Les rythmes de travail hors norme

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Travailler sept ou huit heures par jour, du lundi au vendredi et aux mêmes horaires toute l'année, demeure encore la norme. Cependant, trois actifs sur dix ont connu, en 1995, un rythme de travail autre : irrégularité des jours ou des horaires de travail, avec ou sans rythme hebdomadaire. Les non-salariés, même s'ils l'ont plus souvent choisi, sont plus nombreux à travailler irrégulièrement. Le rythme de travail des salariés, s'il n'est pas identique chaque semaine, peut être cyclique. Cette organisation du travail prend différentes formes (2x8, 3x8 ou autres) et nécessite souvent de travailler à des horaires atypiques (samedi, dimanche, de nuit). Elle se rencontre plus fréquemment dans l'industrie, où plus d'un salarié sur cinq y est soumis. Les employés des services de santé sont aussi particulièrement astreints aux rythmes cycliques. Les entreprises ainsi organisées offrent peu de souplesse, au quotidien, à leurs salariés (aménagement d'horaires complexes, vacances planifiées). Les salariés « irréguliers » sont deux fois plus nombreux que les « cycliques » et se retrouvent dans des activités aussi variées que professions commerciales, transporteurs routiers, officiers de l'armée et de gendarmerie ou cadres d'entreprise. Sous leurs formes extrêmes, les rythmes irréguliers concernent plus souvent les jeunes entrant dans la vie active.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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MARCHÉ DU TRAVAIL
Les rythmes de travail hors norme
Pierre Boisard Travailler sept ou huit heures par jour, du lundi au vendredi et aux mêmes
et Jean-David horaires toute l’année, demeure encore la norme. Cependant, trois actifs sur dix
Fermanian * ont connu, en 1995, un rythme de travail autre : irrégularité des jours ou des
horaires de travail, avec ou sans rythme hebdomadaire. Les non-salariés, même
s’ils l’ont plus souvent choisi, sont plus nombreux à travailler irrégulièrement.
Le rythme de travail des salariés, s’il n’est pas identique chaque semaine, peut être
cyclique. Cette organisation du travail prend différentes formes (2x8, 3x8 ou
autres) et nécessite souvent de travailler à des horaires atypiques (samedi,
dimanche, de nuit). Elle se rencontre plus fréquemment dans l’industrie, où plus
d’un salarié sur cinq y est soumis. Les employés des services de santé sont aussi
particulièrement astreints aux rythmes cycliques. Les entreprises ainsi organisées
offrent peu de souplesse, au quotidien, à leurs salariés (aménagement d’horaires
complexes, vacances planifiées).
Les salariés « irréguliers » sont deux fois plus nombreux que les « cycliques » et se
retrouvent dans des activités aussi variées que professions commerciales,
transporteurs routiers, officiers de l’armée et de gendarmerie ou cadres
d’entreprise. Sous leurs formes extrêmes, les rythmes irréguliers concernent plus
souvent les jeunes entrant dans la vie active.
n matière de temps de travail, les actifs se rythme de travail cyclique ou irrégulier repré-* Pierre Boisard travaille
au Centre d’études de E distinguent les uns des autres par leur vo- sentent près de 30 % des actifs occupés. Elles
l’emploi et Jean-David lume de travail, appréhendé généralement en sont loin de constituer un ensemble homogène :
Fermanian appartient à
heures sur une période de référence, mais éga- de nombreux éléments liés aux missions réali-la division Emploi de
l’Insee. lement par le rythme de ce travail. Pour chacun, sées, aux modes de production et aux condi-
les plages de travail et de repos se succèdent et tions de travail les différencient.
s’articulent différemment. Travailler en
moyenne 39 heures par semaine ne représente Les réguliers sont les actifs qui travaillent les
pas le même effort pour celui qui bénéficie mêmes jours chaque semaine et à peu près selon
d’horaires réguliers du lundi au vendredi que les mêmes horaires. En 1995, cette régularité
pour celui qui est assujetti à des rythmes irrégu- concerne une large majorité des actifs (70 %) et
liers. constitue donc la norme. Près d’un tiers des tra-
vailleurs subissent des perturbations dans leur
En fonction des réponses de chacun sur son or- rythme de travail. Celles-ci peuvent prendre di-
ganisation des périodes et horaires de travail, la verses formes : horaires variables et/ou chan-
population active se répartit en trois catégories gement hebdomadaire de jours travaillés.
Les noms et dates entre
: le rythme de travail de la première est régulier, Divers degrés existent dans la « non-régulari-parenthèses renvoient à
la bibliographie en fin celui de la deuxième est cyclique et celui de la té » des rythmes. Ainsi, de nombreux rythmes
d’article. troisième irrégulier. Les personnes qui ont un de travail sont organisés en cycle, s’étendant
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 111Tableau 1
Le rythme de travail des actifs
En %
Le nombre de jours travaillés chaque semaine est...
... variable d’une semaine
... toujours le même ... en général le même ... irrégulier
à l’autre, de façon régulière
Salariés 77,8 5,2 6,4 10,5
Non-salariés 72,6 7,5 2,2 17,7
Ensemble des actifs 77,1 5,5 5,9 11,5
Champ : ensemble des actifs occupés.
Source : enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête Emploi, 1995, Insee.
Tableau 2
Catégorie socioprofessionnelle et rythme de travail
En %
Rythme de travail
Catégorie socioprofessionnelle
Régulier Cyclique Irrégulier
Salariés 71,7 10,4 17,9
Cadres 73,1 0,7 26,2
Cadres du public 75,8 1,0 23,3
Cadres du privé 72,5 0,7 26,8
Professions de l’information, des arts et du spectacle 52,5 1,7 45,8
Enseignants, professions intellectuelles supérieures 83,8 1,0 15,1
Professions intermédiaires 68,4 10,1 21,4 intermédiaires de la santé et du travail social 50,6 28,4 21,0
Techniciens, contremaîtres 74,8 9,5 15,7
Employés 71,1 10,4 18,5
Employés civils et agents de service de la Fonction publique 67,3 18,1 14,6
Policiers et militaires 22,2 25,7 52,0
Employés de commerce 71,6 8,2 20,2
Employés des services aux particuliers 76,9 3,1 20,0
Ouvriers 72,1 15,8 12,1
Ouvriers industriels 65,9 26,2 7,9
Ouvriers artisanaux 88,0 3,8 8,2
Chauffeurs 51,2 7,9 40,8
Ouvriers agricoles 66,9 2,5 30,6
Non-salariés 58,1 0,8 41,1
Agriculteurs 46,1 0,5 53,4
Artisans 61,8 0,2 37,9
Commerçants 71,2 0,7 28,1
Chefs d’entreprise 57,7 0,0 42,3
Professions libérales 61,1 0,8 38,1
Ensemble des actifs 69,9 9,2 20,9
Champ : ensemble des actifs occupés.
Source : enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête Emploi, 1995, Insee.
112 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2sur plusieurs jours et qui se reproduit à l’identi- les non-salariés, elle constitue généralement
que : l’individu concerné est alors qualifié de « cy- une contrainte pour les salariés alors qu’elle re-
clique ». Les travailleurs ni réguliers, ni cycliques lève fréquemment d’un compromis entre vie
forment l’ensemble des irréguliers (cf. encadré 1). professionnelle et vie privée pour les non-sala-
riés. Ainsi, 92 % des non-salariés, mais seule-
ment 8 % des salariés, déterminent eux-mêmes
Les horaires des non-salariés moins leur rythme de travail, tandis que, pour 73 %
réguliers mais plus souvent choisis des salariés et seulement 6 % des non-salariés,
les horaires de travail sont déterminés par l’en-
La part d’actifs salariés qui travaillent selon un treprise, sans possibilité de modification.
calendrier hebdomadaire régulier est plus grande
que celle des non-salariés : 78 % des salariés Néanmoins, même s’ils déterminent eux-mê-
travaillent toujours le même nombre de jours mes leur rythme, les non-salariés sont plus
chaque semaine pour 73 % des non-salariés. affectés par des contraintes d’horaires que les
À l’opposé, plus de 17 % des non-salariés tra- salariés, notamment en ce qui concerne les
vaillent un nombre de jours variable d’une se- samedis et dimanches travaillés. Près d’un tiers
maine à l’autre, sans régularité apparente, des non-salariés ont travaillé quatre dimanches
alors que seuls 10 % des salariés sont concer- en février 1995 (mois précédant l’enquête) et
nés par une telle irrégularité (cf. tableau 1). plus de 60 %, quatre samedis contre respective-
De plus, 67 % des salariés ont les mêmes horai- ment 3 % et 13 % des salariés. Durant la même
res chaque jour contre seulement 57 % des période, la moitié des non-salariés n’ont tra-
non-salariés. vaillé aucun dimanche et 15 % aucun samedi,
contre respectivement 84 % et 62 % des sala-
Si l’irrégularité des rythmes de l’organisation riés. Cet écart avait déjà été constaté en 1988
hebdomadaire de travail touche plus fortement (Roth, 1990). Dans une moindre mesure, les
Encadré 1
SOURCES ET DÉFINITIONS
Les résultats statistiques de cet article ont été ob- non sur le changement d’horaire, mais sur le chan-
tenus à partir de l’enquête Durée du travail gement des jours de travail d’une période à l’autre.
complémentaire à l’enquête Emploi de mars 1995. Enfin, le cycle ne correspond pas nécessairement à
Restreint au tiers (sortant) du champ de l’enquête un multiple de semaines.
Emploi et aux seuls actifs occupés, l’échantillon
compte 21 331 observations dont 18 435 pour les Les irréguliers, quant à eux, sont les actifs dont le
salariés. En fonction des rythmes de travail décla- nombre de jours travaillés et/ou les horaires de tra-
rés par les individus, chaque actif interrogé est vail changent de manière non régulière, sans même
classé dans une des trois catégories : actifs régu- obéir à un cycle.
liers, cycliques ou irréguliers.
Pour chacune de ces trois sous-populations, les
Les rythmes de travail modes de description des horaires de travail ont
alors été différenciés : description d’une semaine
Les réguliers sont définis ainsi : leurs jours de travail de travail habituelle pour les réguliers, description
sont, en général, les mêmes d’une semaine sur l’au- d’un cycle total de travail pour les cycliques, durée
tre, ou bien le nombre de jours travaillés chaque hebdomadaire moyenne sur le dernier mois pour
semaine est variable d’une semaine à l’autre, mais les irréguliers. Une durée du travail hebdomadaire
de façon régulière et sans que les rythmes de travail habituelle peut être calculée pour 92 % des actifs.
soient organisés en cycles s’étendant sur plusieurs Concernant les réguliers, elle résulte directement
jours. De plus, les horaires de travail sont les mêmes de la description de la semaine de travail habi-
tous les jours, ou bien sont différents d’un jour à l’au- tuelle ; pour les autres, elle provient de l’horaire
tre mais identiques d’une semaine à l’autre. hebdomadaire habituel (en heures) déclaré dans le
volet principal de l’enquête Emploi de 1995. Ainsi,
Par définition, les cycliques possèdent un rythme les deux tiers des irréguliers déclarent avoir une du-
de travail organisé en cycle de plusieurs jours ou rée habituelle de travail, ce qui peut surprendre. En
des horaires alternants. L’exemple le plus classique fait, l’irrégularité« extrême » ne concerne qu’une
est celui des salariés qui travaillent par équipes minorité des irréguliers. Par ailleurs, on ne peut
successives. Ainsi, certains en « 2x8 » écarter l’hypothèse que certains salariésdéclarent,
alternativement, de 6 heures à 14 heures une se- dans l’enquête Emploi, un horaire moyen, sans
maine, et de 14 à 22 l’autre doute relativement approximatif et non un horaire
semaine. Le cycle peut être plus complexe, s’éten- habituel, lorsque cette dernière notionnes’applique
dre sur 3, 4, 5 semaines ou plus. Il peut aussi jouer pas strictement à leur rythme de travail.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 113travailleurs non salariés sont aussi plus fré- l’activité : ouverture des magasins le week-
quemment contraints de travailler la nuit (15 % end, travaux artisanaux chez des particuliers le
des non-salariés, 10 % des salariés). samedi, travaux agricoles liés aux rythmes des
saisons, etc. Les salariés supportent moins
Les rythmes cycliques touchent moins d’un actif d’horaires de travail atypiques, mais ne peu-
sur dix (1), mais pratiquement aucun non-salarié. vent pas choisir librement leur rythme. Les rap-
En revanche, plus de deux non-salariés sur cinq ports au temps de travail des salariés et
ont des rythmes de travail irréguliers, contre non-salariés diffèrent trop pour que ces deux
moins d’un salarié sur cinq (cf. tableau 2). populations soient étudiées ensemble. Aussi le
champ de l’étude est-il restreint, pour la suite,
L’organisation du temps de travail des non- aux seuls salariés.
salariés est donc plus marquée par l’irrégularité
et comporte un plus grand nombre de samedis
et dimanches travaillés (cf. encadré 2). Toutefois,
ces contraintes sont généralement choisies ou, Des horaires de travail plus
plus exactement, ne sont pas imposées dans un réguliers pour les femmes
rapport de subordination mais liées à la nature de
n premier lieu, l’irrégularité des rythmesE de travail des salariés concerne plus fré-
Tableau 3 quemment les hommes que les femmes : 21 %
Le rythme de travail des salariés d’entre eux ont un rythme irrégulier et seule-
En % ment 15 % des femmes (cf. tableau 3). Ce cons-
Rythme de travail tat subsiste à catégorie socioprofessionnelle,
secteur d’activité, fonction dans l’entreprise et
Cyclique Irrégulier Régulier autres caractéristiques identiques (cf. annexe).
Cette moindre propension des femmes à l’irré-
Sexe
gularité est accentuée par la présence d’enfants
Hommes 11,6 20,6 67,8
de moins de 6 ans : les mères cherchent à harmo-
Femmes 9,7 14,9 75,4
niser leur rythme de travail professionnel et les
Âge rythmes de vie réguliers des enfants. Cette préfé-
De 15 à 24 ans 12,9 18,6 68,5 rence féminine pour la régularité demeure, indé-
De 25 à 39 ans 11,0 19,3 69,7 pendamment de la présence d’enfants.
De 40 à 49 ans 10,8 17,3 71,9
De 50 à 59 ans 9,1 15,2 75,8
Plus de 60 ans 6,4 14,6 79,0 Un rythme plus souvent cyclique
pour les jeunes...
Ancienneté dans l’entreprise
Moins d’un an 9,5 20,5 70,0
Les salariés les plus jeunes sont, proportionnel-
De 1 à 2 ans 7,8 18,9 73,3
lement, plus nombreux à travailler selon des
De 2 à 5 ans 9,9 19,7 70,4
rythmes cycliques et, de manière moindre, se-
De 5 à 10 ans 10,0 18,4 71,6
lon des rythmes irréguliers (2). Souvent syno-
De 10 à 20 ans 12,4 16,6 71,0
nymes de travail de nuit et de changements
Plus de 20 ans 11,8 14,9 73,3
fréquents dans les rythmes biologiques, ces
Statut rythmes irréguliers sont sources de fatigue
Intérimaires 30,4 12,2 57,3 supplémentaire ; ils se concentrent donc sur
CDD du secteur privé 10,2 21,9 67,9
Autres salariés du secteur privé 10,4 17,4 72,3
1. Selon l’enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête
Salariésduprivé 10,1 17,4 72,5
sur l’activité et les conditions d’emploi de la main-d’œuvre
À temps plein 10,9 16,3 72,8 (Acemo) de 1986, réalisée auprès des établissements de plus
de 10 salariés,12% des salariés travaillaient en équipesÀ temps partiel 5,6 24,0 70,5
successives (Molinié, 1989). On ne peut cependant pas en
Salariésdel’Étatetdes
conclure,qu’entre 1986 et 1995, la part de salariés concernéscollectivités locales 10,4 17,9 71,7
par ces rythmes de travail a diminué car le champ des enquêtes
À temps plein 11,2 17,2 71,6 et leur méthodologie diffèrent. L’enquête Acemo surévalue
À temps partiel 6,3 21,3 72,3 l’importance du travail posté dans la mesure où elle ignore les
salariés des établissements de moins de 10 salariés qui sontles
Champ : ensemble des salariés. moins touchés par ce mode d’organisation.
Source : enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête 2. Ce dernier effet ne subsiste plus « toutes choses égales par
Emploi, 1995, Insee. ailleurs ».
114 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2ceux possédantapriori les meilleures capacités agricoles (cf. encadré 3). Quelques professions
physiques. À l’inverse, près de 80 % des plus de se caractérisent par la présence d’une très forte
60 ans bénéficient d’un rythme régulier contre proportion de réguliers : les instituteurs, les
moins de 70 % des moins de 40 ans. Comme s’ils employés administratifs d’entreprise et les ou-
étaient une condition d’entrée dans l’entreprise, vriers de type artisanal.
les rythmes irréguliers diminuent avec l’an-
cienneté : plus de 20 % des salariés ayant moins
Instabilités du statut et des horairesd’un an d’ancienneté suivent des rythmes irré-
guliers contre moins de 15 % de ceux qui ont ne sont pas forcément liées
plus de 20 ans d’ancienneté.
Les intérimaires, fréquemment en poste dans
l’industrie, sont particulièrement nombreux à
... et pour les employés de la santé, travailler selon des rythmes cycliques. Leur
de la sécurité et les ouvriers probabilité d’être cycliques est presque trois
fois supérieure à la moyenne des salariés. Ils
Toutes les catégories socioprofessionnelles ne sont, en revanche, moins susceptibles d’être as-
sont pas touchées de la même manière par les treints à des rythmes irréguliers, contrairement
rythmes cycliques et irréguliers. L’irrégularité aux salariés en contrat à durée déterminé
concerne un plus grand nombre de cadres tan- (CDD) pour lesquels la fréquence de ce rythme
dis que les ouvriers ont un travail plus fréquem- de travail est supérieure à ce qu’elle est dans
ment cyclique (cf. tableau 2). Plus précisément, les autres catégories statutaires (cf. tableau 3).
les rythmes cycliques relèvent de modes d’or- En fait, les apprentis, les titulaires de contrat
ganisation spécifiques à certains secteurs in- aidé ou les stagiaires ont, toutes choses égales
dustriels ou tertiaires et se concentrent dans les par ailleurs, une moindre tendance à l’irrégu-
professions intermédiaires de la santé et du tra- larité.
vail social (28 %), les ouvriers de l’industrie
(26 %), les pompiers, policiers ou militaires Relativement aux salariés à temps plein, ceux à
(26 %) et les employés civils et agents de ser- temps partiel sont presque deux fois moins
vice de la Fonction publique (18 %). Ces pro- nombreux à travailler selon des rythmes cycli-
fessions, qui représentent moins de 30 % des ques mais sont plus touchés par les rythmes
salariés, regroupent les deux tiers des tra- irréguliers, particulièrement dans le secteur pri-
vailleurs cycliques (cf. tableau 4). Les rythmes vé. La forte féminisation des travailleurs à temps
irréguliers, moins concentrés que les rythmes partiel ne peut expliquer cette répartition des
cycliques, se rencontrent toutefois plus fré- rythmes de travail, car les femmes sont moins
quemment parmi les professions intermédiai- concernées par les rythmes irréguliers que les
res administratives et commerciales des hommes. De surcroît, il existe bien un effet pro-
entreprises (VRP), les policiers et militaires pre du temps partiel sur les rythmes, accentué
(52 %), les chauffeurs (41 %) et les ouvriers lorsque celui-ci est contraint (cf. annexe).
Tableau 4
Les professions de rythme cyclique
Répartition des cycliques selon le rythme de travail
(en %)Ensemble Irréguliers Cycliques
(en milliers) en milliers) (en milliers) Variables
2x8 2x8 bis 3x8 3x8 bis Autres
jours
Infirmiers, sages-femmes, aides-soignants 594 136 301 10,7 27,8 4,4 12,4 31,5 13,2
Agents de service hospitaliers 247 57 96 16,5 15,4 6,5 7,8 33,0 20,9
Agents de police, pompiers 144 25 75 5,3 11,9 16,8 25,7 21,9 18,4
Agents de sécurité 102 27 43 6,4 20,7 3,4 17,2 38,7 13,6
Ouvriers de type industriel 2 327 186 613 57,9 7,3 16,3 13,0 3,9 1,5
Ensemble des salariés 17 160 3 072 1 783 33,6 15,0 10,6 13,6 16,5 10,7
Lecture : les agents de sécurité cycliques sont 43 000 ; 6,4 % d’entre eux sont 2x8.
Champ : ensemble des salariés.
Source : enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête Emploi, 1995, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 115Encadré 2
LES NON-SALARIÉS
DES RYTHMES DE TRAVAIL PLUS SOUVENT IRRÉGULIERS
Les non-salariés se distinguent, à plus d’un titre, En revanche, le travail dit « atypique » est ici la
des autres actifs. Tout d’abord, une faible majorité norme. Ainsi 89 % des non-salariés travaillent habi-
d’indépendants seulement déclarent avoir un rythme tuellement ou occasionnellement le samedi et 58 %
de travail régulier, alors que 41 % d’entre eux ont un le dimanche. Le travail habituel, ces jours-là,est
rythme irrégulier (54 % parmi les agriculteurs, seule- plus fréquent pour les réguliers que pour les irrégu-
ment 28 % des commerçants, ces derniers étant liés liers (cf. tableau B). Ces plages de travail
aux horaires d’ouverture de leur magasin), contre atypiques, surtout lorsqu’elles sont habituelles, con-
18 % pour les salariés. En effet, les jours de travail cernent moins les artisans et les chefs d’entreprise
et les horaires de certaines catégories d’indépen- que les autres non-salariés.
dants sont bien souvent déterminés par eux-mêmes
et fluctuent au gré de l’activité. Toutefois, une grande
partie des artisans et commerçants de l’alimentation
déclarent avoir un rythme régulier.
Tableau A
Les durées de travail hebdomadaires des non-sala-
L’irrégularité des non-salariés
riés sont, en général, très élevées, mais difficiles à
En %estimer et à comparer avec celles des salariés. La
sphère familiale interfère avec la sphère profession-
Répartition des irréguliers selon
nelle, créant une source d’irrégularité supplémentaire, leur rythmes de travail
particulièrement pour les agriculteurs. En pratique, il est
difficile de distinguer des traits caractéristiques des Irréguliers Irréguliers Totalement
actifs irréguliers non-salariés. Néanmoins, les horaires jours irréguliers
« irréguliers-horaires » regroupent une grande par-
tie des indépendants irréguliers : 54 % des Agriculteurs 54,0 7,4 38,6
agriculteurs, 53 % des commerçants (en particulier
Artisans 47,1 7,4 45,5
patrons d’hôtels, cafés et restaurants), 60 % des
Commerçants 52,8 11,4 35,8chefs d’entreprise, la majorité des professions libé-
rales (médecins généralistes, avocats), mais Chefs d’entreprises 60,3 0,0 39,7
également des transporteurs routiers et des gara-
Professions libérales 53,4 8,2 38,4
gistes (cf. tableau A). Ces catégories d’actifs
travaillent fréquemment 6 ou 7 jours par semaine Ensemble des non-salariés 49,6 8,0 42,4
de manière habituelle, et leur irrégularité est due
aux variations d’horaires. L’irrégularité des jours tra- Champ : ensemble des actifs non salariés .
vaillés, peu répandue parmi les indépendants, ne Source : enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête
touche que 7 à 8 % des indépendants irréguliers. Emploi, 1995, Insee.
Tableau B
Les non-salariés travaillent souvent le week-end
En %
Part dans les
Habituel Occasionnel Jamais
non-salariés
Travail le samedi
Ensemble des non-salariés 612811 100
Réguliers 70 18 12 58
Irréguliers 49 42 9 41
Irréguliers-horaires 63 30 7 20
Irréguliers-jours 49 38 13 4
Totalement-irréguliers 31 58 11 17
Travail le dimanche
Ensemble des non-salariés 292942 100
Réguliers 34 19 47 58
Irréguliers 22 43 35 41
Irréguliers-horaires 32 34 34 20
Irréguliers-jours 21 41 38 4
Totalement-irréguliers 12 52 36 17
Champ : ensemble des actifs non salariés .
Source : enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête Emploi, 1995, Insee.
116 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Les salariés cycliques se trouvent avant tout sur quatre travaille de manière irrégulière dans
dans les grandes entreprises. Ils représentent les transports, les services aux particuliers, les
17 % des salariés des sociétés de plus de 100 hôtels et restaurants, les activités récréatives,
salariés, alors que les firmes de moins de 20 culturelles et sportives et l’administration
salariés n’en comptent que 5 % : avoir une orga- publique. Cette dernière est le premier em-
nisation en équipes successives, pour accroître ployeur de salariés irréguliers : 16 % des per-
les rendements et la durée d’utilisation du capi- sonnes ayant un rythme irrégulier sont
tal, nécessite un appareil de production d’une employées par l’administration publique, soit
certaine taille, donc une entreprise relativement le quart de ses effectifs. Le secteur de la santé et
grande. La part de salariés irréguliers est, quant de l’action sociale et celui des transports sont les
à elle, indépendante de la taille de l’entreprise. seuls où l’on trouve, simultanément, un grand
nombre de travailleurs à rythme cyclique et à
rythme irrégulier. En général, dans une activité,
Les salariés cycliques : rythmes cyclique et irrégulier ne vont pas de pair.
plus nombreux dans les services,
plus fréquents dans l’industrie
Des astreintes plus strictes
Six salariés cycliques sur dix travaillent dans le pour les cycliques
secteur tertiaire. Ce résultat semble aller à l’en-
Le travail salarié s’accompagne de contraintescontre de l’image du travail à la chaîne, en équi-
de temps plus ou moins fortes, liées notammentpes successives, que le terme « cyclique »
aux caractéristiques de l’activité et de l’organi-véhicule. Toutefois, le travail en rythme cycli-
sation productive. Certains salariés peuvent fa-que est plus concentré dans les activités indus-
cilement s’absenter quelques minutes, voiretrielles : un salarié de l’industrie sur cinq
quelques heures, tandis que d’autres sont rivéstravaille à ce rythme, contre un sur dix dans les
à leur poste de travail sans possibilité d’en par-services. Dans ce secteur, le travail cyclique
tir sans se faire remplacer. Être cyclique ou ir-concerne essentiellement le domaine de la san-
régulier s’accompagne de contraintes de natureté et de l’action sociale, qui regroupe plus du
différente.quart des travailleurs cycliques. Dans l’indus-
trie, le secteur des bien intermédiaires emploie
Les contraintes de temps sont les plus rigoureu-21 % des cycliques et l’automobile trois fois
ses pour les salariés cycliques. Ainsi, deux tiersmoins. Cette tertiarisation des rythmes cycliques
d’entre eux sont soumis à des contrôles d’horai-traduit, en fait, le déclin relatif de l’emploi indus-
res alors que cette pratique ne concerne qu’untriel et la montée de l’emploi tertiaire. Cependant, le
tiers des salariés irréguliers et réguliers (cf. ta-recours au rythme cyclique reste élevé dans cer-
bleau 5). De plus, pour plus de neuf salariés cy-taines branches industrielles, dont l’automobile
cliques sur dix, les horaires de travail sontoù il concerne plus de quatre salariés sur dix.
déterminés par l’entreprise sans possibilité de
modification ; cette contrainte n’est imposéeLa pharmacie est le seul secteur industriel qui a
qu’aux trois quarts des salariés réguliers et à lafréquemment recours au rythme de travail irré-
moitié des salariés irréguliers ; un quart de cesgulier (27 %). Ce rythme concerne principale-
derniers déterminent eux-mêmes leurs horaires.ment le secteur tertiaire : plus d’une personne
Encadré 3
LES PROFESSIONS LES PLUS CONCERNÉES PAR LES RYTHMES DE TRAVAIL IRRÉGULIERS
Une analyse des trois catégories de salariés(régu- d’études, les cadres de gestion courante), la majo-
liers, cycliques et irréguliers) selon la nomenclature rité des cadres techniques (sauf les chargés
socioprofessionnelle (PCS) à 4 chiffres fait apparaî- d’études, de recherche et les cadres de la produc-
tre un nombre relativement important de salariés tion et de la distribution de l’eau et de l’énergie), les
irréguliers dans des professions qui n’ont peut-être moniteurs sportifs, les sages-femmes, les techni-
que ce critère en commun : tous les indépendants, ciens médicaux, les ambulanciers, les éducateurs,
les salariés de la haute Fonction publique (surtout le clergé séculier, les inspecteurs de police, les mi-
les militaires et magistrats), les enseignants et cher- litaires, les représentants de commerce, les agents
cheurs du supérieur, les professions de l’information, roulants SNCF, les gardes-forestiers, les hôtesses
des arts et du spectacle (sauf les bibliothécaires), de l’air, les caissières, les dockers, les chauffeurs,
presque tous les cadres administratifs et commer- les conducteurs de bus et métro, les marins-pê-
ciaux des entreprises (sauf l’audit, les chargés cheurs et les ouvriers de l’élevage.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 117Tableau 5
Contraintes et détermination du temps de travail
En %
Rythme de travail
Ensemble
Cyclique Irrégulier Régulier
Contraintes de temps
Soumis à des contrôles d’horaires 62,4 36,5 37,9 40,2
Absence de quelques minutes impossible 25,2 17,8 15,5 17,0
Absence de heures impossible 32,0 22,8 19,4 21,4
Travailler...
... habituellement le samedi 22,9 21,2 18,5 19,5
... certains samedis 52,4 50,5 20,7 29,4
... habituellement le dimanche 15,0 8,4 3,5 5,6
... certains dimanches 35,9 38,6 11,5 19,0
... habituellement la nuit 17,4 4,0 2,0 4,0
... certaines nuits 24,0 25,0 4,8 10,5
... habituellement le soir (1) 28,3 10,3 4,1 7,8
... certains soirs 44,2 47,5 14,1 23,2
Détermination des horaires
Déterminés par l’entreprise sans possibilité de modification 91,4 53,6 74,6 72,6
Choix entre plusieurs horaires fixes proposés par l’entreprise 6,1 7,4 8,9 8,3
Horaires à la carte 1,9 15,1 11,2 11,0
Horaires déterminés par l’individu lui-même 0,6 23,9 5,3 8,1
1. Entre 20 heures et minuit.
Champ : ensemble des salariés occupés.
Source : enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête Emploi, 1995, Insee.
Tableau 6
Heures supplémentaires, modulation et annualisation du temps de travail
En %
Rythme de travail
Ensemble
Cyclique Irrégulier Régulier
Heures supplémentaires (1)
Jamais 47,3 39,2 49,7 47,6
Rarement 27,8 13,0 22,3 21,3
Souvent 16,3 23,6 15,4 16,9
Toujours 8,6 24,2 12,6 14,2
Modulation-annualisation (2)
Accord de modulation 27,7 11,6 18,3 17,6
Accord d’annualisation 11,8 5,8 7,6 7,6
Existence d’un accord 39,5 17,4 25,9 25,2
1. « Au cours des 12 derniers mois, avez-vous effectué des heures supplémentaires ? ».
2. Pour les salariés dont l’entreprise peut faire varier le temps de travail hebdomadaire, selon son niveau d’activité.
Lecture : parmi les salariés cycliques susceptibles de connaître une variation de leur temps de travail hebdomadaire selon le niveau
d’activité de l’entreprise, 27,7% se déclarent concernés par un accord de modulation.
Champ : ensemble des salariés occupés.
Source : enquête Durée du travail complémentaire à l’enquête Emploi, 1995, Insee.
118 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Les irréguliers bénéficient donc de plus de lati- supplémentaires est corroborée par les résultats
tude dans la détermination de leurs horaires. de l’enquête Acemo de 1994, effectuée auprès
Cependant, comme pour les indépendants, des établissements de plus de 10 salariés : près
cette liberté a un prix (cf. infra). De même, les d’un établissement sur deux du secteur mar-
possibilités d’absence sont fortement différen- chand non agricole a eu recours aux heures sup-
ciées selon le type d’horaires pratiqué. Les plémentaires en 1994 et, au sein de ces
salariés irréguliers et réguliers peuvent, plus établissements, la moitié des salariés perma-
facilement que les salariés cycliques, s’absen- nents à temps complet ont effectué des heures
ter quelques minutes ou quelques heures. Le supplémentaires. Au total, un peu plus du quart des
travailleur cyclique se distingue donc par la salariés permanents à temps complet effectuent des
contrainte permanente liée au poste occupé : heures supplémentaires (Le Corre, 1998).
machines à alimenter, production ou personnes
à surveiller, soins à assurer, etc. Les salariés cy- Au-delà du fait qu’ils ne sont pas mesurés sur la
cliques sont également plus contraints pour le même période, il est difficile de comparer direc-
choix de leurs dates de vacances. Ils ne sont que tement les dépassements des durée habituelles
42 % à pouvoir partir en vacances à peu près et les heures supplémentaires. En effet, dans le
quand ils le veulent, contre 47 % des salariés premier cas, il s’agit d’un dépassement excep-
irréguliers et réguliers. tionnel qui n’entraîne pas nécessairement
d’heures supplémentaires (par exemple, sans
Travailler le samedi, le dimanche ou la nuit, dépassement de l’horaire légal) ; dans le second,
donc en dehors des plages usuelles, est considé- certaines heures supplémentaires peuvent être
ré comme une contrainte et un élément de péni- incluses dans l’horaire habituel. Ainsi un ho-
bilité. Les salariés travaillant selon un rythme raire habituel de 40 heures par semaine com-
régulier sont relativement épargnés par ces ho- porte des heures supplémentaires. Les horaires
raires atypiques. Dans l’ensemble, les cycli- cycliques se caractérisent par une plus grande
ques connaissent plus d’astreintes de ce type, régularité des durées et par une moindre pro-
en particulier pour le travail habituel le diman- pension aux heures supplémentaires. En revan-
che et la nuit. Toutefois, de nombreux irrégu- che, les rythmes irréguliers entraînent des
liers doivent travailler certains dimanches et dépassements de l’horaire habituel et se tradui-
certaines nuits (cf. tableau 5). sent par des heures supplémentaires pour la
plupart des salariés qui en relèvent.
Dépassements de l’horaire habituel ou
Les cycliques font mieux valoirlégal plus fréquents pour les irréguliers
leurs droits à compensation
Durant le mois de février 1995, le dépassement
de la durée habituelle du travail a touché un D’après les déclarations des salariés interrogés,
quart dessalariés(3),maisplusd’untiersdes ces heures supplémentaires ne donnent droit à
salariés irréguliers et seulement 20 % des sala- compensation que pour la moitié d’entre elles.
riés cycliques. L’organisation du travail de ces Les salariés cycliques font mieux valoir leurs
derniers impose une régularité, généralement droits que les salariés irréguliers : 70 % des pre-
incompatible avec les dépassements de temps miers, contre 42 % des seconds, touchent une
de travail. Au contraire, le rythme irrégulier de compensation pour leurs heures supplémentai-
certains salariés se prête bien à cette souplesse. res. La très grande majorité des cadres répon-
dent que les heures qu’ils effectuent au-delà de
Par ailleurs, la durée du travail hebdomadaire l’horaire légal ne donnent pas lieu à compensa-
effective d’un salarié peut excéder la durée du tion ; implicitement une grande partie des ca-
travail légale (39 heures au moment de l’en- dres « forfaitisés » (4) ne considèrent donc pas
quête) ou conventionnelle. Le salarié effectue que leurs heures supplémentaires, reconnues
alors des heures supplémentaires, sauf si ce dé- par l’employeur dans le contrat, couvrent le dé-
passement horaire se place dans le cadre d’un passement de l’horaire légal. De plus, six sala-
accord de modulation. Ainsi, près de la moitié riés sur dix de professions, pour lesquelles
des irréguliers ont effectué « régulièrement »
des heures supplémentaires, entre février 1994
3. Pour des résultats sur le champ des salariés du privé à temps
et février 1995 (cf. tableau 6). Sur cette période, complet non cadres, cf. Bloch (1998).
4. Le forfait est un mode de paiement qui permet de rémunérerprès d’un salarié sur trois a dépassé fréquem-
quelqu’unsurlabased’unhorairemoyencomprenantlevolume
ment la durée hebdomadaire légale ou conven-
d’heures supplémentaires qu’il est amené à effectuer chaque
tionnelle. L’ampleur du recours aux heures semaine.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 119l’horaire légal ne constitue pas une référence en en horaires cycliques, organisation du temps
matière d’organisation du travail (représen- plus répandue dans la grande industrie, sont les
tants de commerce, policiers et militaires, em- plus couverts par ce type d’accords (40 %
ployés des services aux particuliers), déclarent d’entre eux contre 17 % des salariés irréguliers)
également ne pas être concernés par une quel- (cf. tableau 6).
conque compensation. Lorsqu’une compensa-
tion existe, majoration de rémunération et
... les cycliques connaissent moins derepos compensateur sont utilisés par l’em-
ployeur avec une fréquence équivalente. fluctuations d’horaires imprévues
Les heures supplémentaires, par définition effec- La principale contrainte qui affecte les salariés
tuées au-delà de l’horaire légal, peuvent ou non irréguliers est évidemment l’irrégularité des
être habituelles. Ainsi, 24 % des salariés ayant rythmes, qui se manifeste notamment par l’im-
une durée de temps de travail « habituelle » possibilité de déclarer un horaire habituel de
déclarent travailler au moins 40 heures par travail (qui, pour eux, signifierait plus un ho-
semaine. En conséquence, ces salariés dépas- raire hebdomadaire moyen). Ils sont 28 % dans
sent la durée hebdomadaire légale et effectuent ce cas contre 7 % des salariés en rythme cycli-
« habituellement » des heures supplémentaires. que et 3 % de ceux en rythme régulier. En outre,
Ceci touche plus particulièrement les salariés les salariés irréguliers sont soumis à des durées
irréguliers. Ainsi, parmi les salariés déclarant du travail élevées comportant des heures sup-
un horaire habituel, 35 % des irréguliers, et seu- plémentaires pouvant aller, pour certains, au-
lement 18 % des cycliques, travaillent plus de delà des limites légales. Ainsi, 16 % de ces
40 heures par semaine. salariés ont des durées du travail habituelles su-
périeures au plafond légal de 48 heures maxi-
13 % des salariés ont déclaré ne pas avoir tra- mum par semaine.
vaillé au cours de la semaine précédant l’en-
quête. Parmi ceux qui ont travaillé, une partie a En définitive, les rythmes cycliques et irrégu-
dépassé la durée légale et effectué des heures liers concernent des catégories de salariés bien
supplémentaires. Encore une fois, les salariés distinctes et impliquent des contraintes de nature
irréguliers sont les plus nombreux dans ce cas : différentes. De manière schématique, on peut
plus de la moitié d’entre eux ont effectué des avancer que les rythmes cycliques concernent
heures supplémentaires, mais seulement 29 % des ouvriers de la grande industrie (et dans le
parmi les cycliques et 28 % parmi les réguliers. public, les infirmiers) et les rythmes irréguliers
s’appliquent aux cadres et à certaines profes-
sions (commerciaux, routiers, policiers et mili-
Plus concernés par les accords taires). Les rythmes cycliques se traduisent par
d’aménagements du temps de travail, ... un contrôle étroit et une faible possibilité de
choix dans les horaires, les dates de vacances et
Les variations de la durée du travail peuvent une interdiction de s’absenter, ne serait-ce que
être de caractère exceptionnel et imprévu, ou quelques minutes, de son poste de travail. En
répondre à un calendrier plus ou moins prévisi- revanche, ces salariés sont, pour la plupart, peu
ble. Cette fluctuation de la durée du travail con- concernés par les heures supplémentaires et
cerne désormais 14 % de salariés. Les salariés subissent peu de variations imprévues de leurs
irréguliers sont les plus touchés : 22 % d’entre horaires. À l’inverse, les rythmes irréguliers
eux connaissent des variations d’horaires de impliquent souvent des durées du travail éle-
travail, contre 16 % des salariés cycliques et vées mais une plus grande possibilité de choix
11 % des salariés réguliers. En principe, cette et une plus grande liberté dans l’organisation
variation du temps de travail en fonction du du travail. Cette opposition entre les conditions
niveau d’activité devrait être encadrée par un des salariés connaissant des rythmes cycliques
accord de modulation ou d’annualisation du et ceux qui subissent des r irréguliers
temps de travail. Or, selon les déclarations des recouvre, en partie, la distinction déjà observée
salariés, ces accords n’existent que pour un parmi les ouvriers, à partir de l’enquête complé-
quart d’entre eux ; toutefois, près d’un salarié mentaire sur les conditions de travail de 1984,
sur trois ne sait pas s’il est concerné par un tel entre ceux qui sont employés dans les activi-
accord. Cette ignorance relativise donc la vali- tés industrielles taylorisées et ceux qui, placés
dité des taux de réponses et traduit les déficien- au service d’une clientèle, sont soumis aux
ces de l’information sur ce sujet dans les fluctuations irrégulières de la demande (Kra-
entreprises. Parmi les répondants, les salariés marz, 1986).
120 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2

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