Marchés du travail en région Centre dans les années 90 : comment demande d'emploi et emploi offert se sont ajustés

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Durant la décennie quatre-vingt-dix, la population active de la région Centre s'est accrue de 3,9 %. Le renouvellement des générations d'actifs a été le principal facteur de cette croissance. Face à cette hausse de la demande d'emploi, celle de l'offre d'emploi régionale a été en retrait et le chômage a fortement progressé. Au niveau infra-régional, la population active a augmenté dans quinze zones d'emploi sur un total de vingt-trois. Les ajustements entre offre et demande sur ces marchés locaux du travail ont reflété leur plus ou moins grand dynamisme démographique et économique. Pour quelques territoires dans lesquels croissance de la population active et croissance de l'emploi sont allées de pair sans hausse excessive du chômage, de nombreux autres présentent des situations défavorables voire critiques.
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INSEE CENTRE INFO n° 119 Août 2003
n° 119
Août 2003
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Durant la décennie quatre-vingt-dix, la population
active de la région Centre s’est accrue de 3,9 %.
Le renouvellement des générations d’actifs a été
le principal facteur de cette croissance. Face à cette hausse
de la demande d’emploi, celle de l’offre d’emploi
régionale a été en retrait et le chômage a fortement
progressé. Au niveau infra-régional,
la population active a augmenté dans quinze zones
d’emploi sur un total de vingt-trois. Les ajustements entre
offre et demande sur ces marchés locaux du travail ont
reflété leur plus ou moins grand dynamisme
démographique et économique.
Pour quelques territoires dans lesquels croissance
Myriam DEWAS, Stéphane TAGNANI de la population active et croissance de l’emploi sont
allées de pair sans hausse excessive du chômage,
de nombreux autres présentent des situations
défavorables voire critiques.
n 1999, la population active de renouvellement des générations, Les deux autres effets ont joué à la
la région Centre, qui mesure la cette population aurait dû croître de baisse. Les modifications des com-E
population résidante souhaitant 56 600 personnes entre 1990 et portements vis-à-vis du travail ont
travailler, s’élevait à 1 109 300 per- 1999. Les générations nombreuses contribué à diminuer la population
sonnes. Sur la décennie quatre- des enfants et petits-enfants du active de 9 800 personnes. D’un
vingt-dix, elle a crû de 41 900 per- baby-boom ont plus que compensé côté, les entrées plus tardives sur le
sonnes, soit une augmentation de les départs en retraite des classes marché du travail et les départs en
3,9 %. Cette croissance est infé- creuses de l’Avant-guerre. retraite plus précoces ont entraîné
rieure d’un point à la moyenne mé-
tropolitaine et place la région seule-
Une forte augmentation des 44-45 ans durant la décennie 90
ment au quinzième rang des régions
les plus dynamiques, loin derrière la
première, le Languedoc-Roussillon
(+ 10 %).
La population active d’un territoire
varie sous l’effet de trois facteurs :
le renouvellement des générations
d’actifs (effet démographique), le
solde entre installations et départs
d’actifs (effet migrations résidentiel-
les) et les changements dans les
comportements vis-à-vis du travail
mesurés par le taux d’activité. Au
niveau régional, la population active
augmente uniquement grâce à l’ef-
fet démographique. Du seul fait du
Sources : INSEE, recensements de la population 1990 et 1999
MOTS-CLES du THESAURUS INSEE marché du travail, population active, offre d’emploi, demande d’emploi, classe d’âge, migration alternante
INSEE Centre - Service Etudes et DiffusionDirectrice de la publication : Marie-Claude DUTÉRIEZ
ISSN : 0986-976X - Code SAGE : ICI11948 43, avenue de Paris - BP 6719 - 45067 Orléans Cedex 2
1Abonnement : contacter le 02.38.69.53.64 Tél : 02.38.69.52.52 - fax : 02.38.69.53.10 - Internet : http://www.insee.frINSEE CENTRE INFO n° 119 Août 2003
vingt-trois que comprend la région,
la population active augmente dansUNE POPULATION ACTIVE EN FORTE CROISSANCE AU NORD DE LA RÉGION
quinze zones d’emploi. Elle baisse
principalement au sud de la région :
dans les quatre zones du départe-
ment de l’Indre et dans celles de
Vierzon et d’Aubigny-sur-Nère. Au
nord, la demande d’emploi diminue
dans les zones de Nogent-le-Rotrou
et de Châteaudun. Orléans et Tours,
les deux bassins d’emploi les plus
peuplés, concentrent plus de la moi-
tié de l’augmentation de la popula-
tion active régionale.
La progression de l’offre d’emploi
n’a été au niveau de celle de la de-
mande dans aucun territoire : le
chômage s’accroît dans toutes les
zones d’emploi, même s’il est très
proche de la stabilité à Châ-
teaudun. Lorsque la population ac-
tive augmente, l’effet démographi-
que est le facteur le plus important.
Quand elle baisse fortement, cela
Evolution de la population active est dû avant tout à l’effet négatif
par zone d’emploi entre 1990 et 1999 (en %)
des migrations résidentielles. Mais
de 7,2 à 11
les modalités d’ajustement sur le
de 4,2 à moins de 7,2
marché du travail face à la varia-
de 0 à moins de 4,2
tion de la population active diffè-
Sources : INSEE, recensements de la population 1990 et 1999de -4,7 à moins de 0
rent nettement d’une zone d’em-
ploi à l’autre.
DES ZONES D’EMPLOI DYNAMIQUES
une réduction de la période d’acti- Au niveau régional, la croissance de Dans cinq zones d’emploi, dyna-
vité. De l’autre, la progression du la population active s’est accompa- misme démographique et dyna-
taux d’activité des femmes a eu un gnée d’une forte hausse à la fois de misme économique sont allés de
effet positif sur ce volume de la l’emploi et du chômage sur la dé- pair : Amboise, Orléans, Chartres,
demande, mais son impact a été cennie. Face aux 41 900 actifs sup- Pithiviers et Tours. La population
plus faible. De même, par le seul plémentaires, la région n’a offert que active y croît le plus fortement et
effet migrations résidentielles, la 23 000 emplois de plus. En outre, les créations nettes d’emploi sont
population active baisse de 4 900 davantage d’actifs ont trouvé à très importantes. Ces territoires ap-
personnes en raison notamment s’employer en dehors de la région : partiennent aux trois principales
d’un fort excédent des départs sur l’excédent des sorties sur les entrées aires d’influence de la région : la ré-
les arrivées d’actifs aux âges les quotidiennes de travailleurs s’est ac- gion francilienne et les deux pôles
plus jeunes. cru de 1 500 personnes. Mais cette d’emploi d’Orléans et Tours. Ils ont
mobilité géographique supérieure des bénéficié d’un effet démographique
actifs résidants n’a pas été suffisante très positif, la zone de Chartres enUN MARCHÉ DU TRAVAIL
pour ramener l’évolution de l’emploi premier, mais d’autres facteurs ontRÉGIONAL QUI A DU MAL À
au lieu de résidence à un niveau plus joué, à la hausse comme à la baisse.ABSORBER LA DEMANDE CROISSANTE
compatible avec celui de la popula- Pour les zones d’Amboise, d’Or-La population active d’un territoire
tion active. Le chômage a ainsi for- léans et plus encore de Pithiviers,se décompose principalement en
tement progressé : en 1999, la région les migrations résidentielles ont con-actifs en emploi et chômeurs. Parmi
comptait 24 300 chômeurs supplé- tribué à l’augmentation de la popu-les actifs en emploi, certains tra-
mentaires par rapport au début de la lation active. En revanche, la dimi-vaillent dans le territoire, d’autres
décennie. Il faut ajouter à ces don- nution du taux d’activité à Orléansen dehors. Le territoire offre dès
nées la perte de 6 900 militaires du et Tours, zones d’emploi où la po-lors un emploi (au lieu de travail)
contingent. pulation étudiante a augmenté, a euqui est la somme de l’emploi au lieu
un effet inverse.de résidence et de la différence en- Cette analyse de la variation des
tre les entrées et les sorties quoti- composantes de l’offre et de la de- La croissance de l’emploi a été la
diennes d’actifs (solde des navet- mande d’emploi régionales peut être plus forte à Orléans, suivie par
tes domicile-travail). déclinée par zone d’emploi. Sur les Chartres. Mais elle n’a pas été
2INSEE CENTRE INFO n° 119 Août 2003
Bouclage du marché du travail : la quadrature du cercle
attractivité résidentielle. Son dyna-Offre et demande d’emploi entretien- ploi les navettes entrantes. Autre
nent des relations complexes et leurs misme économique, affirmé par des exemple de difficulté à pointer les
créations nettes d’emploi, dépendinteractions étudiées ici échappent à « bonnes » causalités, une augmen-
toute approche déterministe. Elles ne quant à lui du potentiel de création tation du solde des navettes domi-
d’activités « de base » et de leur com-peuvent être appréhendées qu’en ter- cile-travail due à une plus forte pro-
mes de régulations multiples incluant pétitivité, et aussi de la capacité des gression des sorties sur les entrées
services et commerces du territoire àde nombreuses dimensions de la réa- peut traduire à la fois un phénomène
lité socio-économique d’un territoire « retenir » les habitants voire à en at- de « périurbanisation », des actifs ré-
tirer de nouveaux. Les termes destelles que les caractéristiques du mar- sidant au début de la période dans
ché du travail, les politiques de l’em- deux équations qui décrivent la varia- un territoire limitrophe et ayant con-
tion de la population active selon lesploi et, plus globalement, les politiques servé leur emploi, et une difficulté
de développement local. Les ré- deux approches démographique et pour trouver un emploi sur place.
économique entretiennent donc en-flexions suivantes donnent la mesure Dans ce contexte systémique, l’effet
de cette complexité. tre eux des relations complexes. Ainsi démographique (génération) reste le
la croissance de l’emploi tend-elle à plus exogène car l’influence de laL’évolution de la population active d’un
attirer des nouveaux résidents (migra- croissance économique sur la fécon-territoire traduit un dynamisme démo-
tions définitives), mais ces mêmes dité ne se traduit sur le marché dugraphique qui dépend du mouvement
migrants induisent aussi des emplois travail qu’avec un décalage d’aunaturel (solde des naissances et des
de service. De même, la croissance moins 20 ans.décès) et de la structure par âges,
du chômage pousse à la hausse les
mais aussi du solde des migrations (d’après Sud Insee l’essentiel, n° 49, mars 2002)navettes sortantes et celle de l’em-
définitives avec l’extérieur, donc de son
La population active des zones d'emploi entre 1990 et 1999
variation pour 1 000 actifs
VariationContribution de chacun des facteurs
Répartition de la variation des actifsde laà la variation de la population active
Population population
Zone d'emploi active Effet Effet taux Effet active Emploi (lieu Solde desChômage Militaires
en 1999 démographique d'activité migrations 1990-1999* de travail) navettes
1 2 3 4 5 6 7 8
B9ourges 841 93 4319-84 -32 13-6 -
V2ierzon 240 82 32 -177 -94 -29 41-52 -
S2aint-Amand-Montrond 149 90 -31 46-31 12-13 31-72 -
A6ubigny 115 49 -41 -3 -212 -81 1117 -
C2hartres 945 59 80 -04 806610-61 -
D8reux 525 03 181 -6-87 26-02 402 -
C5hâteaudun 214 49 3521 -91 1 191 -
N9ogent-le-Rotrou 165 95 392 -92 -811 3526 -
C7hâteauroux 593 80-21 -852 9 378 -
A2rgenton-sur-Creuse 119 69 -1 -727 -02 -75 14-81 -
I2ssoudun 195 14 -81 -92 28-51 -12 14-8 -
L2a Châtre 131 81 -0-31 -43 -88 -338 - 1
T0ours 1874 47 79-21 -7593824 -6
A7mboise 361 02 72-630111 4333-74 -oches 270 82 13232 13-25 27-95 -
C7hinon 204 53 58 -840203629 -
B8lois 801 02 61-31 -6402431 -7
V8endôme 269 48 15-02 11 -535 27-61 -
R6omorantin 350 99 30 8 473 1428-6 -
O1rléans 1883 70 75-21 25828516 -6
M1ontargis 449 65 23-324421632-6 -
P4ithiviers 236 03 532 42754126-01 - 1
G4ien 267 89 43 -326 27361129 -
Centre 1 109 344 53 - 9 - 5 39 22 23 - 1 - 7
*Colonne 4 = 1 + 2 + 3 = 5 + 6 + 8 - 7 Sources : Insee, recensements de la population 1990 et 1999
3INSEE CENTRE INFO n° 119 Août 2003
Dynamismes démographique et économique très contrastés DES MARCHÉS DU TRAVAIL
MOINS DYNAMIQUES AVEC
DE PLUS FORTES TENSIONS
A l’instar du premier groupe, les zo-
nes d’emploi de Blois, Montargis,
Romorantin, Gien et Chinon se dis-
tinguent par un double dynamisme
démographique et économique sur
la décennie, mais il est moins af-
firmé. Alors que la demande a
moins progressé, le marché du tra-
vail a eu davantage de difficultés à
y répondre. Ces territoires sont des
bassins d’emploi secondaires à l’ex-
ception de la zone de Blois, et tous
se situent dans l’aire ligérienne. Au
sein du groupe, la contribution de
l’effet démographique à la crois-
Sources : INSEE, recensements de la population 1990 et 1999 sance de la population active est en
retrait dans les zones de
Variation de la population active : un fort effet démographique Romorantin et Montargis. En revan-
che, l’attractivité résidentielle y a été
plus importante : l’effet migrations
résidentielles est positif alors qu’il
est nettement négatif dans les zo-
nes de Gien et de Chinon. A Blois,
la baisse du taux d’activité a contri-
bué à minorer la croissance de la
population active.
Face à ce dynamisme modéré de la
demande, des tensions sont appa-
rues sur le marché du travail. La
création d’emplois supplémentaires
a été assez importante pour conte-
nir la progression du chômage dans
la seule zone de Gien. La moindre
croissance de la population active
dans cette zone a aussi joué dans
cette plus faible hausse du chô-
mage. Les navettes sortantes y ont
continué à être supérieures aux na-
vettes entrantes mais l’écart a for-
Lecture : pour la zone d'emploi d'Amboise, l'augmentation de la population active (+ 110 pour 1 000 actifs de 1990) résulte de la
croissance démographique (+ 76 pour 1000), de l'apport de nouveaux résidents (+ 36 pour 1 000) et d'une baisse de la proportion des tement diminué en raison d’une aug-
actifs dans la population totale des 15 ans ou plus (- 2 pour 1 000).
mentation des entrées quotidiennes.
Sources : INSEE, recensements de la population 1990 et 1999
La situation de la zone d’emploi de
Chinon est en partie similaire : dy-suffisante pour répondre à celle de une difficulté pour les résidents à trou-
namisme économique en retrait,la demande dans aucune zone du ver du travail sur place faute d’une
solde négatif des navettes (sortiesgroupe et le chômage s’est accru. offre locale suffisante.
supérieures aux entrées) qui se ré-Le chômage a ainsi augmenté plus La zone de Tours présente une si-
duit en raison d’un surcroît d’en-fortement qu’en moyenne régionale tuation symétrique avec un surplus
trées. Mais, par rapport à Gien, ledans les zones de Tours et surtout d’entrées nettes de travailleurs non-
chômage a davantage progressé,d’Amboise. Dans ce dernier terri- résidents. Mais là-aussi le chômage
traduisant des tensions plus fortestoire, l’excédent croissant des navet- augmente sensiblement. Cet afflux
sur le marché du travail. La dégra-tes sortantes sur les navettes entran- d’actifs en emploi venant d’autres
dation a été la plus importante danstes résulte en grande partie de l’arri- zones aurait donc contribué à ren-
les zones de Montargis et de Blois :vée d’actifs résidant au début de la forcer les tensions sur le marché du
la croissance du nombre de chô-période dans la zone de Tours et travail, contrairement à la zone d’Or-
meurs pour 1 000 actifs y est res-ayant gardé leur emploi dans cette léans qui a mieux supporté le pas-
pectivement la troisième et qua-zone. Mais, compte tenu de la hausse sage d’un solde des navettes légère-
trième plus forte de la région.du chômage, il pourrait aussi pointer ment négatif à un solde positif.
4INSEE CENTRE INFO n° 119 Août 2003
DES ZONES EN RETRAIT : L’ajustement sur les marchés du travail : croissance générale du chômage et baisse de l’emploi au sud
FAIBLE CROISSANCE DE LA DEMANDE
ET BAISSE DE L’EMPLOI
Pour un autre ensemble de territoi-
res, la population active en légère
augmentation a été confrontée à une
baisse de l’offre d’emploi. Ce
groupe comprend les zones de
Dreux, Loches, Saint-Amand-
Montrond, Bourges et Vendôme. Il
rassemble des bassins d’emploi qui
ne sont pas parvenus à tirer profit
d’atouts partagés par des territoi-
res limitrophes ayant à l’inverse
réussi à créer une meilleure dyna-
mique. Ainsi, Dreux appartient aux
franges franciliennes à l’instar de
Chartres ou Pithiviers, Loches est
dans la sphère d’influence de Tours
comme Amboise, Bourges est un
des grands pôles d’emploi de la ré-
Lecture : pour la zone d'emploi d'Amboise, l'augmentation de la population active (+ 110 pour 1 000 actifs de 1990) recouvre une forte croissance
de l'emploi (+ 41 pour 1 000), une moindre hausse du chômage (+ 33 pour 1 000), une forte progression du solde négatif des navettes domicile-gion. La zone de Saint-Amand fait
travail (- 43 pour 1 000, donc davantage de sorties nettes d'actifs résidants) et un retrait des effectifs des militaires du contingent (- 7 pour 1 000).
exception : sa situation reste mal-
Sources : INSEE, recensements de la population 1990 et 1999gré tout plus favorable que celle des
territoires du grand quart sud-est de baisse, traduisant un relatif déclinactive de la zone de Vendôme ré-
la région auquel elle appartient et sulte d’une diminution du taux d’ac- économique. Ce groupe rassemble
dont les difficultés économiques tivité à peine compensée par les les bassins d’emploi les moins im-
sont structurelles. portants de la région en volumedeux autres effets faiblement posi-
L’effet « génération » est le pre- tifs. Ce territoire est ainsi le seul du d’emploi offert : Aubigny-sur-Nère,
mier facteur à l’origine de l’accrois- groupe à bénéficier d’une Issoudun, Nogent-le-Rotrou,
Argenton-sur-Creuse, Vierzon et Lasement de la population active dans attractivité résidentielle.
la seule zone de Dreux où il atteint Châtre.Les marchés du travail reflètent une
son niveau le plus élevé de la ré- situation tendue : l’emploi baisse for- La situation est la plus critique dans
gion. Il traduit en particulier la forte tement et la croissance du chômage les deux derniers territoires.
augmentation du nombre de jeunes est supérieure à la moyenne régio- A Vierzon, le taux d’activité aug-
actifs contrairement à la tendance nale dans quatre zones sur six. mente très légèrement et l’effet dé-
régionale où ce nombre diminue. Seule la zone de Bourges affiche mographique est positif, mais leur
Cependant, cet effet positif est con- des résultats moins défavorables impact sur la croissance de la po-
trebalancé par un défaut avec un emploi qui diminue faible- pulation active est contrecarré par
d’attractivité résidentielle : la baisse ment et un chômage contenu. Mais un très fort défaut d’attractivité ré-
de la population active due au défi- elle ne profite pas du dynamisme sidentielle : la contribution négative
cit des installations définitives sur les économique lié au mouvement de de l’effet migrations résidentielles
départs y est une des plus élevées concentration des emplois dans les est la plus élevée de la région. Dans
de la région. grandes agglomérations à l’instar la zone de La Châtre, les trois ef-
des autres métropoles régionales. fets, démographique, migrations ré-A l’inverse, l’effet démographique
sidentielles et taux d’activité, sontest fortement négatif dans la zone Partout les sorties quotidiennes
négatifs et proches. En fait, ce ter-de Saint-Amand et sa population d’actifs résidants ont davantage
ritoire serait entré au cours de laactive ne s’accroît qu’en raison augmenté que les entrées, témoi-
décennie dans une phase de déclind’une hausse importante du taux gnant de l’importance des territoi-
structurel alors que la zone de Vie-d’activité, la première de la région. res limitrophes dans la régulation de
rzon connaîtrait une grave crise éco-Dans les zones de Bourges et sur- ces marchés du travail. Ceci est par-
nomique non encore résolue.tout de Loches, le taux d’activité ticulièrement vrai pour la zone de
augmente du fait d’une progession A côté de Vierzon, l’effet « géné-Loches qui conjugue forte baisse de
de l’activité des femmes plus forte ration » est positif uniquement dansl’emploi, hausse limitée du chômage
qu’en moyenne régionale. L’effet la zone de Nogent-le-Rotrou, maiset progression importante de l’ex-
des migrations résidentielles, très les deux autres effets y sont néga-cédent des navettes sortantes sur
élevé à Bourges, contribue à accroî- tifs : la baisse du taux d’activité yles navettes entrantes.
tre la demande d’emploi, et l’apport est notamment la plus forte de la
des générations d’actifs est positif DES TERRITOIRES EN PERTE DE VITESSE région. Seules les zones d’Aubigny
contrairement à Saint-Amand. La Dans six zones d’emploi, la de- et surtout d’Issoudun continuent
quasi-stagnation de la population mande et l’offre d’emploi sont en d’exercer une certaine attractivité
5INSEE CENTRE INFO n° 119 Août 2003
aussi différents. Dans la zone derésidentielle qui contrebalance le vanche, à Nogent, le solde des na-
Châteauroux, l’excédent des na-défaut de nouvelles générations vettes domicile-travail est positif
vettes entrantes sur les navettesd’actifs. (entrées supérieures aux sorties) et
sortantes augmente très fortement.augmente fortement : ce territoireL’emploi baisse le plus fortement
Ce pôle d’emploi exerce une at-s’est renforcé au cours de la dé-dans les deux zones de Vierzon et
traction importante sur les territoi-cennie en tant que pôle d’emploiLa Châtre : elles ont perdu chacune
res proches, entraînant de fortessecondaire très influent sur les zo-un emploi sur dix sur la décennie.
tensions qui se traduisent par unenes limitrophes, mais la croissanceLa situation du chômage semble
hausse légère du chômage malgrésensible du chômage traduirait uneconfirmer l’hypothèse déjà avancée
des créations nettes d’emploi et laaggravation des tensions entre l’of-sur les différences de positionne-
troisième plus forte baisse de lafre et la demande.ment relatif des deux territoires. En
population active. Cette situation
effet, rapporté au nombre d’actifs,
DEUX ZONES D’EMPLOI ATYPIQUES : traduirait la position dominante de
le chômage augmente le plus, de
CHÂTEAUROUX ET CHÂTEAUDUN ce territoire dans un environnement
toutes les zones d’emploi de la ré-
Les deux zones d’emploi de Châ- pauvre en emploi, draînant par con-
gion, à Vierzon alors que cette
teauroux et Châteaudun conjuguent séquent une main-d’œuvre non ré-
hausse est la deuxième la plus fai-
baisse de la population active et sidente qui entre en concurrence
ble à La Châtre. Enfin, dans cette
hausse de l’emploi. La dynamique avec les actifs résidants, et une cer-
dernière zone, l’excédent des navet-
de l’offre est donc peu dépendante taine inadéquation de la main-
tes sortantes sur les navettes entran-
de la demande locale. A l’origine de d’œuvre locale à la demande.
tes s’est fortement accru.
la baisse de la population active, plus
A Châteaudun, le chômage est qua-
Deux zones du groupe font excep- forte à Châteauroux qu’à Châ-
siment stable sur la décennie et
tion en matière de déplacements teaudun, l’apport dû au renouvelle-
l’excédent des sorties sur les en-
domicile -travail. A Aubigny, le solde ment des générations d’actifs est
trées quotidiennes d’actifs se ré-
est négatif (sorties supérieures aux neutralisé en premier par un fort
duit modérément. Les tensions y
entrées) mais l’écart diminue : la effet migrations résidentielles néga-
sont donc moins importantes et la
hausse modérée du chômage pour- tif pour Châteauroux et par la baisse
plus faible diminution de la popula-
rait signifier que son marché du tra- du taux d’activité pour Châteaudun.
tion active reflèterait une situation
vail aurait eu recours à davantage
Du point de vue du marché du tra- du marché du travail plus équili-
de non-résidents faute d’une main-
vail, les mécanismes en jeu sont là- brée.
d’œuvre locale suffisante. En re-
Sources, champ, méthodologie
Les données sont issues des recense- que décrit la variation d’actifs fournie par territoires entrent travailler (navettes en-
ments de la population 1990 et 1999 (ex- le seul renouvellement des générations trantes). Au total, le territoire offre un em-
ploitations complémentaires). La popula- d’actifs sous l’hypothèse du maintien à ploi dit au lieu de travail, somme de l’emploi
tion active comprend les personnes l’identique des pratiques d’entrée et de sortie au lieu de résidence et du solde des navet-
âgées de 15 ans ou plus exerçant une sur le marché du travail et en l’absence de tes domicile-travail (navettes entrantes
activité professionnelle, les demandeurs migrations définitives. L’effet migrations moins navettes sortantes).
d’emploi et les militaires du contingent. Le résidentielles mesure l’impact des mou-
Dès lors, la variation de la
taux d’activité est la part de ces person- vements de population entre les territoires,
population active sur une période
nes actives dans la population totale de 15 défini comme la différence entre la popula-
peut s’étudier en confrontant les
ans ou plus. La distinction entre le lieu de tion observée en fin de période et la popu-
deux équations suivantes qui résument
travail et le lieu de résidence des actifs en lation attendue par le strict vieillissement
les deux points de vue démographique et
emploi permet de mettre en évidence les de la population de début de période, sous
économique :
navettes domicile-travail sur un terri- l’hypothèse d’un même comportement d’ac-
effet démographique +toire donné. Le chômage est entendu au tivité entre migrants et non migrants. Enfin,
effet migrations résidentielles +sens du recensement et non au sens du l’effet taux d’activité mesure la variation
effet taux d’activité =Bureau international du travail (BIT) : il est de la population active fournie par les seuls
variation de l’emploi (lieu de travail) +déclaratif et ne tient pas compte de l’ins- changements de comportement d’activité.
variation du chômage +cription ou non à l’Agence nationale pour
En regard de ce point de vue démographi- variation des effectifs des militaires -l’emploi (ANPE). Les migrations résiden-
que, tout territoire peut être considéré du variation du soldetielles ne prennent en compte que les dif-
point de vue du marché du travail. La des navettes domicile-travailférences de lieu de résidence entre le dé-
population active résidante, qui constitue (entrantes - sortantes)but et la fin de la période considérée.
la demande d’emploi, se répartit en popula-
Pour faciliter la lecture et lesLa population active dans un territoire en- tion active en emploi dit au lieu de résidence,
comparaisons des zones d’emploi entretre les deux recensements varie sous l’ef- chômeurs et militaires du contingent. Cer-
elles, ces deux décompositions sontfet de trois facteurs dont les influences tains résidents travaillent en-dehors du ter-
exprimées en millièmes de la populationrespectives peuvent être distinguées dans ritoire : ils effectuent des navettes sortan-
active de 1990.un modèle explicatif. L’effet démographi- tes. A l’inverse, certains résidents d’autres
Pour en savoir plus
« L’évolution des marchés locaux du travail de 1962 à 1999 : quatre grands types de zones d’emploi », Insee première, n° 908, juillet 2003.
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