Liens emploi-formation : de la théorie aux réalités du marché du travail lorrain

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En Lorraine comme en France, au cours des dernières décennies, la tertiarisation de l’économie et l’allongement continu de la durée de la formation initiale ont profondément modifié le contenu des métiers et des qualifications nécessaires pour les exercer. Au fil du temps, la structure productive lorraine converge vers la structure nationale. Toutefois, quelques spécificités régionales subsistent, en lien avec le passé industriel : la part des ouvriers reste importante alors que celle de l’encadrement demeure plus faible qu’au niveau national. Il en découle que la part des actifs en emploi, diplômés d’un CAP ou d’un BEP, y est plus importante qu’en France, celle des diplômés d’un 2ème ou 3ème cycle universitaire y est au contraire plus faible. L’intensité du lien entre formation et emploi varie selon les secteurs d’activité et les métiers considérés. Ainsi, dans le commerce et les industries de process, où le recrutement est large et le personnel peu qualifié, la relation est plutôt lâche. À l’inverse, elle est forte dans les domaines de la mécanique et du travail des métaux, recrutant sur des profils spécifiques, ou encore de la santé, dont les parcours de formation et le nombre de formés annuellement sont réglementés pour répondre aux besoins du marché du travail. Sommaire Une relation formation-emploi distendue n’est pas le signe d’un dysfonctionnement Des outils spécifiques pour tenter de répondre à une problématique complexe Malgré la convergence, des particularités subsistent Structure productive-structure de qualification : un équilibre en mouvement Évolutions des contenus en emploi des métiers : quelques faits stylisés L’élévation du niveau de diplôme concerne tous les domaines professionnels, mais dans des proportions différentes Encadré n°1 : Niveau de diplôme et qualité de l’insertion professionnelle des jeunes Le tertiaire : un secteur dual Correspondance et absence de relation entre spécialité de formation et emploi Une bonne concordance : condition nécessaire mais pas suffisante Encadré n°2 : Quelques éléments sur le chômage Un essai de typologie des domaines professionnels Quatre groupes cohérents de domaines professionnels La traditionnelle opposition industrie/tertiaire Quelques éléments à prendre en compte à l’horizon 2015 Sources, méthodes et définitions Une relation formation-emploi distendue n’est pas le signe d’un dysfonctionnement Des outils spécifiques pour tenter de répondre à une problématique complexe Malgré la convergence, des particularités subsistent Structure productive-structure de qualification : un équilibre en mouvement Évolutions des contenus en emploi des métiers : quelques faits stylisés L’élévation du niveau de diplôme concerne tous les domaines professionnels, mais dans des proportions différentes Encadré n°1 : Niveau de diplôme et qualité de l’insertion professionnelle des jeunes Le tertiaire : un secteur dual Correspondance et absence de relation entre spécialité de formation et emploi Une bonne concordance : condition nécessaire mais pas suffisante Encadré n°2 : Quelques éléments sur le chômage Un essai de typologie des domaines professionnels Quatre groupes cohérents de domaines professionnels La traditionnelle opposition industrie/tertiaire Quelques éléments à prendre en compte à l’horizon 2015 Sources, méthodes et définitions
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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242-243N Liens emploi-formation :
En Lorraine comme en France, au cours des dernières décennies,
la tertiarisation de l’économie et l’allongement continu de la durée
de la formation initiale ont profondément modifié le contenu des métiers
et des qualifications nécessaires pour les exercer. Au fil du temps, la structure
productive lorraine converge vers la structure nationale. Toutefois, quelques
spécificités régionales subsistent, en lien avec le passé industriel : la part
des ouvriers reste importante alors que celle de l’encadrement demeure
plus faible qu’au niveau national. Il en découle que la part des actifs
en emploi, diplômés d’un CAP ou d’un BEP, y est plus importante
ème èmequ’en France, celle des diplômés d’un 2 ou 3 cycle universitaire
y est au contraire plus faible. L’intensité du lien entre formation et emploi
varie selon les secteurs d’activité et les métiers considérés. Ainsi, dans
le commerce et les industries de process, où le recrutement est large
et le personnel peu qualifié, la relation est plutôt lâche. À l’inverse, elle est
forte dans les domaines de la mécanique et du travail des métaux, recrutant
sur des profils spécifiques, ou encore de la santé, dont les parcours
de formation et le nombre de formés annuellement sont réglementés
pour répondre aux besoins du marché du travail.
La relation formation-emploi, c’est-à-dire Une relation formation-emploi
l’étude du lien qui se tisse entre une personne distendue n’est pas le signe
sortie diplômée ou non d’une formation donnée d’un dysfonctionnement
et la situation d’emploi qu’elle occupe, est au
cœur de nombreux débats depuis près de cin- Au tournant des années 1970-1980, certains
quante ans. L’analyse détaillée des métiers oc- représentants des branches professionnelles
cupés par les actifs lorrains, regroupés par espéraient que se tisse une relation adéquation-
grands domaines d’activités professionnelles, niste entre formation et emploi, qui aurait permis
permet d’esquisser un portrait contrasté de cette d’ajuster mécaniquement le nombre et le profil
relation. Alors que certains domaines se ca- des sortants de formation aux besoins du marché
ractérisent par une relation particulièrement dis- du travail. Mais des travaux de recherche sont ve-
tendue, dans le commerce ou les industries de nus bousculer l’idée d’une possible «adéquation»
process par exemple, d’autres se caractérisent entre formation et emploi, évoquant même, à l’in-
au contraire par une relation extrêmement forte, verse, une relation souvent instable voire introu-
dans les domaines de la mécanique et du travail vable, dépendante de nombreux paramètres. À
des métaux ou encore de la santé et de l’action un niveau macroéconomique, la relation forma-
sociale, culturelle et sportive. tion-emploi est en perpétuelle évolution sous l’ef-
Vfet, d’une part, des innovations «favorables» à l’accès à l’emploi et de recruter des profils variés, capa-
réglementaires, techniques, organisa- aux mobilités entre les différents do- bles de s’adapter aux différentes
tionnelles et technologiques qui in- maines d’activités professionnelles. évolutions possibles des métiers, et
fluent sur les formations et les ce afin d’assurer l’activité dans les
emplois, et d’autre part, de la réorga- meilleures conditions.Alors qu’aujourd’hui encore, les re-
nisation de l’appareil productif, dans lations entre formation et emploi
le cadre d’une économie mondialisée. trop distendues sont le plus souvent Des outils spécifiques
À un niveau microéconomique, elle considérées comme le signe d’un pour tenter de répondre
dépend de choix individuels en dysfonctionnement de l’appareil de à une problématique
matière d’orientation, de formation, formation, des travaux de recherche
complexe
initiale et continue, et d’emploi. Enfin, récents montrent que l’absence de
Dans les années 1980, marquéesla relation formation-emploi peut être correspondance est plus souvent la
par la massification du chômage,influencée par des facteurs contex- règle que l’exception. Elle traduit, de
des outils d’observation de la rela-tuels ou conjoncturels, plus ou moins la part des employeurs, la volonté
tion formation-emploi ont été créés
pour répondre au mieux aux be-Une structure régionale proche du national
soins des professionnels de l’em-
ploi. Dans ce contexte, laRépartition des emplois par domaines professionnels
nomenclature des Familles Profes-
sionnelles (FAP) a été développée,France
Artisanat
Lorraine afin de créer des passerelles entreÉtudes et recherche
Communication, information, art et spectacle la nomenclature des emplois re-
Électricité, électronique cherchés par les demandeurs d’em-
Ingénieurs, cadres de l'industrie
ploi et celle des emplois occupés
Informatique
par les travailleurs. Plus tardive-Matériaux souples, bois, industries graphiques
Banque et assurances ment, en 1994, a été développée la
Agriculture, marine, pêche nomenclature interministérielle des
Hôtellerie, restauration, alimentation
spécialités de formation en-
Maintenance
seignées. La mise en regard de cesIndustries de process
Enseignement, formation deux nomenclatures permet désor-
Mécanique, travail des métaux mais de mesurer précisément le lien
Transports, logistique et tourisme
entre les formations suivies et les
Bâtiment, travaux publics
emplois occupés.Santé, action sociale, culturelle et sportive
Gestion, administration des entreprises
Les travaux réalisés sur la relation
Fonction publique, professions juridiques
formation-emploi empruntent sou-Commerce
%Services aux particuliers et aux collectivités vent deux grands axes de re-
0246 8 10 12 cherche, parfois combinés : soit la
Sources : Insee, Recensement de la population 2006, enquête Emploi 2006 démarche consiste à regarder l’ori-
gine des actifs qui exercent un
Industrie surreprésentée, tertiaire supérieur sous-représenté même métier, on raisonne alors sur
des profils de recrutement ; soit elle
1,8 s’intéresse au devenir professionnel
Industries Mécanique,
travail des métauxde process1,6 des formés issus d’une même for-
mation, on raisonne dans ce cas sur
1,4 Matériaux souples, bois, Administration publique,
Artisanat Services auxBâtiment, professions juridiques,industries graphiques les débouchés possibles. Dans ceparticulierstravaux publics armée et policeEnseignement,1,2 et auxMaintenance travail, c’est la première approcheformation
Électricité, collectivités
électronique1,0 qui a été retenue, étudiée à l’aide
Banque, Santé,
assurancesIngénieurs, d’une méthodologie originale combi-actionTransports,cadres de0,8 CommerceHôtellerie, sociale,logistique,Études, l'industrie nant les données de l’enquêteAgriculturerecherche restauration, culturelletourisme Gestion,
0,6 alimentationInformatique, et sportive administration Emploi et du recensement de la po-
télécommunications des entreprises
pulation ; les résultats présentés0,4 Communication,
information, font référence à l’année 2006 (cf.
arts et spectacles0,2
Sources, méthodes et définitions).%
0,0
0 2 4 6 8 10 12
Malgré la convergence,
Poids des domaines professionnels en Lorraine
des particularitésGuidedelecture: la surface des cercles est proportionnelle aux emplois des domaines en Lorraine : 47 800 pour les industries
de process, 7 700 pour les études et la recherche, etc.
subsistentLe poids est la part d'un domaine dans l'emploi en Lorraine.
La spécificité est le rapport entre le poids d'un domaine en Lorraine et le poids du même domaine en France.
Une spécificité de 1 indique qu'un domaine est aussi représenté en Lorraine qu'en France. Une spécificité supérieure à 1 indique En 2006, un peu moins de 960 000
que ce domaine est plus présent en Lorraine qu'en France.
personnes résidant en Lorraine oc-Exemple : Industrie des process = 4,9% des emplois en Lorraine et 3,3% des emplois en France.
La spécificité est donc de 4,9/3,3 = 1,5 soit un domaine 1,5 fois plus important qu'en moyenne française. cupaient un emploi, soit 41,1% de
Sources : Insee, Recensement de la population 2006, enquête Emploi 2006 la population totale régionale et
2
Indice de spécificité régionale3,8% de la population active processus n’étant pas totalement proportionnellement presque deux
française en emploi. La moitié de abouti, quelques particularités sub- fois moins d’emplois en Lorraine
l’emploi lorrain, salarié ou non, est sistent. Le maintien d’une activité in- qu’en moyenne nationale.
concentrée dans cinq domaines dustrielle sidérurgique explique la
professionnels : les services aux surreprésentation régionale de l’em- Structure productive-
particuliers et aux collectivités ploi dans le domaine professionnel structure de qualification :
(10,5%), le commerce (10,2%), la de la mécanique et du travail des un équilibre en mouvement
fonction publique et les profes- métaux. Ainsi, 5,8% des Lorrains
Les spécificités sectorielles influentsions juridiques (9,6%), la gestion travaillent dans ce domaine profes-
sur la structure régionale des qualifi-et l’administration des entreprises sionnel, contre 3,9% France entière.
cations, appréhendée dans un pre-(9,3%) et le domaine hétérogène Les industries de process sont éga-
mier temps sous l’angle desde la santé et de l’action sociale, lement surreprésentées dans la
diplômes obtenus en fin d’étudesculturelle et sportive (9,1%). Cette région, dans les mêmes proportions.
initiales (1). En Lorraine, 45% desrépartition diffère peu de ce qui est À l’inverse, la Lorraine souffre d’un
actifs occupés détiennent unobservé au niveau national. moindre développement des acti-
diplôme au moins équivalent auAvec le déclin de l’industrie, la vités de services à forte valeur
baccalauréat, contre 49,8% enstructure de l’appareil productif lor- ajoutée, notamment dans l’informa-
moyenne nationale. Les diplômésrain converge progressivement vers tique ou dans le domaine des étu-
la structure nationale. Toutefois, ce des et de la recherche qui compte
(1) cf. Sources, méthodes et définitions
Diplôme des travailleurs selon le domaine professionnel
Sans diplôme CAP, BEP, Bac technologique Bac général,
Domaine Effectif Bac +3 et
ou BEPC, CEP brevet de ou professionnel, brevet Bac +2 (%)
professionnel en Lorraine au-delà (%)
(%) compagnon (%) équivalence (%) supérieur (%)
Agriculture, marine,
pêche 23 944 31,3 35,7 15,7 4,2 10,8 2,4
Bâtiment, travaux
publics 73 217 31,8 46,5 9,0 3,2 5,9 3,6
Électricité, électronique 7 986 17,5 40,9 18,7 4,8 15,9 2,2
Mécanique, travail
des métaux 55 601 26,8 50,6 11,2 3,2 6,6 1,6
Industries de process 46 777 33,1 41,4 11,2 4,0 8,2 2,1
Matériaux souples,
bois, industries
graphiques 15 905 40,9 41,9 8,1 3,2 4,1 1,8
Maintenance 39 871 13,9 48,9 16,6 3,5 14,7 2,5
Ingénieurs,
cadres de l’industrie 9 995 6,0 13,2 7,6 3,3 20,9 49,0
Transports, logistique
et tourisme 72 002 33,4 42,8 9,2 5,7 6,2 2,7
Artisanat 7 274 50,2 32,4 6,9 3,9 4,3 2,3
Gestion, administration
des entreprises 89 583 12,3 25,2 15,4 11,4 21,6 14,2
Informatique 10 609 6,6 11,9 8,9 6,3 32,4 33,9
Études et recherche 7 699 3,5 6,8 4,9 2,9 16,7 65,3
Fonction publique,
professions juridiques 91 678 16,5 25,9 14,0 15,6 13,1 14,9
Banque et assurances 23 288 9,3 17,8 10,9 15,3 26,9 19,8
Commerce 98 030 20,0 31,4 12,9 10,6 17,0 8,0
Hôtellerie, restauration,
alimentation 39 748 28,9 47,1 10,5 6,1 4,9 2,5
Services aux
particuliers et aux
collectivités 100 761 44,9 38,9 6,7 4,4 3,4 1,7
Communication,
information,
arts et spectacles 7 721 12,9 18,6 9,3 12,4 18,7 28,1
Santé, action sociale,
culturelle et sportive 87 098 6,6 14,7 7,0 6,4 43,2 22,0
Enseignement,
formation 50 015 2,9 3,8 3,7 8,2 19,3 62,0
Politique, religion 1 006 17,1 12,6 2,8 19,2 13,4 34,8
Ensemble des FAP 959 809 22,6 32,4 10,6 7,4 14,8 12,1
Source : Insee, Recensement de la population 2006
3lorrains d’un deuxième ou troisième pour répondre aux besoins des techniciens, éventuellement spécia-
cycle universitaire ne représentent professionnels, a permis l’automati- lisés, fait désormais appel aux logi-
que 12,1% des actifs occupés, sation et l’individualisation de nom- ciels de CAO et de DAO,misenœuvre
contre 16,3% nationalement. En re- breuses tâches tant administratives à partir de tables traçantes.
vanche, la part des diplômés d’un que techniques, autrefois réservées Enfin, dans certaines industries, l’in-
CAP-BEP en Lorraine, concernant aux seules personnes mettant en troduction de nouvelles technologies
près du tiers des actifs, est de 4,7 œuvre ces savoirs et savoir-faire a profondément transformé le rap-
points supérieure à celle observée spécifiques. Si l’intitulé des métiers port à la matière travaillée. On peut
sur l’ensemble du territoire métropo- est resté le même, leurs contenus et citer en exemple les métiers des ou-
litain. les compétences requises se sont vriers qualifiés travaillant par
radicalement transformés, et ce àCet écart régional – parfois perçu enlèvement du métal ou des ou-
plusieurs niveaux.comme un retard – s’explique pour vriers qualifiés des industries de
partie par le fait que dans l’industrie, Dans le domaine de l’informatique, process, pour lesquels le dévelop-
surreprésentée dans la région, la la multiplicité des langages de pro- pement d’interfaces informatiques a
part des CAP-BEP avoisine les 50%, grammation et le développement en créé une intermédiation entre l’ou-
en particulier dans la maintenance continu des technologies, en vrier et l’ouvrage, notamment dans
ou la mécanique et le travail des matière de typologie de systèmes l’utilisation de procédés d’usinage
métaux. À l’inverse, la part des (réseaux ADSL, réseaux câblés, fibres tels que l’électroérosion, le décou-
diplômés d’un cycle universitaire ap- optiques), d’interconnexion avec la page au jet d’eau ou au laser.
proche ou dépasse les 70% dans téléphonie ou encore de conver-
les activités tertiaires à forte valeur gence des technologies multimédia, L’élévation du niveau
ajoutée, précisément celles ne cesse de réactualiser et d’ac- de diplôme concerne
sous-représentées en Lorraine. croître la masse de connaissances tous les domaines
de base, de structurer les activitésAinsi, à un instant donné, la struc- professionnels, mais dans
et les profils de recrutement. Lature productive d’un territoire condi- des proportions différentesrévolution informatique a diffusétionne les niveaux de qualification
bien au-delà de ses activités cœurs De manière générale, la populationde la population active en emploi.
de métier. Ainsi, dans les métiers du lorraine comme métropolitaineNéanmoins, dans une approche
secrétariat, la transformation du bénéficie de l’élévation marquéeplus dynamique, le niveau de qualifi-
contenu des activités, en matière de des niveaux de diplôme depuiscation de la population doit évoluer
traitement de texte ou encore de bientôt 50 ans. En 2006, 80% despour répondre à la transformation
gestion de l’information, s’est tra- Lorrains âgés de 80 ans et plus neprévisible ou non des métiers et à la
duite par une élévation du niveau de possédaient aucun diplôme et 3%nécessaire adaptation des qualifica-
qualification des travailleurs : plus d’entre eux détenaient un Bac+3 outions à des emplois de plus en plus
d’un actif occupé sur deux ayant plus ; chez les 50-54 ans, cesexigeants en termes de compéten-
plus de 10 ans d’ancienneté dans la mêmes proportions étaient de 38%ces. C’est aussi en ce sens que
vie active (2) n’est pas titulaire d’un et 8% et chez les 25-29 ans ellesl’approche adéquationniste de la re-
baccalauréat. À l’inverse, parmi étaient de 15% et 18%. Les person-lation formation-emploi est réduc-
ceux ayant 10 ans ou moins d’an- nes entrées dans la vie active de-trice, car elle se situe souvent dans
cienneté, près de la moitié sont ba- puis 10 ans ou moins, bien que neun univers atemporel où l’adaptation
cheliers (3) et un tiers diplômés de représentant que 26,4% de la main-des formations aux métiers est auto-
l’enseignement universitaire court d’œuvre occupée régionale,matique et instantanée. Or, il est
(majoritairement de type BTS, spécialisé représentent près de 40% desindéniable que les contenus en em-
en secrétariat-bureautique) ; notons diplômés ayant au moins le bacca-ploi des métiers se sont transformés
que ces derniers sont théorique- lauréat.au cours de ces trente dernières
ment surdiplômés pour ce typeannées, sous l’effet notamment du Ce phénomène d’élévation du niveau
d’emploi, qui recrute normalement àdéveloppement considérable de l’in- de diplôme est général à l’ensemble
un niveau CAP-BEP ou baccalauréat.formatique, qui a révolutionné l’exer- des domaines professionnels. Les lo-
cice de nombreuses professions. Les métiers recourant aux techniques giques de recrutement et d’orientation
graphiques ont vu, de manière
générale, le contenu de leur activitéÉvolutions des contenus (2) En emploi ou non, mais ayant terminé
modifié par le développement des lo- ses études.en emploi des métiers :
giciels de conception, de dessin et de (3) La récente réforme des baccalauréatsquelques faits stylisés
professionnels, dont la mise en placepublication assistés par ordinateur
Transverse à tous les domaines s’échelonne entre 2008 et 2011, supprime(CAO, DAO, PAO). Le métier de dessi-
le BEP (deux années de formation) au pro-professionnels, tant tertiaires qu’in- nateurs d’exécution dans les indus-
fit du seul baccalauréat (trois années). Ladustriels, l’évolution technologique a tries mécaniques a quant à lui réforme se traduira mécaniquement par un
modifié bon nombre de métiers. disparu en tant que tel. Recourant au- accroissement de la part des diplômés de
Emblématique de ces transforma- niveau Bac dans les années à venir. Lestrefois aux techniques du dessin in-
tions, l’utilisation banalisée de l’outil données présentées dans cette étude, pre-dustriel réalisé à la main sur table, ce
nant pour année de référence 2006, neinformatique, sans cesse renouvelé métier, exercé aujourd’hui par des
mesurent donc pas ses effets.
4stratégiques des activités restent tou- vail depuis 10 ans ou moins est peu les classifications professionnelles.
tefois propres à chacun de ces do- diplômé, contre 26% chez ceux La mesure du déclassement est tou-
maines, si bien que les effets de ayant quitté le système éducatif de- tefois complexe et ne fait d’ailleurs
l’élévation ne sont pas d’ampleur puis plus de 10 ans. pas l’unanimité auprès des spécialis-
égale et ne relèvent pas toujours de tes de la question. Elle suppose enCette baisse tendancielle de la part
la même logique. Dans les métiers de effet d’apparier la qualification sco-des peu diplômés, pour réjouissante
l’industrie, la part des CAP-BEP tend à laire avec la qualification profession-qu’elle soit, ne doit pas occulter des
décliner tout en se maintenant à un nelle, ce qui ne va pas de soi tant lesbiais de sélection liés au champ de
niveau élevé. paramètres liés à l’organisation, à lal’étude. Ce dernier, centré sur la po-
réglementation, aux savoirs et sa-Dans le domaine de la mécanique pulation active occupée, écarte de
voir-faire directement observables ouet du travail des métaux, 44,9% des la fenêtre d’observation les
non dans chacun des métiers tendenttravailleurs entrés dans la vie active chômeurs (cf. encadré n°2), et ne me-
à faire de cet appariement une sériedepuis 10 ans et moins sont titulai- sure donc pas la difficulté à trouver
de cas singuliers.res d’un CAP-BEP, contre 54% pour un emploi lorsque l’on sort au-
ceux sortis de formation initiale de- jourd’hui peu diplômé du système
Le tertiaire :puis plus de 10 ans. Cette baisse de éducatif. Sur ce point, les enquêtes
la part relative des CAP-BEP est com- Génération du Céreq apportent un un secteur dual
pensée par la montée en puissance éclairage précieux (cf. encadré n°1).
Une approche réductrice consiste-des qualifications de niveau bacca- De plus, le champ de l’étude ne per-
rait à opposer les domaines pro-lauréat ou supérieur court, notam- met pas de mesurer le problème du
fessionnels industriels ou dument avec la mise en place des retour à l’emploi (cf. MOREAU) pour
bâtiment, employant une faiblebaccalauréats professionnels en des personnes l’ayant perdu et
part de diplômés, aux activités de1985, qui s’est traduite mécanique- ayant pas ou peu de diplômes.
services qui emploieraient unement par la poursuite d’études des Cette problématique n’est pas à
main-d’œuvre très fortementjeunes engagés en CAP-BEP dans négliger en région Lorraine, où l’em-
diplômée. Mais le secteur des ser-les filières professionnelles de la ploi tend à diminuer et où le taux de
vices est lui-même à cet égardmécanique et de l’électricité. Ainsi, chômage a dépassé le niveau natio-
dual. D’une part, s’y trouvent desdans le domaine de la mécanique et nal depuis quelques années.
métiers à très forte valeur ajoutéedu travail des métaux, la part des Enfin, les données exploitées ne per- qui nécessitent un niveau d’étudesbacheliers est passée de 10,6% à mettent pas d’aborder la question du initial de plus en plus élevé. Dans25,5% pour les plus récemment déclassement. Ce phénomène, qui le même temps, les métiers en lienentrés sur le marché du travail, et la désigne le fait d’occuper une avec les services à la personne etpart des diplômés d’un cycle univer- catégorie socioprofessionnelle de ni- l’hôtellerie-restauration continuentsitaire court de 4,6% à 12,7%. veau de qualification inférieur à celui d’être massivement occupés par
Autre domaine professionnel de l’in- du diplôme possédé, résulte du fait des personnes faiblement
dustrie particulièrement marqué par que l’élévation des qualifications sco- diplômées ou qualifiées : dans les
cette élévation générale du niveau de laires s’est faite à un rythme plus sou- services à la personne, à peine
diplôme : les ingénieurs et cadres de tenu que leur reconnaissance dans 15% des Lorrains sont bacheliers.
l’industrie. Parmi ceux qui ont terminé
leurs études initiales depuis plus de
Diplôme des Lorrains selon leur âge
10 ans, seulement 37,6% sont titulai-
res d’un diplôme universitaire long %
100
4 55(Bac+3ouplus). Cette proportion 7
11
14 616 6 618passe à 84,5% pour les travailleurs 20 8
27
910entrés récemment dans la vie active. 35 14
3880 11 1912Dans ce domaine professionnel, 13
14 24
l’élévation du niveau de diplôme ren-
16 28force la polarisation du recrutement
60 31
autour d’un seul niveau de qualifica- 3321
35tion, tandis qu’auparavant une place 24
38
plus importante était accordée à la
40 35 80
76promotion interne une fois le marché
70
26 61du travail intégré.
23 51
44L’élévation du niveau de diplôme a 20 39
34également pour conséquence de 28
22
18réduire la part des actifs sortis du 15
système scolaire pas ou peu 0
25-29 ans 30-34 ans 35-39 ans 40-44 ans 45-49 ans 50-54 ans 55-59 ans 60-64 ans 65-69 ans 70-74 ans 75-79 ans 80 et +diplômés (titulaires au plus d’un CEP
ou d’un BEPC). Ainsi, un peu plus Sans diplôme Bac CAP, BEP, brevet compagnon Bac +2 et au-delà
d’un actif occupé lorrain sur dix
Champ : population totale lorraine
Source : Insee, Recensement de la population 2006(11,7%)entré surlemarchédutra-
5Dans les activités à forte valeur réglementé, l’élévation des niveaux Correspondance
ajoutée, notamment dans la re- de qualification répond à d’autres lo- et absence de relation
cherche, le recrutement de diplômés giques. Dans le secteur de la
entre spécialité
de l’enseignement supérieur est de- banque et des assurances, parmi
de formation et emploipuis longtemps la norme. Ce pro- les personnes ayant terminé leurs
cessus tend encore à se renforcer. études depuis plus de 10 ans, plus
Le niveau de diplôme est un
Actuellement, dans ce domaine pro- d’une sur trois n’est pas titulaire du
élément certes important, mais pas
fessionnel, près de 90% des actifs baccalauréat. Cette proportion n’est
exclusif pour mesurer et juger de la
ayant terminé leurs études depuis plus que de 2% pour les personnels
qualification d’un individu. Certaines
moins de 10 ans ont suivi un cursus ayant moins de 10 ans d’expérience
études insistent sur le rôle important
universitaire long. Dans le domaine professionnelle. Le métier tradition-
joué par la spécialité de formation
de la santé, la part des diplômés nel de guichetier a progressivement
dans l’insertion professionnelle (cf.
d’un cycle universitaire court reste disparu, sous l’effet de l’informatisa-
D. MARTINELLI, C. PROST, 2010),
importante (43,6%). Cette proportion tion des transactions, pour laisser la
celle-ci pouvant même primer sur le
s’explique par le poids important oc- place à des emplois de conseillers
niveau de diplôme. L’objet de cette
cupé par les infirmiers. La requalifi- de clientèle recrutés à un niveau au
étude n’est pas de répondre à cette
cation du métier d’infirmier, moins équivalent au baccalauréat,
question complexe de l’arbitrage
actuellement envisagée au niveau voire davantage.
possible entre spécialité de forma-
Bac+3, agira à terme comme le pas- Dans le commerce, même pour tion et niveau de diplôme, d’autant
sage des instituteurs en professeurs des emplois faiblement qualifiés que pour exercer bon nombre de
des écoles. Dans tous ces domai- (caissiers), le niveau de qualifica- métiers, spécialisation et niveau de
nes, il existe souvent des normes de tion a fortement augmenté, diplôme sont complémentaires et
recrutement, qui s’appuient sur l’exi- puisque plus de 40% des caissiers non substituables. Pour exercer le
gence d’un niveau de diplôme mini- sortis depuis 10 ans ou moins du métier de médecin, le suivi d’une
mal pour avoir le droit d’exercer une système éducatif, sont bacheliers. spécialité médicale est indissociable
profession. C’est le cas des méde- Dans ce secteur, comme dans du succès dans un cycle universi-
cins, infirmiers, professeurs des d’autres, l’élévation des qualifica- taire long. En revanche, dans cer-
écoles, chercheurs, etc. En ce sens, tions scolaires ne répond pas tains domaines professionnels,
l’élévation des niveaux de diplômes forcément à un renforcement du l’arbitrage entre spécialité de forma-
dans ces domaines professionnels contenu en emploi des métiers. La tion et niveau de diplôme reste pos-
accompagne les changements de logique qui prévaut dans ce cas de sible, tant pour les salariés que pour
normes institutionnelles. figure est celle d’une sélection par les employeurs. Globalement, tou-
En revanche, dans certains domai- les diplômes, indépendamment tes familles professionnelles confon-
nes professionnels du tertiaire, où des compétences à mobiliser sur dues, il a pu être montré que moins
l’exercice de l’activité n’est pas le poste de travail. de la moitié des sortants des forma-
Commerce : un large éventail de formations, très peu spécifiques au domaine
80
Domaines alimentés par un éventail limité deDomaines alimentés par un éventail important de
filières plutôt spécifiques à ces domaines (relation
filières plutôt spécifiques à ces domaines (relation
formation-emploi très forte)Informatique,formation-emploi moyenne)
télécommunications70
Santé, action sociale, Enseignement,
Études, culturelle et sportive formation
recherche
Bâtiment,
Ingénieurs, Mécanique,Maintenancetravaux publics
cadres de l'industrie60 travail des métaux
Agriculture
Électricité,Banque, Hôtellerie, restauration,
assurances électronique alimentation
Gestion,50 Communication,
administration des entreprises information,
arts et spectaclesArtisanat
Services aux particuliers
Matériaux souples, bois,et aux collectivités
industries graphiques40
Industries
de process
Administration publique,
Transports, logistique,30 professions juridiques,
tourisme armée et police
Commerce
Domaines alimentés par un éventail important de Domaines alimentés par un éventail limité de
20 filières peu spécifiques à ces domaines (relation filières peu spécifiques à ces domaines (relation
formation-emploi très distendue) formation-emploi moyenne)
10
40 50 60 70 80 90 100
Concentration des formations
Source : Insee, Recensement de la population 2006, enquête Emploi 2006
6
Spécificité des formationstions professionnelles (du CAP-BEP qu’un emploi sur deux. Et ces travailleurs sans aucune qualifica-
au BTS-DUT) travaillent dans leur do- spécialités ne sont pas particulière- tion (un tiers sont non-diplômés, contre
maine de formation trois ans après ment spécifiques aux métiers du 22,6% dans l’ensemble des domaines),
leur sortie du système éducatif (cf. commerce. Ces faibles indicateurs et donc sans aucune spécialisation
LEMISTRE-BRUYERE, 2009). de concentration et de spécificité dans un domaine ou un autre. Dans
dans ce domaine professionnel ces activités, la très forte division du
L’intensité de la relation forma- s’expliquent notamment par la travail permet de se dispenser de
tion-emploi peut être approchée au présence massive de jeunes en em- qualifications particulières. Dans
travers, d’une part, du nombre de ploi transitoire dans les métiers de l’ensemble du domaine, les ouvriers
spécialités de formation qui alimen- caissiers et d’employés de libre ser- et employés non-qualifiés représen-
tent un métier et d’autre part, de la vice ou de vendeurs, ces deux fa- tent 48,4% des travailleurs (contre
spécificité de ces spécialités de for- milles représentant la majorité des 21,7% en valeur moyenne).
mation rencontrées, c’est-à-dire le emplois du domaine (53%):en À l’autre extrémité du spectre se
fait que celles-ci ne se rencontrent 2006, on comptait ainsi 304 jeunes trouvent les domaines profession-
qu’au sein d’un nombre restreint de de moins de 30 ans pour 100 tra- nels caractérisés par une relation
domaines professionnels (voire au vailleurs âgés de 50 ans et plus ; formation-emploi forte, à l’instar des
sein d’un seul) ou non. pour l’ensemble des domaines, cet domaines de la santé, de l’action
indicateur est de 101 jeunes pourParmi les domaines professionnels sociale, culturelle et sportive, de
100 anciens.caractérisés par une relation forma- l’enseignement et la formation, de
tion-emploi particulièrement lâche Ces emplois transitoires, peu quali- l’agriculture, la marine et la pêche
se trouvent le commerce, les indus- fiés, ne nécessitent que peu de for- ou encore du domaine industriel de
tries de process et le domaine du mation initiale préalable, le recrute- la mécanique et du travail des
transport, logistique et tourisme. Au ment est donc large, peu ciblé. métaux. Le domaine de la santé et
sein du commerce par exemple, les Dans le domaine des industries de de l’action sociale, culturelle et spor-
quatre spécialités de formation les process, ce positionnement s’ex- tive est emblématique de ce lien
plus présentes ne représentent plique par la très forte proportion de extrêmement fort entre formation et
Encadré n°1 : Niveau de diplôme et qualité de l’insertion professionnelle des jeunes
L’enquête Génération 2004, réalisée par le Centre d’Études et de Recherche sur l’Emploi et les Qualifications (Céreq), interroge les jeunes sur
les situations d’emploi, de chômage, d’inactivité, de reprise d’études ou de formation professionnelle rencontrées mois après mois au cours
des trois années qui suivent leur sortie de formation initiale en 2004. Cette enquête permet de caractériser précisément les parcours d’entrée
dans la vie active.
Il apparaît ainsi clairement que, premièrement, l’absence de diplôme constitue un véritable frein à l’entrée dans l’emploi pour les jeunes
Lorrains. Ainsi, 23% des non-diplômés n’ont jamais travaillé au cours des trois années d’observation contre 4% des diplômés, tous niveaux de
diplôme confondus. Un quart des non-diplômés ont connu une trajectoire dite «d’accès rapide et durable à l’emploi», contre 61% des diplômés.
En moyenne, l’emploi a été trouvé un mois après la sortie de formation et les jeunes sont restés 32 mois en emploi au cours des trois années
d’opbservation. Au terme de ces trois années, le taux de chômage reste particulièrement élevé pour les non-diplômés, à hauteur de 37%,
contre 11% pour les diplômés.
Deuxièmement, les conditions d’accès à l’emploi sont d’autant plus favorables que le niveau de diplôme est élevé : 7% des diplômés
lorrains d’un BEP-CAP n’ont jamais travaillé au cours des trois années d’observation contre 2% des diplômés du supérieur. 47% des premiers
ont connu une trajectoire «d’accès rapide et durable à l’emploi» contre 55% des bacheliers, 72% des Bac+2, 71% des Bac+5 et 77% des docto-
rants.
Troisièmement, la spécialité de formation influence de manière significative l’accès à l’emploi. Les diplômés des formations préparant à
un éventail restreint de métiers ou réglementées par lenumerusclausus connaissent très peu de difficultés d’accès à l’emploi. C’est le cas typi-
quement dans les filières de la santé et du social de niveau Bac+2 ou pour les jeunes diplômés d’une école d’ingénieur et, dans une moindre
mesure, d’une école de commerce. Les diplômés des filières préparant aux métiers de l’industrie (de niveau CAP à BTS-DUT) sont globale-
ment moins touchés par le chômage et sont plus nombreux à connaître un «accès rapide et durable à l’emploi» que leurs homologues issus
des filières du tertiaire : 62% des diplômés au plus d’un Bac+2 des filières industrielles sont concernés par cette trajectoire contre 53% de sor-
tants des filières tertiaires. Au terme des trois années d’observation, les taux de chômage respectifs s’élèvent à 12% et à 16%.
Les caractéristiques de la primo-embauche reflètent souvent mal les conditions d’emploi et les trajectoires professionnelles futures.
Globalement, pour l’ensemble des jeunes Lorrains, diplômés ou non, issus d’une formation à dominance industrielle comme tertiaire, on ob-
serve une amélioration des conditions d’emploi au fil du temps : la part des emplois stables (contrats à durée indéterminée ou emplois de fonc-
tionnaire) représente 30% des premiers emplois et près de 64% des emplois occupés au moment de l’enquête ; la part du temps partiel passe
respectivement de 19% à 13%.
Les conditions d’emploi varient notablement selon les pratiques d’embauche des secteurs d’activité, si bien que les effets filières de
formation/secteurs d’activités d’embauche sont complexes à étudier. Signalons pour exemple que l’intérim est souvent la principale porte
d’entrée des jeunes dans les secteurs industriels lors de leur première embauche : 7 jeunes sur 10 sont ainsi concernés ; trois années après,
l’intérim ne concerne plus qu’un quart des jeunes Lorrains, au profit de l’emploi à durée indéterminée, qui concerne 55% des jeunes en emploi.
Autre exemple, le temps partiel est une modalité d’embauche qui concerne près d’un quart des primo-entrants dans le secteur des services,
alors qu’il ne concerne que 5% des primo-entrants dans l’industrie et 2% dans la construction. Dernier exemple, pour les diplômés des filières
de la santé et du social, la stabilisation par l’embauche à durée indéterminée n’est pas la plus fréquente lors du premier emploi : ils ne sont que
39% à occuper un emploi à durée indéterminée. L’emploi stable devient en revanche la règle au fil du temps : à trois ans, 82% des diplômés de
la santé et du social ont un emploi à durée indéterminée.
Source : Génération 2004 en Lorraine, Quand l’école est finie…, BOUSSAD, EURIAT, KHRISTOVA, LHOTEL, PARMENT, Grée-2L2S, Cereq, OREFQ
Lorraine, décembre 2009.
7métier exercé. Au sein des seules 55% des personnes en emploi ont des filières de formation amenant
professions médicales (aides-soi- suivi une formation en rapport étroit aux métiers d’infirmiers, de sa-
gnants ; infirmiers et sages femmes ; avec leur métier. Ce pourcentage ges-femmes ou de médecins. Cette
médecins et assimilés), qui représen- peut néanmoins apparaître faible faiblesse apparente s’explique par
tent 62,2% du domaine, plus de lorsque l’on connaît la structuration le fait que l’accès à la profession
Encadré n°2 : Quelques éléments sur le chômage
Le chômage dans les domaines professionnels est appréhendé à l’aide tion, de l’information, des arts et spectacles, au sein duquel les métiers
de deux indicateurs. Le taux de chômage mesure, à un instant donné, la des arts et spectacles représentent la grande majorité des emplois, l’ex-
part des actifs hors de l’emploi mais en recherchant un, dans une famille plication tient notamment au rythme de travail, alternant des périodes de
professionnelle (FAP) donnée. Le taux d’écoulement au sein d’une FAP chômage avec des périodes d’activité, au statut de l’emploi (intermit-
donnée permet d’évaluer la fluidité de la demande d’emploi. Autrement tence) et aux modalités «d’inscription/désinscription» au chômage.
dit, il renseigne sur la capacité du domaine à pourvoir en emploi ces de- Dans le domaine des services aux particuliers et aux collectivités, ce po-
mandeurs d’emploi (toutes catégories) au cours d’une année donnée. La sitionnement est davantage lié au profil des demandeurs d’emploi, très
combinaison de ces deux indicateurs permet d’esquisser quatre groupes majoritairement des femmes, plutôt âgées et souvent très peu qualifiées,
de domaines professionnels. mais également aux conditions d’emploi proposées (temps partiel, horai-
res atypiques, faibles rémunérations) et à la pénibilité de l’activité.Le premier se caractérise par un taux de chômage élevé mais une forte
fluidité de la demande d’emploi. Il regroupe les domaines du bâtiment Le troisième groupe se caractérise par un taux de chômage faible et une
et des travaux publics, de l’hôtellerie, de la restauration et de l’alimenta- fluidité faible. Il se compose notamment de métiers d’expertise, à forte
tion et de la mécanique et du travail des métaux. Les entreprises ren- valeur ajoutée (études et recherche ; enseignement et formation) et de
contrent des difficultés d’embauche sur certains métiers, liées à la métiers caractérisés par la stabilité de l’emploi liée au statut de la fonc-
pénibilité des emplois et aux conditions d’emploi précaires (en termes tion publique (fonction publique, professions juridiques).
de salaire ou de nature du contrat de travail), alors que d’autres métiers Le quatrième et dernier groupe se caractérise par un taux de chômage
peuvent être considérés comme vecteurs d’insertion dans l’emploi, faible et une fluidité élevée. Il se compose des domaines de la banque et
pour les plus jeunes et / ou les moins qualifiés. de l’assurance et de la santé, de l’action sociale, culturelle et sportive.
Le deuxième groupe se caractérise par un taux de chômage élevé et une Ces deux domaines bénéficient notamment d’une forte structuration des
fluidité faible. On y retrouve notamment le très petit domaine de la com- filières de formation conduisant aux métiers qui les composent (relation
munication, de l’information, des arts et spectacles et celui des services formation-emploi très forte, bénéfice dunumerusclausus pour la profes-
aux particuliers et aux collectivités. Les raisons de ce positionnement sion de médecins, concours à l’entrée de l’école d’infirmiers et d’ai-
sont différentes pour l’un et l’autre. Dans le domaine de la communica- des-soignants).
Taux de chômage et fluidité de la demande d ’emploi
70
Taux de chômage faible et fluidité Taux de chômage élevé
et fluidité élevéeélevée
Bâtiment,
travaux publics68
Hôtellerie, restauration,
Électricité, alimentationMécanique,
Maintenance électronique travail des métaux
Banque,66
assurances
Santé, action sociale,
Informatique,Transports, logistique,
culturelle et sportive télécommunicationstourisme
64
Ingénieurs,
cadres de l'industrie CommerceArtisanat
Matériaux souples, bois,
industries graphiques
62 IndustriesEnseignement,
Gestion,de process
formation administration
Études
des entreprises
recherche
Administration publique,60 Agriculture
professions juridiques,
armée et police
58
Services aux particuliers
et aux collectivités
56
Communication,54
information,
arts et spectacles
52
Taux de chômage élevéTaux de chômage faible et fluidité
et fluidité faiblefaible
50
0 2 4 6 8 1012 1416 1820
Taux de chômage estimé (%)
Sources : Pôle Emploi, Demandes d’emploi en fin de mois au 31/12/2005 et au 31/12/2006 et demandes d’emploi enregistrées au cours de l’année 2006 ;
Insee, Recensement de la population 2006
8
Taux d'écoulement (%)d’aide-soignant, dont les actifs en demande des entreprises, générant L’axe principal de structuration des
emploi représentent 36,3% des pro- par là même du chômage. En 2006, domaines professionnels est, sans
fessions de la santé, ne nécessite le taux de chômage y était de 11,6% surprise, dominé par l’opposition
pas forcément une formation initiale (cf. encadré n°2) entre ceux qui requièrent des ni-
en spécialité médicale ; seulement veaux de qualification très élevés etDans d’autres domaines profes-
30% en sont issus. En revanche, ceux qui emploient majoritairementsionnels, la situation laisse appa-
pour les infirmiers et médecins, ce des personnes pas ou peuraitre simultanément un taux de
taux est supérieur à 90%. À cet effet diplômées. Par ailleurs, un faible ni-chômage important et des offres
de concentration s’ajoute par ail- veau de diplôme est souvent asso-d’emploi non satisfaites, ce qui est
leurs une spécificité forte des filières cié à l’absence de spécialisationle cas dans le bâtiment et dans les
qui alimentent presque exclusive- (formation générale). Ce résultat estmétiers de bouche. Ces situations,
ment les professions de la santé. un artefact qui résulte des règles deen apparence paradoxales, ne
Les raisons de ces positionnements construction de la nomenclature dessont pas toujours réductibles à
sont diverses, et tiennent au fait que spécialités de formation. La corréla-l’inadaptation de l’offre de travail à
certains métiers accueillent plutôt tion est également forte entre un ni-la demande. Elles résultent davan-
une main-d’œuvre de passage sans veau de qualification élevé et la parttage de la prise en compte des
spécialisation particulière (mais pas des jeunes. Cette liaison souligne laconditions de travail, telles que la
nécessairement sans diplôme), que proportion importante occupée parrémunération, la pénibilité ou la lo-
d’autres recrutent majoritairement les travailleurs ayant terminé leurscalisation des activités qui sont au-
du personnel peu qualifié et donc études initiales depuis 10 ans ettant d’éléments qui déterminent les
peu spécialisé ou encore que cer- moins parmi les titulaires dechoix individuels d’activité. Ainsi,
tains métiers voient leur accès parti- diplômes universitaires courts eten Lorraine, l’hôtellerie-restaura-
culièrement réglementé en termes longs. À l’inverse, la part des jeunestion est le domaine professionnel
de spécialité de formation. est faible dans les domaines profes-où la part des moins de 25 ans est
sionnels à faible valeur ajoutée.la plus élevée, avec près d’un actif
Trois explications peuvent êtreUne bonne concordance : occupé sur quatre. Mais dans le
avancées :condition nécessaire même temps, c’est aussi un des
domaines professionnels où la part - Les générations récentes, enmais pas suffisante
des plus de 55 ans est la plus moyenne plus diplômées, aspirent àL’intensité du lien formation-emploi
faible (7,3%), ceci reflétant de for- travailler dans des domaines profes-ne suffit pas toujours à assurer
tes fuites vers d’autres domaines sionnels qui offrent une rémunéra-l’accès à l’emploi, celui-ci résultant
professionnels en cours de car- tion et des conditions d’emploi à laégalement de la confrontation entre
rière. Ces éléments renvoient à la hauteur de l’investissement en édu-une offre et une demande de travail
problématique déjà explorée des cation consenti par leurs parents.surlemarchédel’emploi.
passerelles entre métiers ou do- - Dans certains domaines profes-Les métiers dont l’accès est régle- maines d’activité au cours d’une sionnels ou secteurs d’activité, le re-menté en matière de formation sont carrière professionnelle. nouvellement de la main-d’œuvreparfois confrontés à des
n’a pas été assuré ces dernièresphénomènes de goulot d’étrangle-
Un essai de typologie années, entraînant un vieillissementment : il y a plus de formés que de
de la main-d’œuvre, et une moindredes domainesplaces disponibles. Le système de
représentation des jeunes.professionnelsnumerus clausus, à l’œuvre par
exemple à l’entrée des formations - Certaines familles professionnelles
Afin de fournir une vision plus
préparant aux métiers de la santé, ne sont pas des débouchés naturels
synthétique des domaines profes-
permet ainsi de réguler l’offre de tra- d’insertion dans la vie active mais
sionnels, de leurs caractéristiques et
vail et d’éviter des problèmes de plutôt des choix, ou des non-choix,
de ce qui les oppose ou de ce qui les
débouchés, générateurs de qui interviennent après une pre-
relie, un essai de regroupement à
chômage. Dans ce domaine profes- mière expérience professionnelle. À
partir d’un grand nombre de données
sionnel, le taux de chômage régio- cet égard, les métiers des services
a été mené (analyse multivariée).
nal en 2006 est significativement à la personne sont, plus souvent
Cette analyse permet de positionner
plus faible que dans d’autres sec- que d’autres, occupés par des per-
chaque domaine professionnel selon
teurs : 2,9% contre 9,2% pour l’en- sonnes en reconversion profession-
les spécialités de formation qui l’ali-
semble des travailleurs. nelle ou en reprise d’activité après
mentent, la structure des qualifica-
une longue interruption.En revanche, dès lors que l’offre n’est tions, le taux de féminisation,
pas régulée, l’accès à l’emploi peut Le deuxième axe de structurationl’ancienneté dans la vie active depuis
être rendu difficile par les conditions oppose les activités tertiaires auxla fin d’études initiales, ainsi que les
du marché du travail. Dans le do- activités industrielles. Cette opposi-indicateurs synthétiques de concen-
maine de la mécanique et du travail tion est fortement corrélée avec letration et de spécificité. Les résultats
des métaux, où la concordance for- taux de féminisation, élevé dans lesont permis de dégager trois axes
mation-métier est jugée plutôt forte, services, faible dans l’industrie. Lesprincipaux de structuration des do-
l’offre de travail excède largement la activités tertiaires sont associéesmaines professionnels.
9positivement à des formations occupée régionale. Chacun de ces emplois à durée indéterminée que
jugées plutôt généralistes comme domaines est alimenté par un éven- pour la moyenne des domaines
les sciences humaines ou le droit. tail assez large de formations, qui (90% et plus contre 85%) et le temps
leur sont pour autant plutôt spécifi- complet est la norme pour plus deEnfin, le troisième axe oppose les
ques. La part des jeunes par rapport 90% des travailleurs contre 82,5%domaines professionnels dont le re-
à celle des «anciens» (50 ans et plus) dans l’ensemble des domaines.crutement est très ciblé sur quel-
est particulièrement élevée au seinques spécialités à ceux qui ont un
du domaine informatique. Ceci s’ex- La traditionnellerecrutement plus diversifié.
plique par un fort turn-over de la opposition
main-d’oeuvre, en lien avec le re-Quatre groupes industrie/tertiaire
nouvellement continu des savoirs
cohérents de domaines Deux groupes se structurent à partir(210 jeunes de moins de 30 ans pour
de l’opposition entre des activitésprofessionnels 100 travailleurs de 50 ans et plus).
tertiaires plutôt qualifiées et des do-À partir de ces trois axes, cinq Cette part est équilibrée dans le do-
maines relevant plutôt des activitésgrands groupes de domaines ont maine des études et de la recherche
industrielles traditionnelles. Quatreété dégagés. Parmi ceux-ci, quatre (97 jeunes pour 100 anciens) mais par-
domaines du tertiaire sont ainsi re-sont suffisamment homogènes pour mi les plus faibles chez les
groupés : la gestion et l’administra-pouvoir décrire leur singularité. Le ingénieurs et cadres de l’industrie
tion des entreprises, la fonctionpremier groupe est celui des domai- (63 jeunes pour 100 anciens), notam-
publique et les professions juridi-nes d’expertise, réunissant les acti- ment en raison des modalités de
ques, la banque et l’assurance et levités d’études et de recherche, les progression de carrière qui font que
commerce. Ces domaines d’acti-ingénieurs et cadres de l’industrie et ces emplois sont peu accessibles
vités se distinguent par un recrute-l’informatique. Ce groupe est ca- avec pour seul bagage le diplôme
ment important en sciences humai-ractérisé par une proportion très scolaire ; l’expérience profession-
nes et droit et par une forteforte de diplômés du supérieur, nelle est souvent une condition sine
représentation des femmes, à hau-puisqu’ils représentent plus de 7 ac- qua non pour occuper ces postes,
teur de 60% des travailleurs dans cetifs occupés sur 10 au sein de ce notamment d’encadrement. Les
groupe d’activité contre 45% globa-groupe, contre seulement 3 sur 10 femmes sont en revanche très peu
lement. Le domaine du commercedans l’ensemble de la population présentes, à hauteur de 11,7% chez
se distingue des trois autres domai-active occupée lorraine. Les emplois les ingénieurs et cadres de l’in-
nes, en cela qu’il se caractérise paroccupés sont par ailleurs à forte va- dustrie et de 19,2% au sein des
par la surreprésentation des jeunesleur ajoutée, ce qui explique que deux autres domaines. Ces domai-
de moins de 30 ans par rapport auxplus de 80% des travailleurs de ce nes sont peu concentrés sectorielle-
50 ans et plus (164 jeunes pour 100groupe occupent une position de ment et en termes de conditions
«anciens»), une proportioncadre, contre seulement 20% dans d’emploi, les travailleurs salariés
supérieure de travailleurs nonl’ensemble de la population active sont davantage embauchés sur des
diplômés (20% contre 9,3% au sein du
domaine des banques et assurances,
12,3% dans le domaine de la gestion etÉquilibre intergénérationnel
de l’administration des entreprises et de
16,5% au sein de la fonction publique),
un temps complet moins souventHôtellerie, restauration, alimentation
Informatique observé (75,2% contre 80% ou plus
Électricité, électronique
dans les autres domaines). Hormis le
Commerce
domaine de la gestion et de l’admi-Mécanique, travail des métaux
Bâtiment, travaux publics nistration des entreprises, qui es-
Transports, logistique et tourisme
saime dans un très large éventail de
Santé, action sociale, culturelle et sportive
Communication, information, arts et spectacles secteurs d’activités (le principal étant
Artisanat le commerce, pour 17% d’entre eux),
Maintenance
les autres domaines sont plutôt trèsIndustries de process
Études, recherche concentrés dans quelques secteurs.
Fonction publique, professions juridiques Assez logiquement, c’est dans le
Gestion, administration des entreprises
domaine de la banque et des assu-Banque et assurances
Agriculture, marine, pêche rances que la concentration est la
Matériaux souples, bois, industries graphiques
plus élevée : 73,9% des profession-
Ingénieurs, cadres de l'industrie
nels du domaine travaillent dans leEnseignement, formation
Services aux particuliers et aux collectivités secteur des activités financières et
Politique, religion
d’assurance.
0 50 100 150 200
Les domaines d’activités principa-
Note de lecture : En Lorraine, dans le domaine de l’hôtellerie, de la restauration et de l’alimentation, on comptait, en 2006, 215 jeunes lement industrielles, sont com-
de moins de 30 ans pour 100 travailleurs âgés de 50 ans et plus.
posés du bâtiment et des travaux
Source : Insee, Recensement de la population 2006 publics, de l’électricité et de l’élec-
10

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