Reims : les emplois métropolitains supérieurs... en quête de métropole Vers l'émergence d'une métropole polynucléaire autour de Reims

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Le phénomène de la concentration des emplois métropolitains supérieurs (EMS) autour de Reims s'explique par une interdépendance complémentaire entre l'aire urbaine rémoise et les aires urbaines voisines. L'importance des navettes domiciles-travail et des navettes domicile-lieu d'études est fondée sur un réseau de transport routier efficace.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ARTICLE 6
 par Benjamin Brillaud, AUDRR
VERS L’ÉMERGENCE D’UNE MÉTROPOLE
POLYNUCLEAIRE AUTOUR DE REIMS
L’Aire urbaine : une échelle à dépasser pour analyser le
phénomène métropolitain autour de Reims
Chiffres Clés
Aire urbaine de Reims Les emplois métropolitains supérieurs regroupent des emplois dont
 17% des personnes occupant le contenu décisionnel est élevé et/ou qui contribuent à l’image de
un EMS dans l’aire urbaine marque des villes et à leur rayonnement. L’étude de la concentration
de Reims n’y résident pas
de ces emplois métropolitains dans les villes et notamment les plus  30% de ces personnes résident
dans un des 7 aires urbaines grandes villes permette d’une certaine manière de mettre en évidence
suivantes : Châlons, Charleville
leur dynamisme. Ces investigations concernent souvent des aires Mézières, Château-Thierry,
Epernay, Laon, Rethel, Soissons urbaines de grande taille (plus de 100 000 habitants) voire des
 territoires régionaux ou interrégionaux .
dans l’aire urbaine de Paris
 15% de ces personnes
résident en milieu rural
CAMBRAI
FOURMIES
Les navettes PERONNE
AMIENSdomicile-travail
SAINT-QUENTIN
CHARLEVILLE-MEZIERES
des personnes
occupant un
CHAUNY
LAONEMS entre les
RETHEL
BEAUVAISaires urbaines à COMPIEGNE
CLERMONT SOISSONS50 km de Reims REIMS
CREIL
VERDUN
CHATEAU-THIERRY
EPERNAY
CHALONS-EN-CHAMPAGNEPARIS
BAR-LE-DUC
VITRY-LE-FRANCOIS
SAINT-DIZIER
PROVINS
Source : INSEE Recensement de la Population
cartographie AUDRR200 navettes domicile travail
100 navettes domicile travail
Sortants Cercle de 50 km de rayon autour de Reims
50 navettes domicile travail
Entrants
25 navettes domicile travail
Pourtant, il semble nécessaire de comprendre le fonctionnement des
territoires autour de ces aires urbaines de plus de 100 000 habitants,
car les migrations pendulaires avec les aires urbaines de taille plus
modeste ainsi qu’avec les territoires multipolarisés entre ces aires
urbaines restent sur certains territoires très importantes.
Les relations que l’aire urbaine de Reims entretient avec les aires
urbaines voisines sont sans doute un cas d’école. En effet, l’aire urbaine
de Reims dans un rayon de 50 km est entourée de 7 aires urbaines Unité : nb et % Entrants Sortants Solde des Total des
Nb % du total Nb % du total navettes navettes
Aires urbaines de :
Paris 371 25% 419 30% -48 790
Châlons-en-Champagne 156 11% 161 11% -5 317
Epernay 108 7% 152 11% -44 260
Charleville-Mézières 57 4% 48 3% 9 105
Laon 48 3% 46 3% 2 94
Rethel 32 2% 27 2% 5 59
Château-Thierry 12 1% 37 3% -25 49
Soissons 12 1% 2 0% 10 14
Troyes 25 2% 24 2% 1 49
Espace à dominante rurale 219 15% 196 6% 23 415
Commune multipolarisée 166 11% 77 2% 89 243
Source : Insee - Recensements de la population de 1990 et 1999 exploitation complémentaire
Les navettes domicile-de taille petite et moyenne dont le nombre d’emploi varie entre 5 503
travail des personnes emplois pour Rethel et 40 038 emplois pour Charleville-Mézières. Or,
occupant un EMS entre on constate que les migrations pendulaires entre ces aires urbaines
l’aire urbaine de Reims sont importantes. En effet, 17% des personnes occupant un Ems sur
et les aires urbaines
l’aire urbaine de Reims, n’y résident pas. Pour 30% d’entre elles, elles
voisines en 1999
résident dans ces 7 aires urbaines voisines. 25% résident dans l’aire
urbaine de Paris et 27% habitent dans des communes soit à dominante
rurale soit multi-polarisées. Mais, contrairement à d’autres grandes
villes qui « aspirent » les forces vives des territoires voisins notamment
les cadres, ces échanges d’actifs entre ces aires urbaines s’avèrent
relativement équilibrés à l’exception toutefois de Paris et d’Epernay.
Ces migrations de personnes occupant un EMS représentent en
moyenne autour de 15 % des migrations domicile-travail totales entre
ces 7 aires urbaines et l’aire urbaine de Reims à l’exception de Rethel
et de Soissons où les migrations des personnes occupant un EMS
représentent 20% des migrations domicile-travail totales.
Une métropole fondée sur un réseau de transport effi cace
Pour expliquer ce phénomène, il faut sans doute rappeler que Reims
est située au carrefour de trois autoroutes l’A4, l’A26, l’A34 et de
nationales (deux fois deux voies) la N51 et la N31 qui permet à la
population active de se déplacer très rapidement d’une aire urbaine
à l’autre.
page 3319 106
6 811
19 126
N44
4 418
A104
A 26
19 310
19 686
8 746
N44
N44
N44
13 911
48005
43135
12 705
3N4
17 159
13 727
N44
D934
N31
N43
76653
A 26
N19
A203
72955
8 770
N43
14 772
N19
52299
D3
N31
N3
N4
A5
Saint-
Amiens Quentin
Charleville- BELGIQUE
SOMME
Mézières
Sedan
Roye
Carignan
Noyon Laon
Rethel Le trafic routier
Légende
OISE
ARDENNES Trafics moyens journaliers annuels
Vouziers(T.M.J.A.) en 2000Soissons
BraineCompiègne Vic- Autoroutes et
RN 2x2 voiesAisne 20 000
Fismes
20 000ReimsCreil Villers- RNAISNESenlis
Cotterêts
Sainte-
Menehould
TGV EST
MARNE
MEUSE
Château- Épernay
Paris-Charles
de Gaulle Thierry
Châlons-en-Meaux
ChampagneSEINE ETPARIS
MARNE
Marne Bar-le-Duc
la Vallée
Sézanne Ligny-
en-BarroisVitry-le-
François
Saint-Dizier
0 25 50 KmProvins AUBE
Melun NORD
Source : Ministère de l’équipement et des transports
Les temps de parcours étant relativement courts entre ces aires Reims, carrefour routier
urbaines, certains ménages choisissent de vivre à la campagne du Nord-Est
ou dans une ville de taille plus modeste et de travailler à Reims.
Inversement, certains ménages plus jeunes sans doute et avec des
comportements plus urbains préfèrent s’installer à Reims pour son
animation urbaine et travailler dans les villes de taille plus modeste
comme Châlons, Epernay, Laon ou Charleville-Mézières. Ils disposent
d’ailleurs de niveaux de revenus suffi sants qui leur permettent de
supporter des loyers élevés en centre ville ainsi que des coûts de
transports quotidiens non négligeables.
Cette accessibilité favorise la fréquentation par la population de chacun
de ces différents territoires pour des motifs d’achats, de loisirs ou de
services. Parallèlement, les entreprises, grâce à ces infrastructures
peuvent rayonner sur des territoires également plus vastes. C’est
surtout le cas pour les activités de services aux entreprises et les
télécommunications.
Il semble donc que l’on peut distinguer un territoire de vie de 50 km
autour de Reims qui porte sur plusieurs départements et deux régions
et qui englobe 7 aires urbaines et que l’on peut défi nir comme une
métropole polynucléaire. Néanmoins, cette métropole ne correspond
pas du tout à la défi nition traditionnelle de la métropole « aspirante »
qui fonde son développement sur l’attraction des forces vives et
des matières premières des territoires voisins. La métropole rémoise
A29
12 429
49832
N4
N34
N29
N19
N4
N4
N3
88035
N324
N3
TGV EST
N3
A 4
N35
A 4
E46
A 4
N3
E44
A34
15 804
12 793
10 231
14 399
N2
N32
N2
N2
N32
26 763
13 766
N51
14 129
10 606
6 049
A1
N2
A34
A 26
N35
N17
13 831
N77
N51
N17
N51
A1
6 073
18 492
9 068
139915
47465
73805correspond plutôt comme le formule François Ascher dans son
ouvrage : « Metapolis » comme « un ensemble d’espaces dont tout
ou partie des habitants, des activités économiques ou des territoires
sont intégrés dans le fonctionnement quotidien (ordinaire) d’une
métropole. Les espaces qui composent la métapole sont profondément
hétérogènes et pas nécessairement contigus.(…) Elles sont mono ou
polynucléaires, plus ou moins agglomérées ou éclatées, hétérogènes,
polarisées ou segmentées ». Ces territoires métropolitains sont
fortement interconnectés par les réseaux de communication rapide,
comme les autoroutes ou le rail et également des réseaux de
télécommunications performants.
La métropole rémoise s’inscrit, dans cette défi nition et ces fl ux devraient
s’accentuer à l’occasion de l’arrivée du TGV à Reims.
Une métropole composée de villes aux atouts complémentaires
L'une des richesses de cette métropole est sans doute la
complémentarité des villes qui la composent.
Reims présente l’atout de disposer d’une université et de fonctions
de recherche importantes qui rayonnent sur trois départements : la
Marne, les Ardennes et une partie de l’Aisne. La carte des bassins de
recrutement des universités élaborée par l’INSEE et présentée dans
l’article 2 de cet ouvrage peut l’attester et les migrations quotidiennes
domicile-lieux d’étude viennent le confi rmer. En effet, près de 650
étudiants de plus de 19 ans résidant dans l’aire urbaine de Châlons
viennent tous les jours étudier à Reims contre 400 étudiants rémois
qui viennent étudier dans l’aire urbaine de Châlons. 518 étudiants
habitant dans l’aire urbaine de Charlevilles-Mézières viennent étudier
à Reims contre 105 dans le sens inverse. 518 étudiants habitant dans
l’aire urbaine d’Epernay viennent étudier à Reims contre 103 dans
le sens inverse. 175 étudiants habitant dans l’aire urbaine de Laon
viennent étudier à Reims contre 161 dans le sens inverse.
Les emplois métropolitains dans ce secteur ont fortement augmenté à
Reims (près de 700 postes d'enseignants et cadres de l’enseignement
supérieur, ingénieurs et cadres de la recherche publique et privée
supplémentaires entre 1990 et 1999). Cette forte hausse peut
s’expliquer par le développement de l’université de Reims et de la
Reims Management School qui, d’une certaine manière, offrent à
la population rémoise comme à celles des aires urbaines voisines
des formations supérieures de qualité alternatives aux universités
parisiennes, lilloises ou lorraines sans oublier les formations de grandes
qualités dispensées par l'école d’ingénieur située à Châlons.
Le deuxième atout vecteur de la métropolisation de ce territoire est
sans conteste son offre commerciale. Les études récentes menée par
la CCI de Reims-Epernay et la CCI de l’Aisne concernant les zones
page 35Taux d'emprise en 2001
Ham
Marle Rozoy-
sur-Serre Signy- Agglos Marne biens non courants
l'Abbaye
Crécy-
sur-Serre
La Fère Chaumont-
PorcienGuiscard Tergnier > à 70%
Chauny
Omont 50 à 70%LAON
Novion-
Noyon Porcien
Tourteron 20 à 50%Sissonne Château-
Coucy-le- Porcien
Château Anizy-le-
Château Rethel
Attigny Zone de chalandise de
Asfeld Châlons en Champagne
Buzancy
Craonne Neufchâtel- EpernayAttichy sur-Aisne
Vouziers ReimsVailly-sur-
Compiègne AisneVic-sur- Juniville
Aisne GrandpréSOISSONS Limites départementalesBourgogne Machault
Pierrefonds Braine MonthoisREIMS
Fismes
Varennes-en-
Villers- ArgonneBeine-NauroyCrépy- Cotterêts
en-Valois
Ville-
Oulchy-le sur-Tourbe
Château
Ville-en-
Fère-en- Tardenois
Tardenois Clermont-en-
Betz ArgonneNeuilly- Verzy
Saint-Front
Nanteuil- Suippesle-Hauduin
Châtillon- Sainte-sur-Marne Menehould
AyDormans CHALONS-EN-CHAMP AGNE
Lizy-
sur-Ourcq
Triaucourt-en-
ArgonneCHÂTEAU-THIERR Y
Condé-en- Avize
Brie Givry-en-
La Ferté- ArgonneCharlyMEAUX sous-Jouarre
Montmort-EPERNAYLucy Marson
Taux d'emprise en 2001 Vertus
Écury-sur-
CooleAgglos Aisne produits non alimentaires Montmirail
Rebais Revigny-
sur-Ornain
> à 70% Heiltz-le-
MauruptCoulommiers
La Ferté- Vitry-le-60 à 70% Gaucher François
Fère-Champenoise
Esternay Sézanne35 à 60%
NORD
Sompuis
Zone de chalandise de
0 25 50 Km
Château-Thierry
Laon
Sources : C.C.I. de l'Aisne et C.C.I. de Reims-Epernay
Soissons
Les zones de de chalandise de Reims et des autres aires urbaines environnantes
chalandises montrent qu'entre 1990 et 1999 les agglomérations de Châlons,
autour de Reims Epernay, Charleville se sont dotées de grandes surfaces de produits
courants. La zone de chalandise de Reims a donc diminué sur ces
produits mais, par contre, s’est maintenue sur les produits spécialisés.
La taille des autres aires urbaines, à part Rethel peut être, leur permet
de développer des activités commerciales de proximité pour leur
population urbaine et le territoire périurbain et rural sur lequel elles
rayonnent.
Les emplois EMS comptabilisés dans la catégorie Commerce ne
permettent pas toutefois de caractériser ce phénomène car les Ems
recensés dans cette fonction sont surtout des activités de direction.
Ils ont crû à Reims durant la période de manière assez modeste
(+39) alors qu’ils sont en recul dans toutes les autres aires urbaines
étudiées. Cette progression est plutôt à rapprocher des activités liées
à la viticulture et au champagne et plus particulièrement des activités
de commerces de gros liées à l’activité du champagne qui restent une
spécifi cité de Reims et d’Epernay.
Le troisième atout repose sans doute sur les équipements de loisirs
(culture, sport, tourisme) et d’accueil d’événements (foires et congrès)
que l’on pourrait qualifi er de métropolitains dans le sens où leurs
manifestations rayonnent souvent bien au delà de la ville qui les
porte. On peut citer par exemple : les centres des congrès, les parcs
des expositions, les équipements sportifs pouvant accueillir des
manifestations d’ordre national ou international comme les stades, les patinoires olympiques… Durant la décennie étudiée, Reims a procédé à
la création ou à la réhabilitation de certains de ces grands équipements :
le Centre des congrès en 1994, la réhabilitation du Grand Théâtre de
Reims en 1999 et la Comédie de Reims qui propose depuis 1991
un programme de pièces de théâtre classiques et contemporaines.
L’évolution du nombre d’emplois métropolitains supérieurs dans
la catégorie Art le confi rme. La progression importante constatée à
Reims (+281) n’a pas freiné le développement d’emplois dans toutes
les autres aires urbaines étudiées. La rénovation importante des
équipements culturels de Reims n’a pas empêché le développement
des théâtres municipaux de Châlons, de Charleville ni la rénovation du
Musée des Ardennes et du Musée Arthur Rimbaud de Charleville et à
Laon, ni les actions en faveur de la mise en valeur du patrimoine. Dans
ce domaine de l’activité culturelle ou de loisirs, Châlons, Epernay,
Laon, Château Thierry, Soissons ou Charleville Mézières peuvent
tout autant bénéfi cier de leur proximité avec Reims. Elles bénéfi cient
aussi, d’une certaine manière, de leur relative proximité entre elles,
pour attirer la population des agglomérations voisines (soit résidentes
soit touristiques) lors, notamment, d’événements culturels importants
comme les festivals ou les foires. Ces villes disposent aussi toutes
d’un patrimoine architectural intéressant et d'un parc urbain de qualité
qui, en raison de distances temps assez réduites, peuvent attirer ces
mêmes populations pour des motifs de détente.
Cette analyse permet de distinguer certains éléments factuels sur les
pratiques quotidiennes de la population des agglomérations étudiées
qui pourraient à terme être constitutives d’une métropole polynucléaire
autour de Reims dont les bases pourraient être le rayonnement
universitaire, le dynamisme culturel, l’attraction commerciale. Pour
l’instant, ces échanges n’ont pas été relayés au plan politique
par des collaborations plus institutionnelles entre ces villes si ce
n’est le rapprochement récent de Reims et d’Epernay en terme de
communication autour de certains événements culturels et de loisirs
comme la négociation conjointe d’une étape du tour de France ou
la présentation sur un même dépliant du programme des festivités
organisées dans chacune des villes pour les fêtes de Noël.
Pour en savoir plus
- Pour un rayonnement européen des métropoles françaises, FNAU/DATAR, Octobre
2004.
- Un regard de la Fnau sur les forces et les faiblesses de l'offre métropolitaine française,
FNAU, dossier Fnau n°15, mai 2004.
page 37

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