Les opinions des salariés sur la réduction de leur temps de travail

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Si une large majorité des salariés à temps complet préféreraient travailler moins, la moitié y mettent comme condition le maintien de leur salaire. L'opinion des salariés vis-à-vis de la réduction de leurs horaires de travail est fortement dépendante du niveau de vie et de la composition du ménage, mais aussi des conditions de travail. Les ouvriers et les employés, dont les conditions de travail sont les plus difficiles, sont plus ouverts à l'idée de moins travailler. Cependant, leur faible niveau de vie explique leur réserve à l'encontre d'une réduction parallèle des salaires. Les cadres sont plus réticents à diminuer leur temps de travail. Toutefois, lorsqu'ils l'envisagent, ils acceptent plus fréquemment la faiblesse ou même l'absence de compensation salariale. Les salariés protégés par des contrats de travail stables sont plus tentés par une réduction de leur temps de travail, mais avec le maintien de leur salaire. Par ailleurs, la pratique de nombreux loisirs et la participation à la vie associative n'influencent que faiblement les choix sur le temps de travail.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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MARCHÉ DU TRAVAIL
Les opinions des salariés
sur la réduction
de leur temps de travail
Si une large majorité des salariés à temps complet préféreraient travaillerEmmanuelle
moins, la moitié y mettent comme condition le maintien de leur salaire. L’opinionCrenner*
des salariés vis-à-vis de la réduction de leurs horaires de travail est fortement
dépendante du niveau de vie et de la composition du ménage, mais aussi
des conditions de travail.
Les ouvriers et les employés, dont les conditions de travail sont les plus difficiles,
sont plus ouverts à l’idée de moins travailler. Cependant, leur faible niveau de vie
explique leur réserve à l’encontre d’une réduction parallèle des salaires.
Les cadres sont plus réticents à diminuer leur temps de travail. Toutefois,
lorsqu’ils l’envisagent, ils acceptent plus fréquemment la faiblesse ou même
l’absence de compensation salariale. Les salariés protégés par des contrats de
travail stables sont plus tentés par une réduction de leur temps de travail, mais
avec le maintien de leur salaire. Par ailleurs, la pratique de nombreux loisirs et la
participation à la vie associative n’influencent que faiblement les choix sur le
temps de travail.
es opinions des salariés sur leur temps de composition du ménage, le nombre d’enfants à
* Emmanuelle Crenner Ltravail sont motivées par des raisons d’ori- charge, l’existence de plusieurs salaires ou defait partie de la division
Condition de vie des gine professionnelle comme privée, indivi- revenus non salariaux modifient les données de
ménages de l’Insee. duelle comme collective. Souhaiter moins la question de la diminution du temps de travail,
travailler dépend de la situation profession- surtout lorsqu’elle serait accompagnée d’une
nelle. La satisfaction, quant à l’emploi, peut in- perte de salaire. D’autres aspects extra-profes-
citer ou freiner les salariés à envisager une sionnels, comme le souhait d’une plus grande
réduction de leur temps de travail. La difficulté disponibilité pour s’occuper des enfants, la pra-
des conditions de travail, la précarité de l’em- tique d’activités de loisirs ou associatives, peu-
ploi occupé et la rémunération perçue sont au- vent également jouer un rôle. Finalement, les
tant de facteurs susceptibles d’influencer la conditions de vie des ménages ne sont pas indé-
position des salariés vis-à-vis de leurs horaires pendantes de la situation vécue dans le cadre
de travail. Cependant, la sphère privée et les strictement professionnel et l’ensemble de ces
conditions de vie des salariés déterminent aussi facteurs déterminent l’opinion des salariés vis-
leurs opinions sur une baisse de leur temps de à-vis de la réduction de leurs horaires de travail.
Les noms et dates entre travail. Ces positions reflètent un arbitrage en-
parenthèses renvoient à tre temps de travail et temps libre. Ainsi, l’envi- Compte tenu de la diversité des situations,
la bibliographie en fin
ronnement familial joue un rôle important : la l’opinion des salariés sur la baisse du temps ded’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 149Encadré 1
LA SOURCE UTILISÉE
Les questions analysées dans cette étude provien- Le niveau de vie du ménage est déterminéà partir
nent uniquement du dispositif d’enquêtes des déclarations du ménage concernant l’ensemble
permanentes sur les conditions de vie des mé- de son revenu net annuel. Ce revenu comprend
nages (PCV) qui permet, depuis janvier 1996, d’une part les salaires, traitements et primes et les
d’étudier annuellement l’évolution d’indicateurs so- revenus d’activités professionnelles indépendantes.
ciaux. L’ensemble des indicateurs est divisé en trois D’autre part, sont pris en compte le RMI, les alloca-
groupes, dont chacun fait l’objet d’une enquête an- tions chômage, les préretraites, retraites, pensions
nuelle, en janvier, en mai ou en octobre, réalisée et rentes diverses, les dividendes et revenus d’ac-
auprèsd’un échantillon de 6 000 ménages répon- tifs financiers et les loyers et fermages. Enfin, le
dants. L’enquête de janvier, intituléeQualité de revenu global inclut aussi les prestations familiales
l’habitat et du voisinage, apporte des informations et les allocations de logement. Il est, en premier
sur les nuisances subies par les ménages aux lieu demandé au ménage quels types de revenus
alentours et à l’intérieur de leur logement, sur l’im- sont perçus, parmi la liste précédente. Ensuite, le
portance des équipements de proximité et sur ménage situe la somme de tous ses revenus dans
l’insécurité aux alentours du logement. Celle de mai une des tranches de montants proposées.
traite des problèmes de santé et des difficultés des
ménages. L’enquête d’octobre, exploitée ici, permet Les revenus utilisés pour calculer le niveau de vie
de mieux connaître la participation à la vie sociale du ménage est, en fait, un revenu en continu obtenu
des ménages. Ces questions spécifiques sont posées grâce à la méthode des résidus simulés. Cette mé-
à un individu de plus de 15 ans dans chaque mé- thode permet de transformer une variable discrète
nage, désigné par un tirage aléatoire. L’échantillon en une variable continue. Elle a aussi l’avantage,
comprend environ 2 000 salariés à temps complet. par rapport à une méthode d’interprétation plus sim-
ple (comme le milieu de tranche ou la moyenne
Concernant la réduction du temps de travail,trois géométrique), de pallier le manque de précision sur
questions indépendantes étaient posées aux sala- les revenus, fréquent avec ce type d’interrogation,
riés, présentées dans l’ordre suivant : en utilisant d’autres informations, considérées
comme significatives du revenu du ménage.
1-Préféreriez-vous travailler moins si on ne baisse
pas votre rémunération ? Le niveau de vie du ménage correspond à son re-
2-Préfé travailler moins si votre rému- venu par équivalent-adulte et résulte du rapport
nération baisse moins que votre temps de travail ? entre le revenu global du ménage et la somme des
3-Préféreriez-vous travailler moins si votre rému- unités de consommation (u.c.). Les unités de con-
nération baisse dans les mêmes proportions que sommation sont calculées à partir de l’échelle
votre temps de travail ? OCDE corrigée, qui affecte des coefficients de va-
leur 1 à la personne de référence, 0,5 à tout autre
Quatre catégories de réponses ont été ainsi déter- adulte du ménage et 0,3 aux enfants. Le niveau de
minées : vie est présenté sous forme de quartiles. Le premier
-les salariésprêts à travailler moins mais refusant quartile correspond au quart des ménages les plus
une baisse de salaire sont ceux qui ont répondu modestes et le quatrième au quart des ménages les
« oui »à 1mais « non »à 2et3; plus aisés. Par ailleurs, on dispose aussi de la tran-
-les salariésprêts à travailler moins et acceptant che du salaire mensuel net de la personne
une baisse de salaire moins que proportionnelle ont interrogée.
répondu « oui »à 1et2,mais « non »à 3;
-les salariésprêts à travailler moins et acceptant La difficulté des conditions de travail des salariés
une baisse proportionnelle de leur salaire ont répon- est évaluée à travers les dix questions suivantes :
du « oui »à 1, 2 et 3 ;
- enfin, les salariés refusant de travailler moins ont L’exécution de votre travail vous impose-t-elle :
répondu « non » aux trois questions.
1 - de rester longtemps debout ?
Par conséquent, la proportion de salariés ayant 2 - de dans une autre posture pénible
répondu « oui »à la première question corres- ou fatigante à la longue ?
pond à la somme des trois premières colonnes du 3-d’effectuer des déplacements à pied longs et fré-
tableau 1. Celles des salariés favorables à la quents ?
deuxième est la somme des deux premières co- 4 - de porter ou déplacer des charges lourdes ?
lonnes, alors que ceux ayant répondu « oui »à la 5-d’effectuer d’autres efforts physiques impor-
troisième question sont ceux de la troisième co- tants ?
lonne du tableau 1. 6 - de subir des secousses ou vibrations ?
7 - de ne pas quitter votre travail des yeux ?
Ces questions ont été posées à l’ensemble des sa- 8 - de passer plusieurs heures dans un endroit très
lariés, quelle que soit la durée de leur travail. Par bruyant ?
cette enquête, on ne peut connaîtreladurée hebdo- 9 - de manipuler des produits dangereux ou toxiques ?
madaire (habituelle ou effective) de travail pour les 10 - de passer plusieurs heures dans un endroit très
salariés à temps complet. froid, très chaud ou très humide ?
150 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2travail dépend des modalités concrètes de mise nion des personnes interrogées, celle-ci peut
en place des changements dans leurs horaires évoluer dans le temps. En revanche, les caracté-
de travail et de leurs conséquences individuel- ristiques des individus, favorables ou défavora-
les et collectives, comme des évolutions sala- bles à une réduction de leur temps de travail,
riales susceptibles d’accompagner la réduction doivent présenter une plus grande stabilité.
du temps de travail. En tenant compte à la fois
de leur situation professionnelle et de leurs con-
... un sur deux refuse une diminutionditions de vie, comment les salariés ac-
cueillent-ils l’idée de réduire leur temps de de salaire
travail ? Parmi ceux qui y sont favorables, quel-
les conditions de rémunération accepteraient- Près de huit salariés à temps complet sur dix
ils ? L’étude se limitera aux salariés à temps préféreraient réduire leur temps de travail
complet. En effet, les salariés à temps partiel, (cf. tableau 1). Cependant, pour 87 % d’entre
ayant déjà opté, volontairement ou non, pour eux, ce changement doit s’accompagner d’une
une durée de travail réduite, ne se positionnent certaine compensation salariale : un salarié à
pasdelamêmemanière vis-à-visdelaréduc- temps complet sur deux refuserait toute baisse
tion de leur temps de travail. de salaire, quelle qu’en soit l’ampleur, un sur
cinq accepterait une baisse de salaire plus faible
que la diminution du temps de travail, et un sur
Si quatre salariés sur cinq accepteraient dix est prêt à travailler moins même si son sa-
une réduction de temps de travail... laire baisse d’autant (1). Ces opinions ne sont,
cependant, pas identiques parmi les salariés
Dans le cadre de l’enquête permanente sur les d’entreprises privées et ceux du secteur public.
conditions de vie des ménages (enquête PCV), Si la part de salariés qui préféreraient globale-
réalisée par l’Insee en octobre 1997 (cf. enca- ment travailler moins est la même dans les deux
dré 1), les salariés à temps complet ont été inter- secteurs, l’acceptation d’une réduction de sa-
rogés sur leurs préférences en matière de temps laire est un peu plus répandue parmi les salariés
de travail. Plusieurs scénarii leur étaient propo- de l’État et des collectivités territoriales que
sés en fonction du degré de compensation sala- parmi les salariés du privé (34 % contre 28 %).
riale accompagnant la réduction du temps de
travail. Il n’était, à aucun moment, fait mention
1. Les questions étaient présentées dans un ordre croissant dedes modalités concrètes de cette réduction
perte de salaire. On demandait aux personnes interrogées tout
éventuelle de leur temps de travail (temps par- d’abord de se situer en faveur ou non d’une réduction de temps
tiel ou diminution collective), ni de l’effet de travail sans baisse de salaire, puis avec faible réduction de
salaire, et enfin en l’absence totale de compensation salariale.qu’elle pourrait avoir sur le niveau de l’emploi
Cet ordre a eu des conséquences sur la réponse : une fois la
dans l’entreprise ou dans l’économie en géné- compensation salariale totale mentionnée, il a pu sembler moins
ral. On cherchait seulement à savoir si, dans facile à l’enquêté d’envisager une baisse de son temps de travail
sans compensation. Si ces questions avaient été posées dansl’absolu, ils préféreraient travailler moins, et
l’ordre inverse, la part d’avis favorables à la baisse du temps de
dans l’affirmative, s’ils accepteraient ou non travail avec réduction proportionnelle de salaire aurait
une réduction de salaire. S’agissant de l’opi- probablement été plus élevée.
Encadré1(fin) personne était membre d’une association de ce
genre. Lorsque la réponse est positive, on connaît
Quatre modalitésderéponse étaient possibles : aussi le degré de participation : simple adhérent,
souvent, occasionnellement, rarement ou jamais. participant actif, responsable. Ont été considérés
Les conditions de travail ont été considérées diffici- « participants actifs » les salariés participant active-
les, lorsque la personne y était souvent confrontée. ment ou ayant une responsabilité dans au moins
une association. Les activitésde loisirs sont recen-
L’existence d’un syndicat dans leur entreprise est sées par le biais des fréquences d’activités. Les
renseignée par le salarié. personnes interrogées précisaient à quelle fré-
quence, en moyenne au cours de 12 mois
Les activités extra-professionnelles sont analysées précédant l’enquête, elles étaient allées au cinéma,
sous deux angles. La vie associative est appré- avaient visité une exposition ou un musée, assisté
hendée par la participation à différents types à une manifestation sportive, pratiqué une activité
d’associations (associations de parents d’élèves, les sportive, fait du bricolage ou du jardinage, etc. Pra-
clubs sportifs, les associations culturelles, d’anciens tiquer ces activités plus que la moyenne des
élèves, humanitaires, de quartier, etc.). Il était de- individus de plus de 14 ans a été interprété comme
mandé, pour chaque type d’association, si la significatif d’une forte participation.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 151Dans l’ensemble, 17 % des salariés à temps Si cette répartition respecte bien la hiérarchie
complet refusent une réduction de temps de tra- des salaires et peut facilement être analysée par
vail, qu’elle soit accompagnée ou non d’un les contraintes budgétaires différentes, le refus
maintien du salaire (cf. tableau 1 et graphique I). complet de la réduction du temps de travail
Cette position se retrouve aussi bien parmi les trouve des partisans, cependant toujours mi-
jeunes salariés que chez les plus âgés, pour les noritaires, plutôt aux deux extrémités de la
ménages aisées comme pour les ménages de ni- distribution des salaires. Si, sur ce point,
veau de vie modeste. Ne pas préciser aux sala- hauts et bas salaires se rejoignent, cette opi-
riés les modalités concrètes de la baisse de nion reflète, pour les uns, les priorités d’ou-
temps de travail, notamment son caractère col- vriers et employés les plus modestes et, pour les
lectif ou individuel, a pu introduire une réti- autres, la position bien particulière des cadres
cence vis-à-vis des changements proposés (cf. infra).
(cf. encadré 2). Or, la connaissance de ces mo-
dalités influence la position des salariés (voir L’influence du revenu sur la position face à la
l’article de Fermanian, Galtier et Lagarde dans réduction du temps de travail n’est pas identi-
ce numéro). que en termes de salaire et en termes de niveau
de vie. En effet, les salariés les moins rémuné-
Baisse du temps de travail sans compensation : rés ne sont pas toujours ceux dont le niveau de
avant tout une question de niveau de vie vie est le plus faible : un tiers des salariés ayant
un salaire mensuel inférieur à 7 500 francs font
Les salariés les moins rémunérés sont, en majo- partie des ménages appartenant au troisième
rité, favorables à la réduction de leur temps de quartile de niveau de vie et 12 % d’entre eux au
travail avec maintien du salaire (cf. graphique I). quart des ménages les plus aisés. Le salaire
Seuls 26 % d’entre eux accepteraient une baisse n’est, en effet, qu’un revenu individuel, alors
de salaire. En revanche, la moitié des salariés que le niveau de vie prend en compte l’ensem-
les mieux rémunérés envisageraient une baisse ble des revenus des membres d’un ménage et la
de leur temps de travail accompagnée d’une ré- charge de famille liée à sa taille. Un salarié vivant
duction de salaire, et 36 % d’entre eux n’accep- seul aura un niveau de vie plus élevé qu’un sala-
teraient un temps de travail réduit que si leur rié, rémunéré de la même manière, unique actif
salaire est maintenu. d’un couple avec ou sans enfants.
Encadré 2
D’AUTRES SOURCES SUR LES OPINIONS DES SALARIÉS SUR LA RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL
D’autres sources sur l’opinion des salariéssur la Les 76 % de personnes répondant négativement de-
baisse du temps de travail existent, et notamment vaient répondre à la question suivante : « Si cela
les enquêtes du Credoc et l’enquête complémen- permettait de maintenir ou d’augmenter les effectifs de
tairedel’enquête Emploi de 1995. Les modes de votre établissement, l’accepteriez-vous ? ».Alors,39%
questionnement étaient assez différents. Les ques- des personnes donnaient une réponse affirmative. Au
tions incluses dans l’enquête permanente sur les total, 53 % des salariés à temps complet ont répondu
conditions de vie des ménages ne donnaient au- positivement à l’une des deux questions (Baesa, 1996 ;
cune précision sur la situation des autres employés article de Fermanian, Galtier et Lagarde dans ce
de l’établissement vis-à-vis de la réduction du temps numéro).
de travail, ni sur les conséquences sur la situation
de l’emploi en général. En revanche, les autres en- Opinion des Français, début 1994, faceàlaré-
quêtes sur ce thème cherchent, le plus souvent, à duction du temps de travail : enquête sur les
savoir si, lorsque cela permettait de créer des em- conditions de vie et les aspirations des Français
plois et que tout le monde était concerné,les du Credoc
salariés seraient prêts à travailler moins.
À la question « Si, pour lutter contre le chômage, on
Diminution du temps de travail avec réduction proposait une mesure générale de réduction de la
de salaire : enquête complémentaire de l’en- durée du temps de travail, accepteriez-vous, vous
quête Emploi de 1995 personnellement, une diminution de salaire ? »,
22 % des personnes interrogées accepteraient,
La question « Accepteriez-vous une réduction de l’ho- 36 % y mettraient certaines conditions et 42 % refu-
raire concernant l’ensemble du personnel de votre seraient. Le champ de cette enquête porte sur
établissement avec une réduction correspondante de vo- l’ensemble des salariés, qu’ils travaillent à temps
tre salaire annuel ? » recueille 23 % d’avis favorables. complet ou à temps partiel.
152 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2L’acceptation d’une baisse de salaire lors de la temps de travail sans modification de salaire est
réduction du temps de travail croît régulière- semblable pour les trois quarts de ceux qui ont
ment avec le niveau de vie : 17 % des salariés le niveau de vie le plus faible : environ 55 %
appartenant au quart des ménages les plus mo- d’entre eux y sont favorables alors qu’ils ne
destes accepteraient de travailler moins si on sont que 40 % parmi le quart des salariés au niveau
baissait leur rémunération, contre 30 % de ceux de vie le plus élevé. La position face à la réduc-
appartenant au troisième quartile et plus d’un tion du temps de travail reflète l’arbitrage entre
tiers des plus aisés (cf. graphique II). En revan- un maintien du niveau de vie et un allonge-
che, l’opinion des salariés sur une réduction de ment du temps libre. Or celui-ci se fait d’autant
Tableau 1
Position des salariés à temps complet face à une réduction du temps de travail
En %
Préférerait travailler moins
Refuserait de
Accepte une faible Accepte une baisse travailler moins (1)À condition que
baisse de de rémunération
le salaire ne change pas
rémunération proportionnelle
Sexe
Homme 50 17 9 18
Femme 46 24 12 15
Homme du privé 50 17 9 18
Femme du privé 49 24 9 15
Homme du public 48 17 8 20
Femme du public 41 23 15 14
Âge
De 15 à 24 ans 4869 25
De 25 à 29 ans 48 18 9 21
De 30 à 39 ans 49 23 9 15
De 40 à 49 ans 50 22 10 14
De 50 à 64 ans 46 17 12 20
Diplôme
Aucun 59 16 4 14
CEP 50 22 7 18
BEPC 58 16 7 17
CAP, BEP 48 19 9 19
Bac général 42 25 13 14
Bac technique 37 27 15 17
Bac + 2 41 22 15 16
Supérieur à Bac + 2 39 19 14 18
Catégorie socioprofessionnelle
Cadres et professions 39 20 14 20
intellectuelles supérieures
Professions intermédiaires 42 21 14 17
Employés 50 22 9 15
Ouvriers 56 17 6 16
Expérience de chômage
Non 49 19 10 17
Oui 44 23 10 19
Type de contrat
Formation, intérim 4454 32
CDD 26 23 20 29
CDI 49 20 10 16
Ensemble 48 20 10 17
1. Cette colonne comprend les salariés qui ont répondu « non » aux trois possibilitésderéduction de temps de travail envisagées
dans les premières colonnes. La somme des quatre colonnes n’est pas égale à 100 car 5 % des salariés à temps complet n’ont pas
répondu aux questions sur leur temps de travail. 5 % des salariés ont été exclus du champ initial de l’étude pour cause d’incohé-
rence entre les réponses aux trois questions.
Champ : salariés à temps complet de 15 ans et plus.
Source : enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (PVC), octobre 1997, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 153plus facilement en faveur du temps libre que laire proportionnelle, contre seulement 8 %
l’on dispose d’un niveau de vie suffisant. des hommes.
La plus grande disposition des femmes pour la
Les femmes réduiraient plus volontiers réduction de leur temps de travail ne semble pas
que les hommes leur temps de travail s’expliquer par le seul souci de s’occuper da-
vantage des enfants. En effet, leur opinion évo-
Avoir des enfants à charge semble globalement lue assez peu en fonction du nombre d’enfants.
amener les salariés à préférer plus volontiers ré- Cependant, être en charge d’une famille nom-
duire leur temps de travail (cf. graphiques III). breuse augmente aussi les contraintes budgétaires
Cependant, plus le nombre d’enfants (et les et, à partir de trois enfants, elles optent plutôt pour
charges financières qui leurs sont liées) est im- une absence de baisse de salaire. En revanche,
portant, moins les salariés, même lorsqu’ils seul un homme sur cinq ayant au moins trois en-
sont favorables à la baisse de leur temps de tra- fants accepterait une baisse de salaire, contre un
vail, sont prêts à accepter une réduction de leur sur quatre quand ils ont un seul ou aucun enfant
salaire. Comme si les hommes se sentaient plus (cf. graphique III-B). Ce résultat se retrouve pour
fortement investis du rôle d’apporteur de les employés des secteurs public et privé.
ressources, d’autant plus nécessaires que les
charges de famille sont importantes. Dans l’en- Moins susceptibles d’avoir des enfants à charge,
semble, qu’elles aient ou non des enfants à les salariés les plus jeunes et les plus âgés sont,
charge, les femmes sont plus favorables à une dans l’ensemble, moins favorables à une réduc-
baisse du temps de travail que les hommes tion de leur temps de travail que ceux qui ont entre
(82 % contre 76 %). Elles sont, en particulier, 30 et 50 ans. Parmi les salariés à temps complet
plus nombreuses à accepter une baisse de sa- favorables à une baisse de leur temps de travail,
laire (36 % contre 26 %), surtout parmi les les plus de 50 ans sont plus souvent prêts à réduire
salariées de l’État et des collectivités territo- d’autant leur salaire ; à l’inverse, les moins de 25 ans
riales. Dans ce secteur, 15 % d’entre elles ac- refusent nettement toute baisse de salaire, surtout
cepteraient que la baisse de leur temps de lorsqu’ils sont salariés du secteur privé. Toute-
travail s’accompagne d’une réduction de sa- fois, une analyse logistique (toutes choses égales
Graphique I Graphique II
Baisse du temps de travail et salaire mensuel net Baisse du temps de travail et niveau de vie*
* Le niveau de vie du ménage correspond à son revenu par équi-
valent-adulte et résulte du rapport entre le revenu global du mé-
nage et la somme des unités de consommation (cf. encadré 1)
Lecture:27% des salariés à temps complet, dont le salaire net Lecture : parmi le quart des ménages les plus pauvres,17% des
mensuel est inférieur à 7 500 francs, préfèreraient travailler moins salariés à temps complet préfèreraient travailler moins avec
même avec une baisse de rémunération, contre 51 % parmi ceux baisse de rémunération, contre 37 % parmi le quart des ménages
dont le salaire est supérieur ou égal à 12 500 francs. les plus aisés.
Source : enquête permanente sur les conditions de vie des ména- Source : enquête permanente sur les conditions de vie des ména-
ges, octobre 1997, Insee. ges, octobre 1997, Insee.
154 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Graphique III par ailleurs) démontre qu’il ne s’agit pas ici
Baisse du temps de travail et nombre d’enfants d’un effet propre de l’âge. Les écarts observés
proviennent essentiellement des différences
A - Acceptedetravaillermoinssansbaissederémunération de salaires et de niveaux de vie des ménages
(cf. tableau 2).
Moins favorables à la baisse de leur temps
de travail, les cadres renoncent plus
facilement à une part de salaire
Les cadres envisagent moins que les autres sa-
lariés une baisse de leur temps de travail : 20 %
d’entre eux refuseraient toute forme de réduc-
tion, contre environ 15 % des employés et ou-
vriers. Pour un cadre, vouloir travailler moins
pourrait être perçu comme un manque d’intérêt
pour son travail, qui le conduirait à se démar-
quer des salariés qui lui sont proches. Ainsi, le
souhait de réduire son temps de travail pourrait
B - Accepte de travailler moins avec une baisse
soit avoir une connotation négative pour les ca-de rémunération
dres, soit leur paraître réservé aux autres sala-
riés. Et ce, d’autant plus que le caractère
collectif ou individuel de la baisse n’est pas
précisé : les cadres ont plus de difficultés à
prendre position en faveur d’une baisse de
leur temps de travail. Par ailleurs, du fait
d’une contrainte budgétaire moins forte, les
cadres et les professions intermédiaires
accepteraient plus volontiers que les autres
catégories de salariés, une baisse de rémuné-
ration proportionnelle. À l’inverse, une majorité
d’employés et surtout d’ouvriers n’acceptent la
réduction du temps de travail que si le salaire
reste inchangé.
C - Refuse de travailler moins
Plus les conditions de travail sont difficiles,
plus le salarié souhaite diminuer
son temps de travail
Parmi les salariés à temps complet qui portent
régulièrement des charges lourdes, huit sur dix
se déclarent prêts à travailler moins contre trois
sur quatre pour les autres salariés à temps com-
plet. 84 % des personnes travaillant dans le
bruit souhaiteraient réduire leur temps de tra-
vail . Les salariés utilisant des produits dange-
reux sont, eux aussi, plus souvent favorables à
une baisse de leur temps de travail. Par
ailleurs, les personnes soumises à un contrôle
de leurs horaires préféreraient plus fréquem-
ment travailler moins que celles ayant la
Lecture:9% des hommes n’ayant pas d’enfant préfèreraient tra-
possibilité de les définir elles-mêmes (84 %vailler moins malgré une baisse de salaire, contre 11 % des fem-
mes sans enfant. En revanche,7% des hommes avec deux contre 73 %).
enfants y sont favorables, contre 13 % des femmes avec autant
d’enfants.
Enfin, l’existence d’un ou plusieurs syndicatsSource : enquête permanente sur les conditions de vie des ména-
ges, octobre 1997, Insee. dans l’entreprise semble favoriser la volonté de
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 155Tableau 2
Analyse logistique de l’opinion des salariés sur la baisse de leur temps de travail
Préférerait travailler moins Accepte une baisse de rémunération
(1 et 2) (1 et 2)
Sexe
Femme Réf. Réf.
Homme -- -
Ancienneté dans l’entreprise
Moinsde2ans -- n.s.
De 2 à 5 ans - n.s.
De 6 à 10 ans n.s. n.s.
Plus de 10 ans Réf. Réf.
Catégorie socioprofessionnelle
Cadresetprofessions intellectuelles supérieures Réf. Réf.
Professions intermédiaires n.s. n.s.
Employés + n.s.
Ouvriers ++ n.s.
Niveau de vie du ménage (3)
er
1 quartile n.s. --
e2 quartile n.s. --
e3 quartile n.s. -
e4 Réf. Réf.
Contrôle des horaires
Oui Réf. Réf.
Aucun - n.s.
Degrédepénibilité de l’emploi (4)
Plus de trois critères Réf. Réf.
Un ou deux critères - n.s.
Aucun critère n.s. +
Syndicat dans l’entreprise
Oui +n.s.
Aucun Réf. Réf.
Type de contrat
Duréedéterminée Réf. Réf.
Intérim, stage, apprentissage n.s. -
Duréeindéterminée ++ (-)
Possibilités de promotion
Oui + n.s.
Aucune Réf. Réf.
Paires concordantes 65 % 63 %
1. ++ , - - : significatif au seuil de 1 % ; +, - : significatif au seuil de 5 % ; (-) : significatif au seuil de 10 % ; n.s. : non significatif
au seuil de 10 % ou non significativement différent de 0.
2. La première colonne comprend les salariés qui ont répondu « oui»à au moins une des trois possibilitésderéduction de temps
de travail envisagées. La seconde s’intéresse, parmi les salariés qui préfèreraient moins travailler, à ceux qui accepteraient une
baisse de rémunération, quelle qu’elle soit.
3. Le niveau de vie du ménage correspond à son revenu par équivalent-adulte et résulte du rapport entre le revenu global du mé-
nage et la somme des unités de consommation (cf. encadré 1).
4. Le degré de pénibilité correspond au nombre de critères parmi dix déclarés comme gênant dans leur travail par les salariéslors
de l’enquête (cf. encadré 1).
Lecture : à âge égal, catégorie socioprofessionnelle, niveau de vie, de contrôle des horaires et degrés de pénibilité et de précarité de l’emploi
reégaux, les femmes sont plus souvent favorables à une baisse de leur temps de travail que les hommes (1 colonne). Parmi les salariés pré-
eférant travailler moins, les femmes sont aussi plus souvent prêtes que les hommes à accepter une baisse de rémunération (2 colonne).
Champ : salariés à temps complet de 15 ans et plus.
Source : enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (PCV), octobre 1997, Insee.
156 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2travailler moins. En effet, 86 % des salariés Stabilité de l’emploi et position
travaillant dans des entreprises bénéficiant de face à la réduction du temps de travail
la présence de syndicats prennent cette po-
sition, contre 79 % des autres salariés. Un Les salariés bénéficiant des contrats de travail
salarié sur trois d’une entreprise dans stables sont les plus favorables à une baisse de
laquelle un syndicat est implanté accepterait leur temps de travail. Ainsi, 49 % des salariés
une baisse de salaire, contre un sur quatre sous contrat à durée indéterminée (CDI) se-
dans les autres entreprises ou administra- raient prêts à travailler moins avec maintien de
tions. Cependant, une analyse logistique ne leur salaire, contre 44 % des salariés en forma-
fait pas apparaître d’effet propre de la pré- tion ou intérimaires et seulement 26 % des sala-
sence d’un syndicat dans l’entreprise. Le riés sous contrat à durée déterminée (CDD).
constat précédent est sans doute dû au niveau
de vie plus élevé des salariés d’entreprises où Toutefois, les salariés à contrat à durée indéter-
sont implantés des syndicats. Pourtant, la pré- minée, protégés par leur statut plus stable, n’en-
sence syndicale entraîne une plus grande in- visagent que très rarement une baisse de
formation des salariés et suscite le débat au salaire, à l’inverse des salariés en CDD. Ces
sein de l’entreprise sur ces questions de derniers se situent dans une perspective d’in-
temps de travail. Les salariés se seraient déjà sertion dans l’entreprise pour laquelle ils tra-
interrogés sur les enjeux et les conséquences, vaillent : ils espèrent que ce contrat leur servira
tant individuelles que collectives, d’une telle de tremplin vers un CDI. Afin d’augmenter
mesure. Une enquête auprès des salariés de la leurs chances d’un engagement définitif, ils
chimie a montré que les affiliations et sympa- sont plus facilement prêts à faire un sacrifice fi-
thies syndicales s’accompagnaient d’une po- nancier immédiat. Par ailleurs, les salariés dé-
sition plus favorable à la baisse du temps de clarant avoir des perspectives de promotion
travail et à l’acceptation d’une baisse de sa- dans leur entreprise préféreraient plus souvent
laire (Boulin et al., 1998). réduire leur temps de travail que ceux n’ayant
pas cette possibilité. Ils sont autant prêts à ac-
Les dimensions explicatives qui viennent cepter aussi bien qu’à refuser une diminution
d’être mises en évidence sont liées les unes de salaire que les autres salariés. Ainsi, les sala-
aux autres. Ainsi, les salariés les plus exposés riés ayant une certaine confiance en leur avenir
à des conditions de travail difficiles sont professionnel dans l’entreprise ou l’adminis-
beaucoup plus présents parmi les ouvriers et tration pour laquelle ils travaillent sont plus ou-
les employés, que parmi les cadres et profes- verts à l’idée de travailler moins, sans pour
sions intermédiaires. Les premiers ont plus de autant être plus disposés que les autres à réduire
raisons de désirer travailler moins, compte tenu leur salaire. La part de salariés préférant tra-
de leurs conditions de travail ; ils ont aussi des vailler moins augmente aussi avec l’ancienneté
revenus moindres qui ne leur permettraient dans l’entreprise, quelles que soient les condi-
pas de supporter une perte de salaire. À l’in- tions de rémunérations accompagnant cette
verse, la position hiérarchique dans l’entre- baisse. Cependant, cette ancienneté doit dépas-
prise, le rythme et les horaires de travail, qui ser 10 années pour que la perte totale de com-
conduisent souvent les cadres à travailler plus pensation salariale soit plus fréquemment
que la durée légale, expliquent, avec leur rému- envisagée. Ceci s’explique, en grande partie,
nération, leur réticence à exprimer une volonté par le salaire et le niveau de vie plus élevés des
de réduction de leur temps de travail. Une ana- plus anciens.
lyse « toutes choses égales par ailleurs » con-
firme que le niveau de vie du ménage est le
Peu d’influence des activitésdéterminant essentiel de la position du salarié
vis-à-vis de la réduction du temps de travail. En extra-professionnelles
particulier, dès lors que le salarié accepterait de
travailler moins, plus le niveau de vie du mé- À autres caractéristiques comparables, le fait
nage est élevé, plus l’effort financier suscep- d’avoir une vie sociale intense en dehors du ca-
tible d’accompagner la baisse de temps de dre du travail ne modifie que rarement les opi-
travail est accepté. Indépendamment de cet nions vis-à-vis du principe de la réduction du
effet financier, les femmes, les personnes temps de travail et de son éventuelle compensa-
d’âge moyen, les non-cadres et les salariés tion salariale. Si modification il y a, elle va dans
confrontés à des conditions de travail diffici- le sens d’un refus de la réduction du temps de
les préféreraient plus souvent travailler travail. Parmi les ouvriers, employés ou profes-
moins (cf. tableau 2). sions intermédiaires, pratiquer certaines activités
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 157Graphique IV
Réduction conjointe du temps de travail et du salaire et vie associative
A - Par catégorie socioprofessionnelle B - Par niveau de vie *
Lecture : parmi les cadres préférant travailler moins,36% de ceux * Le niveau de vie du ménage correspond à son revenu par
qui participent aux activités d’une association seraient prêts à équivalent-adulte et résulte du rapport entre le revenu global du
accepter une baisse de salaire,contre57%deceuxquineparticipent ménage et la somme des unités de consommation (cf. encadré 1).
à aucune association. À l’inverse, parmi les professions Lecture : parmi les salariés appartenant au quart des ménages les
intermédiaires préférant réduire leur temps de travail,49% des plus modestes qui préfèreraient travailler moins,28% de ceuxqui
membres d’association accepteraient une baisse de salaire, contre participent aux activités d’une association seraient prêts à accepter
seulement 43 % des non-participants. une baisse de salaire, contre seulement 21 % de ceuxqui ne
participent à aucune association.
Champ : salariés à temps complet, de plus de 15 ans, acceptant une
réduction du temps de travail.(cinéma, musée, sport) incite un peu moins sou-
Source: enquête permanentesurlesconditionsdeviedesménages,
vent à souhaiter réduire son temps de travail. À octobre 1997, Insee.
l’inverse, pour les cadres et le quart des salariés
les plus aisés, les loisirs ont tendance à encoura-
ger à travailler moins longtemps . De même, la plus aisés) de leur catégorie socioprofession-
participation associative du salarié n’a, dans nelle (Crenner, 1997). Mais cela n’explique que
l’ensemble, pas d’effet sur sa position vis-à-vis partiellement leur plus grande disposition, pour
de la réduction du temps de travail . Le souhait la plupart des catégories de salariés, à accepter
de travailler moins est tout de même plus rare une réduction de salaire. Il reste surprenant, en
parmi les ouvriers membres d’associations que effet, que les cadres, salariés souvent plus aisés,
parmi les non-membres. Il est, en revanche, soient plus réticents à accepter une baisse de sa-
plus fréquent pour les cadres, professions inter- laire. Cette position particulière mériterait des
médiaires et employés qui participent active- investigations complémentaires que le cadre de
ment à une association. Toutefois, parmi ceux l’enquête ne permet d’apporter. Il serait intéres-
qui sont favorables à une réduction de temps de sant, entre autres, d’analyser l’influence des ac-
travail, sur l’ensemble des catégories sociopro- tivités extra-professionnelles, qu’il s’agisse des
fessionnelles, seuls les cadres ayant des activi- loisirs ou de la vie associative, sous l’angle des
tés associatives ou de loisirs et les salariés aux dépenses qu’elles entraînent. Peut-être les acti-
niveaux de vie les plus élevés membres d’asso- vités des cadres induisent-elles une contrainte
ciations sont plus nombreux, que ceux qui n’ont budgétaire plus serrée que celle des autres sala-
pas d’activités extra-professionnelles, à refuser riés ? Cependant, il s’agit ici des activités de
une baisse de salaire liée à une réduction du temps loisirs et associatives pratiquées au moment de
de travail (cf. graphiques IV). l’enquête. Rien ne permet de savoir si les sala-
riés qui ont, aujourd’hui, une vie sociale relati-
Les membres d’associations font souvent partie vement faible, ne souhaiteraient pas développer
des salariés les plus favorisés (plus diplômés et leurs activités extra-professionnelles.
158 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2

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