Pauvretés et Territoires en Nord-Pas-de-Calais : Les minima sociaux, reflets de pauvretés plurielles

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Au sein du dispositif des aides sociales en France, un ensemble d'allocations est communément regroupé sous la dénomination de minima sociaux pour désigner les aides spécifiquement conçues pour répondre aux difficultés économiques ou sociales des ménages en situation précaire. Prestations sociales non contributives, c'est-à-dire sans contrepartie de cotisations, les minima sociaux sont attribués sous conditions de ressources, en vue d'assurer à l'allocataire et à sa famille un revenu minimum. Dès lors, une première mesure de la pauvreté s'appuie sur le dénombrement des allocataires de minima sociaux, connus et suivis régulièrement par les organismes en charge de verser les aides. Une mesure qui permet en outre de connaître, selon le minimum social versé, les caractéristiques individuelles ou familiales accentuant la précarité : l'absence d'insertion professionnelle, le chômage de longue durée, la monoparentalité, le handicap ou encore la fin de la vie active. À travers une lecture raisonnée de cinq minima sociaux parmi les plus fréquemment versés ­ le revenu minimum d'insertion, l'allocation spécifique de solidarité, l'allocation de parent isolé, l'allocation aux adultes handicapés et le minimum vieillesse ­ les développements suivants visent à identifier les spécificités du Nord-Pas-de-Calais face à ces formes de pauvreté reconnues et prises en charge par les pouvoirs publics.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Les minima sociaux, reflets de pauvretés plurielles
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Les minima sociaux, reflets de pauvretés plurielles
u sein du dispositif des aides sociales en France, un ensemble d’allocations est communément regroupé sous la dénomination de minima sociaux pour désigner les aides spécifiquement conçues pour répondre aux dif-c’esAt-à-dire sans contrepartie de cotisations, les minima sociaux sont attribués sous conditions de ressources, en vue ficultés économiques ou sociales des ménages en situation précaire. Prestations sociales non contributives, d’assurer à l’allocataire et à sa famille un revenu minimum. Dès lors, une première mesure de la pauvreté s’appuie sur le dénombrement des allocataires de minima sociaux, connus et suivis régulièrement par les organismes en charge de verser les aides. Une mesure qui permet en outre de connaître, selon le minimum social versé, les carac-téristiques individuelles ou familiales accentuant la précarité : l’absence d’insertion professionnelle, le chômage de longue durée, la monoparentalité, le handicap ou encore la fin de la vie active. À travers une lecture raisonnée de cinq minima sociaux parmi les plus fréquemment versés – le revenu minimum d’in-sertion, l’allocation spécifique de solidarité, l’allocation de parent isolé, l’allocation aux adultes handicapés et le mini-mum vieillesse – les développements suivants visent à identifier les spécificités du Nord-Pas-de-Calais face à ces for-mes de pauvreté reconnues et prises en charge par les pouvoirs publics.
INSEE Nord-Pas-de-Calais
L e RMI, minimum social le plus fréquemment versé
Depuis sa création le 1er décembre 1988, le revenu minimum d’insertion (RMI) est devenu le minimum social le plus fréquemment versé. Il garantit des ressources minimales à toute personne d’au moins 25 ans, ou ayant à charge des enfants, qui s’engage à rechercher activement un emploi lors de la signature d’un contrat d’insertion. Dans un contexte de montée du chômage, en particulier du chômage de longue durée, le dispositif du RMI a vu son audience croître continûment. Lorsque la responsabilité du RMI a été transférée aux conseils généraux en 2004, la région Nord-Pas-de-Calais comptait ainsi 108000 allocataires.
Le soutien financier assuré par le RMI est dès lors considérable : en tenant compte des familles des allo-cataires, c’est plus de 240000 habitants de la région qui vivent dans un foyer touchant cette aide, soit envi-ron 6,9 % de la population régionale âgée de moins de 65 ans. Seul le Languedoc-Roussillon(cf. carte 1) connaît une part plus importante de personnes couvertes par le RMI dans sa population (7,4 %).
Des contrastes au sein de la région sont toutefois à noter(cf. carte 2). Dans les grandes aggloméra-tions, et en particulier dans l’arc minier, la part de la population couverte par le RMI peut dépasser les 10 %. C’est également le cas dans le sud du département du Nord, à l’instar des cantons autour de Hautmont, de Trélon ou du Cateau-Cambrésis, ou encore dans des espaces ruraux et isolés du Pas-de-Calais, dans les cantons d’Auxi-le-Château, d’Hesdin, ou du Parcq. À l’inverse, en Flandre-Lys, dans la gran-de couronne de la métropole lilloise et de celle d’Arras, le RMI couvre moins de 3 % de la population.
Les allocataires du RMI ont un profil socio-démographique spécifique, que l’on retrouve en Nord-Pas-de-Calais comme partout ailleurs. Il s’agit soit de personnes isolées, pour la plupart des hommes, soit de familles monoparentales, pour la plupart des mères élevant seules leurs enfants. Les couples y sont donc relativement moins nombreux.
Plus jeune région de France, le Nord-Pas-de-Calais compte relativement plus de jeunes RMIstes qu’ailleurs : près de 25 % ont moins de 30 ans, 2 points de plus qu’en moyenne nationale. Ce qui signale également les difficultés rencontrées pour faire son premier pas dans le marché du travail local. À l’inverse, dans les régions du Sud, le profil des RMIstes se tourne vers des âges plus élevés : en Languedoc-Roussillon et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, moins de 20% des RMIstes ont moins de 30 ans.
Prévu initialement comme une aide temporaire pour faciliter la réinsertion professionnelle, force est de constater que le RMI est, bien souvent, versé pour une longue durée. Les sorties du dispositif restent peu nombreuses : dans le département du Nord, près de 56 % des RMIstes le sont depuis au moins deux
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ans, et près de 62 % dans le département du Pas-de-Calais. Cette analyse est confirmée pour les allo-cataires du RMI depuis une très longue durée : le Nord-Pas-de-Calais compte 34% de RMIstes qui le sont depuis plus de cinq ans, contre 32 % en moyenne nationale.
Carte 1.PART DE LA POPULATION COUVERTE PAR LE RMI
Carte 2.NOMBRE D’ALLOCATAIRES DU RMI ET PART DE LA POPULATION COUVERTE
 IGN  Insee 2005 Sources : Caf 2004, MSA 2003, Insee  Recensement de la population 1999
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Des spécificités se dessinent selon les territoires, et font apparaître une géographie particulière (cf. carte 3). Ainsi, des zones comptant peu de RMIstes, comme les zones plus rurales de l’Arrageois, du Montreuillois et du Boulonnais, se caractérisent cependant par un profil d’allocataires de longue durée. Le bassin minier est scindé en deux parties, avec à l’ouest, entre Béthune et Lens, un poids plus impor-tant des RMIstes de longue durée qu’entre Douai et Valenciennes. Dans le Dunkerquois et en Flandre-Lys, le RMI, déjà moins souvent versé qu’ailleurs, est en moyenne de plus courte durée, signe d’une réin-sertion professionnelle plus rapide, ou plus fréquente.
’ASS, L un pont vers la retraite
L’allocation spécifique de solidarité (ASS), créée en 1984 et gérée par les Assedic, est une allocation destinée aux chômeurs ayant épuisé leurs droits au régime d’assurance chômage. Conçue pour répond-re aux difficultés liées à l’activité professionnelle, elle présente une géographie identique à celle du RMI, avec une proportion plus élevée d’allocataires dans les villes-centres, l’arc minier et l’Avesnois.
Pour autant, ASS et RMI ne couvrent pas les mêmes populations. Pour devenir allocataire de l’ASS, il est ainsi nécessaire de justifier au minimum de cinq ans d’activité salariée dans les dix ans précédant la fin du contrat de travail. De la sorte, l’ASS se destine à des personnes ayant eu une insertion profession-nelle durable par le passé. Une telle condition n’existe pas pour l’attribution du RMI, qui compte parmi ses allocataires une part importante de jeunes actifs n’ayant jamais travaillé, comme d’actifs plus âgés ayant eu une insertion professionnelle en pointillé.
Les deux minima n’ont d’ailleurs pas la même audience : l’ASS compte 30 000 allocataires, un chiffre en baisse depuis cinq ans, alors que le nombre de RMIstes ne cesse de croître. Les allocataires de l’ASS sont en effet relativement âgés – la moitié ont plus de 50 ans – et sortent « naturellement » du disposi-tif une fois l’âge de la retraite venu. C’est d’ailleurs dans cet esprit que les allocataires âgés de 55 ans ou plus sont dispensés de rechercher un emploi.
Carte 3.PART DES ALLOCATAIRES DU RMI QUI LE SONT DEPUIS AU MOINS DEUX ANS
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L’enjeu du RMI pour les conseils généraux
Quinze ans après la création du revenu minimum d’insertion, la loi du 18 décembre 2003 a transféré l’intégralité de la mise en oeuvre du RMI aux départements.Yves Schaeffer, directeur général adjoint chargé de l’Action sociale au conseil général du Nord, présente les enjeux posés par la réforme pour les départements.
Les conseils généraux ont, depuis deux ans déjà, la charge de l’allocation, dont la responsabilité relevait auparavant de l’État. Seules la fixation du barème et les conditions d’attribution restent du ressort de l’État.
Le premier enjeu, c’est bien sûr celui du financement d’une prestation qui est versée, pour prendre l’exemple du départe-ment du Nord, à plus de 70 000 foyers. La loi précise que « tout transfert de compétences entre l’État et les collectivités ter-ritoriales s’accompagne de l’attribution de ressources équivalentes à celles qui étaient consacrées à leur exercice ». Cependant, quand le nombre d’allocataires ne cesse de croître – il était encore en hausse de 7 % dans le département du Nord en 2005 – le Conseil général est contraint de compenser ce qui ne devrait être que de coûteuses avances budgétaires, en attendant que l’État ajuste éventuellement les dotations en conséquence. Je parle ici d’avances portant sur plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce qui laisse perplexe sur les conditions de ce transfert de compétences : les départements où les difficultés sociales sont les plus grandes se voient confrontés à des contraintes financières accrues.
Second enjeu, de taille : comment conduire des actions sociales permettant de prendre au mieux en compte les spécificités des territoires ? Comment adapter les dispositifs d’accompagnement ? Comme cette étude le montre, la pauvreté rencon-trée en Flandre-Lys a peu de points communs avec celle rencontrée dans les grandes métropoles : dans un cas, elle est rela-tivement éparse et touche principalement des familles nombreuses et des travailleurs modestes, dans le second cas, elle est plus concentrée et concerne davantage des familles monoparentales. Les conseils généraux ont besoin d’outils tels que cette étude, qui viennent objectiver, étayer, approfondir la connaissance qu’ont les acteurs locaux de leurs territoires, pour à la fois répondre à leurs spécificités et assurer une équité de traitement.
Avec sa fonction de « pont » entre une fin d’activité prématurée et l’âge légal de la retraite, l’ASS a une vocation d’insertion économique moindre que le RMI. Le montant des allocations est d’ailleurs plus élevé : pour une personne seule, le versement mensuel est proche de 960 euros pour l’ASS, contre 420 euros pour le RMI (valeurs en 2004).
’API L et la place des jeunes mères seules
L’allocation de parent isolé (API) vise à apporter une aide temporaire aux personnes veuves, divor-cées, séparées ou célibataires qui assument seules la charge d’au moins un enfant, c’est-à-dire qui ne per-çoivent pas de pension alimentaire. Ce droit est également ouvert aux femmes enceintes seules.
Créée en 1976, l’allocation de parent isolé a été versée à un nombre fortement croissant d’allocatai-res. Ce mouvement était la conséquence logique d’une hausse des divorces et séparations : entre les recensements de 1982 et 1999, la part des familles monoparentales a en effet plus que doublé, passant de 6,5 % à 13,5 % des familles de la région.
Depuis, le nombre d’allocataires s’est stabilisé res mères ont touché l’API en 2004.
: en Nord-Pas-de-Calais, près de 22
000 parents ou futu-
Rapporté au champ des ménages potentiellement éligibles pour ce dispositif, le poids de l’API revêt une importance particulière dans la région : plus de 19 % des familles monoparentales du Nord-Pas-de-Calais touchent l’API, contre 11 % en moyenne métropolitaine.
Outre les difficultés économiques plus marquées dans la région, des éléments démographiques expli-quent cette spécificité. Dans la région la plus jeune de France, le nombre de jeunes mères seules est plus élevé qu’ailleurs – or ces dernières constituent la cible première de l’API. De sorte que la part des moins de 20 ans parmi les bénéficiaires de l’API est la plus élevée des régions françaises : 11 % contre 9 % en moyenne nationale. De plus, dans la région, la maternité survient plus tôt dans la vie des femmes. Dans 3,6 % des naissances enregistrées en 2004 en Nord-Pas-de-Calais, la mère a moins de 20 ans, contre 2,0 % en moyenne nationale. À ces jeunes âges, la maternité s’accompagne bien souvent d’une précarité finan-cière.
La géographie de l’API se rapproche de celle des bénéficiaires du RMI. Toutefois, le profil des alloca-taires de l’API peut varier d’un territoire à l’autre. Dans le bassin minier par exemple, les allocataires sont plus souvent de jeunes et très jeunes mères, qui ont vécu seules leur grossesse. À l’inverse, dans les prin-cipales villes de la région, les allocataires et leurs enfants sont plus âgés : l’API y est plus souvent versée au titre d’un divorce récent.
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’AAH, une aide plus présente L dans les espaces ruraux
L’allocation aux adultes handicapés (AAH), issue de la loi d’orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées, est versée à près de 61 000 foyers du Nord-Pas-de-Calais. La part des allocataires de l’AAH dans la population régionale ressort à un niveau comparable à celle mesurée France entière. Elle est par ailleurs bien moindre que celle observée dans les régions plus âgées et plus rurales, comme le Limousin, l’Auvergne et la Corse.
L’obtention de l’AAH dépend en premier lieu de la sévérité du handicap. Ainsi, une personne avec un taux d’incapacité supérieur ou égal à 80 % est directement éligible pour le dispositif. Lorsque le han-dicap est moindre, avec un taux d’incapacité compris entre 50 % et 79 %, l’AAH est accordée si la per-sonne est reconnue être dans l’incapacité d’occuper un emploi du fait de son handicap. Dès lors, la déci-sion ne repose plus seulement sur le barème du handicap mais aussi sur des critères d’employabilité, non codifiés, et pouvant en particulier dépendre du marché local de l’emploi. Ainsi, l’AAH est accordée plus fréquemment dans les espaces où l’intensité du chômage rend particulièrement difficile l’accès à un emploi, ou encore dans les espaces où la distance à l’emploi devient un obstacle infranchissable (cf. carte 4).
Des différences territoriales apparaissent également en fonction du tissu social à l’œuvre et de l’i-mage véhiculée par les différents minima sociaux : dans les territoires ruraux en particulier, bénéficier de l’AAH est plus « acceptable » que de bénéficier du RMI. En Nord-Pas-de-Calais, ces différents facteurs se retrouvent conjugués dans les cantons de l’Artois-Ternois, où apparaît un poids relativement marqué de l’AAH versée « pour motif économique ».
Jusqu’alors liée aux décisions des commissions techniques d’orientation et de reclassement profes-sionnel (Cotorep), l’attribution de l’AAH est désormais prise en charge par les « maisons du handicap ». La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, prévoit dans chaque département la création d’une « maison du handicap », mise en place par le conseil général et interlocutrice unique de la personne handicapée pour l’orienter et lui permettre l’accès à l’ensemble des droits et prestations auxquels elle peut prétendre. Une reforme institutionnelle dont les conséquences sur la place de l’AAH restent à préciser en fonction des orienta-tions politiques : l’allocation sera-elle recentrée sur les incapacités les plus lourdes ? Ou continuera-t-elle à jouer une fonction d’amortisseur dans les zones isolées en difficultés économiques ?
CARTE 4.TAUX D’ALLOCATAIRES DE L’AAH POUR UN TAUX D’INCAPACITÉ DE 50% À 79%
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a pauvreté des personnes âgées en recul – L jusqu’à quand ?
Le minimum vieillesse est le plus ancien des minima sociaux. Institué en 1952, le minimum vieillesse prit tout d’abord la forme d’une allocation spéciale vieillesse destinée aux personnes âgées de plus de 65 ans ne relevant d’aucun régime de retraite. À partir du 1er janvier 1994, la création du Fonds de soli-darité vieillesse (FSV) a permis d’étendre le versement du minimum vieillesse aux personnes affiliées à des régimes de retraite qui perçoivent de faibles pensions.
Depuis désormais quarante ans, le nombre d’allocataires du minimum vieillesse ne cesse de diminuer, en France comme dans la région, où il est passé de 61 000 personnes en 1984, à 25 800 en 2004. La bais-se globale du nombre des personnes touchant cette allocation s’explique par l’amélioration progressive des retraites. Au cours de leurs carrières, les plus jeunes générations se sont toutes affiliées à un régime de retraite, les femmes ont été plus nombreuses à travailler et donc à cotiser, les dispositifs d’assurance des régimes les moins généreux se sont améliorés.
Parmi les habitants du Nord-Pas-de-Calais âgés de plus 65 ans, la part des allocataires du minimum vieillesse est ainsi passée de plus de 10,0 % en 1984 à environ 4,5 % aujourd’hui. Au contraire, dans des régions rurales de l’Ouest et du Sud-Ouest de la France, les situations de pauvreté chez les personnes âgées sont restées nombreuses : 8,2 % des personnes âgées de 65 ans ou plus bénéficient du minimum vieillesse en Limousin, 8 % en Midi-Pyrénées, 7,5 % en Languedoc-Roussillon(cf. carte 5).
À la différence de ces régions ayant connu, dans un passé plus ou moins proche, une économie majo-ritairement agricole et artisanale, le Nord-Pas-de-Calais profite encore de son histoire industrielle : les salariés de l’industrie ont en effet été affiliés au régime général de retraite depuis sa création.
Le minimum vieillesse concerne avant tout les générations les plus anciennes : parmi les retraités dans la tranche d’âge des 65-80 ans, près de 3% connaissent des difficultés financières, contre près de 6% au-delà de 90 ans. Non pas que l’exposition à la pauvreté augmente, chez les retraités, avec l’âge : ce résul-tat correspond à l’évolution du contexte social et économique d’une génération à une autre. Les géné-rations les plus anciennes ont bénéficié de niveaux de pension moins favorables que leurs cadettes. Et cet effet de génération se ressent tout particulièrement pour les femmes.
Il faut à cet égard noter que la pauvreté des personnes âgées est avant tout une pauvreté des fem-mes âgées – et principalement des veuves et divorcées. Plusieurs phénomènes sont à l’œuvre pour expli-quer ce constat. Un aspect démographique tout d’abord : les femmes, de par leur espérance de vie plus
Carte 5.PART DES ALLOCATAIRES DU MINIMUM VIEILLESSE DANS LA POPULATION ÂGÉE DE PLUS DE 65 ANS
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grande, sont sur-représentées dans l’ensemble de la population âgée. Un aspect économique ensuite : les femmes ont longtemps bénéficié d’une retraite en moyenne plus faible que celle des hommes, de par une moindre implication sur le marché du travail. Près d’une femme de plus de 65 ans sur dix n’a pas eu de travail auparavant, et touche simplement, au décès du mari, une pension de réversion.
À l’échelle des territoires, la pauvreté des personnes âgées ne se superpose pas à la pauvreté des ménages plus jeunes. Dans les banlieues résidentielles et les conurbations industrielles, comme la ban-lieue de la métropole lilloise, le bassin minier, l’Arrageois, le Cambrésis, le Boulonnais, les plus de 65 ans perçoivent moins souvent le minimum vieillesse. La population âgée ouvrière ou employée bénéficie en effet de retraites supérieures au seuil de ce minimum. Il faudra cependant examiner à l’avenir, sur les espaces tels que l’ancien bassin minier, l’évolution des ressources des personnes âgées. Une activité pro-fessionnelle insuffisante ou irrégulière pourrait en effet conduire à un moindre niveau de retraite par rapport à des aïeux qui furent moins confrontés au chômage.
Dans les cantons ruraux, la part de la population étant allocataire du minimum vieillesse est relati-vement élevée : un noyau dans le Pas-de-Calais – composé des cantons d’Hucqueliers, de Fruges, de Fauquembergues, d’Heuchin, de Saint-Pol-sur-Ternoise, d’Aubigny-en-Artois et d’Avesnes-le-Comte – fait apparaître une proportion d’allocataires supérieure à 5 %.
Les seniors des villes-centres ont relativement plus souvent recours au minimum vieillesse. L’intensité varie d’une ville à l’autre. Sur Roubaix, par exemple, la part des allocataires du minimum vieillesse parmi les personnes âgées atteint 10 %, alors qu’elle se situe aux environs de 3 % à Calais ou à Lens.
C omment mesurer l’évolution de la pauvreté ?
Ayant balayé les principaux minima sociaux, nous pouvons faire les comptes. Près de 430 000 habi-tants du Nord-Pas-de-Calais vivent dans un foyer couvert par le RMI, l’ASS, l’AAH ou l’API (ces minima s’excluant l’un l’autre). Cela représente près de 12,5 % de la population régionale âgée de moins de 65 ans. S’y ajoutent 25 800 allocataires du minimum vieillesse, soit 4,5% des personnes âgées de plus de 65 ans. Des chiffres qui témoignent, en Nord-Pas-de-Calais plus qu’ailleurs, d’un enjeu économique et social considérable posé par la pauvreté.
Pour autant, un acteur public ne peut se contenter de la connaissance apportée par cette analyse. Le nombre d’allocataires des minima sociaux, largement tributaire des changements institutionnels, ne peut être utilisé pour construire un « tableau de bord » sur l’évolution de la pauvreté(cf. graphique). Voir dans le triplement du nombre de RMIstes depuis sa mise en place une pauvreté trois fois plus présente serait une erreur : le dispositif a connu une montée en charge, et son audience s’est élargie.
Graphique.Évolution du nombre d’allocataires de minima sociaux en Nord-Pas-de-Calais
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Le nombre d’allocataires ne permet pas non plus d’effectuer des comparaisons internationales : chaque pays a son propre dispositif d’aides sociales, dont la définition est plus ou moins large. En Belgique, par exemple, le minimex (ou revenu d’intégration) est à la fois plus ouvert et plus généreux que le RMI : il peut être versé dès 18 ans, et dépasse les 600 euros pour une personne seule. Enfin, l’analyse permise par les minima sociaux n’épuise pas la question des contours de la pauvreté. Y échappe tout d’abord la très grande pauvreté, celle des personnes vivant dans la rue et n’ayant pas recours au minimum social auquel ils ont pourtant droit. Une enquête réalisée par l’Insee en 2001 auprès des personnes utilisatrices des services d’hébergement et de distribution de repas chauds indique qu’u-ne personne sans domicile fixe sur deux n’a pas recours à un minimum social. Certaines populations vivant en communauté et dont les ressources sont très faibles, comme les personnes incarcérées, ne sont pas non plus prises en compte dans les résultats présentés jusqu’ici. À l’inverse, des ménages dont les revenus sont supérieurs aux seuils d’attribution des minima sont eux-aussi confrontés à la pauvreté. Ne parle-t-on pas, pour les actifs aux rémunérations les plus faibles, de « travailleurs pauvres » ? Comment, dès lors, arrêter les contours pour définir et mesurer la pauvreté – a fortiori, pour mettre en œuvre les politiques permettant de la réduire ?
La grande exclusion
Sœur Irène Devos, ancienne présidente de la communauté Magdala, aujourd’hui membre du Conseil économique et social régional, ne cesse de le dire : «aider les plus démunis à s’en sortir, c’est possible ».
L’association Magdala est née du refus de laisser de côté les personnes les plus démunies. Celles qui ne sont pas intégrées dans la société : soit parce qu’elles sont à la rue, comme les sans domicile fixe, soit parce qu’elles sont confinées dans des espaces isolés, comme les personnes incarcérées. Celles qui d’ailleurs échappent au regard porté par cette étude, faute de statistiques disponibles.
Nous nous efforçons d’oeuvrer avec nos moyens, c’est-à-dire par l’écoute et le partage. L’association Magdala essaie de trouver des logements à ceux qui n’en ont pas, et propose des lieux d’accueil. Plus encore, nous essayons de construire une famille de cœur.
Souvenez-vous de la parole de l’Abbé Pierre : « la plus grande pauvreté, c’est d’être inutile ». Dans la communauté, les personnes accueillies peuvent prendre la parole, et construire des projets. C’est incroyable l’énergie que les membres de l’association peuvent mobiliser pour participer ou monter des spectacles – dès lors qu’ils peuvent donner du sens à leur existence.
Ce passage de l’errance à l’espoir, je l’ai également croisé dans les prisons. Avec des femmes en pri-son, nous avons essayé de remplir le temps carcéral, vide et mortifère, par des ateliers de lecture et d’écriture, par un temps d’apprentissage et de création. Toutes avaient, au début, d’importantes difficultés pour lire ou écrire. Et pourtant, toutes ont apporté leur parole dans un recueil de poésie, «cris et murs-murs», qui est né au fil de ces ateliers. Ces poèmes symbolisent simplement le sens que ces femmes ont pu redonner à leur vie – et je l’espère, la fin de leur exclusion.
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