ESeC, projet européen de classification socio-économique

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Le projet ESeC (European Socio-economic Classification) se situe dans le cadre d’une recherche d’harmonisation au niveau européen, en référence à la classification internationale type des professions. Inspiré du cadre théorique de Goldthorpe, qui privilégie les « relations d’emploi », il est fortement marqué par les travaux menés, notamment, au Royaume-Uni. Les débats de ces dernières années font apparaître des critiques, en provenance des statisticiens comme du monde académique. Dans ce contexte, la question de l’avenir de la nomenclature française des professions et catégories socioprofessionnelles se pose en des termes nouveaux.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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ESeC, projet européen de classification
socio-économique
! Cécile Brousse*
Le projet ESeC (European Socio-economic Classification) se situe dans le cadre d’une recherche d’harmonisation
au niveau européen, en référence à la classification internationale type des professions. Inspiré du cadre théorique
de Goldthorpe, qui privilégie les « relations d’emploi », il est fortement marqué par les travaux menés, notamment,
au Royaume-Uni. Les débats de ces dernières années font apparaître des critiques, en provenance des statisticiens
comme du monde académique. Dans ce contexte, la question de l’avenir de la nomenclature française des professions
et catégories socioprofessionnelles se pose en des termes nouveaux.
a Commission européenne a Pour comprendre la diffusion de cette – à la fin des années 90, la rénovation Lcommandé à partir du milieu des classification dans le champ acadé- de la nomenclature au Royaume-Uni.
années 90, alors que l’harmonisation mique européen et l’intérêt qu’elle
des statistiques sociales s’intensifie, suscite de la part des instituts de
une série d’études sur la possibilité statistique, deux moments paraissent Le projet ESeC est
d’élaborer une nomenclature socio- particulièrement déterminants : directement inspiré
économique européenne. Pendant
de la classification – au début des années 90, l’adop-la période 1996-2004, chercheurs et
socio-économique tion massive par les pays européens statisticiens, français et britanniques
britannique de 2001 pour la plupart, rivalisent d’expertise – notamment ceux de l’ancien bloc
et de propositions. soviétique – de la nomenclature inter-
De 1998 à 2001, le Royaume-Uni s’est nationale des professions (la CITP-88),
Les premiers travaux de validation brique de base du prototype ESeC ; engagé dans une refonte complète de
ont été coordonnés par deux équi-
pes britanniques dirigées par David
Rose et Eric Harrison, appuyées par
l’Office statistique du Royaume-Uni.
En 2006, ils ont soumis aux instituts Encadré 1 : un cadre théorique hérité des travaux de John H. Goldthorpe
de statistique un projet baptisé ESeC
Selon le schéma de classes de Goldthorpe, les comportements sociaux s’expli-
(pour European Socio-economic
quent par la position des individus sur le marché du travail et pour les salariés,
Classification). Ce projet est actuelle- en particulier, par le type de relation qui les unit à leur employeur.
ment examiné par Eurostat et les ins- Parmi les salariés, le type de rva d’une subordination strictement définie
tituts de statistique. Il pourrait avoir dans le contrat de travail, à des relations beaucoup plus souples et informelles
vocation à être utilisé dans le tronc laissant une large autonomie au salarié.
L’opposition entre les deux idéaux-types illustre ce concept de « relation d’em-commun des enquêtes communau-
ploi » :taires auprès des ménages.
– à un extrême, la relation de type « contrat de travail » (labour contract) com-
prend les situations où le contenu de l’emploi, les conditions de son exercice
Contrairement à la nomenclature fran-
et sa rémunération sont entièrement contenues dans le contrat passé entre
çaise des PCS (Professions et catégo- employé et employeur, contrat soumis à un contrôle strict ;
ries socioprofessionnelles) élaborée à – à l’autre extrême, la « relation de service » (service relationship) décrit les
partir des catégories empruntées aux situations où le salarié dispose d’une large autonomie dans l’exercice de son
emploi, liée à des fonctions d’encadrement de haut niveau ou à la possession de conventions collectives et au statut de
compétences techniques lui conférant un pouvoir d’expertise ;la Fonction publique, ESeC s’appuie
- entre les deux, un continuum de situations dites « mixtes » relevant pour cer-sur un cadre théorique et revendiqué,
tains aspects de la relation de type « contrat de travail » et pour d’autres de la
connu sous le nom de « schéma de
« relation de service ».
classes de Goldthorpe » et consti- La rde service s’oppose au contrat de travail par l’autonomie du salarié,
tue une variante de la nomenclature mais aussi par les perspectives de carrière, le niveau et le mode de rémunéra-
EGP (initiales de ses concepteurs tion. C’est bien la relation unissant le salarié à l’employeur qui est au centre de
l’analyse : dans un cas, cette relation est entièrement décrite par le contrat de Erikson, Goldthorpe et Portocarero).
travail, dans le second existe une relation de plus long terme fondée sur une
dépendance mutuelle.
* Insee, division Emploi.
Courrier des statistiques n° 125, novembre-décembre 2008 27Cécile Brousse
son système de nomenclatures socio- Baptisée NS- SEC « Socio-Economic tandis que dans le projet ESeC ils
économiques. L’objectif visé était Classes » la nouvelle nomenclature sont placés au même niveau que les
d’unifier les deux principales classifi- britannique présentait trois ouvriers qualifiés.
cations utilisées par l’ONS (Office for avantages :
national statistics) :
– une continuité acceptable avec les Un mode de construction
anciennes classifications, matériali-– l’une dite des Social Class (SC) à partir de la CITP-88
sée par des tables de passage (en qui a fait preuve d’une très grande
particulier avec la SEG ; stabilité depuis sa création en 1921
Les classes d’ESeC s’obtiennent par
et qui a été mobilisée pour mesurer
le croisement du code CITP(COM)-88
– un fondement théorique largement l’évolution des inégalités en matière
et d’informations complémentaires :
reconnu par les sociologues quantita-de santé ;
tivistes très proche du cadre EGP ;
– le statut (indépendant/salarié) ;
– l’autre, la classification des Socio-
– un mode de construction relative-Economic Groups (SEG) élaborée en – la taille de l’entreprise pour les
ment souple, à partir du répertoire bri-1961, dédiée essentiellement à l’ana- employeurs (aucun salarié, moins de
tannique des professions (SOC) mais lyse des phénomènes démographi- 10, 10 ou plus) ;
aussi à partir de la CITP-88, classifi-ques et du marché du travail.
cation internationale type des profes-
– la position hiérarchique pour les
sions établie par le BIT et reconnue Ramassée en 6 postes, la première salariés « manager », « supervisor »,
par Eurostat.nomenclature SC ordonnait les simple employé.
professions selon le contenu des
En même temps qu’ils achevaient la
tâches et le niveau de qualification, Une « matrice de passage » permet
rédaction de leur projet pour l’ONS,
des métiers manuels les moins de classer tous les actifs occupés
D. Rose, P. Elias et Pevalin répondaient
qualifiés « non-skilled workers » dans l’une des neuf classes d’ESeC.
à un appel d’offre publié par Eurostat
jusqu’aux professions requérant un
proposant d’établir une nomenclature
Par ailleurs, le consortium propose diplôme de l’enseignement supérieur
socio-économique pour l’Union euro-
des méthodes d’imputation lorsque « professionals ».
péenne. Avec une rhétorique à peine
la position professionnelle n’est pas
différente de celle mobilisée dans le
Quant à la SEG, elle synthétisait en renseignée. Ces solutions de rempla-
cadre national, ils ont esquissé un
17 postes une information plus com- cement s’appuient sur un système de
premier projet dénommé ESeC qu’ils
plexe articulant deux critères : le valeurs modales propres à chaque
ont popularisé dans un groupe de tra-
statut et le domaine d’activité. Ainsi, état membre. Enfin, les auteurs du
vail baptisé « consortium ESeC ».
projet préconisent l’utilisation d’une elle opposait les indépendants selon
matrice de dérivation simplifiée quand la taille de leur entreprise, isolant
Par rapport à la nouvelle nomen-
la profession dans la CITP n’est codée ceux qui travaillent à leur compte et
clature britannique, le projet ESeC
que sur une ou deux positions.elle ordonnait les groupes de salariés
est plus détaillé ; la classe 7 de
selon leur position hiérarchique dans la NS-SEC, qui inclut les profes-
l’entreprise (directeur, sous-directeur, sions « semi-routinières », est divisée
contremaître/superviseur, simple sala- Les travaux du consortium en deux classes : les professions
rié). Enfin dans chacun de ces grou- européen ESeC sous « semi-routinières » dans le domaine
pes, elle opérait une distinction selon l’égide des universités de la vente et des services (classe
le domaine d’activité. Par exemple, de Warwick et d’Essex 7 du prototype ESeC) et celles qui
les exploitants agricoles sont classés (septembre 2004 – juin 2006) ressortissent au domaine technique
à part ainsi que les ouvriers agricoles, (classe 8 d’ESeC). La classe 4 de
les emplois de bureau sont nettement la NS-SEC est également désagré- Les études de validation présentées
distingués des emplois techniques. gée, laissant apparaître un groupe de par le consortium ESeC en 2006 se
petits exploitants agricoles (classe 5 répartissent en deux groupes selon
Après des débats animés entre les d’ESeC) distinct des autres indépen- qu’elles portent sur les critères de la
écoles de sociologie britannique, dants (classe 4 d’ESeC). nomenclature « criterion validation »
l’ONS a retenu le projet formulé ou bien sur son pouvoir explicatif
par les chercheurs des univer- Si on le compare à la nomenclature « construction validation ».
sités de Warwick et d’Essex, des EGP (cf. encadré 1), le projet ESeC
« Goldthorpiens » plus sensibles aux s’en distingue par le positionnement Les travaux du premier ensemble
rapports de classes que leurs adver- des employés de commerce et des sont stratégiques puisqu’ils visent à
saires, tenants de classifications services aux particuliers « routine montrer l’adéquation entre la nomen-
unidimensionnelles fondées sur des non-manual ». Dans la nomenclature clature ESeC et le cadre théorique dit
« échelles de prestige continues » EGP, ils sont classés dans le même « des relations d’emploi ». De portée
(Rose et alii, 2002). groupe que les employés de bureau plus limitée, le second type d’études
28ESeC, projet européen de classification socio-économique
Tableau 1 : le projet de nomenclature socio-économique européenne ESeC (*)
Type de Intitulés destinés Traduction des Intitulés destinés Traduction des
Classes
relations aux chercheurs intitulés destinés aux au grand public intitulés destinés Professions les plus courantes
(**)
d’emploi (en anglais) chercheurs (en anglais) au grand public
1 Relation Large employers, Chefs de grandes Higher salariat Terme sans Ingénieur, médecin, pharmacien,
de service higher grade entreprises, équivalent en architecte
professional, cadres dirigeants français directeur financier, consultant,
administrative et membres des chef d’entreprise
andmanagerial professions libérales
occupations de niveau supérieur
2 Relation Lower grade Cadres dirigeants Lower salariat Idem Infirmière, enseignante
de service professional, et membres des technicien, informaticien, technicien
modifiée administrative professions libérales de maintenance, professeur des
and managerial de niveau inférieur, écoles/ institutrice
occupations and encadrants et
higher grade techniciens de
technician and niveau supérieur
supervisory
occupations
3 Relation Intermediate Professions Higher grade white Employés (cols Secrétaire commerciale, agent
mixte occupations intermédiaires(***) collar workers blancs) de niveau administratif, assistante sociale,
supérieur employée de bureau, assistante de
direction, éducatrice spécialisée,
technico-commercial
4 Sans objet Small employer Indépendants sans Petit bourgeoisie Petite bourgeoisie Commerçante, gérant de société,
and self-employed salarié et chefs de or independents ou indépendants restaurateur, hôtelière, artisan,
occupations (exc petites entreprises (****) non agricoles agent immobilier
agriculture etc.) (hors agriculture)
5 Sans objet Small employer Agriculteurs sans Petit bourgeoisie Petite bourgeoisie Agriculteur, exploitant agricole,
and self -employed salarié et chefs de or independents ou indépendants agricultrice, viticulteur,
occupations petites exploitations (****) (domaine exploitante agricole, conjoint
(agriculture etc.) agricoles, etc. agricole) collaborateur, bûcheron
6 Relation Lower supervisory Encadrants de Higher grade blue Ouvriers (cols Chef d’équipe, agent SNCF, gardien
mixte and lower technician niveau inférieur collar workers bleus) de niveau de la paix
occupations et professions supérieur chef de chantier, gardien
techniques de d’immeuble, chef d’atelier,
niveau inférieur responsable de magasin
7 Contrat Lower services, Professions de Lower grade white Employés (cols Assistante maternelle, aide
de travail sales and clerical niveau inférieur dans collar workers blancs) de niveau soignante, vendeuse
modifié occupations le commerce et les inférieur hôtesse de caisse, vendeur
services
8 Contrat Lower technical Professions Skilled workers Ouvriers qualifiés Peintre en bâtiment, mécanicien
de travail occupations techniques de auto, plombier chauffagiste,
modifié niveau inférieur jardinier, pâtissier
9 Contrat de Routine occupations Professions Semi- and non- Ouvriers semi- Femme de ménage,
travail routinières skilled workers qualifiés ou non- manutentionnaire, agent d’entretien,
qualifiés chauffeur livreur, cariste
10 Never worked and Personnes n’ayant Unemployed Chômeurs
long-term unemployed jamais travaillé ou
en chômage de
longue durée
Source : Eric Harrison and David Rose, The European Socio-economic Classification (ESeC), Draft User Guide (Université d’Essex, février 2006)
(*) Les traductions sont proposées par l’auteur de l’article.
(**) Les auteurs du projet utilisent couramment le terme « classes » pour désigner les groupes de niveau 1 de la nomenclature ESeC. À la suite de
Goldthorpe, l’architecture globale du projet est qualifiée de « class scheme ».
(***) Cette catégorie n’est pas équivalente à celle utilisée dans la nomenclature française des PCS (niveau 1).
(****) Intitulés utilisés par Harrison et Rose.
Courrier des statistiques n° 125, novembre-décembre 2008 29Cécile Brousse
Encadré 2 : une comparaison entre le projet ESeC et la nomenclature française des PCS
Des points communs … professionnel aux personnes inactives nomenclature des PCS, si une personne
ou au chômage (en s’appuyant sur aide un membre de sa famille – arti-
l’ancienne profession ou sur celle de la san ou e d’une autre profession
ESeC présente des points communs
personne de référence du ménage). indépendante – le codage s’effectue
avec la nomenclature française des
comme pour ce dernier. Si elle réalise
PCS mais aussi des différences impor-
un travail de secrétariat, de vente ou
tantes. Dans ce qui suit, le projet de
de comptabilité, le codage s’effectue … mais aussi des différences
classification européenne est comparé
dans une PCS spécifique (relevant de la
à la nomenclature française en 6 grou-
catégorie 21).
pes (niveau 1) mais aussi le cas échéant La nomenclature des PCS se présente
à la e française en 31 caté- sur trois niveaux (les 486 rubriques de Dans la classification ESeC, les ouvriers
gories (niveau 2). professions sont regroupées en 31 caté- et les employés sont regroupés dans une
gories socioprofessionnelles lesquelles seule et même catégorie (la classe 9) dès Comme la nomenclature des PCS, la sont réparties en 6 groupes sociaux). lors qu’ils exercent les tâches les moins nomenclature européenne proposée par Dans sa version actuelle, ESeC est une qualifiées « routine occupations ». La les chercheurs du consortium ESeC classification très agrégée, bien que nomenclature des PCS agrégée ne n’est pas simplement une liste de pro- l’ajout d’un niveau 2 ait été envisagé. distingue pas les employés selon leur fessions classées par niveau de com-
niveau de qualification. Mais, dans la pétences, elle accorde de l’importance Dans la nomenclature française, la posi-
pratique, suite aux travaux menés par au statut ; ainsi le clivage indépendants/ tion des groupes de salariés repose sur
Alain Chenu, Guillaume Burnod puis salariés est un élément important dans les niveaux de qualification des conven-
Olivier Chardon en 2002, statisticiens et la structure de la nomenclature euro- tions collectives pour les salariés d’en-
chercheurs ont pris l’habitude d’utiliser péenne : les chefs des petites entrepri- treprise (cadres, techniciens, agents de
une variante de la nomenclature des ses et les travailleurs indépendants sont maîtrise, ouvriers qualifiés, non-quali-
PCS 2003. Cette variante abandonne la regroupés dans des classes qui leur fiés) et sur les grades pour les salariés
délimitation officielle entre les employés sont propres (classes 4 et 5). Mais dans de la fonction publique (catégories A, B
de la Fonction publique, les les deux nomenclatures la ligne de par- ou C). Au niveau 2 de la nomenclature,
administratifs d’entreprise, les employés tage entre les salariés et les non-sala- les salariés (à l’exception des ouvriers)
de commerce et les personnels des ser-riés n’est pas absolue. Les membres sont distingués selon le statut public ou
vices directs aux particuliers au profit des professions libérales dans la PCS, privé de l’établissement employeur. La
d’une distinction fondée sur la qualifi-les actifs hautement qualifiés les « pro- nomenclature européenne ne se réfère
cation, qui présente l’avantage d’être fessionals » dans ESeC ne sont pas à aucun cadre juridique, les notions de
homogène avec celle que l’on appli-classés avec les artisans, les commer- « manager » (dirigeant) et de « supervi-
que au groupe des ouvriers (Amossé, çants, et les chefs de petites entrepri- sor » (superviseur) n’ayant aucune base
Chardon, 2006). ses. Comme la nomenclature française, légale.
le prototype ESeC classe les groupes
Dans la nomenclature française, les Les classes 1 et 2 d’ESeC regroupent de salariés en partie selon leur position
agriculteurs indépendants sont classés aussi bien les membres des professions professionnelle dans l’entreprise et en
dans un groupe unique même si l’ex-libérales, les grands entrepreneurs que fonction du domaine d’activité.
ploitation qu’ils dirigent compte plus de les salariés de niveau cadre alors que
10 salariés. Dans le projet de nomencla-Dans ESeC, les chefs de petites exploi- la PCS établit une distinction très nette
ture européenne, les chefs d’entreprise tations agricoles sont isolés dans une entre les chefs de grandes entreprises
agricole qui emploient plus de 10 sala-catégorie spécifique (classe 5), dis- d’un côté et les cadres supérieurs de
riés sont classés avec les chefs d’en-tincte de celle des autres chefs d’en- l’autre. En effet, dans la nomenclature
treprise de l’industrie, du commerce ou treprise. Dans la PCS, tous les agricul- française, les chefs de grandes entrepri-
des services.teurs relèvent du même groupe social ses sont regroupés avec les chefs des
(groupe 1). petites entreprises, les artisans et les
Dans la nomenclature des PCS, la taille commerçants (groupe 2), et les cadres
des exploitations agricoles ne s’appré-Même si, dans le projet actuel, ces supérieurs sont clairement associés au
cie pas en fonction du nombre d’em-aspects ne sont pas parfaitement trai- salariat au sens français du terme (ils
ployés mais principalement en fonction tés, la nomenclature européenne est sont rassemblés dans le groupe 3).
des surfaces cultivées. En revanche, conçue pour couvrir la totalité de la
dans le projet de nomenclature euro-population, y compris les personnes qui Les conjoints collaborateurs non sala-
péenne, l’importance d’une entreprise ne travaillent plus ou qui n’ont jamais riés ne sont pas décrits dans la nomen-
se mesure uniquement au nombre de travaillé. La PCS procède de façon clature ESeC. Ils font partie de la classe
salariés, y compris dans l’agriculture.similaire en attribuant un groupe socio- 10, dite des « excluded ». Dans la
30ESeC, projet européen de classification socio-économique
illustre les propriétés discriminantes
Encadré 3 : le consortium européen ESeCde la classification dans trois domai-
nes d’application : le chômage, la
Ce consortium a été constitué en réponse à un appel d’offre de la direction
pauvreté durable et l’état de santé générale de la recherche (Commission européenne) en 2004.
perçu.
L’équipe coordinatrice :
– université d’Essex Royaume-Uni D. Rose, E. Harrison
Les équipes de recherche allemandes, – de Warwick P. Elias
anglaises, françaises et suédoises ont
Les autres équipes :
participé au premier ensemble de – université de Mannheim Allemagne J.-M. Jungblut, W. Müller,
travaux, les équipes irlandaises, néer- R. Pollak, H. Wirth
landaises et italiennes au second. – université de Milan Italie A. Schitzerotto
– de Stockholm Suède E. Bihagen, M. Nermo, R. EriksonPourtant, élaborées dans un cadre
– ESRI Irlande C. Whelan, D. Watsonthéorique supposé commun, les étu-
– université Erasmus Pays-Bas A. Kunst
des « de validation des critères », que
– Insee puis Insee-Dares France D. Goux, P. Biscourp puis
nous présentons ici, sont difficiles à C. Brousse, O. Monso, L. Wolff
mettre en parallèle car elles reposent
sur des données, des méthodologies
et des problématiques très diverses.
Les Français attachent eux-aussi une La variété des méthodes statistiques
Tout d’abord, les travaux s’appuient grande importance à leur nomencla- répond à celle des problématiques :
sur des interprétations divergentes du ture nationale. Ils arrivent à ce para- techniques d’analyse des données
modèle goldthorpien. Les uns ont une doxe selon lequel la nomenclature chez les statisticiens français, métho-
vision unidimensionnelle des relations des PCS exprimerait mieux les rela- des descriptives ou régressions uni-
d’emploi, ne retenant finalement que tions d’emploi que le projet ESeC. variées sur des données continues
le critère de l’autonomie dans le tra-
des « scores » chez les chercheurs
vail (Rose et Harrison), d’autres une Pour des raisons différentes, ni les anglais et suédois, méthodes plus
conception plus proche du modèle Français ni les Britanniques ne prê- composites du côté allemand, mêlant
théorique initial. Les relations entre tent une grande attention à la nomen- régressions univariées et procédures
salariés et employeur dépendent alors clature EGP. Rappelons qu’en France
automatiques de classification.
cette nomenclature est peu utilisée de la facilité de celui-ci à contrôler
par l’institut de statistique. Les cher-l’exécution du travail et des compé-
Malgré tout, on peut noter quelques
cheurs britanniques ayant tout juste tences spécifiques développées par
éléments de convergence : les travaux réussi à imposer la NS-SEC contre les salariés (Erikson, Bihagen,… ). Les
des équipes allemandes et françaises la nomenclature EGP, on comprend autres intègrent d’autres dimensions
semblent apporter la preuve d’une qu’ils n’aient pas souhaité revenir sur comme les perspectives de carrière,
meilleure adéquation des nomencla-cet acquis. Enfin l’Allemagne occupe l’évolution salariale (Müller, Pollak,
tures nationales aux relations d’em-une position médiane puisqu’elle met Wirth, Jungblut), le caractère public
ploi, et du projet ESeC à la CITP. Les en « concurrence » ESeC avec plu-ou privé de l’employeur (Brousse).
Anglais comme les Allemands notent sieurs nomenclatures : EGP, la CITP et
des divergences importantes dans la la e nationale, la KTLB. Dans la pratique, les validations
nomenclature ESeC selon le degré
consistent essentiellement à se
Alors que les statisticiens français d’agrégation des professions clas-
demander si ESeC « capte » les rela-
développent une critique de type sées dans la CITP. Quant aux perfor-
tions d’emploi mieux ou moins bien
externe, se demandant par exemple mances relatives de la nomenclature
que des nomenclatures concurrentes.
si les relations d’emploi sont suf- EGP et d’ESeC, elles donnent lieu à
Malheureusement toutes les équipes
fisamment stables dans le temps des appréciations diverses selon les
n’ont pas choisi comme point de
pour servir de base à la construction auteurs.
comparaison les mêmes nomencla-
d’une nomenclature, les chercheurs
tures de référence. Les Suédois com- allemands optent pour une critique
parent ESeC à l’EGP (à la construc- interne. Ils montrent en particulier que
Pourtant quelques tion de laquelle Erikson a lui-même la procédure de codification aboutit
rapprochements œuvré). Les chercheurs anglais ont à des résultats différents selon que
se dessinent pour référence la nomenclature qu’ils l’on utilise comme input une version
ont récemment élaborée pour l’of- détaillée ou agrégée de la CITP. Ils
fice statistique du Royaume-Uni (la Les chercheurs du consortium ESeC s’interrogent aussi à propos de l’im-
NS-SEC 2001). Ainsi ils s’interrogent se sont réunis à trois reprises : précision des concepts sur lesquels
sur l’opportunité d’introduire une d’abord à Paris, en mars 2005, puis repose la variable dite de statut d’em-
dixième classe équivalente à celle de ploi, notamment la catégorie d’enca- à Lisbonne en janvier 2006 et enfin à
la NS-SEC. drant « supervisor ». Bled, en juin 2006. D’une conférence
Courrier des statistiques n° 125, novembre-décembre 2008 31Cécile Brousse
Logos d’institutions partenaires du projet ESeC : (en haut, de gauche à droite, puis en bas, de gauche à droite)
Office for National Statistics, UK ; Institute for Social & Economic Research, University of Essex, UK ; Warwick Institute for Employment Research, University of
Warwick ; Insee ; Department of Sociology and Social Research, University of Milan-Bicocca, Italy ; Swedish Institute for Social Research, University of Stockholm,
Sweden ; Mannheim Centre for European of Mannheim, Germany ; Economic and Social Research Institute, Dublin, Ireland
à l’autre, on observe quelques points du codage de la CITP à partir de la ques sociales. D. Rose et E. Harrison
de convergence. nomenclature nationale, les statisti- s’apprêtent à éditer en 2009 ce rap-
ciens français montrent davantage de port dans une publication académique
En 2005, les études françaises appré- réticences. (Social class in Europe. �n introducintroduc--
hendaient l’ensemble des actifs occu- tion to the European Socio-economic
pés, tandis que les analyses menées Dès 2005, les statisticiens de l’Insee Classification. London : Routledge).
dans les autres pays étaient centrées faisaient part de leurs réserves quant
sur le cas des salariés. En 2006, à la pertinence de la catégorie dite Avec un succès certain, les promo-
les statisticiens français se sont mis teurs du projet ESeC ont réussi à dif-des « superviseurs » (catégorie 6 du
« en conformité » avec la théorie des tableau 1). Les chercheurs de l’uni- fuser dans de nombreuses enquêtes
relations d’emploi excluant de leurs versité de Mannheim ont lancé en européennes les variables nécessai-
démonstrations les classes 4 et 5 ainsi res à sa construction. Coordonnée par 2006 une enquête méthodologique
qu’une partie des classes 1 et 2. pour tenter de mieux définir les fonc- une université londonienne (le Centre
tions de supervision ; des modules de for Comparative Social Surveys), l’en-
Dans les deux études qu’ils ont pré-
cette enquête ont été transposés au quête sociale européenne (ESS) finan-
sentées à Paris et à Lisbonne, les sta-
contexte français, en 2007. cée pour partie par la DG-Recherche
tisticiens de l’Insee revendiquaient la
et la Fondation Européenne de la
possibilité de construire ESeC à partir
Quant aux chercheurs suédois, s’ils Science comprend l’ensemble des
de la PCS (ou de la CS) au nom même
se montraient catégoriques, dans variables nécessaires à la construc-
du cadre élaboré par Goldthorpe
leurs premiers travaux, sur la supério- tion d’ESeC. Rose et Harrison ont
puisque ces études concluaient que
rité d’ESeC, ils aboutissent en 2006 à d’ailleurs utilisé la première vague de
la PCS permettait de construire dans
des conclusions plus incertaines, ne cette enquête, réalisée en 2002/2003,
le contexte français une nomencla-
parvenant pas à démontrer la supé- pour « valider » le prototype ESeC au
ture plus fidèle à la théorie des rela-
riorité du projet européen par rapport niveau européen. À partir de 2004, tions d’emploi que le prototype ESeC.
à la nomenclature EGP. l’enquête d’Eurostat sur les revenus et Toutefois, dans la dernière étude de
les conditions de vie (SRCV, EU-SILC l’Insee, ESeC est construite selon la
en anglais) rend possible la création méthode préconisée par le consor-
La tentative de diffuser de la nomenclature ESeC grâce à tium, c’est-à-dire à partir de la CITP.
le prototype ESeC dans le l’introduction d’une question nouvelle
monde académique et les « Avez-vous des subordonnés ? » qui Ce changement d’approche a conduit
institutions européennes permet d’identifier les superviseurs les statisticiens français à se rappro-
(cf. Whelan et alii, 2008). En 2006, cher des chercheurs de l’université
Le rapport de synthèse rédigé par les de Mannheim, les uns et les autres cette variable est aussi devenue obli-
promoteurs du projet ESeC a été remis détaillant le passage de leur nomen- gatoire dans l’enquête sur les forces
à la Commission (DG-Recherche) en clature nationale (KTLB et PCS) à la de travail (LFS).
CITP… sans hésiter à évoquer les juin 2006 puis présenté à Eurostat
limites de cette opération. Mais si en décembre 2006, lors de la réunion Un peu moins réussie, semble-t-il, est
l’Allemagne se dit plutôt satisfaite annuelle des directeurs des statisti- la tentative par le groupe de recherche
32
Source : Institut for social and economic researchESeC, projet européen de classification socio-économique
nombre limité de réponses, concen-
Encadré 4 : la construction d’ESeC, les problèmes de méthode relevés par trées essentiellement dans les pays
l’Insee et la Dares dans les études de validation conduite par le consortium responsables du projet (Pays-Bas,
entre 2004 et 2006 (extraits de l’intervention de l’Insee à la réunion des Royaume-Uni).
directeurs des statistiques sociales, à Eurostat, en septembre 2006)
Parallèlement, des critiques à l’en-A ce stade du projet, plutôt que de partir d’une proposition intuitive probablement
contre du projet actuel d’ESeC com-convenable pour un marché du travail anglo-saxon (et de fait très proche de la
mencent à se faire entendre dans la classification britannique élaborée pour l’ONS en 2002), plusieurs classifications
socio-économiques pourraient être examinées. On montrerait leurs avantages et sphère de la statistique officielle, mais
leurs inconvénients selon les domaines d’application mais aussi leur pertinence aussi dans l’univers académique.
pour chaque État considéré individuellement.
Les domaines de validation de la nomenclature devraient être beaucoup plus
Des appréciations mitigées divers qu’ils ne le sont actuellement. Plusieurs thématiques sont absentes des
de la part de certains travaux de validation : transmission des inégalités, accès à l’éducation, choix du
conjoint, pratiques culturelles, modes de consommation, composition du patri- chercheurs européens
moine. Pour y parvenir, il paraît nécessaire d’introduire dans les enquêtes harmo-
nisées un module de variables es au codage de la nomenclature. Parmi les chercheurs qui se sont
1montrés critiques du projet ESeC
Le projet pourrait être plus ambitieux et s’appuyer sur une collecte d’informa-
on citera le sociologue grec Thomas tions plus riche. Dans la phase exploratoire, on devrait s’autoriser à recueillir
Maloutas. Pour lui, le projet ESeC un ensemble assez large de variables qui pourraient servir la construction de la
nomenclature. Il ne faudrait pas se limiter à la seule collecte de la variable sur les aurait plusieurs points faibles
fonctions d’encadrement. (Maloutas, 2007) :
Quel que soit le critère retenu pour construire la nomenclature européenne, on – d’abord, il accorderait une place
devrait vérifier la stabilité des positions socio-économiques dans le temps, au
trop importante à la relation d’emploi,
niveau individuel comme au niveau collectif. Ainsi, s’agissant des relations d’em-
au détriment de l’opposition essen-ploi, les premiers travaux sur le sujet tendent au contraire à montrer que ces rela-
tielle entre indépendants et salariés ; tions sont instables sur moyenne période. En effet, la part des salariés exerçant
des fonctions d’encadrement a augmenté chez les moins qualifiés et décru chez
les cadres (Brousse et alii, 2006). – ensuite, le recours à la relation
d’emploi comme unique critère de
Il paraît nécessaire d’évaluer précisément la qualité de la classification internatio- classement se justifierait si les mar-
nale des professions (pertinence des rubriques, problèmes de codage, compa-
chés européens étaient parfaitement
rabilité internationale), comme les conséquences de l’usage de codes regroupés
concurrentiels ; or, dans de nombreux ou de codages par défaut.
contextes nationaux, cette hypothèse
est loin d’être vérifiée, en particulier Il serait utile de préciser les règles de passage de la position socio-économique
de l’individu à celle du ménage auquel il appartient. Ceci supposerait notamment dans ceux où le secteur public est
d’examiner les relations d’endogamie selon les variantes d’ESeC et les différen- particulièrement développé ;
tes règles envisageables pour définir la personne de référence.
– le regroupement des agriculteurs
Dans sa version actuelle, la nomenclature repose sur des dénominations très
dans une même classe relèverait théoriques. Or, dans la mesure où l’outil proposé est à finalité descriptive, il sera
d’une approche intuitive et empiri-amené à jouer un rôle important dans le débat social. Il paraît donc nécessaire
de vérifier que les termes proposés sont facilement compréhensibles et qu’ils que mais n’aurait pas de fondement
permettent à chaque enquêté de se classer lui-même dans la nomenclature. théorique ;
Les difficultés soulevées par les traductions devraient être identifiées très tôt – le projet ESeC aurait vocation à
dans l’élaboration du projet, car elles conduisent souvent à des malentendus.
décrire la société européenne alors
Jusqu’à présent, les questions de langue ont été négligées alors qu’elles sont
qu’il serait ancré dans le contexte riches d’informations : elles révèlent la variété des représentations sociales mais
économique et social britannique ; aussi de véritables spécificités nationales sur le plan des structures sociales.
ainsi, le prototype ESeC serait mal
Il faudrait enfin réfléchir à la façon de consulter les divers représentants de la adapté aux pays du sud de l’Europe,
société civile aux plans nationaux et européen : partenaires sociaux, chercheurs, et probablement aussi aux nouveaux
administrations.
États membres ; dans ces pays, en
effet, une partie substantielle de la
population active est composée de
travailleurs indépendants ou de sala-
EurOccupations, lui aussi financé par prenait des questions notamment
la DG-Recherche, de lier l’élaboration sur le thème des relations d’emploi
1. Voir notamment [Laurence Coutrot, 2008] d’une base de données sur les métiers « quand vous nappez vos gâteaux, le
et [Thålin, 2007] ainsi que les objections para-
à la construction d’ESeC. L’enquête faites vous sous la supervision d’une
doxales de Thålin, en conclusion de l’article de
par internet sur 150 métiers, qui com- tierce personne ? », n’a recueilli qu’un Jérémie Torterat.
Courrier des statistiques n° 125, novembre-décembre 2008 33Cécile Brousse
riés employés dans des entreprises 1999 ont été mises provisoirement et ne pas introduire de modifications
de petite taille où les lignes hiérarchi- en attente (cf. encadré dans l’article substantielles par rapport à la nomen-
ques sont courtes. d’Alain Desrosières). Dans cet esprit, clature établie en 1982. La question
la rénovation des PCS en 2003 de la rénovation des PCS reste donc
Suite aux réserves formulées principa- devait avoir un caractère transitoire ouverte. n
lement par la France (voir encadré 4)
et aux tentatives d’implémentation
présentées par quelques INS à Bled Bibliographie
en juin 2006, l’Unité Marché du Travail
d’Eurostat a lancé un appel d’offre Amossé T., Ch Ardon o ., (2006) « Les travailleurs non qualifiés : une nouvelle
auprès des INS afin d’évaluer la pro- classe sociale ? », Économie et statistiques, n° 393-394, pages 203 à 238.
Brousse C., Monso O., Wolff L., 2006, « Is Prototype ESeC Relevant position du consortium d’ESeC. Cinq
a Classification to Depict Employment Relations in France ? », European pays se sont proposés d’examiner la
Commission Sixth Framework Programme, Development of a European Socio-pertinence de ce projet : l’Italie, la
economic Classification (ESeC), Document de travail, Insee, Direction des statis-
Hongrie, la Bulgarie, la France et, en
tiques démographiques et sociales.
principe, la Turquie remettront leurs Cou Tro T l ., 2008, « Drafting a European Socio-economic Scheme », The
conclusions à Eurostat en juin 2009. Tocqueville Review /La Revue Tocqueville, vol. XXIX, n°1, p. 109-137.
L’Insee, aidé de la Dares et du centre Desrosières A., Théveno T L., 2005, Les catégories socioprofessionnelles,
è(4 éd.), Paris, La Découverte.Maurice Halbwachs, a engagé diffé-
Gold Thorpe J.-H., 2000, On Sociology, Numbers, Narratives and the Integration rents travaux. Ces validations initiées
of Research and Theory, chapitre 10 ”Social Class and the Differentiation of par Eurostat pourraient être de portée
Employment”, Oxford University Press.
limitée puisqu’elles seront conduites
Gold Thorpe , J.-H., mCKnigh T, A., 2002, “The Economic Basis of Social Class”,
à partir de données nationales, le Oxford : Nuffield College.
mode de financement ne prévoyant HArrison E., R o s e D., 2006, The European Socio-Economic Classification (ESeC) -
ni collaboration entre instituts de sta- Draft User Guide, Colchester,UK : University of Essex.
mAlou T As T., 2007, « Socio-economic classification models and contextual differ-tistique, ni études à partir de sources
ence. A look at the European Socio-economic classification (ESeC) from a South européennes.
European angle », Discussion Paper Series, 13(13), page 311 à 332, Université
de Thessalie.
n eyre T g ., f Au Cheux h ., 2002, « Extrait du rapport « Évaluation de la pertinence
Dans ce contexte incertain, des catégories socioprofessionnelles » », Sociétés Contemporaines, n° 45-46,
quel avenir pour la page 131 à 155.
nomenclature des PCS p ierru e., s pire A., 2008, « Le crépuscule des catégories socioprofessionnel-
les », Revue française de science politique.rénovée en 2003 ?
Rose D., 2001, Towards a European Socio-economic Classification Final Report
to Eurostat of the Expert Group, London and Colchester : ONS and ISER,
L’avenir de la PCS est suspendu
University of Essex.
aux avancées du projet ESeC. Ainsi, r ose d., h Arrison e., 2006, Development of a European Socio-economic
en août-septembre 1999, le comité Classification (ESeC), Report funded by the European Commission, Sixth
de direction de l’Insee arrêtait qu’en Framework Programme, Contract No CIT2-CT-2004-506452.
prévision des discussions à venir r ose d., h Arrison e., 2007, “The European Socio-economic Classification :
A new social Class Schema for Comparative European Research” European sur la construction d’une nomencla-
Societies 9, pp 459-490.ture socio-économique européenne
Tåhlin M., 2007 , « Class Clues », European Sociological Review, vol 23, n° 5.
aucune modification substantielle des
Whel An C.T, WA Tson d. And mAi Tre B., 2008, “Social class variation in income
catégories socioprofessionnelles « ne poverty, deprivation and consistent poverty : an analysis of EU-SILC”, in
devait être mise en œuvre ». De Comparative EU statistics on Income and Living Conditions : Issues and
ce fait, les propositions contenues Challenges Proceedings of the EU-SILC conference, Helsinki, 6-November 2006,
dans le rapport d’évaluation de la Methodologies and working papers, n° 007, Chapitre 4, page 259-278.
pertinence des CSP publié en mars
34ESeC, projet européen de classification socio-économique
Annexe : le prototype ESeC appliqué aux données françaises
L’Insee a réalisé plusieurs travaux occupés comme de l’ensemble des tent donc d’en donner une vision plus
empiriques pour reconstituer la personnes travaillant ou ayant tra- précise, mais avec une segmentation
nomenclature ESeC, notamment vaillé. Les classes regroupant le moins qui ne correspond plus forcément à
à partir des données de l’enquête de personnes sont les classes d’indé- celle des CS françaises à deux chif-
Emploi réalisée en 2005 et de son pendants (chef de petites et moyennes fres. Ainsi, les employés (CS = ’5 ‘)
enquête complémentaire sur les entreprises) et les ouvriers de niveau se répartissent entre la classe ESeC
conditions de travail. supérieur, avec quelques pourcents 7 « employés de niveau inférieur »
chacune. A l’inverse, les trois classes et – selon leur CS à deux chiffres – la
Les règles appliquées sont celles pré- les plus nombreuses (15 à 21 % cha- classe 3 « employés de niveau supé-
conisées par D. Rose et E. Harrison cune) sont la 2 (« lower salariat ») la 9 rieur » ou la classe 9 « routine occu-
dans le guide de la classification (« routine occupations ») et la 3 (« inter- pation ». Les ouvriers (CS = ’6’) se
(février 2006). Nous en détaillons ici mediate »). Les autres répartissent, eux, généralement entre
l’application dans le cas de l’en- classes regroupent chacune environ la classe 8 « ouvriers qualifiés » et la
quête Emploi 2005. La distinction 10% de la population. 9 « routine occupation ». Toutefois, la
employeur/salarié repose sur la ventilation des ouvriers entre les deux
Une manière d’étudier la correspon- classes ESeC est loin de recouvrir réponse à la question suivante :
dance entre les groupes sociaux (pre- la distinction française entre ouvriers
mier chiffre de la CS française) et la Exercez-vous …votre profession ? qualifiés et non qualifiés : dans ESeC,
classe ESeC est de voir comment ce sont les ouvriers de type artisanal
1) à votre compte 2) comme salarié
chaque CS se répartit entre les dif- qui se retrouvent plutôt dans les clas-
férentes classes ESeC. Compte tenu ses élevées, et les ouvriers de type
Selon cette approche, les salariés
du nombre de groupes sociaux (les 6 industriel dans la classe 9. Ainsi, la
chefs de leur propre entreprise sont
postes de la « CS à deux chiffres ») et moitié des ouvriers non qualifiés de
considérés comme salariés.
du nombre de classes ESeC (9 sur le type artisanal ne sont pas classés
champ retenu pour l’exploitation), la en 9, alors que 95 % des ouvriers
L’exercice d’une fonction d’enca-
plupart des groupes se répartissent qualifiés de type industriel s’y retrou-
drement est repéré au travers des
sur plusieurs classes ESeC (souvent vent. On peut également mentionner
deux questions suivantes (Enquête
différentes selon la CS à deux chiffres le cas des chauffeurs, assimilés à des
Conditions de travail 2005) :
considérée). Les agriculteurs exploi- ouvriers qualifiés en France, mais clas-
tants et les artisans ou commerçants sés dans les « routine occupations »
« Avez-vous un ou plusieurs salariés
font exception : les premiers (CS = ’1’) dans ESeC.sous vos ordres ou votre autorité ? »
se retrouvent à 99 % dans la cin-
« Si, oui combien ? » quième classe ESeC, et les seconds Comme les catégories précédentes,
(CS = ’2’), très majoritairement dans les cadres (CS = ’3’) se répartissent
Le tableau 2 qui retrace la répartition la quatrième classe ESeC. entre deux classes ESeC, la première
des catégories socioprofessionnelles (pour les professions libérales et les
selon les classes d’ESeC permet Les quatre autres groupes sociaux se ingénieurs et cadres) et la deuxième
notamment d’apprécier le poids des retrouvent pour l’essentiel dans les (pour les professeurs, les cadres
classes ESeC sur le champ des actifs sept autres classes ESeC, qui permet- administratifs et commerciaux).
Courrier des statistiques n° 125, novembre-décembre 2008 35Cécile Brousse
Tableau 2 : Répartition des catégories socioprofessionnelles selon les classes du prototype ESeC
Catégories socioprofessionnelles % ESeC5 ESeC4 ESeC1 ESeC2 ESeC3 ESeC6 ESeC7 ESeC8 ESeC9
10 Agriculteurs 2,7 99 1
21 Artisans 2,9 3 95 1 1
22 Commerçants et assimilés 2,6 95 1 4
23 Chefs d’entreprise de 10 salariés ou plus 0,6 86 14
31 Professions libérales 1,5 93 7
33 Cadres de la fonction publique 1,5 16 84
34 Professeurs, professions scientifiques 3,1 38 62
35 Professions de l’information, des arts et des spectacles 0,9 12 85 3
37 Cadres administratifs et commerciaux d’entreprise 3,9 47 52 1
38 Ingénieurs et cadres techniques d’entreprise 3,6 93 7
42 Professeurs des écoles, instituteurs et assimilés 3,5 10 90
43 Professions intermédiaires de la santé et du travail social 4,5 70 30
44 Clergé, religieux 0,1 100
45 Professions intermédiaires administratives de la fonction 1,9 12 88
publique
46 Professions intermédiaires administratives et commerciales des 6,7 20 73 4 1
entreprises
47 Techniciens 4,1 2 98
48 Contremaîtres, agents de maîtrise 2,4 63 4 21 12
52 Employés civils et agents de service de la fonction publique 9,0 2 30 4 34 30
53 Policiers et militaires 2,2 46 7 20 27
54 Employés administratifs d’entreprise 7,4 4 71 2 23
55 Employés de commerce 4,2 6 94
56 Personnels des services directs aux particuliers 6,2 3 32 65
62 Ouvriers qualifiés de type industriel 5,8 16 46 38
63 Ouvriers qualifiés de type artisanal 5,7 13 76 11
64 Chauffeurs 2,5 3 97
65 Ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du 1,7 14 42 8 36
transport
67 Ouvriers non qualifiés de type industriel 4,7 5 95
68 Ouvriers non qualifiés de type artisanal 3,1 4 55 41
69 Ouvriers agricoles 1,0 7 90 3
TOTAL 100 2 4 10 21 15 5 12 10 20
Légende : 0-49% 50-74% 75-100%
èreLecture : 99 % des agriculteurs exploitants (CS = ’10’) se retrouvent dans la classe ESeC 5 (cette dernière est placée en 1 colonne du tableau afin
de faire apparaître la population commune – les 99 % – sur la diagonale).
Champ : actifs occupés, 18 ans ou plus, France métropolitaine.
Sources : enquête Emploi et complémentaire Conditions de travail (Insee-Dares, 2005) ; matrice de dérivation d’ESeC tirée de Eric Harrison and David
Rose, The European Socio-economic Classification (ESeC), Draft User Guide (Université d’Essex, février 2006).
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