Les horaires de travail dans le couple

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Les horaires de travail dépendent fortement des caractéristiques individuelles, notamment du genre et de la catégorie socioprofessionnelle, mais également des caractéristiques familiales et de celles du conjoint. Ainsi, pour des couples de salariés à temps complet et à catégorie socioprofessionnelle identique, les femmes travaillent moins longtemps que leur conjoint et leur rythme de travail est plus régulier. Les horaires de départ ou de retour quotidiens de chacun dépendent de leurs positions sociales relatives. La présence de jeunes enfants s'accompagne d'une réduction de la durée hebdomadaire de travail de la mère, essentiellement par le recours au temps partiel, compensée bien souvent par un allongement de celle du père. Avoir de jeunes enfants amène les parents à des arrangements en termes d'horaires, notamment pour assurer une présence plus longue au domicile. Une approche économétrique originale permet de dépasser ces simples constats : elle se distingue par une modélisation des comportements individuels de chaque conjoint rigoureusement symétrique entre l'homme et la femme et par l'adjonction de la catégorie socioprofessionnelle en tant que variable explicative de la durée du travail. Chez les salariés un effet d'entraînement joue entre les durées de travail des deux conjoints : plus l'un travaille longtemps, plus l'autre fait de même et inversement. Cet effet est sensiblement plus fort pour la femme que pour l'homme, la présence de jeunes enfants l'éliminant , sans toutefois aller jusqu'à une compensation des horaires de l'un par ceux de l'autre. La prise en compte des femmes inactives, en corrigeant le biais de sélection inhérent au phénomène étudié, accuse l'effet de la présence de jeunes enfants.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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EMPLOI DU TEMPS
Les horaires de travail
dans le couple
Jean-David Les horaires de travail dépendent fortement des caractéristiques individuelles,
Fermanian notamment du sexe et de la catégorie socioprofessionnelle, mais également des
et Sylvie caractéristiques familiales et de celles du conjoint.
Lagarde * Ainsi, pour des couples de salariés à temps complet et à catégorie
socioprofessionnelle identique, les femmes travaillent moins longtemps que leur
conjoint et leur rythme de travail est plus régulier. Les horaires de départ ou de
retour quotidiens de chacun dépendent de leurs positions sociales relatives.
La présence de jeunes enfants s’accompagne d’une réduction de la durée
hebdomadaire de travail de la mère, essentiellement par le recours au temps
partiel, compensée bien souvent par un allongement de celle du père. Avoir de
jeunes enfants amène les parents à des arrangements en termes d’horaires,
notamment pour assurer une présence plus longue au domicile.
Une approche économétrique originale permet de dépasser ces simples constats :
elle se distingue par une modélisation des comportements individuels de chaque
conjoint rigoureusement symétrique entre l’homme et la femme et par
l’adjonction de la catégorie socioprofessionnelle en tant que variable explicative de
la durée du travail. Chez les salariés un effet d’entraînement joue entre les durées
de travail des deux conjoints : plus l’un travaille longtemps, plus l’autre fait de
même et inversement. Cet effet est sensiblement plus fort pour la femme que pour
l’homme, la présence de jeunes enfants l’éliminant, sans toutefois aller jusqu’à* Jean-David Fermanian
et Sylvie Lagarde appar- une compensation des horaires de l’un par ceux de l’autre. La prise en compte des
tiennent respectivement
à la Division Emploi et à femmes inactives, en corrigeant le biais de sélection inhérent au phénomène
la Division Exploitation étudié, accuse l’effet de la présence de jeunes enfants.
des fichiers administra-
tifs de l’Insee.
Les auteurs remercient
D. Fougère, T. Magnac
xiste-t-il une offre de travail commune du joint) ? Les couples dont la femme est inactiveet un rapporteur ano-
nyme pour leurs conseils E couple ? Y a-t-il ou non dépendance de ses participent-ils de la même logique ? De nom-
ayant permis la mise au deux membres dans leur stratégie d’offre de breuses recherches ont déjà été consacrées à ces
point de cet article
travail ? Comment cette stratégie est-elle affectée questions (cf. encadré 1). Adoptant une démar-
par les principales caractéristiques des individus che empirique, cet article tente d’y apporter
et du couple (âge, catégorie socioprofessionnelle, quelques réponses en s’attachant plus particu-Les noms et dates entre
parenthèses renvoient à diplôme, nombre de jeunes enfants, salaires lièrement aux interactions entre le temps de tra-
la bibliographie en fin
(nets) respectifs, stabilité de l’emploi du con- vail de l’homme et celui de la femme.
d’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1998 - 1/2 89Les données utilisées proviennent de l’enquête conjoint un horaire de travail habituel. Si on
« Durée du travail », réalisée par l’Insee en pousse plus loin l’analyse des rythmes de tra-
complément de l’enquête annuelle sur l’emploi vail et de la façon dont ces rythmes s’accordent
de 1995 (cf. encadré 2). Les caractéristiques dans le couple, on arrive à la conclusion sui-
sociodémographiques des couples considérés vante : pour 55 % des couples, les deux con-
sont également présentées dans l’encadré 2. joints sont « réguliers », c’est-à-dire travaillent
le même nombredejoursparsemaineavecles
mêmes horaires, et pour 14 % d’entre eux la
Les femmes ont un rythme de travail femme est régulière et son conjoint irrégulier.
plus régulier que les hommes C’est l’inverse pour 8,2 % d’entre eux. Vien-
nent ensuite les couples d’hommes cycliques et
87 % des couples dont les deux membres tra- de femmes régulières, puis les couples d’irré-
vaillent ont déclaré un horaire hebdomadaire guliers (cf. encadré 2 pour les définitions des
habituel de travail. Pour 8,5 % d’entre eux, catégories « réguliers », « cycliques » et « irré-
l’homme déclare ne pas avoir d’horaire habi- guliers »). La palme en matière de régularité re-
tuel alors que sa conjointe en déclare un. 3,3 % vient souvent à la femme. Les cycliques
sont dans la situation inverse. Globalement les s’accordent mal avec les irréguliers : leurs con-
femmes déclarent plus fréquemment que leur traintes d’horaires sont en effet difficilement
Encadré 1
QUELQUES ÉLÉMENTS DE THÉORIE ÉCONOMIQUE
RELATIFS À L’OFFRE DE TRAVAIL DES COUPLES
Le modèle unitaire traditionnel : économétriques ne soulève aucune difficulté ma-
le couple en tant qu’entité économique jeure (Johnston, 1988).
L’offredetravail des ménages a fait l’objet de nom- Très souvent les modèlesissusdecette génération
breuses modélisations. Laissant de côté les introduisent d’importantes simplifications dans le
modèles prenant en compte l’ensemble du cycle de système d’équations simultanées. La plupart des
vie dans la mesure où les données utilisées ici n’in- auteurs supposent que la décision de pratiquer et
corporent pas la biographie des personnes les heures de travail des hommes vivant en couple
concernées (1), on se borne à rappeler les princi- sont indépendantes du comportement ou des carac-
pes sur lesquels reposent les modèles d’offre de téristiques de leur femme et qu’en retour le
travail statiques usuels. Ils considèrent en général comportement de cette dernière est exogène vis-à-
le couple comme une entitééconomique unique, à visdeladécision de travailler de son conjoint. On
laquelle est associée une fonction d’utilité com- est alors ramenéà des modèles d’offredetravail
mune pour le ménage. Cette d’utilité (dont classiques : la maximisation d’une fonction d’utilité
les arguments habituels sont la consommation en (celle de chaque femme mariée) sous une con-
biens du ménage et en loisirs de chacun de ses trainte de budget. Les arguments de cette fonction
membres) est maximisée globalement sous la con- sont la consommation de biens du ménage et les
trainte de budget du ménage (la consommation et dépenses de loisirs de l’intéressée. Interviennent
les revenus de chacun de ses membres se trouvant alors deux types de contraintes :
agrégés). Les fonctions usuelles d’offredetravail,
- contrainte sur la répartition quotidienne du temps en-dites conditionnelles, des hommes et des femmes
tre travail et loisirs ;qui en découlent prennent alors la forme suivante :
- contrainte de budget plafonnant la consommation par
H =h (w ,H,Y + w H )m m m f f f
le revenu du ménage (totalisant les salaires de
l’homme, de la femme et les autres types de revenus).
H =h (w,H ,Y + w H )f f f m m m
Le modèle traditionnel d’Heckman (1974,1979) res-
où H représente le nombre d’heures de travail dem sortit de ce mode de formalisation. Elle amène à
l’homme et H celui de la femme. w (resp. w)re-f m f estimer trois catégories d’équations :
présente le salaire horaire de l’homme (resp. de la
femme) et Y les autres revenus du ménage. h etm - la décision de rentrer sur le marché du travail, met-
h sont des fonctions à spécifier, en liaison avec laf tant en œuvre un modèle logit ou probit, muni de
forme adoptée pour les fonctions d’utilité. régresseurs tels que le nombre d’enfants de moins
de 6 ans, le diplôme, le salaire du conjoint...
En supposant que les équations sont linéaires
(Lundberg, 1988), les procédures d’estimation de
ces modèles conduisent à un système d’équations
1. Sous certaines conditions, il est possible d’estimer à partir de
simultanées, dont la résolution selon des processus données en coupe des modèles compatibles avec la théorie du cy-
cledevie (cf. Blundell et Walker, 1986).
90 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Encadré1(fin)
- dans un second temps, la détermination du nombre dépend à la fois de sa consommation et de ses loi-
d’heures de travail. sirs propres mais aussi de ceux de l’autre.
Au total, l’offre de travail des femmes mariées est Il est loisible d’adopter une approche coopérative :
essentiellement fonction du salaire horaire net de la chaque membre du ménage peut être considéré
femme et des autres types de revenus du ménage comme égoïste ou altruiste, ce qui conduit à imposer
(salaire de l’homme et autres revenus). des contraintes différentes à la fonction d’utilité indi-
viduelle. Ce type de modèle peut englober ceux qui
- enfin s’impose une correction du biais de sélec-
ont été présentés auparavant ; cela revient à consi-
tion : l’échantillon mêle des femmes qui participent
dérer que deux catégories de restrictions imposées
au marché du travail à des inactives ; la duréedu
par le modèle traditionnel sont abandonnées. À l’hypo-travail et le salaire horaire ne sont évidemment ob-
thèse que seul le revenu global du ménage exerceservés que dans le premier cas. Corriger le biais
une influence significative sur l’offredetravail et lesde sélection implique d’intégrer à l’étude des fem-
mes relevant de la seconde catégorie. Cela revient choix de consommation, se trouve substituéelaprise
à les considérer comme offrant un volume de tra- en compte de la distribution du revenu au sein du mé-
vail fictif négatif ou nul. Une équation de salaire nage, via une règle de partage des ressources entre
relie le logarithme du salaire horaire de la femme à conjoints. De même la symétrie des effets croisésdu
des variables explicatives telles que le diplôme ou
salaire de l’un des membres du ménage sur l’offre de
l’ancienneté et on n’estime cette équation que sur
travail de l’autre, imposée par les conditions de Sluts-
la partie des femmes qui participent au marché du
ky, n’ont plus lieu d’être. Par contre, une des faiblessestravail (modèle Tobit généralisé pour prendre en
de cette modélisation « collective » est de ne pas per-compte le biais de sélection). Les coefficients ainsi
mettredetraiter le casoù un seul des deux membresdéterminés permettent alors de calculer un salaire
horaire fictif pour les « non-participantes » et le mo- du ménage travaille (2) (cf. Chiappori, 1992).
dèle défini à l’étape précédente peut alors être
estimé, entre autres, par la méthode du maximum L’étude récente de Fortin et Lacroix (1997) a propo-
de vraisemblance . sé des fonctions d’offre de travail suffisamment
flexibles pour permettre de tester les deux types de
De nombreuses modélisations selon ce schéma
spécification précédents. Dans tous les cas, le mo-
ont fourni une estimation des différents facteurs
dèle familial unitaire a été rejeté ;cen’est pas le cas
jouant sur cette offre de travail, et de l’élasticité
du modèle « collectif », sauf en présence de jeunes
de l’intensité du travail de la femme au salaire de
enfants (moins de 6 ans). En effet, cette dernière
son conjoint (ou encore aux autres types de reve-
semble avoir pour corollaire la non-séparabilité des
nus). Certaines généralisent le modèle initial
biens consommés par les parents.
d’Heckman, en introduisant des contraintes parti-
culières : présencedecoûts fixes d’entréeetde
Cet article ne cherche pas à confronter ces deux
sortie du marché du travail (Cogan, 1981), con-
approches (modèle unitaire versus modèle collectif)
traintes sur le nombre d’heures minimum
et ce d’autant plus que l’échantillon utilisé comporte
imposées par les entreprises (Moffit, 1982), endo-
des couples dont un seul des deux membres tra-
généité du salaire horaire de la femme (Moffit,
vaille (en général l’homme). Il nous semble en effet
1984), prise en compte de l’effetdelafiscalité sur
important de les intégrer dans l’analyse. Toutefois,
l’offre de travail des femmes (Blundell et Laisney,
les recherches préexistantes montrent que spécifier
1988). Mroz (1987) a mis en évidence la sensibi-
des fonctions d’offre de travail linéaires pour cha-
lité des résultats empiriques, obtenus à partir de
que conjoint s’avère compatible avec les deux types
ces modèles d’offredetravail desfemmesma-
de modélisations (Fortin et Lacroix, 1997, Lund-
riées, aux hypothèses économiques ou
berg, 1988). A priori,onapréféré privilégier une
statistiques sous-jacentes.
représentation strictement symétrique des fonctions
d’offre de travail des hommes et de leurs conjoin-
Prendre en compte les arrangements internes
tes, afin de tester d’éventuelles interactions entre
au couple
leurs durées de travail. Cette option s’est trouvée
en accord avec les comportements tels qu’ils res-
Ces approches traditionnelles (modèle « unitaire »)
sortent d’une approche purement descriptive.
font l’objet de nombreuses critiques (Chiappori,
L’influence des jeunes enfants sur les fonctions
1988, 1992, Bourguignon et Chiappori, 1992). Il leur
d’offre de travail est très souvent signalée. Elle est
est reproché notamment de s’éloigner du cadre in-
atténuée lorsque l’on considère globalement l’en-
dividualiste de la microéconomie, c’est-à-dire de
semble des couples, contenant éventuellement un
passer sous silence les préférences individuelles
membre inactif. Aussi avons-nous systématique-
des deux conjoints et, par voie de conséquence, les
ment analysé les populations de couples avec et
comportements de type «égoïste» ou «altruiste»,
sans jeunes enfants.
ainsi que la négociation interne au couple qui peut en
résulter... L’approche alternative proposée, dite 2.Lefaitquel’undesdeuxconjointsnetravaillepasinduitlepro-
« collective »,vise à représenter un ménage comme blèmedutype«solutionencoin»suivant : la part des revenus
composé de deux personnes prenant des décisions ducouple(salariauxounon)attribuéeàchaqueindividudépend
individuelles rationnelles. Chacun d’entre eux se ca- du salaire propre de l’individu, au travers de la règle de partage
des ressources. Cette règle de partage des ressources entreractérise par son utilité individuelle et le ménage est
conjoints d’un ménage ne peut plus s’appliquer simplement etdécrit à travers une modélisation des interactions
de manière unique lorsque l’un des deux membres du ménageentre ses membres. De tels modèles proposent une
ne travaille pas. On ne peut alors plus attribuer au membre inactif
fonction d’utilité individuelle de chaque membre qui
un unique salaire de réservation pour un niveau d’utilité donné.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1998 - 1/2 91conciliables avec des horaires irréguliers (cf. lement d’entre eux subit des rythmes hors nor-
tableau 1). mes : cycles, irrégularités. Dans ce dernier cas,
par un phénomène de compensation, son con-
Les variables « type de rythme de travail » relati- joint connaît un rythme de travail plus régulier.
ves aux deux conjoints ne sont pas indépendan- La répartition des rôles entre hommes et fem-
tes : un rythme régulier (resp. irrégulier, mes est alors dissymétrique : c’est le plus sou-
cyclique) accroît la probabilité que celui du con- vent la femme qui connaît un rythme de travail
joint le soit également (resp. irrégulier, cyclique). régulier, en compensation des horaires de son
Au-delà des plus ou moins grandes affinités du conjoint.
couple en matière de contacts et d’activités com-
munes, cette endogamie concernant l’organisa-
Même à temps complet, les femmestion du temps de travail constitue sans doute une
conséquence de l’endogamie entre catégories so- travaillent moins longtemps que leur
ciales. Elle peut même en partie s’expliquer par le conjoint
fait pour les deux conjoints de travailler dans une
même entreprise. L’horaire de travail hebdomadaire habituel est
déterminé sur la base de déclarations indivi-
Ainsi, soit les deux conjoints se conforment à duelles issues de l’enquête complémentaire (1)
des rythmes de travail similaires, soit l’un seu- et diffère donc notablement de l’horaire collec-
tif affiché dans les entreprises et encore plus de
la durée légale. Il s’élève en moyenne à 40,3
Tableau 1
heures pour les hommes contre 33,9 heures
Rythmes de travail des couples de salariés pour les femmes, essentiellement du fait du
actifs occupés
temps partiel. Quel que soit le sexe des intéres-
En %
sés, les distributions d’horaires sont fortement
Femmes différenciées selon les catégories socioprofes-
Hommes sionnelles : les cadres travaillent en moyenne
Régulier (1) Cyclique (1) Irrégulier (1) Ensemble
davantage que les membres des professions in-
termédiaires, et ces derniers travaillent sensi-
Régulier 55,1 5,9 8,2 69,2
blement plus que les employés et les ouvriers
Cyclique 7,1 2,3 1,5 10,9
(cf. tableau 2).
Irrégulier 13,8 1,5 4,6 19,9
Ensemble 76,0 9,7 14,3 100,0
1. Plus précisément, cette variable est calculée comme suit.
Pourlessalariésréguliers,elleestissueàpartirdeladescription1. Pour la définition des rythmes de travail (régulier, cyclique,
de leurs horaires de travail sur chacun des jours d’une semaineirrégulier) on se reportera à l’encadré 2.
habituelle de travail. Pour les autres, on reprend l’horaire
hebdomadaire habituel déclaré dans l’enquête emploi, lorsqueLecture:5,9% des couples de salariés actifs ocupés sont cons-
celui-ciexiste.Sinonl’horairehebdomadaireestàblanc(tropdetitués d’un homme ayant des horaires réguliers et d’une femme
variabilité d’horaire pour être en mesure de proposer un horaireayant des horaires cycliques.
hebdomadaire habituel). Au total, 3 878 couples ont pu êtreChamp : couples de salariés actifs occupés.
analysés sur les 4 519 concernés.Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
Tableau 2
Horaire hebdomadaire habituel des couples de salariés actifs occupés par catégories
socioprofessionnelles En heures
Femmes
Hommes
Professions
Cadres Employés Ouvriers Enseignants Moyenne
intermédiaires
Cadres (44,0 ; 38,0) (44,9 ; 35,5) (44,5 ; 34,1) n.s. (44,6 ; 26,4) 44,5
Professions intermédiaires (39,8 ; 37,7) (42,1 ; 36,3) (41,0 ; 34,7) (40,6 ; 34,8) (42,3 ; 25,9) 41,3
Employés n.s. (40,9 ; 36,7) (40,1 ; 34,6) (39,3 ; 34,2) n.s. 40,0
Ouvriers n.s. (39,4 ; 37) (40,5 ; 33,7) (39,5 ; 34,4) n.s. 40,2
Enseignants n.s. (31,4 ; 34) (29,7 ; 34,4) n.s. (28,7 ; 25,3) 30,0
Moyenne 38,0 36,1 34,2 34,4 26,1
Lecture : la durée du travail habituelle moyenne des hommes (resp. femmes) cadres est de 44,5 heures (resp. 38 heures) par semaine.
Si l’on considère les couples dont l’homme est ouvrier et la femme employée, la durée habituelle de travail du premier est de 40,5 heures
en moyenne, et celle du second de 33,7 heures. Les effectifs trop faibles sont repérés par « n.s. ».
Champ : couples de salariés actifs occupés.
Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
92 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Encadré 2
LES DONNÉES
Trois catégories de rythmes de travail occupés, tous deux interrogés dans l’enquête com-
plémentaire, toutes les variables sont renseignées.
Les données utilisées dans cette étude sont ex- Pour les couples dont un seul membre est actif oc-
traites de l’enquête complémentaire à l’enquête cupé, seules les variables de l’enquête emploi sont
emploi de mars 1995. Cette enquête avait pour disponibles pour celui qui ne travaille pas : il n’a
thème majeur l’étude du temps de travail (descrip- pas été interrogé en effet dans l’enquête complé-
tion de l’organisation du temps de travail, rythme et mentaire. Au total la population des couples étudiée
intensité, description d’une journée complète de tra- est composée de ceux dont un membre au moins
vail, congés annuels et opinions des individus sur est actif occupé en mars 1995. 9 799 couples ont
les arbitrages temps libre-salaires). Cette enquête a ainsi étéétudiés, dont 5 843 couples d’actifs occu-
été réalisée auprès des actifs occupés interrogés pés. Parlasuite,onn’a travaillé que sur les
pour la troisième fois à l’enquête emploi (tiers sor- salariés, ce qui a restreint la taille de l’échantillon
tant). 21 331 actifs occupés sont concernés. total à 7 947 couples, dont 4 519 couples de sala-
riés actifs occupés. Il semblait en effet plus
Le questionnaire distinguait au départ trois catégo- pertinent pour analyser l’offre de travail, en termes
ries de rythmes de travail : régulier, cyclique et d’intensité de la durée du travail des couples, de
irrégulier. Les personnes de la première catégorie raisonner sur les seuls salariés, les non-salariés
travaillent les mêmes jours chaque semaine (ou ayant des comportements différents en matière de
pratiquement, par exemple un samedi sur deux)(1) duréedutravail (fortes irrégularités, durées beau-
et avec les mêmes horaires. Celles de la seconde coup plus longues, conjoints aides-familiaux).
ont un horaire réparti en cycles réguliers : au bout
d’un certain nombre de jours, leur rythme de travail Qui sont les couples enquêtés ?
se reproduit à l’identique ; il peut s’agir de salariés
qui travaillent en équipes (en horaires alternants ou Les couples de salariés actifs occupéssontplutôt
non) ou de salariés qui ne travaillent pas le même d’âge médian. Pour 39,8 % d’entre eux, chaque
nombre de jours par semaine mais font preuve membre du couple a entre 25 et 40 ans et pour
d’une certaine régularité dans la succession des 25,4 % entre 40 et 50 ans (cf. tableau A). La
jours de travail et de repos, et des horaires corres- femme est légèrement plus jeune que son conjoint.
pondants. Le dernier groupe rassemble tous les 11,3 % de ces couples ont un enfant de moins de
autres enquêtés. Les questions suivantes étaient 3 ans et 20,1 % ont un enfant de moins de 6 ans.
adaptées à chacune de ces trois catégories d’en- 9,1 % ont 3 enfants.
quêtés. Ainsi s’avère-t-il suffisant pour décrire le
temps de travail des personnes de la première, de Les femmes de tels couples sont en grande majori-
détailler chaque jour d’une semaine type. Pour les té des employées (55,1 %), puis viennent des
seconds, il convient de décrire un cycle complet de professions intermédiaires (17,2 %). Les hommes
travail. Pour les derniers, seuls des maxima et mi- sont avant tout des ouvriers, puis des professions
nima d’heures et de jours travaillés par semaine ou intermédiaires. L’endogamie est assez répandue.
par mois sont demandés. Dans le cas contraire, l’homme est dans une posi-
tion professionnelle supérieure à celledesa
Un fichier « couples » a été ensuite constitué :re- conjointe. Enfin, les femmes employées vivent plus
latif aux individus interrogés dans l’enquête fréquemment avec un ouvrier ou un membre d’une
complémentaire et vivant en couple, il rassemble profession intermédiaire qu’avec un employé (cf. ta-
les informations de l’enquête emploi (2) et de l’en- bleau B). Ceci s’explique par la forte majorité de
quête complémentaire. Pour les couples d’actifs femmes dans cette catégorie socioprofessionnelle.
La population des couples dont un seul membre est
salarié actif occupé est assez différente. En
Tableau A moyenne, cette population est plus âgée que celle
décrite précédemment : pour 23,6 % d’entre eux,Âge des couples de salariés actifs occupés
chaque membre du couple a plus de 50 ans (contre
9,1 % pour l’autre population). De façon symétri-
Femmes
que, les très jeunes (de 15 à 25 ans) y sont
Hommes également plus représentés : pour 1,7 % d’entre
15 - 25 25 - 40 40 - 50
+50ans Ensemble
ans ans ans
15 - 25 ans 0,8 0,5 n.s. n.s. 1,4
1. Le nombre de jours peut varier d’une semaine sur l’autre, mais
25 - 40 ans 3,0 39,8 2,3 n.s. 45,1 de manière régulière.
2. On dispose notamment de données sur la profession exercée40 - 50 ans n.s. 9,0 25,4 1,5 36,0
par le salarié, sur sa catégorie socioprofessionnelle, sur son sec-
+ 50 ans n.s. 0,5 6,9 9,1 17,5
teur d’activité, son ancienneté dans l’entreprise, son âge, le nom-
Ensemble 3,9 49,8 34,7 11,6 100,0 bre de ses enfants et leur âge, son horaire hebdomadaire de travail
habituel et effectif sur une semaine donnée, son salaire net men-
suel, son lieu de résidence et sur son diplôme.Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1998 - 1/2 93Dans 65,8 % des cas, la durée de travail de la hommes. Seule exception : les cadres de sexe
femme est inférieure à celle de l’homme. 24 % féminin sont légèrement plus nombreuses que
des couples sont dans la situation inverse, le ré- les autres à travailler autant ou plus que leur
sidu correspondant à l’égalité du temps consa- conjoint.
cré par l’homme et la femme à leur activité
professionnelle. Les cadres de sexe masculin Même lorsque les deux conjoints font partie de
s’individualisent nettement. Lorsque l’homme la même catégorie socioprofessionnelle, les
est cadre, la femme travaille moins que son femmes travaillent en moyenne moins que les
conjoint dans 80,3 % des cas (13,6 % dans la si- hommes. Dans les couples de cadres, de profes-
tuation inverse). La probabilité que l’homme sions intermédiaires, d’employés comme d’ou-
travaille plus longtemps que son conjoint varie vriers, l’écart entre la durée hebdomadaire du
beaucoup moins en fonction de la catégorie so- travail des hommes et celle des femmes est
cioprofessionnelle des femmes que de celle des à peu près constant, de l’ordre de 6 heures.
Encadré2(fin)
eux, chaque membre du couple entre dans cette actif/femme au foyer avec (jeunes) enfants ; ac-
catégorie (contre 0,8 %). Les femmes de 15 à 25 tif/chômeuse ; retraité/active.
ans sont plus nombreuses dans les couples com-
prenant un seul actif que dans les autres couples Les femmes au foyer ont plus fréquemment un con-
(6,7 % contre 3,9 %) (cf. tableau C). Ces couples joint cadre que leur congénères chômeuses.
ont relativement plus de jeunes enfants de moins Inversement les employés et ouvriers sont plus fré-
de 3 ans (14,5 % ont un enfant de moins de 3 ans) quemment représentés dans les couples avec une
ou de moins de 6 ans (21,5 %) et sont plus fré- femme chômeuse, que dans ceux dont la femme
quemment des familles nombreuses : 14,5 % est au foyer.
d’entre eux ont trois enfants ou plus.
L’examen des conditions d’activité de chaque mem- Tableau C
bre des couples ne comprenant qu’un seul actif
Âge des couples dont un seul membre
occupé révèle une sensible dissymétrie entre hom-
est salarié actif occupé
mes et femmes : dans un cas sur deux l’homme est
actif occupé et sa femme inactive, un couple sur
cinq rassemble un actif et une chômeuse, un sur Femmes
dix une active occupéeetunretraité, et dans 6 %
Hommes
des cas c’est la femme qui est active occupéeet 15 - 25 25 - 40 40 - 50 Ensemble
+ 50 ans
ans ans ansson conjoint chômeur. Au total plus de 23 % des
femmes sont actives alors que c’est le cas de 76 %
15 - 25 ans 1,7 0,5 n.s. n.s. 2,3des hommes. L’inactivité des femmes est plutôt
concentrée dans les tranches d’âge intermédiaires 25 - 40 ans 4,7 32,3 1,8 n.s. 38,9
(25-50 ans). Les plus jeunes sont surtout frappées 40 - 50 ans n.s. 8,4 16,3 1,4 26,2
par le chômage et les plus âgées restent en activité
+ 50 ans n.s. 1,4 7,5 23,6 32,6
quand leur conjoint est retraité. On peut considérer
Ensemble 6,5 42,6 25,8 25,1 100,0
schématiquement cette population hétérogène,
comme constituée de trois principaux ensembles :
Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
Tableau B
Catégories socioprofessionnelles des couples de salariés actifs occupés
Femmes
Hommes
Professions
Cadres Employés Ouvriers Enseignants Ensemble
intermédiaires
Cadres 2,2 3,8 5,1 0,2 2,3 13,6
Professions intermédiaires 0,8 6,1 14,0 2,3 2,4 25,6
Employés 0,2 2,4 9,5 1,5 0,6 14,2
Ouvriers 0,3 3,6 25,1 9,7 0,8 39,5
Enseignants 0,6 1,3 1,4 0,1 3,7 7,1
Ensemble 4,1 17,2 55,1 13,8 9,8 100,0
Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
94 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Cet écart, dû pour partie au temps partiel, semble médiaires (respectivement 37,3 % et 25 % des
constituer une norme des relations entre les femmes ressortissant de la première et des deux
sexes, quasi indépendante des hiérarchies so- dernières catégories). La situation profession-
ciales : à position socio-professionnelle identi- nelle et financière de leur conjoint joue un rôle
que, l’homme devrait ainsi travailler en incitatif : elles auront dans l’ensemble, à l’ex-
moyenne 6 heures de plus que sa compagne. ception des cadres, d’autant plus tendance à
Lorsque la femme est cadre, le conjoint réduit adopter cette formule d’emploi que leur con-
alors sensiblement son temps de travail hebdo- joint appartient à une catégorie socioprofes-
madaire à catégorie socioprofessionnelle don- sionnelle élevée (cf. tableau 3). L’âge du
née. Ainsi, lorsque les conjoints sont tous les conjoint est aussi un facteur déterminant : pour
deux cadres, l’homme travaille en moyenne un âge donné de la femme, la propension à se
une heure de moins que dans les cas où sa mettre à temps partiel est d’autant plus élevée
femme exerce une profession intermédiaire. Si que l’homme est plus âgé. Le nombre d’enfants
lui-même appartient à cette dernière catégorie, en bas âge, enfin, exerce une influence qui n’est
sa durée hebdomadaire de travail est de 39,8 pas surprenante : seules 29,6 % des femmes qui
heures, contre 42,1 heures si sa femme exerçait n’ont pas d’enfants de moins de 6 ans tra-
elle aussi une profession intermédiaire. vaillent à temps partiel alors que c’est le cas de
42,4 % de celles qui en ont deux. 48 % des femmes
La différence observée entre les durées du tra- actives occupées qui ont trois enfants sont à
vail des employées et ouvrières et celles de temps partiel. En revanche, la présence d’en-
leurs conjoints, s’explique essentiellement par fants n’exerce aucune influence sensible sur
la forte proportion de femmes à temps partiel l’activité de leur conjoint.
dans ces catégories. Le temps partiel est de
toute manière beaucoup plus développé chez La notion de temps complet ne recouvre pas la
les femmes que chez les hommes : en 1995, même durée de travail pour les hommes et pour
66,7 % des couples de salariés se composent de les femmes : même à temps complet, ces der-
deux actifs travaillant à temps complet ; dans nières travaillent en moyenne deux heures de
30,5 % des couples, la femme est à temps par- moins par semaine. 54,3 % des hommes appar-
tiel alors que son conjoint exerce une activité à tenant à un couple dont les deux membres exer-
temps complet. Au total 2,8 % des hommes sa- cent une activité à temps complet consacrent à
lariés en couple sont à temps partiel, contre leur profession une durée plus longue que leur
31,4 % pour les femmes. Les salariés à temps conjoint, alors que ce n’est le cas que de 31 %
partiel se recrutent avant tout chez les femmes, des femmes dans la même situation. Cet écart
et parmi ces dernières essentiellement chez les est particulièrement sensible lorsque l’homme
employés, les ouvriers ou les professions inter- est cadre (trois heures de plus en moyenne).
Tableau 3
Pourcentage de temps partiel des couples de salariés actifs occupés par catégories
socioprofessionnelles
En %
Femmes
Hommes
Professions
Cadres Employés Ouvriers Enseignants Moyenne
intermédiaires
Cadres (2,3 ; 17,4) (2,9 ; 28,9) (n.s. ; 45,6) n.s. (2,3 ; 29,4) 1,6
Professions intermédiaires (3,3 ; 26,6) (0,8 ; 24,9) (1,2 ; 34,6) (1,1 ; 25,8) (4,1 ; 13,4) 1,5
Employés n.s. (4,7 ; 22,6) (3,8 ; 32,4) (6,7 ; 23,3) n.s. 4,6
Ouvriers n.s. (0,7 ; 19,4) (2,7 ; 39,5) (3,2 ; 25,1) n.s. 2,6
Enseignants n.s. (9,6 ; 36,5) (3,6 ; 32,7) n.s. (4,3 ; 10,9) 6,3
Moyenne 19,2 25,1 37,3 24,9 15,5
Lecture : en moyenne 1,6%(resp. 19,2%) des hommes (resp. femmes) cadres en couple travaillent à temps partiel. Ce taux est de 2,3%
(resp. 17,4%) pour les hommes (resp. femmes) cadres en couples avec un conjoint de même statut. Les effectifs trop faibles sont repérés par
«n.s.».
Champ : couples de salariés actifs occupés.
Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1998 - 1/2 95nombreux cas de passage à temps partiel. LaLa présence de jeunes enfants modifie la
proportion de temps partiel féminin plus élevéedurée de travail de chaque conjoint
initialement dans les professions intermédiai-
Lorsque les membres d’un couple exercent tous res, chez les employés et les ouvriers, avant
deux une activité salariée, il faut au moins deux même la venue de jeunes enfants, explique que
jeunes enfants (de moins de six ans) pour faire les variations observées à cette occasion soient
baisser la durée moyenne hebdomadaire de tra- de faible ampleur : elles s’exercent plutôt en
vail de la femme : cette diminution est alors moyenne dans le sens d’une diminution (2).
d’une heure en moyenne ; elle est compensée
par un allongement équivalent du temps de tra-
vail du conjoint. Encore les comportements dif-
fèrent-ils sensiblement d’une catégorie 2. Le temps partiel féminin est plus souvent contraint chez les
employés et les ouvriers que dans le cas des cadres et dessocioprofessionnelle à l’autre. La réduction est
professions intermédiaires. Ilsemblequelaprésencedejeunesbeaucoup plus accentuée dans le cas des fem-
enfants lui confère un caractère davantage volontaire, encore
mes occupant un emploi de cadre : une telle que cela reste peu sensible dans le cas des femmes exerçant
un emploi d’ouvrier.configuration recouvre vraisemblablement de
Tableau 4
Horaire hebdomadaire moyen des couples de salariés actifs occupés par catégories
socioprofessionnelles avec jeunes enfants
En heures
Femmes
Hommes
Professions
Cadres Employés Ouvriers Enseignants Moyenne
intermédiaires
Cadres (42,9 ; 35) (45,4 ; 35,8) (45,3 ; 35,4) n.s. (43,4 ; 24,4) 44,3
Professions intermédiaires n.s. (41,7 ; 35,6) (42,1 ; 33,2) n.s. (42,6 ; 27,1) 42,1
Employés n.s. n.s. (39,8 ; 33,7) n.s. n.s. 39,7
Ouvriers n.s. (39,6 ; 35,9) (40,7 ; 33,4) (39,4 ; 33,9) n.s. 40,2
Enseignants n.s. n.s. n.s. n.s. (27,8 ; 24,8) 31,2
Moyenne 35,3 35,2 33,5 33,3 26
Lecture : pour les couples constitués d’un homme cadre et d’une femme profession intermédiaire, la durée hebdomadaire habituelle
moyenne est 45,4 heures pour l’homme et 35,8 heures pour la femme. En moyenne, les hommes cadres (en couple avec une conjointe
salariée et avec de jeunes enfants) travaillent 44,3 heures par semaine.
Champ : ensemble des couples de salarié actifs occupés avec au moins un enfant de moins de 6 ans.
Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
Tableau 5
Horaire hebdomadaire moyen des couples de salariés actifs occupés par catégories
socioprofessionnelles sans enfant de moins de 6 ans
En heures
Femmes
Hommes
Professions
Cadres Employés Ouvriers Enseignants Moyenne
intermédiaires
Cadres (44,6 ; 39,7) (44,7 ; 35,3) (44,3 ; 33,8) n.s. (45,2 ; 27,4) 44,7
Professions intermédiaires n.s. (42,2 ; 36,6) (40,7 ; 35,1) (40,9 ; 35,4) (42,2 ; 25,6) 41,1
Employés n.s. (41,9 ; 37,1) (40,1 ; 34,8) (39,4 ; 34,3) n.s. 40
Ouvriers n.s. (39,3 ; 37,5) (40,5 ; 33,8) (39,5 ; 34,5) n.s. 40,1
Enseignants n.s. (31,4 ; 35,3) (29,7 ; 34,3) n.s. (28,9 ; 25,4) 29,7
Moyenne 39,3 36,5 34,3 34,5 26,1
Lecture : pour les couples sans enfants de moins de 6 ans constitués d’un homme cadre et d’une femme profession intermédiaire, la du-
rée hebdomadaire habituelle moyenne est 44,7 heures pour l’homme et 35,3 heures pour la femme. En moyenne, les femmes cadres
(en couple avec un conjoint salarié et sans enfants de moins de 6 ans) travaillent 39,3 heures par semaine.
Champ : ensemble des couples de salarié actifs occupés sans enfants de moins de 6 ans.
Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
96 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2En ce qui concerne les hommes, s’ils appartien- nelle, reflète un recours au temps partiel plus
nent à la même catégorie socioprofessionnelle fréquent par cette dernière. La présence d’au
que leur conjoint, leur durée hebdomadaire de moins un jeune enfant conduit une part non né-
travail enregistre une baisse, en présence d’au gligeable de mères de famille à adopter de tels
moins un jeune enfant, d’autant plus sensible horaires : ces changements dans le mode de vie
qu’ils exercent une profession leur laissant une sont particulièrement en évidence chez les fem-
certaine latitude pour faire varier leurs horaires mes exerçant un emploi de cadre, relativement
(cadres et professions intermédiaires). En re- nombreuses alors à abandonner le temps plein
vanche, s’ils occupent une situation profession- pour le temps partiel. Lorsque les conjoints ap-
nelle supérieure à celle de leur conjoint, la partiennent tous les deux aux professions inter-
présence d’au moins un jeune enfant s’accom- médiaires ou aux cadres, l’homme a lui aussi
pagne d’un léger allongement de leur temps de également tendance à réduire légèrement son
travail (cf. tableaux 4 et 5). Si on étudie égale- engagement professionnel en présence de jeu-
ment les couples dont un seul membre travaille, nes enfants. À l’inverse, les hommes exerçant
on constate que l’inactivité de la femme pos- un emploi de cadre ou de profession intermé-
sède en elle-même un rôle incitatif pour diaire en couples avec une femme de situation
l’homme : à catégorie socioprofessionnelle professionnelle inférieure, se mettent à tra-
donnée, la durée hebdomadaire de travail de ce vailler davantage en présence de jeunes en-
dernier est alors plus longue pour les cadres et fants. Une situation d’inactivité de la femme,
professions intermédiaires. Cet écart est en gé- enfin, est généralement compensée par un al-
néral amplifié par la présence de jeunes enfants longement de l’horaire de travail masculin parti-
(cf. tableau 6). culièrement accentué par la présence de jeunes
enfants. Ce phénomène est manifeste dans le
Cette approche purement descriptive suggère cas de professions pour lesquelles les individus
l’existence d’un lien entre la durée de travail de ont une certaine latitude à faire varier leurs ho-
chacun des membres d’un couple et leurs situa- raires (cadres et professions intermédiaires).
tions professionnelles respectives. Les femmes Cette approche descriptive ne permet pas, ce-
consacrent en moyenne sensiblement moins de pendant, d’isoler les multiples effets de struc-
temps que leur conjoint à la vie professionnelle : ture susceptibles de jouer : du moins
l’ampleur de cet écart, particulièrement accentué invite-t-elle à proposer des modèles à équations
lorsque l’homme occupe un niveau plus élevé que simultanées symétriques sur les offres de tra-
la femme dans la hiérarchie socioprofession- vail de chacun des deux membres d’un couple.
Tableau 6
Comparaison des durées du travail par catégorie socioprofessionnelle des hommes et des
femmes, selon que leur conjoint est lui-même salarié actif occupé ou pas
En heures
Professions
Cadres Employés Ouvriers Enseignants
intermédiaires
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes
Couples dont un seul des membres
travaille 46,9 41,9 41,9 36,9 40,5 31,2 40,0 29 31,6 28,5
Couples dont les deux membres
travaillent 44,5 38,0 41,3 36,1 40,0 34,2 40,2 34,4 30,0 26,1
Couples dont un seul des membres
travaille avec au moins un jeune enfant 48,2 n.s 42,4 n.s. 41,6 33,3 40,3 n.s. 34,3 n.s.
Couples dont les deux membres
travaillent avec au moins un jeune en- 44,3 35,3 42,1 35,2 39,7 33,5 40,2 33,3 31,2 26,0
fant
Couples dont un seul des membres
travaille sans jeune enfant 46,4 42,0 41,7 36,7 39,9 30,9 39,8 29,1 30,4 28,5
Couples dont les deux membres
travaillent sans jeune enfant 44,7 39,3 41,1 36,5 40,0 34,3 40,1 34,5 29,7 26,1
Lecture : pour les couples dont un seul des membres possède une activité professionnelle, la durée hebdomadaire habituelle moyenne
est de 46,9 heures si l’actif occupé est un homme cadre, et 41,9 heures s’il s’agit d’une femme cadre.
Champ : ensemble des couples.
Source : Insee, enquête complémentaire Emploi, 1995.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322 1998 - 1/2 97Encadré 3
MODÈLES À ÉQUATIONS SIMULTANÉES
Modèle de référence car la décision de participer ou non au marché du
travail n’est pas indépendante de l’offredetravail
Supposons qu’au sein du couple, l’horaire de travail observéeencas de réponse positive. La femme est
de chaque conjoint influence l’horaire de travail de concernéeenpriorité par ce « biais de sélection ».
l’autre. La modélisation linéaire, via deux équations La solution adoptée classiquement consiste à sup-
simultanées, s’impose naturellement. Un enjeu est poser que toutes les femmes ont une offre de travail
de tester la significativité des coefficients des varia- latente h ; la variable observée pour chaque cou-
f
bles en provenance du conjoint, en particulier sa ple est h , h ,oùh h si h 0et h 0
m f f f f f
durée hebdomadaire du travail et son salaire. Cette sinon. Le modèle structurel s’écrit alors
dernière variable est susceptible de diverses modé- h . h X . Z. u 3m f m m
lisations : salaire net, salaire horaire, position dans
l’échelle des salaires de la catégorie socioprofes- h . h X . Z . u 4
f m f f
sionnelle d’appartenance.
Ici, seules les femmes sont supposées concernées
Dans cette première étape, nous considérons le mo- par ce problème d’observation. En notant
dèle X X ,X ,Z le vecteur des covariables exo-
m f
gènes, la forme réduite s’écrith . h X . Z. u 1m f m m
h X. v 3m m m
h . h X . Z. u 2
f m f f
h X . v 4
f f f
où h (resp h ) représente la duréedutravail de
m f
l’homme (resp. la femme), X (resp. X ) les covaria- La procédure d’estimation choisie est celle proposée
m f
bles propres à l’homme (resp. la femme), et Z les par Nelson et Olson (1978). Bien qu’elle ne soit pas
covariables communes aux deux conjoints. Les paramè- statistiquement efficace, elle présente l’avantage de
tres à estimer sont , , , ,et . Les erreurs ont la simplicité et peut se généraliser facilement (voir
été notées u et u ; aucune hypothèse n’est faite sur des méthodes alternatives dans Amemiya, 1979).
m f
leur distribution (jointe comme marginale).
Le principe en est le suivant :
La méthode d’estimation la plus classique est celle
dite des doubles moindres carrés : dans une pre- estimer les paramètres et de la forme réduite :
m f
mière étape, régresser h par MCO sur l’ensemble modèle Tobit pour (4’) et MCO pour (3’);
f
des covariables ; dans un second temps, injecter les
valeurs ainsi estimées de h dans l’équation struc- former les instruments
f ^ ^^ ^turelle (1), pour obtenir , et par MCO. Opérer h X. et h X. ;
m m f f
symétriquement pour l’équation (2).
remplacer h (resp. h ) dans (4) (resp. (3)) par
m f
^ ^ ^ ^Ainsi, en appelant h ( resp. h )lerésultat de la ré- h (resp. h ) ; estimer (4) (resp. (3)) par un modèle
m f m f
gression de h ( resp. h )sur l’ensemble des Tobit (resp. MCO)
m f
variables exogènes, et v ( resp. v )les résidus
h f
correspondants, l’équation estimée dans la Cas d’observation de variables discrétisées
deuxième étape est alors
^ Comme certains auteurs l’on remarqué (Blundell eth . h X . Z. 1m f m m
Laisney, 1988), l’offre et la demande de travail sont
^h . h X . Z. 2 soumises à des rigidités, et ne peuvent converger
f m f f
l’une vers l’autre aussi facilement que les modèles le
Avec . v u et . v u .Ilest laissent supposer. Ce phénomène est devenu plus
m f m f m f
possible d’estimer aisément la corrélation entre u aigu du fait du développement du temps partiel (tra-
m
et u en utilisant la formule vail à 80 %, 50 %...). Pour simplifier, il ne sera
f
E u u E

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