Les salaires en Haute-Normandie : La Haute-Normandie, troisième région de province pour les salaires.

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La Haute-Normandie figure parmi les régions où les salaires moyens sont les plus élevés, grâce notamment à l'implantation de certaines industries comme la chimie, le raffinage du pétrole ou la construction automobile et aéronautique ainsi qu'à la forte représentation des grands établissements. Si cette situation caractérise la vallée de la Seine, les zones rurales où prédominent les industries des biens intermédiaires sont moins favorisées. Les qualifications de la main-d'oeuvre, qui sont généralement moins élevées dans la région, limitent les effets favorables sur les salaires.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 28 - Octobre 2003
Lettre
statistique
et
économique
de Haute-Normandie
UNE STRUCTURE ÉCONOMIQUE
LES SALAIRES EN HAUTE-NORMANDIEPLUTÔT FAVORABLE AUX SALARIÉS
La Haute-Normandie,
Il est tout à fait possible que le salaire
moyen d’une région soit moins élevé troisième région de province
qu’ailleurs alors que les salariés de cette
pour les salairesrégion sont mieux payés que dans les
autres. Ce paradoxe apparent s’explique
souvent par une structure économique Martial MAILLARD
tout à fait spécifique à la région.
Ainsi, de nombreux effets de structure
vec un salaire horaire moyen (1),peuvent jouer sur les moyennes : la struc- La Haute-Normandie figure
ture par secteur d’activité, par taille d’éta- A net de prélèvements sociaux, deparmi les régions où les salaires
blissement, par sexe des actifs, par âge 9,61 € en 2000, la Haute-Normandie se
moyens sont les plus élevés,des actifs, par qualification des actifs, et place au troisième rang des régions de
j’en passe. grâce notamment à province (2), derrière Rhône-Alpes
Tous ces effets peuvent jouer en même l’implantation de certaines (9,79 €) et l’Alsace (9,66 €). Ces dispari-
temps et ils ne sont, hélas, pas complète-
tés renvoient à des différences de struc-industries comme la chimie, le
ment indépendants les uns des autres.
tures économiques régionales. Ellesraffinage du pétrole ou laRevenons à la Haute-Normandie : le sa-
dépendent notamment des répartitionslaire horaire y est supérieur de 0,33 euros construction automobile et
sectorielles et de la taille des établisse-à la moyenne de la province. Cet écart
aéronautique ainsi qu’à la forte ments, ainsi que des répartitions parpositif s’explique en grande partie par
représentation des grands qualification, expérience et sexe de latrois principaux facteurs :
main-d’oeuvre. On peut évaluer dans1) les secteurs d’activité présents en établissements. Si cette
Haute-Normandie, globalement, versent quelle mesure ces différents facteurs ex-situation caractérise la vallée de
plutôt de bons salaires (+0,20 euros) ;
la Seine, les zones rurales où2) les tailles d’établissements sont plutôt
(1) Dans cet article, on étudie les salaires moyens plutôtfavorables (+0,09 euros) ; prédominent les industries des que les salaires médians car l’analyse statistique qui suit
3) les faibles qualifications de la région (décomposition des écarts de salaires en effets structurelsbiens intermédiaires sont moins et résiduels) est basée théoriquement sur la moyenne.tirent les salaires vers le bas (-0,11 euros).
Les classements respectifs des régions et des zonesfavorisées. Les qualifications deOn remarquera cependant que les écarts d’emploi ne varient pas fondamentalement selon qu’on re-
tient l’un ou l’autre de ces indicateurs.entre zones d’emploi sont importants, et la main-d’œuvre, qui sont
que, seules quatre zones de la région sur (2) Le salaire horaire moyen francilien (12,91€) est trèsgénéralement moins élevées
nettement supérieur à celui de toutes les régions de pro-treize ont des salaires moyens supérieurs
vince, dont la moyenne est de 9,28 €. De ce fait, ladans la région, limitent lesà ceux de la province (Lillebonne, Le Haute-Normandie est comparée à la France de province
Havre, Rouen et Vernon), mais elles effets favorables sur les salaires. (donc hors Ile-de-France) plutôt qu’à la France entière.
pèsent lourd : encore un effet de
structure… SALAIRES HORAIRES MOYENS PAR RÉGION EN 2000
Jean LEMATTRE
Ile-de-France
Chef du service des études et de la diffusion Rhône-Alpes
Alsace
Haute-Normandie
Provence-Alpes-Côte d’Azur
Midi-Pyrénées
Nord-Pas-de-Calais
France de province
Centre
Lorraine
AquitaineS O MM A IRE
Picardie
Champagne-Ardenne
Franche-Comté
SOCIÉTÉ Pays de la Loire
Languedoc-RoussillonLES SALAIRES EN HAUTE-NORMANDIE
CorseLa Haute-Normandie, troisième région
Bourgognede province pour les salaires . . . . . . . . . . . . . . . 1
Poitou-Charentes
Auvergne
LES FAMILLES MONOPARENTALES EN HAUTE-NORMANDIE
Limousin
Des familles qui se concentrent en ville . . . . . . 4
Bretagne
Basse-Normandie
ANALYSES CONJONCTURELLES 02468 10 12 14
L’EMPLOI SALARIÉ AU 1er TRIMESTRE 2003
Stabilité de l’emploi en début d’année . . . . . . . 6 Source : INSEE - DADS validité 2000 Unité : euro
SOCIÉTÉÉCARTS STRUCTURELS DE SALAIRES HORAIRES DANS LES RÉGIONS DE PROVINCE EN 2000pliquent les disparités de salaires offerts
Écart structurelentre régions. A cette fin, l’écart constaté
Par secteur Par niveau Par tailleentre le salaire horaire moyen d’une
Écart d’activité de d’établisse- Ensemble
région et la moyenne de province peut observé (NAF 700) qualification ment Par âge Par sexe des facteurs
être décomposé en “effet de structure” Rhône-Alpes 0,51 0,14 0,35 -0,06 -0,01 0,01 0,40
Alsace 0,38 0,08 0,10 0,08 -0,10 0,00 0,25d’une part et “effet résiduel” d’autre part.
Haute-Normandie 0,33 0,20 -0,11 0,09 0,02 0,03 0,20
Le premier mesure l’influence de la ré- Provence-Alpes-Côte d’Azur 0,31 0,00 0,23 -0,12 0,07 -0,02 0,24
Midi-Pyrénées 0,09 0,17 0,28 -0,04 0,04 -0,02 0,17partition d’un ou d’une combinaison de
plusieurs des facteurs précités. Cet effet Nord-Pas-de-Calais 0,04 0,08 -0,06 0,13 -0,05 0,07 0,05
Centre -0,02 -0,01 -0,05 0,06 0,01 -0,02 -0,05représente la différence entre le salaire
Lorraine -0,08 -0,04 -0,16 0,10 0,00 0,03 -0,11
moyen observé dans une région et le sa- Picardie -0,14 -0,05 -0,21 0,08 -0,02 0,03 -0,15
laire moyen théorique qu’on constaterait Aquitaine -0,14 0,00 0,00 -0,07 0,03 -0,03 -0,04
Champagne-Ardenne -0,15 -0,06 -0,18 -0,01 0,07 0,02 -0,12si la région possédait une répartition des
Franche-Comté -0,20 -0,11 -0,14 0,06 0,02 0,02 -0,18
emplois selon les critères analysés, Pays de la Loire -0,23 -0,11 -0,12 0,04 -0,10 0,01 -0,24
conforme à celle de l’ensemble des ré-
Languedoc-Roussillon -0,29 -0,05 0,01 -0,17 0,03 -0,02 -0,15
gions de province. L’effet résiduel mesure Corse -0,32 -0,15 -0,20 -0,28 0,10 -0,02 -0,29
Bourgogne -0,34 -0,06 -0,18 0,01 0,05 -0,02 -0,20la partie de l’écart qui n’est pas prise en
Poitou-Charentes -0,36 -0,11 -0,22 -0,02 0,03 -0,01 -0,29
compte par l’effet structurel. Il rend
Auvergne -0,40 -0,03 -0,24 0,04 0,08 0,00 -0,22 de spécificités locales liées à Bretagne -0,43 -0,21 -0,19 0,00 -0,05 -0,05 -0,36
Limousin -0,43 -0,17 -0,23 0,01 0,09 -0,05 -0,31l’histoire et à la géographie, comme de
Basse-Normandie -0,51 -0,19 -0,30 0,01 -0,02 0,00 -0,44
facteurs non pris en compte dans l’ana-
Somme des valeurs absolues
lyse statistique.
des écarts structurels 2,02 3,56 1,48 0,99 0,48 4,46
Source : INSEE - DADS validité 2000 Unité : euro
Note de lecture : le salaire horaire moyen en Haute-Normandie est supérieur de 0,33 € à celui de la province en 2000, dont 0,20 €
EN HAUTE-NORMANDIE, sont explicables par la structure sectorielle de cette région, les 0,13 € restant étant imputables à d’autres facteurs. Quand l’ensemble
des facteurs (structure sectorielle, taille des établissements, qualifications des salariés, âges et sexe) sont pris en compte, la partLA STRUCTURE SECTORIELLE
expliquée s’établit à 0,20 €. Pour chaque variable, la somme des valeurs absolues des écarts structurels est un indicateur de son
FAVORISE LES SALAIRES pouvoir explicatif des disparités de salaires entre les régions.
Ces effets ont été calculés pour éva-
ÉCARTS STRUCTURELS DE SALAIRES HORAIRES DANS LES ZONES D’EMPLOI DE HAUTE-NORMANDIE EN 2000
luer l’effet de la répartition par secteur
Écart structurel
d’activité (1), par taille d’établissement,
Par secteur Par niveau Par taille
par qualification, par tranche d’âge et par d’établisse- EnsembleÉcart d’activité de
observé (NAF 700) qualification ment Par âge Par sexe des facteurssexe. Les résultats montrent que la struc-
Lillebonne 0,72 0,80 -0,01 -0,03 0,06 0,26 0,68ture sectorielle de l’économie haut-nor-
Le Havre 0,58 0,55 0,10 0,17 0,08 0,12 0,64
mande contribue pour près des deux
Rouen 0,14 0,03 0,19 0,10 0,08 0,00 0,14
tiers à la “prime” de salaire. La structure Vernon 0,05 -0,03 0,22 -0,10 0,04 0,11 0,04
Évreux -0,40 -0,36 -0,07 -0,05 -0,03 -0,11 -0,38des qualifications de la main-d’œuvre
Vallée de la Bresle -0,68 -0,27 -0,35 0,34 -0,05 0,09 -0,60abaisse le salaire moyen mais cet effet
Dieppe -0,68 -0,33 -0,23 -0,17 -0,10 0,06 -0,59
est presque compensé par la structure Bernay -0,73 -0,27 -0,26 -0,29 0,03 0,03 -0,65
Pays de Bray -1,00 -0,62 -0,44 -0,05 -0,26 -0,03 -0,85de taille des établissements. Les structu-
Verneuil-sur-Avre -1,06 -0,53 -0,53 -0,24 -0,06 -0,02 -0,99res d’âge et par sexe sont favorables aux
Gisors -1,06 -0,76 -0,65 -0,60 -0,16 -0,02 -1,07
salaires mais leurs effets sont modestes
Fécamp -1,07 -0,60 -0,49 -0,41 -0,10 0,01 -0,90
car ces structures sont assez peu diffé- Pont-Audemer -1,30 -0,70 -0,61 -0,50 -0,11 0,08 -1,19
renciées entre les régions. Ces caracté- Somme des valeurs absolues
des écarts structurels 5,85 4,15 3,05 1,16 0,94 8,80ristiques sont spécifiques à la
Source : INSEE - DADS validité 2000 Unité : euroHaute-Normandie car les autres régions
où le salaire moyen est plus élevé qu’en
France de province le doivent plus à la
termédiaires) qu’à la structure sectorielle laire, en comparant chacune des zones
répartition par qualification (sur-repré-
de l’appareil productif. La Haute-Nor- d’emploi à la région prise comme réfé-
sentation des cadres et professions in-
mandie se positionne première région de rence. Dans cette approche infra-régio-
province pour l’effet favorable de la struc- nale, le facteur explicatif principal est la
(1) La mesure des effets de structure est très sensible aux
ture d’activité et seconde pour celui de la structure sectorielle de l’appareil produc-nomenclatures utilisées. Le secteur d’activité, en particu-
lier, a d’autant plus de pouvoir explicatif qu’il est décrit par taille des établissements, derrière le tif, suivie de celles des qualifications et
une nomenclature fine. En effet, les regroupements en 4
Nord-Pas-de-Calais. de la taille des établissements. Les struc-ou même 16 postes contiennent des groupes d’activité en-
core très hétérogènes qui masquent l’effet réel de la va- Les disparités de salaires infra-régio- tures d’âge et par sexe jouent un rôle
riable. Le niveau de la nomenclature d’activités française
retenu ici est de 700 postes (NAF 700). nales peuvent s’analyser de façon simi- secondaire.
2 AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 28 - Octobre 2003Le salaire moyen de chaque zone
d’emploi est donc largement déterminé
par la structure de l’appareil productif
local. En tête au niveau régional, les
zones d’emploi de Lillebonne et du Havre
doivent leur performance à une spéciali-
sation favorable, ainsi qu’à un âge moyen
relativement élevé. La zone du Havre
cumule l’ensemble des facteurs favora-
bles à des salaires élevés. La zone de
Rouen apparaît proche de la moyenne
régionale. En fait, elle conditionne forte-
ment cette moyenne puisqu’elle compte
43,3% du volume de travail haut-nor-
mand. La zone d’Evreux offre des salai-
res “faibles” dans le contexte régional, du
fait de sa spécialisation productive et de
la féminisation de sa main-d’œuvre. Les
zones d’emploi rurales présentent les sa-
laires moyens les plus faibles car elles
cumulent les déterminants défavorables :
structure sectorielle orientée vers des
activités moins rémunératrices, moindre
qualification de la main-d’œuvre, taille
moyenne des établissements plus faible
et âge moyen inférieur. Si au regard de la
province, les qualifications en
Haute-Normandie sont défavorables aux
salaires, c’est aussi le cas de la plupart truction et du commerce à cet effet struc- neuil-sur-Avre et Gisors), de même que
des zones d’emploi au sein de la région. turel sont positives ou nulles pour les dans les zones de Dieppe et d’Evreux. Les
Seules les zones de Vernon, de Rouen et zones d’emploi structurées autour d’un industries agroalimentaires et des équipe-
du Havre possèdent des structures de pôle urbain et négatives pour les zones ments pour l’automobile exercent un effet
qualifications favorables. rurales. Les contributions des services, similaire dans le Pays de Bray, et l’industrie
et en particulier des services aux entre- verrière dans la Vallée de la Bresle.
prises, sont négatives dans l’ensemble Toutefois, si les informations disponi-
L’INFLUENCE PRÉPONDÉRANTE des zones exceptées celles du Havre et bles permettent d’expliquer une part im-
DE L’INDUSTRIE SUR LES SALAIRES de Rouen. Les services aux entreprises portante des disparités locales en
n’exercent un effet positif que dans la matière de rémunérations, certains dé-
Afin de préciser l’influence des porte- zone de Rouen. Dans les zones rurales, terminants du salaire tels que les ni-
feuilles d’activités économiques des l’ensemble des secteurs contribuent né- veaux de formation et l’expérience
zones d’emploi sur leur salaire offert gativement au salaire moyen. professionnelle (approximée par l’âge)
moyen, on décompose, pour chacune A un niveau plus fin, les salaires ne sont pas disponibles dans la source
des zones, l’écart structurel expliqué par moyens des zones de Lillebonne et du statistique utilisée. Enfin, la diversité des
la répartition des emplois par secteur Havre sont stimulés par l’implantation d’in- politiques de rémunération pratiquées
d’activité en contributions de chacun des dustries chimiques et de raffinage du pé- par les entreprises et l’individualisation
grands secteurs. Il apparaît alors que la trole, ainsi que d’activités de transport des salaires en fonction des performan-
contribution de l’industrie détermine for- maritime, de construction automobile et ces engendrent des différences de salai-
tement l’effet structurel lié à l’appareil aéronautique au Havre. A Vernon, la cons- res pour des salariés dont les
productif. En d’autres termes, les zones truction aéronautique joue ce rôle. A l’in- caractéristiques observables sont identi-
d’emploi où cet effet structurel est positif verse, les industries des biens ques. Ces facteurs ne peuvent pas être
le doivent à la présence significative d’in- intermédiaires exercent un effet à la baisse pris en compte dans des analyses statis-
dustries dont les salaires sont élevés et sur le salaire moyen de zones rurales tiques de ce type
vice-versa. Les contributions de la cons- (Fécamp, Pont-Audemer, Bernay, Ver-
AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 28 - Octobre 2003 3

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