Jeunes entreprises : des chances de survie inégales

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En Bourgogne, 1 576 entreprises ont été créées au cours du premier semestre 1994. Parmi elles, un peu plus de huit sur dix ont survécu au moins un an, et la moitié ont fêté leur cinquième anniversaire. Pour l'ensemble de la France, ce taux de pérennité à cinq ans n'est que de 44,3 %. Les entreprises nouvellement créées ne partent pas sur un pied d'égalité. Le profil du créateur et la qualité du projet influent ainsi fortement sur la capacité de l'entreprise à passer le cap de ses cinq ans d'existence.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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INSEE N°80 -Mars 2001BOURGOGNE
Jeunes entreprises :
des chances de survie inégales
En Bourgogne, 1 576 entreprises ont été créées au cours du premier semestre 1994.
Parmi elles, seules un peu plus de huit sur dix ont survécu au moins un an,
et la moitié ont fêté leur cinquième anniversaire. Pour l’ensemble
de la France, ce taux de pérennitéà cinq ans n’est que de 44,3 %.
Les entreprises nouvellement créées ne partent pas sur un pied d’égalité.
Le profil du créateur et la qualité du projet influent ainsi fortement
sur la capacité de l’entreprise à passer le cap de ses cinq ans d’existence.
ne création n’est pas nécessai- marque de projets d’une qualité suffi- C’est en effet l’année où le programmeUrement la naissance d’une nou- sante pour séduire les banques. Pour les d’aide à la création ou à la reprise
velle entreprise. Un tiers (31 %) des entrepreneurs individuels l’obtention d’entreprise par des chômeurs,
créations sont des reprises d’entrepri- l’ACCRE, a été le plus favorable. A par-d’un prêt va souvent de pair avec celle
ses déjà existantes. Parmi elles, plus de tir d’avril 1994, ce dispositif a permis àd’aides publiques, du moins dans le cas
60 % sont encore actives cinq ans ses bénéficiaires de disposer d’unedes créations ex-nihilo.
après. Ce taux ne s’élève qu’à 45 % prime de 32 000 F ainsi queLes aides publiques, dont bénéfi-
pour les créations ex-nihilo. La relative exonération des charges sociales pen-cient 37 % des entreprises (plus de
protection dont semblent bénéficier les dant un an. Le nombre d’entreprises40 % pour les créations ex-nihilo et un
reprises joue principalement pendant créées ou reprises avec ce programmetiers pour les reprises), ont un impact
les trois premières années de vie de a fortement diminué les années suivan-positif fort sur la survie future. L’année
l’entreprise. Elle s’estompe par la suite. 1994 est exceptionnelle à cet égard. tes. En 1994, les bénéficiaires d’aides
La première année est la plus délicate
pour les jeunes entreprises créées
La moitié des entreprises sont toujours actives 5 ans après leur créationex-nihilo. Plus d’une sur cinq disparaît
eravant son premier anniversaire contre Taux de pérennité des entreprises créées au 1 semestre 1994
%moins d’une sur dix pour les reprises.
100Même si l’on élimine les différences qui
existent entre les profils des créateurs
(moins de moyens financiers, moins 90
d’expérience, secteurs d’activité diffé-
rents...), le bonus accordé aux reprises
80
subsiste.
70Fragilité des petits
projets
60
Le montant des moyens financiers
nécessaires pour démarrer est égale-
50ment un facteur de réussite. Des investis-
sements initiaux importants apportent
une base plus solide à l’entreprise. L’ob- 40
tention d’un prêt bancaire au démarrage Tauxà1an Tauxà2ans Tauxà3ans Tauxà4ans Tauxà5ans
est un indicateur fort de survie. 39 % des France (reprises) Bourgogne (reprises)
nouvelles entreprises en bénéficient. France (créations ex-nihilo) (créations ex-nihilo)
Au-delà des moyens financiers supplé-
Source : INSEE - Sine 1994.
mentaires, il faut sans doute y voir laINSEE N°80 -Mars 2001BOURGOGNE
L’expérience et les moyens financiers, deux facteurs de réussitepubliques sont ainsi en Bourgogne en
erTaux de pérennité à 5 ans des entreprises créées au 1 semestre 1994majorité des chômeurs. Plus de la moi-
tié des entreprises créées par des chô- Catégorie juridique
Sociétémeurs qui ont obtenu ces aides sont
Entreprise individuelleencore en activité cinq ans après leur
Catégorie juridique détailléecréation, contre un quart de celles qui
Artisans et artisans-commerçants
n’en ont pas bénéficié. Les aides publi-
Commerçants (société)
ques ne sont pas seulement efficaces
Commerçants (entreprise individuelle)
au démarrage de l’entreprise. Parmi les Autres
entreprises qui ont survécu au moins Investissements de départ
Plus de 100 000 Ftrois ans, celles qui ont reçu de telles ai-
De 10 000 à 100 000 Fdes ont plus de chance d’atteindre les
Moins de 10 000 F
cinq ans d’existence. Être chômeur est
Expérience professionnelle
un fort désavantage lorsque l’on crée
Plus de 10 ans
son entreprise. Le manque d’expé- De3à10ans
rience et de moyens financiers, peut- Sans ou moins de 3 ans
Prêt bancaireêtre moins de possibilités d’attendre
Pas de demande de prêtpour saisir une opportunité, sont autant
Obtention d'un prêt bancairede handicaps. Ce désavantage est
Pas d'obtention d'un prêt
encore accentué lorsque le créateur
Aides publiques
indique parmi ses motivations le désir
Sans aides
de sortir du chômage. Cela est sans Avec aides publiques
Type d'activité préalabledoute le signe d’un projet de création vu
Inactifscomme seule issue à l’absence
Chômeurs
d’emploi.
Actifs
Âge
50 ans et plusLes artisans réussissent
De 25 à 49 ans
Moins de 25 ansdavantage
0 10 20304050 60 70 %
Source : INSEE - Sine 1994.
La forme juridique de l’entreprise
est importante. Les entreprises indivi-
duelles souffrent, dès le démarrage, d’expérience ne survit ainsi que dans leurs résultats que les seuls bacheliers
d’un fort handicap par rapport aux so- moins de quatre cas sur dix. Lorsque le (48 %). La connaissance technique
ciétés. Il convient cependant de nuan- créateur a plus de dix ans d’expérience d’un métier est ainsi un avantage. Le
cer ce constat. En effet, parmi les cette proportion est de six sur dix. taux de pérennité des entreprises
entrepreneurs individuels, si seulement De même, avoir moins de 25 ans créées par des titulaires de BTS et DUT
40 % des commerçants fêtent le cin- est un handicap qui vient amplifier les (60 %) est supérieur à celui des entre-
quième anniversaire de leur entreprise, prises créées par les détenteurseffets du manque d’expérience profes-
cette proportion s’élève à 73 % pour les sionnelle. Cet effet négatif est très fort d’autres diplômes. Ils bénéficient à la
artisans-commerçants et à 54 % pour durant la première année d’existence fois d’une formation générale et d’une
les artisans. Les artisans bénéficient de l’entreprise. Il diminue ensuite, mais formation technique.
d’une meilleure formation et d’une plus reste présent. Par ailleurs, à expérience
grande expérience. Ils ont ainsi pour les professionnelle égale, avoir plus de 50 Les boulangers et pâtissiersdeux tiers d’entre eux un diplôme tech- ans n’est un avantage que la première
nique. Ce sont également, plus souvent année. Les jeunes de moins de 25 ans s’en sortent le mieux
que la moyenne, d’anciens ouvriers ou qui créent leur entreprise ne sont
employés. étudiants que pour un quart d’entre eux. Suivant le secteur d’activité, la
55 % n’ont aucun diplôme général mais survie de l’entreprise sera plus ou
la moitié possèdent un diplôme de moins aisée. En Bourgogne, près deForte influence du profil
l’enseignement technique court (CAP ou 75 % des entreprises créées dans le
du créateur BEP). Ils disposent en règle générale de secteur agroalimentaire ont survécu
moins de moyens financiers que leurs cinq ans. Il s’agit dans la plupart des cas
Pour un créateur d’entreprise, aînés et pour 70 % d’entre eux créent de boulangers et de pâtissiers. L’in-
l’expérience professionnelle joue tou- leur entreprise ex-nihilo. dustrie et la construction bénéficient
jours favorablement. Quel que soit son N’avoir aucun diplôme général est, d’un taux de pérennité de plus de 60 %.
profil ou celui de son entreprise par ail- toutes choses égales par ailleurs, un Dans ces deux secteurs, les créateurs
leurs, avoir plus de dix ans d’expérience handicap certain. Les titulaires de CAP ou repreneurs ont souvent de l’expé-
apporte un fort bonus. Une entreprise ou de BEP, avec un taux de pérennité rience et des moyens financiers supé-
dont le créateur a moins de trois ans de 53 %, obtiennent cependant de meil- rieurs à la moyenne. Les transports
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Les problèmes de trésorerie handicapent les jeunes entreprises
(56 %) bénéficient du fort taux de
Les problèmes rencontrés par les entreprises jeunes en septembre 1997
pérennité des taxis (94 %), tandis que
Problèmes dela survie dans les transports routiers de
trésorerie fréquents
marchandises est moins assurée et
atteint 50 %. Les entreprises liées à la En procès avec un client
ou un fournisseur
santé (cabinets de médecins ou d’infir-
miers) ainsi que les salons de coiffure
Manque de
qualificationpermettent aux services aux particuliers
d’atteindre un taux de survie de 53 %.
Moyens de productionLe commerce est à la fois le secteur où
inadaptés
le plus de créations a eu lieu, et où la
survie semble la plus problématique
Endettement(46 %), si l’on excepte l’entretien et la
réparation de véhicules automobiles.
Globalement, les secteurs où une bar- Trop de travail
rière à l’entrée, qu’elle soit réglemen-
taire, financière ou liée à un savoir-faire, 0 10 20 30 40 50 60 70 80 %
Cessées en septembre1998 Cessées en septembre 1999 Actives en septembre 1999protège les entreprises et les met, un
peu plus qu’ailleurs, à l’abri de la Source : INSEE - Sine 1994.
concurrence, semblent bénéficier de
Les entreprises du dispositif SINE actives en septembre 1997 ont étémeilleurs taux de survie.
interrogées sur les problèmes qu’elles rencontraient. Le graphique distingue
ces entreprises en fonction de leur survie dans les années qui ont suivi cette
Le point faible : enquête.
la trésorerie
problèmes d’endettement, et 16 % un délais de paiement et aux ressources
Les problèmes financiers sont sou- procès avec un client ou un fournisseur. personnelles, sans doute en l’absence
vent cités par les jeunes entreprises Les jeunes entreprises sont sensibles, de ressources propres de l’entreprise.
ayant déjà survécu trois ans. Plus des plus que les autres, aux aléas finan-
deux tiers d’entre elles indiquent des ciers tels que les retards de paiement De 1994 à 1998 :
problèmes fréquents de trésorerie. ou les impayés, et ce d’autant plus que
moins de chômeurs,Cette proportion se monte à plus de les ressources financières sont faibles.
trois sur quatre pour les entreprises qui Le mode de gestion des besoins de plus de moyens
n’allaient pas survivre plus d’un an trésorerie fait apparaître, pour les en-
après l’enquête. Plus d’un tiers de ces treprises les plus fragiles, un recours De 1994 à 1998, les caractéristiques
dernières indiquaient également des accru aux découverts bancaires, aux des entrepreneurs et des nouvelles
Impact des créations d’entreprise sur l’emploi en Bourgogne
Sur les entreprises créées en 1994 et encore actives en 1999, près de la moitié (47,5 %) ont connu une stabilité de l’emploi, 38,2 % une hausse et
14,3 % une baisse. Ces entreprises pérennes ont ainsi créé 744 emplois, soit une hausse de 33,7 % par rapport à l’emploi dans ces entreprises en
1994. Cette hausse est inférieure à la moyenne nationale qui s’établit à 40,1 %. Par ailleurs, les entreprises cessées en septembre 1999 compre-
naient, en septembre 1994, 1 523 emplois. Ces derniers emplois ne sont pas nécessairement perdus, les entreprises cessées pouvant être reprises.
Le nombre d’emplois salariés dans les entreprises encore actives en septembre 1999 est équivalent à celui des entreprises actives au début de
l’enquête, en septembre 1994. Les créations d’emplois salariés dans les entreprises pérennes compensent les emplois salariés correspondant aux
entreprises ayant cessé leur activité. Plus de 65 % des 744 emplois salariés créés par les entreprises pérennes l’ont été dans des créations nouvelles.
Par ailleurs, 40 % l’ont été dans des entreprises qui n’avaient aucun salarié en septembre 1994 et 24 % dans des entreprises qui en avaient un ou
deux. Ces petites entreprises créent individuellement peu d’emplois, et pour la majeure partie d’entre elles aucun emploi salarié, mais contribuentde
façon importante, par leur nombre, au bilan global. A l’autre extrémité du spectre, les entreprises de plus de dix salariés en 1994, qui représentent
moins de 3 % du total des entreprises pérennes, concentrent près de 16 % des créations d’emplois salariés.
L’emploi dans les entreprises créées au premier semestre 1994
actives au 30 septembre 1994 1997 1999
Emploi non salarié 1 668 990 879
Emploi salarié 2 064 2 030 2 074
Emploi total 3 732 3 020 2 953
Source : INSEE - Sine 1994.
© INSEE Bourgogne - 2001 - Jeunes entreprises : des chances de survie inégales 3INSEE N°80 -Mars 2001BOURGOGNE
entreprises ont un peu évolué,
notamment dans deux domaines. Tout
Moins de chômeurs, plus d’anciens actifs parmi les créateurs d’entreprised’abord, alors que les chômeurs
représentaient la moitié des créateurs Caractéristiques des créateurs d’entreprise en 1994 et 1998
en 1994, ils ne sont plus que 36 % en
1998. Deux raisons peuvent expliquer
1994 1998
cette tendance. La décrue du chômage
entre 1994 et 1998 a donné plus
d’espoir à ceux-ci de trouver un emploi.
Inactifs Inactifs
Par ailleurs, les aides à la création
11 % 12 %d’entreprise sont moins favorables en
Actifs1998 qu’en 1994 pour les chômeurs. ActifsChômeurs
ChômeursL’effet d’une plus grande proportion
de longue duréede longue durée 51%39 %d’actifs parmi les créateurs sur la 16 %18 %
pérennité des nouvelles entreprises de
Chômeurs
1998 devrait être positif. Ensuite, les
Chômeurs de moins de 1 anmoyens consacrés à la création sont
de moins de 1 anplus importants en 1998 qu’en 1994. La
21%
proportion de très petits projets (moins 32 %
de 10 000 F), les plus fragiles, comme
celle des plus grands projets (plus de Source : INSEE - Sine 1994 et 1998.
100 000 F) a peu évolué entre 1994 et
1998. Le nombre de projets de 10 000 F
à moins de 50 000 F a diminué alors
que celui des projets de 50 000 F à
MÉTHODOLOGIE
moins de 100 000 F a augmenté. Cette
Dans le cadre du programme SINE (Système d’Information sur les Nouvelles Entreprises), unévolution ne devrait pas avoir d’impact
échantillon d’entreprises créées au cours du premier semestre 1994 a été suivi pendant cinqsur la survie des entreprises créées en
ans. Celles-ci ont été interrogées en septembre 1994, puis, pour les entreprises toujours actives,1998 si les taux de pérennité en fonc-
en septembre 1997 et en septembre 1999. Une nouvelle génération d’entreprises, celles créées
tion du capital de départ restent identi-
en 1998, ont également fait l’objet d’une enquête. En Bourgogne, à l’initiative de la préfecture de
ques pour les entreprises créées en
région et avec le concours des fonds européens, la totalité des nouvelles entreprises a pu être
1994 et en 1998. On peut toutefois interrogée. Le champ de l’enquête se limite aux unités qui ont une activité économique réelle et
espérer que cette augmentation des marchande, à l’exclusion de l’agriculture et des institutions financières. De plus, n’ont pas été
investissements de départ reflète une retenues, notamment, les entreprises ayant vécu moins d’un mois, les entreprises saisonnières,
meilleure préparation des projets. les entreprises étrangères. Dans le cadre de cette étude, seuls les rachats, prises en
location-gérances et créations nouvelles ont été prises en compte.
La cessation juridique de l’entreprise ne signifie pas toujours sa disparition. Une part des Laurent Auzet
entreprises créées survivront sous une nouvelle forme ou avec un nouvel entrepreneur.
Thème du prochain numéro : Sortir de l’intérim
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Rédacteur en chef : Denis Quénelle- Créations et cessations d’entreprise : sous la stabilité, le renouvellement -
Maquette PAO : Catherine NaslotINSEE Première n°740 - octobre 2000.
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ISSN 1246-483 X
Code Sage D018016- Les créations d’entreprise en Bourgogne - Enquête SINE 1998 - INSEE
 INSEE 2001Bourgogne Dimensions - Résultats Statistiques n°30 - juin 2000.
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