocks d’emplois et de flux d’em- suré en heures rémunérées, cor-
un panorama des emplois de bauches ou de départs. respond à la quantité de travail
Figure 1 - Répartition des heures rémunérées à une catégorie de salariés selon leur ancienneté et la
stabilité de l'emploi qu'ils occupent
en %
Part des heures rémunérées aux salariés…
… de moins d'un an … de moins d'un an …de plus d'un an … occupant un emploi
d'ancienneté et d'ancienneté et d'ancienneté et de courte durée parmi
Ensemble
occupant des emplois occupant des emplois occupant des emplois les salariés de moins
de courte durée permanents permanents d'un an d'ancienneté
Âge
Moins de 25 ans 40,3 23,6 36,1 100 63,1
De 25 à 34 ans 19,9 16,7 63,4 100 54,3
De 35 à 49 ans 14,0 10,3 75,7 100 57,4
50 ans ou plus 13,8 7,3 78,9 100 65,3
Sexe
Homme 18,8 13,3 67,9 100 58,7
Femme 19,8 14,0 66,2 100 58,7
Qualification
Apprenti, Stagiaire 30,7 26,5 42,8 100 53,6
Non-qualifié 26,9 14,8 58,3 100 64,6
Qualifié 17,3 12,4 70,3 100 58,3
Très qualifié 15,3 13,0 71,7 100 54,1
Temps de travail
Temps partiel 37,7 13,1 49,2 100 74,2
Temps complet 16,3 13,6 70,1 100 54,6
Toute population 19,2 13,5 67,3 100 58,7
Champ : secteur privé marchand et grandes entreprises nationales.
Lecture : en 2000, les salariés travaillant moins d’un an dans l’entreprise ont contribué à 19,2 % du total des heures rémunérées par l’entreprise. Les salariés de
moins de 25 ans ayant moins d’un an d’ancienneté mais qui resteront plus d’un an dans l’entreprise ont contribué à 23,6 % du nombre total d’heures rémunérées par
les entreprises aux moins de 25 ans. Les salariés masculins travaillant depuis plus d’un an dans leur entreprise ont contribué à hauteur de 67,9 % des heures
rémunérées par les entreprises à l’ensemble des salariés masculins. Parmi les salariés très qualifiés occupant un emploi de moins d’un an d’ancienneté, ceux
amenés à en partir contribuent à hauteur de 54,1 % des heures rémunérées. La qualification est reconstruite à partir de la catégorie socioprofessionnelle à deux
chiffres selon la nomenclature Burnod-Chenu. Les apprentis stagiaires constituent une catégorie à part pour lesquels une qualification précise ne peut être attribuée,
c'est pourquoi ils constituent une qualification séparée.
Source : Insee, DADS 2000.
Données sociales - La société française 246 édition 2006
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Emploi 3
Figure 2 - Décomposition des rapports de probabilité de fréquence de l’emploi de courte durée par
rapport aux autres emplois et aux salariés récemment embauchés entre 1994 et 2000
Surreprésentation du travail limité dans le Surreprésentation du travail limité dans le
temps par rapport au travail permanent temps parmi les salariés récemment embauchés
Paramètre Significativité Paramètre Significativité
Constante 0,08 *** 1,24 ***
Moins de 25 ans 278,5 % *** - 20,4 % ***
Entre 25 et 35 ans 45,2 % *** - 38,9 % ***
Entre 35 et 50 ans 5,3 % *** - 27,2 % ***
Plus de 50 ans Référence Référence
Homme 12,0 % *** 6,7 % ***
Femme Référence Référence
Temps partiel 48,4 % *** 26,7 % ***
Temps complet Référence Référence
Stagiaire 70,9 % *** 25,7 % ***
Non-qualifié 17,1 % *** 20,0 % ***
Qualifié - 6,8 % *** 5,4 % ***
Très qualifié Référence Référence
Moins de 10 salariés 55,4 % *** - 1,0 % *
Entre 10 et 20 salariés 42,6 % *** 1,0 % n.s.
Entre 20 et 50 33,2 % *** - 0,2 % n.s.
Entre 50 et 100 salariés 24,0 % *** - 2,7 % ***
Entre 100 et 250 salariés 10,1 % *** - 7,5 % ***
Entre 250 et 500 2,5 % *** - 7,5 % ***
500 salariés et plus Référence Référence
1994 24,9 % *** 47,8 % ***
1995 8,5 % *** 25,9 % ***
1996 5,5 % *** 21,7 % ***
1997 - 1,8 % *** 12,7 % ***
1998 12,7 % *** 35,8 % ***
1999 - 1,0 % * 7,8 % *
2000 Référence Référence
Industrie agroalimentaire 16,7 % *** 32,0 % ***
Automobile - 39,7 % *** - 7,6 % ***
Construction navale - 38,2 % *** - 14,0 % ***
Chimie - 27,4 % *** - 6,8 % ***
PTT 49,5 % *** 96,6 % ***
Services opérationnels aux entreprises (hors intérim) 102,1 % *** 47,8 % ***
Intérim 988,3 % *** 362,1 % ***
Hôtels et Restaurants 59,0 % *** 30,0 % ***
Activités culturelles 84,8 % *** 50,4 % ***
Services personnels Référence Référence
Note : tous les secteurs d'activité sont introduits comme variables explicatives, seuls les résultats correspondant à des secteurs commentés dans le texte sont
présentés.
Significativité : *** significatif au seuil de 1 %, ** significatif au seuil de 5 %, * significatif au seuil de 10 %, n.s. non significatif.
Champ : secteur privé marchand et grandes entreprises nationales.
Lecture : dans la catégorie de référence (encadré 3), le rapport travail limité dans le temps sur travail permanent est de 0,07. Parmi les salariés de faible ancienneté,
il est plus élevé : 1,24.
À autres caractéristiques observées identiques, la part de travail limité dans le temps (mesurée en nombre d'heures rémunérées) par rapport au travail permanent est
280 % (soit 3,8 fois) plus élevée parmi les moins de 25 ans que parmi les plus de 50 ans. Ramenée au travail de faible ancienneté, la part de travail limité dans le
temps est 20 % plus faible parmi les moins de 25 ans que parmi les plus de 50 ans.
Source : DADS 1994-2000.
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3 Emploi
Encadré 1
Les sources utilisées
et la classification en différents types d’emplois
Dans cette étude, les données utili- terminer dans quelle mesure le dé- permet de caractériser au jour
sées sont issues des déclarations part est volontaire ou imposé. près le travail effectué par les sa-
annuelles de Données sociales Enfin, la nature du contrat du sala- lariés.
(DADS), pour les années 1994 à rié (à durée déterminée ou non)
2000. Ces données administratives n’est pas connue. Dans le schéma ci-dessous, l’axe re-
proviennent des entreprises du sec- présente les années des fichiers
teur privé ou semi-public, et appor- En agrégeant les établissements DADS. En t, des durées d’emploi
tent une information sur tous leurs qui composent chaque entreprise, sont observées. Sauf dans le
salariés. Elles permettent de repé- trois catégories d’emploi peuvent deuxième cas, elles sont insuffisan-
rer tous les emplois ayant duré être construites à partir des DADS tes pour répartir les heures travail-
moins d’un an. Seules sont prises (encadré 2).Lenombred’heures lées selon la typologie retenue :
en compte les entreprises privées et rémunérées donne une mesure du travailleur occupant un emploi de
les grandes entreprises publiques. travail effectué par les salariés oc- courte durée ou permanent, de
Les emplois de moins de 10 jours cupant chaque type d’emploi. Le faible ou forte ancienneté. Lorsqu’il
(missions, interventions ponctuel- travail « limité dans le temps » est y a absence d’information (ou
les, rappels de prime, etc.) sont re- ainsi effectué par les salariés oc- « censure ») à gauche, l’ancienneté
tirésdel’analyse,maisles cupant des emplois de courte du salarié n’est pas connue (cas 1, 5
stagiaires ou les personnes effec- durée dont la durée (et a fortiori et 6). Lorsqu’il y a censure à droite,
tuant des « boulots d’été » sont l’ancienneté) est inférieure à un an. il n’est pas possible de déterminer
maintenus. Les intérimaires ne Le travail « permanent » est effec- si le travail est permanent ou non
sont qu’imparfaitement observés tué par les salariés occupant un (cas 3 et 4). Les individus occupant
dans les DADS : il n’est pas possible emploi dont la durée est ou sera su- un emploi permanent peuvent aus-
de déterminer dans quelles entre- périeure à un an. Dans l’étude, il si changer de catégorie d’ancienne-
prises ils effectuent leur mission. est possible de distinguer le travail té en cours d’année (cas 4). Leurs
Ils sont donc inclus dans l’analyse permanent de faible ancienneté, ef- heures de travail sont alors répar-
globale de l’emploi de courte durée, fectué par les salariés dont l’emploi ties dans les deux types de travail,
mais sont affectés aux entreprises est amené à durer plus d’un travail de faible ancienneté et tra-
du secteur de l’intérim. Ces don- an – mais dont l’ancienneté est in- vail de forte ancienneté. Dans tous
nées permettent de dresser un férieure à un an au moment où ils les cas, en plus de l’année t, les
constat sur le recours aux emplois produisent ce travail –, de celui de DADS des années t – 1 et t + 1 sont
de courte durée dans l’économie forte ancienneté. À partir de cette donc utilisées pour disposer d’une
française et de reconstruire ce re- typologie, l’utilisation des DADS information complète.
cours pour chaque entreprise (ex-
cepté pour les intérimaires
employés par les entreprises du
secteur de l’intérim).
: censure à gauche en tCG : censure à droite en tCD
La notion d’emploi est ici attachée
: travail instable : travail de plus d’un an d’ancienneté
à l’établissement, et non à l’entre-
prise. Pour chaque emploi et dans
: travail permanent de moins d’un an d’ancienneté
chaque établissement, plusieurs in-
formations sont disponibles : la t-1 t t+1
durée de la rémunération au cours
de l’année présente et passée, la
1CG instabledate de début et de fin de la rému-
nération, la rétribution, la caté- 2
gorie socioprofessionnelle, l’âge et
Permanent mais moinsle sexe du salarié et enfin le type 3CDd’un an d’ancienneté
d’emploi (temps complet, temps
CD
partiel). Le nombre d’heures effec- 4
tivement travaillées n’est donc pas
connu, mais les DADS fournissent CG 5
le nombre d’heures rémunérées, in-
cluant donc les congés payés. Il CG 6
n’est pas possible de suivre les per- Plus d’un an
sonnes qui occupent ces emplois, d’ancienneté
notamment de savoir si celles qui
quittent un emploi en retrouvent
immédiatement un autre, ni de dé-
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effectuée par les salariés occu- caractérise les flux d’emplois L’instabilité de la main-d’œuvre
pant de tels emplois (encadré 1). dans les entreprises. De tels flux est donc pour une grande part
En 2000, il représentait 19 % des ont déjà été mis en évidence choisie par l’entreprise dans son
heures rémunérées dans le sec- (Abowd, Corbel et Kramarz, processus de production (enca-
teur privé. Cette mesure reflète 1999 ; Lagarde, Maurin et Torelli, dré 2).
ainsi l’utilisation du travail limité 1994).
dans le temps comme facteur de
production dans l’ensemble de La mesure de l’emploi de courte
l’économie. En outre, 60 % des duréeposeégalementlepro- Les salariés jeunes,
heures rémunérées aux salariés blème de la distinction entre mo- non qualifiés ou à temps
d’ancienneté inférieure à un an le bilité volontaire et mobilité
partiel occupent plus
sont effectivement à ceux qui ne imposée aux salariés. En 1999,
souvent des emploisresteront pas plus d’un an dans sur cinq salariés dont l’emploi a
de courte duréel’établissement (figure 1). Cette duré moins d’un an dans le
mesure correspond alors à la même établissement, quatre sor-
probabilité qu’ont des individus tent de l’emploi car leur CDD se Lessalariéslesplusjeunesoccu-
récemment embauchés dans l’en- termine (Source : déclarations pent les emplois les moins sta-
treprise de ne pas y rester plus mensuelles des mouvements de bles : 40 % des heures
d’un an. Ces statistiques reflètent la main-d’œuvre dans les entre- rémunérées aux salariés de
le taux de rotation très fort qui prises de plus de 50 salariés). moins de 25 ans le sont dans le
cadre d’emplois de courte durée.
Cette part décroît avec l’âge et
n’est que de 14 % pour les plusEncadré 2
de 50 ans. La quantité de travailUne analyse théorique des raisons du recours des entreprises
associée fournie par les hommes
aux emplois de courte durée
comme par les femmes corres-
Le recours des entreprises aux em- Dans ce secteur, les entreprises pond à environ 20 % des heures
plois de courte durée relève de n’utiliseraient donc pas l’instabili- rémunérées. Le travail limité
deux logiques opposées. L’entre- té de certains emplois comme une
dans le temps est surreprésenté
prise arbitre entre son profit pré- composante organisationnelle leur
parmi les moins qualifiés. Avecsent et futur, et ajuste en permettant d’augmenter leur pro-
permanence sa productivité en ductivité. Les données ne permet- 38 % des heures rémunérées en
fonction de la demande. D’une tent pas de prendre en compte 2000, il est également plus im-
part, l’entreprise a besoin de sala- l’utilisation de l’intérim par les en- portant parmi les salariés à
riés qualifiés, possédant un capital treprises : il est possible que les
temps partiel (figure 1).humain spécifique acquis grâce à entreprises industrielles utilisent
l’ancienneté dans l’emploi. L’em- l’intérim plutôt que les emplois de
bauche de nouveaux salariés gé- courte durée pour bénéficier de Parmi les individus occupant un
nère ainsi des coûts fixes de gains de flexibilité. Au contraire, emploi depuis moins d’un an, le
recrutement et de formation et le dans le secteur des services, la
travail limité dans le temps re-
licenciement de salariés anciens productivité instantanée des sala-
présente 65 % des heures rému-détruit le capital humain de l’en- riés occupant un emploi de courte
treprise tout en générant des coûts. durée est supérieure à celle des sa- nérées aux plus de 50 ans
De ce point de vue, le renouvelle- lariés de même ancienneté. Dans comme aux moins de 25 ans,
ment des salariés et l’instabilité ces secteurs, la flexibilité permise contre 55 % aux salariés âgés de
des emplois sont nuisibles aux per- par le travail limité dans le temps
25 à 50 ans (figure 1).Cerésultatformances de l’entreprise. D’autre serait donc pleinement utilisée.
traduit les difficultés d’insertionpart, l’instabilité de l’emploi per- En effet, les services ne sont pas
met d’accroître la flexibilité et de stockables, à la différence des de ces travailleurs : lorsqu’ils
mieux adapter le volume de travail biens manufacturiers. Ainsi, les viennent d’être embauchés, ils
à l’activité de l’entreprise. L’insta- entreprises de services sont très
ont peu de chance de rester dans
bilité permet de diminuer le chô- sensiblesàdesvariationsdelade-
l’entreprise. Le résultat est in-mage technique et de maximiser le mande qui leur est adressée à
profit présent de l’entreprise. court terme. La productivité plus verse pour les apprentis et sta-
forte du travail limité dans le giaires : le travail limité dans le
Dans les entreprises industrielles, temps dans les services pourrait temps ne contribue qu’à 54 % du
la productivité des salariés de être liée à la nécessité de s’adapter
travail d’ancienneté inférieure àfaible ancienneté est la même, que à la variabilité infra-annuelle de la
un an, soit la plus faible contri-leur emploi soit de courte durée demande adressée à ces entrepri-
ou non (Leclair et Roux, 2005). ses. bution parmi les qualifications.
Lesapprentisetlesstagiairesont
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donc une plus forte probabilité que les hommes. Ceux-ci ont une une relation d’emploi de courte
de rester dans l’entreprise plus contribution au travail limité durée avec les entreprises de prêt
d’un an, une fois embauchés. dans le temps par rapport au tra- de main-d’œuvre. Hors intérim,
Cette situation est due à un re- vail permanent plus élevée de les secteurs des services ont par
cours plus fréquent des entrepri- 12 % que celle des femmes (fi- ailleurs une part de travail limité
ses de moins de 10 salariés aux gure 2). dans le tempsdansleurvolume
stagiaires et apprentis, dans les d’heures rémunérées plus élevée
secteurs du commerce et de la que l’industrie (figure 3).
construction, qui les embauchent
par la suite. Les services ont plus Parmi les services, les secteurs
lesplusconsommateursdetra-recours à l’emploi
Une analyse contrôlant les effets vail limité dans le temps sont lesde courte durée
de structure – comme le secteur, services opérationnels aux entre-
que l’industrie
l’âge, le sexe, le statut d’emploi prises (hors intérim) et les hô-
et la qualification –, confirme tels-restaurants. Dans l’industrie,
ces résultats (encadré 3 et fi- Dans cette étude, les emplois in- le secteur de l’automobile est le
gure 2). Les salariés les plus jeu- térimaires sont comptabilisés moins demandeur en emplois de
nes ont de plus fortes chances dans l’emploi des entreprises de courte durée, au contraire de la
d’occuper un emploi de courte prêt de main-d’œuvre et non pas construction navale et de l’in-
durée : leur contribution au tra- dans celui des secteurs utilisa- dustrie agroalimentaire. L’analyse
vail limité dans le temps par teurs. La part de l’emploi de toutes choses égales par ailleurs
rapport au travail permanent est courte durée s’élève à 80 % dans donne un classement des sec-
3,8 fois plus élevée que celle des le secteur de l’intérim. Les sala- teurs assez proche (figure 2).Ain-
plus de 50 ans (figure 2).Les ap- riés intérimaires ont donc souvent si, l’intérim est le secteur où le
prentis et stagiaires sont dans la
même situation, comparative-
Figure 3 - Recours au travail limité dans le temps dans les
ment aux très qualifiés : leur entreprises en fonction de leur taille, mesuré par le nombre
contribution au travail limité d'heures rémunérées
dans le temps par rapport au
travail permanent est supérieure
de 71 % (figure 2).
Lorsqu’elles viennent d’être em-
bauchées, la contribution au tra-
vail limité dans le temps des
personnes de plus de 50 ans est,
toutes choses égales par ailleurs,
la plus élevée. Par rapport à eux,
cette même contribution du tra-
vail limité dans le temps des
25-35 ans dans le travail de faible
ancienneté est 40 % plus faible
(figure 2). Les salariés à temps
partiel ont également une proba-
bilité plus forte d’occuper un em-
ploi de courte durée : leur
contribution au travail limité
dans le temps par rapport au tra-
vail permanent est 48 % plus
élevée que celle des travailleurs à
temps complet (figure 2). À de travail et niveau de
qualification similaires, les fem-
mes ont moins de chances d’oc-
cuper un emploi de courte durée
Données sociales - La société française 250 édition 2006
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Emploi 3
travail limité dans le temps est le taille de l’entreprise s’accroît. lesgrossesentreprisesestdonc
plus important, suivi par celui Les entreprises de moins de principalement liée à leur niveau
des services opérationnels aux 10 salariés utilisent ainsi une d’embauches plus réduit.
entreprises. Le secteur automo- part de travail limité dans le
bile et la chimie figurent parmi temps 55 % plus élevée que cel-
les secteurs où le travail limité les employant plus de 500 sala-
dans le temps est le plus faible. riés (figure 2). L’augmentation
Cette forte surreprésentation du de l’emploi intérimaire
travail limité dans le temps dans Unefoiséliminésles effets de a compensé la baisse
les services se retrouve également structure, la contribution au tra-
du travail limité dans le
àl’examendelapartdecemême vail limité dans le temps des sala-
temps observée dans latype de travail parmi les travail- riés récemment embauchés, de
majorité des secteursleurs de moins d’un an d’ancien- moins d’un an d’ancienneté, est
neté (figure 2). Les secteurs de 8 % plus faible dans les entrepri-
l’intérim, des PTT, des activités ses employant entre 100 et Le recours aux heures de travail
culturelles, des combustibles et 500 salariés par rapport aux en- effectuées par des salariés occu-
des activités opérationnelles sont treprises de 500 salariés et plus pant des emplois de courte
ceux pour lesquels cette surrepré- (figures 2 et 3). Cette contribution durée a peu varié entre 1994 et
sentation est la plus élevée. au travail de faible ancienneté est 2000 (figure 4). Cette stabilité
en revanche de même ampleur dissimule cependant de fortes
dans les entreprises de moins de variations au sein des secteurs
50 salariés et celles de 500 sala- d’activité : le recours au travail li-
Les emplois de courte riés et plus, les écarts observés mité dans le temps a diminué
entre ces entreprises n’étant pas entre 1994 et 2000 dans la majoritédurée sont plus fréquents
significatifs. La part plus faible de des secteurs, à l’exception dudans les entreprises
travail limité dans le temps dans secteur de l’intérim qui, par na-
les plus petites
Figure 4 - Évolution de la part d'emploi de courte durée (directementEn 2000, 19 % des heures rému-
estimée et effet propre annuel)nérées sont versées au titre du
travail limité dans le temps dans
les entreprises de moins de
10 salariés, contre 16 % dans les
entreprises comportant entre 100
et 500 salariés (figure 3). Cepen-
dant, avec 23 %, la part de tra-
vail limité dans le temps est la
plus élevée dans les entreprises
de 500 salariés ou plus. Ce résul-
tat est toutefois dû à la forte pré-
sence des entreprises d’intérim
parmi les plus grosses entrepri-
ses. Lorsque les entreprises d’in-
térim sont retirées de l’analyse,
la part de travail limité dans le
temps chute à 14,5 % dans ces
entreprises. En prenant en
compte lesdifférentseffetsde
structure, comme le secteur
d’embauche – dont l’intérim –,
l’année, le type d’emploi, l’âge, le
sexe, ou encore la qualification,
la part de travail limité dans le
temps apparaît au contraire
d’autant plus réduite que la
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3 Emploi
ture, est le plus gros pourvoyeur travail limité dans le temps travail limité dans le temps
de travail limité dans le temps, dans le secteur de l’intérim est dans les heures rémunérées
de la construction navale, de la passéede68%à80%entre était, toutes choses égales par
Recherche et Développement et 1994 et 2000. Tout cela ex- ailleurs, plus élevée de 25 %
des PTT (figure 5). La part de plique qu’en 1994, la part du qu’en 2000 (figure 2).
Au cours de la période
1994-2000, la part de travailFigure 5 - Part du travail limité dans le temps dans les différents
secteurs en 1994 et 2000 (NES 36, intérim séparé, en volume limité dans le temps dans le
d'heures rémunérées) travail total comme dans le de faible ancienneté
diminue toutes choses égales
par ailleurs, excepté en 1998
où elle remonte brusquement
pour revenir sur la même ten-
dance par la suite (figure 5).
1998 a correspondu au début
de la reprise de l’économie
française, et les entreprises
ont commencé à réembau-
cher. Or, les mouvements
d’embauche dans les entrepri-
ses génèrent beaucoup de flux
d’emploi qui conduisent à
augmenter le nombre d’em-
plois de courte durée (Abowd,
Corbel, Kramarz, 1999). Il est
possible que cette reprise se
soit traduite dans un premier
temps par la création d’un
grand nombre d’emplois de
courte durée. Au cours des
années suivantes, l’apparition
de tensions sur le marché du
travail a pu amener les entre-
prises à conserver plus long-
temps leurs salariés.
Enfin, la croissance du travail
intérimaire a également été
l’une desplusfortesaucours
de la période. Le recours au
travail limité dans le temps,
prenant en 1994 la forme d’em-
plois de courte durée, aurait
donc été progressivement
remplacé par un recours plus
fréquent à l’intérim.
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Emploi 3
Encadré 3
Effet propre du secteur et de la taille
Des données statistiques multidi- tégories de salarié définies en fonc- durée par rapport à l’emploi stable
mensionnelles ont été créées à par- tion de l’âge, du sexe, du type d’em- de faible ancienneté :
instabletir des DADS exhaustives. Elles ploi (à temps partiel ou à temps ⎛ H st,,c ⎞
sont caractérisées par l’année d’ob- complet) ou de la qualification. ltst,,c = log ;⎜ ⎟stable∩<ancienneté 1⎝ H st,,c⎠servation, l’âge, le sexe et le niveau Cette dernière est déterminée à par-
de qualification des individus, le tir des codes PCS à deux chiffres
Dans chacun des cas, la décompo-fait qu’ils occupent ou non un em- présents dans les DADS, et liée au
sition adoptée a la forme suivante :ploi à temps partiel, le secteur et la poste occupé et non au niveau de
taille de l’entreprise. Pour chaque diplôme (Burnod, Chenu, 2001).
ltst,,c=+as11s att++acc1 εst,,c ;∑∑ ∑année, les salariés sont ainsi répar- Deux variables dépendantes sont
s t c
tis dans 90 000 « cellules ». considérées :
où εst,,c est un aléa de moyenne
nulle non corrélé aux variables ex-Il s’agit alors de savoir dans quel - la première indique la surreprésen-
plicatives.secteur (s), pour quelle taille d’en- tation de l’emploi de courte durée
treprise (t) et pour catégorie par rapport au travail permanent, de
Les coefficients estimés dede salariés (c), le travail limité faible ancienneté ou non dans la cel-
chaque variable s’interprètent pardans le temps est surreprésenté en lule considérée :
rapport à une modalité de réfé-neutralisant les effets de composi-
rence (indiquée par Réf. pourtion, c’est-à-dire en raisonnant à lhst,,c =
chaque variable, figure 2). Lacaractéristiques identiques. Pour instable⎛ H st,,c ⎞
construction des variables estcela, une régression linéaire par log⎜ ⎟
stable∩<ancienneté 1 ancienneté >1
HH st,,c + st,,c⎝ ⎠ telle que les coefficients présentésmoindres carrés ordinaires des va-
s’interprètent directementriables d’intérêt construites à par-
comme des rapports de probabili-tir de ces cellules est effectuée sur
- la seconde correspond à la surre- té par rapport à la catégorie dedes indicatrices d’années, de sec-
présentation de l’emploi de court référence.teur, de taille d’entreprise et de ca-
Pour en savoir plus
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n° 81,2, p. 170-187, 1999. qualifiés et non qualifiés : une pro- lité de l’emploi »,CERC,6no-
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Données sociales - La société française 253 édition 2006
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