Quarante ans d'emploi industriel en Haute-Normandie : Un recul marqué depuis 1974

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L'évolution de l'emploi industriel depuis le début des années soixante se décompose en deux périodes : une forte croissance jusqu'en 1974, suivie d'un recul marqué depuis. Ce déclin est plus accentué en Seine-Maritime que dans l'Eure, ce qui s'explique par les spécialisations initiales de ces deux départements et par un rythme de renouvellement du système productif différent. Contrairement à ce qui s'est passé dans l'Eure, le déclin du textile-habillement n'a pas été relayé par une réindustrialisation suffisante en Seine-Maritime.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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QUARANTE ANS D’EMPLOI INDUSTRIEL EN HAUTE-NORMANDIE
Un recul marqué depuis 1974
Martial MAILLARD
dans les établissements pérennes et l’im-L’évolution de l’emploi industriel
BRIDGE
pact du solde entre créations et cessa-depuis le début des années
tions d’établissements. Les données sta- La Base Relationnelle Interrégionale de
soixante se décompose en deux Données sur les Grands Etablissementstistiques montrent que, dans les faits, elle
(BRIDGE) enregistre l’évolution depuispériodes : une forte croissance dépend essentiellement des variations
l’exercice 1961 des principales caractéristi-
des effectifs dans les établissementsjusqu’en 1974, suivie d’un recul ques des grands établissements de
existants. En effet, l’ampleur des varia- chaque région. BRIDGE est un fichier his-marqué depuis. Ce déclin est
torique qui établit le suivi économique detions d’emploi résultant des créations et
chaque grand établissement situé enplus accentué en cessations d’établissements est nette-
France. Un grand étab est un éta-
Seine-Maritime que dans l’Eure, ment moindre que celle qui est liée aux blissement ayant atteint au moins une fois
établissements existants. Ceci s’explique au cours des dix dernières années, unce qui s’explique par les
seuil fixé, au plan national, à 50 salariésnotamment par le fait que l’augmentation
spécialisations initiales de ces travaillant au moins à mi-temps au 31 dé-
des effectifs est progressive au cours des
cembre. Chaque unité introduite dans ladeux départements et par un années qui suivent une création. Sur la base doit être rétropolée, si possible sur
les dix ans précédant son introduction,rythme de renouvellement du période 1961-1999, le taux de variation
puis maintenue dix ans après sa sortie duannuel a été plus élevé dans l’Eure qu’ensystème productif différent. champ. En Haute-Normandie, le champ
Seine-Maritime, sauf de 1991 à 1994.
couvert par BRIDGE représentait, pour l’in-Contrairement à ce qui s’est
D’une part, les établissements existants dustrie, 75% de l’emploi salarié au lieu de
passé dans l’Eure, le déclin du travail au recensement de 1962 et 73% àont généralement créé proportionnelle-
celui de 1999.ment plus d’emplois dans l’Eure. D’autretextile-habillement n’a pas été
part, la démographie des établissementsrelayé par une
y a été plus favorable à l’emploi. La com- 54% dans l’Eure et de 65% en Seine-Ma-réindustrialisation suffisante en
posante du taux de variation de l’emploi ritime entre 1961 et 1999.
Seine-Maritime. due aux créations et cessations a en effet
été supérieure dans l’Eure, sauf de 1991
vec une part de structures de à 1994, ce qui traduit une meilleure régé- HAUSSE DE L’EMPLOI INDUSTRIELA 200 salariés et plus, deux fois nération du tissu industriel qu’en DANS L’EURE, BAISSE EN
plus importante qu’en moyenne natio- Seine-Maritime. Or, ce renouvellement SEINE-MARITIME
nale, la prédominance des grands éta- est crucial pour l’avenir de l’emploi : en
Le déclin de l’emploi industriel enblissements est un trait essentiel du l’absence de créations nouvelles depuis
Seine-Maritime est indissociable de latissu industriel haut-normand. Cette ca- 1961, les effectifs des grands établisse-
spécialisation initiale de ce départementractéristique est un atout, lié au dyna- ments industriels auraient diminué de
dans le textile et l’habillement. Le déclinmisme des grands groupes dont
du secteur explique les deux tiers de ladépendent ces établissements, mais
ÉVOLUTION DE L’EMPLOI
baisse de l’emploi industriel sur cette pé-c’est aussi une faiblesse car l’impact DANS LES GRANDS ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS
riode en Seine-Maritime. Le textile etdes restructurations sur l’emploi est 160
l’habillement représentait 22% de l’em-plus sévère. Au cours des quarante
140
ploi industriel en 1961 et dix fois moinsdernières années, les effectifs indus- Seine-Maritime
en 1999. La disparition de la constructiontriels ont connu une phase de crois- 120
et de la réparation navale est la secondesance jusqu’en 1974, année du premier
100
cause du déclin industriel de lachoc pétrolier, suivie d’une forte baisse
Seine-Maritime. Si l’implantation de ladepuis. L’évolution de l’emploi dans les 80
construction automobile a contribué augrands établissements industriels est
60
redéploiement de l’industrie, elle n’a ce-contrastée entre les deux départe-
Eure
40 pendant permis d’éponger que la moitiéments haut-normands : entre 1961 et
des pertes du textile et de l’habillement.1999, il a augmenté de 20,9% dans
20
Hormis la construction automobile, seulsl’Eure mais diminué de 28,6% en
0 la parachimie et la pharmacie, le caout-Seine-Maritime.
1961 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 1999 chouc-plastiques, la chimie de base et leL’évolution de l’emploi résulte de
Source : INSEE - BRIDGE Unité : millier de salariés verre n’ont pas perdu d’emplois endeux effets : la variation des effectifs
AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 23 - Mars 2003 5
EMPLOISeine-Maritime entre 1961 et 1999. AvecTAUX DE VARIATION ANNUEL DE L’EMPLOI DANS LES GRANDS ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS
13,6% de l’emploi industriel dans le tex-
tile et l’habillement en 1961, l’Eure enÉTABLISSEMENTS ACTIFS TOUTE L’ANNÉE
était moins dépendante. Bien qu’égale-
10
ment en fort retrait, ce secteur a mieux
résisté dans ce département et pèse en-8
Eure core 5% des effectifs industriels en 1999.
6 Autres industries traditionnelles, le cuir et
la chaussure ont fortement régressé.
4
L’Eure s’est cependant démarquée de la
Seine-Maritime par un meilleur renouvel-
2
lement de son tissu industriel, basé no-
0 tamment sur la parachimie et la phar-
macie, la construction électrique, la
-2 construction aérospatiale, le caout-
Seine-Maritime
chouc-plastiques et l’édition. D’industria-
-4
lisation plus récente que la Seine-Mari-
time, l’Eure a bénéficié à plein d’un effet-6
1962 1966 1970 1974 1978 1982 1986 1990 1994 1998 de rattrapage dans la période qui a pré-
cédé le premier choc pétrolier.
Ces dynamiques ont recomposé le
ÉTABLISSEMENTS CRÉÉS OU CESSÉS EN COURS D’ANNÉE paysage industriel régional. Certains ter-
ritoires comptent même plus d’emplois6
industriels en 1999 qu’en 1961, comme
4 certaines zones d’emploi rurales qui ont
Eure
accueilli des grands établissements au
2
cours de cette période (Pays de Bray,
Vallée de la Bresle, Verneuil-sur-Avre).
0
L’emploi industriel a également augmen-
Seine-Maritime
té dans certaines zones d’emploi structu--2
rées autour de pôles urbains. Ces zones
-4 ont bénéficié de nouvelles implantations
1962 1966 1970 1974 1978 1982 1986 1990 1994 1998
qui ont pris le relais de secteurs en dé-
clin : Le Havre dans la construction auto-
mobile, la chimie et le raffinage du pé-
ENSEMBLE DES ÉTABLISSEMENTS
trole, Evreux dans la construction
10 électrique et électronique et la phar-
macie, Vernon dans l’industrie aérospa-
8
Eure tiale. Principal centre industriel de
Haute-Normandie, la zone d’emploi de6
Rouen a connu une désindustrialisation
4 marquée, perdant 40% de ses effectifs
dans les grands établissements indus-
2
triels, soit 28 500 emplois. En 1961, elle
comptait 51,5% de l’emploi régional dans
0
les grands établissements. Cette part
était réduite à 36% en 1999. Ce déclin-2
est principalement dû à l’effondrement
-4 du textile et de l’habillement qui a perdu
Seine-Maritime
18 000 emplois sur la période et à la dis-
-6
parition de la construction et de la répa-
ration navale (-4 300 emplois). La chimie-8
de base, le papier-carton, l’énergie, la
-10 fonderie et le travail des métaux, l’acier et
1962 1966 1970 1974 1978 1982 1986 1990 1994 1998 les industries du cuir et de la chaussure
ont perdu chacun de l’ordre de 2 000 em-
plois. L’implantation d’activités nouvellesSource : INSEE - BRIDGE Unité : %
6 AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 23 - Mars 2003STRUCTURE SECTORIELLE DE L’EMPLOI DANS LES GRANDS ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS NOUS AVONS LU POUR VOUSNOUS AET DE SON ÉVOLUTION
Structure Contributions
à la variation
des effectifs
L’EURE, DE MOINS EN MOINS VERTE
Eure Seine-Maritime de 1961 à 1999
Chaque année, l’enquête «Utilisation duSeine-
1961 1999 1961 1999 Eure Maritime territoire» est effectuée par sondage en photo-
Industries agricoles et alimentaires 6,9 4,7 6,1 7,3 -1,3 -0,9
graphiant environ 1/10 de la surface d’un dé-
Production et distribution d’énergie 2,0 1,3 9,8 11,0 -0,5 -1,9
partement. A la lumière de 25 années d’en-
Industries des biens intermédiaires 35,5 33,2 28,8 31,9 4,7 -6,1
quêtes, les grandes tendances de l’occupationProduction de minerais et métaux ferreux,
première transformation de l’acier 0,8 0,6 2,4 0,6 0,0 -2,0 des sols apparaissent clairement. On constate
Production de minerais, métaux et demi-produits non ferreux 4,1 1,7 2,2 0,2 -2,0 -2,0 ainsi la disparition des prairies au bénéfice
Production de matériaux de construction et minéraux divers 1,7 1,7 0,5 0,6 0,4 -0,1
des terres labourables.Industrie du verre 1,3 2,3 3,5 5,5 1,4 0,4
Chimie de base, production de fils et fibres artificiels En 1975, les prairies occupent un espace
et synthétiques 3,9 4,0 7,5 11,5 0,9 0,7
important sur l’ouest du département ainsiFonderie et travail des métaux 10,7 9,1 6,1 6,6 0,3 -1,4
Industrie du papier et du carton 5,5 4,3 4,7 3,1 -0,3 -2,5 qu’un secteur dominant dans le Pays de
Industries du caoutchouc et de la transformation des matières
Lyons. En 2002, seul subsiste en herbe la bor-plastiques 7,5 9,5 1,9 3,8 4,0 0,8
dure avec le Calvados et l’estuaire de la SeineIndustries des biens d’équipement 24,0 33,1 28,9 41,8 16,1 1,0
Construction mécanique 6,2 6,8 7,1 8,5 2,1 -0,9 mais plus de secteur prairies dans le Pays de
Construction électrique et électronique 12,7 17,6 9,0 9,5 8,6 -2,3
Lyons. L’est et le sud du département connais-
Construction automobile 4,6 4,8 3,6 19,7 1,1 10,5
Construction navale et aéronautique, armement 0,5 3,9 9,2 4,1 4,3 -6,3 saient déjà en 1975 une domination des terres
Industries des biens de consommation 31,6 27,7 26,4 8,0 1,9 -20,7 labourables prolongeant de fait la Beauce et le
Parachimie et industrie pharmaceutique 4,2 13,6 1,2 2,9 12,2 0,9 Bassin parisien.
Industrie textile et de l’habillement 13,6 5,0 22,1 2,2 -7,6 -20,5
Industrie du cuir et de la chaussure 8,2 2,7 0,3 0,0 -4,9 -0,3 L’herbe ne pousse plus dans l’Eure : résultats
Industries du bois et de l’ameublement 3,4 1,8 1,2 1,6 -1,2 -0,1 des enquêtes Utilisation du Territoire 1975 et
Imprimerie, presse, édition 2,2 4,6 1,6 1,3 3,4 -0,7
2002 / Max Dubois ; DDAF. - In : Agreste Eure. -
Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 20,9 -28,6 N° 284 (2002, oct.) ; 4 p.
Source : INSEE - BRIDGE Unité : %
Note : les industries des biens intermédiaires ont contribué à 4,7 points de la croissance de l’emploi industriel dans l’Eure. Au total,l’emploi a augmenté
de 20,9% dans l’industrie dans l’Eure entre 1961 et 1999 sur le champ couvert par BRIDGE.
LES DÉPENSES D’ENVIRONNEMENT
n’a pas permis d’endiguer l’hémorragie : dans les zones de Lillebonne, Dieppe,
PÈSENT DANS LE BUDGET DES
la construction automobile et la para- Pont-Audemer et Bernay.
DÉPARTEMENTS
chimie et pharmacie ont gagné chacune L’évolution de l’emploi selon la taille
De 1996 à 1999, les dépenses des conseils
3 200 emplois sur la période. De par sa de l’établissement renvoit à ces recom-
généraux dans le domaine d’intervention envi-
spécialisation sur des secteurs en déclin positions sectorielles. Les plus gros éta-
ronnemental ont progressé de 9,3% alors que
(textile-habillement et pêcheries), la zone blissements, qui comptent au moins 500
les dépenses totales se sont accrues de
d’emploi de Fécamp a aussi connu un ef- salariés, ont régressé au même rythme 6,8%.
fondrement de son industrie avec la dans les deux départements depuis Les conseils généraux consacrent 3,3% de
perte de trois emplois sur quatre dans les 1974, perdant près de 60% de leurs ef- leurs dépenses globales à l’environnement
grands établissements. De l’ordre de fectifs d‘alors. Plus particulièrement por- soit 19,7 euros par habitant. L’Eure et la
15%, cette baisse est moins marquée tés par les activités nouvelles, les établis- Seine-Maritime se situent dans la moyenne.
sements de plus petite taille, qui Nos voisins de la Somme, du Calvados et de
emploient, en 1999, 80% des salariés in- la Manche dépassent les 4%.
dustriels de l’Eure contre 55% en Les dépenses principales concernent l’eau.LES EFFECTIFS INDUSTRIELS
Seine-Maritime, ont vu leurs effectifs La gestion des eaux usées et la gestion de la
Au delà des tendances sur longue période, mieux résister à la crise dans l’Eure. Les ressource en eau totalisent 61,4% de l’en-
les effectifs industriels répondent aux fluc- semble des dépenses. Viennent ensuite leschangements de tranche d’effectifs sont
tuations conjoncturelles. On note ainsi dépenses d’environnement urbain avec 9,2%.nombreux : plus de la moitié des établis-
une pause dans l’essor de l’industrie des
Elles comprennent l’aménagement et la cons-sements actifs fin 1999 n’appartenaientannées soixante avec la récession de
truction de pistes cyclables, les sites propres1967, suivie d’une reprise de sa progres- pas à cette classe dix ans plus tôt. Les
sion dès l’année suivante. Le premier choc pour les transports en commun ou les voiesétablissements actifs fin 1999 et qui ont
pétrolier en 1974 marque un retournement piétonnes.changé de taille au cours des années
de tendance. La surchauffe de 1976 a en-
Les dépenses des départements en matièreprécédentes l’on plus souvent fait verstraîné un rebond, avant un déclin constant
d’environnement / Régis Morvan ; Institut Fran-jusqu’à la reprise de la fin de la décennie une tranche supérieure que vers une
çais de l’environnement. - In : les Données de80, qui a permis une certaine stabilisation. tranche inférieure. Ceci signifierait que
l’environnement. - N° 79 (2002, déc.) ; 4 p.La récession du début des années 90 a
les établissements qui restent actifs ten-initié une nouvelle période de baisse, ra-
lentie à la fin de la décennie par le retour dent à accroître leurs effectifs Nelly LANNEFRANQUE
de l’expansion.
AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 23 - Mars 2003 7

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