L'économie sociale et solidaire : Un secteur marqué par la précarité de l'emploi associatif

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Avec un salarié sur huit, le secteur de l'économie sociale et solidaire occupe une place non négligeable à La Réunion. Il est largement dominé par les associations, aussi bien en nombre d'entreprises qu'en effectif salarié. La plus grande partie du secteur associatif est marquée par la précarité de l'emploi et les faibles salaires. Les coopératives et les mutuelles offrent de bien meilleures conditions à leurs salariés.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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économie
L’économie sociale et solidaire
Un secteur marqué par la
Avec un salarié sur huit, le secteur de l’économie sociale et
solidaire occupe une place non négligeable à La Réunion. Il est
largement dominé par les associations, aussi bien en nombre
d’entreprises qu’en effectif salarié. La plus grande partie du
secteur associatif est marquée par la précarité de l’emploi et les
faibles salaires. Les coopératives et les mutuelles offrent de bien
meilleures conditions à leurs salariés.La nomenclature
tique (un individu, une voix), bénévolatLa nomenclature d’étude retenue ici ’adhésion à une association, une
croise l’activité économique et la des administrateurs, but non lucratif, pri-coopérative ou une mutuelle tend
catégorie juridique de l’établissement mauté de l’homme sur le capital.Là se banaliser dans le comporte-
pour délimiter les quatre grands ment de chacun. Toutes ces organisations
secteurs : coopératives, mutuelles, Ce secteur recouvre en fait des activités
relèvent d’un vaste secteur héritier desassociations et “marges”. Chaque secteur très différentes. L’économie sociale et
structures de l’économie sociale duest ensuite détaillé en un certain nombre solidaire est un domaine à la fois
XIXe siècle. Aujourd’hui, celui-ci est plusde postes en fonction du domaine complexe et très hétérogène en termes
souvent désigné sous le terme d’éco-d’intervention de l’entreprise. de statuts juridiques, d’activités et
nomie sociale et solidaire (ESS). Selon
d’emplois. Ainsi des entités aussi diver-
l’un des spécialistes du domaine, J.L.
ses que les coopératives agricoles, les
Laville, ce secteur regroupe “l’ensemble
mutuelles d’assurances, les associationsLexique
des initiatives reposant sur l’implication
sportives et les fondations hospitalières
des usagers et combinant ressources mar-
cohabitent dans ce secteur de l’éco-Etablissement : unité de production chandes, non marchandes (dons et sub-
nomie.géographiquement individualisée mais ventions) et non monétaires (bénévolat)”.
juridiquement dépendante de De façon large, on s’accorde désormais à
l’entreprise. La plupart des entreprises 3 400 établissementsconsidérer qu’il recouvre quatre grandesn’ont qu’un seul établissement.
à La Réunionfamilles : les coopératives, les mutuelles,
les associations et les autres acteurs de
l’économie sociale (les “marges”). Ces On dénombre près de 3 400 établisse-
Bibliographie différents organismes présentent une cer- ments dans le contour théorique retenu
pour cette étude. Ces 3 400 établisse-taine homogénéité dans leurs principes
fondateurs : liberté d’adhésion (principe ments représentent environ8%de
“L’économie sociale et solidaire à La
de la “porte ouverte”), gestion démocra- l’ensemble des établissements du dépar-Réunion” - L’information en détail n° 9 -
Direction Régionale de l’Insee à La
Réunion et Direction du Travail, de
Les établissements, les emplois et les salaires bruts à La Réunion au 31-12-2000l’Emploi et de la Formation
Professionnelle de La Réunion – (champ : entreprises privées et semi-publiques)
48 pages - à paraître en janvier 2003.
Nombre Emploi total Masse salariale
Effectif salarié
"Économie Sociale et Solidaire” - d’établissements sur l’année 2000 brute annuelle
Problème Économique n° 2677, Paris -
La documentaition Française - août
emplo- Millions
Total nombre % Nombre % %2000. yeurs d'€
"L’économique solidaire, une
Coopératives 230 63 1 064 6 1 332 5 30 11perspective internationale” - J.L. Laville,
Desclée de Bauwer, Paris - mars 1994.
Mutuelles 52 29 325 2 565 2 12 4
Associations 3 065 1 160 13 675 83 22 797 86 199 72
L’auteur
Marges 61 36 1 401 9 1 809 7 35 13
Christophe HILLAIRET était stagiaire à la Ensemble ESS 3 408 1 288 16 465 12 26 503 12 276 11
Direction Régionale de l’INSEE au Hors ESS 41 603 10 148 125 499 88 189 832 88 2 223 89
moment où il a rédigé cet article. Il a
soutenu son mémoire de DESS Ensemble Réunion 45 011 11 436 141 964 100 216 335 100 2 499 100
“l’économie sociale et solidaire à La
Réunion” devant l’Université de La Source : Insee - DADS 2000
Réunion (faculté de droit et d’économie).
économie 4e trimestre 20022 DE LA REUNIONéconomie
précarité de l’emploi associatif
tement, soit une proportion inférieure à salariés, le poids économique du secteurRépartition des différentes formes d’emploi
la moyenne nationale (de l’ordre de est loin d’être négligeable. Ce poids seraitselon les secteurs de l’ESS en 2000
10 %). Pour l’essentiel, ces unités sont des plus important si on pouvait tenir compte
entreprises à dimension locale : 97 % des heures de travail des nombreux béné-
Associations 22 55 23
d’entre elles ont leur siège social dans le voles de ce secteur. Au niveau national,
département. Le plus souvent, le siège on estime que le nombre total d’heuresMarges 7 53 40
social et l’unique établissement sont de travail fournies par les bénévoles est
Mutuelles 4 57 39confondus (92 % des établissements sont à peu près équivalent à celui des sala-
dans cette configuration). riés.
Coopératives 3 36 61
%Parmi ces établissements se trouvent
010 20 30 40 50 60 70 80 90 100 De nombreux emploisnotamment 3 070 associations, 230 coo-
Occasionnels Non permanents Permanents
pératives et 50 mutuelles. Les coopérati- précaires dans le tissu
Source : Insee - DADS 2000ves sont pour la moitié d’entre elles des associatif
coopératives agricoles (sociétés agrico- Les associations recourent beau-
les et unions de société coopératives coup à l’emploi précaire, tandis L’emploi revêt différentes formes qu’il
que les coopératives privilégientagricoles). Les 50 coopératives de crédit est possible de classer en trois catégo-l’emploi permanent.rassemblent essentiellement les caisses ries : l’emploi permanent (salariés à temps
locales de crédit agricole et les sociétés plein du 1er janvier au 31 décembre),
coopératives commerciales de banque gieuses, politiques, etc. et les “autres l’emploi occasionnel (durée du contrat,
populaire, dans une activité quasi unique associations” qui ont les activités les plus nombre d’heures travaillées et rémuné-
de banque. Les autres coopératives sont diverses, allant du conseil pour les affai- ration trop faibles pour constituer un
très diversifiées sur le plan juridique. res et la gestion aux offices de tourisme. “vrai” emploi) et, entre les deux, l’emploi
Dans la plupart des cas, ces coopératives non permanent (et non occasionnel) qui
sont des SICA (Sociétés civiles d’intérêt En l’an 2000, à peu près 1 300 établisse- englobe toutes les situations intermédiai-
ments du secteur de l’économie socialecollectif agricoles) et des SARL (Socié- res (emploi intermittent,…). En dehors
et solidaire avaient des salariés. Leurtés à responsabilité limitée). Les mutuel- de l’économie sociale et solidaire, 35 %
les sont moins nombreuses. Parmi les effectif salarié s’élevait à près de 16 500 des emplois sont permanents et 13 %
plus importantes, on trouve les établisse- personnes au 31 décembre et représentait sont occasionnels. La part des emplois
donc environ 12 % du total de l’effectifments de la Mutuelle Assurance des occasionnels est plus importante dans
salarié des entreprises privées et semi-Instituteurs de France (MAIF) ou ceux l’économie sociale et solidaire où ils
de La Mondiale. Enfin plus de 50 établis- publiques implantées dans l’île. La parti- représentent près de 20 % des emplois
sements relèvent des “marges” de l’éco- cularité de l’économie sociale et soli- salariés. A l’inverse, seulement 27 % des
daire est la multiplicité des emploisnomie sociale et solidaire. Parmi eux on emplois y sont permanents, au lieu de
occupés au cours d’une année ; ainsi, entrouve un certain nombre de comités 35 % dans les autres secteurs.
2000, on dénombre près de 26 500 con-d’établissement ou de fondations.
trats de travail. La masse salariale brute Cette fragilité de l’emploi salarié ne
correspondante approche les 280 mil- concerne en fait que les associations où
Plus de 3 000 associations lions d’euros. Ces chiffres montrent que, la part des emplois occasionnels atteint
aux activités très même en se limitant aux seuls emplois 22 % et celle des emplois permanents
diversifiées
Salaire annuel net moyen perçu par les salariés permanents
selon la catégorie socioprofessionnelle à La Réunion au 31-12-2000)Les associations représentent environ
90 % des établissements du domaine de
Horsl’économie sociale et solidaire. C’est un Économie Sociale et Solidiare
Économie Sociale et Solidiare
groupe très homogène en termes de caté-
gorie juridique. Les associations régies
Salaire (en€) Effectif Salaire (en€) Effectif
par la loi du 1er juillet 1901 représentent
la quasi-totalité de cet ensemble. Un peu Cadre 36 600 660 42 500 4 710
moins de la moitié peut être rattaché
clairement à l’un des quatre domaines Profession intermédiaire 20 900 2 640 25 000 13 980
d’activité suivants : éducation, santé,
Employé 16 500 2 410 16 400 27 270social et sports-culture-loisirs. Le reste
est composé d’unités aux activités des
Ouvrier qualifié 15 400 300 15 400 8 900
plus variées. Néanmoins, il est possible
de les regrouper en deux catégories : les Ouvrier non qualifié 11 000 690 13 300 8 790
“associations de personnes” qui regrou-
-pent les organisations syndicales, reli Source : Insee - DADS 2000.
économie4e trimestre 2002 3DE LA REUNIONéconomie
Salaire annuel net moyen perçu par les salariés L’économie sociale et soli- de l’économie sociale et solidaire varient
permanents selon le secteur au 31-12-2000 daire a davantage recours aux profondément allant de 17 800 euros en
jeunes (40 % des emplois y moyenne pour le secteur associatif à
Salaire sont occupés par des salariés 26 000 euros pour le secteur des “mar-
annuel net Effectif
Secteur de moins de trente ans) que ges”. Ces importants écarts tiennent
moyen salarié
les autres secteurs (33 %). principalement à la composition par(en€)
Cette constatation s’explique catégorie socioprofessionnelle des diffé-
COOPÉRATIVES 24 600 804 essentiellement en raison du rents secteurs. Les plus hauts niveaux de
Coopératives Agricoles 21 700 195 poids important du tissu asso- salaire moyen se retrouvent dans les de crédit 27 400 488 ciatif. Sur l’ensemble des asso- coopératives de crédit, les mutuelles
Autres coopératives 18 200 121 ciations, 43 % des salariés ont d’assurance et surtout les marges du
moins de trente ans. Dans les domaine sanitaire où les cadres et les
MUTUELLES 22 200 221
autres sous-secteurs, la pro- professions intermédiaires sont nom-
Mutuelles d'assurance 28 500 60
portion est moindre : 29 % breux. A l’inverse les associations (àMutuelle de prévoyance 19 800 161
dans le secteur mutualiste, l’exception des associations du domaine
28 % dans le secteur coopéra- sanitaire) ont les plus faibles niveaux deASSOCIATIONS 17 800 4 962
Education 21 600 633 tif et 23 % concernant les salaires et notamment dans le secteur du
Santé 29 300 127 “marges”. sport, des loisirs et de la culture.
Social 19 700 1 772
Près de la moitié des emplois
Sports, culture, loisirs 13 000 556 Globalement, quelle que soit la catégorie
sont à temps partiel, tandisAssociations de personnes 14 400 1 308 socioprofessionnelle, à l’exception des
que le taux descend à 32 % enAutres associations 17 600 566 employés, l’économie sociale et soli-
dehors de l’économie sociale daire offre des salaires annuels nets
et solidaire. Là encore, celaMARGES 26 000 713 moyens inférieurs ou égaux à ceux que
Marges santé 33 700 174 est dû essentiellement au sec- l’on pourrait constater dans les autres
Autres marges 23 500 539 teur associatif où la part cor- secteurs de l’économie locale. Les écarts
respondant à ce type d’em- à la baisse sont d’autant plus importants
ENSEMBLE ESS 19 600 6 700 ploi atteint les 48 %. A l’excep- que la qualification du poste est plus
tion des “marges”, les autres élevée. HORS ESS 19 700 63 630 sous-secteurs présentent des
caractéristiques bien plus favo-
Source : Insee - DADS 2000. Un secteur à double facetterables au travail à temps plein.
Ainsi les mutuelles ne recou-
rent au temps partiel que pour 10 % de L’économie sociale et solidaire se pré-seulement 23 %. Ce constat est particu-
leurs salariés et les coopératives pour sente comme un secteur à double facette.lièrement frappant pour les associations
D’un côté les coopératives, les mutuelles5%.relevant du domaine des sports, de la
et les “marges” où l’accent est mis enculture et des loisirs ainsi que pour les La répartition socioprofessionnelle des
priorité sur la durabilité des emploisassociations de personnes qui ont eu emplois de l’économie sociale et soli-
(emploi permanent). Le niveau de salairerecours à l’emploi occasionnel pour 29 % daire se distingue de celle des autres sec-
est à la mesure du niveau de qualifica-des contrats de travail qu’elles ont signé teurs de l’économie : plus d’employés,
tion des salariés, souvent élevé.en l’an 2000. Les autres sous-secteurs de professions intermédiaires, de cadres
présentent une répartition plus favorable et moins d’ouvriers. L’économie sociale De l’autre côté, se présente un tissu
à l’emploi permanent que la moyenne et solidaire concentre des activités de associatif bien souvent fragile malgré un
départementale. C’est dans les coopéra- type tertiaire qui nécessitent des salariés poids économique prépondérant au sein
tives que l’emploi permanent est le plus ayant un certain “profil” de qualifica- de l’économie sociale et solidaire réu-
répandu (60 % des emplois) et que la tion. Ainsi la part des cadres (y compris nionnaise. De nombreux salariés y tra-
proportion d’emploi occasionnel est la chefs d’entreprise) est plus élevée (8 %) vaillent à temps partiel pour des emplois
plus faible (3 % des emplois). que dans les autres secteurs (5 %). Les de type occasionnel. Ce sont souvent des
employés restent la catégorie sociopro- jeunes peu qualifiés qui occupent ces
fessionnelle la plus importante (un emploi emplois de courte durée et peu rémuné-Plus de jeunes, de femmes,
sur trois) mais la part des professions rés.
et de personnes qualifiées intermédiaires suit celle des employés de
Christophe HILLAIRET
très près (30 %).
Dans son ensemble, l’économie sociale
et solidaire est plus fortement féminisée
De fortes disparitésque les autres secteurs économiques de
salarialesLa Réunion, 47 % des emplois y sont
occupés par des femmes alors que la
proportion est de 40 % dans les autres Le salaire annuel net moyen perçu par
secteurs. Le taux de féminisation est le un salarié permanent relevant de l’éco-
plus élevé dans les mutuelles (62 %) et nomie sociale et solidaire est de 19 600
les “marges” (64 %). Il est plus faible euros. Il est semblable au salaire moyen
dans les associations (46 %), et surtout observé dans les autres secteurs qui est
dans les coopératives (39 %), notam- de 19 700 euros. En revanche, les
ment les agricoles (19 %). niveaux de salaire entre les sous-secteurs
économie 4e trimestre 20024 DE LA REUNION

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