Réduction collective et individuelle du temps de travail : que souhaitent les salariés ?

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En mars 1995, moins d'un quart des salariés à temps complet se déclarent prêts à réduire proportionnellement leur temps de travail et leur salaire. Les plus aisés, les plus diplômés, et les femmes, particulièrement avec de jeunes enfants, y sont relativement plus favorables, à l'inverse des salariés les plus jeunes et des parents de familles nombreuses. Lorsque cette réduction du temps de travail sans compensation financière permet de maintenir ou d'augmenter les effectifs de l'établissement, la moitié des salariés à temps complet s'y déclarent favorables. Les salariés à temps complet n'ont pas le même avis sur la réduction du temps de travail sans compensation salariale, selon qu'elle est collective ou individuelle (passage à temps partiel). Ainsi 58 % des partisans de la réduction collective ne souhaiteraient pas travailler à temps partiel. La population des salariés à temps complet, favorables à la fois à la réduction collective et au temps partiel, ressemble à celle des travailleurs à temps partiel « choisi » : des femmes plutôt employées, entre 25 et 39 ans, avec de jeunes enfants. Souvent dictée par les besoins de l'entreprise, la durée du travail des individus ne coïncide pas naturellement avec celle qu'ils désirent. Ainsi, quelques 850 000 salariés à temps partiel souhaiteraient travailler à temps complet tandis qu'un peu plus de 2 millions de salariés à temps plein préféreraient un emploi à temps partiel. D'autre part, une majorité de salariés accepteraient une contrainte horaire supplémentaire compensée plutôt par un salaire plus élevé que par une durée de travail plus courte, dès lors qu'elle ne modifie pas le rythme de travail actuel. C'est particulièrement vrai lorsqu'eux-mêmes ou leur conjoint possèdent peu d'atouts sur le marché du travail.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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MARCHÉ DU TRAVAIL
Réduction collective ou individuelle
du temps de travail :
que souhaitent les salariés ?
Jean-David En mars 1995, moins d’un quart des salariés à temps complet se déclarent prêts à
Fermanian, réduire proportionnellement leur temps de travail et leur salaire. Les plus aisés,
Bénédicte les plus diplômés, et les femmes, particulièrement avec de jeunes enfants, y sont
Galtier et relativement plus favorables, à l’inverse des salariés les plus jeunes et des parents
Sylvie Lagarde* de familles nombreuses. Lorsque cette réduction du temps de travail sans
compensation financière permet de maintenir ou d’augmenter les effectifs de
l’établissement, la moitié des salariés à temps complet s’y déclarent favorables.
Les salariés à temps complet n’ont pas le même avis sur la réduction du temps
de travail sans compensation salariale, selon qu’elle est collective ou individuelle
(passage à temps partiel). Ainsi 58 % des partisans de la réduction collective ne
souhaiteraient pas travailler à temps partiel. La population des salariés à temps
complet favorables, à la fois, à la réduction collective et au temps partiel ressemble
à celle des travailleurs à temps partiel « choisi » : des femmes plutôt employées,
entre 25 et 39 ans, avec de jeunes enfants.
Souvent dictée par les besoins de l’entreprise, la durée du travail des individus ne
coïncide pas naturellement avec celle qu’ils désirent. Ainsi, quelques 850 000 salariés
à temps partiel souhaiteraient travailler à temps complet tandis qu’un peu plus de
2 millions de salariés à temps plein préféreraient un emploi à temps partiel.
D’autre part, une majorité de salariés accepterait une contrainte horaire
supplémentaire compensée plutôt par un salaire plus élevé que par une durée de
* Jean-David Ferma- travail plus courte, dès lors qu’elle ne modifie pas le rythme de travail actuel.
nian appartient à la
division Emploi de l’In- C’est particulièrement vrai lorsqu’eux-mêmes ou leur conjoint possèdent peu
see, Bénédicte Galtier d’atouts sur le marché du travail.
au CSERC et à l’Univer-
sité de Marne-la-Vallée,
Sylvie Lagarde à la di-
vision Exploitation des
fichiers administratifs u cours de la première moitié des années 90, durée de la vie active. Ces mesures peuvent se
sur l’emploi et les reve- Ales multiples formes de réduction et décliner à divers niveaux (l’individu, l’atelier,
nus de l’Insee.
d’aménagement de la durée du travail se sont l’entreprise, la branche d’activité, l’économie
Les noms et dates entre développées : accords de modulation, réduction toute entière) et peuvent avoir des implica-
parenthèses renvoient à
individuelle par le développement du temps tions variées : le taux de compensation sala-la bibliographie en fin
d’article. partiel, dispositifs concernant la réduction de la riale, l’aménagement des horaires ou encore
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 161l’importance des embauches accompagnant ou la formulation des questions, à la conjoncture, à
non la réduction de la durée du travail. la place de la réduction du temps de travail sur
les scènes politiques et médiatiques, comme le
Ces dispositifs modifient les conditions de tra- prouvent les autres enquêtes réalisées sur ce
vail et de rémunération des salariés qu’il est thème.
donc utile d’interroger sur leurs aspirations en
la matière. Qui est prêt à accepter de travailler
La réduction collective du temps de travailmoins, et dans quel cadre ? Existe-t-il pour cer-
sans compensation salarialetains des normes de temps de travail qui déter-
minent une résistance à sa réduction ? Quelles mieux acceptée par les femmes,
concessions les salariés sont-ils prêts à faire ou quand le salaire est élevé...
concernant les horaires de travail ?
En mars 1995, près de 23 % des salariés à temps
Des enquêtes antérieures ont montré que le ni- complet se disent prêts à accepter une réduction
veau de revenu et le degré de compensation sa- du temps de travail concernant l’ensemble du
lariale déterminent largement l’acceptation de personnel de leur établissement avec une ré-
la réduction du temps de travail. L’enquête sur duction correspondante de leur salaire annuel
la durée du travail réalisée en 1995 par l’Insee (voir question 1 de l’enquête en encadré 1). Ce
en complément de l’enquête Emploi annuelle, chiffre vaut moins par son niveau que par la di-
permet de repérer et confronter les opinions des versité des situations qu’il recouvre.
salariés vis-à-vis de diverses modalités de ré-
duction du temps de travail qui se traduisent
toutes par une baisse proportionnelle du sa-
laire : réduction collective sans compensation Encadré 1
salariale, avec engagement ou non de maintenir
LES QUESTIONS SUR LA RÉDUCTIONles effectifs de l’établissement, réduction indi-
DU TEMPS DE TRAVAIL
viduelle via le temps partiel. Cette enquête pré-
sente l’intérêt de comparer les options des
Question 1 (Q1) : Accepteriez-vous une réduction
salariés face à ces différentes modalités selon
de l’horaire concernant l’ensemble du personnel de
leurs diverses caractéristiques socio-démogra- votre établissement, avec une réduction correspon-
phiques, notamment en contrôlant l’effet du sa- dante de votre salaire annuel ?
laire. Il convient toutefois de rester prudent
Question 2 (Q2) : Si non, si cela permettait de
vis-à-vis de ces résultats ; ils ne traduisent pas
maintenir ou d’augmenter les effectifs de votre éta-
forcément les attitudes que les salariés adopte-
blissement, l’accepteriez-vous ?
raient en situation réelle de réduction du temps
de travail. Leurs opinions sont très sensibles à
Tableau 1
Opinions concernant la réduction du temps de travail sans compensation (par âge)
En %
15 à 24 ans 25 à 34ans 35 à 44 ans 45 à 54 ans 55 et plus Ensemble
Hommes
Oui à Q1 11,4 17,4 20,8 21,4 23,5 19,5
si non, Oui à Q2 33,7 37,2 38,4 37,6 42,5 37,8
Oui à Q1 ou Q2 41,2 47,7 50,7 50,5 55,7 49,5
Femmes
Oui à Q1 15,4 29,9 27,3 26,4 24,0 26,9
si non, Oui à Q2 39,9 41,9 37,7 39,5 43,5 40,0
Oui à Q1 ou Q2 48,7 58,6 54,0 55,0 56,3 55,5
Q1 - Accepteriez-vous une réduction de l’horaire concernant l’ensemble du personnel de votre établissement, avec une réduction
correspondante de votre salaire annuel ?
Q2 - Si non, si cela permettait de maintenir ou d’augmenter les effectifs de votre établissement, l’accepteriez-vous ?
Champ : salariés à temps complet.
Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi de mars 1995, Insee.
162 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Ainsi, le degré d’acceptation de la réduction du Cependant , l’acceptation de la réduction col-
temps de travail sans compensation augmente lective du temps de travail sans compensation,
avec l’âge chez les hommes salariés, en lien semble dépendre de façon déterminante du sa-
avec l’accroissement des revenus au cours de la laire net. Le taux d’acceptation croît avec le sa-
carrière (cf. tableau 1). Les femmes semblent laire, jusqu’au seuil de 15 000 francs mensuels,
adopter une autre logique : à partir de 35 ans, el- soit quasiment le dernier décile de la distribu-
les deviennent de plus en plus réticentes à tion salariale. La perte de revenu occasionnée
l’échange de salaire contre du temps libre. Tou- par l’absence de compensation est d’autant plus
tefois, à tout âge, elles sont plus favorables à redoutée que les revenus sont faibles (cf. gra-
cette proposition que les hommes, particulière- phique I).
ment entre 25 et 35 ans, où le souhait de se consa-
crer à la vie de famille est sans doute plus vif. Les ouvriers, groupe essentiellement masculin
mais aussi pour lequel la culture de lutte et
d’avancées sociales est la plus forte, sont les
moins favorables à cette réduction collective
Graphique I
sans compensation (cf. tableau 2). Les plus
Acceptation de la réduction
forts taux de refus sont exprimés par les moins
du temps de travail selon le salaire mensuel
qualifiés, dans les petites structures profession-
nelles artisanales et agricoles. La faiblesse du
salaire moyen de ces catégories explique sans
doute une large partie de leurs opinions. De
plus, la réduction collective du temps de travail
semble d’application difficile dans ces petites
structures.
Les employés dans leur ensemble se situent
dans la moyenne ; mais parmi eux règne une as-
sez grande diversité d’opinions concernant la
réduction du temps de travail sans compensa-
tion : l’accord des employés administratifs,
catégorie majoritairement féminine, est relati-
vement large (30 % d’acceptation). En revan-
che, les policiers, les militaires, catégorie
essentiellement masculine et majoritairement à
statut public, marquent leur réticence (14 %
d’acceptation seulement), de même que les em-
ployés des services aux particuliers, catégorie àQ1, Q2 : voir le libellé des questions (encadré 1).
Source : enquête complémentaire Emploi, mars 1995, Insee. bas salaire (12 % d’acceptation).
Tableau 2
Opinions des salariés sur la réduction du temps de travail sans compensation
(par catégorie socioprofessionnelle)
En %
Professions
Enseignants Cadres
intermédiaires Employés Ouvriers Ensemble
(1) (1)
(1)
Oui à Q1 23,4 32,6 28,2 22,3 15,1 22,7
si non, Oui à Q2 37,2 41,5 42,3 36,5 37,7 38,6
Oui à Q1 ou Q2 51,1 60,0 58,1 50,0 46,7 51,9
Q1, Q2 : voir encadré 1.
1. Les enseignants sont extraits des cadres et professions intermédiaires.
Champ : salariés à temps complet.
Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi de mars 1995, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 163Près d’un tiers des cadres se déclarent prêts à Enfin, les salariés du public sont légèrement
travailler moins sans contrepartie financière, si moins favorables que ceux du privé à une ré-
la réduction s’opérait dans un cadre collectif. duction du temps de travail « pour l’emploi » :
Dans ce contexte, les cadres semblent aspirer, 38 % contre 40 %, et cette différence se mani-
sinon à plus de temps libre, du moins à rappro- feste à sexe, tranche d’âge ou diplôme donnés.
cher leur volume horaire de ceux des autres ca-
tégories (1). Les cadres du public sont Au total, dans une perspective de sauvegarde de
légèrement plus favorables que ceux du privé à l’emploi ou d’embauches supplémentaires
ce type de réduction du temps de travail (35 % dans l’établissement, une légère majorité de sa-
contre 32,5 %), mais globalement, les opinions lariés à temps complet, soit 52 %, se déclarent
des salariés du public sont très proches de celles prêts à réduire leur temps de travail avec réduc-
du privé, à sexe, âge ou diplôme identiques. tion correspondante de leur salaire. À peine un
homme sur deux et environ 55 % des femmes y
adhéreraient. Ce serait également le cas de
...mieux acceptée aussi contre des 60 % des cadres, mais seulement d’une minori-
embauches ou le maintien des effectifs té d’ouvriers. Les plus réticents seraient les em-
ployés des services aux particuliers, avec un
Lorsque cela permet de maintenir ou d’aug- taux d’acceptation d’un tiers.
menter les effectifs de leur établissement, près
de 40 % des salariés à temps complet, initiale- Les effets du sexe, du salaire et de la catégorie
ment opposés à la réduction de leur horaire de socioprofessionnelle sont liés les uns aux au-
travail avec diminution proportionnelle du sa- tres, du fait de la corrélation entre ces diverses
laire, se déclarent maintenant prêts à l’accepter dimensions explicatives. C’est pourquoi des
(voir question 2 de l’enquête). Ce phénomène a modèles du type Logit se révèlent précieux pour
déjà été noté dans des travaux précédents isoler les effets propres de chaque variable, et rai-
(Baésa, 1996), et également à partir d’autres sonner ainsi « toutes choses égales par ailleurs ».
sources (Le Corre et Marioni, 1995). La solida-
rité vis-à-vis des chômeurs n’explique sans
doute pas toujours ce changement d’attitude ; la La contrainte budgétaire avant tout
crainte du salarié pour son propre emploi, lié à
la santé de son entreprise, entre probablement Appliqué aux salariés à temps complet répon-
en ligne de compte, sans qu’il soit possible de dant à la première question (la simple proposi-
quantifier l’importance respective de ces deux tion d’une réduction collective du temps de
motivations. travail sans compensation), le modèle confirme
la plupart des observations précédentes : toutes
Avec cette contrepartie en emplois, la diffé- choses égales par ailleurs, les moins de 25 ans
rence d’opinion entre hommes et femmes s’af- sont plus fréquemment hostiles que les autres
faiblit. Ces dernières montreraient toutefois (cf. tableau 3). Le salaire individuel constitue
une plus forte propension que les hommes au bien une dimension explicative essentielle.
« partage du travail » du moins en début de vie Mais l’ensemble des revenus du ménage sem-
active, de 15 à 24 ans (cf. tableau 1). En fin de ble au moins aussi discriminant que le salaire
vie active, les salariés acceptent plus fréquem- individuel. Ainsi, l’activité du conjoint accroît
ment un sacrifice financier en échange d’un la probabilité d’accepter une réduction collec-
maintien ou d’un accroissement de l’emploi : tive du temps de travail sans compensation.
peut-être sentent-ils leurs propres chances de Lorsque le conjoint est salarié, plus le salaire de
retrouver un travail amoindries, en cas de licen- ce dernier est élevé, plus est élevée la propen-
ciement. En contrepartie de l’emploi, l’accep- sion à accepter une telle réduction du temps de
tation de la réduction du temps de travail sans travail. Avoir un conjoint indépendant, et plus
compensation croît toujours en fonction du sa- particulièrement exerçant une profession libé-
laire, jusqu’au seuil de 9 000 francs (cf. graphi- rale, accroît également fortement cette propen-
que I). Mais, la catégorie socioprofessionnelle sion par rapport aux salariés sans conjoint.
et le salaire se révèlent maintenant peu discri-
minants pour départager les opinions des Par ailleurs, la présence d’enfants dans le foyer
salariés. Ceci illustre le caractère multidimen- induit des attentes contradictoires : un désir de
sionnel du phénomène étudié : l’aversion au
risque, et le degré de solidarité, se combinent
1. D’après l’enquête Emploi, en 1998, la durée du travail
aux éléments biographiques, tant de l’individu hebdomadaire effective des cadres à temps complet était
que de la cellule familiale. d’environ 46 heures.
164 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Tableau 3
*Acceptation d’une réduction collective de la durée du travail (sans compensation salariale)
Coefficient Écart-type, significativité
Constante - 1.247 0,098 ****
Âge:De15 à 24 ans - 0,26 0,12 *
De 25 à 34 ans - 0,05 0,05 ns
De 35 à 44 ans référence
De 45 à 54 ans - 0,08 0,06 ns
55 ans et plus 0,01 0,09 ns
Enfants
Sans enfant référence
Femme avec : au moins un enfant de moins de trois ans 0,54 0,11 ****
un enfant de 3 à 18 ans - 0,02 0,07 ns
deux enfants de 3 à 18 ans 0,01 0,09 ns
trois de 3 à 18 ans - 0,42 0,22 *
Homme avec : au moins un enfant de moins de trois ans - 0,06 0,09 ns
un enfant de 3 à 18 ans - 0,28 0,07 ****
deux enfants de 3 à 18 ans - 0,20 0,08 *
trois de 3 à 18 ans - 0,27 0,13 *
Homme ou femme avec quatre enfants ou plus de 3 à 18 ans - 0,49 0,23 *
Salaire net mensuels : Moins de 5 000 F - 0,44 0,11 ****
De 5 000 à moins de 7 000 F - 0,29 0,06 ****
De 7 000 à moins de 9 000 F référence
De 9 000 à moins de 1 000 F 0,26 0,05 ****
De 12 000 à moins de 15 000 F 0,44 0,07 ****
De 15 000 à moins de 20 000F 0,23 0,09 *
Au moins 20 000 F 0,52 0,12 ****
Conjoint
Sans conjoint référence
Avec indépendant
Agriculteur 0,50 0,26 s
Artisan 0,48 0,18 **
Commerçant 0,49 0,20 *
Gros agriculteur, chef d’entreprise, profession libérale 0,76 0,20 ***
Avec conjoint salarié dont salaire net mensuel
Moins de 5 000 F 0,09 0,08 ns
De 5 000 à moins de 7 000 F 0,19 0,08 *
De 7 000 à moins de 9 000 F 0,40 0,07 ****
De 9 000 à moins de 12 000 F 0,63 0,07 ****
De 12 000 à moins de 15 000 F 0,61 0,10 ****
De 15 000 à moins de 20 000 F 0,63 0,12 ****
Au moins 20 000 F 0,89 0,18 ****
Conjoint chômeur 0,11 0,10 ns étudiant ou contingent 0,35 0,23 ns
Conjoint retraité 0,09 0,08 ns
Conjoint autre inactif ou statut inconnu 0,26 0,13 *
Statut du logement
Accédant à la propriété - 0,15 0,05 **
Propriétaire (non accédant) du logement référence
Locataire HLM - 0,33 0,08 **** d’un logement non HLM - 0,27 0,06 ****
Locataire d’un meublé ou d’une chambre d’hôtel - 0,06 0,28 ns
Logé gratuitement - 0,17 0,10 *
Catégorie de commune
Agglomération parisienne (salarié du public) - 0,07 0,11 nsération (salarié du privé) - 0,08 0,07 ns
Commune rurale (salarié du public) 0,30 0,09 *** rurale (salarié du privé) 0,05 0,05 ns
Autres référence
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 165Tableau 3 (fin)
Coefficient Écart-type, significativité
Durée hebdomadaire habituelle du travail
Homme, moins de 35 heures - 0,33 0,13 * de 35 à moins de 38 heures 0,01 0,10 ns
Homme, de 38 à moins de 40 heures référence de 40 à moins de 42 heures - 0,09 0,08 ns
Homme, 42 heures et plus 0,00 0,07 ns
Homme, pas de durée hebdomadaire habituelle - 0,45 0,12 ***
Femme, moins de 35 heures - 0,06 0,12 ns de 35 à moins de 38 heures 0,14 0,10 ns
Femme, de 38 à moins de 40 heures 0,35 0,08 **** de 40 à moins de 42 heures 0,19 0,09 s
Femme, 42 heures et plus 0,30 0,10 ** pas de durée hebdomadaire habituelle - 0,07 0,20 ns
Niveau de diplôme
Diplôme supérieur 0,34 0,08 ****
Baccalauréat plus 2 ans 0,32 0,07 ****éat, brevet professionnel 0,20 0,06 **
CAP, BEP référence
BEPC seul 0,10 0,08 ns
Sans diplôme, certificat d’études - 0,12 0,06 *
Statut
Apprentis, stagiaires - 0,15 0,25 ns
Intérimaires 0,56 0,20 **
CDD, contractuels de la fonction publique 0,01 0,11 ns
Fonctionnaires - 0,17 0,06 *
Autres référence
Enseignants - 0,23 0,11 *
Personnels des services directs aux particuliers - 0,57 0,15 ***
Autres référence
Secteur d’activité
Agriculture - 0,42 0,23 s
Industrie 0,00 0,06 ns
Construction 0,02 0,10 ns
Tertiaire référence
Travail le dimanche : habituel - 0,06 0,11 ns
Occasionnel - 0,14 0,07 *
Jamais référence
Travail le nuit : habituel 0,22 0,11 *
Occasionnel - 0,05 0,08 ns
Jamais référence
66,5Paires concordantes (en %)
0,34D de Somer
15 053Nombre d’observations
0,223Probabilité de la situation de référence
* Modèle explicatif : régression logistique explicative de la question Q1 : « Accepteriez-vous une réduction de l’horaire concernant l’en-
semble du personnel de votre établissement, avec une réduction correspondante de votre salaire annuel ? »
Lecture : en 1995, « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire à salaire, nombre d’enfants etc., identiques, le fait d’être âgé de 15
à 24 ans diminue la probabilité de répondre positivement à la question1(plus pécisément de 1/(1+exp(1,247+0,26))-1/(1+exp(1,247)),
par raport au fait d’avoir de 35 à 44 ans, modalité prise comme référence.
-4 -4 -3 -3La probabilité qu’un coefficient soit nul est, selon les cas, inférieure à 10 (****), comprise entre 10 et 10 (***), comprise entre 10 et
-210 (**), comprise entre1% et5%(*), comprise entre5% et 10 % (noté s) ou supérieure à 10 % (non significatif à ce seuil, noté ns).
L’ancienneté dans l’entreprise, le travail le samedi, les taux de temps partiel et temps partiel contraints dans le secteur, utilisés dans la
régression, ne figurent pas dans le tableau car n’apportent pas de coefficients significatifs.
Champ : salariés à temps complet.
Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi de mars 1995, Insee.
166 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2plus de temps libre pour s’en occuper, notam- distinguent par des tendances spécifiques qui
ment lorsqu’ils sont jeunes, mais également un ne s’expliquent pas par les autres facteurs : soit
besoin de ressources accrues. Ainsi, pour les dans le sens de l’acceptation de la réduction du
femmes avec enfants en bas âge (moins de trois temps de travail sans compensation (les intéri-
ans), la probabilité d’accepter une réduction maires), soit, au contraire dans le sens du refus
collective du temps de travail sans compensa- (les enseignants, les employés des services aux
tion est de 10 % plus élevée que pour les fem- particuliers). Globalement, être fonctionnaire
mes sans enfant. Un tel phénomène ne diminue légèrement cette acceptation.
s’observe pas chez les hommes. Le rôle de ces
derniers serait plutôt de subvenir aux besoins
Partager le travail par solidaritéde la famille, car pour eux, la présence d’en-
fants dans le ménage diminue sensiblement le ou crainte de perdre son emploi ?
taux d’acceptation : la contrainte financière se
révèle alors plus forte que l’aspiration au Lorsque l’emploi est mis en jeu (question 2),
« temps libéré ». Le refus de sacrifier une partie les dimensions explicatives pécédentes sont
du salaire en échange de temps libre se mani- moins significatives (cf. tableau 4). Par
feste chez les deux conjoints dans les couples ailleurs, les opinions des salariés du public
ayant au moins trois enfants. La nécessité de n’obéissent pas à la même logique que celle des
payer un loyer ou de rembourser un emprunt salariés du privé, du fait, sans doute, d’un degré
immobilier induit probablement le même type différent de stabilité dans l’emploi et d’un
de contrainte financière, et pousse aussi à refu- moindre risque de chômage. C’est pourquoi des
ser une réduction collective du temps de travail modèles logistiques ont été estimés de manière
sans compensation. indépendante sur chaque sous-population. Glo-
balement, le montant du salaire n’a d’effet que
Déclarer travailler à temps complet moins de dans la première moitié de l’échelle salariale.
35 heures par semaine s’accompagne d’une ré- La situation du conjoint, même en termes sala-
ticence vis-à-vis d’une diminution de l’horaire riaux, ne semble jouer que très faiblement.
de travail. De même, l’absence d’horaire heb- Avoir ou non des enfants n’influe pas non plus
domadaire habituel incite les hommes à refuser sur le degré d’accord. Néanmoins, toutes cho-
plus fréquemment une telle réduction. Les ca- ses égales par ailleurs, avoir moins de 25 ans
dres d’entreprise sont concernés au premier dans le privé ou plus de 54 ans dans le public
chef, mais également les représentants de com- accroît sensiblement la probabilité d’accepter
merce, les professions de l’information, des une réduction du temps de travail « pour l’em-
arts et du spectacle, les routiers, les ouvriers ploi » (respectivement +5 % et + 10 % de plus
agricoles. Travaillant souvent à la mission ou que les 35-54 ans). Solidarité entre jeunes
sans contrôle strict des heures de présence, ces qui ont bien souvent connu des épisodes de
salariés ont relativement plus de difficultés à chômage avant l’emploi actuel ? Solidarité
accepter une réduction de leur salaire dans le entre les générations qui partent et celles
cadre d’une réduction collective de la durée du qui arrivent ?
travail dont ils doutent des effets sur leurs ho-
raires effectifs. Toutes choses égales par ailleurs, un taux de
chômage régional (Insee, 1998) élevé diminue
Par ailleurs, les femmes acceptent plus fré- la propension des salariés du privé (mais pas du
quemment que les hommes une réduction du public) au partage du travail dans le cadre d’une
temps de travail sans compensation, en parti- réduction collective du temps de travail sans
culier lorsque leurs horaires habituels se si- compensation salariale. Le même résultat s’ob-
tuent dans la moitié supérieure des horaires de serve avec le taux de chômage départemental.
travail féminin. Dans un environnement économique difficile,
la situation des salariés en place aurait-elle
À âge, sexe, salaire, secteur d’activité etc. alors plus de prix, entraînant alors une réaction
identiques, plus le diplôme est élevé, plus le de crispation sur l’acquis ? Les salariés à temps
désir de réduction collective du temps de tra- complet ayant la « chance » d’avoir un emploi
vail avec baisse de salaire s’accroît. Toutes (les « insiders ») dans un environnement local
choses égales par ailleurs, les salariés du pu- déprimé chercheraient-ils à se tenir à l’écart des
blic qui travaillent dans une commune rurale difficultés des autres (les « outsiders ») ? On
sont relativement plus favorables à une ré- pourrait penser que, dans ce cas, les actifs occu-
duction collective du temps de travail sans pés ont peut-être à assumer financièrement un
compensation. Enfin, certaines catégories se proche au chômage (enfant, conjoint), ce qui
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 167Tableau 4
Modèles explicatifs de la question 2 *
Salariésduprivé Salariés du public
Écart-type, Écart-type,
Coefficient Coefficient
significativité significativité
Constante - 0,37 0,12 ** - 0,38 0,22 s
Âge
De 15 à 24 ans 0,21 0,11 s 0,36 0,25 ns
De 25 à 34 ans 0,05 0,07 ns 0,16 0,12 ns
De 35 à 44 ans référence référence
De 45 à 54 ans - 0,10 0,07 ns 0,11 0,17 *
55 ans et plus 0,15 0,11 ns 0,41 0,15 s
Salaire net mensuel
Moins de 5 000 F - 0,49 0,10 **** - 0,71 0,25 **
De 5 000 à moins de 7 000 F - 0,24 0,06 *** - 0,20 0,11 s
De 7 000 à moins de 9 000 F référence référence
De 9 000 à moins de 12 000 F 0,03 0,07 ns - 0,18 0,10 s
De 12 000 à moins de 15 000 F 0,04 0,10 ns 0,17 0,15 ns
De 15 000 à moins de 20 000 F - 0,01 0,12 ns 0,27 0,21 ns
Au moins 20 000 F 0,13 0,15 ns - 0,10 0,30 ns
Conjoint
Sans conjoint référence référence
Avec indépendant
Agriculteur 0,73 0,34 * ens
Artisan - 0,03 0,21 ns - 0,29 0,45 ns
Commerçant 0,14 0,25 ns - 0,53 0,49 ns
Gros agriculteur, chef d’entreprise, - 0,16 0,33 ns ens
Avec un conjoint salarié dont salaire net/mois
moins de 5 000 F 0,10 0,08 ns 0,26 0,16 ns
De 5 000 à moins de 7 000 F 0,04 0,08 ns 0,07 0,15 ns
De 7 000 à moins de 9 000 F 0,04 0,09 ns 0,15 0,13 ns
De 9 000 à moins de 12 000 F 0,16 0,09 ns - 0,03 0,14 ns
De 12 000 à moins de 15 000 F 0,20 0,14 ns - 0,15 0,19 ns
De 15 000 à moins de 20 000 F 0,29 0,19 ns 0,57 0,23 *
au moins 20 000 F 0,39 0,33 ns 0,44 0,37 ns
Conjoint chômeur 0,11 0,10 ns - 0,09 0,21 ns étudiant ou contingent 0,34 0,26 ns - 0,15 0,47 ns
Conjoint retraité - 0,10 0,09 ns 0,03 0,16 ns autre inactif ou statut inconnu - 0,26 0,17 ns - 0,01 0,21 ns
Statut du logement
Accédant à la propriété 0,08 0,06 ns - 0,14 0,11 ns
Propriétaire (non accédant) du logement référence référence
Locataire HLM 0,02 0,08 ns - 0,18 0,14 ns d’un logement non HLM 0,05 0,07 ns - 0,35 0,13 **
Locataire d’un meublé ou d’une chambre d’hôtel - 0,50 0,36 ns ens
Logé gratuitement 0,01 0,13 ns - 0,12 0,17 ns
Catégorie de commune
Agglomération parisienne - 0,23 0,07 *** - 0,31 0,12 *
Commune rurale 0,06 0,05 ns - 0,12 0,10 ns
Autre référence référence
Durée hebdomadaire habituelle du travail
Homme, moins de 35 heures - 0,16 0,15 ns - 0,11 0,17 ns de 35 à moins de 38 heures - 0,03 0,10 ns 0,15 0,18 ns
Homme, de 38 à moins de 40 référence référence de 40 à moins de 42 heures - 0,02 0,08 ns - 0,05 0,17 ns
Homme, 42 heures et plus - 0,06 0,08 ns 0,09 0,17 ns
Homme, pas de durée hebdomadaire habituelle - 0,08 0,12 ns - 0,51 0,22 *
Femme, moins de 35 heures 0,09 0,16 ns - 0,21 0,17 ns de 35 à moins de 38 heures 0,24 0,12 s 0,24 0,17 ns
Femme, de 38 à moins de 40 0,36 0,08 **** 0,16 0,15 ns de 40 à moins de 42 heures 0,26 0,11 * 0,02 0,19 ns
Femme, 42 heures et plus - 0,10 0,11 ns 0,03 0,21 ns pas de durée hebdomadaire habituelle 0,16 0,23 ns - 0,10 0,33 ns
168 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2Tableau 4 (fin)
Salariésduprivé Salariés du public
Écart-type, Écart-type,
Coefficient Coefficient
significativité significativité
Niveau de diplôme
Diplôme supérieur 0,06 0,12 ns - 0,34 0,16 *
Baccalauréat plus 2 ans 0,23 0,09 ** 0,04 0,14 nséat, brevet professionnel - 0,03 0,08 ns - 0,24 0,13 ns
CAP, BEP référence référence
BEPC seul - 0,15 0,10 ns - 0,30 0,15 *
Sans diplôme, certificat d’études - 0,06 0,06 ns - 0,16 0,11 ns
Secteur d’activité
Agriculture - 0,07 0,16 ns
Industrie référence
Construction - 0,20 0,09 *
Commerce - 0,19 0,07 *
Transports - 0,10 0,10 ns
Activités financières - 0,29 0,11 *
Activité immobilière, services aux entreprises - 0,13 0,08 ns
Hotels et restaurants 0,08 0,15 ns
Activitésrécréatives, culturelles, sportives - 0,74 0,30 *
Services personnels et domestiques - 0,94 0,20 ****
Éducation, santé, action sociale - 0,15 0,11 ns
Administration - 0,48 0,15 **
Travail le dimanche : habituel - 0,06 0,13 ns 0,00 0,19 ns
occasionnel - 0,14 0,08 s 0,09 0,12 ns
jamais référence référence
Travail le samedi : habituel 0,03 0,08 ns 0,03 0,12 ns
occasionnel 0,19 0,06 ** 0,01 0,11 ns
jamais référence référence
Horaires alternants - 0,03 0,08 ns 0,15 0,15 ns
horaires variables d’un jour à l’autre - 0,03 0,06 ns 0,23 0,09 *
jamais référence référence
Ancienneté dans l’entreprise
Moins d’un an - 0,05 0,09 ns 0,03 0,20 ns
De 1 à de 2 ans inclus - 0,06 0,10 ns 0,13 0,19 ns
De 2 à 5 ans inclus référence référence
De 5 à 10 ans inclus 0,13 0,07 s 0,01 0,14 ns
De 10 à 20 ans inclus 0,17 0,07 * 0,12 0,13 ns
Plus de 20 ans 0,22 0,09 * 0,08 0,15 ns
Taux de chômage régional
Parmi les 25% les plus faibles 0,26 0,07 *** 0,16 0,12 ns
Parmi les 25% les plus forts - 0,10 0,06 s - 0,12 0,09 ns
Autres référence référence
Policiers et militaires - 0,43 0,17 *
Autres référence
Paires concordantes (en %) 60,4 62,4
D de Somer 0,21 0,25
Nombre d’observations 8 342 3 153
Probabilité de la situation de référence 0,408 0,406
* Modèle : régressions logistiques explicatives de la question Q2, réalisées indépendamment sur les salariés du public et ceux du privé.
Question 2 (Q2) : Si non (à la question 1), si cela permettait de maintenir ou d’augmenter les effectifs de votre établissement, l’accepte-
riez-vous ?
-4 -4 -3Lecture : la probabilité qu’un coefficient soit nul est, selon les cas, inférieure à 10 (****), comprise entre 10 et 10 (***), comprise entre
-3 -210 et 10 (**), comprise entre1% et5%(*), comprise entre5% et 10 % (noté s) ou supérieure à 10% (non significatif à ce seuil, noté
ns). Les critères concernant des effectifs insuffisants sont repérés pas le symbole "ens". Le statut (CDD/CDI, stagiaire, contractuel),le
travail la nuit, le nombre d’enfants ne figurent pas dans le tableau car ils ne fournissent pas de coefficients significatifs.
Champ : salariés à temps complet.
Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi de mars 1995, Insee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2 169expliquerait que leur revenu présente pour leur Les femmes et les cadres prêts à réduire
ménage un aspect « vital ». En fait, une telle hy- leurs horaires plus fortement
pothèse relative au conjoint n’est pas vérifiée : que les autres salariés
toutes choses égales par ailleurs et pour un ni-
veau de chômage régional donné, les individus Lorsqu’ils se déclarent pour la réduction col-
dont le conjoint est au chômage ne se distin- lective du temps de travail sans contrepartie fi-
guent pas significativement des autres. nancière, près de 40 % des salariés à temps
complet (hors enseignants, pour lesquels la dis-
Par contre, une ancienneté dans l’entreprise de tinction entre charge de cours et nombre d’heures
plus de 10 ans accroît significativement l’ac- de travail réellement effectuées est mal ap-
ceptation par les salariés du privé d’une réduc- préhendée) déclarent vouloir travailler 35 heu-
tion du temps de travail « pour l’emploi ». La res. À la date de l’enquête, les débats autour de
question 2 fait explicitement référence au la réduction du temps de travail étaient déjà lar-
maintien de l’emploi dans l’établissement, si- gement présents. La plupart des propositions
gne de la santé de ce dernier. L’attachement à la faisaient du passage aux 35 heures hebdoma-
situation présente, notamment en termes sala- daires légales le principal vecteur de la réduc-
riaux, qu’elle soit celle du salarié lui-même ou tion du temps de travail. Tout naturellement, les
celle de ses collègues, ainsi que le souci de sau- attentes des salariés favorables à la réduction du
vegarder l’entreprise, font donc concéder cer- temps de travail sans compensation, surtout les
tains sacrifices financiers. hommes, se sont cristallisées sur cet horaire
(cf. tableau 5). Les femmes, salariées à temps
Dans le privé, la propension au « partage du tra- complet, désirent des diminutions relativement
vail », en maintenant ou en accroissant les ef- plus fortes de leurs horaires hebdomadaires :
fectifs est, toutes choses égales par ailleurs, 41 % d’entre elles désirent une réduction de
plus forte dans l’industrie que dans le tertiaire. 20 % ou plus de leur horaire, contre 34 % pour
L’influence des syndicats y est en effet tradi- les hommes dans la même position. Lorsqu’ils
tionnellement plus marquée, ainsi que la lutte adoptent l’idée d’une réduction du temps de
pour la sauvegarde de l’emploi. De plus, l’orga- travail sans contrepartie financière, les cadres
nisation du travail dans l’industrie facilite la sont plus souvent prêts à réduire plus fortement
mise en place d’accords de réduction collective leur durée du travail que les autres catégories
du temps de travail par rapport au tertiaire (ré- socioprofessionnelles, à l’inverse des ouvriers
duction échangée contre réaménagement des (cf. tableau 6). Les premiers ayant des horaires
horaires, réorganisation de la production ou ac- nettement plus élevés que les autres salariés, les
croissement de la durée d’utilisation des équi-
pements). Dans le tertiaire du privé, les
activités associatives, récréatives, culturelles et
Tableau 5sportives et surtout le secteur des services per-
Horaire souhaité par les salariés à tempssonnels et domestiques, se caractérisent par
complet acceptant une réduction du tempsune moins grande propension à la réduction
de travail collectif sans compensationdu temps de travail « pour l’emploi ». Enfin,
En %dans l’agglomération parisienne, ce type de
proposition rencontre moins de succès Horaire hebdomadaire Hommes Femmes Ensemble
souhaitéqu’ailleurs, sans doute du fait d’un marché du
travail plus vaste et d’un coût de la vie supé-
25 heures et moins 6 13 10
rieur (surtout à Paris).
de 26 à 30 heures 11 23 17
de 31 à 34 heures 15 23 19
Au total, le pouvoir prédictif de ces modèles
35 heures 45 32 39
est légèrement plus faible que celui du mo-
36 heures et plus 23 7 15
dèle utilisé pour la question 1, tout en présen-
Ensemble 100 100 100tant des écarts du même ordre de grandeur.
Cette baisse de pouvoir explicatif est sans
Répartition
doute due à l’absence de variables importan- hommes femmes 53 47 100
tes, mais inobservables et difficiles à mesurer :
Lecture :6% des hommes salariés à temps complet non ensei-
trajectoire antérieure sur le marché du travail, gnants, ayant répondu oui à Q1, souhaiteraient travailler 25 heu-
de l’individu aussi bien que des différents res ou moins. De plus, 53% du champ est constitué d’hommes.
Champ : salariés à temps complet hors enseignants ayant répon-membres du ménage, degré de solidarité avec
du oui à Q1.
les chômeurs, situation économique de l’entre- Source : enquête complémentaire à l’enquêteEmploidemars
prise. 1995, Insee.
170 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 321-322, 1999 - 1/2

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