Les ouvriers en Lorraine : un monde en forte mutation

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En 40 ans le monde des ouvriers lorrains a été bouleversé. Après les réductions d'effectifs qui ont affecté les industries "historiques" lorraines, la proportion d'ouvriers en Lorraine se rapproche de la moyenne française, et on assiste à un redéploiement de la structure par activité. En conséquence, moins nombreux, les ouvriers lorrains sont aujourd'hui répartis sur l'ensemble de la région et dans tous les secteurs d'activité, y compris les services. Les métiers ouvriers restent peu féminisés, la mixité progresse cependant. Ces données ont été rassemblées pour une intervention auprès du Comité Régional de la Confédération Générale des Travailleurs (CGT). Tableau complémentaire
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Données sur …


N° 30 Février 2005

Les ouvriers en Lorraine :
un monde en forte mutation

Regard sur l’évolution du monde ouvrier lorrain

En 40 ans, le monde des ouvriers lorrains a été bouleversé. Après les réductions d’effectifs qui
ont affecté les industries «historiques» lorraines, la proportion d’ouvriers en Lorraine se
rapproche de la moyenne française, et on assiste à un redéploiement de la structure par
activité. En conséquence, moins nombreux, les ouvriers lorrains sont aujourd’hui répartis sur
l’ensemble de la région et dans tous les secteurs d’activité, y compris les services. Les métiers
ouvriers restent peu féminisés, la mixité progresse cependant.

En 2000, la Lorraine compte 250 000 ouvriers, alors qu’ils étaient plus de 400 000 en 1962, soit
une baisse de 40%. Les ouvriers représentent désormais un peu moins d’un tiers des actifs contre
plus de la moitié en 1962. La Lorraine a perdu la spécificité de région ouvrière qui était la sienne il y a
40 ans. Si la Lorraine reste globalement plus ouvrière que l’ensemble des régions, la part des ouvriers
dans l’emploi total tend à se rapprocher considérablement de la moyenne nationale. La proportion des
ouvriers dans l’emploi n’est plus que de 30,5% contre 28% pour la France de province, alors qu’ils
représentaient la moitié de l’emploi en 1962 (contre 39%).

La Lorraine perd en grande partie sa spécificité ouvrière

Part de l’emploi ouvrier dans l’emploi total (%)
60

50


4040

30
Lorraine
France20

1010


0
1962 1968 1975 1982 1990 1999

Source : INSEE Recensements de la population


Rédigé le 04/02/2005 - Directeur de la publication : Jean-Paul FRANÇOIS 1
INSEE Lorraine 15 rue du Général Hulot CS 54229 - 54042 NANCY
Tél : 03 83 91 85 85 © INSEE 2005
Des effectifs en forte diminution

Les crises des industries de la métallurgie, du textile, et de l’extraction de la houille qui ont
lourdement affecté la Lorraine ont largement contribué à la décroissance du nombre des ouvriers.
Entre 1975 et 1999, les emplois ouvriers dans ces industries sont passés de 141 500 à 33 500,
perdant ainsi les trois quarts de leurs effectifs.

Parallèlement à la chute de l’emploi dans ces industries que l’on peut qualifier «d’historiques»,

l’augmentation de l’emploi ouvrier dans les industries dites de reconversion (1) n’a permis de gagner
qu’un peu plus de 10 000 emplois en 25 ans. C’est l’industrie automobile qui a contribué le plus à
cette augmentation puisque les effectifs ouvriers y ont doublé durant cette période, en gagnant plus
de 7 000 emplois. Dans le même temps, de nombreux secteurs du tertiaire se sont développés. Le
tertiaire a ainsi recruté plus de 40 000 ouvriers en 40 ans. Alors qu’en 1968 l’industrie représentait les
deux tiers des emplois ouvriers et que le tertiaire n’en représentait que 15%, 40 ans plus tard ces
deux secteurs constituent des perspectives d’emploi équivalentes pour le monde ouvrier. Le secteur
du travail temporaire emploie ainsi près de 16 000 ouvriers, dont la plupart travaillent en réalité dans
l’industrie ou la construction. Près de 21 000 ouvriers sont employés dans le secteur du transport. Les
activités de nettoyage en comptent environ 6 300. Le commerce et la réparation automobile emploient
aujourd’hui plus de 7 800 ouvriers.




Depuis 1975, émergence des services et de l’automobile
Variation du nombre d’ouvriers par secteur de 1975 à 1999
Intérim
Tertiaire non
marchand
Automobile
Plasturgie
Tertiaire
marchand (hors
intérim) Electricité-
électronique
Energie-Charbon
BTP
Textile
Autres industries
Sidérurgie et
travail des métaux
-70 000 -60 000 -50 000 -40 000 -30 000 -20 000 -10 000 0 10 000 20 000
Nombre d'ouvriers

Source : Insee - Recensements de la population
Note : Ces évolutions d’emploi sont des estimations réalisées à partir des recensements de la
population. La redéfinition des secteurs d’activité intervenue en 1993 ne permet pas un suivi précis de
l’emploi par secteur.





_______________________
(1) Dans les industries de reconversion, on compte les industries de l’automobile, de la plasturgie et
celle des composants électroniques.

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Progression de l’emploi ouvrier frontalier

Les pertes d’emplois ouvriers ont entraîné des ajustements profonds du marché du travail.
Alors que de 1962 à 1975 la Lorraine était une région très attractive pour les jeunes ouvriers, la
période 1975-1990 a connu des départs qui, sans être massifs, sont cependant significatifs. Depuis
1990, le solde entre départs et arrivées est plus équilibré, proche de la stabilité. L’ajustement de
l’emploi s’est également réalisé par de nombreuses préretraites. Le taux d’activité des ouvriers de plus
de 50 ans était ainsi relativement faible autour des années 1990, mais s’améliore depuis. Ce taux
n’était que de 75% pour les ouvriers de 53 ans en 1990, contre 93% en 1999.

Mais si l’emploi lorrain a perdu près de 170 000 ouvriers depuis 1962, le nombre d’ouvriers
habitant en Lorraine n’a diminué que de 88 000 personnes. D’une part, le chômage ouvrier a
augmenté. Cette hausse s’est effectuée jusqu’en 1982 au même rythme que le chômage lorrain. Entre
1982 et 1990, le chômage ouvrier a fortement augmenté. Depuis 1990, il continue de s’aggraver, mais
plus lentement. D’autre part, de plus en plus d’ouvriers lorrains travaillent à l’extérieur de la région. Ils
sont aujourd’hui plus de 40 700 dans ce cas. Le travail frontalier s’est fortement développé. On
compte en 1999 plus de 33 000 ouvriers travailleurs frontaliers contre 5 000 en 1962. Les ouvriers ne
constituent cependant plus que la moitié de ces travailleurs, alors que les trois quarts de l’emploi
frontalier étaient encore ouvriers en 1982. Les destinations privilégiées sont le Luxembourg (15 700
ouvriers lorrains frontaliers) et l’Allemagne (14 800). Les frontaliers sont plus jeunes que la moyenne
des ouvriers : autour de l’âge de 30 ans, 15% des ouvriers habitant en Lorraine sont des frontaliers.


Une mutation qui n’efface pas certaines caractéristiques ouvrières

Ainsi, même si le monde ouvrier a incontestablement subi de graves saignées, il n’a pas pour
autant disparu, mais a connu de profondes mutations. Le profil des ouvriers lorrains de l’an 2000 n’est
plus celui des ouvriers des années soixante, même si les ouvriers possèdent toujours, en terme de
diplômes comme de féminisation, des caractéristiques qui les distinguent des autres catégories
socioprofessionnelles.

Les anciennes concentrations ouvrières, victimes de restructurations massives et de
l’externalisation de nombreuses activités industrielles, ont aujourd’hui disparu. L’éclatement des
anciennes «forteresses» ouvrières et l’apparition de nouvelles activités se sont traduits par une
homogénéisation plus grande de la répartition des ouvriers sur le territoire lorrain. Les zones à forte
proportion d’ouvriers qui correspondaient en 1968 à des spécialisations sectorielles comme la
sidérurgie, le charbon ou le textile ont aujourd’hui des taux de travail ouvrier proches de ceux des
autres zones de la région.

La vision de l’ouvrier travaillant dans une grande usine est fausse. En 1999, plus d’un tiers des
ouvriers travaillent dans une entreprise de moins de 50 salariés contre seulement 24% dans des
entreprises de plus de 1 000 salariés.
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Homogénéisation ouvrière du territoire

proportion d'ouvriers
dans l'emploi (%)
50 - 71
45 - 50
30 - 45
10 - 30

Source : Insee - Recensements de la population

Note : la proportion d’ouvriers représentée ici n’est pas la valeur ponctuelle attachée à chaque
commune mais une moyenne calculée dans un rayon de lissage de 15 km. La carte estompe ainsi les
disparités locales pour montrer les grandes tendances de la répartition spatiale de la densité des
ouvriers.


Toujours peu féminisé, mais progression de la mixité

Le monde ouvrier reste peu féminisé. La seule évolution notable, mais d’ampleur limitée, a eu
lieu entre 1968 et 1975 : le taux de féminisation passe alors de 14% à 17%. Derrière cette apparente
stabilité, la mixité progresse cependant. Les métiers les plus féminisés (ouvriers du textile, ouvriers
non qualifiés de l’électricité et de l’électronique) le sont de moins en moins. Par ailleurs, les ouvrières
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accèdent aujourd’hui à des métiers où elles étaient peu présentes, comme l’enlèvement du métal ou
la mécanique. La progression a également été assez forte en 1990 et 1999 dans les métiers de la
manutention.

Les ouvriers de 1999 sont globalement plus âgés que leurs aînés de 1968. Aux faibles
recrutements dans les secteurs historiques s’associe l’entrée plus tardive des jeunes générations
dans la vie active. Les hommes ont en moyenne un peu plus de 37 ans en 1999 contre 35 ans en
1968. Les femmes, quant à elles, ont en moyenne 5 ans de plus (39 ans en 1999 contre 34 ans en
68). Les femmes de moins de 30 ans représentaient la moitié des ouvrières en 1968, elles sont
désormais la moitié à en avoir plus de 40.


Moins de jeunes ouvriers

65 ans
Femmes 1999
60 ansHommes 1999
Femmes 1968 55 ans
Hommes 1968
50 ans
45 ans
Hommes Femmes 40 ans
35 ans
30 ans
25 ans
20 ans
15 ans
12 000 10 000 8 000 6 000 4 000 2 000 0 2 000 4 000

Source : Insee - Recensements de la population


Toujours moins diplômés en moyenne, mais plus de bacheliers

Les ouvriers restent en moyenne moins diplômés que les autres catégories
socioprofessionnelles. En 1999, un peu plus d’un quart des ouvriers n’ont pas de diplôme, alors que
ce n’est le cas que de 8% des autres catégories socioprofessionnelles. Les titulaires d’un CAP ou d’un
BEP sont surreprésentés, 47% des ouvriers possèdent un de ces diplômes contre 30% des autres
professions. Les niveaux bac ou plus sont en revanche nettement moins présents. Seuls 10% des
ouvriers ont ce niveau de diplôme contre 47% des autres catégories. Le niveau de diplôme des
ouvriers s’est cependant élevé. En 1968, c’était encore plus de la moitié des ouvriers qui ne
possédaient pas de diplôme, contre un quart des autres professions. La différence de diplôme tend à
se resserrer considérablement pour les jeunes générations. Un quart des ouvriers âgés de 20 à 30
ans en effet ont le bac, contre un tiers pour l’ensemble des actifs du même âge. Ce n’est qu’à partir de
30 ans que l’écart se creuse. Au total, près de 10% des ouvriers sont bacheliers en 1999, contre 1,5%
en 1968.

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Moins d’ouvriers sans diplôme
Les diplômes des ouvriers sur 40 ans
Taux de diplômés (%)
100%
90%
80%
Niveaux de
diplôme70%
60% > BAC
BAC50%
CAP/BEP
40%
BEPC
30% CEP
Sans diplôme/NSP20%
10%
0%
1962 1968 1975 1982 1990 1999
Années de recensement
Source : Insee - Recensements de la population


Par ailleurs, le taux de qualification s’est également élevé. La proportion des ouvriers qualifiés
dans le total des ouvriers s’est accrue. Le taux de qualification ouvrière s’est ainsi élevé de moins de
30% en 1962 à plus de 40% en 1999. La décroissance de l’emploi a en effet touché plus fortement les
ouvriers non qualifiés que les ouvriers qualifiés. Cette évolution est à mettre en parallèle avec la
progression de l’emploi des techniciens, agents de maîtrise et ingénieurs.

Une précarisation de l’emploi

Le développement de l’intérim a entraîné une précarisation accrue du travail ouvrier. Les
ouvriers du secteur de l’intérim, où l’on trouve les taux de qualification les plus faibles, ont par nature
un travail peu stable. Le travail temporaire, en 1999, concerne ainsi un peu plus de 8% des ouvriers
non qualifiés contre 4,6% des ouvriers qualifiés. Le recours à l’intérim concerne surtout les jeunes
ouvriers. Plus d’un quart des ouvriers de 20 à 25 ans sont dans cette situation. L’intérim apparaît ainsi
comme une des voies d’insertion sur le marché du travail.

Le développement de l’intérim n’est pas la seule cause de précarisation de l’emploi. Les
contrats à durée déterminée se font plus nombreux. La part des emplois stables (contrats à durée
déterminée et Fonction publique) se réduit entre 1990 et 1999. La précarisation ne touche cependant
pas tous les métiers ouvriers avec la même ampleur. Les ouvriers non qualifiés sont les plus affectés.
L’évolution a été particulièrement nette pour les ouvriers non qualifiés du bâtiment. Dans ce secteur,
les ouvriers qualifiés bénéficient également plus rarement de contrats très stables.

La rémunération des ouvriers est plus faible que celle de la moyenne des actifs. En 1999, le
salaire horaire moyen d’un ouvrier non qualifié est de 6,5 euros, celui d’un ouvrier qualifié de 7,6
euros. A âge, sexe, secteur d’activité, taille d’entreprise et zone de travail identiques, la rémunération
moyenne d’un ouvrier non qualifié est inférieure de 19% à la rémunération moyenne, et celle d’un
ouvrier qualifié de 11%. Si l’on compare le salaire d’un cadre supérieur et celui d’un ouvrier non
qualifié de même sexe, de même âge, et travaillant dans le même type d’entreprise (même activité et
même taille et située dans la même zone), le premier gagne 2,2 fois ce que gagne le second.


Sylvie PETIT
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